- il y a 9 heures
Air&Défense, c’est l’émission qui décrypte les grands enjeux industriels de L'aéronautique, du spatial et de la défense...trois secteurs au coeur des stratégies économiques mondiales. Réarmement, souveraineté, innovation… comment conserver une supériorité technologique et garantir la sécurité de tous dans un monde de plus en plus complexe ?
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00:03BFM Business avec la Tribune et R&Cosmos présente
00:09R&D Défense, Jean-Baptiste Huet.
00:14R&D Défense est en vadrouille cette semaine.
00:16Nous sommes au salon Eurosatory.
00:18Nous avons un invité exceptionnel.
00:19Général d'armée Pierre Schill, bonjour.
00:21Bonjour.
00:22Merci beaucoup d'être avec nous.
00:23Vous êtes le chef d'état-major de l'armée de terre.
00:25Merci de nous consacrer un petit peu de temps à l'occasion de cette émission.
00:28On est avec vous durant une petite demi-heure.
00:31Michel Cabirol qui m'accompagne comme chaque semaine,
00:33un rédacteur en chef à la Tribune en charge des transports,
00:37de la Défense, de l'aérospatiale.
00:39Bonjour Michel.
00:40Bonjour Jean-Baptiste.
00:40Alors on a un micro pour deux.
00:41On va se prêter le micro durant cette interview.
00:44Général, l'actualité immédiate cette semaine à l'occasion du salon Eurosatory,
00:49c'est la fin de ce suspense autour du lance-roquette unitaire.
00:52On connaît enfin le vainqueur.
00:55Alors ce sera un mélange, un alliage de Safran et puis de MBDA.
01:00Un lance-roquette unitaire qu'on a bien cru à un moment, américain ou coréen.
01:05Est-ce que vous êtes satisfait de ce choix ?
01:08Oui, évidemment, je suis satisfait du choix.
01:09D'abord, je suis satisfait qu'il y ait eu un choix.
01:12Maintenant, ce choix, c'est aussi un point de départ.
01:14Voilà, il y a eu des expérimentations, il y a eu des appels d'offres.
01:18Des différents prestataires ont répondu, dont deux prestataires français.
01:24Le choix a été fait.
01:25Maintenant, il faut que ça produise.
01:27Moi, ce que j'attends, c'est que ces lance-roquettes unitaires et surtout leurs munitions
01:32arrivent dans l'armée de terre, arrivent dans les régiments.
01:34Et de façon à ce que j'ai, des régiments qui soient capables de délivrer ces feux à longue portée,
01:39c'est-à-dire entre 50 et 150, 200, 300 kilomètres au-delà ultérieurement,
01:44j'ai besoin à terme d'avoir trois régiments capables de tirer dans cette profondeur.
01:49Avec ces lance-roquettes unitaires, on a des projectiles qui peuvent aller jusqu'à plus de 150 kilomètres de profondeur.
01:55Très concrètement, qu'est-ce que ça change sur le champ de bataille ?
01:59De manière très concrète, il faut bien voir et j'affirme que cette capacité de feu dite longue portée,
02:07c'est-à-dire 50 à 150 kilomètres, 200, 300, 400, dans la profondeur tactique,
02:12est l'arme du futur pour toutes les armées sérieuses.
02:16C'est-à-dire que quand on fait des exercices aujourd'hui,
02:19quand on regarde les combats tels qu'ils ont lieu en Ukraine ou ailleurs,
02:24les trois quarts des neutralisations, des destructions effectuées par une unité, une force,
02:31sont délivrés dans cette profondeur.
02:34A l'inverse, l'adversaire a des capacités à peu près similaires
02:39et donc il est important de pouvoir mener une forme de duel,
02:42c'est-à-dire se protéger, c'est aussi pouvoir détruire les lanceurs adverses
02:47dans cette profondeur de 50 à 150 kilomètres.
02:49Ces radars, ces systèmes de guerre électronique, ces postes de commandement,
02:52ces plots logistiques, c'est absolument essentiel.
02:56En général, à quelle échéance vont-ils, les armées, l'armée de terre va être dotée de ce nouveau système
03:05?
03:06Ce nouveau système, aujourd'hui, il est attendu avant la fin de l'année 2030.
03:10Donc d'ici avant la fin de l'année 2030, nous aurons un régiment,
03:14l'équivalent d'un régiment, une vingtaine de lanceurs, un peu plus,
03:17un certain nombre de centaines de munitions de ce nouveau système.
03:21Entre-temps, actuellement, nous avons un régiment, c'est le 1er régiment d'artillerie de Bourogne,
03:26qui est doté de lance-roquettes unitaires.
03:29Nous avons une dizaine de lance-roquettes unitaires.
03:31Il va falloir qu'on les fasse durer jusqu'à cette échéance
03:34et nous sommes en train d'acheter des munitions pour ce système.
03:37Donc, avant 2030, fin 2030, un régiment du nouveau système
03:42et d'ici là, de façon à faire perdurer le système que nous avons en cours,
03:48de façon à effectuer un tuilage entre les deux.
03:50Donc, il n'y aura pas de rupture temporaire de capacité ?
03:54Il n'y aura pas de rupture temporaire de capacité.
03:57En tout cas, tout est fait aujourd'hui, tout est prévu aujourd'hui
04:00et les ressources sont prévues, les industriels sont en principe mobilisés
04:04pour que nous puissions faire ce tuilage.
04:07Général, il y a un autre sujet qui agite l'industrie de l'armement
04:11et les militaires et en fait tout le monde, c'est ce fameux MGCS,
04:14ce char de combat qu'on nous promet depuis maintenant une bonne dizaine d'années,
04:18voire un petit peu plus pour le coup.
04:19On a bien compris que c'était compliqué, c'est un doux euphémisme
04:22et on a aujourd'hui, par exemple, j'allais dire Next Air,
04:24KNDS qui propose une version intermédiaire.
04:27Déjà, sur ce char de combat du futur qui n'arrive toujours pas,
04:31quel est votre sentiment, quel est votre regard ?
04:34Cette question du char du futur, elle est très importante.
04:37De toute façon, dans les armées et dans l'armée de terre française,
04:40il y aura, nous aurons besoin dans le futur d'un char.
04:43Qu'est-ce qu'un char ? C'est un engin de combat capable de gagner un duel
04:47face à des engins équivalents, de percer le dispositif adverse
04:52et d'exploiter dans la profondeur, c'est-à-dire sur plusieurs dizaines,
04:56voire centaines de kilomètres pour aller dans la profondeur du dispositif ennemi
05:00et le bousculer.
05:01Ça, ça restera une capacité que nous avons besoin d'avoir.
05:04Aujourd'hui, elle est occupée, elle est remplie par nos Leclerc.
05:08Nous avons 200 Leclerc de façon à pouvoir en aligner au combat,
05:11à peu près 150.
05:12Dans l'avenir, j'aurai besoin de cet équivalent-là.
05:15Ce qui est la réalité également, c'est que probablement,
05:19dans les 10 années à venir, 15 années à venir,
05:21les progrès de la robotique vont permettre d'avoir cette capacité
05:27ou ce système organisé, non pas en un seul char qui aurait tout,
05:31canons, missiles, systèmes d'armes à effet dirigé, etc.,
05:34est capable de se protéger face à tout, drones, guerres électroniques et que sais-je,
05:39mais de distribuer ces capacités sur différentes plateformes,
05:42d'avoir des ailiers robotisés.
05:45Entre mon Leclerc d'aujourd'hui, qui est en cours de rénovation,
05:48et ce nouveau système, comment allons-nous faire ?
05:50A quelle vitesse la technologie va évoluer ?
05:52A quelle vitesse nous allons être capables de les industrialiser ?
05:56C'est ça qui est la question.
05:57Donc, moi, je me réjouis qu'il y ait des solutions intérimaires envisagées,
06:01éventuellement avec KNDS, de façon à, là aussi, j'emploierais le mot tuilage,
06:07effectuer un tuilage entre nos Leclerc actuelles et ce système complètement nouveau,
06:12qui sera un système de systèmes, même si c'est un mot un peu administratif qu'on emploie.
06:19Bon, général, mais est-ce que vous ne craignez pas qu'une solution intérimaire
06:24entrave le futur MGSS, même si c'est un démonstrateur ?
06:28Est-ce que vous ne craignez pas, finalement, qu'en 2060, vous n'avez pas le char que vous souhaitez
06:33?
06:34Il y a un risque, il y a un risque, et il est clair qu'il faut que nous luttions
06:38contre ce risque.
06:39Ce risque, il est à deux niveaux.
06:41Un niveau de ressources, c'est-à-dire à enveloppe de ressources données,
06:44s'acheter une capacité intérimaire, surtout si elle est chère,
06:48et que, en fait, si elle n'était pas la première marche de la nouvelle capacité,
06:52il y a un risque de manque de ressources.
06:54Et puis, le deuxième risque, c'est finalement de se concentrer sur ce qu'on sait faire,
06:58c'est-à-dire un char avec un canon, et de ne pas prendre le virage,
07:03de ne pas mobiliser les chercheurs, la recherche et le développement
07:06sur ce qui va vraiment faire la différence.
07:08Ce qui va vraiment faire la différence, c'est robotique, cloud de combat,
07:11c'est-à-dire, en fait, l'interconnexion entre ces systèmes.
07:15C'est sur ce point, précisément, qu'il faut que nous avancions.
07:19Moi, j'ai bon espoir qu'on arrive à le faire simultanément,
07:22c'est-à-dire à avoir un char un peu classique,
07:26même s'il aura beaucoup de potentialités supplémentaires,
07:30mais que, surtout, on se concentre sur cette question du cloud de combat.
07:35Vous avez parlé de moyens, général, le nerf de la guerre.
07:38La loi de programmation militaire, et c'est 436 milliards d'euros.
07:42C'est un record, pour le coup.
07:45On a eu beaucoup de débats à l'Assemblée, au Sénat, sur cette question.
07:49Vous y avez largement participé.
07:52Quel est votre sentiment, général, sur cette loi de programmation militaire ?
07:55Est-ce qu'elle va tenir ses promesses ?
07:59Alors, la loi de programmation militaire, elle tient déjà ses promesses.
08:02Cette loi de programmation militaire, c'est une loi de programmation militaire 2024-2030.
08:05Vous l'avez dit, déjà, il était programmé 400 milliards de ressources
08:09sur cette période 2024-2030.
08:12413 milliards, si, en ajoutant un certain nombre de ressources extérieures,
08:17on va augmenter de 36 milliards.
08:19Jusqu'à présent, les ressources ont été présentes dans les projets de loi de finances.
08:23Ça, c'est le premier point.
08:24Deuxième point, chacun d'entre nous connaît l'état des finances de notre pays.
08:28Aujourd'hui, il est objectif que les armées, la défense,
08:31fassent l'objet d'un effort relatif, important, par rapport aux autres politiques publiques.
08:39Par rapport à cette question des ressources, moi, j'ai un peu deux positions.
08:43J'ai une position, finalement, de chef d'état-major de l'armée de terre.
08:46Ma question, elle n'est pas, est-ce qu'il en faut plus, etc.
08:48La question, elle est, comment, avec ces 400 milliards, maintenant 436 milliards,
08:53je fais le maximum pour avoir une armée de terre qui soit capable de rendre tous les jours
09:00les services attendus sur le plan stratégique,
09:02une armée de terre qui soit capable d'innover et d'évoluer en permanence
09:06au rythme de la technologie et de l'évolution de la bataille,
09:10et une armée de terre qui reste et qui soit soudée,
09:13parce qu'au bout du bout, même s'il y a la technologie,
09:16le cœur de notre armée de terre, ce sont les hommes et les femmes
09:18en quantité, en qualité, dans leur formation, etc.
09:21Maintenant, est-ce qu'en tant que chef militaire, je suis conscient de la menace
09:27et je me dis qu'il est important que notre pays fasse un effort de défense
09:31et que pourquoi pas avoir l'ambition ou la perspective d'un effort supplémentaire
09:36qui donnerait encore davantage de ressources ?
09:38Oui, mais là, c'est une autre question et je pense que c'est une question
09:41qui aura sa place ou aurait sa place plutôt dans le débat de la présidentielle
09:46à venir l'an prochain ou d'un nouveau livre blanc
09:49postérieurement à l'élection du président de la République.
09:52L'actualisation de la loi de programmation militaire n'aborde pas la question
09:56du format des armées.
09:58Il n'y a pas plus de chars, il n'y a pas plus d'hélicoptères.
10:01Est-ce que quelque part, ça vous contraint d'une façon capacitaire
10:06à mener des opérations aujourd'hui ?
10:09Alors, je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous sur la question du format des armées.
10:14Oui, dans la quantité, le volume global, et si on compte en homme,
10:17275 000 postes pour les armées, c'est une enveloppe constante
10:21dans le cadre de la loi de programmation militaire.
10:23Mais ce qui est clair, et en particulier pour l'armée de terre,
10:27c'est que cet étal quantitatif, en fait, couvre une réforme très profonde.
10:34Et en gros, pendant la durée de la loi de programmation militaire 2024-2030,
10:38il y a 10 000 postes, 10 000 soldats qui changent de métier dans l'armée de terre
10:42dans l'idée générale d'acquérir les capacités différenciantes,
10:47c'est-à-dire les capacités les plus hautes du spectre,
10:52les questions de renseignements, de commandements, de létalité,
10:56c'est-à-dire de feu dans la profondeur, de protection, de logistique.
10:59Et donc, il y a une vraie transformation de l'armée de terre.
11:02Alors, cette transformation, elle se fait à volume d'hommes constants.
11:05Maintenant, les équipements sont en croissance dans un certain nombre de domaines.
11:08Est-ce qu'à l'avenir, il serait utile et important que ce format soit adapté ?
11:15C'est possible. Et je reviens à mon sujet du volume général de ressources allouées aux armées.
11:20S'il y avait un accroissement important encore supplémentaire des ressources à l'avenir,
11:27oui, la question d'avoir une dizaine de régiments supplémentaires se poserait.
11:31Aujourd'hui, concrètement, ces 10 régiments d'appui, de soutien, de génie, etc.,
11:36je les paye par de la transformation de l'infanterie, de cavalerie.
11:40Idéalement, ils seraient acquis et conçus grâce à des ressources supplémentaires en équipement, en hommes, en entraînement.
11:49Dans la loi de programmation militaire, il y a un volet qui est fondamental, qui est celui des munitions.
11:54D'ailleurs, on a rajouté au pot, si j'ose dire, pour les munitions.
11:57Comment ça se passe aujourd'hui très concrètement sur le terrain ?
12:00Est-ce que vous avez suffisamment de munitions ?
12:01Bien entendu, pour le combat, mais surtout pour l'entraînement.
12:05Il y a là une question fondamentale et qui est au cœur de cette loi de programmation militaire.
12:09On a souvent dit que cette loi de programmation militaire devait être une loi de cohérence.
12:13Et je l'assume en particulier pour l'armée de terre.
12:15C'est-à-dire que ce que nous avons, ça doit être pour de vrai, ça doit être pour le
12:19combat.
12:20Il ne s'agit pas d'avoir une armée pour défiler.
12:22Et donc une armée pour de vrai, qu'est-ce que c'est ?
12:24C'est une armée qui a des équipements, c'est une armée qui a les armes qui vont sur les
12:28équipements,
12:29qui a les additifs qui vont sur les équipements, c'est-à-dire les systèmes de protection,
12:34les systèmes d'aveuglement pour cacher les véhicules,
12:39qui a le carburant, qui a les hommes, qui a l'entraînement, qui a les munitions d'entraînement.
12:44Donc aujourd'hui, clairement, notre objectif, ce n'est pas d'avoir en soute tout ce qu'il faut pour
12:50le grand soir
12:51et au prix de ne pas s'entraîner, c'est que nos soldats dans nos unités soient entraînés.
12:57Est-ce que nous avons suffisamment de munitions ?
13:02Chacun sait que cette question des munitions, c'est souvent une des questions qui est un peu sacrifiée
13:06ou sur laquelle finalement on pense pouvoir en rabattre.
13:09La loi de pension militaire met davantage de ressources.
13:11Donc de toute façon, ça va améliorer nos stocks et nos capacités d'entraînement.
13:17Et puis de toute façon, je dirais au-delà, j'ai des stocks et j'ai des stocks importants.
13:22Et de toute façon, j'agirais en fonction de ces stocks et nous apporterons la réponse qui est adaptée à
13:30nos moyens.
13:30Et nous engagerons le combat, le cas échéant, dans les conditions qui nous sont permises.
13:37Et aujourd'hui, objectivement, nous avons des stocks.
13:39Vous avez parlé beaucoup de transformation.
13:42Alors il y a un système d'armes qui transforme beaucoup toutes les armées, en particulier l'armée de terre.
13:47C'est les drones et la lutte anti-drones.
13:49Aujourd'hui, qu'est-ce que vous pouvez dire par rapport à ce qui se passe évidemment en Ukraine ?
13:54On ne sera jamais pour l'instant sur le champ de bataille de l'Ukraine.
13:58Mais est-ce que vous avez tous les drones que vous souhaitez dans l'armée de terre ?
14:05Vous avez raison de souligner cette question des drones parce qu'elle est à la fois très importante.
14:10Et on voit que dans les différents combats, et pas seulement en Ukraine, mais aujourd'hui au sud Liban, même
14:16dans le golfe arabo-persique,
14:17ces drones sont omniprésents et sont un des éléments importants du combat.
14:23C'est une réalité qu'il faut prendre en compte.
14:25Et donc il y a la question de l'évolution technologique et technique et du nombre des drones.
14:31C'est un combat qu'il faut mener et que nous avons à mener.
14:35Nous, nous avons la chance pour l'instant de ne pas être en guerre.
14:37Nous sommes un pays en paix.
14:39Donc il n'est pas question pour nous d'acheter des millions de drones, comme l'achète l'Ukraine.
14:44Il est question pour nous d'être à l'état de l'art sur le plan de la technologie,
14:47c'est-à-dire d'être capable d'être au meilleur niveau, au moins pour certains de nos drones,
14:52de les avoir pour nous entraîner.
14:53Et la question, c'est comment passerions-nous à une échelle de production beaucoup plus élevée
14:58si c'était nécessaire ?
15:00Je ne vais pas stocker les drones.
15:01Si j'avais stocké des drones dans mes hangars il y a un an,
15:05ils seraient moins utiles aujourd'hui parce qu'aujourd'hui, on est passé aux drones filaires.
15:10Donc la technique est là et il faut absolument évoluer.
15:14Derrière, moi j'ai un impératif que les doctrines, l'organisation évolue.
15:19Comment dans l'armée de terre, tout soldat devient un pilote de drone ?
15:22Comment dans tout véhicule, dans tout groupe de combat, une dizaine de soldats,
15:26il y a un, deux, trois drones pour faire le métier de cette unité ?
15:30Et comment, en parallèle, et ça n'est pas exclusif, je crée des unités de drones,
15:34c'est ce que nous sommes en train de faire avec des escadrons de chasse
15:36qui vont avoir plusieurs centaines de drones et qui vont non pas faire en mieux
15:40ce que faisait une unité d'hommes, mais qui vont faire autre chose.
15:43Je mets une parenthèse sur ce sujet, dans le sens où j'ouvre une parenthèse
15:47sur la question des drones terrestres, des robots.
15:51De même que les drones aériens se sont développés de manière exponentielle
15:55au cours des dernières années, les robots terrestres vont se développer
15:58dans les prochaines années et on a à suivre ce mouvement aussi.
16:01Donc une évolution technique, une évolution de notre doctrine
16:05et un esprit, un esprit drone.
16:07J'emploie, j'utilise, j'assume que les drones soient pour l'armée de terre
16:12un élément de transformation.
16:15Je donne injonction aux unités de voler, de bricoler, d'inventer leurs drones,
16:21de ne pas attendre que les drones viennent d'en haut.
16:23C'est la question de l'esprit pionnier, c'est la question de l'innovation
16:26et le drone est utile pour le combat, mais il est aussi utile pour cet esprit d'innovation
16:32à inoculer et à développer dans l'armée de terre.
16:35Est-ce que justement le drone terrestre est plus complexe que le drone aérien
16:40ou que le drone naval à créer, à fabriquer et puis après à opérer ?
16:43C'est clair, en fait c'est une question de milieu.
16:46Le milieu aérien est un milieu homogène, le milieu naval est un milieu homogène.
16:51En tout cas il y a une surface qui définit l'interface.
16:55Le milieu terrestre est éminemment complexe.
16:57Un robot ou une caméra qui observe à distance a du mal à distinguer
17:02une nappe de feuilles d'une mare dans laquelle le robot va se noyer.
17:05Donc la complexité de la circulation et de l'interaction avec le milieu terrestre
17:11est bien plus importante que celle de l'air ou de l'eau.
17:14Donc très concrètement, et chacun l'observe,
17:17probablement les drones terrestres ont 5, 10 ans de retard
17:21par rapport aux drones aériens.
17:23D'ailleurs on le voit, on n'a aujourd'hui encore pas
17:27de véhicules complètement automatisés en Europe.
17:31Alors c'est aussi une question d'assurance et aux Etats-Unis,
17:34à Los Angeles ou à San Francisco, plus de 50% des taxis sont déjà automatisés.
17:40Mais il y a là comme un retard parce que la technologie est plus dure à mettre au point.
17:45Mais je suis persuadé que ça va maintenant exploser.
17:48L'Ukraine nous annonce avoir commandé pour cette année 2026
17:52autant de drones que ce qu'il avait déjà en stock et va multiplier cet emploi.
17:57Le président Zelensky a annoncé que pour la première fois,
18:00une unité de drones avait conquis une position adverse.
18:04Il y a là un potentiel d'évolution énorme.
18:07Alors quand on parle de drones, on parle aussi de combat collaboratif.
18:11Est-ce que l'armée de terre est-elle prête à ce combat collaboratif
18:15et notamment l'aérocombat ?
18:20Le combat collaboratif est probablement l'innovation de la décennie,
18:25de la décennie 20-30.
18:27Nous l'avions vu.
18:29Nous l'avions vu puisque le programme Scorpion,
18:31qui est en fait le programme de modernisation de l'armée de terre
18:34sur la décennie 20-30,
18:36c'est des engins, les griffons, les servales, les jaguars,
18:39mais c'est surtout un système d'information pour faire ce combat collaboratif,
18:43c'est-à-dire l'échange des données automatisées
18:46entre les différentes unités
18:48et la possibilité pour une unité qui est attaquée
18:52d'être soutenue en direct et quasiment automatiquement
18:55par une autre unité, etc.
18:57Cette réalité, elle est déployée dans nos forces.
19:02Est-ce qu'elle est de manière suffisante, suffisamment fluide, etc.?
19:06Pas encore. Il faut que nous progressions.
19:09Et aujourd'hui, les évolutions du numérique
19:11qui sont là aussi en croissance exponentielle
19:15nous offrent de nouvelles opportunités.
19:18Il y aura une nouvelle marche à franchir
19:20ou une nouvelle marche franchie probablement dans les prochaines années
19:23qu'on pourrait appeler plutôt cloud de combat,
19:25c'est-à-dire une fluidité encore accrue dans ce combat collaboratif
19:29et ce sera le moment de la véritable ouverture vers l'interarmée,
19:33c'est-à-dire on peut rêver à un système complètement intégré et fluide
19:38basé sur la donnée, etc., entre les moyens aériens, terrestres, navals,
19:42de façon à vraiment passer dans cette nouvelle génération du combat cloud
19:48et de la robotique qui sera un corollaire.
19:52On parle depuis tout à l'heure de technologies qui sont au centre de tout.
19:55J'ai en mémoire, comme vous sans doute, ce que disait le président de la République
19:58il y a maintenant 4, 5 ou 6 ans lors de CV aux armées,
20:02arrêtons de chercher à tout prix la sophistication.
20:05Il faut savoir revenir vers des équipements qui sont plus simples,
20:08qui sont plus faciles d'utilisation,
20:09notamment pour les hommes et les femmes qui sont sur le terrain.
20:12Est-ce que vous êtes satisfait aujourd'hui,
20:13quand vous regardez l'armée de terre,
20:15de l'équilibre entre les armements de technologie,
20:17entre la technologie et la rusticité ?
20:21Je pense que fondamentalement, c'est un équilibre dynamique.
20:23C'est-à-dire qu'il ne s'agit pas de trouver l'équilibre,
20:25il s'agit de tenir l'équilibre.
20:26Cet équilibre, il est apparemment ou il peut être au premier ordre
20:30entre la masse et la sophistication,
20:33entre la technologie et la rusticité.
20:34Mais en fait, ça n'est aussi qu'apparent.
20:37On le sait très bien, il y a un certain nombre d'équipements
20:40pour lesquels la technologie permet de simplifier l'emploi.
20:44Et c'est exactement ce qu'on vise dorénavant pour les drones,
20:46avec une espèce d'automatisation des drones
20:49plutôt que d'avoir à les piloter.
20:51Donc cette question, une partie m'appartient, appartient aux armées.
20:58Une partie dépend des industries.
21:01En France, nous avons une industrie qui est plutôt une industrie du haut du spectre.
21:05Et donc il est assez logique que les équipements dans l'armée de terre française
21:08soient plutôt des équipements un peu du haut du spectre, élaborés.
21:13Nous avons une armée professionnalisée qui est donc capable d'employer
21:17de la meilleure des façons ces équipements.
21:20Oui, nous devons probablement faire un effort pour avoir aussi
21:23des équipements un peu plus simples, un peu plus rustiques.
21:27Et c'est peut-être une des dimensions que je compte pouvoir déployer ou développer
21:32avec l'extension des réserves du service national,
21:36avec peut-être des soldats qui soient moins, des soldats à temps plein,
21:40peut-être avec des menaces moins importantes, moins haut du spectre
21:44sur le territoire national.
21:46Et comment dès lors avoir des équipements qui soit bénéficient des avancées du civil.
21:52C'est très simple d'utiliser un smartphone.
21:54Pourtant, c'est extrêmement élaboré.
21:57Et donc comment avoir des équipements qui exploitent cette facilité d'emploi
22:03pour faire, par exemple, un système de radio sans avoir quelque chose
22:08qui soit forcément obligé, qui puisse résister à une immersion dans 1,50 m d'eau
22:13et de résister au brouillage, etc. dans les environnements les plus complexes.
22:19Juste avant d'aborder la question sur le service national,
22:22on va poursuivre sur le débat rusticité, sophistication,
22:27et notamment sur l'hélicoptère.
22:29Aujourd'hui, est-ce que vous considérez que l'hélicoptère est essentiel
22:32sur un combat de haute intensité ou pas ?
22:37Alors, ma réponse, elle est oui.
22:39C'est clair.
22:40Même si, évidemment, il y a peut-être besoin d'élaborer un peu plus.
22:44D'abord, l'armée de terre française est une des armées
22:47qui possède une aviation légère de l'armée de terre,
22:49une brigade d'aérocombat, aux meilleurs standards internationaux.
22:54Il y a peu de pays qui ont ce savoir-faire général
22:57ou qui ont ce volume d'hélicoptères.
23:00J'ai une brigade de combat aéroportée, à peu près 300 hélicoptères.
23:04C'est donc une force.
23:05Est-ce que, parce que c'est une de nos forces,
23:07il faut s'aveugler et considérer qu'elle est ad vitam aeternam qualifiée ?
23:13Non, évidemment, il faut s'interroger.
23:15Nous avons deux types d'hélicoptères.
23:17Nous avons les hélicoptères de manœuvre,
23:18c'est-à-dire, en gros, des hélicoptères capables de faire du transport
23:21et des hélicoptères d'attaque.
23:23Je crois que la question pour les hélicoptères de transport,
23:26l'hélicoptère de manœuvre, elle est tranchée.
23:27Nous en avons besoin.
23:29Ça permet le soutien logistique,
23:33ça permet le transport rapide de force sur le terrain,
23:36la bascule d'efforts, ça permet les forces spéciales.
23:39Et nous avons vu, même si ce n'est pas la France,
23:41combien une opération spéciale telle que celle qui a été menée
23:43par les Etats-Unis au Venezuela a reposé sur ces hélicoptères,
23:50comment le sauvetage par les Etats-Unis de leurs pilotes éjectés en Iran
23:53a reposé sur ces hélicoptères de manœuvre ?
23:55Non, la question qui se pose est probablement pour les hélicoptères d'attaque,
23:58qui sont en fait des engins de combat hélicoptères,
24:02et pour lesquels la dronisation, c'est-à-dire le fait que des héliés,
24:06éventuellement des munitions, etc.,
24:08pourraient être suffisamment efficaces
24:10pour qu'on puisse acheter des hélicoptères moins chers, moins armés,
24:16qui emploient des drones.
24:17Bon, la question est ouverte.
24:19Moi, je crois qu'aujourd'hui, en tout cas,
24:22nos tigres, qui sont nos hélicoptères d'attaque,
24:24d'abord sont les hélicoptères qui ont fait le plus de destruction
24:28chez nos adversaires au cours des dernières années,
24:30c'est les hélicoptères qui ont sauvé nos soldats à de multiples reprises,
24:34et il se trouve que ces hélicoptères viennent d'être employés
24:37et adaptés pour la lutte contre les drones,
24:39en étant déployés au Proche et Moyen-Orient,
24:41en relation avec la direction générale pour l'armement.
24:45Nous avons adapté leur armement,
24:48réarmé avec des missiles solaires,
24:50mis des roquettes,
24:50et il y a là un champ d'utilisation
24:53qui est assez prometteur,
24:55même si, évidemment, il faut qu'on adapte
24:57l'emploi de ces hélicoptères
24:59à l'évolution du combat.
25:01Vous avez prononcé, général,
25:03le mot indispensable, logistique,
25:05qui est absolument fondamental, bien sûr,
25:06dans le monde militaire.
25:08On a aujourd'hui des véhicules sur le champ de bataille
25:10qui consomment toujours plus d'électricité,
25:12avec des capteurs, ils sont connectés,
25:14ce sont des data centers sur eau pour certains.
25:16Ça implique de faire tourner les moteurs plus longtemps,
25:18donc de consommer plus de pétrole,
25:20d'accroître notre dépendance au pétrole.
25:22Et ce qu'on verra arriver bientôt,
25:24c'est le cas d'ailleurs,
25:25mais des véhicules hybrides ou à hydrogène,
25:27comment vous regardez cette question souveraine ?
25:29Cette question de l'énergie, je la regarde avec beaucoup d'attention,
25:32parce que la question de l'énergie au sens large
25:35et ses implications géopolitiques est une question centrale.
25:38Mais vous posez en particulier la question de l'emploi de l'énergie
25:41pour l'outil militaire.
25:44Il me semble qu'à court terme et à moyen terme,
25:48nous n'avons pas trouvé mieux que le moteur thermique aujourd'hui
25:52et qu'on continuera à reposer sur ces moteurs thermiques
25:55et pour produire de l'électricité, soit par le moteur de l'engin,
25:58soit, et c'est ce que nous développons,
25:59par des groupes électrogènes qui permettent de ne pas faire tourner
26:02l'engin principal tout en alimentant l'électricité.
26:05Et vous avez raison de souligner qu'on a des besoins
26:07d'électricité croissants.
26:09Néanmoins, les opportunités offertes par la recherche
26:11et bien souvent par le développement,
26:13bien souvent par les moyens civils,
26:15pour des applications civiles,
26:17seront très importants pour nous.
26:19Vous avez parlé de l'hybride ou de l'électrique.
26:21Ce n'est pas de gaieté de cœur qu'au départ,
26:23j'ai envisagé d'avoir un griffon électrique.
26:26Mais il se trouve que finalement, c'est silencieux.
26:29Finalement, ça permet de donner de la puissance
26:33aux différentes roues sans forcément avoir
26:35une puissance centralisée.
26:37Et ça, c'est très bien pour circuler en tout terrain.
26:40Donc, c'est finalement une solution
26:43qu'il faut que nous étudions,
26:44même si le danger de l'explosion des batteries, etc., demeure.
26:49Je pense que les questions d'utilisation de l'énergie solaire
26:54par un certain nombre de panneaux,
26:55les questions d'énergie alternative hydrogène,
27:00éventuellement de petits systèmes modulaires nucléaires,
27:05d'énergie nucléaire, etc.,
27:06sont clairement des solutions qui seront étudiées à l'avenir
27:11de façon à ne pas ou à réduire l'empreinte logistique
27:15et notamment ce besoin en carburant
27:17qui crée des vulnérabilités quand on est déployé.
27:22Merci beaucoup, Général.
27:23Merci beaucoup d'avoir été avec nous.
27:24C'était le Général d'armée, Pierre Chine,
27:27le chef d'état-major des armées, de l'armée de terre,
27:29qui était avec nous sur BFM Business,
27:31dans la défense. Merci, Général.
27:32Merci à vous.
27:32Merci.
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