- il y a 3 heures
Jeudi 18 juin, Hedwige Chevrillon a reçu Cécile Rap-Veber, directrice générake de la Sacem, dans l'émission La Grande Interview sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez-la en podcast.
Catégorie
📺
TVTranscription
00:02Le 18-19 d'Edvie Chevrillon
00:07Vous êtes bien dans le 18-19, allez on va quand même parler de fête de la musique, même si
00:11la fête de la musique est perturbée par cette canicule.
00:15Bonsoir Cécile Rappweber.
00:16Bonsoir.
00:17Merci d'être là, si on parle de fête de musique c'est parce que vous êtes patronne de la
00:21SACEM, la SACEM c'est la société des auteurs, compositeurs et éditeurs de la musique.
00:27C'est vous qui gérez une grande partie, combien du reste en pourcentage des droits d'auteurs ?
00:33Alors nous avons 250 000 membres directs mais nous rémunérons 665 000 créateurs à travers le monde.
00:39Alors moi ça j'avais les chiffres mais ce que je voulais dire c'est en pourcentage ça représente quoi
00:42? Comme je ne connais pas le total, vous avez une idée ?
00:45Par rapport à la musique mondiale ?
00:46Oui et par rapport à la musique française, restons simple d'avoir la musique française.
00:50Ah bah nous on représente déjà 100% de la musique française, tout à fait.
00:52Ah bah voilà, 100% comme ça c'est dit. Et au niveau mondial vous le savez, non j'imagine
00:56?
00:56Alors on a la chance d'avoir des répertoires internationaux qui nous ont confié aussi la défense de leurs droits
01:01et je crois que nous sommes clairement le leader mondial aujourd'hui.
01:05D'accord, ok. C'est dire si l'enjeu est important parce que là on va parler de la fête
01:08de la musique mais il y a quand même cet enjeu, cette menace de l'intelligence artificielle.
01:14On le voit bien, il y a maintenant, on entend de la musique qui n'est fait que par l
01:17'intelligence artificielle, on copie des voix.
01:20Donc ça veut dire que j'ai beaucoup de questions. Juste, la fête de la musique c'est un moment
01:24qui va être perturbé parce qu'il y a des villes, vous avez vu qu'il y a des villes
01:27qui vont annuler leur fête de la musique, la décaler comme Brève la Gaillarde.
01:31C'est un moment, la fête de la musique va être un peu gâchée ?
01:34Elle va être gâchée mais d'un autre côté, il faut que ça reste une fête donc il est hors
01:37de question qu'il y ait des gens qui soient en danger.
01:39C'est vrai que de jouer sous la canicule c'est dangereux aussi bien pour les artistes que pour le
01:43public qui peut être là.
01:44Donc c'est triste parce que c'est quand même la musique qui rassemble le plus de monde dans l
01:48'année et d'une façon vraiment joyeuse et festive.
01:51Donc enfin bon, on est tous soumis aux aléas de la météo et ça permettra quand même, j'en suis
01:57sûre quand même, à certaines personnes d'arriver à faire la fête et écouter de la musique.
02:01Il y a plein d'endroits où ça va être climatisé et puis on se met à l'ombre, on
02:05se met à côté d'une rivière et on arrive quand même à jouer des morceaux et à chanter ensemble.
02:09Alors quand même, il faut dire que l'Azacem c'est un peu la terreur des bars, des hôteliers, des
02:16cafés parce qu'à chaque fois qu'ils font jouer de la musique, ça fait...
02:22Alors on n'est pas la terreur, vous avez raison de le dire, en tout cas ce qui est sûr
02:25et certain c'est que le jour de la fête de la musique, tous les non-professionnels...
02:28Là vous faites un effort quand même.
02:30Alors quand on est non-professionnel, c'est pour tous les non-professionnels, bien évidemment si vous faites un concert
02:34comme là, il va y avoir pendant trois jours Bruno Mars au Stade de France.
02:38On adore Bruno Mars mais enfin c'est pas la fête de la musique.
02:41Mais en revanche, pour tous les non-professionnels, ils sont totalement exemptés évidemment de droits d'auteur.
02:47En tout cas, je voudrais vous dire qu'on est beaucoup plus partenaire finalement des diffuseurs de musique qu'une
02:51terreur parce que finalement...
02:52Non mais parce qu'à chaque fois qu'ils passent un disque, hop, il faut... ça déclenche la redevance.
02:59En tout cas, ça fait surtout venir du monde et faire danser les gens dans les cafés et les restaurants.
03:03Et donc on a finalement beaucoup de partenaires.
03:05On a 600 000 clients aujourd'hui avec lesquels pour 99,9% ça se passe très bien.
03:10Justement, on va faire un point sur la SACEM, c'est l'occasion puisque vous êtes là, Cécile Weber, vous
03:17êtes le premier financeur de la musique, premier financeur privé de la musique.
03:24Oui, on a investi 18 millions d'euros par an.
03:26Ça nous permet justement de financer une partie des 5 000 concerts qui sont joués par an.
03:34On accompagne plus de 200 festivals.
03:37On accompagne aussi plus de 300 salles par an.
03:42De toute esthétique, de tout genre, de toute taille.
03:45C'est ça qui est la force de la SACEM, c'est qu'elle représente toutes les esthétiques.
03:48Et ça va du classique contemporain à la French Touch en passant évidemment par le pop, le rock, le métal,
03:55le rap.
03:56Et ça, on en est extrêmement fiers.
03:58Et d'autant plus dans des moments où il y a une contraction quand même assez forte de façon budgétaire
04:03au niveau des territoires.
04:05Et donc on est là pour apporter notre soutien parce qu'effectivement, en ce moment, ça ne va pas très
04:10bien.
04:10Des territoires, vous allez dire par rapport au festival ?
04:13Par rapport au festival, de façon générale, vous avez des régions qui ont baissé les subventions.
04:17Vous avez des départements qui sont plus en mal pour pouvoir financer correctement la musique.
04:24Et donc on est devenu un partenaire stratégique obligatoire pour qu'il y ait un certain nombre de diffusions de
04:31musique qui soient encore possibles.
04:33Il y a des festivals qui, sans nous, ne pourraient plus exister.
04:35Il y a des salles qui fermeraient.
04:36Il y a des concerts qui n'auraient pas lieu.
04:38Vous avez publié des résultats records l'année dernière.
04:44Donc comment vous expliquez ça ?
04:47Ça veut dire que la musique est de plus en plus importante ?
04:49Comment vous expliquez cette dynamique record ?
04:52La dynamique, en fait, on est allé la chercher d'une société qui était franco-française il y a 175
04:58ans quand elle est née.
05:00Même si nous avions la chance d'avoir très rapidement Verdi, Berlioz, Wagner, de grands créateurs étrangers qui sont venus
05:07nous confier la défense de leurs droits.
05:08Mais c'était toujours en France parce que finalement, les exploitations étaient très françaises.
05:12Vous alliez à l'Olympia, vous écoutiez Énergie et vous regardiez BFM TV.
05:17Aujourd'hui, on a des acteurs globaux.
05:20Ça a commencé par iTunes dans les années 2000.
05:23Et puis bien évidemment, aujourd'hui, on est sur TikTok, on est sur Meta.
05:26Et donc là, ça sème.
05:27Ce qu'elle a fait, c'est qu'elle a décidé de conclure des accords mondiaux avec ses plateformes, avec
05:31ses géants, ses GAFAM.
05:33Et dorénavant, 50% de nos revenus, c'est sur l'international et sur le numérique.
05:38Donc en fait, la croissance qu'on connaît ces dix dernières années vient uniquement de l'international et du numérique.
05:44Et vous, vous avez réussi à négocier avec ces plateformes ?
05:46Exactement.
05:47On est la première société au monde.
05:49On voit bien que les médias, la presse, l'édition, c'est beaucoup plus compliqué.
05:52Alors, c'est plus compliqué.
05:53On n'est pas en train de parler d'IA, puisque pour le moment, au niveau de l'IA, personne
05:56n'a réussi à négocier.
05:57Mais en revanche, ce qui est sûr et certain, c'est que la SACAM a été la première société au
06:01monde à négocier avec Meta pour de la culture.
06:03En l'occurrence, c'était la musique.
06:05Et bien évidemment, TikTok, YouTube, il n'y a pas un seul acteur du numérique avec lequel nous n'avons
06:09pas signé d'accord pour la diffusion de nos œuvres.
06:13Et de celles aussi d'artistes internationaux qui se sont dit la loi française est plus protectrice que n'importe
06:19quelle loi au monde pour les créateurs.
06:21Et donc, on confie à la SACAM nos droits.
06:24C'est le cas d'Elton John, c'est le cas de Taylor Swift, c'est le cas de toute
06:27la K-pop.
06:28C'est le cas d'énormément de créateurs.
06:30Vous gérez les droits de Taylor Swift ?
06:33Tout à fait. Lorsque nous négocions Spotify ou YouTube, nous représentons les droits de Taylor Swift,
06:39qui a exactement le même contrat que celui de Clara Luciani, par exemple.
06:43La différence, évidemment, se fait au nombre de streams ou de vues de leurs œuvres musicales.
06:49Comment le streaming a justement complètement un peu modifié la rémunération des créateurs ?
06:56Alors, elle a modifié d'un côté de façon négative immédiatement,
07:02puisque vous êtes plutôt dans un système de location plutôt que de vente.
07:05Avant, on avait un CD et on avait directement sa rémunération.
07:08Mais après, peu importe combien de fois vous écoutiez le CD, plus personne n'était rémunéré.
07:12Là, c'est différent. En fait, ce qu'il faut voir, c'est sur du long terme,
07:16comment est-ce qu'avec le nombre d'écoutes, vous arrivez à reconstituer finalement
07:19ce qui était initialement vos droits d'auteur par le CD.
07:23L'opportunité extraordinaire, c'est que du jour au lendemain, vous avez eu accès au monde.
07:26C'est-à-dire qu'énormément de créateurs qui, jusqu'à présent,
07:29ce n'était pas évident automatiquement de s'exporter,
07:32ont, avec des plateformes telles que YouTube, Spotify ou Deezer,
07:35accès directement à des milliards d'auditeurs.
07:38Et ça a permis de fortement augmenter l'export de nos créateurs français.
07:44Comment aujourd'hui évoluent les revenus des créateurs de musique et des auteurs ?
07:50Alors, aujourd'hui, on a trois poules principaux de revenus.
07:55Le premier, ça dépend un peu des typologies,
07:59mais c'est le streaming, effectivement, quand on analyse nos revenus.
08:02Et notamment, 40% que nous faisons à l'export pour certains répertoires français.
08:08Donc, on voit vraiment que cette ouverture sur l'international est importante.
08:12La sortie du Covid a donné un regain au live que nous n'aurions pas imaginé.
08:17Et donc, les gens vont au concert, ils sont heureux, ils vont dans les festivals.
08:21Et ça, c'est très, très fort.
08:22Et puis, vous avez toujours, quand même, les médias traditionnels,
08:25qui restent très importants, d'autant plus qu'ils sont assez prescripteurs.
08:28On croit que les gens ne regardent plus la télé, n'écoutent plus la radio.
08:31Ça n'est pas vrai.
08:33Il y a encore plein de tubes qui se font grâce aux médias traditionnels.
08:35Tiens, paraît-il que Céline Dion va sortir un nouveau single ?
08:41Tout à fait. Vendredi prochain.
08:42Et justement, c'est vendredi prochain que les gens l'ont découvert à travers la SACEM, justement, votre site.
08:47Oui, tout à fait.
08:48Et vous confirmez ?
08:49Déjà, parce qu'ils sont très professionnels.
08:51Donc, Renaud Robillaud et Icard sont les créateurs de la chanson.
08:55Elle est donc, effectivement, déjà déposée pour être protégée.
08:57Et puis, je crois que c'est le premier single d'un album à venir qui sera évidemment interprété lors
09:02des concerts qu'elle va donner à Paris.
09:06Pour vous, j'imagine, enfin, pour elle, en premier lieu, et pour ceux qui organisent, évidemment, le concert.
09:13Mais pour vous, quand vous avez des concerts comme ça à Céline Dion, j'imagine que derrière, tout le monde
09:17écoute Céline Dion.
09:18Ça doit être le jackpot pour vous aussi, non ?
09:20C'est pas le jackpot pour moi, parce que nous...
09:22Non, mais à part la SACEM.
09:23Non, mais je le dis parce que très souvent, on dit « Ah, la SACEM a de l'argent ».
09:25La SACEM, c'est une société qui n'a pas fait un euro de bénéfice en 175 ans,
09:29parce qu'elle reverse tout l'argent à ses membres et aux créateurs étrangers qu'elle représente.
09:33Non, mais c'est évident que quand on a, comme on a eu Taylor Swift, d'ailleurs, il y a
09:38un an et demi qui est venu,
09:40où des artistes comme Céline Dion, qui font quasiment une résidence dans une des plus grandes salles d'Europe,
09:46c'est évident que pour les créateurs, c'est une opportunité fantastique.
09:50Aujourd'hui, si on essaie...
09:52Alors d'abord, j'ai plein de questions à vous poser.
09:54Juste, quels sont les types de musiques les plus écoutées aujourd'hui ?
09:59Alors sur le streaming, ça reste l'Urbain, mais très sincèrement,
10:03et je ne parle pas de rap exprès, parce que finalement, ce rap est devenu un peu de la nouvelle
10:09pop.
10:10Donc c'est quelque chose qui finalement, notamment quand on écoute Gims,
10:14c'est de 5 ans à 77 ans.
10:16Donc on est dans quelque chose qui est vraiment transgénérationnel,
10:20mais je constate avec joie que la multiplication des abonnements
10:24fait aussi qu'il y a des gens un peu plus âgés qui écoutent des choses différentes de streaming
10:27et on a de plus en plus de pop rock et de bac catalogue,
10:31des grands tubes qui sont de plus en plus écoutés sur les plateformes.
10:34La musique classique, ça représente quoi aujourd'hui ?
10:36C'est malheureusement extrêmement faible, même si on a des services spécialisés.
10:41Un champion français, Coboz, qui mise énormément justement sur une très bonne qualité de son
10:45et justement sur ce type de répertoire.
10:47Et puis il y a aussi Apple Music classique.
10:49Et puis il y a un renouveau, qu'on le veuille ou non, je sais que je vais faire du
10:53mal à certaines personnes.
10:54Sofiane Pamard qui va faire le Stade de France.
10:56Il y a des gens qui disent que ce n'est pas du classique.
10:58Moi j'estime que c'est une nouvelle forme de création classique contemporaine.
11:02Et il embarque avec lui des milliers et des centaines de milliers d'auditeurs
11:08qui n'avaient peut-être pas d'appétence initialement pour le classique.
11:12Cécile Rappelberg, quand vous voyez que l'IA peut générer une chanson en quelques secondes
11:18dans le style d'un artiste existant, ça veut dire que c'est quand même une menace absolument gigantesque
11:24pour les auteurs et pour les...
11:26C'est une réalité en fait, c'est même plus une menace puisqu'en fait vous l'avez vu,
11:30Deezer notamment a fait un certain nombre de...
11:32Oui, ça reste un peu expérimental encore aujourd'hui.
11:34Enfin c'est quand même près de 50% des titres qui sont chargés sur la plateforme par jour
11:40qui sont de l'IA.
11:42Alors la chance c'est qu'aujourd'hui...
11:4350% ?
11:44Tout à fait.
11:44Donc vous imaginez, c'était 10% au début d'année.
11:47On est là à 50%, on attend donc qu'à la fin de l'année ça soit 90%.
11:51Il y a une étude anglaise qui dit d'ailleurs que sur les plateformes de partage de contenu,
11:55Meta, TikTok, 90% des contenus d'ici la fin de l'année devraient être des contenus IA.
12:01La problématique c'est qu'en fait c'est la double peine.
12:04Ces contenus n'existeraient pas s'ils n'avaient pas été entraînés sur les obres des créateurs.
12:08Et donc ils ont été spoliés en amont et en aval, ils se retrouvent directement concurrencés
12:14par ces contenus.
12:15Et aujourd'hui il n'y a pas une seule plateforme d'IA qui accepte de rémunérer la création.
12:20Et donc il y a un projet de loi en France.
12:23Tout à fait, une proposition de loi.
12:24Une proposition de loi qui est proposée par Laure Darkos, la sénatrice Laure Darkos.
12:30Où est-ce que ça en est ? Qu'est-ce que ça contient ?
12:33Alors on est parti d'un constat extrêmement simple.
12:36Lors du sommet de l'IA organisé par Emmanuel Macron il y a plus d'un an et demi,
12:39l'ensemble des plateformes sont venues et ont expliqué sur scène
12:42« nous n'avons rien fait de mal, nous avons uniquement aspiré tout ce qui était disponible publiquement ».
12:47Or, la culture et la presse sont des données qui évidemment sont disponibles publiquement
12:51puisque le but c'est de toucher le public.
12:52Mais ça ne veut pas dire libre de droit.
12:54Donc on était vraiment dans une atteinte au droit d'auteur.
12:58Mais quand on leur a écrit en leur disant « vous n'avez pas le droit d'utiliser »,
13:01on nous a dit « circulez, il n'y a rien à voir ».
13:03Donc en fait on a parlé avec Laure Darkos et un certain nombre de sénateurs
13:06et on leur a dit « mais en fait nous, on ne peut pas prouver qu'ils ont aspiré nos
13:10œuvres
13:11puisqu'ils n'ont jamais voulu ouvrir le capot,
13:13ils ne veulent pas nous dire sur quoi elles se sont entraînées
13:15et ils nous disent « circulez, il n'y a rien à voir ».
13:17Et donc on est parti du principe que comme ils avaient avoué qu'ils s'étaient entraînés sur nos œuvres,
13:23à partir du moment où des contenus sont issus de ces plateformes,
13:27par exemple de Suno, qui est une plateforme américaine spécialisée en musique,
13:31s'il y a des ressemblances très fortes avec des titres préexistants,
13:36il y a présomption qu'ils se sont entraînés sur ces titres préexistants.
13:39Et alors ?
13:40Dans ces cas-là, on les contacte, on se met autour de la table et on fait des licences.
13:43Le but, c'est de créer un marché des licences exactement comme on l'a fait
13:47avec YouTube, avec Meta et avec TikTok ces dernières années
13:51et encore avant avec Spotify et Deezer.
13:53Mais quelle est la faisabilité, la crédibilité ?
13:56Vous voyez, de quelle force disposez-vous pour négocier avec eux ?
14:00On a besoin de cette loi, justement.
14:02Mais est-ce que la loi va changer ?
14:04Vous voyez Donald Trump qui est déjà en train de nous menacer de 100% droit de douane
14:08parce que justement il y a une taxe sur...
14:11Ce n'est pas une taxe.
14:12Alors c'est ça qui est très important.
14:13On ne taxe personne.
14:14On fait des licences sur du contenu.
14:16Non, ça ne revient pas au même.
14:17Je vous donne un exemple.
14:19En 2019, quand il y a eu la directive droit d'auteur, droit voisin
14:21qui forçait justement YouTube et Meta à payer les droits d'auteur,
14:26alors on avait tout Meta et YouTube par terre en train de hurler en disant
14:29c'est la mort de YouTube, c'est la mort d'Internet.
14:32Ils ont signé après la directive avec tout le monde
14:34et ils ont multiplié par 10 leurs revenus.
14:36Aujourd'hui, sous nous, la valorisation, c'est 5 milliards de dollars.
14:41Alors bien évidemment, on a eu le droit à énormément de lobbying
14:45contre notre proposition de loi en nous disant qu'on allait tuer le soldat Mistral.
14:49Mais le soldat Mistral, il a besoin de presse,
14:52il a besoin de livres scientifiques,
14:54mais c'est la seule chose, il ne fait pas de musique,
14:56il ne fait pas d'audiovisuel,
14:57donc il est déjà en négociation avec la presse.
14:59Pourquoi ça va tuer le soldat Mistral ?
15:01Ah mais parce que c'était la façon de faire du lobbying
15:04pour, si vous voulez, tuer cette proposition de loi.
15:07Cette proposition de loi qui a été adoptée à l'unanimité au Sénat
15:10et qui s'est retrouvée, quand il a fallu en débattre à l'Assemblée nationale,
15:15avec 110 amendements pour empêcher même le débat démocratique.
15:18En fait, ce que je trouve vraiment très difficile dans ce débat,
15:22c'est qu'on essaye d'opposer innovation à culture,
15:25alors que depuis que le monde existe,
15:27les créateurs ont été capables de s'adapter à l'innovation
15:30et l'ont même utilisé.
15:31Je veux dire, on a Pierre-Henri, on a Jean-Michel Jarre,
15:34et on a la French Touch et les Daft Punk pour le prouver.
15:37Et encore, j'ai envie de vous dire, ça fait 20 siècles que c'est comme ça,
15:39et que la création s'est adaptée.
15:41Donc, je ne veux pas qu'on nous oppose.
15:43En revanche, il est hors de question que la souveraineté numérique
15:46se fasse au détriment de la souveraineté culturelle.
15:48On veut que les deux aient une relation vertueuse
15:51et que chacune grandisse en même temps que l'autre.
15:54Donc, on a la capacité en France d'avoir quand même
15:58un tissu culturel qui est exceptionnel,
16:00troisième puissance culturelle mondiale,
16:03100 milliards de revenus qui sont créés par an,
16:05un million d'emplois.
16:07C'est quand même très, très compliqué de voir
16:09à quel point, notamment, la majorité présidentielle,
16:11puisque tous les amendements viennent de la majorité présidentielle,
16:15se sont abattus sur nous,
16:16et avec un silence total de notre ministre de la Culture
16:20que nous ne comprenons pas.
16:21Puisque la ministre de la Culture, son nom, c'est Culture,
16:25ministre de la Culture,
16:26et on ne comprend pas, elle est totalement absente,
16:29on ne sait pas du tout ce qui se passe.
16:31C'est un peu étrange, non ?
16:33Ben oui.
16:34Ça ne va pas dans le sens de la French Tech, c'est ça ?
16:38Oui, c'est peut-être ça.
16:39Peut-être qu'aujourd'hui, on préfère...
16:41C'est plus sexy d'être dans la tech,
16:44mais aujourd'hui, que je sache,
16:46les personnes que nous combattons,
16:47elles sont plutôt chinoises et américaines.
16:50Donc, en fait, aujourd'hui, moi,
16:51je veux bien qu'on privilégie la tech française,
16:52mais notre texte concerne les IA spécialisés
16:55en contenu culturel,
16:56et ça n'est absolument pas le cas
16:58ni de Mistral,
17:00ni de AmiLabs,
17:01qui n'a sorti pour l'instant aucun produit
17:02et qui, a priori, ne se dirige pas du tout
17:04sur ce type de service.
17:06Lorsqu'on voit quand même...
17:07Là, il y a quelques chiffres
17:08qu'on a pu voir défiler
17:09pour ceux qui nous regardent à la télévision,
17:10c'est 97% des auditeurs
17:14ne parviennent pas à faire la distinction
17:15entre les morceaux qui sont créés par l'IA
17:18et ceux qui sont composés par des êtres humains.
17:20C'est normal, puisqu'en fait,
17:21ils ont tout aspiré
17:22et qu'en fait, ils refabriquent
17:24à partir de ce qu'ils ont aspiré
17:25des nouveaux morceaux.
17:28Donc, finalement,
17:28vous arrivez facilement
17:29à faire des pâles copies.
17:31Quand vous avez absorbé quelque chose
17:33qui est de qualité,
17:35vous arrivez à faire de pâles copies.
17:37Mais en tout cas...
17:38Est-ce qu'il y a une différence
17:38entre les plateformes françaises
17:40comme Deezer
17:41ou une plateforme plus internationale
17:44comme Spotify ?
17:45Alors, aujourd'hui,
17:46il y a une différence entre les deux
17:47sur la façon dont elles taguent.
17:49D'une certaine façon,
17:50elles identifient ces fameux contenus
17:52puisque Deezer a fait le choix
17:53d'à chaque fois qu'il arrive à identifier
17:55que c'est un contenu IA
17:58de le dire à son audience.
18:01Alors que Spotify lui a fait un autre choix.
18:03Il a décidé de taguer
18:04les artistes réels.
18:06C'est-à-dire qu'ils sont tous les deux
18:09sur un autre domaine.
18:10Mais d'une certaine façon,
18:12un peu toutes les plateformes de streaming
18:13ont compris que les clients,
18:16les consommateurs de streaming
18:17voulaient être informés
18:19de la nature des titres qu'ils écoutaient.
18:22Juste, les entreprises d'IA,
18:23elles affirment avoir besoin
18:24d'accéder à des volumes massifs
18:26de contenus pour innover.
18:29Alors, elles disent...
18:30La question, c'est justement
18:31où est la frontière
18:32entre une innovation technologique
18:34et le respect du droit d'auteur ?
18:35Mais il n'y a même pas de question
18:36à partir du moment
18:37où elles ont besoin de puces,
18:40elles ont besoin d'électricité,
18:41elles ont besoin d'ingénieurs.
18:42Ils sont tous payés.
18:43La seule matière première
18:45dont elles ont un besoin indispensable,
18:48c'est effectivement la culture
18:50et la presse,
18:50et ça devrait être
18:51la seule matière première
18:52qui ne serait pas rémunérée.
18:53Ça n'a aucun sens.
18:54Moi, ce que je ne comprends pas,
18:55c'est que vous avez dit
18:56Taylor Swift,
18:57ça c'est le côté international un peu,
18:58mais vous avez tous les éditeurs,
19:02les chanteurs français,
19:05par exemple,
19:05les plus grands noms,
19:06mais dans le monde entier,
19:06ils ne sont pas venus
19:07en appui de votre...
19:08Mais complètement.
19:0995 organisations culturelles
19:11et de presse sont venues.
19:14Alors, je vais vous dire,
19:15c'est rare d'avoir un texte
19:16qui fait à ce point-là
19:17l'unanimité.
19:17Un texte qui, je le rappelle,
19:19est uniquement une présomption civile
19:21qui peut être inversée
19:22par tout moyen.
19:22On parle vraiment
19:23d'un système probatoire
19:25qui nous permet juste
19:26de rétablir
19:27le déséquilibre absolu
19:29qu'il y a
19:29entre des petits créateurs
19:30et des géants
19:31de la tech américain
19:32et chinois.
19:33Aujourd'hui,
19:34on a évidemment
19:35tout le cinéma,
19:36toute la presse,
19:37tous les arts visuels,
19:38tous les livres,
19:38toute la musique.
19:39On est tous ensemble,
19:40et je ne vais pas vous faire
19:41toutes les verticales
19:42de la culture,
19:43on est tous ensemble
19:43derrière en soutien de ce texte,
19:45mais encore faut-il
19:46qu'il puisse être présenté
19:47devant l'Assemblée nationale.
19:48Et aujourd'hui,
19:48ce qu'on a fait,
19:50systématiquement,
19:50c'est de l'obstruction même
19:51à la présentation du texte.
19:53De la part du gouvernement,
19:55enfin, en tous les cas,
19:55de la majorité.
19:56De la part de la majorité.
19:57Oui, c'est quand même
19:57un peu sidérant.
19:58Et donc, aucun contact,
19:59enfin, aucun retour
20:01de la part de la ministre
20:02de la Culture,
20:02Catherine Pégard ?
20:03Aucun.
20:04Oui, déroutant quand même.
20:06Dans cinq ans, cela dit,
20:08est-ce que vous imaginez,
20:09vous, ça fait cinq ans
20:10que vous êtes là,
20:11donc les cinq prochaines années,
20:12est-ce que vous imaginez
20:13que la SACEM perçoive
20:14des revenus significatifs
20:17justement directement
20:18auprès de ces entreprises
20:19?
20:19J'en suis convaincue.
20:20J'en suis convaincue
20:21parce que c'est exactement
20:23ce que vous disiez tout à l'heure.
20:24Il y a dix ans,
20:28les revenus autour du numérique
20:30étaient autour de 25 millions.
20:32Aujourd'hui,
20:32on est à plus de 800 millions d'euros
20:34en dix ans.
20:36Donc, vous voyez bien
20:36que d'ici cinq ans,
20:37je ne dis pas que l'IA
20:39va devenir la source principale
20:40et je n'espère pas d'ailleurs
20:41parce que j'espère
20:43que les créateurs
20:43vont réussir à vivre
20:44de l'exploitation
20:45de leurs œuvres originales
20:47directement par les lives
20:48ou par l'écoute,
20:49par le public.
20:50Mais en revanche,
20:50je suis convaincue,
20:51un peu comme la copie privée
20:53aussi a permis
20:55de pouvoir être
20:56une source supplémentaire.
20:57Je pense que le droit d'auteur,
20:58vous savez,
20:58c'est souvent ce que je dis,
20:59c'est des petits ruisseaux.
21:01Il n'y a pas qu'une seule source
21:02de droit qui permet
21:02de vivre à des créateurs.
21:04Et donc,
21:04ça fera partie
21:06d'une source supplémentaire.
21:07Mais moi,
21:08je suis convaincue,
21:08nous y sommes parvenus
21:09alors qu'on nous expliquait
21:10que ça n'arriverait jamais.
21:12YouTube mondial,
21:13méta mondial,
21:14TikTok,
21:14tous les acteurs
21:15que je vous ai tout à l'heure cités,
21:17je ne vois pas pourquoi
21:19nous, on est des dealmakers.
21:21La CSM,
21:21elle a toujours été capable
21:22de s'adapter
21:23aux nouvelles technologies.
21:25Et donc,
21:25je ne vois pas pourquoi
21:26celle-ci,
21:26ça serait différent.
21:29Aujourd'hui,
21:30on dit que les auteurs,
21:32les chanteurs,
21:33ils ne vivent plus
21:34en fait de la vente
21:36soit de CD,
21:37de streaming.
21:37Mais en fait,
21:38pour eux,
21:38aujourd'hui,
21:39ce qui les rémunère le plus,
21:41ce sont les concerts,
21:42c'est les tournées.
21:43Oui,
21:43je pense qu'en fait,
21:44ça dépend des créateurs.
21:45Moi,
21:45je vois les droits d'auteur
21:47de certains
21:48qui sont extrêmement
21:49écoutés sur les plateformes
21:50de streaming
21:51et c'est aussi
21:52une source conséquente.
21:53Mais c'est vrai
21:53que l'appétence du public
21:54aujourd'hui
21:55pour les concerts
21:56fait que c'est une source...
21:58En tout cas,
21:59il y a quelque chose
21:59qui est sûr et certain.
22:00Arriver à émerger
22:01dans une plateforme
22:02où aujourd'hui,
22:03il y a déjà 150 millions
22:04de titres
22:05avant même
22:05que je parle
22:06de tous les titres il y a.
22:07Arriver à émerger
22:08sur ce type de plafond
22:09quand vous êtes un jeune artiste,
22:10c'est très compliqué.
22:12Arriver à d'un seul coup
22:13créer un lien
22:14avec un public
22:15dans des petites salles
22:16de concert,
22:17c'est fantastique.
22:19On arrive à beaucoup plus...
22:19Donc le live,
22:20je pense que dans une carrière,
22:22c'est quelque chose
22:22qui est indispensable.
22:24Maintenant,
22:24vous avez
22:25beaucoup de créateurs aussi
22:26qui sont par exemple
22:27les créateurs de musique
22:28à l'image
22:28où ils n'ont pas
22:29automatiquement de live
22:29donc il faut qu'ils aient
22:30des diffusions
22:31et aujourd'hui,
22:32il y a les plateformes
22:32de streaming vidéo,
22:33il y a les plateformes
22:34YouTube.
22:35Donc je pense que
22:36chaque média,
22:38chaque médium
22:39d'une certaine façon
22:40est très important
22:41pour la découvrabilité
22:42et pour finalement
22:44permettre de développer
22:45des carrières.
22:46Est-ce que vous avez vu
22:47depuis la pluie
22:48d'accusations
22:49qui sont tombées sur lui,
22:51est-ce que vous avez vu
22:51effectivement
22:52à l'Assasem
22:55une baisse considérable
22:57des rémunérations
22:58des chansons
22:59de Patrick Bruel ?
23:00Alors,
23:00je ne moniteure pas
23:01ce type d'informations
23:02du tout.
23:03Je ne peux pas vous dire.
23:04Il a été déréférencé
23:07de beaucoup de radio,
23:09etc.
23:09Je ne suis vraiment
23:12d'une sincérité absolue.
23:13On a 250 000 membres
23:14et je ne peux pas
23:15surveiller les revenus.
23:17Non,
23:18c'est dans l'actualité.
23:19Je n'ai pas eu
23:22même l'idée
23:23de regarder.
23:26Aujourd'hui,
23:27les jeunes artistes,
23:27qu'est-ce qu'on peut faire
23:28pour les promouvoir ?
23:29Les promouvoirs,
23:30il faut qu'ils aient
23:31la possibilité
23:32de pouvoir se produire,
23:33déjà.
23:33C'est pour ça
23:34que je reviens aussi
23:35sur les subventions
23:37dans les territoires
23:37parce que les jeunes artistes,
23:39ils ne sont pas tous
23:40à Paris-Intramuros.
23:41Ils sont à travers
23:42tout le territoire,
23:43en ce y compris
23:44aussi les territoires
23:46d'outre-mer.
23:46Et on a besoin
23:48d'avoir des petites salles
23:49qui sont capables
23:50de les accueillir
23:51pour se développer
23:52et puis aussi le streaming
23:53pour arriver
23:54à les mettre en avant.
23:55Et ça,
23:56c'est plus compliqué
23:56parce que les algorithmes
23:57ne sont pas automatiquement
23:59favorables à l'émergence.
24:00Merci beaucoup,
24:01Cécile Rabebert,
24:02d'avoir été avec nous
24:02directrice générale
24:03de la SACEM.
24:05J'ai envie de dire
24:05quand même,
24:05bonne fête de la musique.
Commentaires