- il y a 6 jours
Ce vendredi 26 juin, Christopher Dembik présente Quand le monde s'affole dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.
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00:00Tout pour investir, la masterclass, quand le monde s'affole.
00:05Bonjour Mathieu.
00:07Bonjour Christopher.
00:08Brexit, nouveau Premier ministre britannique, l'actualité est finalement chargée.
00:12Finalement, le précédent Premier ministre a mis un certain temps à partir,
00:15mais c'était un peu convenu d'avance.
00:16La pression était trop forte.
00:17En fait, tout était joué.
00:18Vous vous rappelez, il y avait eu des élections début mai, locales,
00:22et ça avait été un raz-de-marée, notamment de Reform UK.
00:26Et surtout, on a vu des régions comme le Pays de Galles,
00:31qui sont travaillistes depuis presque 30 ans, basculer et tomber.
00:36Donc là, ça a été la goutte d'eau qui a fait des bords délevables.
00:41Et d'ailleurs, les marchés ont intégré cette donnée, puisque ça n'a pas trop bougé.
00:44Depuis début mai, ils se sont dit, ok, c'est fini pour Kerstarmer.
00:47La Liv Sterling qui a parfois réagi un peu, là, cette semaine,
00:51elle n'a quasiment pas réagi, c'était stable face à l'euro.
00:53C'était au début du mois de mai, comme je le rappelais juste au titre.
00:57Et donc, on a un successeur, vous êtes un peu intéressé à son profil,
00:59Andy Burnham, qui va être le prochain locataire du 10 Downing Street.
01:04Vous avez regardé un peu son parcours et c'est intéressant.
01:07Oui, en fait, j'ai regardé quelques anecdotes de sa vie
01:11qui peuvent nous en dire un peu plus long sur sa personnalité.
01:14Je commence, Christopher, par peut-être un document sonore un peu léger,
01:19mais qui a quand même une signification.
01:21On est à Manchester, parce qu'il a été maire du Grand Manchester,
01:24un architecte, on va en reparler après.
01:26Et là-bas, il y a notamment un tramway flambant neuf.
01:28Et vous savez, dans les tramways, vous avez des annonces sonores pour les stations.
01:32J'aimerais vous faire écouter une voix sur l'une des stations du tramway de Manchester.
01:38Écoutez ça.
01:47Bon, est-ce que vous le reconnaissez, cette voix ?
01:49Bon, je dois avouer, je ne l'aurais pas reconnu, mais c'était écrit.
01:52Pour ceux qui nous regardent, c'est la voix de Liam Gallagher, c'est le chanteur d'Oasis.
01:58Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que Andy Burnham a convaincu Liam Gallagher
02:01de donner sa voix pour cette annonce du tramway,
02:05où il dit que c'est prochain arrêt Etihad Campus,
02:10le stade de Manchester City, les champions d'Europe à les City.
02:13Il faut voir que Manchester, c'est une scène musicale hors normes.
02:16C'est la ville d'Oasis, de Joy Division, les Smiths, The Verve,
02:21à laquelle Andy Burnham, qui lui-même joue beaucoup de guitare,
02:24voue un véritable culte.
02:27Il fait aussi beaucoup de...
02:28Il mixe aussi.
02:29Il fait aussi beaucoup de platine.
02:32Et en fait, pour une conseillère de Burnham,
02:35qui est toujours en place et qui a monté des festivals de musique
02:37assez connus en Grande-Bretagne,
02:38elle explique que ce soft power culturel d'Andy Burnham
02:42est vraiment une partie constitutive de sa vie politique
02:47qu'il assume pleinement,
02:48et que pour lui, le soft power musical est aussi important
02:52que les décisions de politique économique qu'il est amené à prendre.
02:55Une approche complètement différente des prédécesseurs,
02:59d'ailleurs, finalement, parce qu'ils avaient assez peu cette approche-là.
03:01Bournemann a vu sa popularité bondir pendant le Covid.
03:04Alors nous, c'est vrai qu'on le découvre aujourd'hui,
03:06j'oserais dire entre guillemets de ce que c'est ici de la Manche,
03:08mais dès la Covid, finalement, il était déjà très populaire au Royaume-Uni.
03:11Oui, c'est ça. Alors c'est un parlementaire qui a 30 ans de vie politique,
03:13une trentaine d'années, etc., et donc qui est connu au niveau local,
03:16mais il a vu sa stature au niveau national exploser pendant le Covid
03:20parce que ça a été le seul élu à s'engager dans un bras de fer assez puissant
03:25contre Londres, contre Boris Johnson.
03:27En fait, on est en octobre 2020,
03:28Boris Johnson veut imposer un confinement hardcore au Grand Manchester,
03:32dont il est le maire depuis 2017,
03:35avec un niveau d'alerte maximal,
03:37tout le monde chez soi, les commerces rideaux baissés,
03:39et là, Andy Bernham va sortir avec son masque
03:42et faire des conférences de presse tous les jours,
03:44alerter l'opinion publique,
03:45en disant qu'on ne peut pas lâcher comme ça des salariés,
03:50surtout les plus vulnérables,
03:51sans les indemniser totalement.
03:54Et il dit qu'on ne peut pas vivre avec les deux tiers de son salaire.
03:57À chaque fois, il prend position,
03:58même avec des tenues vestimentaires,
04:00où il met des vestes bleues,
04:01qui rappellent un peu les vestes prolétariennes,
04:03et c'est là où il va commencer à se forger une stature de King of North,
04:08pour reprendre la terminologie de Game of Thrones,
04:11vraiment celui, le politique qui va incarner ces grandes villes
04:15du nord de l'Angleterre désindustrialisées,
04:17et ça va augmenter sa cote de popularité.
04:19Et je suis tombé là-dessus,
04:21sur une édition britannique de Vogue,
04:24qui est très intéressante, à cette époque du Covid,
04:26qui fait un portrait dithyrambique d'Andy Bernham,
04:29qui est titré « Et soudain, inexplicablement,
04:32nous sommes tous sous le charme d'Andy Bernham ».
04:35Ça pourrait être Brad Pitt.
04:37Voilà, exactement.
04:38Et on voit, en fait,
04:40il y a un côté sexe-symbole même
04:42qui est expliqué dans cet article du Vogue britannique,
04:46et on voit cette photo,
04:47je ne sais pas si vous pouvez l'avoir à l'antenne,
04:50ou cette photo d'Andy Bernham,
04:52où on voit le côté père de famille,
04:55assez beau gosse, avec un air déterminé.
04:57Le magazine dit que Bernham est devenu la voix du peuple,
05:00qu'il a même un statut improbable de sexe-symbole.
05:04Ils mettent en avant sa tenue vestimentaire,
05:08les chemises froissées, ses adidas gazelles.
05:10Voilà, ça renforce son image d'homme du peuple.
05:13Il cite même Game of Thrones,
05:14en disant que depuis Keith Arrington
05:16et son chignon dans Game of Thrones,
05:17aucun candidat aussi emblématique au poste du Roi du Nord
05:20n'avait émergé d'Ivoque, Vogue britannique.
05:23Voilà, et ça en dit long, en fait, aussi sur sa personnalité.
05:26C'est-à-dire qu'il a remplacé à l'époque,
05:29en termes de popularité,
05:32un adversaire politique qui était le ministre des Finances à l'époque,
05:37Richie Sunak.
05:38Il y avait une Richie Mania, je ne sais pas si vous vous rappelez.
05:40Oui, oui, tout à fait.
05:41Ça n'a pas duré, mais...
05:42Qui n'a pas duré exactement.
05:43À l'époque, il y avait un engouement pour Richie Sunak,
05:45qui distribuait des milliards pour relancer l'économie,
05:48qui avait vraiment ouvert le robinet.
05:50En quelques mois, le vent a tourné.
05:52Sunak, c'est celui qui a expliqué
05:53qu'on ne pouvait pas payer à tout le monde indéfiniment.
05:56Sa cote de popularité a baissé
05:57et il s'est fait remplacer quelque part par le sauveur du Nord
06:02qui cultive cette image anti-establishment loin de Westminster.
06:05Mais il a un profil assez atypique au sein du Parti travailliste.
06:08Le Leeds, c'est un caméléon finalement.
06:09Oui, c'est ça, c'est un caméléon.
06:10Parce qu'Andy Burnham, c'est quelqu'un qui a travaillé
06:13autant avec Tony Blair qu'avec Gordon Brown.
06:16et il a même tenté de composer avec la famille de Jérémy Corbyn.
06:20Donc on a trois courants ennemis opposés au sein d'un même parti,
06:26mais dans lequel il a un peu navigué.
06:27D'ailleurs, je suis tombé sur un article du Sun
06:31qui évoque une blague qui circule en ce moment
06:33dans les milieux politiques en Grande-Bretagne.
06:36Alors c'est une blague qui est vraiment très locale,
06:39mais je vous la fais quand même, je vous la rapporte.
06:40C'est l'humour britannique.
06:43Voilà, vous imaginez un blériste, un browniste et un corbiniste
06:47qui rentrent dans un pub.
06:49Là, il y a le barman qui leur demande
06:50« Qu'est-ce que vous buvez, Andy ? »
06:52Voilà, donc c'est la blague du moment
06:54qui montre bien le côté caméléon.
06:58Une autre anecdote intéressante sur Andy Burnham,
07:01il raconte qu'un jour, alors qu'il était maire de Manchester,
07:04il part avec son père pour assister au match de son équipe favorite
07:08qui est Everton, à Liverpool donc.
07:11Contre Manchester City, Everton, Manchester City.
07:14Et là, sur place, vous avez toute une partie du stade,
07:16les supporters de Manchester, qui vont le traiter de Scouser,
07:20donc ça c'est les gars de Liverpool,
07:22tandis que ceux d'Everton, donc de Liverpool,
07:24vont le qualifier de mancunien, les gars de Manchester.
07:29Et ça montre bien aussi, quelque part, non pas l'ambiguïté,
07:33mais la place qu'il a su prendre au niveau politique,
07:35lui qui est né dans un village entre Liverpool et Manchester,
07:40qui n'a pas voulu choisir, son cœur est pour les deux villes.
07:43Et quand je disais qu'il y avait ce côté un peu King of North,
07:46eh bien oui, c'est quelqu'un qui parle à toutes ces villes
07:48qui sont parfois un peu rivales, mais de cœur.
07:50Et on a un événement qui a vraiment eu un impact extrêmement important,
07:54vous le dites, sur sa construction politique.
07:55Oui, c'est la catastrophe de Hillsborough,
07:58ça c'était le 15 avril 89, un mouvement de foule
08:00qui provoque la mort de 97 supporters de Liverpool,
08:03et en fait vous avez une version officielle
08:05qui va jeter la responsabilité sur les supporters,
08:07qui se seraient mal comportés,
08:09qui ont eu des comportements de foule inappropriés, etc.
08:12Lui va en fait soutenir la cause des familles
08:15et en faire vraiment, ça aurait été le seul élu
08:19à se battre autant et à faire un portage politique
08:22pendant plus de 20 ans.
08:23Ça a été vraiment quelque chose qu'il a tenu,
08:25il a même réussi à mettre en place
08:26une commission indépendante d'enquête
08:30qui va rendre un rapport indépendant,
08:32qui va donner raison aux familles en 2012,
08:35et ça à l'époque, en 2012, il y a 15 ans,
08:37il y a la foule qui va l'acclamer au cri de
08:39Andy Burnham for Prime Minister.
08:42Et ça c'est vraiment une séquence
08:43qui lui a forgé une réputation d'élu
08:47capable de se battre sur un même dossier
08:49contre tout le monde pendant des décennies,
08:51c'est quelque chose qui va porter en bandoulière
08:54pour la suite.
08:55Et comme je le disais,
08:56on a quand même les 10 ans du Brexit cette semaine,
08:59qu'est-ce qu'il pourrait essayer de porter à cet égard ?
09:02Vous avez toujours cette ambition,
09:05peut-être plus européenne d'ailleurs que britannique,
09:07il y a un retour à la maison
09:08de nos amis britanniques,
09:09est-ce que ça a été un sujet justement
09:12pour qu'il s'impose comme nouveau Premier ministre ?
09:14Eh bien pas tant que ça en fait,
09:15on sent qu'Andy Burnham sur le Brexit,
09:17alors qu'on a fêté les 10 ans la mardi dernier,
09:20il reste très timide.
09:22Et ça montre en fait tout le paradoxe
09:24des Britanniques sur le Brexit.
09:27Lui, Andy Burnham, il ne s'avance pas trop,
09:30il évoque timidement des coopérations
09:32qui pourraient monter par dossier thématique,
09:34mais pas de plan global
09:36qui pourraient remettre en cause totalement
09:38la décision qui a été prise il y a 10 ans.
09:40Je parle de paradoxe parce que quand vous regardez
09:42les sondages, vous avez une majorité,
09:4557% selon YouGov, des Britanniques
09:47qui aujourd'hui regrettent le Brexit.
09:50Mais dans le même temps,
09:51et on en parlait au début,
09:53vous avez un raz-de-marée populiste
09:56pour Nigel Farage et réforme YouGov.
10:00Et quand vous regardez l'impact économique,
10:02le Brexit, il aurait fait perdre
10:042 à 8% du PIB britannique en 10 ans.
10:09Vous regardez le service de santé
10:11qui était censé aller mieux après le Brexit,
10:13le NHS, qui se porte plus mal.
10:14C'était un des grands arguments.
10:16Un autre des grands arguments,
10:18c'était des pro-Brexit
10:19qui voyaient un moyen de contenir l'immigration,
10:22qui en fait depuis 10 ans a même augmenté.
10:24Il y en a eu plus.
10:26Et ce qui est intéressant,
10:27c'est de regarder aussi la bascule
10:32de démographie électorale sur le sujet.
10:33C'est-à-dire qu'en fait,
10:34une majorité qui avait voté pour le Brexit
10:36était plutôt des aînés à l'époque.
10:38Et aujourd'hui, 6 millions d'entre eux sont décédés.
10:41Et en revanche, vous avez énormément de jeunes
10:44qui étaient mineurs à l'époque du Brexit,
10:47de génération Y,
10:48et qui aujourd'hui, 10 ans plus tard,
10:50bien sûr en âge de voter,
10:51sont plutôt pro-européens.
10:53Donc vous avez quand même
10:54une bascule de démographie électorale,
10:56mais il ne faut pas aller trop vite non plus.
11:00Il y a une question,
11:01il y a un mot que je ne connaissais pas,
11:03qui émerge là-bas,
11:03qui est le regret.
11:05Voilà.
11:07Donc est-ce qu'on assise vraiment
11:08à un véritable regret
11:10avec des Britanniques qui regretteraient,
11:12quand vous regardez les sondages ?
11:13Oui, mais pas à un niveau
11:19qui permettrait d'organiser un Britannique.
11:22Oui, vous me dites,
11:24c'est 57%, c'est ça ?
11:25C'est ça, c'est ça.
11:26Ça reste quand même dans une marge
11:27pas suffisante pour que ce soit un élément central
11:29aujourd'hui en termes de...
11:30Exactement, exactement.
11:31Et donc voilà,
11:32et donc pour conclure sur Andy Burnham,
11:34ce n'est pas quelqu'un qui va...
11:37Ce n'est pas quelqu'un
11:37qui va organiser un Britannique,
11:39mais c'est quelqu'un
11:40qui va se montrer quand même
11:41plus pro-européen.
11:43Et quand vous regardez
11:44ces différents épisodes politiques,
11:46même si parfois
11:47ils peuvent paraître un peu légers,
11:48dont je vous ai parlé,
11:49c'est quelqu'un qui me donne
11:50en tout cas le sentiment
11:52d'avoir un portage politique
11:54peut-être plus assumé,
11:56plus fort et moins va-et-vient
11:57qu'a pu montrer Keir Starmer,
12:00ce pourquoi il a été aussi sanctionné
12:02au-delà des dossiers Epstein,
12:06de l'ambassadeur
12:07qu'il a nommé à Washington,
12:11Mandelson, etc.
12:12C'est aussi quelqu'un
12:12qui a été critiqué
12:13pour son côté trop techno,
12:15trop timide.
12:16Andy Burnham, lui,
12:17quand on regarde son parcours politique,
12:19il sait...
12:20Un homme de conviction.
12:21Ah, il sait où il va
12:21et il porte aussi un courant
12:23d'une école de politique économique
12:25que vous connaissez sûrement
12:26qu'on appelle le Manchesterism,
12:28qui consiste à dire
12:29qu'il faut mettre le paquet
12:30sur la décentralisation
12:31et que le développement économique
12:33se fait au niveau local
12:34avec un mélange public-privé
12:37pour attirer les investisseurs.
12:39C'est ce qu'il a fait
12:40depuis 2017 à Manchester.
12:42C'est vrai qu'il y a un revival
12:43de Manchester.
12:44Il s'est mis dans un courant
12:46qui existe depuis une vingtaine d'années,
12:47mais c'est lui qui l'a incarné,
12:48qui l'a accéléré.
12:50Et en fait,
12:51ce qui va être intéressant,
12:52c'est de voir
12:53si cette recette
12:54de politique économique
12:55qu'il a appliquée à Manchester,
12:57il va pouvoir la répliquer
12:57au niveau national.
12:58Et ça peut être intéressant
12:59parce qu'il a quand même
13:00une petite problématique budgétaire
13:01qu'il va devoir gérer à l'automne.
13:03Ou une petite...
13:04Voilà, il n'y a pas que la France
13:05qui a un problème de budget.
13:06Et ça peut être une approche
13:07qui est assez intéressante
13:08et qui va justement
13:09séduire largement
13:10avec le fait
13:11que ça a bien fonctionné.
13:12Donc, c'est toujours...
13:12On va continuer à la souhaiter
13:14dans le monde de sa folle.
13:15Complètement, tout à fait.
13:16C'est ça, c'est ça, c'est ça.
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