00:017h44 sur BFM Business, on est en direct des rencontres économiques d'Aix-en-Provence.
00:05Notre invité c'est Roland Lescure. Bonjour, ministre de l'économie, des finances, de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique.
00:11On a ce thème cette année, Roland Lescure aux rencontres économiques d'Aix, naviguer dans un monde sans repère.
00:17Ça correspond un peu à l'état d'esprit des chefs d'entreprise ici, qui voient un environnement extrêmement mouvant
00:22et qui ne savent peu toujours si les politiques, et Sébastien Lecornu est revenu dessus hier, sont leurs alliés ou
00:29pas.
00:29Qu'est-ce que vous avez envie de leur dire au milieu économique ?
00:32D'abord j'ai envie de les rencontrer. Aix, c'est un repère. Ça fait des années que ça existe
00:37et c'est vraiment le lieu de rencontre
00:40entre les politiques et les milieux économiques. Les économistes, merci à Jean-Hervé Laurentier au Cercle des économistes d'organiser
00:46ça,
00:46et les entreprises. Ensuite, je comprends qu'on est dans un monde bouleversé, je pense que ça n'a échappé
00:51à personne
00:52et que par ailleurs en France on a une situation politique dispersée. On a l'Assemblée nationale qu'on a,
00:57c'est les Français qui l'ont choisi, il faut qu'on compose avec. A partir de là, je pense
01:01que Sébastien Lecornu l'a bien dit hier,
01:03on est leurs alliés au sens où on considère qu'on a une cause commune, qui est la France,
01:07et que pour que la France aille bien, il faut que ses entreprises aillent bien.
01:11Mais Sébastien Lecornu l'a dit aussi, ce combat culturel,
01:14qu'on avait l'impression d'avoir remporté entre 2017 et 2020,
01:19il est aujourd'hui, je ne pense pas qu'il soit perdu.
01:21A l'automne, il y a eu ce sentiment, autour du débat de la taxe d'Ukmane ?
01:25Il y a eu un débat autour de la taxe d'Ukmane, autour du pacte d'Utray, etc.,
01:27où on s'est dit, finalement, l'idée selon laquelle, quand l'économie va bien,
01:33on peut ensuite faire tout le reste, la redistribution, le modèle social,
01:36c'était un peu tombé.
01:37Et ça va faire partie des débats importants de l'élection 2027,
01:40évidemment, on y reviendra, mais aussi des débats des semaines et des mois qui viennent sur le budget.
01:45Moi, je suis extrêmement fier d'un certain nombre de choses qu'on a faites,
01:47que je vais défendre ici, sur ce qu'on appelait la Startup Nation,
01:50qui a été décriée.
01:52On a 30 silicones en France, on a des milliers de startups,
01:54on crée de l'emploi, on attire des talents.
01:57Ça, il faut en être fier.
01:58Il faut reconnaître qu'il y a des choses qu'on a moins bien faites,
02:00mais surtout se dire que, face à la bombe démographique,
02:04je vais insister beaucoup aujourd'hui là-dessus,
02:05à laquelle on fait ça.
02:06La démographie ?
02:07Oui.
02:07L'INSEE nous l'a montré.
02:09Il y a 3 millions de Français en moins d'ici 2070.
02:13Il y a surtout 6 millions de Français en plus de plus de 65 ans.
02:17Et 9 millions de Français en moins de 45 ans.
02:20Donc ça veut dire quoi ?
02:21On va avoir 9 millions de Français en moins...
02:22C'est-à-dire qu'on change de modèle ?
02:23On change de monde.
02:24Ça veut dire que le modèle social ne tient plus ?
02:26Non, mais ça veut dire qu'il faut le transformer plutôt que de l'adapter.
02:29Ça fait 30 ans qu'on l'adapte à la marge.
02:31Un peu plus de cotisations ici, un peu moins de dépenses là,
02:34une réforme des retraites difficile alors qu'elle est indispensable.
02:38Je pense que l'élection présidentielle doit être l'occasion
02:41d'une vraie réflexion sur la manière dont on préserve ce modèle social.
02:45Donc une vraie remise à plat fiscale, la manière dont on finance notre modèle social.
02:51Il faut un big bang, selon vous.
02:53Moi je pense qu'il faut un débat de fond sur la transformation de notre modèle
02:57pour mieux le préserver.
02:59Un, avant de redistribuer de la richesse, il faut qu'on en crée.
03:02Et face à un monde où la démographie est en baisse,
03:06où le commerce international est menacé,
03:09et où le combat technologique est le combat de notre vie,
03:12il faut que la France soit un leader.
03:14On a des atouts énormes, des prix Nobel dont Philippe Aguillon est extrêmement présent ici.
03:18On a des chercheurs, on a des entrepreneurs.
03:20On a, en fait, ça c'est aussi une des vertus des dix années qui viennent de s'écouler,
03:24retrouver le goût du risque en France.
03:26On a des gens qui sont prêts à prendre du risque.
03:27Il faut qu'on les accompagne.
03:29Et il faut ensuite que chacun fasse son job,
03:31y compris les grandes entreprises qui parfois nous critiquent un peu.
03:34Le CIR, vous savez, le crédit import-recherche, moi j'y suis extrêmement attaché.
03:38Après l'avoir préservé, après avoir baissé les impôts des entreprises,
03:41on investit toujours insuffisamment dans la recherche en France.
03:44Les grandes entreprises ont un rôle à jouer là-dedans.
03:46Alors justement, les grandes entreprises.
03:47Patrick Martin, il considère qu'il faudrait un moment de goal, justement, sur la fiscalité.
03:51Il présente un plan avec des économies,
03:53un plan à 2035 avec 100 milliards d'économies.
03:58Il y a une espèce de compétition en ce moment sur qui propose le plus d'économies.
04:02Il propose un effort sur les retraités très fort, sur les fonctionnaires,
04:06avec pas de hausse d'impôts sur les entreprises.
04:09Comment vous avez reçu ça ?
04:11Non mais moi j'ai reçu ça d'abord très positivement au sens où c'est une contribution au débat.
04:15Moi je l'avais dit aux chefs d'entreprise.
04:17Depuis l'automne d'ailleurs, je me souviens...
04:18Mais c'est votre programme quoi.
04:19Non mais mettez, j'allais dire, vos idées, votre courage sur la table
04:24et dites-nous ce dont vous rêvez.
04:27Ensuite, est-ce que du rêve à la réalité de l'Assemblée nationale, il y a un chemin ?
04:33Franchement, je n'en sais rien.
04:34L'idée de la suppression des jours fériés, je dirais, on a essayé et on a payé.
04:39Donc ça, je ne suis pas sûr que ça fonctionnerait.
04:40Mais mettre ces idées dans l'atmosphère,
04:42à la fois, je dirais, pour aider à préparer le débat sur 27, le budget,
04:46mais aussi préparer le débat de 27, les élections présidentielles, c'est très bien.
04:52Moi je crois beaucoup quand même dans ce monde de bouleversement,
04:55à notre responsabilité collective à avancer ensemble.
04:58C'est-à-dire, je ne souhaite pas, moi, opposer les entreprises aux ménages, aux fonctionnaires,
05:03qui sont peut-être parfois un peu montrés du doigt.
05:06Mais ce que je comprends, c'est que le plan du MEDEF, il ne passe pas à l'Assemblée
05:09et qu'il est irréaliste pour vous.
05:10Non, mais typiquement, les idées qui sont mises en avant sur les économies de dépense,
05:15notamment de dépense de santé, elles sont bienvenues.
05:18Parce que du fait de la démographie dont je parlais tout à l'heure,
05:20de toute façon, il va falloir changer de modèle de financement.
05:24La question de la TVA, pour moi, va se poser pour l'élection présidentielle de 27.
05:29Je ne vois pas une Assemblée, on verra, qui adopte une hausse de la TVA,
05:33alors qu'on vient de vivre un choc inflationniste, il ne faut pas l'oublier.
05:35Donc attention à ça.
05:36Mais évidemment, tous ces débats sont bienvenus.
05:39Certains, j'espère, pourront être débattus et pourquoi pas voter à l'occasion du budget 27.
05:44Mais évidemment, les gros sujets qui sont abordés aujourd'hui par le MEDEF
05:47vont faire partie des grands débats de l'élection 2027.
05:50Alors avant de discuter de l'élection 2027,
05:52on a un comité d'alerte le 7 juillet qui doit se réunir pour annoncer des économies.
05:56Premier sujet, il faut que vous répondiez quand même à cette interrogation.
05:59Le 7 juillet, ce n'est pas une date anodine.
06:02On doit savoir si Marine Le Pen ou pas pourra se présenter à l'élection présidentielle.
06:05C'est le jour du comité d'alerte.
06:06C'est fait exprès pour qu'on ne parle pas ?
06:08Non, absolument pas.
06:09On a fixé une date en fonction des disponibilités des uns et des autres.
06:14Vous savez qu'au comité d'alerte, il y a à la fois le gouvernement,
06:16il y a des parlementaires, les rapporteurs généraux du budget, les présidents de commission,
06:20il y a les représentations des organisations patronales, des organisations syndicales.
06:23C'est une réunion de travail extrêmement importante.
06:26C'est le deuxième, on en a fait en avril, qui doit nous permettre d'échanger sur la situation de
06:30la France,
06:30la croissance, l'évolution des déficits, notre capacité ou pas à tenir la cible.
06:34On veut le faire.
06:35On va tout faire pour en être aussi près que possible, et j'espère la tenir, en 2026.
06:40Et franchement, j'allais dire, pendant les travaux, la vente continue.
06:43Pendant les actualités judiciaires de Mme Le Pen, et j'ai tendance à dire ces temps-ci,
06:47elles ont tendance à se multiplier.
06:48Nous, on ne va pas s'arrêter de travailler.
06:50Non, mais vous savez que médiatiquement, le 7 juillet, il n'y aura que ça.
06:54J'espère que BFM Business s'intéressera à l'évolution des comptes publics de la France.
07:00Franchement, on n'a pas fait ça pour ça.
07:02On l'a prévu depuis longtemps.
07:03On a fixé une date en fonction des contraintes des uns et des autres.
07:06Et j'allais dire, des actualités judiciaires, il y en aura peut-être d'autres.
07:08Des comités d'alerte, il y en aura sans doute d'autres également.
07:11C'est quoi les pistes possibles aujourd'hui ?
07:12Sur quoi on peut rogner pour essayer de tenir l'objectif au plus près possible ?
07:16Non, mais ça, c'est l'objet du comité d'alerte, d'échanger sur l'État,
07:20je dirais, de l'art, croissance, finance publique,
07:23et d'échanger sur des possibles pistes d'économie,
07:26parce qu'il faudra sans doute en faire d'autres.
07:28Je ne vous les annonce pas aujourd'hui.
07:30Évidemment, la primeur sera pour les membres du comité.
07:33Mais on fait face à une crise, à une guerre, même si ça va mieux.
07:36Tant mieux, le soleil repointe à l'horizon.
07:39On a eu trois mois difficiles, qui ont eu un impact sur la croissance,
07:42qui ont eu un impact sur les déficits publics,
07:44à la fois parce qu'on a aidé les plus démunis,
07:46mais aussi parce que forcément, la croissance a été impactée.
07:49Donc, il faut qu'on intègre tout ça, qu'on fasse la transparence,
07:52parce que je pense qu'on peut nous reconnaître ça, on dit la vérité,
07:55quand elle est bonne à entendre ou quand elle n'est pas bonne à entendre,
07:57et puis prendre ensemble des décisions.
07:58La bonne nouvelle, c'est quand même l'inflation qui a reflué 1,8% en juin.
08:02On a eu quand même une inquiétude avec les 2,4% du mois de mai.
08:07C'était, selon vous, un petit pic, et puis c'est terminé.
08:10On s'est fait peur, en fait, avec le prix de l'essence, avec l'inflation ?
08:14Ben non, on s'est fait plus que peur, on l'a senti, la douloureuse,
08:17quand on faisait le plat, on l'a senti.
08:19Mais je pense que, un, ça nous a permis de renforcer notre stratégie à moyen long terme,
08:24électrification, programmation de l'énergie.
08:26Cette crise doit nous permettre de nous réveiller une dernière fois, je dirais.
08:28Il faut y aller.
08:29Je parle évidemment en plus de l'épisode de canicule de la semaine dernière.
08:33Mais 2, effectivement, on a une bonne nouvelle, il ne faut pas gâcher notre plaisir,
08:37l'inflation est en train de refluer.
08:39Vous savez que ça avait monté vite à la hausse, ça baisse vite à la baisse.
08:42C'est une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des Français.
08:46Moi, j'ai dit, j'ai appelé ça le signe.
08:47Et pour les finances publiques, parce qu'il y a pas mal de choses qui sont indexées.
08:50Non, mais évidemment, mais surtout, je dirais pour la croissance, c'est le signal de la relance.
08:54Il faut qu'on ait un bon été.
08:56On s'inquiétait sur le kérosène, on aura du kérosène.
08:58Le prix de l'essence et le prix des pleins, il est en train de baisser.
09:02On est en dessous d'un 90.
09:03On a besoin d'une économie qui va bien et on a des signaux positifs.
09:07J'allais dire, allez-y, on y va maintenant.
09:10Les ménages, les entreprises qui doivent reprendre nos chemins des investissements.
09:14Quand vous dites allez-y, c'est électrifiez-vous, c'est changer les fenêtres, faites de l'isolation, c'est
09:20quoi ?
09:20Non, mais continuez à électrifier.
09:20Vous savez que les chiffres de juin, c'est des immatriculations en hausse
09:24et plus de 30% de véhicules électriques ou hybrides rechargeables.
09:27Donc, on est au moment où ça bascule.
09:30En Norvège, on est à 90%, un peu plus, de véhicules électriques.
09:33C'est au moment où on a passé les 30 que ça a accéléré.
09:36Donc, oui, n'hésitez pas, n'oubliez pas ce qu'on a vécu depuis trois mois.
09:39Il y a plein de professions qui peuvent se permettre aujourd'hui des véhicules électriques
09:42parce que le rendement est aujourd'hui bien plus important qu'il l'était.
09:46Les prix ont baissé, il y a des primes.
09:48Il y a aussi beaucoup de nos concitoyens qui ont un peu peur de passer le pas.
09:52J'en rencontre beaucoup qui l'ont fait.
09:54Nos regrets, ils ne reviendront pas en arrière.
09:56Donc, allez-y.
09:57En plus, les véhicules, ils sont faits en Europe, ils sont faits en France.
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