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  • il y a 21 heures
Face au réchauffement climatique qui doit dépasser l'objectif fixé par l'Accord de Paris en 2015, Robert Vautard, climatologue français, coprésident du groupe de travail 1 du GIEC, appelle à "accélérer" sur la baisse des émissions de gaz à effet de serre et la transformation de notre société.

Retrouvez "L'invité de 7h50" de Benjamin Duhamel sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50

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00:0538 degrés à Grenoble, 39 à Mulhouse et à Colmar. Nouveau record sur place, 41 degrés dans le Var hier.
00:12Il a fait chaud, il fait chaud depuis le début de cet été, terriblement chaud fin juin, sans oublier la
00:17première vague de canicule dès le mois de mai dernier.
00:19Tout cela joue sur nous-mêmes directement, sur la sécheresse, sur les incendies et ça nous interroge aussi au vu
00:25de la littérature disponible sur le changement climatique à portée de main.
00:28Ces données et ces projections, vous les avez particulièrement bien en tête Robert Votard. Bonjour et bienvenue sur France Inter.
00:36Vous êtes climatologue, directeur de recherche au CNRS, co-président du groupe de travail 1 du GIEC, en charge du
00:41rapport sur la connaissance des bases physiques du changement climatique.
00:45Alors précisément, que disent les dernières données consolidées sur les scénarios de réchauffement global ?
00:51Alors les dernières données consolidées disent que le réchauffement global, aujourd'hui, la nature humaine du réchauffement global s'établit
01:01environ à 1,4 degré.
01:04Donc voilà, on est dans une augmentation continue des températures globales. Voilà ce qui se passe au niveau global.
01:12Et puis cette fameuse ère pré-industrielle, c'est-à-dire les années 1850 à 1900. C'est ça le
01:16point de référence.
01:17On a déjà augmenté la température d'un degré 4 et on sait déjà, de façon certaine, qu'on va
01:22dépasser les 1,5 degré, qui était un peu la barre à ne pas franchir après la COP21 à Paris.
01:26Oui, si on voulait rester en dessous de 1,5 degré, il faudrait stopper les émissions de gaz à effet
01:31de serre immédiatement.
01:32Non, ça ne paraît pas réaliste. On va dépasser les 1,5 degré, c'est à peu près certain, ou
01:38c'est quasiment certain maintenant.
01:40Maintenant, la question est de savoir de combien on va dépasser ces 1,5 degré.
01:46Et on voit bien, au regard des situations catastrophiques qui se produisent aujourd'hui, non seulement en France, mais partout
01:53dans le monde,
01:55que plus on va avoir des températures globales élevées, plus ces catastrophes vont être importantes et coûteuses.
02:01Oui, parce que typiquement, il a fait 40 degrés plusieurs jours à Paris, 42 à Bordeaux et dans plusieurs grandes
02:07villes de l'Ouest.
02:08On se demande, dans ces cas-là, jusqu'où ça peut aller ?
02:10Par exemple, on pourrait se dire, est-ce qu'il peut faire 50 degrés à Paris ?
02:14C'est un scénario sur lequel vous avez travaillé ?
02:16Oui, absolument. On ne voit pas dans les simulations des températures qui approchent 50 degrés à Paris,
02:23tant que les températures globales restent en dessous de 2 degrés, ou même d'un degré 5.
02:28Mais au-delà de 2 degrés, on peut commencer à imaginer ce type de scénario.
02:32C'est-à-dire, finalement, dans une vingtaine, trentaine d'années, si rien n'est fait.
02:37Oui, donc ça va très vite.
02:39Les records de températures qu'on connaissait avant la canicule du mois de mai,
02:43ils ont été dépassés de parfois 5 degrés d'un coup.
02:46C'est-à-dire que jusque-là, le record était de 35 et tout d'un coup, il fait 40
02:50degrés dans une ville,
02:51notamment sur la façade ouest de la France.
02:53Comment c'est possible de battre d'un coup autant de degrés ?
02:57Oui, ça peut paraître très surprenant quand on regarde un record sportif, il n'est pas battu comme ça d
03:02'autant.
03:03Il est amélioré à la marge.
03:04Voilà, mais là, c'est vraiment l'effet du changement climatique, directement l'effet du changement climatique.
03:09C'est records qui sont battus de loin.
03:11Et on peut être surpris, mais les climatologues ne sont pas surpris.
03:14Ce sont des choses qui sont dans nos projections.
03:18On sait qu'avec ce réchauffement qui est très fort en ce moment, on peut battre des records de loin.
03:25Et donc, ça a des conséquences parce qu'on n'est pas préparé à ces situations-là.
03:32Vous dites qu'on peut être surpris, mais nous, on n'est pas surpris, nous les scientifiques.
03:34Qu'est-ce que vous dites à ceux qui reprochent au GIEC d'avoir longtemps été trop prudents ?
03:38Ce serait une prudence, à les croire, pour éviter qu'on accuse le GIEC d'exagérer.
03:43C'est notamment l'historien Jean-Baptiste Fressos qui disait ça dans Le Monde.
03:46Le GIEC n'est pas prudent.
03:48Il fait l'état des connaissances et autour de cet état des connaissances,
03:53donc il établit des faits et il établit aussi l'incertitude autour de ces faits sur la base de la
03:58littérature.
03:58Il n'est pas prudent, il fait simplement le constat d'après la littérature.
04:03Il n'extrapole pas la littérature.
04:05Il ne cherche pas à amplifier les risques ni à les diminuer,
04:08mais à simplement les caractériser de la façon la plus objective possible
04:12sur la base de la littérature scientifique disponible.
04:14Robert Votard, vous qui êtes climatologue au GIEC, au CNRS,
04:18le débat entre atténuation et adaptation est revenu à l'occasion des canicules de cet été.
04:23Donc en résumé très grossier, est-ce qu'il faut mettre des moyens contre la cause du mal
04:27et atténuer en baissant les émissions de gaz à effet de serre
04:30ou bien mettre des moyens contre les conséquences du mal,
04:32par exemple avec la clim dans les hôpitaux ou les écoles ?
04:35Comment vous avez regardé ce débat ?
04:37Est-ce que c'est en fait un débat très politique, très partisan presque ?
04:42Alors oui, bien sûr, il y a une composante politique et c'est normal
04:45parce que face aux catastrophes, on se doit de réfléchir à la réponse qu'on a à donner
04:52pour pouvoir les gérer dans le futur.
04:55Et effectivement, il y a plusieurs types de mesures.
04:58Donc en termes d'adaptation, bien sûr, il y a des mesures immédiates.
05:02Comment protéger les gens ?
05:03Comment avoir des espaces de rafraîchissement ?
05:07Comment pouvoir évacuer, vous rendez compte, plus de 200 000 personnes ?
05:10C'est incroyable !
05:11Sur les incendies ?
05:12Oui, sur les incendies.
05:14Et après, ça sera plus.
05:16Il faut bien avoir conséquence, il faut bien avoir en tête
05:18que dans les événements futurs, il faut s'attendre à évacuer plus de personnes.
05:22Il faut s'attendre à évacuer des petites villes.
05:24Et on voit d'ailleurs que c'est mal vécu par les habitants.
05:26Certains se montent en collectif pour dire
05:28« Vous avez priorisé telle zone plutôt que nous, c'est injuste »
05:31et donc potentiellement des actions en justice.
05:33Ça crée des tensions inexorablement.
05:36Mais il y a toutes les mesures de long terme.
05:38Parce qu'une fois que l'épisode aura disparu en septembre, en octobre, je l'espère,
05:43une fois que cet épisode aura disparu, que fera-t-on ?
05:46Donc c'est là qu'il faut attaquer véritablement les mesures de long terme.
05:50C'est-à-dire réduction des émissions de gaz à effet de serre,
05:53mais de façon majeure.
05:55Il ne s'agit plus de faire des choses à la marge.
05:59Et puis ensuite, ça c'est pour diminuer collectivement la France et les autres pays,
06:04donc collectivement les émissions de gaz à effet de serre.
06:07Et aussi s'attaquer au problème de l'adaptation des infrastructures, des réseaux.
06:14Donc les deux rétents, atténuation et adaptation, prévenir et guérir.
06:18On est contraint de faire les deux.
06:19Voilà, exactement.
06:20Et la clim, évidemment, c'est une question de confort, donc ça touche tout le monde.
06:24Mais c'est une partie des choses.
06:29Il y a toute l'agriculture, la clim ne va pas résoudre le problème de l'agriculture.
06:33Absolument, et même sur la clim, on peut s'étonner.
06:34Hier, on apprenait que ça y est, les 30 000 et même 33 000 climatiseurs commandés en catastrophe en juin
06:39avaient été livrés dans les hôpitaux.
06:41Mais on comprend que ce sont des climatiseurs mobiles, des climatiseurs d'appoint.
06:44Ça marche, mais ce n'est pas le plus efficace énergétiquement.
06:48On doit pouvoir faire mieux et faire notamment quand on n'est pas en pleine crise.
06:51Voilà, c'est dans la construction des nouveaux bâtiments, dans la restauration,
07:00dans la gestion des forêts, de l'agriculture.
07:01Enfin, c'est l'ensemble des secteurs qui est touché.
07:05Les transports, les réseaux électriques.
07:07Enfin, voilà, donc il y a une certaine conscience, mais là, aujourd'hui, il y a un problème de vitesse.
07:16Là, il faut qu'on accélère.
07:18Sur la question des incendies, typiquement, ce serait quoi la bonne adaptation à ces feux de forêt
07:23qui nous semblent inouïs ?
07:24Il y en a eu par le passé, mais une bonne partie d'entre nous n'étions pas nés.
07:28Éviter la monoculture, avoir plusieurs essences d'arbres.
07:31On parle aussi de faire revenir du pastoralisme, de débroussailler, ça on l'a beaucoup dit aussi.
07:35Je vais me permettre de ne pas répondre à votre question.
07:38C'est moins votre domaine, vous êtes plus dans le climat lui-même.
07:41Mais vous, vous êtes sur les rapports à la fois passés et vous préparez les suivants.
07:46On attend une nouvelle mouture du rapport du GIEC en 2028.
07:49Quelles sont les données que vous attendez, j'allais dire précieusement, pour nous éclairer à l'avenir ?
07:53Et sur quoi la science du climat a encore des progrès à faire ?
07:56Alors, la science du climat a beaucoup de progrès à faire dans son domaine fondamental.
08:01C'est-à-dire, comprendre ce qui se passe, comprendre les mécanismes, c'est absolument fondamental.
08:07Et pour ça, il nous faut des observations, des données encore, bien sûr.
08:12Là où il y a un domaine de progression très fort aussi, c'est dans le domaine de la modélisation.
08:17L'arrivée de l'intelligence artificielle va nous permettre probablement de faire plus de simulations
08:23en accélérant certains processus, mais ne va pas nous permettre d'inventer de nouvelles choses.
08:29Mais en tous les cas, de faire des progrès, c'est assez clair.
08:32Donc là, on s'attend à...
08:35Comment dire ?
08:36On a beaucoup d'articles aujourd'hui qui sortent sur un certain nombre de sujets.
08:40L'accélération, la vitesse des vagues de chaleur en Europe est un sujet de recherche.
08:45Aujourd'hui, il y a des petites choses qu'on ne comprend pas bien encore.
08:49Pourquoi on a une augmentation de fréquence de ces vents de sud
08:54qui nous arrivent lorsqu'on a des vagues de chaleur ?
08:57C'est encore pas très bien compris, mais voilà.
09:00Certains paramètres globaux gagnent encore à être mieux connus.
09:03Voilà, exactement.
09:05Le déséquilibre énergétique qui augmente sur la Terre.
09:09Donc ça, c'est encore un domaine qui est encore mal quantifié, mal expliqué,
09:16même si on comprend bien la physique qu'il y a derrière.
09:19Les nuages, comment les nuages, et particulièrement les nuages bas
09:24sur les grandes régions tropicales, pardon, océaniques,
09:30comment ils réagissent au changement climatique ?
09:33Or, ces nuages, vous savez, ils réfléchissent le rayonnement solaire.
09:37Donc, si le changement climatique modifie ces nuages,
09:41il peut y avoir une amplification du changement climatique.
09:45Donc ça, c'est encore des choses qui ne sont encore pas très bien quantifiées.
09:49Il y a des tas de domaines.
09:50Vous êtes un peu optimiste par rapport à tout ça ?
09:53Ou il y a des manques où vous avez envie de baisser les bras ?
09:55J'ai jamais envie de baisser les bras, ça c'est clair.
09:57Mais optimiste, je dirais non, parce que quand je vois ce qui se passe...
10:02Je vous sens préoccupé par le manque d'action assez rapide en tout cas.
10:04Oui, le manque d'action, et puis c'est ce qui se passe.
10:07Mais par contre, on a des sujets de recherche encore devant nous.
10:10Et surtout, là, ne baissez pas les moyens pour la recherche.
10:18On a tellement de choses à faire, surtout dans le domaine de l'observation des modèles.
10:22Et ça, au moins, la recherche, on sent votre enthousiasme.
10:25Merci Robert Votard, climatologue au CNRS et au GIEC,
10:28invité de France Inter ce matin.
10:29Merci.
10:29Merci.
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