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Évelyne Bloch-Dano, écrivaine et essayiste, autrice de “Le parfum des années”, ed Stock, est l'invitée du Grand Portrait. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-23-juin-2026-9304788

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00:00Êtes-vous déjà entré dans une maison d'écrivain ?
00:03Celle de Balzac, celle de Colette, celle de Victor Hugo, celle de Moriac ?
00:07Avez-vous déjà humé le parfum de ces lieux en imaginant l'auteur à Languie,
00:12affairé à sa table de travail ou bêchant son jardin ?
00:16Avez-vous cru un instant que vous aviez là un morceau d'éternité,
00:20un peu de vécu du grand homme et même le secret des chefs-d'œuvre qu'il y a écrit
00:25?
00:25Vous vous trompez, ces maisons sont des musées, tout y est factice, reconstitué.
00:31Mon invitée a passé sa vie à hanter les maisons d'écrivain
00:35et à se demander ce qu'elle pouvait bien y chercher.
00:38Elle le sait désormais, c'est ce que nous tous nous cherchons, le temps retrouvé.
00:44Portrait numéro 159.
01:07Bonjour Evelyne Bloch-Danneau.
01:09Bonjour Sonia Desvillers.
01:11Quel bonheur, quel bonheur d'entendre Satie avec vous ce matin.
01:16Comment êtes-vous tombée amoureuse de Proust ?
01:19Ou du moins, comment Proust est tombée amoureuse de vous ?
01:23Alors là, la deuxième question, je n'y répondrai pas.
01:28Et moi, c'est toute jeune, à l'âge où on tombe amoureux sans arrêt, vers 17 ans.
01:3617 ans ? Vous l'avez rencontrée comment ?
01:39J'avais un professeur d'hypocane qui détestait Proust.
01:43Et évidemment, avec mon esprit de contradiction, je me suis dit que ça devait être très intéressant.
01:49Et je suis partie en vacances avec toute la recherche en livre de poche.
01:56Voilà, c'était la première édition.
01:57Et vous avez avalé, avalé, avalé ?
01:59Oui, oui, parce que nous étions plusieurs et il fallait que j'aille vite,
02:02parce que les autres attendaient la suite.
02:05Donc, il est devenu, néanmoins, vous le dites, vous qui avez tant écrit sur lui,
02:10qu'il avait lu et qu'il avait relu, une sorte de marqueur social,
02:14presque un point de discrimination, de stigmatisation.
02:17Ceux qui l'ont lu, ceux qui ne l'ont pas lu.
02:19Ceux qui se piquent de l'avoir, n'ont pas lu, mais relu.
02:22Et d'une certaine manière, vous n'aimez pas beaucoup ce snobisme ?
02:26Non, parce que je n'y crois pas vraiment.
02:31Non pas que les gens mentent.
02:34Je suppose que quand ils disent qu'ils l'ont relu, ils l'ont relu.
02:38Mais je regrette que ce soit, dans ces cas-là, en effet seulement un marqueur social.
02:45Parce que, même si ça n'est pas une lecture facile,
02:48et je trouve que là aussi, c'est hypocrite de dire que c'est facile.
02:52La recherche du temps perdu.
02:54Voilà.
02:54Mais je pense qu'on peut facilement s'immerger.
02:58Et à condition de faire la planche.
03:02C'est-à-dire de se laisser porter.
03:04Par moment, vous avez une petite veiglette qui vous passe sur la tête.
03:09Et puis, vous reprenez votre équilibre et vous continuez.
03:11Et vous qui avez si longtemps enseigné le français au lycée,
03:15et après en classe préparatoire,
03:17vous l'avez amené, Proust, votre vieil amant,
03:20comme vous osez l'écrire !
03:23Vous l'avez amené avec vous en classe ?
03:26Ah oui, oui.
03:27Alors, avec des élèves de terminale ou après.
03:31Mais oui, très facilement.
03:32Il faut choisir, bien entendu.
03:34Mais je l'ai fait, je crois que beaucoup d'enseignants le font, malgré tout.
04:02Évelyne Blochdano, vous êtes écrivaine.
04:04Donc, vous êtes une grande passionnée de Proust.
04:07Et pas seulement, vous vous êtes embaladée à la belle époque.
04:10Et là, vous publiez aux éditions Stock, dans la collection Manu au musée,
04:14le parfum des années.
04:16La collection Manu au musée est un peu particulière.
04:19Chaque auteur qui s'y prête, même procédé pour tous,
04:23vous passez la nuit seule avec un lit de camp dans un musée de votre choix.
04:26Vous avez choisi la villa du temps retrouvé à Cabourg,
04:30que vous avez participé à créer comme lieu en 2019.
04:34C'est un musée consacré à Proust, mais pas seulement.
04:37A tout son imaginaire, à tout son univers, à toute son époque qu'on appelle la belle époque, justement.
04:43Est-ce que Marcel y a habité dans ce lieu ?
04:47Pas du tout.
04:48Est-ce qu'il y a mis les pieds ?
04:50Il est possible, mais on n'a pas vraiment de preuves.
04:55Mais il était ami avec le fils du propriétaire de cette maison.
05:02Donc peut-être y est-il allé, mais de toutes les façons,
05:05elle a depuis subi beaucoup de transformations.
05:09Donc je pense que Cabourg s'éprousse parce qu'il est venu cet été durant.
05:14Il y a écrit et pensé la recherche.
05:19Il en a fait un lieu de fiction qui s'appelle Balbeck.
05:23Et vous, vous passez votre temps à mélanger la fiction et la réalité.
05:28Vous êtes à Cabourg, mais vous êtes à Balbeck parce que vous êtes dans la recherche.
05:32Vous croisez les personnages de Marcel Proust.
05:36Et vous en avez fait des personnes.
05:38Oui, parce que je crois que beaucoup de gens viennent à Cabourg
05:42avec cette sorte d'ombre de Marcel et surtout à l'ombre des jeunes filles en fleurs
05:51qui vraiment évoquent Cabourg.
05:55Même si on sait qu'il y a eu d'autres sources d'inspiration
05:59et que comme toujours, Proust est passé par plusieurs étapes.
06:03Il a changé, si vous voulez, le lieu d'origine à plusieurs reprises.
06:10Mais évidemment, quand il commence à venir en 1907 à Cabourg,
06:16il va donc y venir jusqu'en 1914.
06:17C'est un lieu dans lequel il vient chaque été, au Grand Hôtel.
06:24Et il va nourrir, si vous voulez, la recherche avec ce qu'il y voit,
06:29ce qu'il y sent, ce qu'il ressent à Cabourg.
06:35Et par ailleurs, on sait aujourd'hui que les jeunes filles sont plutôt des jeunes hommes.
06:39Vous avez choisi une maison.
06:42Vous avez évidemment choisi Proust, vous avez choisi la Côte-Fleurie,
06:45vous avez choisi Cabourg, mais vous avez choisi une maison.
06:48Et voilà quelque chose qui vous attire, qui vous obsède,
06:52qui vous fascine, qui vous rassure.
06:55Depuis l'enfance, Evelyne Bloch-Danneau, une maison.
06:58Pourquoi une maison ?
07:00Parce que j'ai grandi dans un appartement,
07:02un petit appartement, Porte de Champéret.
07:06Dans le 17e arrondissement.
07:07Dans le 17e arrondissement.
07:08J'ai écrit un livre qui s'appelle Porte de Champéret.
07:11Et c'était pour moi, la maison, c'était vraiment un rêve,
07:18une sorte de fantasme.
07:20Tous les livres, les livres de lecture, les livres que je lisais,
07:25se déroulaient très souvent dans des maisons.
07:27On allait dans le grenier, on découvrait tout ça.
07:31Et l'appartement, c'est plat quand même.
07:33C'est plat.
07:34Et surtout, une maison, il y a toujours l'idée qu'une maison,
07:37c'est une maison de famille.
07:38Oui.
07:39Il y a toujours l'idée que dans la maison,
07:41on réunit les générations.
07:43Il y a toujours l'idée que dans la maison,
07:44il y a plein de souvenirs.
07:46Oui, ce que nous n'avions pas.
07:49Pourquoi ?
07:49Puisque ma famille, que ce soit du côté paternel,
07:56Bloch, venait d'Alsace,
07:57mais évidemment, n'y habitait plus
08:00et avait tout perdu.
08:01Et puis, du côté maternel,
08:04c'était encore plus terrible,
08:06puisque ma mère était d'origine juive allemande.
08:09Et donc, ils ont passé la frontière,
08:14ensuite repassé.
08:15Enfin bon, ça a été une histoire compliquée.
08:16Mais c'est exactement ce que je me suis dit
08:18en lisant l'histoire de votre famille.
08:20C'est-à-dire que du côté maternel,
08:22cette famille juive allemande,
08:23c'est une famille qui, au moins à trois ou quatre reprises,
08:27a dû fuir, a dû s'exiler,
08:29en laissant tout derrière elle
08:30et en recommençant à zéro.
08:33Et vous, voilà vous, petite fille,
08:34héritière, peut-être inconsciente de cette histoire,
08:37rêvant d'une maison de famille.
08:39Je pense que c'était parfaitement inconscient.
08:42Mais, par exemple,
08:44on louait des maisons l'été.
08:45Et en particulier,
08:47en juillet,
08:48on a loué durant plusieurs années
08:50une maison en Seine-et-Marne,
08:52pendant que mon père travaillait.
08:54il y avait un jardin,
08:55il y avait une bibliothèque.
08:57C'était une toute petite maison,
08:59mais pour moi,
08:59c'était le rêve absolu.
09:00C'était ma maison,
09:01je la retrouvais chaque année.
09:03Donc, il y a ça aussi.
09:04C'est une protection, une maison.
09:07Est-ce que vous avez retrouvé cela
09:09dans les maisons d'écrivains
09:11qui, très tôt,
09:12ont commencé à vous attirer ?
09:13Vous avez cette particularité,
09:15Evelyne Bloch-Dano,
09:16de ne peut-être pas les avoir
09:17toutes visitées,
09:18mais vous en avez beaucoup vu,
09:20beaucoup vu.
09:21Vous avez écrit sur ces maisons,
09:23vous les avez racontées,
09:24vous les avez chroniquées
09:25dans la presse,
09:27vous avez publiées sur ces maisons.
09:29Oui, alors,
09:30je n'ai pas du tout fait le lien
09:32avec ma propre histoire,
09:35mais certainement qu'il y avait ça.
09:37C'est-à-dire,
09:38comment l'écriture naît-elle
09:40dans une maison ?
09:42Est-ce que la maison,
09:44secrète, finalement,
09:46quelque chose qui permet
09:47à l'écriture de naître ?
09:49Et sûrement que j'ai tout de même
09:54souvent fait ce lien.
09:55D'ailleurs, le propos de ma chronique
09:57au magazine littéraire,
09:58c'était vraiment,
10:00il y avait un angle qui était
10:01l'univers de l'écrivain
10:02à travers sa maison.
10:04Donc, c'était ça que je cherchais
10:05et pas quelque chose de touristique
10:08ou autre.
10:09Et certaines,
10:10comment, je ne sais pas,
10:12visiter aujourd'hui
10:13la maison de Colette
10:15à Saint-Sauveur-en-Puiset
10:16sans penser à Sidot,
10:18sans penser au récit de Colette ?
10:20Alors qu'au fond,
10:21il y a passé seulement son enfance
10:23et ils ont perdu cette maison.
10:25Et je pourrais donner
10:26d'autres exemples.
10:27Allez-y, allez-y, allez-y, allez-y.
10:28On cherche des idées pour cet été.
10:30On va aller se balader avec vous.
10:31On peut aller à Malagare,
10:33la maison de François Moriac.
10:34Bien sûr, Malagare,
10:36avec cette vue merveilleuse
10:38et tout ce que ça raconte aussi,
10:42des romans de Moriac.
10:44J'ai souvenir-moi au Pays Basque
10:46d'une immense maison,
10:48celle d'Edmond Rostand.
10:49Oui, alors c'est le Rostand,
10:52bien sûr,
10:54une sorte de maison théâtre
10:56et un contraste incroyable
11:00avec la petite chambre,
11:01enfin avec la chambre elle-même
11:03de Rostand,
11:04extrêmement simple.
11:05C'est pareil chez Lottie,
11:06même si on a un petit peu
11:08arrangé les choses
11:09dans la nouvelle réhabilitation
11:13et rénovation de la maison.
11:14C'est-à-dire un contraste
11:16entre un extérieur théâtral,
11:18toute la partie publique,
11:20et puis le nid
11:22où se cache presque l'écrivain,
11:27très modeste,
11:29Lottie et sa cabine de bateau,
11:31enfin, etc.
11:32Evelyne Bloch-Dano,
11:33dans Le Parfum des Années,
11:34vous glissez quelque chose
11:35qui vous est arrivé
11:36et qui doit être extrêmement traumatisant.
11:38votre propre maison,
11:40car, devenant une grande personne,
11:42vous avez fini par avoir une maison.
11:43À vous, à brûler.
11:46Oui, c'est quelque chose
11:50dont j'ai beaucoup de mal
11:51à parler encore aujourd'hui,
11:54parce que c'est une rupture
11:56dans une histoire,
11:59si vous voulez, un incendie.
12:00L'extraordinaire chance
12:02que nous avons eue,
12:03c'est que les enfants n'étaient pas là,
12:06et nous non plus, du reste.
12:08Mais surtout, les enfants
12:10qui auraient peut-être dormi
12:12et été asphyxiés.
12:14Et tout l'intérieur de la maison
12:15s'est consumé.
12:16Tout l'intérieur s'est consumé.
12:17C'est très étrange, vous savez.
12:19C'est comme vous mettez un papier
12:20dans un cendrier
12:21et ça se consume
12:22sans faire de flammes.
12:24Enfin, les flammes s'éteignent.
12:26Et c'est ce qui s'est passé.
12:27Donc, je suis entrée,
12:29nous sommes entrées
12:30dans une maison
12:31qui était noire.
12:33Tout était noir.
12:33Tout était carbonisé.
12:35Tout était carbonisé.
12:37Et à l'emplacement
12:37de notre lit,
12:38dans la chambre,
12:39il y avait le rectangle
12:42du lit.
12:44Et vraiment,
12:46je suis horrible à dire,
12:47mais comme une tombe, en fait.
12:50Vous dites,
12:50nous avons ouvert la porte
12:52sur un tombeau.
12:53Oui.
12:53C'est vraiment l'impression
12:55que j'ai eue.
12:55Et je me suis dit,
12:57forcément,
12:58tout a disparu
12:59de vos manuscrits,
13:00de vos carnets de notes,
13:02de vos documents de travail,
13:03de vos livres.
13:04De vos livres.
13:05Vous, professeure de français
13:07pendant tant d'années,
13:08vous, écrivaine,
13:09vous, amoureuse de la lecture,
13:11tous vos livres ont disparu.
13:13Et je me suis dit,
13:13il n'y aura donc pas de maison,
13:15Evelyne Bloch-Danneau.
13:17Non, parce que...
13:19Je ne sais pas
13:20s'il y aura une maison,
13:22Evelyne Bloch-Danneau.
13:22Mais vous qui avez tant aimé
13:23les maisons d'écrivains.
13:24Oui, oui.
13:25Votre maison,
13:26finalement,
13:27on l'a...
13:27Voilà,
13:28on ne l'a même pas reconstruit.
13:30Enfin,
13:30on a reconstruit tout l'intérieur.
13:32Et j'ai gardé quand même...
13:34Il reste beaucoup de papier,
13:35je vous rassure.
13:36Beaucoup,
13:37beaucoup,
13:37beaucoup trop de papier.
13:58Ce qui m'étonne beaucoup
14:00pour une grande amoureuse de Proust,
14:02Evelyne Bloch-Danneau,
14:03c'est que vous ayez passé
14:05toute votre vie
14:06à écrire des biographies
14:07d'écrivains.
14:09Alors,
14:10quand on aime Proust,
14:11pourtant,
14:11c'est comme si vous aviez
14:12pris parti contre lui.
14:14Lui qui avait pris parti
14:16contre un éminent critique
14:18de son temps
14:18qui s'appelait Sainte-Beuve.
14:19Et Sainte-Beuve disait
14:21« Ouh là là là là là là,
14:22on ne comprend pas le texte,
14:24on ne comprend pas l'écrivain »
14:25et Proust avait écrit
14:26un texte très célèbre
14:27pour dire « Non,
14:28c'est l'inverse. »
14:30Il vit sa vie
14:30de manière libre
14:31et autonome.
14:32Il n'a pas besoin
14:33de puiser dans la biographie
14:34de l'homme
14:35ou de la femme
14:35qu'il a rédigée.
14:37Et vous,
14:37qu'est-ce que vous faites ?
14:38Des biographies.
14:39Mais pas une,
14:40deux,
14:41trois,
14:41quatre.
14:43Oui,
14:43mais je ne suis pas d'accord
14:44avec Proust,
14:45ça m'arrive.
14:47Non,
14:48je pense
14:50qu'il a,
14:51il devait certainement
14:53être convaincu
14:54de ce qu'il a écrit.
14:55Lui,
14:56quand même,
14:57ne lui infligeons pas
14:58ce doute.
14:59Mais moi,
15:01je pense que
15:01ce soit un écrivain
15:02ou quelqu'un d'autre,
15:04la biographie,
15:05en tout cas la vie
15:06de cette personne,
15:07vous révèle des choses
15:09sur elle.
15:09Et comment peut-on écrire
15:11sans être tout de même
15:13un petit peu
15:15ce qu'on est
15:16et ce qu'on a vécu ?
15:17Donc,
15:19je pense
15:20qu'on peut,
15:21alors je ne dis pas
15:22que ça va expliquer
15:23tout l'écrivain.
15:26Mais,
15:27je vais prendre un exemple
15:29qui est Georges Sand,
15:29puisque j'ai écrit
15:31aussi sur
15:31Le Dernier Amour
15:32de Georges Sand.
15:34Eh bien,
15:34Sand,
15:35je ne dis pas
15:35que ça va
15:36permettre de comprendre
15:37chaque roman,
15:39mais tout de même,
15:41sa vie,
15:42d'abord,
15:43elle est passionnante,
15:44mais ça,
15:44c'est autre chose,
15:46sa personnalité,
15:47va expliquer aussi
15:49pourquoi
15:50une telle fécondité,
15:5390 romans,
15:54Georges Sand.
15:5490 romans.
15:56Donc,
15:57vous voyez,
15:58plus une famille.
16:01L'une de vos
16:01plus célèbres biographies
16:04reste celle
16:05de Madame Proust.
16:06Madame Proust
16:06n'est pas la femme
16:07de Marcel Proust
16:08qui était homosexuelle,
16:10c'est sa maman.
16:11Et je vous ai dit
16:12en coulisses
16:13quand je vous ai accueillie
16:13tout à l'heure,
16:14je me suis demandé,
16:15moi,
16:15si s'approprier la mère
16:16de Marcel Proust,
16:17ce n'était pas d'une manière
16:18ou d'une autre
16:19avoir cherché
16:19à l'engendrer.
16:20Ça vous a fait
16:21beaucoup rire,
16:22mais d'une certaine manière,
16:24est-ce que ce n'était pas
16:24une façon
16:25de faire de Marcel
16:26votre enfant ?
16:29Peut-être,
16:30je ne sais pas
16:30ce que mes propres enfants
16:32vont penser
16:32de ce petit frère
16:34ou vieux frère
16:35qui leur arrive.
16:36Ce frère fantôme.
16:37Ils vont être
16:38ce frère fantôme,
16:39ils vont être contents,
16:39je pense.
16:41Mais oui,
16:42ce n'est pas si faux.
16:45Ce n'est pas si faux
16:45parce que ce qui m'intéresse
16:46chez Proust,
16:47au fond,
16:48c'est l'enfance
16:50et l'adolescence.
16:51C'est-à-dire,
16:52est-ce que,
16:54quelqu'un tout de même
16:55assez génial
16:56comme Proust,
16:58est-ce qu'il a
16:59un enfant particulier ?
17:00Est-ce qu'il a
17:00un adolescent particulier ?
17:02Qu'est-ce qui est déjà
17:03en germe ?
17:04Donc, on revient
17:04à la biographie,
17:05je suis d'accord.
17:06Qu'est-ce qui est déjà là ?
17:08Qu'est-ce qu'il peut expliquer ?
17:10Est-ce qu'il est si différent ?
17:12Quand j'ai travaillé
17:13sur le questionnaire de Proust
17:14et sur 40 exemples
17:16de jeunes
17:17dont Proust connaissait une partie
17:20et qu'il remplisse
17:21le même questionnaire
17:22au même moment,
17:24je me disais
17:25est-ce que ça va nous montrer
17:26que ces réponses
17:27sont complètement atypiques
17:28et différentes des autres ?
17:30Ou bien,
17:30est-ce que je veux apercevoir
17:31que c'est juste la manière
17:33dont un adolescent
17:35écrit à l'époque ?
17:36Alors,
17:37le parfum des années,
17:38c'est l'occasion
17:39de s'évader
17:40vers la Belle Époque.
17:41Vous êtes très lucide
17:42sur cet amour
17:43que vous avez
17:43pour la Belle Époque.
17:44Vous savez très bien
17:45que c'est une période
17:47reconstituée a posteriori
17:48par les historiens.
17:49Un temps de paix,
17:50un temps de gloire,
17:51un temps sans guerre,
17:53un temps qui entraîne
17:55la nostalgie chez nous
17:56mais que la réalité
17:58est beaucoup plus dure que ça.
17:59C'est la période
18:00de l'affaire Dreyfus,
18:01une période d'antisémitisme,
18:02d'inégalité sociale féroce
18:04et puis il y a quand même
18:04une guerre qui gronde.
18:06Mais quand même,
18:06ça marche d'y retourner
18:08par les temps qui courent,
18:09n'est-ce pas ?
18:10Oui.
18:11C'est un refuge ?
18:12C'est un refuge.
18:13Il y a une sorte de grâce,
18:15de charme de la Belle Époque
18:17et je pense qu'on y est sensible
18:19même si ce concept,
18:21puisque c'est quand même ça,
18:23c'est un peu une invention
18:24avant la Première Guerre mondiale.
18:26Voilà,
18:26mais a été formalisé
18:29et nommé bien après
18:31puisque c'est en 1940
18:32dans une émission de Radio Vichy
18:35qui s'intitulait
18:36« À quelle belle époque ? »
18:38qui est apparue
18:39pour la première fois
18:40ce terme.
18:42J'ignorais que ça venait de là.
18:43Oui, oui.
18:44Et vous voyez,
18:44c'est par hasard
18:45si c'est en 1940,
18:46on va aujourd'hui
18:48parler beaucoup
18:49de Marc Bloch
18:50et de l'étrange défaite.
18:52Eh bien,
18:52c'est au moment
18:53de l'étrange défaite
18:54qu'on invente
18:56pour formaliser la belle époque.
18:58Merci Evelyne Bloch-Daneau.
18:59Le parfum des années,
19:00c'est donc dans cette collection
19:01« La nuit au musée »,
19:03« Ma nuit au musée »
19:04chez Stock.
19:05Et hop,
19:05tout le monde à Cabourg !
19:07Sous-titrage Société Radio-Canada
19:07beg alle
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