00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:05Et oui, on va parler de drones, mais d'une start-up française qui intercepte les drones avec l'IA.
00:11Adrien Canter est avec nous. Bonsoir Adrien.
00:14Bonsoir.
00:14Vous êtes fondateur et CEO d'Alta Ares.
00:17Vous êtes un jeune entrepreneur passé du droit à la défense après le début de la guerre en Ukraine.
00:22Vous avez fondé Alta Ares en 2024, qui est une start-up spécialisée dans l'interception de menaces aériennes par
00:29l'IA.
00:29Vous avez levé 50 millions d'euros et vous développez des intercepteurs capables de viser drones, missiles et même bombes
00:37planantes.
00:38Incroyable. On se croirait dans un film.
00:42C'est dingue de voir en plus la progression de ce salon ici à Eurosatory par rapport aux années précédentes.
00:51Rappelons que Eurosatory, c'est tous les deux ans. Vous étiez là il y a deux ans déjà ou pas
00:55?
00:55On était là en tant que pas exposant, visiteur.
00:58Visiteur.
00:59Très inspiré par ce qu'on voyait.
01:00Et là aujourd'hui vous êtes acteur.
01:02Acteur.
01:02L'un des acteurs de ce salon.
01:03À notre petite mesure. On est encore assez jeune effectivement. Vous l'avez relevé.
01:08On n'a que deux ans mais des ambitions importantes et une équipe qui est réunie autour d'une mission
01:13qui est corrélée à ce qu'on appelle la défense solaire.
01:17Donc c'est comment on va venir protéger un espace aérien face à des menaces qui sont de plus en
01:20plus importantes dans un champ de bataille qu'on appelle asymétrique.
01:24C'est-à-dire qu'il y a finalement une quantité qui devient une qualité intrinsèque et auquel nos systèmes
01:29de défense solaire ne sont pas du tout préparés.
01:31Alors expliquez-nous un petit peu les avantages du drone et ses inconvénients.
01:35Parce que justement vous vous penchez sur les inconvénients du drone ou ses failles pour les intercepter.
01:40Mais c'est quoi les avantages du drone ?
01:42Son prix et son autonomie.
01:44C'est les deux gros avantages d'un drone en tant que tel.
01:47Et ce qui sous-entend finalement d'avoir une réponse qui soit aussi avantageuse en termes de prix et d
01:52'autonomie.
01:52Et c'est là où...
01:53Oui parce que si on a une défense qui coûte plus cher, au bout d'un moment ça ne va
01:57pas le faire.
01:57En fait l'équation elle ne tient pas la route.
01:59C'est aujourd'hui ce qu'on voit aussi bien au Moyen-Orient qu'en Ukraine, c'est ce qu
02:04'on appelle une guerre d'attrition.
02:06Ça va venir épuiser les ressources de son adversaire.
02:08Et une fois que ces ressources-là sont épuisées, on va pouvoir prendre la main dessus.
02:12Donc tout l'enjeu pour nous ça va être d'équiper des pays de l'OTAN mais aussi des partenaires
02:16de l'OTAN de ce type de système
02:18pour répondre à cette quantité par une autre quantité.
02:20Et c'est là où on vient apporter une expertise aussi bien en termes d'autonomie mais en termes aussi
02:25de quantité
02:26pour aussi réduire par conséquent le prix.
02:28Alors vous avez dit l'avantage du drone c'est le coût et son autonomie.
02:32Tout à fait.
02:32C'est ça.
02:33Aujourd'hui un drone bien conçu, c'est quoi son autonomie en fait ?
02:38Il peut parcourir combien de kilomètres tout en restant efficace ?
02:42Si on précise, il y a deux types d'autonomie.
02:44Il y a l'autonomie en termes de temps de vol ou de distance.
02:47Et l'autonomie, c'est-à-dire la place de l'humain dans le processus décisionnel.
02:50Bien sûr, où on n'a pas besoin de le piloter en fait.
02:52Exactement.
02:53Et donc c'est là où je pense qu'il y a…
02:54Vous parliez d'autonomie, de cette autonomie-là en fait ?
02:56De l'autonomie en termes d'intelligence artificielle qui va venir…
02:58Qui se pilote tout seul ?
02:59En partie.
03:00En partie.
03:01Il faut je pense tordre le cou à une idée répandue que les systèmes autonomes sont aujourd'hui présents.
03:06C'est faux.
03:07Il y a une place de l'homme qui est importante dans le processus décisionnel.
03:11Si on rappelle une mission de défense solaire, elle peut se diviser en trois temps finalement.
03:18Il y a le premier temps qui est la phase de détection.
03:20Donc là, c'est avec des données radar.
03:21Donc c'est un radar qui va venir détecter ce qui se passe dans le ciel.
03:24Puis il y a la phase d'identification.
03:26Donc c'est là où l'humain va bien confirmer que la cible détectée est une cible à traiter.
03:30Donc il y a une place de l'homme qui est importante.
03:31Et la dernière phase, c'est la phase d'interception.
03:34Où là, il y a un degré d'autonomie qui augmente avec ce qu'on appelle du guidage terminal.
03:37Qui va venir en fait guider l'effecteur.
03:39Donc ce n'est pas un drone, c'est une munition de défense solaire.
03:42En disant d'aller à gauche, à droite, en bas, en haut.
03:44Et intercepter la cible de manière autonome.
03:46En condition de brouillage, en condition d'environnement dégradé.
03:51L'IA aujourd'hui ne peut pas dire ce qu'elle voit, si c'est un ennemi ou un ami.
03:55Vous disiez que c'était l'humain qui doit donner cette information.
04:00Confirmer.
04:00L'IA fait une suggestion.
04:02Et l'humain va ensuite venir confirmer.
04:05Ce qu'on constate aujourd'hui sur la phase de détection.
04:08C'est une détection qui s'appelle une détection radar.
04:09C'est-à-dire des radars qui vont émettre des ondes.
04:11Le radar est assez imprécis.
04:13Et en fait, on va venir entraîner la performance du radar en captant des données.
04:17Et en fait, avec ces données, on va pouvoir établir ce qu'on appelle des patterns.
04:19Donc en fait, des choses qui sont constantes dans le temps.
04:22Donc c'est-à-dire attitude de vol, vitesse, hauteur, etc.
04:28Et ça, vous nourrissez l'IA avec ça.
04:30Mais c'est un processus qui est assez long aujourd'hui et qui demande cet accès à la donnée d
04:34'un premier temps.
04:35Mais aussi cet accès à la réalité opérationnelle.
04:36Parce qu'en fait, les systèmes que vous voulez déployer ici à Eurostatory, ils sont parfaitement mis en place.
04:42Mais si on est déployé sur un théâtre opérationnel, les conditions météo ne sont peut-être pas aussi agréables qu
04:47'ici à Villepinte.
04:48Ou alors, il va y avoir un problème de maintenance.
04:51Et donc toutes ces conditions-là, on ne peut pas les anticiper tant qu'on ne les a pas déployés
04:54sur le terrain.
04:54Donc finalement, le développement et le déploiement vont de pair pour avoir un système le plus robuste possible.
04:59Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, Altares essaye de répondre à cette mission de défense solaire.
05:04On évoquait tout à l'heure les points forts du drone, donc son autonomie et son prix.
05:10Quels sont ces points faibles ?
05:12Justement, sur lesquels vous capitalisez, puisque vous êtes là pour les intercepter.
05:18Un des points faibles des drones qu'on cherche à intercepter,
05:23ça peut être le brouillage.
05:25Donc finalement, il y a deux types de brouillage.
05:26Il y a le brouillage qu'on appelle de zone GNSS.
05:29Donc on va venir brouiller sa position GPS.
05:32Avec des brouilleurs qui vont l'indiquer que la position n'est pas du tout là où il est.
05:35Donc d'un coup, le drone devient aveugle, en fait.
05:37Il va plus savoir se repérer.
05:39Il y a diverses contre-mesures qui permettent au drone de se repérer à nouveau avec ce qu'on appelle
05:43la navigation optique.
05:44Tous ne sont pas équipés, parce que c'est de lire.
05:46Donc il y a des redondances qui font que...
05:48Ils vont détecter un terrain et ils vont reconnaître qu'en fait, il y a un point particulier du terrain
05:52qui va leur permettre finalement de...
05:53De se repérer.
05:54Exactement.
05:54Donc là, c'est un premier point.
05:55Le deuxième type de...
05:56Donc là, le brouillage n'est pas efficace.
05:58Il l'est de temps en temps.
05:59Pas tout le temps.
06:00Et c'est là où...
06:00Tout dépend de la perfection du drone, en tout cas.
06:04Et du brouillage aussi.
06:05Parce que le brouillage, il n'est que une zone temporaire, une zone donnée.
06:08Ah oui, parce qu'il va traverser cette zone et après, il sort de cette zone.
06:12Et c'est là où finalement, les drones qu'on intercède, donc drones qui sont principalement de conception iranienne, voire
06:16russe, sont en réalité assez sophistiqués.
06:18Ils ont ce qu'on appelle dedans une sorte de petite puce, la puce Cometa.
06:22Et cette puce-là va venir détecter plein de signaux GPS différents.
06:25Comme ça, si l'un d'entre eux est brouillé, ils vont pouvoir se baser sur une autre concentration de
06:29satellite.
06:30Donc ça peut être quoi ? Galiléo, GPS russe, etc.
06:33Il y a également GLONASS, qui est le russe, le GPS américain, etc.
06:37Donc finalement, ce qu'on voit, c'est qu'il y a des mesures et des contre-mesures.
06:40Et celles-ci, elles évoluent au gré du temps.
06:42Et il faut toujours être présent sur le terrain pour que ces mesures-là, finalement, soient le plus adaptées à
06:46la réalité opérationnelle.
06:49Et alors, comment justement, malgré tout, brouiller tout ça ?
06:52C'est intéressant pour vous de faire du reverse engineering ?
06:55C'est-à-dire que vous regardez un petit peu ce qu'il y a sur les drones ennemis.
06:58Vous les décortiquez pour essayer de comprendre comment ils font ?
07:03Ou c'est plus compliqué que ça ?
07:04C'est un peu plus complexe que nous, ce n'est pas notre faire de métier de faire du brouillage.
07:07Il y a d'autres sociétés françaises ici qui le font très bien d'ailleurs, avec lesquelles je transmets mes
07:11amitiés.
07:12Nous, de notre côté, on va plutôt essayer de comprendre comment ils vont venir déjouer, finalement, cette donne de nos
07:17défenses.
07:17Et c'est-à-dire que nous, ce qu'on a pu voir, c'est que certains des drones russes
07:21type Shade font ce qu'on appelle des malœuvres d'évitement.
07:24Ils vont mettre à l'arrière des petits capteurs, qu'on appelle des capteurs lidar, comme des caméras de recul
07:27sur votre véhicule que vous avez.
07:29Et ils vont venir, dès qu'ils vont détecter un intercepteur qui va se rapprocher de lui, ils vont faire
07:32des manœuvres d'évitement.
07:33Et là, tout l'enjeu, ça va être d'éviter d'apprendre ces malheureux d'évitement pour que le drone
07:38puisse être intercepteur, puisse être lui-même guidé vers la cible.
07:41Et l'intercepter pour que la mission soit un succès, ce qui est rarement le cas.
07:44Je pense que c'est aussi un constat qu'il faut noter.
07:47La mission de défense solaire est assez ingrate parce qu'à la période du temps, il y a un taux
07:51élevé d'échec.
07:53Et on l'a vu même sur les têtes d'opération Moyen-Orient avec des systèmes très sophistiqués comme le
07:56système Patriot,
07:57qui parfois n'arrivent pas à l'intercepter parce que la menace est de soit trop véloce, soit au contraire,
08:01il y a une trop grande quantité, donc on ne peut pas tout intercepter.
08:03Donc en fait, c'est un jeu du chat et de la souris, finalement.
08:08C'est pas un jeu du chat.
08:11Enfin, peut-être.
08:13Vous voyez ce que je veux dire, c'est que dès que vous mettez en place une contre-mesure ou
08:17un système de brouillage,
08:20j'imagine que les concepteurs de ces drones qui vont être ennemis vont réagir.
08:26En fait, c'est un peu comme l'informatique, finalement.
08:29Virus, antivirus.
08:29Non, on est à peu près dans le même scénario.
08:32C'est un peu la même logique, c'est une course à l'illitération, en fait.
08:35Finalement, celui qui gagnera la guerre demain, c'est celui qui investit le plus dans l'innovation.
08:38Et là, on peut le dire qu'aujourd'hui, en France, il y a des moyens qui sont considérables,
08:41qui sont mis en œuvre par le ministère des Armées pour soutenir cette innovation
08:44et faire en sorte qu'on soit toujours finalement le plus au fait de la réalité de la guerre d
08:49'aujourd'hui
08:50et anticiper de la meilleure manière possible ce que pourrait être la guerre de demain.
08:57C'est passionnant tout ça.
08:58Merci beaucoup, Adrien Canter.
09:00Vous êtes le fondateur et CEO d'Alta Ares, présent ici à Eurosatory.
09:05Merci beaucoup et bon salon.
09:06Merci à vous.
09:07Voilà.
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