00:04Le dernier quart d'heure de SmartBourse, chaque soir, c'est le quart d'heure thématique,
00:07le thème chaque lundi, c'est le thème américain.
00:10Nous sommes à l'heure américaine avec notre correspondant américain,
00:13Pierre-Yves Dugas, qui est à distance avec nous.
00:16Pierre-Yves, merci beaucoup de nous ramener à la question du libre-échange
00:22et de la vision que l'administration Trump peut avoir du libre-échange
00:26et des grands accords commerciaux.
00:28J'avoue que l'information m'avait échappé, mais Donald Trump vient de refuser de renouveler
00:33l'accord de libre-échange nord-américain qui unit le Canada, les États-Unis, le Mexique,
00:38qu'on appelait le NAFTA, je crois, c'est ça, qui a déjà été remodelé pas mal de fois.
00:43Donc, pas de renouvellement pour cet accord.
00:46Quelles sont les raisons et les conséquences de cette décision, Pierre-Yves ?
00:50Oui, c'est potentiellement une grosse affaire.
00:54On en a peu parlé, parce qu'on ne peut pas parler tout le temps de Trump.
00:59Il faut vous laisser un petit peu d'oxygène pour les autres sujets.
01:04L'accord est dénoncé par l'administration Trump,
01:08ce qui lui permet de rentrer dans un cycle annuel de renégociation.
01:14Et tous les ans maintenant, il va falloir que les Mexicains, les Canadiens et les Américains
01:20s'entendent sur des ajustements à faire dans cet accord,
01:23sachant que l'accord lui-même ne pourra pas être abandonné avant 2036.
01:28C'est une situation qui est jugée favorable à Donald Trump,
01:34parce que le Mexique est très demandeur, parce que cet accord est important pour les trois pays,
01:39il est important pour l'économie mondiale, c'est quand même 30% du PIB mondial,
01:43la zone de libre-échange nord-américaine,
01:46c'est quelque chose comme 515 millions de consommateurs,
01:50c'est 2 000 milliards de dollars d'échanges commerciaux annuels,
01:54et c'est une zone qui existe depuis 1994.
01:59Ce qui est particulièrement important pour les Mexicains,
02:03l'était considérablement en 1994,
02:05vous vous souvenez, à l'époque, le Mexique essayait de s'établir
02:09comme un pays émergent de référence,
02:12une bonne destination pour les investissements,
02:15il avait besoin de tourner la page sur sa période de surendettement,
02:21il avait obtenu la notation triple B qui le rendait investment grade,
02:26bon, le Mexique a fait beaucoup de progrès depuis,
02:28mais le Mexique dépend quand même pour ses exportations,
02:35elle représente 40% du PIB,
02:37et 40% du PIB c'est beaucoup,
02:40sachant que sur le total d'exportations mexicaines,
02:4480% va aux États-Unis.
02:46Les choses se sont bien passées du point de vue mexicain,
02:50parce que le Mexique a attiré énormément d'investissements étrangers,
02:54parce qu'on utilise le Mexique comme porte d'entrée
02:58sans droit de douane sur le marché des États-Unis,
03:02mais le revers de la médaille,
03:04c'est que quand un Donald Trump protectionniste arrive
03:08et commence à mettre des barrières,
03:10tout le modèle de développement du Mexique
03:12est marginalement, en tout cas, mis en danger,
03:15et on observe depuis deux ans
03:17un recul net des investissements industriels au Mexique
03:20qui pose un problème.
03:23Ce dont rêve, par ce système de renégociation annuelle,
03:28ce dont rêve Donald Trump,
03:30c'est de revenir en particulier
03:32sur le contenu nord-américain obligatoire
03:35qui est la condition d'entrée sur le marché américain.
03:39Le secteur automobile est particulièrement important,
03:43on dit les intérêts économiques du Mexique,
03:45mais en fait ce sont les intérêts économiques
03:47de sociétés multinationales et en particulier américaines
03:50qui ont diversifié leur chaîne d'approvisionnement
03:53sur le Canada et sur le Mexique,
03:56et les grands constructeurs automobiles américains,
03:58mais aussi européens,
03:59utilisent le Mexique pour rentrer sur ce marché
04:02automobile nord-américain.
04:04Il faut que le contenu nord-américain
04:05soit de 75%.
04:07Et ce que souhaiterait Donald Trump,
04:13c'est de changer les termes de l'accord
04:15pour que l'on ne parle plus simplement
04:17de contenu nord-américain,
04:19mais qu'on parle aussi de contenu purement étasunien,
04:23si j'ose employer cet adjectif que je déteste
04:25et qui est d'habitude laissé aux experts de France Culture.
04:30Etasunien, ça veut dire
04:31qu'il faudrait que sur le sol des Etats-Unis,
04:38au moins la moitié de la valeur ajoutée
04:40de l'automobile,
04:42ait été à un moment donné élaborée.
04:45Parce qu'il faut savoir que les automobiles,
04:47notamment chez Stellantis,
04:48mais aussi chez General Motors,
04:50un peu moins chez Ford,
04:53font des allers-retours
04:54entre les Etats-Unis et le Mexique.
04:57Une pièce peut faire des dizaines d'allers-retours
05:01avant d'être assemblée au final,
05:03effectivement, dans un véhicule au Mexique,
05:06ensuite envoyée aux Etats-Unis, par exemple.
05:08Alors, c'est assez amusant de voir que Ford,
05:12par exemple,
05:13n'a pas la même position
05:14sur la renégociation
05:16de l'accord de libre-échange nord-américain
05:18qu'un General Motors.
05:19General Motors est allé beaucoup plus loin
05:21dans la délocalisation au Mexique que Ford.
05:23Ford, bien que de taille plus petite
05:26que General Motors sur le marché américain,
05:29emploie beaucoup plus d'ouvriers syndiqués
05:32que General Motors.
05:35Et donc, ce dont rêve Ford,
05:37ce sont des nouvelles règles
05:39de contenu américain obligatoires
05:41qui favorisent sa chaîne de production
05:44qui est relativement moins délocalisée.
05:49L'autre question, Pierre-Yves,
05:51c'est est-ce que les juges de la Cour suprême
05:52ont mérité leurs vacances ?
05:54La session de la Cour suprême se termine,
05:57elle a été bien chargée.
05:59Est-ce que la Cour suprême
06:00a mérité ses vacances ?
06:01Dans le sens,
06:01est-ce que la Cour suprême
06:02a joué son rôle
06:03à l'occasion de cette session,
06:06marquée, bien sûr,
06:07par le retour de l'administration de Trump
06:09depuis plus d'un an, maintenant, au pouvoir ?
06:13Ils n'ont pas chômé.
06:15Ils ont intervenu souvent en urgence.
06:20Parfois, ils ont pris le temps d'intervenir
06:21et ils ont redoré leurs blasons
06:24dans la mesure où ils sont intervenus,
06:28je vais essayer d'adresser un petit bilan,
06:31sur des décisions qui permettent de conclure
06:36que ça n'est pas vrai,
06:37l'accord suprême n'est pas une chambre
06:39d'enregistrement de républicains
06:40pour l'administration Trump,
06:42ce qui était la grande peur de la gauche américaine,
06:44mais la gauche américaine
06:46n'est pas du tout satisfaite pour autant
06:48de la manière dont la Cour suprême
06:50a tranché sur un certain nombre
06:51de litiges constitutionnels.
06:54Il y a des victoires, entre guillemets,
06:57pour Donald Trump
07:00dans les décisions qui ont été prises
07:03par la Cour suprême au cours des derniers mois,
07:05en particulier en ce qui concerne
07:07l'extension des pouvoirs présidentiels,
07:09puisque la Cour suprême,
07:10il y a quelques jours,
07:11à trancher que la Maison-Blanche,
07:14le chef de l'exécutif,
07:15avait le droit de limoger
07:17les patrons de commissions bipartites
07:20qui étaient réputées depuis les années 30
07:24politiquement indépendantes.
07:26Je veux parler du Federal Trade Commission,
07:28qui est la commission qui s'occupe
07:30en partie du contrôle des monopoles
07:34et de la préservation de la concurrence,
07:37mais c'est aussi la commission fédérale électorale,
07:40c'est aussi la commission sur la sécurité
07:42des produits de consommation,
07:44c'est également la commission
07:45qui sert d'intermédiaire
07:47et d'arbitre dans les conflits sociaux,
07:55le National Labor Relations Board.
07:58Il a clairement été établi
08:00par la Cour suprême
08:02que Donald Trump a le droit
08:03de limoger les démocrates
08:05qui siègent dans cette commission
08:06pour les remplacer par des hommes à lui.
08:08C'est un choc pour les démocrates.
08:11La Cour suprême a autorisé
08:13la redélimitation des districts,
08:15des circonscriptions
08:17qui avaient été mises en place
08:19pour faire élire en priorité
08:20des candidats noirs
08:21au nom de la promotion des droits civiques.
08:24Les Républicains pensent gagner
08:26quelques voix à la Chambre des représentants.
08:29La Cour suprême a autorisé
08:31l'expulsion des immigrés
08:32et des interdictions nouvelles
08:36frappant des pays entiers
08:37sans intervention du Congrès.
08:40Voilà quelques exemples
08:41qui horrifient la gauche.
08:43À l'inverse,
08:45la Cour suprême a quand même frappé
08:47deux grands coups
08:48qui sont fortement contraires
08:50aux priorités de Donald Trump.
08:52Il y a bien sûr,
08:53nous en avons souvent parlé ensemble ici,
08:55l'invalidation du recours
08:56au droit de douane
08:57systématique et subjectif
08:59sans aucun contrôle
09:00ni a priori,
09:01ni a posteriori,
09:02ni pendant,
09:04de la part du Congrès
09:05et du législateur
09:06sur ce que peut faire
09:07la Maison Blanche
09:08en matière de droit de douane
09:09alors qu'un droit de douane
09:10c'est quand même un impôt.
09:11Donc la Cour suprême
09:13a tranché contre
09:14ce qui complique
09:15toute la démarche
09:16de politique commerciale
09:17de Donald Trump
09:17et puis,
09:18très important pour les marchés financiers,
09:20la Cour suprême
09:21a tranché que
09:22Donald Trump
09:23ne pouvait pas limoger
09:24à volonté
09:25un gouverneur
09:27de la Banque Centrale Amérique.
09:29Encore que,
09:30encore que,
09:31la porte n'ait pas été
09:32totalement fermée.
09:33Si jamais ce gouverneur
09:36était,
09:37on pouvait démontrer
09:38qu'il avait commis
09:39de malversations,
09:40à ce moment-là,
09:40la porte a été ouverte
09:41par la Cour suprême.
09:42Mais en tout cas,
09:43Lisa Cook,
09:44que Donald Trump
09:45voulait limoger
09:46parce qu'elle était démocrate
09:48et surtout
09:49parce que,
09:49semble-t-il,
09:50elle n'était pas partisane
09:52d'une forte baisse
09:53de taux d'intérêt,
09:54pour le moment,
09:56va pouvoir rester en place.
09:57Bon,
09:58vacances pour la Cour suprême.
10:00Nous aussi,
10:00on prendra nos quartiers
10:01d'été d'ici quelques temps.
10:03On va arrêter les tournages
10:04à partir du 10 juillet
10:05sur l'antenne
10:06de Bsmart.
10:07Et donc,
10:08Smart Bourse
10:08s'arrêtera en fin de semaine
10:10pour sa pause estivale.
10:11Merci beaucoup,
10:12Pierre-Yves,
10:12de nous avoir accompagnés
10:13tout au long de la saison.
10:14Vous serez là,
10:15évidemment,
10:16pour la reprise
10:18et la rentrée
10:19à l'antenne
10:20avec les équipes
10:21de Bsmart
10:22et de Smart Bourse.
10:22Pierre-Yves Dugas
10:23qui est avec nous
10:23chaque lundi.
10:24Vous le savez,
10:25notre quart d'heure américain
10:27depuis plusieurs saisons
10:29maintenant
10:29que vous retrouvez
10:30comme toutes nos autres
10:31interviews et émissions
10:32en replay
10:33sur Bsmart.fr.
10:34Sous-titrage Société Radio-Canada
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