00:00C'est Ulrich Bounat qui est avec moi ce matin, chercheur chez Eurocréative, bonjour, merci d'être avec moi.
00:04C'est vrai que le monde a les yeux tournés vers ce conflit au Moyen-Orient, mais il y a
00:08ce qui se passe aussi en Ukraine.
00:10Encore une alerte aux missiles russes cette nuit à Kiev, ça veut dire que les combats continuent,
00:15ils se sont même intensifiés au mois de juillet. Est-ce que vous pouvez nous dire rapidement où il en
00:19est ce conflit, Ulrich ?
00:20En fait, le conflit continue toujours sur la ligne de front, donc l'essentiel des combats se passe dans l
00:25'est de l'Ukraine,
00:25au Donbass, ou notamment dans la ville de Konstantinivka, où les Russes essayent de progresser et progressent très laborieusement,
00:31ils perdent énormément d'hommes. Et après, effectivement, vous avez des frappes très régulières,
00:35puisque le front ne se débloque pas trop, les deux protagonistes essayent de frapper en profondeur
00:40pour déstabiliser un petit peu l'arrière. Et donc, on voit effectivement, pas plus tard que cette nuit,
00:44des frappes de missiles balistiques et des frappes de missiles de croisière russes sur les principales villes ukrainiens,
00:49notamment Kiev et Lviv. Mais ce qui est nouveau, c'est cette contrepartie, c'est-à-dire que les Ukrainiens
00:52désormais ont cette capacité à envoyer des drones très longue distance sur les raffineries
00:56ou sur l'Amazone russe en profondeur en Russie.
00:59Paul Oudimir Zelensky était à la Maison-Blanche cette semaine, il a rencontré Donald Trump.
01:03Est-ce qu'il a obtenu ce qu'il voulait ? Il voulait notamment des systèmes antimissiles.
01:07Alors, il l'a à moitié obtenu, c'est-à-dire qu'il a donc obtenu cette licence
01:10qui lui permettra de produire ses propres missiles patriotes,
01:13qui sont la seule arme efficace contre les missiles balistiques.
01:15Donc ça, il l'a obtenu, mais ça résoudra le problème probablement dans deux ans.
01:20Il faut grosso modo à peu près un an pour construire la chaîne de montage
01:22et encore un an pour les produire.
01:24En revanche, il a besoin de 300 missiles patriotes, probablement pour tenir l'hiver,
01:28et ça, ça va être très compliqué de les obtenir,
01:29parce qu'on estime que les Américains en ont tiré à peu près 1500 en Iran,
01:33il leur en reste à peu près 1000, donc vous voyez que 300,
01:36c'est grosso modo le tiers du stock américain,
01:37donc ça semble relativement probable qu'il les ait.
01:39On est là-dedans, on est dans le moment où on compte les missiles ?
01:43Oui, complètement. En tout cas, ça dépend des capacités,
01:45mais sur les capacités anti-aériennes et anti-balistiques,
01:47oui, les Américains et leurs allées au Moyen-Orient l'ont énormément utilisé
01:50et continueront d'en utiliser, puisque les Iraniens continuent à tirer sur le Moyen-Orient,
01:54donc effectivement, il y a une pénurie mondiale de patriotes.
01:56Il y a quelques jours, l'Ukraine a frappé un navire iranien,
02:00reliant Téhéran à Moscou, navire qui contenait des armes, me semble-t-il.
02:04Quelle était la stratégie derrière cette attaque ?
02:07Parce que là, ce sont les deux conflits qui sont en train de se croiser.
02:10Alors effectivement, les deux conflits se croisent, et c'est logique,
02:12puisque l'Iran aide Moscou en Ukraine,
02:15et Moscou aide l'Iran à répliquer contre les Américains au Moyen-Orient,
02:20notamment en termes d'imagerie satellitaire.
02:23Et donc effectivement, l'objectif des Ukrainiens en frappant son navire en mer Caspienne,
02:28c'était probablement justement de montrer à Donald Trump que les deux sont liés,
02:31et qu'effectivement aider l'Ukraine, c'est en quelque sorte lutter contre l'Iran.
02:34Je ne suis pas sûr que le message soit complètement passé à Washington,
02:36mais en tous les cas, c'était ça la stratégie.
02:38Oui, parce que Téhéran aurait étudié une frappe contre un port ukrainien en mer Noire en représailles
02:44avant d'y renoncer à la suite d'efforts diplomatiques,
02:47mais est-ce que ça veut dire que le conflit pourrait s'étendre réellement si les Iraniens le décident ?
02:55Réellement, non. Là, on parlait effectivement d'une frappe éventuellement symbolique,
02:58mais ce qu'il faut bien comprendre, c'est que dans tous les cas, l'Iran a soutenu l'effort
03:01de guerre,
03:01c'est moins important maintenant, mais l'Iran a soutenu l'effort de guerre de Moscou
03:04en lui fournissant notamment ses fameux drones chalets qu'ensuite les Russes ont amélioré.
03:09Mais ça a donné quand même un avantage ponctuel assez important à la Russie,
03:13qui a été la première à avoir ces espèces de drones kamikazes longue distance
03:16avec des charges explosives assez importantes.
03:18Donc dans tous les cas, oui, l'Iran est associé en fait à l'effort de guerre russe en Ukraine,
03:23au même titre que la Corée du Nord a fourni des millions d'obus
03:25et que la Chine fournit une partie de l'industrie qui sert à fabriquer des armes en Russie.
03:31Quoi qu'il arrive, on voit que Volodymyr Zelensky reste très présent sur la scène internationale.
03:35En France, il a proposé d'envoyer des spécialistes ukrainiens
03:38pour soutenir les secours français sur les incendies en Gironde.
03:42C'est symbolique, mais ça témoigne du renforcement entre les liens
03:45ou en tout cas de cette volonté de rester visible ?
03:48Ah oui, complètement.
03:49Disons que pour Volodymyr Zelensky, rester visible à l'international,
03:51c'est continuer à avoir de l'aide internationale,
03:54c'est continuer à avoir des partenariats industriels dans la défense.
03:56Donc tout ça, c'est fondamental pour aider à l'Ukraine à tenir probablement les prochains mois,
04:01le prochain hiver qui va être encore plus dur, etc.
04:03Mais effectivement, et on sent par rapport à la France un vrai rapprochement,
04:06Volodymyr Zelensky a appelé effectivement le président français
04:09pour le débriefer dans l'avion qu'il ramenait de Washington.
04:12Donc ça montre que les deux sont extrêmement proches,
04:14ça s'est symbolisé aussi le 14 juillet.
04:15Il y a une volonté probablement des deux côtés de bâtir véritablement,
04:19on va dire une alliance au minimum industrielle, militaire très forte entre les deux pays.
04:24On le sait, et là je vais vous reparler du conflit au Moyen-Orient,
04:28mais Donald Trump est englué dans un agenda politique avec les mid-terms au mois de novembre,
04:33il essaye de mettre fin à ce conflit dans lequel il s'est lancé,
04:36il y a très peu de chances que ça marche, il y a tellement de choses à négocier que ça
04:39n'avance pas,
04:40notamment dans le détroit d'Ormuz, on est dans une situation où tout cela s'enlise,
04:44vous parlez de l'hiver prochain pour ce conflit ukrainien,
04:47ça veut dire que là on est encore parti pour des mois et des mois de conflit.
04:50Probablement, mais parce qu'en fait effectivement dans un cas comme dans l'autre,
04:52on a deux camps qui estiment qu'ils n'ont pas de besoin impérial,
04:57ou impérieux plutôt, de besoin impérieux de négocier en quelque sorte une cessation des hostilités.
05:02Dans le cas de l'Ukraine et la Russie, finalement l'Ukraine ne cèdera pas sur sa capacité à résister
05:06et à défendre son indépendance, les Russes estiment qu'ils ont le temps pour eux
05:09et qu'ils arriveront à conquérir le Donbass d'une façon ou d'une autre,
05:12et entre l'Iran et les Etats-Unis c'est à peu près pareil,
05:15c'est-à-dire que les Iraniens n'ont certainement pas envie de capituler aux demandes américaines,
05:18notamment sur le nucléaire, n'ont pas envie de lâcher le contrôle du détroit d'Hormuz
05:21qu'ils ont acquis depuis le 28 février, de façon militaire,
05:24et d'un autre côté les Américains estiment que finalement
05:27ils peuvent continuer à maintenir la pression sur Téhéran d'un point de vue économique
05:30en espérant que le régime finalement cède parce qu'il n'aura plus d'argent.
05:33Donc on voit bien que dans un cas comme dans l'autre,
05:36les protagonistes n'ont pas d'incentive à négocier très très rapidement
05:41et c'est ça qui fait que les conflits s'en disent.
05:43Merci Ulibuna d'être venu ce matin, chercheur chez Eurocréatif dans la matinale de l'économie.
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