- il y a 11 heures
Mélanie Berger, ancienne résistante âgée de 104 ans, elle publie ses mémoires “La petite main de la résistance. Comment Mélanie Berger défia les nazis” (Robert Laffont). Elle est l'invitée de Sonia Devillers. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-jeudi-11-juin-2026-3786000
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00:00Bonjour Mélanie Berger, bonjour et merci d'accueillir France Inter chez vous, à Saint-Etienne.
00:07J'aimerais qu'on raconte votre histoire depuis celle de votre famille en Autriche.
00:16Votre père, vous êtes né au tout début des années 20, votre père dans une famille juive.
00:23Votre père s'appelait Adolphe, oui, Adolphe Berger.
00:30C'est ça.
00:30Oui, Adolphe comme Adolphe Hitler, c'était le prénom à la mode de cette...
00:35Ça ne lui plaisait pas du tout.
00:37De s'appeler Adolphe.
00:38Alors il a changé, il a pris Abraham, parce qu'il me dit qu'il faut commencer quand même avec
00:49un A,
00:50puisque Adolphe ou Abraham, c'est une grande différence.
00:56Alors donc je choisis Abraham.
00:58Voilà, donc Abraham Berger, qui, quand on vous lit, avait l'air d'être un homme sévère, un homme strict.
01:07Oui, mais c'est exact.
01:11C'est exact ?
01:12Oui.
01:13Et vous, vous étiez sa deuxième fille ?
01:15Oui.
01:17Et il vous prenait pour une rebelle ?
01:19Oui, parce que dès mon beaucoup plus jeune âge que je me souviens,
01:26je ne supportais pas qu'on me dicte quelque chose sans m'expliquer pourquoi.
01:34Tant que je n'étais pas sûre de le faire au nom, il fallait me très bien l'expliquer.
01:42En fait, vous êtes presque encore une enfant quand vous commencez à fréquenter toute une bande de jeunes gens à
01:49Vienne,
01:51qui sont la gauche des activistes de la gauche viennoise.
01:55Vous êtes très très jeune, vous avez 12 ans, 13 ans.
01:58Oui, parce qu'on a eu une chance, c'était un H&M qui était fait par des social-démocrates.
02:10Donc pour nous, c'était la gauche.
02:14Et que moi, je faisais partie de la jeunesse socialiste.
02:21C'était très très très jeune.
02:23Très très jeune, très jeune.
02:24À 12 ans.
02:27Parce qu'à partir du moment où on va à l'école, on pouvait déjà rentrer quelque part.
02:33Pour des enfants, il y avait aussi des social-démocrates qui faisaient très attention.
02:43Parce qu'il fallait quand même dire que l'Autriche, après la première guerre mondiale, évidemment,
03:00était ensuite déjà à Vienne, mais était déjà social-démocrate.
03:09Ça a changé ensuite un peu en 38, 34, parce que là, il y avait des luttes entre la gauche
03:18et la droite.
03:19Et malheureusement, c'est la droite qui a gagné.
03:23Oui.
03:24Mais vous, à 12, 13 ans, vous aviez déjà une conscience politique ?
03:29Je n'appelle pas ça politique.
03:31Pourtant, maintenant, tout ce qu'on fait, c'est politique.
03:36Mais ce que je ne comprenais pas, pourquoi tant de mes filles dans ma classe,
03:46enfin, parce que le père n'avait pas de travail,
03:52et que j'ai eu la chance d'avoir un père qui travaillait encore,
03:59et que mon premier rôle, que j'étais très jeune, peut-être 9, 10 ans,
04:06qu'une fois, mon père avait rentré à la maison,
04:13un immense jambon qu'on a fait cuire chez les bouchers,
04:19parce que c'était trop grand, on n'avait pas de casserole aussi grand, évidemment.
04:24Et que quand j'ai vu ça, j'ai coupé 6 tranches.
04:31De jambon.
04:31De jambon, il ne restait plus beaucoup.
04:34Et que je les ai amenés pour donner à chaque élève une tranche de jambon.
04:41À tous ceux qui n'avaient plus rien à manger.
04:43À tous ceux dont les parents ne travaillaient pas et étaient au chômage.
04:46Voilà.
04:46C'est ça ?
04:47À toutes mes...
04:49À toutes...
04:49On était 26, alors je lui ai donné, au 25, j'ai donné une tranche.
04:54Une tranche de jambon.
04:56C'est ça.
04:57Donc votre père, c'était...
04:59Oui.
05:00C'était un homme juif qui mangeait du jambon.
05:01Mais ma mère...
05:03Quand ma mère était là,
05:06il faisait attention de ne pas être trop sévère.
05:10Oui, c'est ça.
05:11Elle était moins sévère que lui.
05:13Parce que ma mère était...
05:16C'est difficile à dire.
05:19En fin de compte, elle ne vous aimait pas.
05:23Elle ne vous aimait pas ?
05:24Non.
05:26Mais je l'ai sentie tout de suite.
05:31Elle a françant.
05:34On n'a jamais eu comment embrasser mon enfant et tout et tout.
05:39Elle n'avait aucun geste d'affection, aucun geste de tendresse.
05:43Et puis, il y a une chose qui est quand même assez rare,
05:48parce que je vis toujours au fond des choses.
05:52Quand j'étais adulte,
05:55et que j'ai retrouvé ma mère,
06:00je lui ai posé des questions.
06:03Pourquoi elle était comme ça ?
06:05Oui.
06:06Et que là, je lui avais dit,
06:09elle peut tout me dire, tout raconter.
06:12Je peux comprendre.
06:14Oui.
06:15Et que nous sommes venus très unis après.
06:18Après.
06:19Parce qu'elle m'a raconté sa vie.
06:22Je ne vais pas vous raconter toute la vie de ma mère,
06:25mais ça nous a aidé à nous deux de se retrouver.
06:31En tout cas, il y avait des raisons à sa dureté,
06:34à cette femme.
06:35Et alors vous,
06:37donc vous avez 12-13 ans,
06:39vous commencez à fréquenter toute cette bande
06:42de jeunes gauchistes à Vienne, militants.
06:46Vous sortez en cachette la nuit,
06:49vous collez des affichettes antifascistes.
06:52Oui.
06:53C'était le social-démocrate à gauche.
06:58Parce que c'est tout.
07:00Je vais dire ces deux choses.
07:02C'était des jeunes qui étaient plus...
07:06Oui.
07:07Alors donc,
07:08je m'intéressais surtout
07:11des questions sociales.
07:13Je ne comprenais pas
07:15qu'il y en a un qui ont beaucoup de choses
07:18et d'autres n'ont rien.
07:20Alors ça, c'est...
07:21En fait, vous étiez révoltée contre l'inégalité.
07:24C'est ça.
07:24L'inégalité.
07:25Et puis, à petit et à petit,
07:27là, je voulais changer le monde.
07:30À 13 ans, vous vouliez changer le monde.
07:32Vaste programme.
07:34Vaste programme, oui.
07:39Vous êtes tombée amoureuse
07:44d'un garçon
07:46qui s'appelle Georg Schauer.
07:50Non, c'était beaucoup plus loin.
07:52Beaucoup plus tard.
07:53Oui.
07:54Beaucoup plus tard.
07:55Oui.
07:56C'est-à-dire que...
07:58L'Anchelous,
07:59est-ce que vous pouvez nous raconter
08:01les souvenirs que vous avez,
08:03vous,
08:05à ce moment-là ?
08:06Vous avez 16 ans, c'est ça ?
08:08Oui.
08:0916 ans.
08:09On est en 1938.
08:11Oui.
08:12Vous habitez Vienne.
08:14Oui.
08:15Et de quoi vous vous souvenez ?
08:18Pour nous, c'était quelque chose...
08:25J'ai assisté
08:27à la place de Hérault
08:30à Vienne.
08:32Je me suis faufilée
08:35très jeune.
08:3916 ans.
08:41Et j'ai écouté
08:43parler Hitler.
08:46Adolf Hitler
08:47est là,
08:48au cœur de Vienne.
08:49Il se tient devant
08:50250 000 personnes.
08:52Il fait un discours.
08:53Alors, on ne pouvait même pas dire
08:55qu'il parlait
08:55parce qu'il criait
08:59l'Autriche
09:00unie avec l'Allemagne.
09:02Bref,
09:05je ne comprenais absolument pas
09:07que ça puisse exister
09:10puisque j'ai vu
09:11qu'une des premières choses
09:13qu'ils ont fait,
09:14c'était ensuite
09:16quelque chose
09:16contre les Juifs.
09:18Et ça,
09:20des fois,
09:21j'y rêve même
09:23de dire cela.
09:24Alors,
09:25donc,
09:26c'est...
09:26C'est ça,
09:26parce qu'en fait,
09:26à partir du moment
09:28où il y a
09:29l'unification
09:29de l'Autriche
09:30et de l'Allemagne,
09:31il y a la promulgation
09:32des lois raciales
09:34en Autriche.
09:35Exactement.
09:36En Autriche.
09:36C'est ça.
09:37Et ça,
09:38c'est quelque chose
09:38qui vous a marqué ?
09:41Ça a toujours été,
09:43si vous voulez,
09:46comme maintenant ici,
09:48on a un peu
09:49contre les Juifs
09:50quelque chose.
09:52Ça,
09:53c'est ancré,
09:54ce n'est pas terminé.
09:56oui.
09:58Et puis,
10:00là,
10:00à ce moment-là,
10:01je venais
10:02de les sentir
10:03à moi-même.
10:05Ça,
10:05c'était la différence.
10:07Parce qu'avant,
10:08avec les élèves
10:10de ma classe
10:11ou même avant,
10:13dans notre cours
10:14où j'habitais,
10:17je n'ai fait aucune différence
10:19avec l'un ou l'autre.
10:21Oui.
10:21et puis,
10:22il faut que je vous dise
10:24qu'il y a une chose
10:25qui m'est plaisée,
10:27encore en pensant maintenant,
10:30il y avait évidemment
10:32beaucoup de gens
10:33qui n'aimaient pas
10:34les Juifs,
10:35mais ils ne les montraient pas.
10:38Ils étaient même
10:38très solidaires
10:40au temps voulu.
10:42parce que nous avons eu
10:44beaucoup à Vienne
10:47des ménages
10:48mixtes.
10:49Oui.
10:51Avant,
10:52ça se passait très bien.
10:54Et puis,
10:55à ce moment-là,
10:57on commençait,
10:58on n'avait pas plus le droit
10:59de celui qui était
11:02à rien,
11:02il devait
11:05quitter son compagnon,
11:08etc.
11:09Donc,
11:09il y a des familles
11:10qui l'éclatent.
11:11Et là,
11:12on avait caché,
11:13je savais,
11:14et comme tout le monde savait,
11:16on avait caché
11:17la nuit
11:18ceux qui étaient
11:19Juifs,
11:21où les femmes
11:22étaient non-Juifs,
11:24dans les caves.
11:26Dans les caves ?
11:27Oui.
11:29C'est quelque chose
11:31qui me plaisait beaucoup,
11:33parce que
11:34tous étaient solidaires
11:36et personne n'a jamais
11:39dit quelque chose
11:40à un policier.
11:41Personne n'a jamais
11:42dénoncé les Juifs ?
11:43Je n'ai jamais mis
11:44d'embrasser.
11:44Non.
11:45En 1938,
11:46à Vienne.
11:47Oui.
11:47Mais vous voyez
11:48la Gestapo...
11:48Je dis à Vienne,
11:49je dis à mon HLM.
11:51Dans votre HLM.
11:52Dans votre HLM.
11:53Mais vous voyez
11:54la Gestapo
11:55s'installer à Vienne,
11:56s'installer en ville,
11:58vous voyez les interrogatoires
12:00commencer,
12:01vous voyez les arrestations
12:02se multiplier.
12:04En fait,
12:05à partir du moment,
12:06à partir de ce moment-là,
12:08vous sentez
12:08que ça devient dangereux ?
12:13Très vite,
12:14j'ai vu que
12:16nous,
12:17on ne peut plus rester.
12:20Absolument pas.
12:21Et quand vous dites
12:21nous,
12:22on ne peut plus rester,
12:22c'est qui nous ?
12:23Parce qu'on était juif.
12:27Alors donc,
12:28je me suis dit
12:29qu'il faut qu'on parte.
12:33Alors,
12:33simplement,
12:35mes parents,
12:36qui étaient plus âgés,
12:38évidemment,
12:40et ma mère était
12:42d'origine hongroise.
12:43Hongroise, oui.
12:44et qu'elle voulait rentrer
12:46dans sa famille
12:48en Hongrie.
12:50Et elle voulait
12:51que nous aussi,
12:52on devait aller avec elle.
12:55Mais ça,
12:55je lui ai dit
12:57que l'Hongrie,
12:58ça va être exactement
12:59la même chose
13:00que Vienne.
13:02Ce n'est pas la peine
13:03d'aller là-bas.
13:05Bon.
13:06Alors donc,
13:08elle,
13:08elle est allée quand même
13:10avec mon père,
13:11qui avait été d'ailleurs
13:13que je suis très tard,
13:15il y a quelques années,
13:17simplement,
13:18en cause de mon ami Nice,
13:20que mon père
13:22aurait été arrêté.
13:23Il m'a mis dans un camp.
13:25Il ne m'en avait jamais
13:27dit cela.
13:30Et puis,
13:31donc,
13:33on était,
13:35moi je savais
13:36qu'il faut partir.
13:38Alors,
13:39ma soeur,
13:40qui était un peu plus âgée,
13:42avait la possibilité
13:44d'aller à l'enviter
13:46légalement,
13:47comme pour la tout faire.
13:50Donc,
13:51pour moi,
13:52je ne pouvais pas faire ça.
13:53J'étais trop jeune pour ça,
13:55parce qu'il fallait avoir
13:56millimètres,
13:5818 ans.
14:00Alors donc,
14:01je me suis dit,
14:02il faut que tu battes quand même.
14:05Avec deux amis
14:07de notre groupe,
14:09nous avons quitté Vienne,
14:13on a traversé l'Allemagne,
14:16jusqu'à Aix-la-
14:19Aix-la-Chapelle.
14:20Jusqu'à Aix-la-Chapelle,
14:22c'est ça.
14:23Parce qu'il paraît-il,
14:26comme on nous a dit,
14:27il y a quelqu'un qui peut nous aider
14:29à passer la frontière.
14:32Pour aller d'abord en Belgique,
14:33et moi,
14:35j'ai voulu aller,
14:36surtout en France,
14:37parce que la France,
14:39pour moi,
14:39c'était la grande révolution,
14:44c'était la liberté.
14:48Je me suis trompée,
14:49peut-être un tout petit peu.
14:51En même temps,
14:55c'est quand même...
14:55Pour moi,
14:57c'était ça.
14:58D'où elle tire cette force,
15:01ce courage absolument incroyable,
15:02cette lucidité,
15:05cette autonomie,
15:06cette jeune fille
15:06de seulement 16 ans
15:07qui voit sa sœur partir
15:09en Angleterre
15:10et qui dit à ses parents
15:11« Je n'irai pas avec vous en Hongrie »,
15:13qui n'avait jamais voyagé de sa vie,
15:15qui ne parlait pas un mot de français
15:16et qui va traverser l'Europe
15:18quasiment toute seule ?
15:20Oui.
15:21Oui ?
15:21Oui.
15:22Mais comment vous expliquez
15:23avoir eu ce courage
15:25et cette détermination ?
15:27Je ne peux pas vous l'expliquer.
15:30Ce n'est pas prévenu.
15:32je faisais automatiquement
15:35des choses
15:35que je croyais
15:36qui faisaient bien.
15:39Je n'ai jamais réfléchi
15:42avant de faire quelque chose.
15:44Je me souviens que
15:47dans ce cadre-là,
15:50j'étais au train
15:52avec d'autres
15:55qui devaient nous amener
15:56au camp du gosse
16:01qui est près des pots
16:03et que je me suis dit
16:07j'ai pris un moment
16:08où le train
16:09s'est un peu
16:11ralenti,
16:13j'ai sorti du train
16:15mais sans savoir
16:18réfléchir avant
16:19où tu vas coucher,
16:21où tu vas manger,
16:22ou qu'est-ce que tu vas faire.
16:25Mais automatiquement,
16:26je sortais du train
16:28pour ne pas être
16:29dans un camp.
16:31J'ai couché à ce moment-là
16:33sur les bancs
16:35et puis
16:36il y avait encore
16:37les marchés
16:38et ensuite
16:39j'ai trouvé
16:40après des choses,
16:41des fruits,
16:42des fruits
16:42un peu abîmés
16:44abîmés
16:44et je m'ai nourrisé
16:46comme ça.
16:47C'est ça.
16:48Et vous étiez
16:49terrorisé
16:50à ce moment-là ?
16:52Vous aviez peur ?
16:53Vous étiez terrorisé ?
16:54Écoutez,
16:56on a toujours peur.
16:59Mais jamais
17:00pendant qu'on fait
17:01quelque chose.
17:02C'est après ?
17:03C'est après.
17:07Vous ne devez absolument
17:09pas réfléchir.
17:11Vous faites les choses
17:14automatiquement
17:14en pensant
17:16à garder votre vie.
17:20Alors,
17:21la jeune Mélanie Berger
17:22va finir par arriver
17:23à Paris.
17:24Vous n'aviez jamais vu Paris ?
17:26Oui, non,
17:27non, non, évidemment.
17:29De quoi vous vous souvenez ?
17:30C'est quoi
17:31votre premier souvenir
17:31à Paris ?
17:36Je suis arrivée
17:39et puis il y avait
17:40une dame
17:41dans la rue
17:42qui est très bien
17:44habillée
17:45et elle avait
17:47une petite furieuse
17:49mais elle marchait
17:51comme ça
17:51à l'air et tout.
17:53Je ne comprenais pas.
17:55Et puis un seul coup,
17:56elle s'était
17:58arrêtée.
17:58Elle
18:00écartait
18:01ses jambes
18:02et elle a fait pipi.
18:03Alors,
18:04je lui ai dit
18:04mon Dieu,
18:05c'est ça la France ?
18:07C'était ça
18:08la première image
18:09de Paris.
18:11Alors,
18:12évidemment,
18:12la guerre
18:13va éclater
18:15et vous allez
18:18quitter Paris
18:19pour Clermont-Ferrand.
18:20C'est-à-dire ?
18:21C'est-à-dire que
18:22papa
18:23m'a dit
18:25qu'il fallait
18:26que j'aille.
18:27Bien sûr.
18:27J'avais un papier
18:28de la préfecture
18:30pour quitter Paris
18:33pour aller
18:34à Clermont-Ferrand.
18:37Et puis,
18:38de Clermont-Ferrand,
18:39il va falloir descendre
18:40encore vers le sud ?
18:42Oui.
18:43Puis,
18:44là,
18:44je suis ensuite
18:46qu'on allait
18:50dans un camp
18:51après des pots.
18:54Donc,
18:55à ce moment-là,
18:56je ne connaissais pas encore
18:57les noms
18:58que je suis après
18:59Ségurge.
19:01Alors,
19:02dans mon fort intérieur,
19:04je n'ai pas réfléchi.
19:05mais quand les trains
19:07s'étaient un peu
19:08allés plus lentement,
19:09je suis sauté du train.
19:11Vous vous êtes échappé
19:13du train ?
19:13C'est ça.
19:14Pour ne pas arriver
19:15au camp de Gurs ?
19:16Voilà.
19:17C'est ça.
19:18Mais à toutes les étapes
19:20de ce long périple,
19:24vous avez continué
19:26à travailler
19:27avec ce réseau,
19:29ce petit réseau ?
19:30On avait des liaisons,
19:32évidemment.
19:33Pour nous,
19:34c'était ça,
19:35s'est retrouvé.
19:36Parce qu'il y en a
19:37un à droite,
19:38à gauche,
19:39et puis on s'était dit
19:41qu'on va se retrouver
19:45dès que chacun
19:46peut venir
19:47à Montauban.
19:48À Montauban.
19:49C'est ça.
19:50Donc,
19:50tous les anciens
19:51de votre groupe
19:52à Vienne
19:53qui ont pu fuir.
19:55On savait d'avance
19:56de faire tout
19:58pour se retrouver
20:00à Montauban.
20:01Mais vous,
20:02vous n'êtes pas tenus
20:02tranquilles,
20:03les uns,
20:04les autres.
20:04Vous êtes tous
20:05entrés en résistance.
20:07Tous entrés en résistance.
20:08Mais oui.
20:09Tous ?
20:10Oui.
20:10Mais on a essayé
20:13de faire un peu de travail,
20:18mais il fallait le faire absolument.
20:23Quel genre de travail ?
20:25C'est-à-dire des tracts
20:27anti-cris,
20:31entre...
20:35C'est ça,
20:36c'est pour nous,
20:38l'association.
20:40vous avez été arrêté.
20:43Vous avez été arrêté.
20:44En 1942,
20:46vous avez été,
20:47non pas dénoncé,
20:49mais l'une de vos camarades
20:50a été arrêtée.
20:51C'est ça.
20:51Et elle a fini par donner
20:52votre nom
20:53au cours d'un interrogatoire.
20:57Elle a cru ce qu'on lui a dit.
20:59Elle va être libre
21:01si elle donne
21:03les autres.
21:05Là aussi,
21:06vous avez tenté
21:06de vous évader ?
21:08Oui.
21:09Moi,
21:09je voulais d'abord
21:10faire évader les autres.
21:13C'est-à-dire
21:14d'abord les hommes.
21:17Pourquoi ?
21:17Parce que les hommes
21:18étaient plus utiles au réseau ?
21:19Non,
21:20peut-être pas.
21:22Mais insectivement,
21:24je savais que moi,
21:25je m'étais brûlée
21:26mieux seule.
21:27Peut-être.
21:28Je ne peux pas vous dire
21:30pourquoi on fait une chose.
21:35Je sens les choses.
21:38J'ai toujours su savoir
21:41ce qu'il faut faire
21:42de la maman
21:43où j'étais.
21:46Je ne les sais pas non plus.
21:49Vous avez été rattrapée,
21:51interceptée,
21:52remise en prison.
21:53Oui.
21:53Vous avez subi
21:54des interrogatoires
21:55très violents.
21:56Vous avez subi
21:57des coups.
21:57Oui.
21:59Les coups.
22:00Les insultes,
22:01la pression psychologique.
22:03Pas pouvoir
22:05ne pas manger.
22:07Dans un endroit,
22:11il y avait plein
22:12d'erreurs.
22:13Bref.
22:15Papa me l'avait,
22:16ça c'était la plus vieux.
22:20jusqu'à ce que j'ai senti
22:22que je ne pourrais pas
22:25tenir.
22:26Alors,
22:27je lui avais dit,
22:29je vais tout vous dire
22:30à condition
22:32que vous me laissez dormir
22:33parce qu'il est réveillé
22:35presque chaque heure.
22:36Toutes les heures,
22:37on vous réveillait ?
22:39Ça c'est la pire
22:40des tortures,
22:40ne pas pouvoir dormir.
22:41C'est ça.
22:42Oui,
22:43c'est ça.
22:43c'est ça.
22:45Vous avez été condamné
22:46à 15 ans de prison
22:48pour activité communiste
22:49et anarchiste.
22:50Oui.
22:52Parce qu'ils n'ont rien compris.
22:54Ils n'ont rien compris.
22:55Non.
22:56Non.
22:56Parce qu'ils ne lisent pas
22:58des choses comme ça.
23:01Qu'est-ce qu'il y avait
23:02sur votre acte,
23:03Mélanie ?
23:04Qu'est-ce qu'il y avait
23:04sur votre acte ?
23:05Sur ces messages
23:06que vous avez transportés
23:09d'un point à un autre ?
23:12Pour nous,
23:13c'était surtout
23:14lutter contre Hitler.
23:18Libérée,
23:19parce que je savais très bien
23:20que c'est quelque chose
23:22qu'on aurait une guerre
23:25en Europe
23:27avec Hitler.
23:29Malheureusement,
23:30c'est arrivé.
23:32Mais
23:34on s'était
23:35perdus
23:36avec notre groupe.
23:38Ensuite,
23:38on s'est retrouvés.
23:40On a
23:41essayé toujours.
23:43Il y avait
23:44celui qui était
23:46notre
23:49responsable
23:50il avait
23:52des idées
23:53que je ne sais pas
23:55lui dire
23:56parce que
23:57j'étais beaucoup
23:58plus jeune
23:58et tout.
23:59Je n'étais pas
24:00toujours d'accord
24:01de faire
24:03ce qu'il dise.
24:05Pour moi,
24:06c'était actuellement
24:07qu'il faut
24:08rester en vie.
24:10Oui.
24:11Rester en vie,
24:11absolument.
24:12Parce que
24:13après Toulouse,
24:15vous avez été
24:16transférée,
24:17vous serez transférée
24:18à la prison
24:19des Beaumettes
24:19à Marseille,
24:20le pire
24:21de ce que vous avez
24:22vécu,
24:22c'est au Beaumettes,
24:23en 1943,
24:26jusqu'à ce que
24:27votre groupe
24:27se déguise
24:29en officier
24:29de la Gestapo.
24:30Oui.
24:30C'est-à-dire
24:32que l'idée
24:32était des morts,
24:34ils n'auraient
24:34jamais pensé
24:35à ça.
24:37Il fallait
24:38deux ans
24:39pour organiser
24:40ça,
24:41pour qu'ils
24:41trouvent
24:42un uniforme
24:43allemand.
24:45Et ensuite,
24:46ils ont même
24:47trouvé un jeune
24:48soldat allemand
24:49pour nous aider.
24:50De la Wehrmacht.
24:51Oui,
24:51de la Wehrmacht.
24:55parce que j'ai vu
24:56qu'il n'y avait
24:58pas d'une autre
24:59cellule,
25:00mais dans une autre
25:01cellule,
25:02il y avait un seul coup
25:04où on criait
25:06allemand.
25:07Alors,
25:07je me suis dit
25:08qu'est-ce qui se passe ?
25:09Alors,
25:10je demandais
25:11à celui
25:12qui est responsable,
25:14il me dit
25:14oui,
25:15parce que
25:15des allemands
25:16sont rentrés
25:17et ils ont
25:19sauté une femme
25:21française
25:22qui était
25:24en prison,
25:25pas pour
25:26la résistance,
25:28mais parce qu'elle
25:29pactait trop
25:31avec les allemands.
25:33Donc,
25:34ce n'était pas
25:35du tout
25:35la même chose.
25:36Mais ça
25:37fermait un mot
25:39en disant
25:40que
25:41mon groupe
25:43doit rentrer
25:45habillé
25:46comme gestapo
25:47avec un papier
25:49à main,
25:49il ne faut jamais
25:50les donner,
25:51le papier.
25:53crie
25:53allemand,
25:54des gens
25:55quand je crie
25:56allemand,
25:57je tremble.
25:58Ils tremblent,
25:58oui.
25:59Ça aussi.
26:00Vous faites trembler
26:01le micro.
26:04Rien que de vous
26:05souvenir de cet épisode
26:06parce que
26:06ce qu'il faut savoir,
26:07c'est que
26:08quand ils viennent
26:08vous chercher
26:09déguisé en officier
26:10de la gestapo,
26:11vous êtes à l'infirmerie
26:12de la prison
26:13des Beaumettes,
26:14vous êtes gravement
26:15malade,
26:15vous souffrez
26:16d'une jaunisse.
26:17En réalité,
26:18vous êtes totalement
26:19épuisé,
26:19complètement affamé,
26:20vous êtes ruiné
26:22physiquement
26:22à ce moment-là,
26:23très faible.
26:24Oui.
26:29Ensuite,
26:31vous allez sortir
26:32de prison
26:34et vous installez
26:35à Lyon.
26:35C'est là que vous avez
26:36vécu jusqu'à la fin
26:37de la guerre ?
26:38C'est-à-dire que
26:39j'ai été cachée
26:41et dans un groupe
26:44d'une famille française,
26:46on arrivait très difficilement
26:49à se comprendre,
26:51mais c'était des gens
26:53formidables
26:54qui m'ont aussi aidée
26:57avec un docteur
26:59pour voir comment...
27:01parce que je ne pouvais pas...
27:03Je ne parlais pas
27:04un mot de français.
27:06Et en prison
27:07des deux ans,
27:09ils n'ont rien
27:10d'autre à faire
27:11à l'épreuve
27:11de m'apprendre
27:12le français.
27:15Des mots
27:15idiots
27:16en français
27:17que normalement
27:18on ne l'utilisait pas.
27:21De l'argot,
27:22des gros mots...
27:23Des gros mots.
27:24Des gros mots.
27:25Vous avez appris
27:25beaucoup de gros mots
27:26en prison.
27:27Quoi, par exemple ?
27:28Vous vous souvenez
27:29des gros mots
27:29que vous avez appris
27:30en prison ?
27:30Oui ?
27:32Lesquels, par exemple ?
27:33Mettelle, Mettelle.
27:34Vous n'osez pas dire ça
27:35à la radio ?
27:36Vous avez raison.
27:39C'est vraiment pas la peine.
27:42Mais ce que je veux dire,
27:43c'est que jusqu'à la libération,
27:47à Lyon,
27:48après tout ce que vous avez vécu,
27:50vous allez continuer
27:51de transporter
27:53les messages
27:54et les bulletins
27:55de votre réseau.
27:57Oui.
27:58Paris.
27:59À Paris.
28:00Lyon.
28:02Et puis,
28:03il y en a qui sont allés
28:04aussi à Marseille.
28:06Donc, en fait,
28:06vous passez vos journées
28:08dans des autobus,
28:10dans des trains ?
28:11Parce que ça s'est politisé.
28:13Mais ensuite,
28:15moi,
28:16j'ai changé
28:17avec cette idée
28:19de politiser
28:20là,
28:20actuellement.
28:21Pour moi,
28:24je me suis un peu
28:25retirée
28:26de mon groupe
28:27parce que je pensais
28:29qu'il faut d'abord
28:30vivre
28:32pour faire quelque chose,
28:34pour libérer la France
28:36et libérer
28:37l'Europe.
28:39Oui.
28:40Voilà.
28:40Donc,
28:41à ce moment-là,
28:43c'était...
28:45J'ai fait
28:46tout mon possible
28:47pour que
28:50les hommes
28:51de mon groupe
28:52ne restent pas
28:53en prison.
28:56avec Georges
28:58ça a été.
29:00Avec
29:03l'autre copain
29:05qui s'appelle
29:06Georges,
29:07Gusti,
29:09qui,
29:11un seul coup,
29:12on l'avait arrêté
29:13et que je l'ai vu.
29:16On n'avait pas le droit
29:18de parler,
29:19évidemment.
29:20Et que
29:21je suis très observatrice.
29:25J'ai vu
29:26que
29:26la prison
29:28n'est pas
29:29exemplaire
29:32et que
29:33pour nous
29:34interroger,
29:35il y a
29:36deux rues
29:37qu'on peut prendre
29:41et que
29:42ils se sont
29:43toujours arrangés
29:44parce que
29:46d'un côté
29:46de la rue
29:47était
29:48un bistrot.
29:50ils ont
29:51en général
29:52quatre
29:52qui m'ont
29:54accompagnée
29:55et puis
29:56donc
29:57ils sont restés
29:58à un moment donné
29:59que deux.
30:02Alors là,
30:03je me suis dit
30:04il faut faire
30:05quelque chose.
30:09Je ne me suis pas
30:10dit,
30:10j'ai venu
30:11automatiquement
30:12j'ai commencé
30:14à courir
30:16et comme ça
30:17en chantant
30:18je disais
30:20Agustin
30:21en Viennois
30:23même pas allemand
30:24mais en Viennois
30:26je vais
30:27commencer
30:28à courir
30:28maintenant.
30:30Comme ça
30:30vous lui avez donné
30:31les informations.
30:32C'est ça.
30:33Voilà.
30:33C'est ce qu'il a fait.
30:35Et moi j'aimerais
30:35que vous nous racontiez
30:36ce que c'est
30:37que de transporter
30:38des informations,
30:39des bulletins,
30:40des tracts
30:41et de se sentir
30:42tout le temps
30:43surveillée.
30:47Pendant des années
30:48après la guerre
30:49je vais regarder
30:51toujours derrière moi
30:52s'il y a quelqu'un.
30:53S'il y a quelqu'un.
30:57Non.
30:58Vous savez
30:59je ne sais pas
31:01qui ne peut pas
31:01vous expliquer.
31:03Je ne le sais pas.
31:06Je fais des choses
31:08qui viennent
31:09innées de chez moi
31:12pour aider
31:14ou pour
31:15m'aider
31:16moi-même
31:18et j'ai toujours
31:19pensé d'abord
31:20aux autres.
31:24Et en fin de compte
31:26je me suis
31:26très bien sorti.
31:28Vous êtes rentrée
31:29à Paris
31:29au moment
31:30de la libération.
31:31Oui.
31:32Je ne pouvais pas
31:32descendre.
31:33Et là
31:33vous avez vécu
31:34des semaines difficiles.
31:35Oui.
31:36Très difficiles
31:36parce que vous êtes
31:37très seul
31:38que vous avez
31:39très peur
31:40et que vous n'avez
31:41plus rien.
31:43Voilà ça.
31:44C'est bon.
31:47Ça vous fait rire ?
31:49Ça me fait...
31:53Non.
31:54Ce n'est pas une question
31:55de rire.
31:55pour les mamans
31:57je ne peux pas rire
31:59mais
32:01je n'y ai pas
32:03à ce moment-là.
32:05Ça c'est sûr.
32:06Mais j'ai toujours
32:08eu des gestes
32:11qui m'ont sauvée.
32:16je ne peux pas
32:18m'expliquer
32:19moi-même.
32:20Alors je ne peux pas
32:21vous expliquer ça.
32:22Parce qu'en 1944
32:24au moment
32:24de la libération
32:25de Paris
32:25en août 1944
32:27Paris n'a pas repris
32:28de relation
32:29avec l'Autriche.
32:31Vous n'avez pas
32:32de papier.
32:32C'était encore
32:33les luttes
32:35dans les rues.
32:37Je ne pouvais
32:38absolument pas
32:39descendre.
32:40Vous étiez
32:40enfermée
32:41dans votre chambre.
32:41Oui.
32:42Oui.
32:42Parce que
32:43avec mon accent
32:44C'était trop dangereux.
32:46Parce que
32:48vous avez des choses
32:50qui sont arrivées
32:51même si vous parlez
32:52la langue.
32:54Mais par exemple
32:55quand vous vous cognez
32:56Oui.
32:58Ça sort en allemand.
32:59Qu'est-ce que vous dites ?
33:00Aïe.
33:01Et vous vous dites quoi ?
33:03Aou.
33:03Aou.
33:04Et c'est fini.
33:05Et c'est fini
33:06on vous repère.
33:08On a perdu
33:09beaucoup comme ça.
33:11Donc en 1944
33:12vous êtes terrorisée
33:15à l'idée
33:16d'être prise
33:17pour une ancienne
33:19pour une allemande
33:21pour une ancienne occupante
33:23pour une ancienne...
33:24Oui mais
33:25vous dites toujours
33:28que...
33:30une phrase
33:32que je n'ai pas sentie ça.
33:35J'ai essayé
33:38tout ce que je pouvais
33:40pour m'en sortir.
33:43c'est ça.
33:44J'avais un instant
33:47vraiment
33:48je ne suis certaine
33:50que d'autres
33:50possèdent ça aussi
33:52de survie.
33:55En quelle année
33:56vous êtes rentrée
33:56à Vienne
33:58pour la première fois ?
33:58En quelle année
33:59vous avez revu vos parents ?
34:00Après ?
34:02Après la guerre ?
34:04C'était après la guerre
34:06mais
34:07l'Autriche
34:08était occupée
34:09par les quatre
34:12puissances alliées
34:13qui avaient triomphé.
34:14C'est ça.
34:14Oui.
34:15Avec
34:16un faux nom.
34:18Vous vous êtes rentrée
34:19en Autriche
34:20avec un faux nom ?
34:20Oui.
34:21Pourquoi ?
34:22Parce que
34:22je me suis dit
34:24il y avait
34:26un groupe
34:30c'est tellement difficile
34:32à comment expliquer
34:34j'avais rencontré
34:36tout de suite
34:37après la guerre
34:38dans la rue
34:40à Paris
34:42au boulevard
34:46un Autriche
34:47que je connaissais
34:48peut-être
34:49que je connaissais
34:50très très très bien
34:53et lui
34:55organisait
34:56un voyage
34:57avec
34:59des jeunes
35:01français
35:02en Autriche
35:03et des jeunes
35:04autrichiens
35:05en France.
35:07Et puis
35:09donc
35:10j'ai pris
35:12un faux nom
35:13qu'il m'avait
35:15promis
35:15avec
35:16un passeport
35:18mais avec
35:20les autres
35:21quand vous
35:22donnez
35:22ensemble
35:23pas simplement
35:24vous
35:25mais
35:25une dizaine
35:28groupes.
35:29C'est ça.
35:29On fait moins
35:30attention à qui
35:30voyage.
35:31C'est ça.
35:32C'est ça.
35:33Et donc
35:33vous avez revu
35:34vos parents
35:35en quelle année
35:35vous vous souvenez ?
35:39Non.
35:40Non.
35:42Je crois
35:43que dans le livre
35:43c'est 1947.
35:44Ça va peut-être tenir
35:44mais
35:45ça fait long
35:48que ça.
35:48Je crois
35:49que dans le livre
35:50c'est 1947.
35:52Moi c'est très bien.
35:53C'est ça.
35:53C'est-à-dire
35:54que vous avez été séparés
35:55pendant presque dix ans.
35:56Oui.
35:57Oui.
35:57Presque dix ans.
35:58Je crois
35:58c'est pittant.
35:59Oui.
35:59Et comment ça s'est passé
36:01ces retrouvailles ?
36:04Incroyable.
36:05Incroyable.
36:06Parce que
36:08c'était en hiver
36:10d'ailleurs
36:11et
36:15mes parents
36:16sont rentrés
36:17de Hongrie
36:19et que
36:22mon copain
36:24m'avait dit
36:25où ils habitaient
36:26c'est des Américains
36:27qui lui ont donné
36:28un logement
36:30et que
36:31j'ai dit
36:32que je ne peux pas
36:33venir comme ça
36:33ce n'est pas possible.
36:35tu montes
36:38et tu dis
36:39tu viens de ma part
36:40tu passes avec
36:42mes parents
36:43et
36:44et ensuite
36:45tu arrives
36:47en disant
36:47elle est en bas.
36:49D'accord.
36:51Donc
36:51quand je suis montée
36:53mes parents pleuraient.
36:56Alors
36:56quand je vois
36:57mes parents pleurer
36:58je pleurais aussi.
36:59Vous vous êtes tous
37:00pris dans les bras.
37:01Vous pouvez vous
37:01imaginer
37:02que
37:05que c'était
37:07en pleurant
37:08mais c'était
37:09des pleurs
37:09heureux.
37:11Heureux.
37:11Et qui est devenue
37:12votre soeur
37:13qui était partie
37:15en Angleterre ?
37:15Elle était déjà
37:16partie avant
37:18puisque
37:18les Anglais
37:20prenaient
37:21des jeunes femmes
37:23il faut
37:24il faut avoir
37:25minimum
37:2618 ans
37:27elle a eu
37:28donc ses 18 ans
37:30elle a quitté
37:32tout à fait
37:33légalement
37:35pour aller
37:36en Angleterre.
37:37Et après la guerre ?
37:38Elle est restée
37:39Elle est restée
37:40en Anglais
37:40Elle s'est mariée
37:41avec un
37:41Anglais
37:43et elle a
37:44trois fils
37:44Anglais
37:47mais
37:47elle malheureusement
37:49elle est déjà
37:50décédée.
37:51Oui.
37:52Et vous
37:53plusieurs années
37:54après
37:56vous avez
37:57épousé
37:57un Français
37:59un ancien
38:00résistant
38:00Oui.
38:02C'est le hasard ?
38:03Et à Vienne.
38:05À Vienne
38:05en plus
38:06vous l'avez
38:06rencontré
38:07à Vienne
38:07Il était
38:11journaliste
38:12Lucien Vol
38:13de la Fédération
38:16Internationale
38:17des Résistants
38:18Oui.
38:20Puisqu'il
38:22il écrivait
38:24très bien
38:24en français
38:25évidemment
38:25et ça a été
38:27traduit
38:28en plusieurs
38:28langues
38:29donc
38:30il cherchait
38:32sa famille
38:34voulait pas
38:34sa femme
38:35voulait pas
38:36venir
38:38et ses entités
38:39en bon
38:40en bon terme
38:41en bon terme
38:43d'autant plus
38:44s'ils avaient
38:45des enfants
38:46et que
38:49c'est
38:50lui
38:51et ensuite
38:53mes parents
38:55quand ils sont
38:56rentrés
38:57à Vienne
38:57on lui avait
38:59donné
38:59une très
39:00grande
39:02logement
39:03qui
39:05avait
39:05au moins
39:064 ou 5
39:08pièges
39:09et que
39:13c'était
39:14normalement
39:16c'était
39:18soi-disant
39:21un
39:22nazi
39:23qui habitait
39:23là
39:25mais
39:26j'ai fait
39:26des recherches
39:27à Vienne
39:28après
39:30ces nazis
39:31ces logements
39:32appartenaient
39:33à un
39:35couple
39:35juif
39:38qui
39:38des nazis
39:39ont
39:40avaient
39:41chassé
39:41mis dans
39:43des camps
39:43et ils ont
39:45gagné
39:45ces logements
39:46c'est pour ça
39:48quand il est
39:49revenu
39:50heureusement
39:51j'étais là
39:51en ce moment
39:53pour chercher
39:54soi-disant
39:55ce meuble
39:56mais c'était
39:58le meuble
39:59des
40:00juifs
40:01qui étaient
40:01dans l'appartement
40:03qui étaient là
40:03avant
40:04alors moi
40:04j'étais là
40:05alors là
40:06il n'a rien pu prendre
40:08il n'a pas été
40:09comme ça
40:11et avec
40:12Lucien Vol
40:12vous avez vécu
40:13combien d'années
40:14ensemble
40:1435
40:1535 ans
40:1735 ans
40:19d'amour
40:21merci
40:22Mélanie
40:23merci
40:24Mélanie
40:24Berger
40:25Vol
40:25on dit
40:26aujourd'hui
40:27merci
40:28de nous avoir
40:28accueillis
40:29chez vous
40:29merci
40:30de nous avoir
40:31raconté
40:31votre histoire
40:32merci
40:33de m'écouter
40:34merci
40:34merci
40:34merci
40:34merci
40:34merci
40:35merci
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