Passer au playerPasser au contenu principal
Le chercheur au CNRS Jean-Michel Hupé décortique le lien indissociable entre écologie et démocratie au micro du Greenletter Club.
Face au modèle capitaliste et colonial porté par l’élite, la préservation des limites planétaires impose de réduire radicalement notre consommation.
L’effondrement démocratique actuel instrumentalise les catastrophes environnementales pour protéger les privilèges d’une minorité ultra-riche, prête à sacrifier la majorité de la population mondiale.
Repenser nos modèles de société de manière équitable reste notre unique issue.

#Hupé #Démocratie #Écologie #Capitalisme #Climat

00:00 Intro
00:29 Jean-Michel Hupé
10:55 Outro

Pensez à réduire la qualité de la vidéo.


Réponses au quiz de fin :
/!\ Description à ne pas lire avant d'avoir vu la vidéo entièrement
/!\

/!\

/!\
/!\
Quel déclin accompagne le green backlash selon Hupé ?
➡ Déclin de la démocratie.

Quel modèle d'élevage est incompatible avec les limites planétaires ?
➡ L'élevage industriel.

Quelle est notre seule chance de résoudre l'ensemble de nos problèmes ?
➡ Une vraie démocratie.

Catégorie

📚
Éducation
Transcription
00:00On a justement le modèle Trump-Musk, c'est-à-dire que cette minorité va survivre alors que la majorité
00:08de la population dans le monde va être sacrifiée.
00:11Donc ça, ce terme de sacrifice d'une majorité est assumé avec des justifications personnelles en se disant « mais
00:20parce que nous, on est plus intelligents ».
00:29Le green backlash, c'est au fait un déclin de la démocratie également.
00:32Ce n'est pas juste du détricotage sur les lois écologiques, mais c'est aussi comment on tient responsable les
00:41hommes et les femmes politiques.
00:42C'est vraiment le point le plus important, enfin le lien entre écologie et démocratie.
00:47Il y a quelque chose qui est en fait à garder en tête, c'est qu'on n'est pas
00:55dans une logique obligatoire de destruction.
01:03On est pas foutus, c'est-à-dire, on le dit autrement, on pourrait dire « est-ce que l
01:10'humanité a 7 milliards, 8 milliards, 9 milliards d'un individu qui est à peu près ce que la transition
01:15démographique devrait nous stabiliser,
01:17sauf événement exceptionnel, est-ce qu'on peut bien vivre à 9 milliards d'individus sur cette planète sans la
01:24détruire ? »
01:25Et la réponse est « oui, mais pas à n'importe quelle condition ».
01:30Je crois que tu avais invité, nous avons Julien Stenberger, qui a travaillé à modéliser justement à quelles conditions on
01:38peut vivre.
01:39Et c'est aussi repris par la représentation du donut, de voir « est-ce qu'on peut vivre dans
01:44les limites planétaires, mais avec suffisamment bien, avec les besoins essentiels, etc. »
01:48Donc il y a une petite zone qui permet.
01:51Cette zone, elle n'est pas du tout large.
01:53Et les conditions, c'est que pour vivre bien à 9 milliards d'individus, il faut évidemment produire beaucoup moins,
02:00consommer beaucoup moins.
02:01Il faut qu'il y ait beaucoup plus d'équité, beaucoup plus d'égalité.
02:04C'est une précondition.
02:06Il faut qu'il y ait beaucoup plus de démocratie, il faut qu'il y ait beaucoup plus de solidarité.
02:10Après, il y a des contraintes matériels.
02:12Le modèle de la voiture individuelle, surtout à essence, mais même électrique, ça ne marche pas.
02:16La voiture d'une grande maison plus résidence secondaire, ça ne marche pas.
02:19La viande, tous les jours, ça ne marche pas.
02:23J'anticipais peut-être une fois par heure.
02:24Tous les dimanches, ça, ça marche.
02:26C'est-à-dire qu'il faut réduire.
02:27En même temps, c'est de plus meilleur pour la santé.
02:29L'agriculture, ce n'est pas pour rien que c'est un moteur du greenbacklash extrêmement important.
02:36On a deux chapitres là-dessus.
02:37Et puis, dans l'actualité, c'est vraiment là où c'est exacerbé, la violence contre l'écologie dans le
02:43milieu agricole.
02:44Ce n'est pas étonnant parce que le modèle de l'élevage industriel et de manger de la viande à
02:50tous les repas n'est juste pas compatible avec les limites planétaires.
02:53Ça intervient à peu près six des neuf limites planétaires.
02:56C'est juste un des gros problèmes.
02:58Ce n'est pas le seul.
02:59Mais voilà, on parlait des énergies fossiles.
03:01L'agro-industrie est aussi extrêmement problématique.
03:05Donc, une fois qu'on a dit ça, pour revenir, c'est voilà.
03:08Donc, on peut vivre bien.
03:10Mais une fois qu'on essaie de définir à quelles conditions, on ne va pas définir exactement quel modèle est
03:18compatible.
03:18Mais ça donne un espace des modèles possibles où idéalement, il faudrait les décliner de façon démocratique.
03:27Pas forcément de la même façon dans chaque pays, dans chaque communauté.
03:30Enfin, là, ce qu'on appelle les penseurs, pas du pluriver, de plein de façons.
03:33Mais de respecter un certain nombre de ces contraintes.
03:35Dans tous ces modèles, il n'y a pas de place pour les ultra-riches.
03:39Il n'y a pas de place pour les multinationales qui vont exploiter non seulement les ressources naturelles, la nature,
03:48les humains, les femmes surtout.
03:51Voilà, tout ce qui a été décrit comme dysfonctionnel dans notre modèle capitaliste colonial, etc.
03:55Là, il n'y a pas de place pour ça.
03:58Donc, une fois qu'on a dit ça, on voit bien que le constat écologique a une portée révolutionnaire, dans
04:09le sens où elle remet en cause le pouvoir,
04:12celui de quasiment de tout ce qui a un peu de pouvoir sur cette planète.
04:17Enfin, tout ce qu'il y a beaucoup.
04:19Donc, ça, ça montre à quel point il y a une charge extrêmement forte, qu'il ne faut pas négliger,
04:31et qui explique la violence des réactions contre l'écologie.
04:36Parfois, à la présentation du livre, une personne nous disait,
04:39mais en fait, est-ce que cette réaction antichologique, ça ne veut pas dire que l'écologie a gagné ?
04:44Est-ce qu'elle n'est pas suffisamment forte ?
04:45Est-ce que, justement, ce que tu évoquais, le moment d'enthousiasme de l'accord de Paris,
04:50il y a dix ans, où il y avait vraiment ce consensus, où il y avait les marches pour le
04:53climat,
04:54où il y avait...
04:54On se disait, ben voilà, enfin, après trente ou quarante ans de retard,
04:59les choses sont prises au sérieux et on va bouger.
05:02Donc, voilà, est-ce que le backlash n'est pas dû à ce succès ?
05:05Je pense que c'est...
05:07On ne développe pas trop dans le livre, mais je pense que c'est...
05:09Oui, c'est une interprétation qui est possible, voilà.
05:15Mais c'est un succès, je dirais, d'estime, ou culturel, mais pas dans les faits.
05:26Donc, avec un tel constat, qu'est-ce qu'on a ?
05:29On a une majorité de la population qui, objectivement, aurait intérêt à changer toutes les règles.
05:36Ok ?
05:37Et une minorité qui n'a vraiment absolument aucun intérêt à le faire.
05:41Donc, on voit bien qu'une démocratie qui serait réellement fonctionnelle,
05:46qui refléterait les intérêts des personnes,
05:49va forcément aller en l'encontre des intérêts minoritaires.
05:53Et donc, voilà ce qui explique sans doute pourquoi il y a aussi de telles attaques contre la démocratie.
05:58Donc ça, c'est pour donner un peu ma petite explication très générale avec mes gros sabots
06:05pour essayer d'avoir les choses un peu très simples.
06:08Mais ce qu'on constate, et notamment, il y a un chapitre d'une politiste états-unienne,
06:12Eve Darian Smith, qui a analysé ça depuis quelques années
06:16et qui montre comment tous les mouvements autoritaires au sein des démocraties du Nord global
06:22ont une composante anti-écologique.
06:24Donc, que ce soit Scott Morrison en Australie,
06:27que ce soit évidemment Trump,
06:33Bolsonaro, puis maintenant Ravier Milley encore plus,
06:36que tous ces mouvements, il y en a quand même de plus en plus,
06:40autoritaires, voire maintenant qu'on pourrait allumer ce pas le terme
06:42et qu'on le voit de plus en plus fascisant,
06:44c'était quand même assez clair,
06:48ont une composante anti-écologique.
06:50Et ça, c'est quelque chose qui est absolument fondamental
06:55et c'est juste terrifiant.
06:58Parce que la démocratie, une vraie démocratie,
07:03est notre seule chance de résoudre l'ensemble des problèmes auxquels on fait face.
07:08Donc, moins il y a de démocratie, moins il y a de résolution écologique
07:11et en plus, plus les problèmes écologiques s'aggravent,
07:15plus forcément ça met les populations en vulnérabilité,
07:22qui est des souffrances liées à toutes les catastrophes naturelles.
07:26Il n'y a pas une semaine, peut-être un mois,
07:29sans qu'il y ait un nouvel incendie massif, des inondations,
07:33comme on a l'information globale dans le monde,
07:35on a ça tout le temps.
07:37Évidemment, ces populations sont devenues complètement vulnérables.
07:40Et ça, c'est instrumentalisé.
07:42C'est instrumentalisé et donc, plus c'est facile d'être instrumentalisé,
07:47moins il y a de chances que la démocratie s'en sorte.
07:49Là, on a un peu décrit dans notre introduction
07:53ce phénomène de rétroaction positive,
07:56comme on voit dans les systèmes dynamiques,
07:57où plus il y a de catastrophes écologiques, moins il y a de démocratie.
08:00Moins il y a de démocratie, forcément, plus on continue à ne rien résoudre les problèmes,
08:04donc plus il n'y a plus de catastrophes écologiques.
08:06Et ça, c'est une fuite en avant.
08:10Voilà, c'est des systèmes de point de bascule,
08:13où les retours en arrière sont vraiment de plus en plus difficiles.
08:17Donc, en fait, on ne peut vraiment pas...
08:20Il n'y a pas moyen de surestimer la gravité de la situation.
08:24C'est vraiment...
08:27Nous-mêmes, avec mes collègues,
08:28on est plongés dedans, dans nos cours, etc.
08:32La difficulté qu'il y a à se représenter,
08:35la situation dans laquelle on est et vers où on va,
08:37c'est juste...
08:38On n'y arrive pas.
08:39On n'y arrive pas à tout moment.
08:41On n'y arrive pas à être connecté assez à ce qui nous arrive.
08:45Parce qu'on a encore l'illusion,
08:46si on vit dans un monde privilégié comme ici,
08:48que pour l'instant, tout va bien,
08:50comme dans la chute.
08:54Et pourtant, là, on est vraiment dans un...
09:00Donc, les cris d'alarme des climatologues
09:03qui sont là depuis des années, etc.,
09:06on ne peut pas s'empêcher d'essayer de dire
09:08non, mais réveillez-vous, réveillez-vous,
09:10il y a quelque chose qui ne va pas.
09:11Et en plus, on est la majorité
09:12à avoir intérêt à changer.
09:17Donc ça, le lien entre écologie et démocratie,
09:20surtout de se dire que les écologistes
09:24ou les gens qui s'intéressent aux écologistes
09:26ne sont pas en train de défendre justement
09:28une bourse polaire ou défendre des espèces
09:32parce qu'elles ont une valeur
09:34et parce que c'est intéressant,
09:34ce qui est très bien aussi.
09:37Mais là, l'enjeu, c'est les conditions d'une vidigne
09:40pour la majorité de l'humanité.
09:42L'alternative, elle est très claire.
09:43On a justement le modèle Trump-Musk,
09:47c'est les frontières.
09:49C'est ce que Geneviève Azam a cité aussi
09:52dans son article,
09:53en travaillant sur l'économie,
09:56sur le capitalisme survivaliste,
09:58c'est-à-dire que cette minorité
10:01va survivre
10:02alors que la majorité de la population
10:05dans le monde va être sacrifiée.
10:07Donc ça, ce terme de sacrifice
10:09d'une majorité est assumé
10:11avec des justifications personnelles
10:15en se disant
10:15« Mais parce que nous, on est plus intelligents,
10:18on est... »
10:19Je parle pour...
10:20Voilà, Trump, Elon Musk,
10:21les discussions,
10:21on dit « Voilà, nous, on est super intelligents,
10:22on est blancs,
10:24complètement racistes »,
10:25justifier un retour de la psychologie raciste
10:27quand même qui est très, très nette
10:30dans ces mouvements-là,
10:31une idéologie qui était un peu marginale
10:34depuis des dizaines d'années,
10:35mais qui est maintenant au pouvoir
10:37et qui dit « Ben voilà, nous,
10:38on peut être quelques-uns à survivre
10:40et donc on peut continuer
10:42à brûler du pétrole,
10:43à avoir des grosses voitures,
10:45à être... »
10:46Et puis que le reste,
10:48ils crèvent ou vivent très mal.
10:50On est dans ce choix-là,
10:53actuellement,
10:54de modèle de société.
11:00C'est parti.
11:26Sous-titrage Société Radio-Canada
Commentaires

Recommandations