00:00À 7h45 sur BFM Business et sur RMC Live, notre invité ce matin c'est Antoine Saint-Toyan.
00:05Bonjour, vous êtes le directeur de la Banque des Territoires et directeur général adjoint du groupe CDC.
00:10Vous êtes sur tous les fronts, le logement, le financement du nucléaire,
00:14mais aussi, et on le sait peut-être moins, sur l'intelligence artificielle.
00:1718 milliards d'euros d'investissements sont prévus d'ici 2030,
00:20alors sur le financement, le développement de l'ensemble de l'écosystème.
00:23Mais vous avez aussi un partenariat avec Mistral.
00:25Vous allez aider les collectivités locales à s'emparer de l'intelligence artificielle.
00:30Parmi les sujets, il y a l'utilisation par chacun de l'intelligence artificielle, un peu comme il le veut,
00:36une sorte de shadow IA.
00:37Il faut que les collectivités locales prennent le sujet à bras-le-corps
00:42et arrêtent de l'utiliser de manière secrète en fait.
00:46Alors effectivement, pour les collectivités locales, l'intelligence artificielle c'est un double défi.
00:50Un défi à la fois d'amélioration de leur politique publique,
00:54parce que l'IA offre des possibilités importantes dans l'amélioration des relations avec les citoyens,
00:59dans les modes de fonctionnement des collectivités,
01:01et aussi un défi de souveraineté,
01:03parce que c'est important pour les collectivités locales de conserver la maîtrise de leurs données,
01:09de savoir où elles sont, de connaître les modèles qui sont utilisés.
01:12Donc un sujet de souveraineté.
01:13Et effectivement, lorsque les collectivités locales finalement utilisent de l'IA par exemple américaine,
01:22aujourd'hui c'est le cas majoritairement, il y a une question qui se pose de souveraineté.
01:27Et c'est pour ça qu'au niveau de la Caisse des dépôts, et plus particulièrement de la Banque des
01:31territoires que je dirige,
01:32nous avons souhaité engager un partenariat avec Mistral pour pouvoir proposer une offre aux collectivités,
01:38pour qu'elles puissent développer des cas d'usage, ça veut dire proposer des offres à partir de l'intelligence
01:44artificielle
01:45qui finalement améliorent leur mode de fonctionnement.
01:48Et alors c'est quoi les cas d'usage justement que vous avez trouvé pour les collectivités locales ?
01:51Alors on a aujourd'hui commencé les travaux avec trois collectivités, autour de trois cas d'usage.
01:57L'objectif c'est d'en avoir plus, de monter une quinzaine de cas d'usage qui vont être développés,
02:03et surtout ensuite diffusés à d'autres collectivités sur une période de quelques années.
02:09Aujourd'hui les trois cas d'usage qu'on a commencé à développer, c'est un premier en Grand Est,
02:12avec la région Grand Est, qui consiste à travailler sur un assistant IA au profit des secrétaires des mairies des
02:20petites communes.
02:21Dans les petites communes de la région Grand Est, il y a généralement une secrétaire de mairie qui a beaucoup
02:25de tâches à réaliser.
02:27Ces tâches peuvent être aidées par l'intelligence artificielle pour lui permettre de libérer du temps
02:31et de le consacrer à des tâches qui lui permettent d'être en contact plus direct avec le public,
02:37de développer des projets plus structurants, etc.
02:41Donc les secrétaires de mairie, vous voulez les assister de l'intelligence artificielle, elles vont être formées du coup ?
02:45Elles vont être formées, et elles vont avoir, lorsque l'assistant sera développé,
02:52finalement un assistant IA qui sera développé spécialement pour les tâches qu'elles réalisent le plus souvent.
03:00Par exemple, des demandes de subventions, par exemple des actualisations de plans locales d'urbanisme, etc.
03:06Et qui vont permettre d'aller beaucoup plus vite pour la réalisation de ces tâches-là.
03:10Il y a d'autres cas d'usage comme la détection des anomalies routières, ça c'est en Côte d
03:14'Or.
03:14Et puis il y a également l'orientation des usagers vers les bons services, ça c'est à la métropole
03:19de Bordeaux.
03:20Donc là, chaque métropole a son petit test.
03:22L'objectif quand même, c'est de mutualiser pour éviter que chacun développe et même investisse de l'argent dans
03:28certains cas d'usage
03:29et que tout le monde aille vers quand même le même chemin.
03:32L'objectif c'est effectivement de faire en sorte que lorsque un cas d'usage utile est développé par une
03:37collectivité,
03:38il puisse ensuite profiter aux autres collectivités.
03:40Donc c'est vraiment ça le...
03:41Et c'est pour ça qu'on essaye de choisir les cas d'usage.
03:43Beaucoup de collectivités qui se sont tournées vers nous depuis les annonces qu'on a faites.
03:47Donc ils vous remontent les cas ?
03:48Qui nous proposent des cas, qui nous disent qu'on souhaiterait travailler sur tel cas d'usage
03:52dans cette IA Factory qu'on a créée avec Mistral.
03:55Et on étudie ces propositions, notamment sur la base de la réplicabilité.
04:00Est-ce qu'on va pouvoir réutiliser ce cas ailleurs ?
04:03Par exemple, lorsqu'on a des réflexions sur utiliser l'intelligence artificielle
04:08pour gérer les flux de circulation routière dans les métropoles qui peuvent être engorgées.
04:12et faire en sorte de gagner du temps dans ces flux, notamment lorsqu'il y a des travaux.
04:16Ça, on sait que c'est un cas d'usage qui peut être assez facilement répliqué.
04:19Et donc, c'est un cas d'usage qu'on est susceptible de retenir,
04:22de travailler dans cette IA Factory, de financer,
04:26et puis ensuite de répliquer dans d'autres collectivités.
04:29C'est quoi l'accueil que vous avez auprès des salariés des collectivités locales ?
04:33Globalement, c'est un accueil qui est positif,
04:35parce que pour nous, l'objectif, comme je l'ai dit, il est double.
04:39C'est d'abord améliorer la qualité de service,
04:40améliorer la qualité de service en permettant de mieux répondre.
04:46On ne vous remonte pas des craintes sur l'emploi,
04:48de secrétaire de mairie qui pourrait disparaître ?
04:51Non, parce que l'objectif, ce n'est évidemment pas de supprimer des emplois.
04:55L'objectif, c'est vraiment d'améliorer, on va dire,
04:59les prestations et d'améliorer la qualité des actions publiques des collectivités.
05:03Il y a des besoins qui sont très importants en libérant du temps
05:05sur des tâches un peu basiques, ou en tout cas qui peuvent être traitées par l'IA.
05:10À ce moment-là, on peut le redéployer sur des tâches
05:12qui sont beaucoup plus intéressantes à valeur ajoutée.
05:16Le nerf de la guerre, pour vous, évidemment, c'est le livret A.
05:19Donc la collecte est importante.
05:20On a vu qu'avec la baisse de la rémunération,
05:23il y a eu une décollette très importante.
05:24En avril, c'est plus d'un milliard d'euros.
05:27C'est un record depuis 2009.
05:28Là, il y a l'inflation qui repart un peu.
05:32Il y a les taux qui ont été augmentés par la Banque Centrale Européenne.
05:35C'est quoi le bon équilibre pour vous sur la question hausse des taux, rémunération ?
05:40Parce que si les taux augmentent, il faut que vous rémunérez plus ceux qui ont leurs dépôts.
05:44C'est quoi le bon équilibre ?
05:45Pour nous, le livret A, effectivement, c'est vraiment le moteur par lequel on finance des projets,
05:51des projets de bailleurs sociaux dans le logement social, historiquement,
05:53mais également beaucoup de projets des collectivités locales sur tout ce qui est énergie, école, réseau d'eau, etc.
06:01Donc on a besoin de pouvoir s'appuyer sur une collecte qui est importante.
06:05Aujourd'hui, on a effectivement une décollette depuis le début de l'année 2026,
06:09mais elle reste en fait assez modérée par rapport à la collecte très importante qu'il y avait eu après
06:13le Covid,
06:14entre 2021 et 2024.
06:17Et donc, effectivement, on observe cette situation de décollette,
06:21mais, vous le disiez, le taux est susceptible de remonter.
06:25Alors ça, on le saura.
06:26Il y a la formule de calcul.
06:27Il y a une formule qui est fondée sur l'inflation.
06:29L'inflation remonte, qui est fondée sur les taux courts.
06:32La BCE a remonté récemment sur ces taux courts.
06:35Et donc, probablement, ces taux vont remonter.
06:38Ce sera une décision qui sera prise par le ministre de l'Économie sur proposition du gouverneur.
06:43Si ces taux remontent, à ce moment-là, la collecte est susceptible, elle aussi, de remonter,
06:48puisque, pour les épargnants, c'est un arbitrage permanent entre le taux du livret A
06:54et d'autres taux, d'autres rémunérations de produits d'épargne.
06:58Donc, pour nous, 1,5 %, c'est le taux actuel, c'est un taux qui est effectivement assez bas.
07:02Il peut remonter un peu sans que cela vienne, on va dire, perturber notre modèle de financement.
07:08Il faut que, pour pouvoir être soutenable pour les principaux emprunteurs,
07:13du type les bailleurs sociaux, les collectivités locales,
07:16il ne faudrait pas qu'ils remontent à 3%, comme il l'a été un certain temps,
07:20mais une hausse modérée, pour nous, est tout à fait compatible avec le modèle.
07:23Sachant que vous avez un investissement de 100 milliards d'euros
07:26à réaliser sur le logement d'ici 2030, ce qui est très important.
07:30Comment vous regardez la crise du logement ?
07:32Vous avez l'impression qu'il se passe quelque chose ?
07:35On a eu des chiffres, quand même, sur le logement neuf.
07:37Si vous n'êtes pas là pour soutenir le marché,
07:40c'est la crise assurée encore plus que ce qu'elle n'est aujourd'hui ?
07:42Vous avez raison qu'en 2025, le financement du logement social,
07:48du logement intermédiaire par la Banque des Territoires
07:50a représenté la moitié du financement du logement au niveau national,
07:54avec une baisse très importante de tout ce qui est logement libre, logement privé,
07:58parce que les promoteurs privés ont été beaucoup moins actifs.
08:03Donc, il y a effectivement un besoin de mobilisation très forte
08:06de la part de la Banque des Territoires.
08:07C'est pour ça qu'on a annoncé un plan à 100 milliards d'euros,
08:10un objectif de construire 650 000 logements à horizon 2030.
08:14Et donc, pour nous, c'est un impératif.
08:16C'est un impératif parce qu'on constate des files d'attente
08:19qui s'allongent dans le logement social,
08:21des difficultés à acquérir de plus en plus importantes.
08:24Et donc, c'est pour ça qu'on mobilise ces sommes importantes
08:26pour continuer, on va dire, de proposer des solutions
08:30à tous les Français dans leur projet de logement.
08:32Merci beaucoup d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
08:35Antoine Saint-Oyant, directeur de la Banque des Territoires.
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