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  • il y a 1 heure
Jeudi 4 juin, Hedwige Chevrillon a reçu Bertrand Piccard, président de Solar Impulse Foundation, dans l'émission La Grande Interview sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez-la en podcast.

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00:01Le 18-19 d'Edwige Chevrillon
00:07Le 18-19 se poursuit avec un homme qui nous a fait rêver, c'était il y a 10 ans,
00:12avec son solar impulse, souvenez-vous c'était ce vol historique à chaque fois, on le présente comme ça, ce
00:17vol historique autour du monde avec seulement l'énergie solaire.
00:21Bonsoir Bertrand Piccard.
00:22Bonsoir Edwige.
00:23Merci d'être là, vous êtes explorateur, psychiatre, ambassadeur des technologies propres et donc président de la fondation Solar Impulse.
00:32Beaucoup de questions à vous poser, vous serez sur les Champs-Elysées à l'occasion du 10e anniversaire de VivaTech
00:38pour montrer tout ce que vous faites dans la décarbonation avec votre nouvel avion, l'avion à hydrogène qui s
00:45'appelle Climate Impulse.
00:46Juste une petite question comme ça, votre avion, il était, vous l'aviez cédé à des Américains, le Solar Impulse,
00:54il vient de s'effondrer, de s'abîmer dans le golfe du Versailles, décidément dans le golfe du Mexique.
01:02C'est, qu'est-ce que ça veut dire ? C'est un mauvais signal, non ?
01:05C'est-à-dire qu'on avait fait une première vie de Solar Impulse qui était le tour du monde,
01:10qui a été réussi.
01:11Puis au moment où on pensait le mettre dans un musée, il y a une start-up hispano-franco-américaine
01:18qui nous a dit on aimerait bien le reprendre pour l'automatiser.
01:21Enlever le pilote, donc me ficher dehors, mettre des ordinateurs, guidage GPS et faire un grand drone solaire qui pourrait
01:29remplacer les satellites pour certaines applications.
01:31Donc nous on était très contents, on l'a confié, il a fait des vols de plus en plus longs
01:36sans pilote, on a eu une démonstration magnifique, 8 jours en vol jour et nuit, que au solaire, donc très
01:45très bien réussi.
01:46Et au moment où il devait retourner à sa base, il y a un front de mauvais temps qui est
01:49venu, il n'a pas pu recharger ses batteries, et finalement en perte d'énergie, il a améri.
01:54Oui, donc ça montre la décarbonation, les vols expérimentaux, il y a un petit risque quand même.
02:01On est toujours expérimental, vous avez des satellites qui tombent, quand un satellite tombe, ça fait plus de dégâts que
02:06quand c'est un avion solaire qui amérit.
02:08Oui.
02:09Mais c'est vrai qu'il faut essayer, il y en a un, comme ça, qui a bien fonctionné, Airbus
02:14en a un, mais alors beaucoup plus petit, avec beaucoup moins de charge utile.
02:18Oui, mais enfin Guillaume Fauret qui était sur ce plateau il y a assez longtemps, le patron d'Airbus, il
02:22me disait, oui mais enfin les avions hydrogènes, c'était pour bientôt, puis finalement après c'était plus, c'était...
02:28C'est pas encore hydrogène, là c'était solaire.
02:30Solaire, oui.
02:31C'est uniquement solaire, donc l'avion chargé de les batteries, et il ne fonctionnait les moteurs pendant la journée,
02:38et ensuite sur les batteries on pouvait faire la nuit.
02:40On a quand même fait le tour du monde, ce qui montre que c'est pas mal.
02:44Mais Solar Impulse, c'était plus une démonstration de fonctionnement des énergies renouvelables.
02:50Jamais j'ai imaginé qu'on aurait des passagers dans un avion solaire, c'est pour ça que quand cette
02:54start-up Skydweller a voulu enlever le pilote,
02:56pour avoir juste un outil qui pouvait faire de l'observation, de la météo, surveillance d'agriculture, télécommunication, etc.,
03:04je me suis dit, c'est une bonne idée, allons-y, on le leur confie.
03:07Alors il est mort à la fin de sa deuxième vie, on voulait le mettre dans un musée, on ne
03:13pourra pas.
03:13L'avion à hydrogène, sur lequel vous travaillez depuis longtemps, parce que déjà vous étiez venu l'année dernière, il
03:19y a deux ans,
03:20c'est long à mettre au point en fait.
03:23Alors quand je suis venu la dernière fois, on était tout au début de la construction, maintenant on est à
03:28la fin de la construction.
03:30Donc on a un avion qui à la fin de cette année devrait pouvoir être présenté officiellement,
03:34on devrait au début de l'année prochaine faire les premiers vols test,
03:38et puis ensuite on a deux à trois ans de vols d'entraînement, d'expérience à faire avec cet avion
03:44avant de tenter le tour du monde.
03:46Ça sert à quoi en fait ? Parce qu'il y aura quand un avion à hydrogène qui pourra transporter
03:51des personnes, et pas que vous ?
03:55Sur le plan expérimental, je pense qu'on pourra transporter des passagers théoriquement d'ici une dizaine d'années,
04:01mais c'est expérimental. Ensuite il faut que ce soit certifié,
04:05et ce qui a justifié la décision d'Airbus de repousser la sortie de son avion à hydrogène,
04:10c'est pas que l'avion à hydrogène ne serait pas prêt.
04:13Guillaume Faure l'a très bien dit, on sera prêt trop tôt.
04:16Ce qui veut dire que le reste de l'industrie ne serait pas prêt pour pouvoir délivrer de l'hydrogène
04:20vert sur les aéroports,
04:21avec des réservoirs spéciaux, des autorisations, etc.
04:25Donc nous ce qu'on essaye de faire, c'est le côté pionnier, montrer qu'on peut accomplir beaucoup plus
04:31que ce qu'on croit,
04:32et ensuite essayer de crédibiliser, de rendre désirable l'industrie de l'hydrogène,
04:36et puis d'accélérer le mouvement pour que les grandes industries en Suisse puissent reprendre l'histoire en main.
04:42Oui, et c'est ce que vous faites notamment, on verra ça dans un instant, avec votre fondation,
04:46où en fait vous développez des innovations que vous labellisez,
04:50et puis après, entre guillemets, vous les prêtez à des PME qui ont envie que ce soit dans le transport,
04:56le BTP, qui ont envie de se décarboner.
04:58Je voulais avant quand même, qu'on parle des conséquences de la guerre en Iran, Bertrand Piccard,
05:02est-ce que pour vous, quand on voit la flambée des prix du pétrole,
05:07est-ce que c'est un accélérateur, ça va être un accélérateur de la transition écologique ?
05:14Mais c'est-à-dire que ce qui est catastrophique, c'est de voir qu'il faut toujours attendre des
05:18crises majeures
05:20avant de prendre conscience des choses qui sont totalement évidentes.
05:24Ça fait des années qu'on dit que ce sont les énergies fossiles et pas les énergies renouvelables,
05:30qui sont chères, qui sont dangereuses, qui sont intermittentes, qui ne sont pas fiables, etc.
05:35Et qu'avec des énergies renouvelables, on peut avoir de l'électricité moins chère,
05:44fabriquées localement, avec des emplois locaux, ça augmente la compétitivité,
05:49ça augmente la souveraineté de l'Europe, etc.
05:52Et puis tout à coup, maintenant parce qu'il y a une guerre, on se dit, oulala, c'est vrai.
05:57Et ça fait des années que c'est vrai.
05:59Oui, enfin, bon...
06:00Alors ensuite, si on signe la paix...
06:01Quand vous dites que ce n'est pas cher, c'est facile et tout, vous êtes vraiment le seul à
06:05le penser.
06:05Ah non ?
06:06Oui.
06:06Mais pas du tout.
06:09L'électricité la moins chère aujourd'hui, elle est solaire.
06:11Elle est nucléaire.
06:12Elle est éolienne.
06:13Elle est nucléaire.
06:14Elle n'est pas du tout fossile.
06:16C'est ça qu'il faut comprendre.
06:18Ce n'est pas simplement le prix de l'essence à la pompe.
06:21C'est tout ce qu'il faut pour amener l'essence.
06:23C'est tous les effets secondaires.
06:25C'est toutes les subventions qui sont attribuées aux énergies fossiles.
06:29Et aux énergies renouvelables.
06:30Je recevais hier soir hier l'ancien patron d'EDF, justement, qui a fait tout un rapport là-dessus
06:35pour dire que c'était un peu open bar en termes de subventions.
06:39Je parle pour la France, d'accord ?
06:41Et non pas pour la Suisse.
06:43Pour la France.
06:44Mais que maintenant, justement, il faut resserrer, il faut recadrer un peu tout ça.
06:47C'est-à-dire que les énergies fossiles reçoivent des dizaines de fois plus de subventions
06:54et de soutien que les énergies renouvelables.
06:56Comment ?
06:57Mais par des soutiens, par des baisses de prix artificiels, par des encouragements à l'exportation,
07:04par les couvertures d'assurance offertes aux entreprises pour importer du fuel.
07:13C'est des chiffres officiels.
07:14Maintenant, ce qui est ridicule, c'est de considérer que les énergies renouvelables ont toujours besoin de subventions pour être
07:22rentables.
07:23Alors que quand vous regardez toute la chaîne, avec des emplois locaux, des productions locales,
07:29ça développe toute l'économie locale et vous augmentez la souveraineté.
07:34Mais prenez un exemple très simple.
07:38Attendez, je voudrais qu'on réponde d'abord à ma question et après on ira là-dessus parce que moi
07:44j'en ai beaucoup d'autres.
07:46Cette guerre en Iran, je suis d'accord qu'il y a eu avant la guerre en Ukraine avec les
07:51problématiques du gaz,
07:54est-ce que cette guerre en Iran a quand même fait un déclic ?
07:57Lorsque vous voyez les ventes de voitures électriques qui explosent, est-ce que ça fait un déclic dans la tête
08:02des gens ?
08:03Ça fait enfin un déclic dans la tête des gens.
08:05Oui, enfin, mais ça fait un déclic.
08:06Mais maintenant, il ne faut pas qu'au moment où la paix soit signée en Iran, tout le monde se
08:10dit
08:10« Ah, tout va rentrer dans l'ordre, on peut recommencer avec le fossile ».
08:14C'est le risque, c'est ça que vous avez dit.
08:15Mais vous savez ce qui est important, que les gens comprennent bien.
08:18Quand l'Europe ou la France importent des milliards d'euros chaque année de pétrole,
08:24il reste quoi à la fin de l'année ?
08:25Il reste de l'argent qui est parti en fumée et en CO2.
08:29Si vous mettez le même montant dans du solaire ou dans de l'éolien ou dans de la géothermie,
08:35qu'est-ce qu'il reste à la fin de l'année ?
08:37Il reste des infrastructures capables de donner de l'énergie et de l'électricité bon marché pendant 40 ans.
08:43C'est ça la différence.
08:45Donc si on veut vraiment développer une souveraineté énergétique,
08:49il faut passer par le renouvelable et le nucléaire, mais le nucléaire on l'a déjà.
08:52Oui, mais cette transition, elle coûte cher.
08:55Il faut changer de voiture, ça coûte cher.
08:57Tout le monde n'a pas les moyens d'acheter une nouvelle voiture.
08:59Il faut mettre des pompes à chaleur, c'est entre 8 000 et 15 000 euros.
09:02Vous voyez, donc l'électrification des usages, c'est très important, vous avez raison,
09:07mais il faut l'accompagner.
09:09Ce n'est pas du tout...
09:10Il faut l'accompagner.
09:10Ça coûte très cher pour les gens.
09:12Alors, ça coûte très cher.
09:14Il faut savoir si vous parlez de CAPEX ou d'APEX.
09:17Je parle d'un français, d'un ménage.
09:20C'est important de préciser.
09:22Il faut investir au départ, c'est le CAPEX.
09:27Et ensuite, pendant toute la durée de vie, vous économisez de l'argent.
09:30Et en fin de compte, sur la durée de vie totale, ça vous aura coûté moins cher d'avoir des
09:36énergies renouvelables,
09:37d'avoir des pompes à chaleur, d'avoir une voiture électrique, d'avoir des maisons mieux isolées,
09:43d'avoir en fait de l'efficience.
09:44Et c'est ça qu'on ne comprend pas.
09:46C'est que l'efficience, ça vous permet d'obtenir plus avec moins.
09:51Donc, ça vous coûte moins cher.
09:52Les marges bénéficiaires sont plus hautes.
09:54Mais par contre, vous avez beaucoup de citoyens, vous avez beaucoup de PME,
09:58qui n'ont pas l'argent pour investir au départ,
10:01et qui, par manque d'investissement initial, vont polluer toute leur vie,
10:06et vont surtout gaspiller toute leur vie,
10:08et vont avoir toute leur vie des opérations beaucoup plus chères.
10:11Et c'est pour ça que j'ai été à la Banque européenne d'investissement,
10:14et que je leur ai dit, écoutez, moi, mon rêve,
10:16c'est qu'un fournisseur de solutions puisse aller chez le client en disant,
10:20je vous installe gratuitement la solution,
10:22ça va vous faire baisser de 10, 20, 30, 50 % vos charges d'énergie,
10:28et avec une partie de ça, vous allez rembourser le fonds d'investissement
10:30qui a payé pour l'investissement initial.
10:33Et la Banque européenne d'investissement, la BEI, a dit, on marche avec vous.
10:37Ils ont déjà débloqué 160 millions pour faire deux fonds,
10:41qui sont un peu des fonds pilotes, pour montrer comment ça marche,
10:44avec Solace, avec Eiffel, pour prouver que le système marche.
10:49Et ensuite, la Commission européenne s'est engagée à lever jusqu'à 65 milliards,
10:54pour aider 350 000 PME en Europe.
10:57Donc, on a vraiment un plan qui tient le coup,
11:01et qui va permettre de débloquer justement ces solutions efficientes,
11:05qui aujourd'hui sont pénalisées par le coût initial,
11:08même si sur toute la durée, elles sont beaucoup moins chères.
11:11Et c'est quoi ces innovations ?
11:14Je le disais, c'est que vous travaillez dans multiples secteurs,
11:18est-ce que vous pouvez nous en donner quelques-unes ?
11:20Oui. Alors, la pompe à chaleur, c'est une évidence,
11:23mais vous avez aussi la manière de récupérer de la chaleur
11:27dans des parkings souterrains, dans des couloirs de métro,
11:30pour pouvoir alimenter les maisons en surface,
11:35avec de la chaleur gratuite, ou beaucoup moins chère.
11:38Vous avez des systèmes qui vont permettre de recycler,
11:42enfin, d'utiliser tous les déchets non recyclables
11:45pour les transformer en matériaux de construction,
11:47qui eux sont revendables.
11:49Mais c'est vrai qu'il faut l'usine de départ.
11:51Vous avez des boulangers, par exemple,
11:53qui ont besoin d'avoir des fours beaucoup plus efficients.
11:55Oui.
11:56On peut leur en fournir, avec les baisses de charges,
12:00ils vont pouvoir rembourser le système.
12:03Vous avez tout ce qui est isolation de bâtiments,
12:05vous avez tout l'éclairage public.
12:07L'éclairage public, c'est invraisemblable.
12:09C'est jusqu'à 27% des dépenses en électricité d'une communauté.
12:14Vous pouvez avoir du solaire avec des batteries,
12:17qui fait que vous n'avez plus de lampadaires raccordées au réseau.
12:21Totalement autonome.
12:22Alors, il faut payer au départ un investissement,
12:25mais ensuite, sur 20 ou 30 ans, ça ne vous coûte plus rien.
12:29Donc, c'est ce pas-là qu'il faut être capable de permettre
12:35aux entreprises, aux collectivités, etc.
12:38La région Île-de-France a lancé plusieurs projets de ce genre-là.
12:45Ça permet d'économiser énormément d'énergie,
12:48dans les écoles, dans les bâtiments publics, dans les éclairages,
12:51dans les chauffages, etc.
12:53En fait, vous savez, on a été paralysé pendant longtemps
12:57par cette idée que l'écologie était chère et que l'industrie était polluante.
13:01Et maintenant, on voit qu'on peut mettre...
13:03Et que l'écologie était punitive.
13:05Je pense que c'est très important.
13:06Mais maintenant, on peut utiliser des solutions industrielles propres
13:09pour rendre l'écologie rentable.
13:12Et moi, c'est là-dessus que je travaille.
13:13C'est fédéré.
13:14Il faut ramener les gens ensemble.
13:15Vous dites, on peut concilier écologie et économie.
13:22Mais Edwige, moi, ce qui me navre...
13:24C'est que je vous pose la question.
13:26C'est qu'à chaque interview, on me pose cette question.
13:28Et ça fait dix ans que je réponds oui.
13:32Dix ans que j'explique pourquoi.
13:34Dix ans que j'explique comment faire.
13:36Et on me pose toujours la question,
13:38est-ce que l'économie est compatible avec l'écologie ?
13:40Mais ce n'est pas seulement que c'est compatible.
13:42C'est qu'aujourd'hui, si on met l'écologie sous l'angle de l'efficience,
13:47d'arrêter le gaspillage, d'utiliser des technologies propres,
13:50d'utiliser des énergies renouvelables,
13:52qu'on met tout ça au cœur de l'économie,
13:54l'économie marche beaucoup mieux.
13:56L'économie aura plus de marge bénéficiaire,
13:59pourra payer plus de salaire.
14:01Les locataires paieront moins de loyers.
14:04C'est possible, mais on n'est pas encore dans un mouvement
14:12qui permet à chacun d'en profiter.
14:14Donc on se contente de dire aux gens,
14:16ça peut être comme ça,
14:17mais ils n'en profitent pas encore,
14:19donc ils se disent, ça ne marche pas.
14:20Et ce n'est pas que ça ne marche pas,
14:22c'est qu'on n'est pas encore dans le mouvement.
14:23C'est qu'on ne se donne pas les moyens
14:26pour que ça marche, en tous les cas.
14:28C'est ça que vous nous dites.
14:30Est-ce que vous avez dit une phrase assez forte
14:35que l'Europe, l'Union européenne,
14:38en fait, tournait le dos au climat
14:42avec des décisions qui ont été prises
14:44un peu sous contrainte,
14:46sous contrainte géopolitique.
14:48Est-ce que ce n'est pas des propos un peu forts,
14:51quand même, Bertrand Piccard,
14:52de dire que l'Europe tourne le dos au climat ?
14:55Non, mais je n'ai pas dit ça comme ça.
14:56Ah, si, c'était le titre d'une tribune
14:58que vous avez écrite.
14:59Je n'ai pas mis qu'elle tourne le dos au climat.
15:00J'ai dit qu'il y a une tentation.
15:03Recule sur le climat.
15:04Alors, oui, ce qui n'est pas tourne le dos.
15:07Reculer, c'est moins ambitieux
15:09que ce qu'elle a annoncé qu'elle serait.
15:11Parce qu'il y a des tendances politiques
15:13qui sont fortement influencées
15:15par les climato-sceptiques
15:17et certains lobbies
15:21pour rouvrir toutes les réglementations
15:23qui ont été adoptées ces dernières années
15:26et les atténuer.
15:27Un des exemples, c'est toute cette tendance
15:30qui vise à permettre les moteurs thermiques
15:32au-delà de 2035.
15:34C'était 2035 pour arrêter les ventes
15:37de voitures thermiques neuves.
15:39Les constructeurs automobiles se sont préparés.
15:42On investit là-dedans.
15:43Et puis, tout à coup, on dit
15:45« Ah, on pourrait faire 2040 ».
15:46Donc, ceux qui rouspètent maintenant,
15:48c'est beaucoup de constructeurs automobiles
15:50qui ont déjà planifié tout pour 2035.
15:52Et puis, les consommateurs et les politiques
15:55qui comprennent que si on repousse de 5 ans
15:57l'interdiction des moteurs thermiques,
16:00eh bien, on donne 5 ans d'avance aux Chinois
16:02sur leurs voitures électriques.
16:04Et on prend 5 ans de retard en plus.
16:07Alors que si on était prêt en 2035,
16:09eh bien, on aurait une contre-proposition
16:11à faire aux voitures chinoises.
16:13Oui, parce que vous allez même...
16:14Donc ça, c'est vraiment des domaines
16:16où il y a des tendances qui visent à reculer.
16:19Alors, j'ai été nommé conseiller spécial
16:20pour le commissaire européen à l'énergie,
16:23Dan Jorgensen.
16:24Et moi, mon rôle, c'est justement de montrer
16:27pourquoi il ne faut pas reculer.
16:29Et pourquoi, même sans parler de climat...
16:30Dites ça aux sous-traitants
16:31qui sont en train de fermer
16:32et qui sont en train de licencier des gens.
16:34Dites-leur ça.
16:35C'est plus compliqué.
16:36Mais sans même parler de climat,
16:38il faut voir comment toute cette politique
16:41d'efficience, d'électrification,
16:44de digitalisation
16:46va permettre d'être beaucoup plus autonome en énergie.
16:49Si vous avez une entreprise
16:50comme Schneider Electric
16:51qui mise tout sur l'électrification
16:53et la digitalisation,
16:55ce n'est pas simplement parce qu'ils veulent être durables.
16:58C'est parce que c'est l'avenir de notre monde.
17:01Et chaque fois qu'on parle d'avenir
17:03à des gens qui sont bloqués dans le présent,
17:06c'est clair que c'est dur.
17:07Il faut mettre en mouvement
17:08et on passe notre temps
17:10à expliquer quels sont les changements à faire
17:12pour que ça marche.
17:14Bertrand Picard,
17:15je le disais en introduction,
17:17vous allez être sur les Champs-Elysées
17:19pour le 10e anniversaire de VivaTech
17:21parce qu'on sait qu'il y aura une grande fête.
17:22En tous les cas,
17:23c'est ce que nous a expliqué
17:24le président de VivaTech, Maurice Lévy,
17:25qui était mon invité il y a quelques jours.
17:29Vous serez sur les Champs-Elysées.
17:31Est-ce que l'intelligence artificielle,
17:34comment elle peut influer
17:36dans cette transition
17:38que vous réclamez absolument de vos voeux
17:41et à juste titre ?
17:42Alors, vous savez,
17:44c'est comme au ballon.
17:44Vous pouvez avoir deux altitudes différentes
17:46qui vous emmènent dans deux directions
17:48complètement différentes.
17:50Vous avez une altitude
17:51dans l'intelligence artificielle
17:53qui vous permet d'être beaucoup plus efficient
17:55dans les réseaux électriques,
17:57d'intégrer des sources renouvelables intermittentes,
18:01de distribuer ce qu'il faut au bon moment
18:03à la bonne personne, au bon endroit,
18:05stocker le reste pour le mettre en réserve
18:07et de cette manière-là,
18:08économiser jusqu'à 50 % de l'énergie.
18:11Ça, c'est fantastique.
18:12Puis vous avez une autre altitude
18:13d'utilisation de l'intelligence artificielle
18:16qui fait exactement l'inverse,
18:17qui pour avoir plus de rapidité
18:20dans le streaming sur les téléphones portables,
18:22pour avoir des voitures autonomes, etc.,
18:24il faudra construire dix fois plus
18:25de data centers.
18:28Ça consomme énormément d'énergie.
18:30Oui, il faudra utiliser beaucoup plus d'énergie
18:32et ce qui est positif
18:35dans l'intelligence artificielle
18:37va être complètement annulé
18:39par les excès de gaspillage
18:40qui vont être faits dans d'autres domaines.
18:43Donc maintenant, ce qu'il faut voir,
18:44c'est que ce n'est pas l'IA
18:45qui est bonne ou qui n'est pas bonne.
18:47C'est les décisions de l'être humain
18:49qui utilisera l'IA
18:50qui vont partir dans une bonne direction
18:52ou dans une mauvaise direction.
18:53Et ça, ça veut dire que nos gouvernements,
18:56que nos industriels,
18:57que la population doivent être conscientes
18:59que tout cet avenir-là
19:00dépend uniquement des choix
19:02qu'on fera aujourd'hui
19:03et des décisions qu'on prendra aujourd'hui.
19:05Justement, je ne sais pas si vous avez lu
19:06l'encyclique du Pape
19:07sur l'intelligence artificielle
19:08qui montre que pour l'humanité,
19:11il y a un vrai risque,
19:12mais que l'humain doit...
19:14Il faut désarmer,
19:15pour reprendre son expression,
19:16il faut désarmer l'intelligence artificielle.
19:19Est-ce que vous partagez cette opinion ?
19:20Complètement.
19:21Mais complètement.
19:22Cette opinion.
19:22C'est-à-dire qu'on ne peut pas laisser
19:23quelque chose de potentiellement
19:25aussi dangereux
19:27prendre le pouvoir.
19:28Mais vous voyez,
19:29je vais vous donner un exemple.
19:30On peut être d'accord ou pas d'accord.
19:32Mais pourquoi les Américains
19:33font la guerre en Iran ?
19:35Pour pas que tout le monde
19:36ait accès à l'arme atomique.
19:39Mais l'intelligence artificielle,
19:41potentiellement,
19:41est encore bien pire.
19:43Donc, c'est extrêmement important.
19:45Et il la contrôle.
19:46C'est extrêmement important
19:48qu'on contrôle
19:48et que tout le monde
19:49n'ait pas accès
19:50à une intelligence artificielle
19:51qui est potentiellement dévastatrice,
19:53mais qui est aussi, peut-être,
19:56extrêmement favorable,
19:57extrêmement bénéfique.
19:58Et c'est ce côté-là
19:58qu'on doit pousser.
19:59Oui, mais on voit bien
20:00que la frontière,
20:02elle est très, très fragile,
20:03elle est très ténue.
20:04Bien sûr.
20:05La frontière entre le positif
20:07et le négatif,
20:08elle est souvent extrêmement fine.
20:09Ça, c'est le psychiatre
20:10qui reprend le dessus
20:11sur l'explorateur.
20:12Et entre la maladie psychique
20:13et la santé,
20:14c'est très limite parfois aussi.
20:16Aujourd'hui,
20:17on est dans une société humaine
20:18qui perd un certain contrôle
20:23sur son fonctionnement
20:24et qui fait tellement de dérives
20:26que c'est extrêmement facile ensuite
20:29pour les démagogues
20:30et les populistes
20:30de prendre le pouvoir.
20:31Et sur cet échéquil,
20:32vous mettez où, Elon Musk ?
20:36Elon Musk,
20:37je le mets dans ceux
20:38qui pensent que la technologie
20:40est plus importante
20:40que l'être humain
20:41et qu'on peut passer
20:43au stade post-humaniste
20:45où on mettra le cerveau humain
20:47dans un robot
20:48et que c'est le robot
20:49qui survivra
20:50et qui fera toutes les tâches.
20:52Je ne partage pas du tout
20:53cette vision-là.
20:55Oui, Elon Musk va lancer
20:57cette plus grande entrée
20:58en bourse de SpaceX.
21:00Ça va être complètement fou.
21:01Ça va être 75 milliards de dollars.
21:02En tout cas,
21:03c'est ce qu'il vise.
21:03Vous savez sur quoi ça se base
21:05cette entrée en bourse ?
21:06Sur le but de mettre
21:07un million de personnes
21:09sur Mars
21:10d'ici quelques années.
21:13Alors, ceux qui veulent
21:14miser là-dessus,
21:16bonne chance.
21:17Voilà, c'était le conseil,
21:19le conseil de Bertrand Piccard.
21:20Merci beaucoup.
21:21En tous les cas,
21:22on peut aller voir votre fondation.
21:24Les PME, surtout,
21:25c'est très important,
21:25vous l'avez dit,
21:26doivent aller voir
21:27toutes les innovations
21:28que vous avez
21:29sur vos fondations
21:31qui sont relayées
21:32par la Banque Européenne
21:33d'investissement
21:34et qui sont soutenues
21:35aussi par les fonds
21:37de l'Union Européenne.
21:38Merci d'avoir été
21:39avec nous.
21:40Bertrand Piccard
21:40était notre invité.
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