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  • il y a 9 heures
Aujourd'hui, c'est au tour de Valentine Vendôme, magistrate en région parisienne, auteur de "Panthères", de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.

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00:01R.M.C. Face aux grandes gueules
00:06Elle est substitue du procureur en région parisienne, elle est auteure d'un livre qui s'appelle Panthère aux éditions
00:12Michel Laffont, Valentine Vendôme, bonjour.
00:15Bonjour.
00:15Bonjour Madame, la substitue du procureur, c'est comme ça qu'on dit ?
00:18On peut complètement dire comme ça.
00:20On est d'accord que Valentine Vendôme c'est un pseudo ?
00:23Absolument, c'est un pseudonyme.
00:24Vendôme pour Place Vendôme ?
00:26Vendôme pour la Place Vendôme qui est à la fois une place parisienne historique et en même temps le lieu
00:32du ministère de la justice.
00:34Et j'ajoute parce que dans le cadre de la promotion du roman, j'ai signé mon roman dans ma
00:38région natale qui est le Tarn.
00:40Et figurez-vous que la ville de Rabastin dans laquelle réside toute ma famille, le réseau local de résistance là
00:45-bas s'appelait le réseau Vendôme et je ne le savais pas.
00:48Et donc à l'occasion d'une signature là-bas, des anciens ont porté à ma connaissance que c'était
00:53le nom du réseau de résistance.
00:54Parce que là, la télé, je vais dire « Ah ben c'est machine ! »
00:57C'est elle qui m'a collé 20 ans !
00:59C'est ça, tout le monde va dire « Ah ben c'est Valentine ! »
01:02C'est Valentine Parquet, c'est elle !
01:04Pourquoi ?
01:05J'ai choisi de prendre un pseudonyme parce que je ne voulais pas que dans le cadre de mes fonctions,
01:09des choses que je peux dire dans le cadre de mon roman,
01:11puissent m'être reprochées comme étant ma pensée telle qu'elle, dans la mesure où il s'agit quand même
01:18de littérature.
01:22D'autant plus que vous mettez en scène une magistrate et on peut se dire « Est-ce que cette
01:26magistrate, c'est elle ? »
01:28Ça c'est toujours la question qu'on pose aux romancières.
01:29Mais quand même, aujourd'hui, être magistrate, ce n'est pas simple.
01:33Par rapport à tout ce qu'on a pu raconter depuis une semaine, dix jours, sur le fonctionnement de la
01:38justice, sur les procureurs...
01:41Alors, comment vous vivez tout ça ? Vous trouvez cet injuste procès qu'on fait à la justice ?
01:47Ou est-ce qu'on a raison de dire qu'aujourd'hui, on a un problème avec ce système-là
01:50?
01:51Alors moi, je vais commencer par vous répondre sur mon métier.
01:54Moi, je fais un métier que je trouve à la fois magnifique et particulièrement exigeant.
01:58Exigeant dans la charge de travail qu'il requiert, exigeant dans l'humanité qu'il demande, dans la compétence et
02:03la technicité qu'il demande.
02:05Et j'avais envie de le donner à voir de l'intérieur par ce roman.
02:09Parce que je me rends bien compte, en étant magistrate, à chaque fois que je discute avec des gens qui
02:15ne sont pas ou avocats, ou enquêteurs, ou greffiers,
02:18enfin des gens qui ne participent pas à l'œuvre de justice, il y a une méconnaissance absolue de la
02:22justice, de l'institution judiciaire, de la façon dont on travaille, des questions que nous nous posons.
02:26Du rôle des procureurs ?
02:27Absolument.
02:28Par exemple, c'est quoi un substitut de procureur ?
02:30Alors, un substitut du procureur, en fait, c'est un grade.
02:32Un grade substitut du procureur, cela veut dire que je substitue mon ou ma chef, qui est le procureur du
02:38ressort auquel j'appartiens.
02:40Et donc, c'est un grade.
02:41Il y a le grade de substitut du procureur, vice-procureur, procureur adjoint, et enfin procureur de la République.
02:46Mais à l'audience, quand on s'adresse à moi, on me dit Madame le substitut ou Madame le procureur.
02:50Vous représentez l'accusation ?
02:52Alors moi, c'est une formulation qui me déplait, dans la mesure où le rôle du parquet à l'audience
02:58est beaucoup plus nuancé que cela.
02:59À l'audience, le procureur requiert au nom de la société.
03:02La société, c'est se tenir à égale distance de la victime, bien sûr, de l'auteur des faits, qu
03:07'il soit prévenu si c'est du correctionnel, accusé si c'est du criminel.
03:10Et donc, moi, j'aime à penser que quand je me lève, déjà, ce n'est pas Valentine la Citoyenne,
03:14c'est la magistrate qui se lève,
03:16et qui donne à voir ce que peut être la position de la société sur les faits en question et
03:20sur la peine la plus adaptée pour y répondre.
03:22Alors, puisqu'on est dans le petit quiz, quelle est la différence pour ceux qui nous écoutent quand on dit
03:26le parquet et le siège ?
03:28– Alors, excellente question. C'est assez simple, finalement. On est tous magistrats.
03:34– Le siège est légèrement au-dessus du...
03:37– Ne soyez pas distraite par l'avocat Charles Consigny qui va faire ça pendant toute l'émission.
03:41– Nous sommes tous magistrats.
03:42– Je cherche à déstabiliser le parquet.
03:43– Vous aurez bien du mal.
03:45– C'est vrai que vous vous détestez entre avocat et procureur ?
03:47– Absolument pas. Et pour tout vous dire, je suis une ancienne avocate moi-même.
03:51Donc, je m'entends d'autant mieux avec les auxiliaires de justice que sont les avocats.
03:55Donc, nous sommes tous magistrats, nous avons tous le même maillot.
03:59On est tous magistrats, on porte tous la même robe.
04:00Mais au sein de la magistrature, il y a les juges.
04:03C'est ceux qui sont assis, pour résumer, et qui décident.
04:06Juge des enfants, juge aux affaires familiales, juge d'instruction, juge civil,
04:10président de correctionnel ou de cour d'assise.
04:12Et il y a les procureurs.
04:14On nous appelle le parquet parce que nous nous levons sur le parquet pour requérir.
04:18En tout cas, c'est comme ça qu'on retient le siège parce que les magistrats,
04:21quand vous les voyez, sont assis du siège.
04:23Et nous, les procureurs, debout, en train d'essayer de les convaincre.
04:26– Mais pour reprendre l'affaire de la disparition, de la mort de cette petite fille Liana,
04:31on a beaucoup parlé du procureur.
04:34Le procureur qui est censé ouvrir une enquête, mener une enquête,
04:38demander à des gendarmes d'interpeller, de mettre en garde à vue.
04:43C'est vraiment le procureur qui est au départ de toutes ces enquêtes judiciaires ?
04:45– En fait, ce qui se passe, et c'est aussi ce que j'ai voulu donner à voir dans
04:49le roman,
04:49parce que ça me paraissait extrêmement mal connu,
04:51c'est qu'en fait, il n'y a pas une enquête en France
04:54qui ne passe pas par un procureur de la République.
04:56Si vous voulez, j'aime à dire, pour expliquer les choses schématiquement,
04:59qu'on serait un peu des sortes d'urgentistes.
05:01C'est-à-dire que tous les dossiers arrivent à nous,
05:04des faits très graves, des faits peu graves, etc.
05:06Et nous, on doit rapidement mettre la procédure en état,
05:11qualifier les faits, c'est-à-dire dire si on est sur un viol,
05:14une agression sexuelle, des violences, etc.
05:16Et ensuite, orienter la procédure, c'est ce qu'on appelle l'opportunité des poursuites,
05:22donc saisir un juge d'instruction si ce sont des faits criminels
05:24ou particulièrement complexes,
05:26classer si on estime qu'on n'arrivera pas à démontrer la matérialité de l'infraction,
05:30renvoyer à l'audience, etc.
05:31Quels sont les critères pour prioriser les affaires ?
05:35Comment vous faites ?
05:36Parce que toutes ces affaires, tous ces dossiers arrivent sur votre bureau.
05:39Comment vous choisissez les dossiers les plus importants ?
05:41Visiblement, vous n'êtes pas assez nombreux,
05:43c'est ce qu'on a compris aussi, donc il faut faire des choix.
05:45C'est évident.
05:46En fait, je fais le constat que les moyens de la justice
05:50ont été, ont objectivement augmentés ces derniers temps.
05:53Pour autant, le nombre de procureurs par habitant
05:57est un des plus faibles d'Europe.
05:59Je crois qu'on est les avant-derniers quasiment, ce qui est fou.
06:01Quand on voit les tâches qui sont celles du procureur.
06:04Donc le procureur a combien de dossiers sur son bureau ?
06:07En moyenne.
06:08En fait, on a plusieurs offices quand on est procureur,
06:12mais je vais vous parler par exemple du magistrat
06:14qui tient une permanence téléphonique.
06:15Parce que partout en France, là j'ai des collègues
06:17qui ont un casque de téléopérateur
06:18et qui sont toute la journée, qui reçoivent une centaine,
06:21entre 70 et 100 appels d'enquêteurs par jour,
06:24qui leur parlent, un coup c'est des fausses plaques,
06:26mais un coup c'est un viol en flagrant délit,
06:28un coup c'est des violences urbaines, un coup etc.
06:30Et donc le but c'est d'aller vite au téléphone,
06:33sachant que vous n'avez pas la procédure sur les yeux.
06:35Et donc il faut, encore une fois, la mettre en état,
06:37donner des directives d'enquête, qualifier les faits au mieux
06:39et les orienter le plus rapidement possible.
06:41Donc ça c'est l'hypothèse de l'appel,
06:43c'est-à-dire un enquêteur a sa procédure,
06:45il appelle le parquet, il est sans doute en attente
06:47et souvent les enquêteurs nous font ce reproche
06:49qu'ils attendent beaucoup, mais c'est parce qu'on a beaucoup d'appels
06:51et on leur répond etc.
06:53Ensuite, il y a le reste, il y a les mails que vous recevez
06:55qui sont innombrables aussi, il y a le courrier que vous recevez.
06:58Quand j'étais au parquet de mots, chaque semaine je recevais
07:01une pile avec peut-être 50 à 70 courriers.
07:05Il y a encore des courriers écrits ?
07:07Ah mais on a une quantité de courriers dans la justice
07:09que vous n'imaginez pas.
07:10C'est des procédures qui vous arrivent d'un autre parquet,
07:13c'est une procédure qui vous arrive d'un enquêteur,
07:14mais comme les enquêteurs eux aussi sont à flux tendu,
07:17donc ils vous rendent compte sur les affaires
07:18qu'ils estiment les plus prioritaires,
07:20donc un certain nombre d'affaires vous arrivent par courrier.
07:22Et évidemment quand on est magistrat du parquet,
07:24une des choses qu'on vous apprend,
07:25c'est le caractère fondamental de la gestion de flux.
07:27Il faut être à jour sur votre courrier dans la mesure du possible.
07:29Il faut savoir gérer les flux.
07:31Ah mais la magistrature, je trouve qu'on ne le dit pas assez
07:33parce que parfois on a peut-être l'impression
07:35que dans notre tour d'ivoire, loin du monde,
07:37des mortels, nous ne faisons pas grand-chose.
07:39C'est un travail éreintant.
07:42C'est gérer des flux en permanence.
07:44C'est des audiences, et maître Consigny pourra le dire,
07:46qui sont toujours plus tardives.
07:48En fait, comme tous les services publics,
07:49si on veut que ça fonctionne,
07:50tous on mouille un peu plus le maillot que ce qu'on devrait.
07:53Avec l'angoisse de louper quelque chose,
07:55de louper une affaire grave.
07:56L'angoisse, elle est permanente.
07:57De ne pas protéger suffisamment les citoyens.
07:59Lorsque j'étais de permanence à mot,
08:01ça me réveillait la nuit.
08:02Donc j'étais toute la semaine de permanence,
08:04et la nuit, je me réveillais en me disant
08:05« Mais qu'est-ce que j'ai fait dans ce dossier ?
08:06Est-ce que j'ai fait ce qu'il fallait ?
08:07Est-ce que j'ai bien envoyé l'autorisation ?
08:09Est-ce que j'ai bien rappelé l'enquêteur qui m'avait demandé ? »
08:11Évidemment, les magistrats,
08:13contrairement à une idée répandue,
08:14on passe notre temps à réfléchir
08:16à ce qu'on a fait, à nous poser des questions.
08:18Nous sommes hantés par les décisions que nous prenons.
08:21Hantés.
08:21Mais est-ce qu'il y a des affaires
08:23ou des appels qui arrivent
08:25et qui encombrent la justice pour rien, finalement ?
08:28Alors moi, j'ai pas d'avis à donner, mais...
08:31Non, non, mais vous vous rendez compte en disant
08:32« Ça, ça pourrait être réglé sans passer par la justice. »
08:35Vous voyez, avec une médiation,
08:38avec une conciliation, avec un dialogue,
08:40simplement en disant « Voilà, ça me prend du temps. »
08:42Est-ce que la judiciarisation, un peu la vie en société,
08:46ne complique pas les choses ?
08:47C'est-à-dire que tout devient maintenant judiciaire.
08:49Oui, mais ce qui est un peu surprenant,
08:51ce qui me paraît totalement aberrant,
08:54c'est que c'est la même personne qui juge,
08:56comme vous avez parlé, des fausses plaques
08:58et un viol d'enfant, quoi.
08:59Ça devrait pas être la même personne,
09:01parce que c'est pas du tout la même chose
09:02et la même gravité.
09:03Non, mais qui va décider une mise en examen
09:07ou éventuellement que le dossier est vide.
09:10Mais c'est pas normal.
09:13Celle qui s'occupe de viol d'enfant
09:14ne peut pas consacrer du temps à un vol de place.
09:17En fait, c'est toujours la même question.
09:18Plus vous appartenez à une juridiction qui est grande,
09:20à un parquet qui est grand,
09:21plus vous avez des personnes spécialisées.
09:23Mais n'importe où, moi,
09:23quand j'étais de permanence de parquet à Maud,
09:25le week-end, vous êtes tout seul dans le tribunal,
09:27tous les appels sont pour vous.
09:28Quoi qu'il arrive, c'est pour vous.
09:30De nuit, quoi qu'il arrive, c'est pour vous aussi.
09:32Donc, heureusement, je voudrais aussi saluer
09:34la grande solidarité qui règne
09:36entre les membres des parquets,
09:37parce qu'un parquet, c'est une équipe.
09:38Et c'est la chance qu'on a au parquet,
09:39c'est qu'on travaille en équipe.
09:40Donc, on peut s'aider les uns les autres,
09:43se soutenir, etc.
09:44Je veux dire, moi, il n'est pas arrivé une nuit
09:45de permanence de nuit à Maud
09:47avec un appel à 3h du matin
09:49pour des faits gravissimes
09:50dont je ne savais pas quoi faire,
09:51que je n'ai pas un collègue
09:52ou quelqu'un de ma hiérarchie
09:53qui réponde et qui vienne à mon soutien.
09:56Mais je suis d'accord avec vous.
09:57On est parfois noyé par des dossiers du quotidien.
10:00Mais au regard de ce que vous nous racontez,
10:02justement, je reviens un peu
10:03à la question que j'avais posée initialement.
10:04Comment vous avez vécu ces derniers jours ?
10:06On a beaucoup fait le procès de la justice
10:08en disant que rien ne fonctionnait.
10:10J'ai entendu même des gens dire
10:11la justice est morte dans ce pays.
10:13Comme vous y contribuez à ce système,
10:15vous trouvez ça injuste ?
10:17Ou en même temps, vous dites effectivement,
10:18il va falloir qu'on réfléchisse peut-être
10:19à la façon dont on rend la justice ?
10:21Surtout comment on explique aux Français
10:24le fonctionnement de cette justice ?
10:25Comme tous mes collègues,
10:27je crois qu'on est extrêmement meurtris
10:29de ce qui s'est passé pour la petite Liana.
10:31On est tous, je crois, extrêmement concernés
10:34sur le dysfonctionnement qu'il y a eu.
10:37Il y a eu une enquête en cours administrative
10:42pour déterminer s'il s'agit de dysfonctionnement individuel,
10:45de dysfonctionnement systémique ou les deux.
10:47Donc ça, moi, je n'ai rien à en dire.
10:49Nous verrons bien les conclusions.
10:50Mais je crois que, magistrat,
10:52nous entendons en ce moment deux choses.
10:54Deux choses que nous dit la société.
10:56Un, la défiance que la société a envers nous.
10:59Et c'est aussi pour ça que j'ai écrit ce roman.
11:01Et d'ailleurs, je fais beaucoup de salons
11:03un peu partout en France.
11:05Et j'échange énormément avec des citoyens
11:09qui veulent me parler de la justice,
11:10me donner leur avis.
11:11Et c'est l'occasion pour moi
11:14de dire ce que j'ai voulu faire dans ce roman.
11:17Donc il y a à entendre, il me semble, la défiance
11:19parce que nous sommes trop mal connus.
11:21Les gens ne savent pas qui nous sommes,
11:23pas comment nous travaillons.
11:24Et ça, je pense...
11:25Moi, on vous connaît, mais on se porte, normalement.
11:27Oui, mais ce qui est dommage,
11:29c'est que partout en France,
11:31il y a des audiences tous les jours,
11:32toutes les après-midi.
11:33Moi, j'encourage les gens à pousser la porte
11:34d'un tribunal un jour
11:35et d'aller voir comment on rend la justice.
11:37Vous êtes pour la télétransmission,
11:40enfin la vidéo,
11:41le fait de filmer les audiences ?
11:43Ça me paraît bien.
11:45Justice TV fait ça, je crois.
11:46Je vois régulièrement des vidéos.
11:48Je trouve ça passionnant
11:49de voir cette justice du quotidien.
11:50Donc, je voulais dire deux choses.
11:52Un, que nous prenons acte
11:54de cette défiance du peuple français
11:57au nom de qui nous rendons la justice
11:58à notre égard.
11:59Je crois aussi que nous entendons,
12:00et ça, je trouve ça très intéressant,
12:02la société qui nous dit
12:04vous devez faire mieux,
12:05nous devons faire mieux
12:06sur la question des violences sexuelles
12:07sur mineurs.
12:07Et cette question-là,
12:08c'est aussi une question
12:09qui baigne tout mon roman.
12:11Ça, c'est noué, là.
12:12Cette question de la violence sur mineurs,
12:14c'est quelque chose
12:15qui vous touche particulièrement.
12:16Évidemment qu'il me touche particulièrement.
12:18Mais, si vous voulez,
12:19on ne devient pas magistrat.
12:20Avec la difficulté de ce métier,
12:22si on n'a pas une foi profonde
12:24dans notre métier.
12:25Moi, j'ai une foi inouïe dans mon métier.
12:27Je ne vous dis pas
12:27qu'on fait toujours tout bien.
12:28Je vous dis que je ne connais
12:29que des gens qui,
12:30comme dans tous les services publics,
12:31comme des professeurs,
12:32des médecins, des infirmiers,
12:34des éducateurs...
12:34C'est une vocation pour vous ?
12:35C'est absolument une vocation.
12:37Mais il en va de même
12:38de la très grande majorité
12:39des collègues
12:39avec qui j'ai la chance de travailler.
12:41On y croit tellement.
12:42Moi, j'y crois complètement
12:43à mon métier.
12:44C'est la chose la plus importante pour moi.
12:45C'est pour ça que c'est
12:46ce que je voulais raconter
12:47dans ce roman.
12:48Pourquoi passer par un roman ?
12:50Pourquoi ne pas tout simplement...
12:52Peut-être parce que vous avez
12:53un devoir de réserve,
12:54mais vous auriez pu faire
12:55confession d'une magistrate
12:56et puis raconter
12:58votre vie au quotidien.
12:59Vous êtes passée par le polar,
13:00par le roman policier,
13:01en inventant des personnages
13:02pour raconter tout ça.
13:03Pourquoi ?
13:04Parce que je trouve que la fiction,
13:05c'est toujours le meilleur vecteur
13:06pour apporter des idées.
13:07Là, tout d'un coup,
13:08ce n'est pas Valentine
13:10qui est en train de parler.
13:11C'est une héroïne.
13:11Et qu'est-ce qui lui arrive
13:12à cette héroïne ?
13:13Est-ce que finalement,
13:14on est en empathie
13:15avec cette magistrate
13:16qui se bat
13:17et qui est face à un dossier
13:18qui la confronte
13:18à ses blessures intérieures ?
13:20Et j'avais envie de ça.
13:22J'avais envie de montrer
13:22le quotidien de la justice,
13:23mais par une œuvre de fiction.
13:25D'ailleurs, j'ai la chance
13:25que les droits ont été achetés
13:27pour éventuellement
13:28faire une série télévisée.
13:29Donc, on aura peut-être
13:29la chance de voir
13:31Maxime Sinclair
13:32comme personnage de série télé
13:33et donc une image réaliste
13:34de la justice.
13:35Valentine Vandôme,
13:36magistrate.
13:37Le livre s'appelle Panthère.
13:38Il est dans tes éditions
13:39Michel Laffont.
13:40Vous restez avec nous.
13:41Question de Joël Dagoceri,
13:42de Maître Consigny,
13:43Mourad Boudjellal.
13:44On a la chance
13:45d'avoir une substitut
13:46du procureur.
13:47Valentine Vandôme,
13:48autant en profiter.
13:50La parole est rare.
13:51Donc, on l'écoute
13:52attentivement
13:53dans les GG,
13:53dans les Grandes Gueules.
13:54Il est 11h15.
13:55RMC.
13:56Alain Marshall,
13:57Olivier Trussaud,
13:59les Grandes Gueules.
14:001, 2, 3, 4.
14:08Vous êtes avec les GG,
14:09les Grandes Gueules
14:10en direction RMC,
14:11RMC Story.
14:11On reçoit un substitut
14:13du procureur
14:13en région parisienne
14:15à Valentine Vandôme,
14:16auteur d'un polar
14:17qui s'appelle Panthère
14:18aux éditions
14:19Michel Laffont.
14:20Mais ça donne l'occasion
14:21de parler de la justice,
14:22parler du fonctionnement,
14:23parler de son métier aussi.
14:24Joël Dagoceri.
14:26J'ai lu le livre
14:27que j'ai trouvé très bien.
14:28Je vous remercie.
14:29C'est vrai que d'habitude,
14:30j'aime bien les romans policiers,
14:32les enquêtes, etc.
14:33Par contre,
14:34c'était un petit peu dur,
14:34je vous avoue,
14:35parce qu'il s'ouvre quand même
14:35sur un meurtre d'enfant.
14:37Une 7 coup de coude.
14:38Et c'était en rapport
14:39avec l'actualité.
14:40C'est vrai que j'ai pris du temps
14:42quand même
14:43à prendre du plaisir
14:43dans le livre.
14:45Je ne veux pas tout dévoiler,
14:46mais notamment
14:47parce qu'il y a un des suspects
14:48qui est quand même amoureux
14:49d'une fille de 16 ans.
14:50C'est un peu...
14:52On rentre vraiment
14:53dans ce qui est de l'actualité,
14:54etc.
14:55J'aurais préféré
14:56les personnes âgées.
14:58Non,
14:58mais c'était trop en résonance
15:00et trop frais,
15:01en fait.
15:01C'est un hasard du calendrier,
15:02j'imagine.
15:03Absolument.
15:04Donc voilà,
15:04et on voit vraiment
15:05cette procureure
15:06qui est un peu torturée,
15:09en fait,
15:10tout au cours du livre.
15:11Mais j'ai une question
15:12à propos de ça
15:12parce qu'il y a une partie
15:12dans le livre,
15:13alors on arrive un peu
15:14vers la fin,
15:14qui m'a vraiment saisie
15:16parce qu'en fait,
15:16il faut savoir qu'il y a
15:18une sorte d'errance
15:19sur les suspects,
15:20etc.
15:20Mais elle se demande,
15:22en fait...
15:22Et là,
15:23il y a la question du biais
15:24qui arrive
15:24et qui, pour moi,
15:25est assez dangereuse.
15:26C'est ma plus grande peur
15:28lorsqu'on fait face
15:29soit à un recruteur,
15:31soit à la justice
15:32parce qu'on aimerait
15:33que les personnes
15:33soient le plus neutres possible.
15:35Et cette procureure
15:36se pose la question
15:37de ce qu'il a induit en erreur.
15:38Est-ce que c'est son féminisme ?
15:39Est-ce que c'est parce qu'il y a
15:40plus d'agresseurs hommes,
15:42etc.
15:42Parce qu'on ne va pas dire
15:43qui est l'accusé,
15:44enfin qui est le coupable.
15:46Ne spoil pas.
15:47Non,
15:47je ne vais pas spoiler.
15:48Mais voilà,
15:49elle s'interroge
15:49sur ce qui appuie
15:50l'induire en erreur,
15:52déjà à travers son histoire
15:52qui est assez compliqué,
15:53mais à travers aussi
15:54ses propres jugements,
15:56etc.
15:56Et je me dis,
15:57mais en fait,
15:57à quel moment,
15:58lorsqu'on est procureur,
15:59en fait,
16:00on cherche quand même
16:01à régler ses propres biais,
16:03ses propres problèmes
16:05avant de pouvoir
16:06prendre en charge
16:07ceux de la société.
16:08Parce que nous,
16:08en tant que justiciables,
16:10ce n'est pas qu'on voulait
16:10être face à un robot,
16:11je n'irais pas jusque-là,
16:12mais on aimerait être
16:13face à une personne
16:14qui ne va pas tomber
16:16sur des biais
16:17et qui va au mieux
16:20régler psychologiquement,
16:21voire psychiatriquement,
16:23ses propres traumatismes.
16:25Je vous remercie
16:26de poser cette question,
16:27je vous remercie évidemment
16:27d'avoir lu mon roman.
16:30J'y répondrai de deux façons.
16:31À mon sens,
16:32la question que vous posez,
16:32c'est notamment celle
16:33de la santé mentale
16:34des magistrats,
16:35parce qu'il faut être honnête,
16:36on est exposé
16:36à une violence,
16:38mais la violence
16:39à laquelle nous faisons face,
16:40mais pas que nous,
16:41évidemment,
16:41les avocats,
16:42les enquêteurs,
16:42les travailleurs sociaux,
16:43etc.
16:43Mais cette violence-là,
16:45en effet,
16:45moi je pense
16:45qu'il est fondamental
16:46de prendre grand soin
16:47de sa santé mentale,
16:49déjà parce qu'à mon sens,
16:50on ne travaille pas
16:51dans la justice
16:52si on n'a pas soi-même
16:53quelque chose
16:55peut-être à régler.
16:57Comment on fait ?
16:57Écoutez,
16:58on voit des psys,
16:59on discute entre nous,
17:02il faut toujours
17:02s'observer soi-même
17:03quand on est magistrat,
17:04justement,
17:04pour ne pas avoir de biais.
17:05Mais là où je ne suis pas
17:06tout à fait d'accord
17:07avec vous, Joël,
17:08c'est que moi justement,
17:09je me dis souvent
17:09que si j'étais jugée
17:10par quelqu'un,
17:11je crois que je voudrais
17:12que ce soit quelqu'un
17:13d'humain,
17:13justement,
17:14parce que parfois,
17:16c'est parce qu'il y a
17:18une blessure
17:18que ça fait écho
17:19à la blessure
17:19chez l'autre
17:20et c'est ça qui donne
17:21aussi à la justice
17:22son humanité.
17:23Moi,
17:25ma façon dont je procède
17:27quand j'observe
17:27les dossiers
17:28ou à l'audience,
17:28je me dis,
17:30je me comporte
17:31comme celle
17:32dont j'aimerais
17:32qu'elle me juge,
17:33comme celle
17:33dont j'aimerais
17:34qu'elle requiert
17:34me concernant,
17:35comme celle
17:36dont j'aimerais
17:36qu'elle examine
17:37ma plainte.
17:38C'est ça qui me drive
17:39et donc justement,
17:39moi j'ai tendance
17:40à dire que c'est
17:40l'humanité des magistrats
17:42qui fait...
17:42Donc surtout ne pas
17:42devenir une machine quoi
17:43en fait.
17:44Exactement, absolument.
17:45Vous n'êtes pas juge
17:46mais sur les juges
17:46d'instructions
17:47qui doivent instruire
17:49à charge et à décharge,
17:50des fois on a quand même
17:50l'impression,
17:51alors on n'est pas
17:52dans les dossiers
17:52mais on a quand même
17:53l'impression que des fois
17:55l'équilibre n'est pas
17:56totalement là.
17:57Alors tous les magistrats
17:58font à charge et à décharge,
17:59c'est-à-dire les parquetiers,
18:00nous quand on supervise
18:01des enquêtes,
18:02tout autant on fait
18:02à charge et à décharge.
18:03Mais reconnaissez
18:04qu'humainement,
18:06c'est pas intuitif,
18:07c'est même contre-intuitif.
18:08De faire à charge et à décharge ?
18:09Bah oui,
18:09parce qu'on a toujours
18:10forcément,
18:11pour prendre le mot,
18:12un biais.
18:13Même si effectivement
18:16c'est aller vers au contraire
18:18chargé ou au contraire
18:21je veux dire côté procureur
18:22plutôt chargé ?
18:23Je me permets de vous préciser
18:24qu'on est des techniciens
18:25de l'enquête avant toute chose,
18:26c'est-à-dire que moi
18:27et tous mes collègues,
18:28vous nous donnez une procédure,
18:29on est capable de vous dire
18:30si elle est complète,
18:31s'il manque des actes,
18:31etc.
18:32Donc en fait,
18:33avant même de penser
18:34que c'est nous individuellement,
18:37évidemment on respecte
18:37des règles
18:38et puis il y a une technique
18:39d'enquête.
18:40Je voudrais le dire
18:41comme vous me tendez
18:42un micro,
18:43il faut faire attention
18:44à la vérité judiciaire,
18:45ça n'est pas la vérité
18:46tout court,
18:47la vérité judiciaire,
18:48c'est ce que de la vérité
18:49tout court
18:49est susceptible
18:50d'être démontrée
18:51en justice.
18:52Donc évidemment
18:53qu'on a un aspect
18:53à chargé à des chargés.
18:55Dans les affaires de violence
18:57notamment faites aux femmes,
18:59il y a une accusatrice
19:01qui dit voilà
19:02j'ai été violée,
19:04on dit on la croit
19:05et puis la personne
19:07qui a été accusée
19:08obtient non-lieu.
19:10Ça veut seulement...
19:11Ça veut dire quoi en fait ?
19:12Est-ce que ça veut dire
19:13qu'il s'est rien passé
19:14ou on n'a pas réussi
19:15à démontrer
19:16qu'il s'était passé ?
19:16Une décision de classement
19:17sans suite,
19:18une décision de non-lieu,
19:20un acquittement,
19:20une relaxe,
19:21cela veut dire
19:23la justice n'est pas capable
19:24de démontrer
19:25que les faits dénoncés
19:27sont caractérisés.
19:28Donc toutes les fois
19:29où quelqu'un
19:29qui est accusé
19:30de violence sexuelle
19:30dit
19:31ah bah non circuler,
19:32il n'y a rien à voir,
19:32il n'y a non-lieu,
19:33je suis désolée,
19:34ça ne veut pas dire
19:34que les faits n'ont pas eu lieu.
19:36J'en veux pour preuve...
19:36Ah ça ne veut pas dire
19:37que les faits n'ont pas eu lieu.
19:38Bien sûr que non,
19:38j'en veux pour preuve
19:39la multitude
19:40des faits d'inceste.
19:42Là on est sur 70...
19:43Donc la justice n'est pas passée ?
19:45La justice est passée
19:46avec ce qu'elle peut,
19:47nous on est humains
19:47avec des moyens qu'on a,
19:49avec les modalités de preuve qu'on a.
19:54On fait avec ce qu'il y a dans le dossier,
19:56avec ce qu'il est possible de démontrer.
19:58Si vous voulez me demander
20:00Madame, avez-vous déjà classé
20:01des plaintes de viol
20:02en sachant très bien
20:03que ce que disait la victime
20:04ne pouvait avoir été inventé ?
20:06Évidemment que oui,
20:07c'est incontentieux.
20:08Ça vous le savez ça.
20:09C'est-à-dire quand on lit la plainte
20:10on se rend...
20:10Mais ça ne rend pas dingue ?
20:12Vous seriez capable vous
20:13d'aller dans un commissariat
20:14et d'inventer que vous avez été violé,
20:15ce que ça vous a fait,
20:16comment vous avez ressenti
20:17les éléments précis
20:18qu'on va vous redemander
20:19à plusieurs reprises ?
20:20Les gens n'inventent pas.
20:21Les chiffres des mensonges...
20:22Oui, mais ça ne vous rend pas dingue
20:23finalement de savoir
20:23que la personne a forcément dit
20:25la vérité
20:26et que le violeur
20:28finalement ne sera jamais condamné ?
20:30Ça fait partie du poids massif
20:31qui est sur nos épaules
20:32quand on est magistrat.
20:33On se bat sur les dossiers
20:34pour justement que ceux qui tiennent
20:36on les amène à l'audience.
20:37L'audiencement criminel,
20:39c'est des années avant de passer
20:41devant une cour d'assises
20:42ou une cour criminelle départementale.
20:43En fait, on a trop de dossiers
20:44qu'on ne peut en traiter.
20:45Les moyens de la justice augmentent
20:47mais c'est incontentieux de masse
20:48les violences de l'intime.
20:49Avant de donner la parole
20:50à Mourad Boudjellal,
20:51vous avez vu cette association
20:53qui a créé ce site
20:54qui s'appelle Classé Sans Suite ?
20:56Absolument.
20:56Est-ce que c'est une bonne chose ou pas ?
20:58C'est-à-dire que c'est un site
20:59qui va recueillir les témoignages
21:00des personnes dont les plaintes
21:01ont été classées sans suite
21:02avec peut-être le nom de la personne
21:04qui a été accusée
21:05et les témoignages.
21:07Est-ce que c'est une bonne chose ou pas ?
21:09En fait, ça continue d'exister.
21:10Il me semble que toutes les initiatives citoyennes
21:13qui concernent cette question
21:14des violences sexuelles
21:16sont importantes
21:16parce que ça nous permet aussi
21:18à nous magistrats
21:18mais à vous aussi, membres de la société,
21:20de prendre la conscience
21:21du caractère massif
21:23de ces faits-là.
21:25Oui, mais avec les noms
21:26des personnes visées ?
21:26Oui, mais une fois que c'est Sans Suite...
21:28Je n'ai pas vu qu'il y avait
21:28les noms des personnes visées.
21:29Une fois que c'est Sans Suite,
21:30ça continue finalement d'exister
21:32via un site internet
21:33alors que la justice...
21:34Un classement Sans Suite
21:35n'est jamais définitif,
21:36il faut le savoir.
21:37D'ailleurs, dans l'affaire Bruel,
21:38il me semble que certains dossiers
21:39qui avaient été fait l'objet
21:40de classements Sans Suite
21:40ont été rouverts
21:41par le parquet compétent.
21:42Mourad Boudjellal, question.
21:43C'est dans la continuité
21:45de ce qui a été dit.
21:46Vous avez dit que la justice
21:48sur des dossiers
21:49classés Sans Suite
21:50n'a pas été capable
21:51de démontrer que les faits,
21:52en l'occurrence,
21:53la justice, c'est vous.
21:54Quand vous classez Sans Suite,
21:55c'est vous qui n'avez pas été capable.
21:57Et j'avais envie
21:57de vous poser une question
21:58parce que vous avez un métier
21:59qui n'est pas un métier passion
22:01qui pour moi
22:01est un métier poison.
22:03C'est-à-dire un métier poison,
22:04c'est quelque chose
22:05qui vous hante jour et nuit.
22:07Et parce que vous avez
22:08une responsabilité,
22:09on peut vous critiquer.
22:10Moi, j'ai...
22:12ils avaient un métier
22:13que j'ai souhaité faire.
22:14Donc, j'ai commencé des études
22:15et j'ai arrêté très tôt
22:17parce que j'ai compris assez vite
22:19que je ne supporterais pas
22:20la pression de me tromper
22:23et la responsabilité
22:24que ça engendrait.
22:26Et puis, c'est un métier,
22:27on a du mal à vous imaginer
22:28autre chose que substitue
22:29du procureur de la République.
22:30Alors, j'avais envie
22:31de vous demander un peu
22:31comme dans la chanson
22:33de Goldman,
22:35est-ce qu'on arrive
22:35à avoir une vie à côté ?
22:37Est-ce qu'on arrive
22:37à prendre des vacances,
22:39à faire un dîner romantique,
22:40à faire des choses
22:41qui n'ont rien à voir
22:41alors qu'on sait parallèlement
22:43qu'à côté,
22:44on a toutes ces horreurs
22:47et après...
22:47C'est la fameuse chanson
22:48« Est-ce qu'on arrive
22:49à avoir une vie à côté ? »
22:50Non, c'est la fameuse chanson
22:51où il assiste...
22:52Des vacances,
22:53est-ce que vous pouvez...
22:54Et s'il assiste
22:55à un accouchement
22:56qui était un peu
22:56très difficile
22:58et il se demande
22:58la sage-femme,
22:59après ça,
23:00juste après,
23:00qu'est-ce qu'elle a pu faire ?
23:03Je l'ai déjà cité
23:04dans mes déquisitions.
23:05Charles,
23:05en matière de chansons françaises,
23:07il a assez peu de culture.
23:08Elle cite Goldman,
23:09mais elle cite Booba aussi.
23:12Booba aussi, oui.
23:12Non, mais on parle
23:13de ce que je cite Booba.
23:13Juste pour terminer ma question.
23:15Je cite
23:15« Quand une chanson se prête,
23:18si vous voulez,
23:19la justice,
23:20on en parlait hors antenne,
23:21ça ne ferait pas sens,
23:22me semble-t-il,
23:23de citer Victor Hugo
23:24ou Camus.
23:24Alors que quand vous citez
23:25une chanson,
23:26il y a des chances
23:26que la personne
23:27à qui vous vous adressez,
23:28parce que pour moi,
23:29il est fondamental
23:30que la justice
23:30soit accessible,
23:32et bien une chanson,
23:32ça parle à tout le monde
23:33et j'ai déjà cité
23:34cette chanson-là
23:35dans des...
23:35Alors, est-ce que ça vous a pourri
23:38votre vie ?
23:39Est-ce que vous êtes hantée ?
23:41Ah, moi, je suis complètement hantée.
23:42La preuve, quand j'écris,
23:43je ne suis pas capable
23:44d'écrire autre chose
23:45que qu'un roman la plus.
23:47Ça vous fait du bien.
23:47Ah, c'est un exutoire,
23:49c'est une catharsis.
23:50Pour votre vie,
23:51c'est une catastrophe.
23:52Ah, mais je suis hantée.
23:53Nous sommes exposés
23:54à un niveau de violence,
23:55par exemple.
23:56Quand j'étais à Maud,
23:56j'ai pris énormément
23:57de dossiers de viol sur mineur,
23:58de détention d'images
24:00pédopornographiques, etc.
24:00J'ai regardé ces images
24:02parce que quand même,
24:02pour juger quelqu'un,
24:03encore faut-il,
24:04c'est des images
24:04qui restent dans votre rétine
24:06pour toujours.
24:06Et si je parle de ça,
24:07c'est parce que je trouve
24:08que parfois,
24:08il y a une espèce de tolérance
24:09sur le fait que c'est que des images.
24:11Je rappelle que l'image moyenne,
24:12l'âge moyen des enfants
24:14sur ces images
24:15de pédopornographie,
24:16en 2021,
24:18un office central d'enquêteur
24:19dit que c'est huit mois.
24:21Ce sont des bébés,
24:22la pédopornographie.
24:23Et tout ça,
24:24c'est des choses
24:24que nous, les magistrats,
24:25on voit.
24:25Donc oui,
24:26quand vous rentrez chez vous,
24:27quand vous avez des enfants,
24:28quand vous avez un conjoint,
24:29est-ce qu'on voit le mal partout ?
24:30Comment on fait pour avoir une vie ?
24:33Je me souviens toujours
24:34de ce que disait Olivier Marchal,
24:35qui est aujourd'hui réalisateur,
24:36mais qui a été policier
24:37pendant longtemps.
24:37Lui, il disait
24:38qu'ils se déshabillaient complètement
24:39avant d'entrer chez lui, etc.
24:41C'est une façon de...
24:42Quand il enlevait ses vêtements,
24:43d'enlever tout ce qu'il avait vécu
24:45toute la journée.
24:46Vous, c'est quoi ?
24:47Vous avez un actuel...
24:47Moi, c'est la même chose
24:48avec mes talons.
24:49Quand j'ai des talons,
24:49c'est que je suis en train
24:50de travailler,
24:51c'est relativement inconfortable.
24:52Ça me rappelle
24:53que je dois faire de mon mieux.
24:56Et dès que je termine de travailler,
24:58j'enfile des baskets.
24:59Et tout d'un coup,
25:00c'est Valentine,
25:01la citoyenne,
25:02qui reprend ses droits
25:03et qui essaie de changer les idées.
25:04Le meilleur pour la fin,
25:05Maître Consigny.
25:06Non mais écoutez,
25:08la future garde des Sceaux
25:10a écrit un livre très intéressant.
25:13Je pense que c'est pour ça
25:13que vous créez
25:14quelques jalousies au parquet
25:16en passant à la télé,
25:18en faisant un livre.
25:19C'est une manière
25:20de s'émanciper aussi
25:21un petit peu
25:22d'un corps
25:23qui est très, très intégré.
25:25Vous savez que les magistrats
25:27sont la profession
25:27la plus endogame
25:28de ce pays.
25:30Eh oui !
25:30L'ignorer, l'ignorer !
25:31Eh oui, les juges
25:32sont la profession
25:33dans laquelle on se marie
25:34le plus entre juges.
25:35Moi, je suis marié
25:36à un avocat pénaliste,
25:37figurez-vous.
25:37Ah bah, excellent !
25:39Ça montre
25:40votre ouverture d'esprit.
25:43Je ne doute pas
25:44que beaucoup des plaintes
25:45visant ses clients
25:46sont classées de ce fait.
25:49Absolument pas, évidemment.
25:50Mais que vous avez acheté
25:51grâce à ça
25:52une belle maison
25:52sur la Côte d'Azur.
25:54Mais ça, c'est plutôt
25:55les mœurs à Toulon
25:56qu'à Paris,
25:57ce genre de choses.
25:58Non, je trouve ça
25:59très intéressant
25:59d'avoir le point de vue
26:00du parquet.
26:01Moi, je ne fais pas
26:02du tout partie
26:03de ces avocats
26:04qui sont en antagonisme
26:06avec le parquet.
26:07On l'est un petit peu
26:08sur les questions
26:10des tensions.
26:11Et je trouve qu'en fait,
26:12on l'est surtout...
26:13Je trouve que la grosse tension,
26:15elle est quand même
26:15surtout au stade des enquêtes,
26:17c'est-à-dire au stade
26:18de l'instruction, par exemple.
26:19C'est vrai que dans ces moments-là,
26:20je trouve le parquet
26:21insupportable
26:22parce qu'ils sont
26:23dans quelque chose
26:23de très bête et méchant,
26:26très systématique,
26:26on est ferme, etc.
26:28Bon, ils réclament,
26:29par exemple,
26:29des détentions provisoires
26:32sans qu'une tête.
26:32Charles a envie
26:33de nous dire des choses.
26:34Je trouve qu'à l'audience,
26:35une fois que tout ça
26:36est battu et rebattu,
26:39c'est possible
26:40de dialoguer
26:41avec le parquet.
26:41D'ailleurs, on va
26:42de plus en plus
26:42vers une justice négociée.
26:45Mais moi,
26:46ce qui m'a quand même
26:46le plus interpellé,
26:47c'est ce qu'on disait
26:48à l'instant,
26:48c'est la manière
26:49dont vous prenez
26:50les choses à cœur
26:51puisqu'on comprend bien
26:52que ce personnage,
26:53c'est quand même
26:53un peu vous.
26:55Il n'y a pas besoin
26:56d'avoir étudié
26:57l'art du roman
26:58pour le comprendre.
26:59Et moi, je me dis,
27:00mais bon,
27:01est-ce que, au fond,
27:03est-ce que ce métier
27:04est supportable
27:05pour quelqu'un qui prend...
27:06Moi, je vous avoue
27:07que, par exemple,
27:07j'ai eu des dossiers
27:08très durs avec...
27:09Alors peut-être,
27:10en flux,
27:11j'en ai moins,
27:12mais je termine là
27:13ma question.
27:14Je n'ai pas eu le sens...
27:15Je ne suis jamais rentré...
27:16Je suis rarement rentré
27:17chez moi
27:18choqué par un dossier,
27:19même des dossiers criminels.
27:21J'arrive à passer
27:21à autre chose.
27:22Donc, voilà.
27:23Est-ce qu'une approche
27:24plus clinique ?
27:25Ou alors, je ne sais pas,
27:25c'est peut-être les avocats
27:26qui ont une approche
27:27plus clinique ?
27:27Ou les hommes, peut-être ?
27:28On n'a pas le droit
27:29de le dire.
27:29La différence, maître,
27:31il y a plusieurs choses
27:31qui rentrent en jeu,
27:32mais nous, c'est la masse,
27:33en fait.
27:34C'est peut-être ça.
27:35C'est qu'en fait,
27:36quand vous êtes
27:36dans un parquet mineur,
27:37ce qui n'a pas été mon cas,
27:39quand vous avez une journée
27:40à ne faire que du courrier
27:41de viol sur mineur,
27:43par exemple,
27:43que d'étudier ces plaintes-là,
27:45évidemment que vous rentrez
27:45chez vous bien plus abîmé
27:47que quand c'est votre dossier,
27:48c'est celui que vous avez
27:49sur votre bureau,
27:49il n'y en a qu'un seul.
27:50Nous, imaginez
27:51quand il y en a 50.
27:52Imaginez là les collègues,
27:53tous nos collègues,
27:54enfin tous mes collègues
27:55qui actuellement sont en train
27:56de revoir les 70 000 plaintes,
27:57ça va être des journées
27:58entières de travail
27:59dédiées à ça.
27:59Avec les enquêteurs
28:00sur le dossier à Boutin,
28:01ils sont tous en psychanalyse
28:02au détriment
28:03d'une grande part
28:04des enquêteurs,
28:04de ceux qui ouvrent
28:05les dossiers aux Etats-Unis
28:06ont besoin de psychanalyse.
28:07Mais plus près de ça,
28:07dans l'affaire LeSquarnet,
28:08excusez-moi,
28:09dans l'affaire LeSquarnet,
28:11notamment une enquêtrice,
28:14elle a expliqué
28:15que ça l'avait cassé en deux,
28:16c'est-à-dire qu'elle a eu du mal
28:17même à recommencer
28:18à travailler,
28:19de voir ces 300 enfants,
28:20400,
28:21comment vous voulez faire ?
28:22Une dernière question
28:23puisque c'est terminé,
28:25une proposition politique,
28:27parce qu'il y a beaucoup
28:27de propositions
28:28depuis quelques jours
28:29sur la justice
28:31Gabriel Attal,
28:32ce matin sur RMC,
28:33proposait un parquet national
28:34contre la pédocriminalité
28:36et les violences sexistes
28:36et sexuelles.
28:37On en a besoin
28:38de ce parquet spécialisé ?
28:40Moi, si vous voulez,
28:41ma réponse n'engage que moi.
28:42Mais il m'a semblé
28:43que la question de l'inceste
28:45et des violences sexuelles
28:47sur mineurs,
28:47c'est une question
28:47tellement majeure
28:49dans la société
28:49qu'à mon avis,
28:50ça doit être au plus proche
28:51de tous les endroits.
28:52C'est-à-dire qu'à mon sens,
28:53il faut que ce soit
28:54les enquêteurs locaux,
28:56il faut que ce soit
28:56les parquets locaux
28:57qui connaissent leur ressort.
28:59Je n'en sais rien.
29:00Mon expérience,
29:01c'est de dire
29:01que ça doit être traité
29:02au plus proche
29:03pour pouvoir travailler
29:04avec les travailleurs sociaux
29:05sur la question
29:06de la détection
29:06de ces violences,
29:07de la protection des mineurs
29:08et de leur judiciarisation.
29:10Merci d'avoir été avec nous,
29:12Valentin Vendôme,
29:13substitut du procureur.
29:14Merci d'avoir discuté,
29:15partagé votre expérience
29:16et lisez le polar.
29:18Il s'appelle Panthère,
29:19il est aux éditions
29:20Michel Laffont,
29:21l'été approche.
29:22Il y a peut-être
29:22un livre à embarquer
29:23et à lire.
29:24Surtout que c'est celui-là.
29:25Sous le parrainage
29:26de Michel Houellebecq.
29:27Absolument.
29:28J'ai eu une grande chance,
29:29c'est lui qui a trouvé le titre
29:30et qui a relu le manuscrit.
29:31Il l'a corrigé,
29:32c'était la première fois
29:32qu'il faisait cela.
29:34Merci Valentin Vendôme
29:35d'être passée par les jugés.
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