- il y a 8 heures
Air&Défense, c’est l’émission qui décrypte les grands enjeux industriels de L'aéronautique, du spatial et de la défense...trois secteurs au coeur des stratégies économiques mondiales. Réarmement, souveraineté, innovation… comment conserver une supériorité technologique et garantir la sécurité de tous dans un monde de plus en plus complexe ?
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00:02BFM Business avec la Tribune et Air et Cosmos présente
00:08Air et Défense, Jean-Baptiste Huette.
00:13Bienvenue dans Air et Défense.
00:15On n'y pense pas, mais lorsqu'un avion de chasse lâche son missile,
00:19eh bien ce serait dommage qu'à cause de certains effets aérodynamiques,
00:22le missile vienne percuter l'avion.
00:24Eh bien c'est ce type de travail, ce type de calcul que l'on fait à l'ONERA,
00:28l'Office National d'Études et de Recherche Aérospatiale.
00:32Son PDG, Emmanuel Kiva, est notre invité cette semaine.
00:35On a aussi parlé cette semaine beaucoup de vastes VAST.
00:40Dans le cadre de Choose France, la société américaine qui développe des stations spatiales
00:44a annoncé un accord avec le gouvernement français pour que les astronautes
00:47Thomas Pesquet et Arnaud Prost participent à deux stations de mission spatiale privée.
00:53Eh bien ce sera le décryptage avec Daniel Chrétien.
00:55Enfin, on a une bonne nouvelle pour le quantique français.
00:59La start-up grenobloise Kobli a levé 115 millions d'euros pour développer son ordinateur quantique.
01:04On écoutera Maud Vinet, la présidente et la cofondatrice de Kobli,
01:08qui était l'invité de BFM Business cette semaine.
01:10Air et Défense, l'interview.
01:15Une vénérable institution française faite cette année, ses 80 ans,
01:20l'Office National d'Études et de Recherche Aérospatiale, l'ONERA.
01:25Emmanuel Kiva, bonjour.
01:26Bonjour.
01:26Vous êtes le PDG de l'ONERA depuis deux mois et demi.
01:30Vous étiez auparavant le délégué général de l'armement.
01:32Vous avez été aussi à la tête de l'Agence d'innovation de défense.
01:36Merci beaucoup d'être avec nous.
01:37À mes côtés, comme chaque semaine, pour vous interroger,
01:40Michel Cabirol, un rédacteur en chef à la tribune,
01:42en charge du pôle aérospatial, défense, transport.
01:45Bonjour Michel.
01:46Bonjour Jean-Baptiste.
01:48L'ONERA, Emmanuel Kiva, c'est le temple de la recherche scientifique,
01:52dans l'aéronautique, dans le spatial français.
01:56Vous avez, je ne sais pas, mille chercheurs, on va en reparler,
01:58mais qui travaillent pêle-mêle sur l'aérodynamique, sur les ondes radars,
02:01sur la propulsion hypersonique, sur les nanotubes de carbone, de graphène.
02:05Il me faudrait une journée entière pour égrener la liste.
02:07Je disais, vous venez d'arriver, ça fait juste deux mois,
02:10quelle va être votre feuille de route dans les mois qui viennent,
02:13dans les années qui viennent pour l'ONERA ?
02:14Qu'est-ce que vous voulez faire de l'ONERA aujourd'hui ?
02:17Alors, merci d'abord de m'avoir invité.
02:19L'ONERA, c'est quand même 2300 personnes.
02:22Beaucoup, beaucoup de chercheurs, vous avez raison,
02:24de l'ordre de 300 doctorants en plus.
02:27Donc, c'est quand même une belle maison qui fait la recherche,
02:30et qui fait de la recherche dans les deux sens.
02:32C'est-à-dire de la recherche très appliquée,
02:33mais aussi des ouvertures de domaine en recherche fondamentale.
02:38Ma feuille de route, d'abord, vous allez me laisser le temps
02:40un petit peu de comprendre cette maison qui m'émerveille à chaque fois,
02:44parce que chaque fois que vous ouvrez une porte,
02:46vous avez de la très belle science derrière.
02:48ça va du fou droitement à l'espace.
02:51On fait, en gros, de l'aéronautique, de la défense et du spatial.
02:57D'abord, faire connaître l'ONERA, et je vous remercie de le faire,
02:59parce que c'est important pour nous,
03:00c'est important aussi pour la position de la France dans le domaine aérospatial.
03:05Ensuite, d'être capable de répondre à des sollicitations rapides,
03:08notamment de notre tutelle, qui est le ministère des Armées,
03:11et notamment de l'Agence de l'Innovation de Défense,
03:12qui peuvent nous demander très rapidement de prendre des technologies
03:16à des niveaux de maturité technologique intermédiaire,
03:18et de les transférer rapidement vers l'industriel ou vers les armées.
03:23Et ça, c'est une nouvelle culture qui est un petit peu due
03:25au contexte géostratégique que nous connaissons aujourd'hui.
03:29Et puis, ce qui est important, c'est aussi de ne pas sacrifier
03:31l'urgence du présent à la préparation de l'avenir.
03:33Et donc, cette préparation de l'avenir, ça veut dire lancer des voies de recherche
03:37dont on ne sait pas si elles vont déboucher,
03:39mais dont on sait que si elles débouchent, la France sera au premier rang.
03:42Ça a été le cas, notamment dans le domaine du quantique,
03:45puisque je rappelle que si aujourd'hui, la France est dotée d'instruments quantiques
03:49qui permettent de naviguer en se passant des satellites à bord de ses frégates,
03:53c'est parce que l'ONERA, il y a 20 ans, y avait déjà pensé.
03:56Un mot sur les moyens de l'ONERA, quels sont-ils aujourd'hui ?
03:59Alors aujourd'hui, nous sommes d'abord un EPIC,
04:03un établissement public industriel et commercial
04:06qui tire ses ressources à la fois du ministère des Armées,
04:10donc avec une solution pour charge d'investissement et de services publics.
04:14Donc on a de l'ordre de 150 millions d'euros qui provient du ministère des Armées
04:19et l'autre moitié, c'est-à-dire à peu près l'équivalent,
04:22qui provient de contrats industriels, soit passés auprès de l'État,
04:27auprès de la DGA, soit passés auprès justement des industriels.
04:31Charge à nous d'aller chercher, et nous avons les moyens,
04:34et on pourra parler des moyens expérimentaux,
04:35qui sont assez uniques à l'ONERA,
04:38d'aller chercher cette subvention et de fonctionner en contrats commerciaux
04:43dans le domaine de la défense,
04:45mais aussi dans le domaine du spatial et de l'aviation civile.
04:47– C'est quoi l'objectif de l'ONERA en termes de chiffre d'affaires ?
04:52Donc vous êtes autour de 300-315 millions aujourd'hui.
04:56C'est d'atteindre un chiffre d'affaires autour de 400 millions
05:00pour essayer justement de peser un peu plus
05:03dans un monde qui évolue beaucoup
05:06et où il y a beaucoup de technologies disruptives aujourd'hui ?
05:11– Alors évidemment, c'est à nous d'aller chercher les ressources supplémentaires
05:15puisque la subvention en particulier ne couvre pas
05:19l'ensemble de nos charges salariales.
05:22Et donc évidemment, oui, d'aller à la conquête de nouveaux contrats,
05:25de nouveaux marchés, ça pose un certain nombre de problèmes.
05:27On est limité en termes d'emplois, de plafonds d'emploi,
05:30donc il faut qu'on aille chercher des ressources.
05:33Il faut qu'on valorise nos installations,
05:36notamment les grandes souffleries, dans un contexte
05:38où aujourd'hui on est confronté à une concurrence internationale.
05:41Donc il faut être compétitif dans ce domaine-là.
05:45Je n'ai pas aujourd'hui la possibilité de vous donner
05:49un chiffre tout à fait concret d'objectifs commerciaux
05:53puisque nous sommes en train de négocier ce qu'on appelle le COP,
05:56le contrat d'objectifs et de performances.
05:58On le négocie en prenant en compte les besoins de la DGA,
06:02Direction Générale de l'Armement,
06:03de la Direction Générale de l'Aviation Civile,
06:05des industriels avec lesquels nous construisons nos feuilles de route.
06:09Alors je peux vous dire, on ne va pas y passer l'ensemble de l'émission,
06:12on a 29 feuilles de route aujourd'hui qui sont partagées avec des industriels.
06:18Et puis nos clients qui viennent aussi de l'ensemble du monde.
06:22On travaille avec la NASA, on travaille avec le JAXA,
06:24qui est l'équipement de la NASA au Japon notamment.
06:27On travaille avec d'autres partenaires dans tous les pays.
06:30Et on travaille à faire en sorte que leurs projets de développement
06:36dans le domaine aérospatial puissent passer par nos moyens expérimentaux.
06:40Emmanuel Kivin, on a l'impression que l'ONERA aujourd'hui est une pépite un peu endormie.
06:47Et est-ce qu'elle est suffisamment reconnue et connue en France,
06:51d'après vos premiers retours ?
06:54Et est-ce qu'elle n'est pas plus connue à l'international ?
06:57Alors je ne dirais pas qu'elle est endormie,
06:58parce qu'au contraire, ce que j'ai découvert, c'est une maison extraordinairement dynamique.
07:03Avec des chercheurs qui sont passionnés, avec des ingénieurs qui sont passionnés,
07:06avec une projection vers l'avenir.
07:10Elle est reconnue, elle est reconnue pour son excellence scientifique,
07:14en particulier, au niveau français, comme au niveau international.
07:18Est-ce qu'elle est suffisamment connue ?
07:20Je ne pense pas, et c'est sans doute une des raisons de ma présence aujourd'hui,
07:23et je vous en remercie.
07:24Parce que je pense que cette entreprise, et vous l'avez dit,
07:28c'est 80 ans, puisqu'elle a été fondée en 1946.
07:33Mais certains sites, je pense notamment au site de Lille,
07:36il est quasiment centenaire.
07:38C'est une force de la France, en termes d'infrastructures, en termes de sciences.
07:43Il faudra le faire savoir davantage.
07:45D'abord parce que je pense que c'est important pour les gens qui y travaillent tous les jours,
07:49mais surtout parce que nous devons recruter,
07:51et nous devons, là aussi, affirmer notre expertise technologique et scientifique
07:56au premier rang mondial.
07:58Vous êtes fournisseur de solutions aux industriels, si j'ose dire, depuis 1946.
08:03Quelles sont vos relations ?
08:04C'est pas mal sur un t-shirt, je pense qu'on peut faire ça.
08:06Comme ça, ça va être bien.
08:07Quelles sont vos relations, Emmanuel Kiva, avec les industriels ?
08:10On sait que c'est parfois un petit peu compliqué pour dire ça gentiment.
08:14En fait, on accompagne les industriels.
08:16On est un expert technologique et scientifique.
08:19On a des moyens qui sont très complémentaires.
08:21Je vous donne un exemple dans le domaine, par exemple, de la dissuasion.
08:24La SN4G, alors la SN4G, je ne vous inquiétez pas, je ne vais pas faire beaucoup d'acronymes,
08:27mais c'est le remplaçant du missile actuel de la composante aéroportée de la dissuasion nucléaire.
08:32Ce missile est un missile extrêmement complexe.
08:35Il va être construit industriellement par la société MBDA.
08:39Eh bien, l'ONERA travaille avec MBDA, notamment, pour les essais en soufflerie, les bancs d'essais.
08:45C'est un missile très complexe qui a un statoréacteur.
08:48Je ne vais pas rentrer dans les détails.
08:49Mais c'est une première mondiale.
08:51Et comme c'est une première mondiale, on a besoin de moyens tout à fait conséquents pour le faire.
08:55Et donc, on accompagne l'industriel.
08:56Et c'est la même chose dans le domaine de l'aviation civile et ça, même chose dans le domaine
08:59du spatial.
09:01Nos industriels, et je pense à des Safran, Airbus, Dassault Aviation, évidemment, même Naval Group, d'ailleurs,
09:07puisqu'on a travaillé sur tout ce qui est aéro-comportement des plateformes,
09:15et notamment le comportement des hélicoptères qui décollent de nos frégates
09:20avec les turbulences qui sont portées par le château.
09:24Eh bien, tous ces industriels-là sont plus des partenaires que des concurrents.
09:29Et on travaille avec eux, on met à disposition un certain nombre d'outils, d'études, de chercheurs,
09:34de moyens expérimentaux qui sont parfois inégalés.
09:36Ça veut dire, en quelques mots, que vous vous substituez, finalement, à leur service de R&D ?
09:41Non, pas du tout. Je pense qu'on est tout à fait complémentaires.
09:45Des sociétés comme Thales, MBDA, Dassault, Airbus, Safran,
09:51ne disposent pas de, par exemple, la plus grande soufflerie sonique du monde.
09:57Donc, on a des moyens, on a des codes de calcul,
10:00on a une antériorité sur un certain nombre de choses,
10:03et on travaille pour dérisquer les technologies,
10:05pour délivrer des briques technologiques, mais on n'est pas industriel.
10:08Ce n'est pas nous qui allons, effectivement, intégrer un avion de nouvelle génération,
10:13ce n'est pas nous qui allons construire le moteur,
10:15mais c'est nous qui allons fournir un certain nombre de briques technologiques nécessaires pour ça.
10:20Quelles sont vos priorités, aujourd'hui, dans les 29 feuilles de route que vous avez citées ?
10:27Évidemment, on peut parler de la dissuasion, mais on va s'arrêter assez rapidement,
10:30parce que vous n'allez pas en parler de façon prolixe,
10:32mais on a aussi le côté hypersonique, et pas seulement pour la dissuasion.
10:38Donc, vous avez quand même pas mal de projets dans l'hypersonique,
10:42vous avez aussi pas mal de projets dans les moyens de détection,
10:45la surveillance de l'environnement,
10:48et vous avez Nostradamus, vous avez l'optronique, les capteurs quantiques.
10:52C'est quoi, aujourd'hui, ce qui vous...
10:56Quelles sont les priorités d'aujourd'hui ?
10:58Vous avez une demi-heure ?
11:00Toujours.
11:00Non, mais, bien évident, tout ce que vous avez cité,
11:02je ne suis pas sûr que les spectateurs soient au fait de tout cela,
11:05mais ça va de la propulsion de missiles conventionnels hypersoniques,
11:11c'est d'ailleurs au-delà de six fois la vitesse du son, pour être clair,
11:15et donc pour ça, il faut faire des moteurs, il faut faire des capteurs,
11:17ça va sur le domaine des drones, de la lutte anti-drone,
11:21comme de la coordination pilote-drone,
11:23j'en profite, puisque vous me donnez cette opportunité,
11:26pour vous dire qu'on sera au salon Eurosatory,
11:29qui a lieu dans la semaine du 15 au 20 juin,
11:35à Villepinte, et on va montrer, par exemple,
11:38un système qui permet de quantifier la charge cognitive,
11:43l'état du cerveau d'un pilote,
11:45pour lui permettre de coordonner le vol pilote d'hélicoptère et drone.
11:51Donc, c'est extrêmement varié.
11:53Alors, nos priorités, elles sont évidemment tirées
11:55par les besoins de nos clients et les besoins du ministère des Armées,
11:58puisque je rappelle qu'on est sur la tutelle du ministère des Armées,
12:01la dissuasion, c'est évidemment la priorité des priorités,
12:04et donc dans ce nouveau missile à SN4G de nouvelle génération,
12:08c'est la propulsion du missile, ce sont les capteurs,
12:10c'est la résistance des matériaux,
12:12puisqu'on a des matériaux qui doivent résister à des températures
12:15et des vitesses extrêmement élevées.
12:18Ce sont les armes laser, on parle beaucoup aujourd'hui
12:20de la problématique de la lutte anti-drone qui prend beaucoup de munitions,
12:24et l'arme laser est un moyen de se passer des munitions.
12:27C'est l'aviation du futur, de l'aviation décarbonée également,
12:31les nouveaux modes de propulsion, ce qu'on appelle par exemple les open fans,
12:35c'est-à-dire que vous avez des réacteurs d'avions qui ne sont pas carénés,
12:37donc vous voyez l'hélice, mais ça pose plein de problèmes en termes d'aérodynamique,
12:40donc il faut les tester en soufflerie, il faut les tester en simulation,
12:43et en fait on a toujours ce triptyque simulation, modélisation, expérimentation,
12:48on modélise quelque chose, on le simule derrière,
12:51on fait l'expérimentation, on essaie de faire en sorte que toutes les données soient raccordes
12:54et on est très très bon là-dedans, en vérité.
12:57Et c'est ça qui fait aussi notre force et notre reconnaissance au niveau international.
13:03Donc toutes ces priorités-là qui sont dans l'ADN de l'ONERA,
13:07puisque tout ce qui vole de près ou de loin a un peu d'ADN de l'ONERA en France,
13:11sont mises au service des priorités,
13:13notamment de celles qui sont décrites dans la loi de programmation militaire.
13:16Quand on pense à l'ONERA, et vous l'avez évoqué plusieurs fois,
13:19on pense évidemment à ces souffleries incroyables que vous possédez,
13:23ces cathédrales de béton, pour certaines en tout cas,
13:25pour certaines, pas pour toutes, mais avec ces ventilateurs absolument gigantesques,
13:28vous en avez même une à côté de Toulouse,
13:30à Fogamosac, la F4,
13:32qui peut atteindre Mach 15,
13:35on parle quand même de 18 000 km heure.
13:37C'est ça.
13:37Quel est l'intérêt aujourd'hui de posséder une soufflerie,
13:41d'avoir des souffleries, alors que finalement,
13:42on pourrait vous rétorquer, mais les modèles numériques, la simulation,
13:45ça marche très bien aussi ?
13:46Ça marche une fois que c'est calibré,
13:48et ça ne marche pas très bien aux limites.
13:49C'est-à-dire qu'il y a une échelle
13:52dans laquelle les phénomènes physiques
13:55ne peuvent pas être aussi simplement représentés par la simulation.
13:59Et donc notre force, en fait, elle est double.
14:01C'est d'abord d'avoir les moyens de simulation numérique,
14:04donc ce qu'on appelle nous des codes,
14:06c'est-à-dire des codes de calcul,
14:07c'est des choses qui fonctionnent sur des très gros super-ordinateurs,
14:10et qui sont capables de résoudre des problèmes extrêmement compliqués,
14:14ce qu'on appelle la dynamique des fluides, par exemple,
14:17donc les écoulements ou les phases de transition
14:21entre un régime normal et un régime hypersonique,
14:25donc des choses extraordinairement compliquées mathématiquement,
14:27mais qui doivent être confirmées et calibrées par l'expérimentation.
14:30Donc si vous avez un côté sans l'autre, ça ne marche pas.
14:33Et le NERA, sa force, c'est d'avoir les deux,
14:35et c'est d'avoir notamment cette soufflerie,
14:37vous avez parlé de F4, alors c'est intéressant,
14:39c'est une soufflerie, ça fait 10 ans qu'elle était à l'arrêt,
14:42parce qu'on se disait à quoi ça sert finalement,
14:44et puis vous voyez que le contexte s'y prête aujourd'hui,
14:46et qu'on a réactivé ce, à la fois bijou de technologie,
14:50mais aussi un bijou d'industrialisation,
14:52parce que ce sont des souffleries gigantesques,
14:56avec des volants d'inertie, avec des condensateurs,
14:58avec des choses qui sont hors de proportion.
15:00Je vous invite d'ailleurs, et j'invite BFM,
15:04à venir faire un reportage.
15:06Rendez-vous avec plaisir.
15:08Parce que c'est quelque chose d'assez incroyable.
15:11Vous pouvez générer des rafales à 8000 km heure,
15:14parce qu'on a besoin de savoir quel est le comportement réel
15:18de nos éprouvettes, on appelle ça des éprouvettes,
15:20ça m'a toujours amusé, mais nos maquettes finalement,
15:23qui sont mises dans un flux d'écoulement,
15:24et qui vont devoir y réagir.
15:26Je vous donne un exemple tout bête,
15:28là pour le coup, c'est pas dans le domaine hypersonique,
15:30mais quand vous avez un rafale qui va larguer un missile,
15:35vous avez envie de tout, sauf que le missile,
15:37par des écoulements à l'érodynamique bizarre,
15:40remonte vers l'avion qui vient de le larguer.
15:43Eh bien ça, c'est un phénomène extrêmement complexe à caractériser,
15:45ça fait partie des études qui sont faites,
15:47notamment à Modane,
15:50vous avez signalé les différentes souffleries,
15:53à Modane on a la soufflerie S1MA,
15:56qui est une soufflerie sonique,
15:58donc vous atteignez la vitesse du son,
16:01qui nous permet de faire de telles études,
16:03on appelle ça d'ailleurs,
16:03et je trouve ça assez joli, la cathédrale des vents.
16:07Vous êtes arrivé il y a deux mois et demi à la tête de l'ONERA,
16:11pour l'instant vous n'avez rien changé,
16:12est-ce que vous avez en tête une nouvelle organisation,
16:15parce que l'organisation d'aujourd'hui date d'il y a dix ans,
16:17peut-être qu'il faut changer des choses ?
16:19Alors d'abord je tiens à saluer le travail de mon prédécesseur,
16:23donc Bruno Saint-Jean,
16:23qui a effectivement réussi à sauver l'ONERA,
16:26il faut le dire,
16:26puisqu'il y avait à la fois une problématique,
16:29j'allais dire économique,
16:31mais il y avait aussi une problématique industrielle,
16:34avec, quand vous avez des installations qui datent de 1946,
16:37elles commencent à s'enfoncer dans le sol,
16:39on a des problématiques de robinets,
16:42sauf que ce n'est pas les mêmes robinets que chez vous,
16:43on a des robinets sphériques qui coûtent 1,4 million,
16:47qui datent de 1947,
16:48et qui doivent être changés,
16:50donc il y a eu tout un travail de fond là-dessus,
16:53moi mon travail aujourd'hui,
16:55c'est de m'inscrire d'abord dans la continuité
16:57de la stratégie qui a été mise en place,
16:58mais aussi de me faire ma propre vision stratégique,
17:00et de me poser la question,
17:01c'est quoi l'ONERA dans 10 ans ?
17:03Je suis arrivé il y a deux mois et demi,
17:05je n'ai pas encore la réponse à cette question,
17:06donc vous pourrez me réinviter dans quelques mois,
17:09j'ai bien l'intention de publier une vision stratégique de l'ONERA,
17:12en accord évidemment avec la DGA,
17:14le ministère des armées,
17:15et nos industriels d'ici la fin de l'année,
17:19si réorganisation il y a,
17:20ou si organisation nouvelle il y a,
17:23et bien ça sera pour atteindre ce projet,
17:26cette vision stratégique,
17:27tant que je ne l'ai pas,
17:28je ne vais pas pouvoir répondre à la question,
17:30mais on a quelques idées effectivement
17:32pour encore doper la puissance et la reconnaissance de l'ONERA.
17:37On suivra de près, Emmanuel Kiva,
17:39les idées que vous avez pour l'ONERA,
17:40merci beaucoup d'avoir été avec nous,
17:42vous êtes le PDG de l'ONERA,
17:44un grand merci d'avoir été avec nous,
17:45Michel, merci,
17:46Michel, j'en profite pour redire qu'on se retrouve
17:48la semaine prochaine en direct
17:49pour une émission d'Air et Défense
17:50à l'occasion du Paris Airforum
17:52qui aura lieu à la mutualité.
17:54Tout de suite, c'est l'heure du décryptage.
17:56Air et Défense, le décryptage.
18:00C'est l'heure du décryptage.
18:02Daniel Chrétien, bonjour.
18:03Bonjour.
18:03Vous êtes journaliste à la rédaction d'Air et Cosmos,
18:05merci beaucoup d'être avec nous.
18:07Je signale la une d'Air et Cosmos cette semaine
18:10puisque c'est de ça dont on va parler,
18:12vaste, vaste, qui est vaste ?
18:14On va en dire un mot.
18:15Cette entreprise américaine
18:16qui ambitionne de faire des stations spatiales,
18:18eh bien, qui va embarquer d'ici 2027
18:20deux Français.
18:21On va voir qui, spoil.
18:24C'est donc à la une de Air et Cosmos
18:26cette semaine.
18:27Daniel, on a eu Choose France
18:29cette semaine avec de très nombreuses annonces
18:32et parmi les très nombreuses annonces,
18:33eh bien, vaste,
18:35qui va installer son QG à Paris,
18:37qui veut envoyer deux astronautes
18:39dans l'espace, dont Thomas Pesquet.
18:41On va détailler cette annonce.
18:43Qui est vaste ?
18:44Qu'est-ce que c'est que cette entreprise,
18:45déjà, dont on ne parle pas forcément
18:46tous les jours encore ?
18:47Effectivement, vaste est une entreprise
18:50qui n'est pas très connue
18:51parce qu'elle est assez jeune.
18:52Elle a été fondée en 2021 en Californie.
18:54Et pourtant, c'est un des favoris
18:57pour proposer une station
18:58qui va remplacer l'ISS.
19:01Vast est apparu un peu après le moment
19:03où la NASA a décidé
19:04de passer la main à l'industrie
19:06pour la prochaine station spatiale
19:09en orbite basse
19:10qui remplacera l'ISS.
19:12Vast va donc développer sa station
19:14qui s'appelle Haven.
19:15et elle va d'ailleurs même lancer
19:17un prototype de cette station
19:19dès l'année prochaine.
19:21Et en attendant,
19:22Vast va proposer une première mission
19:25l'année prochaine également,
19:26mais à bord de l'ISS.
19:28Et c'est à bord de cette mission
19:29que Thomas Pesquet va embarquer.
19:36Vast va proposer cette station privée.
19:39Cette fois-ci,
19:39c'est quelque chose de très nouveau
19:41dans le narratif du spatial.
19:44Une station privée
19:45dont la NASA va devenir cliente,
19:47mais pas que la NASA.
19:48Donc le CNES peut devenir client
19:50et va devenir client de Vast.
19:52Vous connaissez bien
19:53les questions spatiales, Daniel.
19:54Vous les suivez depuis des années.
19:56On a eu beaucoup d'entreprises
19:57qui, ces dernières années,
19:59ont ambitionné ou ambitionnent
20:00de développer des stations spatiales.
20:03C'est quand même un défi important.
20:05Il va y avoir des hommes à bord.
20:06Il faut que ce soit pressurisé.
20:08Il faut qu'il y ait de la survie.
20:09Est-ce que ça s'improvise ?
20:11Est-ce qu'ils sont crédibles,
20:13d'après vous ?
20:14Alors, il y a encore
20:15beaucoup de travail à faire,
20:16mais il y a plusieurs entreprises
20:17qui sont vraiment apparues
20:18dans nos scopes.
20:19En plus de Vast,
20:20on peut citer Axiom Space,
20:22qui a déjà réalisé
20:22plusieurs missions privées
20:24à bord de l'ISS,
20:25pour des missions courtes.
20:26D'ailleurs, Thomas Pesquet
20:27et Arnaud Proz
20:27vont faire des missions courtes.
20:31Axiom Space,
20:32on a aussi Blue Origin
20:32qui s'était positionné,
20:33même si pour l'instant,
20:34ça n'a pas l'air trop d'actualité.
20:35Ils sont plus focalisés
20:36sur le programme lunaire.
20:38Mais voilà,
20:38on a plusieurs entreprises
20:39qui vont se positionner là-dessus
20:41et elles commencent
20:41à développer des modules.
20:44Il y a d'ailleurs
20:44une excellence européenne
20:45qui participe là-dessus.
20:46Je pense à Axiom Space
20:47qui a commandé des modules de station
20:49auprès de Thales et de la Space
20:50qui seront produits à Turin.
20:54Et donc, ce Choose France
20:55dont on a beaucoup parlé cette semaine
20:57signe le retour au vol
20:58en quelque sorte de Thomas Pesquet.
20:59Ça y est, il faut le retour dans l'espace.
21:00En dehors, on vole,
21:01il vole souvent.
21:01Mais en tout cas,
21:02son retour dans l'espace ?
21:04Exactement.
21:04Après deux rotations dans l'ISS,
21:07il a déjà passé près d'un an en orbite.
21:09Eh bien, il y retourne
21:10avec cette mission courte
21:12dont il sera commandant
21:13parce qu'il a déjà assez d'expérience
21:16pour être commandant
21:16de ce genre de mission.
21:18Il a déjà été commandant
21:20de la Station Spatiale Internationale.
21:22Donc, il va faire cette mission-là.
21:24Il va réaliser plusieurs expériences
21:26scientifiques pour le CNES.
21:27Et puis, c'est un premier vol
21:29pour un autre astronaute
21:29que le grand public, en tout cas,
21:30ne connaît pas forcément,
21:31qui est Arnaud Prost,
21:33alias le Rookie.
21:34Le Rookie, exactement.
21:35C'est comme ça qu'on les appelle
21:36les astronautes
21:36qui n'ont pas encore volé
21:37ou qui font leur premier vol.
21:39Arnaud Prost, effectivement,
21:41il est beaucoup moins connu.
21:42Il a été sélectionné
21:42en même temps que Sophie Adnaud,
21:44qui est en orbite en ce moment,
21:44qui a passé plus de 100 jours
21:45dans l'espace déjà.
21:46Déjà, oui.
21:47Et Arnaud Prost, lui,
21:48il fait partie de ce qu'on appelle
21:50la réserve d'astronautes
21:52du corps européen,
21:53du corps de l'Agence Spatiale Européenne.
21:54Donc, ces astronautes-là
21:55sont sélectionnés,
21:56mais ils font un travail à côté
21:58parce qu'on peut les mobiliser
22:00si jamais on a besoin d'eux
22:01pour une mission courte.
22:02Quelques-uns d'entre eux
22:03ont déjà volé.
22:03Donc, c'est le tour d'Arnaud
22:05qui, lui, volera,
22:05mais aborde cette phase-ci
22:06de la première station,
22:08de ce prototype
22:08dont je vous parlais tout à l'heure,
22:11de ce qui s'appelle Haven 1.
22:13Et là, ce sera également
22:14à partir de 2027.
22:16Un tout dernier mot, Daniel,
22:17parce qu'on n'a pas évoqué le sujet
22:18et il est absolument fondamental.
22:21Qui va payer ?
22:23Eh bien, c'est le CNES.
22:24C'est le CNES.
22:25Alors, c'est une question
22:26qui fait un petit peu mal,
22:27effectivement,
22:28parce qu'on connaît en ce moment
22:31la rigueur budgétaire
22:32à laquelle le CNES est sous-mis
22:34en ce moment.
22:34Il y a un rabot de 300 millions d'euros
22:36qui est prévu
22:38au cours de ces prochaines années.
22:39Ce que l'on sait,
22:40on ne connaît pas exactement
22:41combien le CNES va payer
22:43pour ces deux missions,
22:44mais ce qu'on sait,
22:45c'est qu'il y a quand même
22:46une très bonne ristourne.
22:47C'est vraiment un tarif
22:48très avantageux
22:49que le CNES va payer.
22:53Mais en plus,
22:54il y a des contreparties.
22:54Il y a des contreparties.
22:55C'est un peu d'ailleurs pour ça
22:56que cette annonce a été faite
22:58dans le cadre de Choose France,
22:59parce qu'en contrepartie,
23:00Vast va s'installer en France.
23:02Ils vont installer
23:03leur quartier général à Paris.
23:05et si jamais il est prévu
23:08que Vast commence à ambitionner
23:10une usine dans le cadre
23:11de la construction de sa station
23:13en Europe,
23:13pareil, on pourra espérer
23:15que ce soit en France.
23:16Daniel Chrétien,
23:18journaliste chez R&Cosmos,
23:19au sein de la rédaction
23:19de R&Cosmos,
23:20un grand merci d'avoir été avec nous.
23:22On vous retrouve régulièrement
23:22dans l'émission.
23:23A très bientôt, Daniel.
23:24C'est l'heure tout de suite
23:25des signaux faibles.
23:32Un signal sérieux
23:34dans le quantique français
23:35puisque Cobli vient de lancer,
23:37enfin vient de lever
23:38plus exactement
23:38115 millions d'euros.
23:40Qui est Cobli ?
23:41C'est la start-up grenobloise
23:43qui développe
23:44un ordinateur quantique
23:45sur silicium,
23:46les qubits sur silicium.
23:48Je vous parle une langue
23:48peut-être que vous ne maîtrisez pas,
23:50moi non plus,
23:50mais en tout cas,
23:51les qubits sur silicium,
23:52c'est les mêmes briques industrielles
23:55que les puces électroniques
23:56classiques,
23:56ce qui pourrait peut-être
23:57accélérer beaucoup plus
23:58l'informatique quantique.
24:00Maud Vinet,
24:01c'est la cofondatrice
24:02et la présidente de Cobli.
24:03Elle était l'invité
24:04à la matinale de BFM Business
24:05cette semaine.
24:05On l'écoute.
24:07C'est ça.
24:07En résumé,
24:08notre choix stratégique,
24:10il a été radical
24:12dès le départ,
24:13très pragmatique
24:14au sens où
24:16notre métier,
24:17c'est de concevoir
24:17et développer
24:19et vendre
24:19des ordinateurs quantiques,
24:21pas de développer
24:22une industrie.
24:23Et donc,
24:24on s'est appuyé
24:25sur une industrie
24:26qui existe aujourd'hui,
24:28l'industrie du semi-conducteur.
24:30Ça a trois avantages.
24:31Ça permet
24:33d'aller plus vite
24:34et moins cher
24:36parce qu'on s'appuie
24:37sur une industrie
24:38qui existe
24:39et des gens
24:40qui savent
24:40faire tourner
24:41des usines.
24:43C'est un vrai métier.
24:44Ça limite
24:46le CAPEX.
24:47Aujourd'hui,
24:48les infrastructures
24:49sur lesquelles
24:50on s'appuie,
24:50elles ont reçu
24:52des milliards
24:52ou dépensaient
24:53des milliards
24:53d'investissements
24:54pour se construire.
24:56Et donc,
24:57si on fait le regard
24:58nos 115 millions
24:59au regard des milliards
25:00qui sont levés
25:01par les Américains,
25:02c'est compétitif
25:03parce qu'on est
25:03à la marge.
25:05Et le vrai
25:07avantage compétitif,
25:09c'est pour nos clients.
25:10Ça nous permet
25:11de concevoir
25:12et fabriquer
25:13des ordinateurs quantiques
25:14qui s'insèrent
25:16dans l'infrastructure
25:17de calcul existante.
25:19Ça veut dire quoi ?
25:19Ça veut dire
25:20qu'ils s'insèrent
25:21dans les data centers
25:22et les supercalculateurs
25:23parce qu'en termes
25:24d'empruntes au sol,
25:25ils sont 100 fois plus petits.
25:28Ce que la puissance
25:29du calcul quantique
25:30va vous amener,
25:31c'est un retour
25:32sur investissement,
25:33c'est un gain
25:36de productivité.
25:37Je vais passer
25:38à un exemple.
25:39Vous êtes un grand
25:40avionneur français,
25:42européen,
25:42et vous voulez
25:44designer
25:45la nouvelle aile
25:46de votre avion
25:47et la faire
25:47la plus aérodynamique
25:49possible
25:49pour qu'elle consomme
25:50le moins de carburant
25:51possible.
25:52Aujourd'hui,
25:53vous avez des grands
25:54logiciels
25:55d'éléments finis
25:57qui vous permettent
25:57de calculer la forme
25:58qui n'ont pas
26:00la performance
26:02requise,
26:03la précision
26:05pour optimiser
26:06complètement l'aile.
26:07Donc,
26:07vous faites des essais
26:08en soufflerie.
26:09Ce que le calcul
26:10quantique permettra,
26:12c'est d'avoir
26:14une meilleure précision
26:15pour vous permettre
26:16d'avoir des designs
26:17qui vous éviteront
26:19tous ces passages
26:20en soufflerie
26:21et donc de gagner
26:22des mois.
26:23Le calcul quantique,
26:25l'enjeu,
26:26c'est de le rendre
26:26accessible
26:27et donc c'est ce qu'on
26:28fait chez Cobli.
26:29On fait des machines
26:30qui vont être compatibles
26:31avec l'infrastructure
26:32de calcul existante.
26:33Maud Vinet,
26:34la présidente
26:35et la cofondatrice
26:35de Cobli
26:36qui était l'invité
26:36de leur closier
26:37cette semaine
26:38dans la matinale
26:38de BFM Business.
26:40C'est la fin
26:40d'Air et Défense.
26:41Rendez-vous
26:42la semaine prochaine
26:43pour une émission
26:44un peu particulière.
26:45Nous serons en direct
26:46depuis le Paris Air Forum
26:48à la mutualité
26:49et ce sera l'occasion
26:50pour nous notamment
26:51de recevoir
26:51Yannick Asouad
26:52qui est la vice-présidente
26:54de Thalès
26:55en charge de l'avionique.
26:57Bonne semaine.
27:00Air et Défense
27:01sur BFM Business.
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