- il y a 21 heures
Aujourd'hui, c'est au tour de Tugdual Denis, directeur de Valeurs Actuelles, de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.
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TVTranscription
00:00M.C. Face aux grandes gueules
00:04Face aux grandes gueules, notre confrère de Valeurs Actuelles, Tugue Duhal Denis, avec ce livre sur la droite, un livre
00:09assez intime, vous parlez beaucoup de vous, de votre famille, ça s'appelle La Cendre et le Feu, aux éditions
00:13Robert Laffont. Bonjour Tugue Duhal.
00:15Bonjour Alain, bonjour Olivier, bonjour à tous.
00:16Je vais commencer par un extrait du livre.
00:18Écoutez, avec grand plaisir.
00:21Je le regarde sous la pluie, son jerry-cane d'essence à la main, son sourire protecteur, sa veste trempée,
00:30ses cheveux noirs bien peignés malgré le grain, tout ruisselle.
00:35En devenant ami avec mon idole, j'ai réalisé le rêve de ma vie.
00:41Moi je me suis dit, il parle de Jäger, de Springsteen, tout ruisselle.
00:44Ou de Alain Marchand peut-être, tout ruisselle.
00:46Non, il parle de François Fillon.
00:49Eh oui !
00:50François Fillon !
00:51Tout à fait, j'ai repongé.
00:53Vous n'en êtes pas remis de François Fillon ?
00:55Non, je n'en ai pas remis.
00:55C'est une lettre d'amour là, François Fillon.
00:57Il y a un chapitre qui s'appelle François.
00:59François.
00:59Exactement, vous me connaissez un peu, effectivement, vous savez que je suis très filloniste.
01:03J'ai écrit un livre sur lui en 2019 chez Plon à l'époque.
01:07Et là, dans ce portrait de la droite, à travers ses paysages et ses personnages,
01:11je ne pouvais pas à la fois ne pas emmener le lecteur dans la Sarthe,
01:16où par ailleurs je possède une maison.
01:17Je suis tellement filloniste que je me suis aussi acheté une maison dans la Sarthe.
01:20Et en même temps, parler de l'héritage du fillonisme.
01:24Parce que, blague à part, effectivement, sur le plan personnel, je dis que je suis devenu ami avec mon idole.
01:31Il a fallu d'ailleurs pour cela que je cesse d'être un fan.
01:34On a maintenant une relation, je pense, entre guillemets, un peu équilibrée.
01:38Il a fallu qu'il perde, surtout.
01:39Oui, c'est très juste ce que vous dites.
01:43François Fillon serait devenu président de la République, je ne serais pas devenu aussi proche de François Fillon.
01:46Ça, c'est absolument certain.
01:48Et en même temps, moi, je vous avoue, et d'ailleurs, y compris pour préparer des passages sur BFM,
01:53quand j'ai l'honneur de venir dans votre tranche,
01:56j'appelle souvent François Fillon pour lui demander ce qu'est-ce qu'il pense du modèle social français,
02:00qu'est-ce qu'il pense de Bruno Rotaillot, qu'est-ce qu'il pense d'Edouard Philippe,
02:02qu'est-ce qu'il faut dire sur les sous-brousseaux géopolitiques.
02:06Et je vous garantis, alors je ne suis peut-être pas très objectif, mais je vous garantis...
02:09Le ventriloque, François Fillon, c'est le ventriloque.
02:11Il parle par la voix de Thuc du Haldenis, alors c'est taillé.
02:14Non, mais honnêtement, je ne suis peut-être pas très objectif,
02:16mais moi, je vous garantis qu'il a gardé une acuité sur les choses qui se passent dans ce monde
02:21tout à fait phénoménal.
02:22Et par ailleurs, il représente, parce qu'il y a aussi un peu de fond sur ce qu'est la
02:27droite dans ce livre,
02:28pour moi, il représente la droite aboutie.
02:30C'est-à-dire qu'il y a la radicalité chez François Fillon.
02:31Honnêtement, le François Fillon de 2016-2017, et puis même aujourd'hui que je fréquente,
02:36il est plus radical que celui qui était ministre des Affaires Sociales,
02:38ou premier ministre pendant cinq ans de Nicolas Sarkozy.
02:41Et en même temps, il y a cette espèce de sophistication,
02:44c'est-à-dire que contrairement à d'autres personnages aujourd'hui dans le plateau politique,
02:48on sait que lui, il sait piloter l'État, il a quand même une expérience.
02:51Et moi, c'est...
02:52Alors justement, le François Fillon ne sera pas a priori candidat à l'élection présidentielle pour la prochaine.
02:59Quelle est la droite qui, selon vous, a le plus de chance ?
03:02La droite Édouard Philippe, ce n'est pas vraiment votre droite,
03:04ou la droite Bruno Retailleau, ou la droite Bardella, si c'est Bardella plutôt que Le Pen ?
03:08Je pense que la droite est dans une situation totalement paradoxale,
03:11c'est-à-dire que sur le plan politique, c'est très compliqué de voir qui peut prendre le lead,
03:15pour parler en bon français.
03:17Chacun a des qualités, chacun a des défauts, j'y reviendrai.
03:20Et en revanche, ce qui m'a frappé, et c'était un peu la base de mon projet aussi,
03:24c'était de faire le roman de la droite, c'est-à-dire raconter comment elle vit,
03:29comment elle se fréquente, ses réseaux, ses maisons de famille, son histoire, ses tenues, ses musiques.
03:36Et cette droite-là, elle est brûlante, elle est incandescente.
03:38En tout cas, moi, j'ai voulu rendre cette incandescence en expliquant effectivement
03:43qu'est-ce qui se passait dans le jardin de Philippe de Villiers,
03:45dans la maison de François Fillon, quand je marche au Havre avec Édouard Philippe,
03:49on est allé à la Trinité-sur-Mer avec Marine Le Pen,
03:53j'ai assisté aux obsèques, aux doubles obsèques, entre guillemets, de son père,
03:56et j'ai vu quelque chose qui voulait parler de la droite à ce moment-là.
03:59Parce que Marine Le Pen, elle ne se revendique pas de droite, contrairement à son père.
04:03Moi, je suis désolé, c'est pas parce que Marine Le Pen ne se revendique pas de droite
04:05qu'elle n'a pas sa place dans mon livre,
04:07ou c'est pas parce que certains de mes amis pensent qu'Édouard Philippe est de gauche
04:10qu'il n'a pas sa place dans mon livre.
04:11Moi, Marine Le Pen, quand je parle avec elle, on a grandi au même endroit,
04:14Saint-Cloud, j'étais au collège, à 250 mètres de là où elle habitait,
04:18on fréquentait, entre guillemets, les mêmes territoires,
04:21on écoutait les mêmes musiques, elle connaît aussi les mêmes cantiques,
04:24et quand on a discuté longuement pour ce livre de la mort de Jean-Marie Le Pen,
04:28des obsèques de Jean-Marie Le Pen, que ce soit à la Trinité ou au Val-de-Grâce,
04:32il y avait une espèce de symbolique qui est très droitière,
04:35et c'est pareil pour François Bayrou.
04:36Et vous mettez tout le monde dans la même famille, parce qu'on pourrait distinguer la droite,
04:40de l'extrême droite ?
04:41Écoutez, moi, je pense que l'union des droites, elle n'existe pas aujourd'hui sur le plan électoral.
04:47Par ailleurs, c'est un projet politique sur lequel, vous voyez,
04:50j'aurais tort de vouloir mettre mes doigts, parce qu'il n'y a que des coups à prendre,
04:53et moi, je ne sais pas si c'est possible, je ne sais même pas si c'est souhaitable.
04:56Moi, je pense plutôt qu'un jour, il y a quelqu'un en mode politique de l'offre
04:59qui arrive à prendre le leadership et l'autorité sur la droite.
05:03Ce qui a fait Sarkozy en 2007.
05:04Ce qui a fait Sarkozy en 2007, exactement, ce qui a failli réussir à faire François Fillon en 2016.
05:08En revanche, il y a une union des droites sur le plan charnel.
05:12Quand je vais à Beyrou pour le livre, à Pau, pardon, avec François Beyrou pour le livre,
05:17dans les Pyrénées, et qu'il me reçoit dans sa mairie aveuglée d'un soleil blanc
05:22avec la vue sur les cimes des Pyrénées,
05:24ou qu'on prend la voiture et qu'on va à Bordère,
05:26le village où son père, qui était agriculteur, est mort dans un accident de ferme,
05:30qui me parle des lectures de son père,
05:32qui me parle de Bernanos,
05:33qui me parle de la crise intérieure française,
05:36qui me parle de l'identité française,
05:39ou quand je vais avec Édouard Philippe au Havre et qu'on discute
05:42et qu'il me dit qu'aujourd'hui, sauf à vouloir l'humilier,
05:46plus personne le qualifie de jupéiste,
05:49qu'on débriefe ensemble dans un restaurant libanais qu'on aime beaucoup là-bas,
05:54ce qu'il appelle à la démission qu'il a fait d'Emmanuel Macron,
05:57et qui m'explique qu'aujourd'hui, il vit la vie de Marine Le Pen,
06:01c'est-à-dire que 80% des gens qu'il croise sont d'accord avec lui,
06:05et ça c'est les vrais gens,
06:06et que les 20% qui restent, en fait c'est ses amis à lui,
06:10c'est-à-dire des conseillers d'État, des hauts fonctionnaires,
06:12des anciens ministres, des gens entre guillemets de l'établissement,
06:15et qui me dit, ça y est, je viens de comprendre à l'âge que j'ai,
06:18ce que pouvait être la vie de Marine Le Pen,
06:20c'est-à-dire en fait, tout le monde est d'accord avec vous,
06:21sauf les soi-disant sachants.
06:24Alban.
06:24Euh, Alban.
06:25C'est le prénom de mon frère.
06:27Oui, non, mais c'est parce que c'est...
06:29Je voulais après parler du passage sur votre frère,
06:32qui est très émouvant, très touchant,
06:33votre frère Alban, qui est devenu prêtre.
06:35Exactement, avec plaisir.
06:36Alors, quand j'ai reçu l'ouvrage,
06:38honnêtement, j'y suis allé à reculons,
06:40mais je dois reconnaître une grande honnêteté intellectuelle,
06:43et ce qui est fort dans cet ouvrage,
06:45c'est qu'il aurait pu se décliner sur la gauche aussi,
06:47avec les personnalités de gauche et l'histoire de la gauche.
06:50Quand on finit, on a l'impression quand même d'une droite
06:53qui semble meilleure dans l'opposition que quand elle est au pouvoir.
06:57Vous parlez beaucoup aussi des réseaux, des familles,
06:59des codes, des écoles, des cercles.
07:00Mais aujourd'hui, la droite n'est-ce plus qu'une culture
07:04ou est-ce toujours un parti politique ?
07:06Parce qu'avant, les réseaux nourrissaient des travaux
07:09qui étaient déjà enclenchés dans les partis.
07:11Tandis qu'aujourd'hui, on a l'impression,
07:12peut-être à tort, que ces réseaux
07:14prennent le pas sur le travail idéologique des partis.
07:18Vous avez tout à fait raison,
07:19et c'est pour ça d'ailleurs que j'explique dans mon livre,
07:21en prenant une métaphore,
07:22le phénomène des Fata Morgana,
07:24c'est des mirages qui sont dits supérieurs
07:26où une couche d'air chaud vient se superposer
07:29sur une couche d'air froid.
07:30Et on observe ce phénomène dans des endroits assez particuliers
07:33comme le détroit de Messines,
07:35entre l'Italie et la Sicile,
07:36ou dans la baie des chaleurs au Canada.
07:38Et en gros, pour moi,
07:39c'est ça qui est en train de vivre la droite,
07:41cette espèce d'énorme mirage
07:42où vous avez l'air chaud.
07:44C'est les audiences de certaines chaînes de télévision,
07:46de certaines émissions,
07:47l'influence de certaines têtes de gondole de la droite,
07:51les ventes de livres.
07:51Un allant général quand même de la droite dans le débat public,
07:54où on entend, y compris dans la bouche de Jean de Gauche,
07:56dire que la droite revient en force,
07:59il y a une alliance de l'extrême droite et de la droite, etc.
08:02Et en même temps,
08:03une offre politique compliquée
08:06parce qu'il ne se passe rien de droite dans ce pays,
08:09objectivement,
08:09je veux dire sur la fiscalité,
08:10sur les flux migratoires,
08:11sur l'éducation.
08:14Emmanuel Macron n'a pas fait une politique de droite
08:16parce que certains l'accusent d'avoir fait une politique de droite.
08:18Écoutez, moi, pas assez à mon goût.
08:19Pour moi, il a fait du en même temps,
08:21c'est-à-dire du sur place.
08:22Et puis longtemps, la droite aussi au pouvoir
08:24n'a pas réussi à faire une politique de droite.
08:25En fait, à droite, on l'accuse de faire une politique de gauche
08:28et à gauche, on l'accuse de faire une politique de droite.
08:30Où est la vérité, en fait ?
08:31– Pardon, l'ambiguïté, c'est que
08:34Macron a plus mis des gens de droite au pouvoir,
08:37notamment à Matignon,
08:38Édouard Philippe, Jean Castex, Sébastien Lecornu.
08:41Les principaux ministères sont confiés en ce moment
08:44à des gens de droite,
08:44Catherine Vautrin, Gérard Darmanin.
08:47Donc, quand vous dites qu'il n'y a pas de droite, etc.,
08:48les Français disent qu'il y a des gens de droite
08:51qui sont au pouvoir.
08:52C'est ça, la droite.
08:53– Non, mais il y a des gens de droite
08:54qui sont au gouvernement.
08:55Ça, j'aurais du mal à vous contredire.
08:57Mais qu'est-ce qui s'est passé
08:58sur l'inversion des flux migratoires ces dernières années ?
09:00Qu'est-ce qui s'est passé
09:01sur la fiscalité des entreprises ces dernières années ?
09:03Qu'est-ce qui s'est passé
09:04sur la composition du Conseil constitutionnel ces dernières années ?
09:06– Ce qui était des entreprises,
09:07ça a baissé quand même, reconnaissez que…
09:08– Oui, non, mais ce n'est pas là-dessus
09:09que Macron a été le plus à gauche.
09:10Mais qu'est-ce qui s'est passé
09:11sur la mémoire historique française ces dernières années ?
09:14Qu'est-ce qui s'est passé
09:15dans le domaine de l'éducation, de la justice ?
09:17On le voit avec l'affaire Liana, si vous voulez.
09:19C'est quand même un symptôme
09:21à la fois du laxisme et du dérèglement judiciaire
09:23que la droite aimerait inverser.
09:24– Et pourtant, si vous regardez ce qui est de droite.
09:25– Eh bien, je sais bien.
09:26– Fatima.
09:27– Alors, quand on lit votre livre,
09:28c'est moins une enquête.
09:29Ce n'est pas vraiment une enquête sur la droite,
09:31c'est plus un tableau.
09:33Vous qualifiez vous-même de tableau,
09:34effectivement, un tableau où
09:37c'est votre autoportrait qui se dessine en creux.
09:39Et ma question, c'est…
09:40Et on vous voit très fan, effectivement,
09:43presque fasciné.
09:44– Romantique, même.
09:45– Oui, il y a vraiment…
09:46Et moi, je trouve ça fascinant
09:47parce que je ne suis pas du tout comme ça.
09:49Donc, la plupart du temps,
09:51quand j'ai le fait de côtoyer des politiques…
09:54– Non, je ne suis pas fascinée par les personnes.
09:57– Par les responsables politiques.
09:58– Non, mais c'est pour ça que je ne suis pas…
10:00Oui, par les responsables politiques.
10:02Et souvent, j'ai été déçue la plupart du temps.
10:04Et je pense que je partage ça avec Antoine.
10:06On en parlait juste avant.
10:08Cette déception.
10:09Donc, ma double question, c'est la suivante.
10:11D'une part, est-ce qu'on peut rester
10:12un journaliste crédible et audible
10:14en étant aussi fan ?
10:16Est-ce qu'on ne va pas vous reprocher
10:18cette subjectivité ?
10:18– Cette proximité.
10:19– Même si elle est assumée, pardon.
10:21Et la deuxième, est-ce que vous avez été déçue,
10:24vous aussi, et par qui ?
10:26– Alors, écoutez, moi, je n'ai pas la même maladie
10:29que beaucoup de mes confrères de journalistes politiques
10:31qui ont à la fois une fascination et une répulsion
10:35pour les personnalités politiques
10:36ou le monde du pouvoir
10:37qui passent leur vie à écrire sur le pouvoir et les politiques.
10:39Et en fait, on ressent dans leurs articles
10:41qu'à la fin, ils ne les aiment pas.
10:43En tout cas, certains de mes confrères sont comme ça.
10:45D'ailleurs, ce n'est pas vraiment une maladie.
10:46C'est une manière, une méthodologie, peut-être, chez eux.
10:49Moi, en revanche, je vous avoue
10:50que j'ai voulu devenir journaliste politique
10:52parce que j'adore les hommes politiques,
10:54y compris des gens pour qui je ne vote pas.
10:55Et qu'effectivement, moi, pouvoir côtoyer
10:58ou discuter avec Sébastien Lecornu,
11:00Édouard Philippe, François Bayrou, Marine Le Pen.
11:03– Il y a gauche qui vous aimez, par exemple ?
11:05– Jean-Luc Mélenchon, j'ai été rubricard.
11:06J'ai un chapitre que je lui consacre.
11:08J'ai été rubricard à l'époque où je travaillais à L'Express,
11:10où je m'occupais de la campagne de Jean-Luc Mélenchon.
11:12En 2012, j'ai fait tous ces meetings,
11:14j'ai pris le train avec lui, des taxis avec lui,
11:16j'ai discuté avec tous ses conseillers.
11:18Et honnêtement, j'ai vécu des moments très forts.
11:20Je me souviens d'un meeting au Zénith
11:23de Clermont-Ferrand, en Auvergne,
11:24qui était dinguissime.
11:25Je me souviens du meeting sur la grande plage à Marseille,
11:28du grand meeting sur une plage à Marseille
11:30à la fin de la campagne,
11:31où il y avait je ne sais pas combien de dizaines
11:32de milliers de personnes.
11:33J'ai vu cet homme avec sa scantion,
11:35avec sa rhétorique, avec sa sophistication,
11:37avec ses convictions aussi à devenir.
11:40Et puis j'ai aussi vu Jean-Luc Mélenchon
11:41de très près se cracher pendant la campagne
11:43des législatives qu'a suivie,
11:44où il était allé défier Marine Le Pen dans le Pas-de-Calais.
11:47Je raconte des scènes où on a fini par s'engueuler
11:49parce qu'il m'accuse d'être personnellement lié
11:50à la crème droite.
11:51Ce qui est partiellement vrai,
11:53au sens où je viens d'une famille très à droite,
11:54mais ce qui déjà ne se dit pas,
11:55parce que je ne vois pas en quoi je suis lié
11:57à ma famille dans mon job journalistique.
11:59Il ne faut jamais s'excuser pour sa famille.
12:01Et que par ailleurs, j'ai trouvé ça très en dessous
12:02de la ceinture.
12:04Mais en même temps, je ne regrette pas du tout
12:06d'avoir pu côtoyer Jean-Luc Mélenchon.
12:08Vous assumez, vous aimez les hommes politiques.
12:09Donc moi, je trouve que c'est des gens,
12:11des personnalités à la qualité inégalée.
12:12Mais vous pouvez garder une certaine distance
12:13quand même nécessaire dans ce métier ?
12:15Écoutez, là, vous avez eu la gentillesse
12:17de dire que c'était assumé chez moi.
12:18Et effectivement, certains diront
12:20ça va trop loin dans la proximité.
12:22Mais ce que j'ai essayé dans ce livre,
12:23en tout cas, c'est d'être authentique.
12:24C'est-à-dire que quand j'aime bien des choses,
12:25c'est de voir Philippe quand bien même,
12:27soi-disant, ce n'est pas la droite de valeur actuelle.
12:28Je le dis.
12:29Quand j'ai passé des bons moments avec Marine Le Pen,
12:31quand bien même, ce n'est pas chic de le dire,
12:32je le dis.
12:33Et j'espère qu'on retiendra au moins ça
12:36pour ma défense, entre guillemets.
12:38Moi, je voudrais m'exprimer en tant que militant de droite.
12:41C'est-à-dire que moi, j'ai longtemps été un militant.
12:43J'ai commencé à 15 ans chez Philippe Devilliers
12:45au Mouvement pour la France.
12:46Je suis passé à l'UMP, puis au LR.
12:50J'ai fait une campagne de Sarko.
12:52Et ensuite, j'ai fait la campagne de Zemmour.
12:55Donc, vous voyez, tous les pans de la droite,
12:56je les ai croisés.
12:59Je les ai connus, mais je les ai croisés
13:01en tant que militant.
13:02Et il y a une vraie différence entre
13:06dépeindre la droite comme vous le faites
13:08depuis le côté journalistique,
13:11avec peut-être une fascination pour les
13:13grands hommes politiques,
13:14là où moi, ma droite, c'est la droite des militants.
13:17Je vais être presque brutal.
13:19J'ai le sentiment que vous faites un tour
13:21dans un cimetière, en fait, dans votre livre.
13:23Parce qu'ils sont tous déjà morts.
13:25Ils sont tous déjà morts.
13:26Ils sont encore fascinants.
13:27Mais c'est la droite d'hier.
13:29C'est la droite très catho, très de l'Ouest.
13:33Et moi, j'ai connu une droite des militants.
13:36Je pense à tous mes camarades de l'Uni.
13:39Et je vois une droite qui est très différente
13:42de tous ces hommes.
13:44Et donc, précisément, je pense que votre livre
13:47doit être vu comme un livre d'histoire.
13:48C'est-à-dire que c'est la droite ancienne.
13:50C'est la droite traditionnelle.
13:51C'est quoi la droite nouvelle, alors ?
13:53Et que, précisément,
13:54parce qu'on reste trop fascinés
13:57par cette droite historique,
13:58la droite est incapable de se recréer.
14:00Et il y a partout en France
14:02des militants de droite
14:03qui espèrent un renouveau.
14:05Et le renouveau n'apparaît pas
14:06parce qu'on est bloqué
14:07par les figures tutélaires de Sarkozy.
14:09Parce qu'on est bloqué
14:10par la figure cathodique
14:12de Philippe Devilliers
14:13qu'on regarde à la télé.
14:14Et en fait, ces gens-là
14:16sont responsables, d'après moi,
14:19de l'incapacité
14:20pour la droite
14:22normale, entre guillemets,
14:23de se renouveler.
14:25Alors, comme dans mon livre,
14:26il y a quand même énormément de choses
14:27sur Bruno Rotaillot,
14:28sur Edouard Philippe,
14:30sur Marion Maréchal
14:31ou sur Marine Le Pen,
14:31vous m'accorderez que eux
14:32ne sont pas encore
14:33dans le cimetière de la politique.
14:35Ah bah si !
14:35Bah, pardon !
14:36Là, il y a au moins deux candidats
14:37à la prochaine élection présidentielle.
14:39Mais après, je assume
14:40le côté un peu mémorialiste
14:41de mon camp.
14:42Ça, c'est totalement assumé.
14:43Et d'ailleurs, je dis,
14:44je crois, la deuxième phrase
14:45de mon livre
14:46que je suis trop jeune
14:47pour me retourner
14:49mais qu'en même temps,
14:50j'ai déjà envie
14:50de rendre hommage.
14:51Donc, je ne voulais pas
14:52patienter trop longtemps
14:53avant de le faire.
14:55Et après, pour ce qui est
14:55des militants
14:56ou des vrais gens,
14:57entre guillemets,
14:58il y a effectivement
14:58deux types de personnalités
15:00dans mon livre.
15:01Il y a des personnalités publiques
15:02et là, effectivement,
15:03on est dans les salons du pouvoir,
15:04on est dans les coulisses
15:05de la politique un peu parisienne,
15:07je vous le concède.
15:07Et après, vous m'accorderez
15:09qu'il y a énormément de choses
15:10aussi sur des personnalités privées
15:11et j'ai raconté mon enfance
15:13dans la banlieue ouest,
15:14le scoutisme,
15:15les gens que je croisais
15:16à l'école,
15:16des gens totalement anonymes
15:17qui font aujourd'hui partie
15:18de mon entourage,
15:20de mon réseau,
15:20de mes amitiés
15:21et qui n'ont pas renoncé
15:22à changer le monde
15:22et qui le font de manière
15:23tout à fait discrète
15:25et je raconte
15:25leurs goûts musicaux,
15:26la manière dont ils élèvent
15:27leurs enfants,
15:28là où ils vont à la messe,
15:29des curés anonymes
15:30dont mon frère d'ailleurs
15:31et que donc ça,
15:32c'est quand même
15:33les vrais gens.
15:34Exactement.
15:35Pourquoi vous êtes aussi marqué
15:36par votre frère
15:36qui est devenu prêtre ?
15:37En fait,
15:38je suis très marqué
15:38par mon milieu
15:39parce que je suis très marqué
15:40par un milieu
15:41que j'ai tout de suite ressenti
15:42que ma archétypale.
15:44J'ai grandi
15:44en étant conscient
15:45devant l'évidence
15:46que j'appartenais
15:47à une famille
15:49totalement anormale
15:50entre guillemets.
15:50Nous étions devenus
15:51des anomalies
15:51par rapport à la manière
15:52dont se construisait
15:54le monde,
15:54la modernité effectivement
15:55et il y a un côté
15:56très passéiste
15:57et en même temps
15:58j'ai eu une rébellion
16:00face à ça.
16:00Je raconte des passages
16:01d'émancipation
16:02dans le livre,
16:03un voyage à Cuba notamment
16:04où j'avais pu croiser
16:07Angela Devy,
16:07et d'autres musiques,
16:09d'autres couleurs,
16:10d'autres paysages
16:13vers lesquels
16:14j'ai eu besoin
16:14de me tourner
16:15et en même temps
16:17c'est ce milieu
16:18six enfants,
16:19messes en latin,
16:20décriés,
16:21moqués
16:22quand on prenait
16:22le train de banlieue
16:23et qu'on était tous
16:23habillés pareil en Cyrillus.
16:25Je voyais bien
16:25que les gens nous regardaient
16:26d'un air goguenard
16:26et extrêmement moqueurs
16:27et Alban
16:28qui est mon frère prêtre
16:30et pour moi évidemment
16:31la quintessence de ça
16:32c'est-à-dire que lui
16:33il est carrément en soutane
16:34il dit la messe en latin
16:35et il a une vie de prêtre
16:38tous les jours
16:39il lit son brévière
16:39il n'est pas
16:41entre guillemets
16:42dans le vrai monde
16:42et en même temps
16:43pourtant c'est quelqu'un
16:44de très jovial
16:44et très sociable
16:46il a fait énormément
16:47de sacrifices
16:48une vie de prêtre
16:49aujourd'hui
16:49avec toutes les histoires
16:50qu'il y a dans l'église
16:51c'est aussi une vie
16:52de calomnie
16:53de moquerie
16:54très à contre-courant
16:55et voilà
16:57il m'apporte beaucoup
16:58parce que
16:59comme il est
16:59beaucoup plus détaché
17:00du monde que moi
17:01il m'apporte
17:02un regard sur les choses
17:03d'une métaphysique
17:04des élans spirituels
17:05qui je pense
17:06sont assez universellement louables
17:08merci Tugue Duhaldoni
17:09d'être passé par l'EGG
17:11c'est un livre très original
17:13parce que c'est pas
17:14un livre
17:15c'est pas un livre
17:16de journalistes politiques
17:17comme les autres
17:18parce qu'il est à la fois
17:19très personnel
17:20et en même temps
17:20on apprend beaucoup de choses
17:21aussi sur ces hommes de droite
17:23que vous fréquentez
17:24donc moi je le conseille
17:25parce que c'est assez différent
17:26de ce qu'on peut lire
17:27habituellement
17:28de la part des journalistes politiques
17:29en France
17:29merci beaucoup
17:30au grand gueule
17:30merci Tugue Duhaldi
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