- il y a 10 heures
Avec Alexandre Devecchio, rédacteur en chef des pages débats/idées du Figaro et du Figaro Magazine et auteur de "Nous vivions côte à côte" (Editions Fayard)
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NewsTranscription
00:00Le Grand Matin Sud Radio, la vérité en face, Jean-François Aquilly.
00:05La vérité en face avec toujours le meurtre de Liana dans le Gers qui provoque une onde de choc
00:12qui gagne tous les français déjà éprouvés par les saccages des casseurs qui ont suivi la victoire du PSG.
00:19Un contexte d'inquiétude, de violence en toile de fond d'une campagne présidentielle
00:22qui a débuté par la démonstration de force d'un Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis au cri de
00:27On est chez nous, ces événements qui viennent en écho, qui résonnent fortement
00:33quand vous découvrez, vous lisez l'étonnant livre
00:38Nous vivions côte à côte, signé Alexandre Devecchio qui est notre invité ce matin.
00:42Bonjour, bienvenue à vous.
00:43Bonjour.
00:44Bienvenue dans le studio de Sud Radio, rédacteur en chef des pages débaillées du Figaro,
00:48du Figaro magasiné et auteur de cet essai très personnel.
00:51Ce livre qui, au fond, raconte ce qu'est devenu ce pays.
00:57J'essaie de résumer un petit peu dans Nous vivions côte à côte.
01:02Vous évoquez, Alexandre Devecchio, votre enfance, votre adolescence en Seine-Saint-Denis,
01:07entre Épinay et Saint-Denis.
01:09Donc il y a beaucoup de questions aujourd'hui, après l'élection de M. Bagayoko.
01:13Le livre mêle autobiographie, enquête sociale, réflexion politique.
01:18Le récit, grosso modo, les années 80-90, malgré les tensions,
01:21les populations d'origines différentes vivaient encore côte à côte.
01:25Il y avait déjà des problèmes.
01:26Oui, il y avait déjà des problèmes.
01:27Je dis que je n'ai jamais connu le vivre ensemble.
01:29Mais le côte à côte, oui, il y avait une forme de mixité sociale,
01:33de mixité culturelle, de cohabitation possible,
01:35malgré déjà la montée des violences.
01:37Qu'y arrive la délinquance, le communautarisme religieux, Alexandre Devecchio,
01:43l'islamisme, vous dites, la ghettoïsation.
01:46Votre récit est un glissement rapide, au fond, vers quelque chose d'autre.
01:52Exactement, le glissement d'une certaine manière, du côte à côte au face à face.
01:56Le titre est un clin d'œil à la phrase de Gérard Collomb,
02:00mais on voit bien, il y a tout un chapitre sur Saint-Denis, où j'ai grandi,
02:04et j'y raconte la lente transformation de Saint-Denis.
02:07En réalité, l'élection de Bali Bagayoko, la percée de la France insoumise à Saint-Denis,
02:13n'est pas très étonnante, puisqu'il y a eu un basculement démographique,
02:16et un basculement culturel.
02:19Et effectivement, malheureusement, une nouvelle France, entre guillemets,
02:26islamisée, communautarisée.
02:27Maintenant, il ne faut pas résumer la ville à cela,
02:29et pas non plus tomber dans le piège rhétorique de Jean-Luc Mélenchon,
02:32parce qu'il y a aussi des gens de toute origine qui veulent continuer à être français,
02:37qui ne sont pas du tout hostiles à la France,
02:40et qui demandent à vivre paisiblement et à s'intégrer.
02:44Mais c'est vrai que je ne suis pas surpris du résultat de ces élections,
02:48et que je montre dans le livre comment cette fracture s'est installée par petites touches.
02:53Oui, alors, ce sont les émeutes, c'est ce que vous expliquez au début de votre essai,
02:57et nous allons lire avec vous, Alexandre Le Vectiot, les événements en cours,
03:01à l'aune de ce que vous évoquez, parce qu'au fond, il y a une résonance très particulière.
03:05Vous dites, ce sont les émeutes de 2023 qui m'ont convaincu d'écrire ce livre,
03:09de raconter ma banlieue, elles m'ont fait prendre conscience que le monde médiatique et parisien
03:13m'éloignait du réel.
03:16Vous avez vu une prise de conscience comme ça un jour au Figaro,
03:18où vous dites, il faut que je raconte cette histoire.
03:19Non, en réalité, ça me démangeait, les émeutes ont été un déclencheur,
03:26mais la conscience d'un décalage entre une partie du monde parisien
03:30et la réalité des Français ordinaires, j'en avais conscience depuis longtemps,
03:35c'est quelque chose dont on parlait dans les pages débat-idées du Figaro,
03:39mais je me suis dit que c'était le moment de raconter mon histoire.
03:42J'avais du mal, justement, parce que c'était l'idée de raconter un récit personnel me gênait.
03:48Mais à travers mon histoire...
03:49Oui, de ne pas se mettre en avant.
03:50Voilà, exactement.
03:51Et je crois que je ne le fais pas, je raconte surtout beaucoup les autres.
03:55Et j'ai surtout voulu raconter une contre-histoire des banlieues.
03:58Souvent, l'histoire de la banlieue, on la raconte depuis le point de vue de ceux qui cassent,
04:02de ceux qui brûlent, qu'on regarde avec un discours victimaire,
04:06alors qu'on ne s'intéresse pas justement à ceux qui se lèvent le matin,
04:09qui retrouvent leur voiture brûlée, qui subissent l'insécurité au quotidien
04:13et surtout qui ont vu leur paysage, leur ville changer
04:17et qui, en plus de l'insécurité physique, subissent ce que Laurent Bouvet appelait l'insécurité culturelle.
04:24Parce que ce qui n'est jamais assez dit, Alexandre de Vecchio,
04:28c'est que les premières victimes de ces casseurs de banlieue,
04:31de ces groupes absolument incontrôlables, de ce narcotrafic massif,
04:36ce sont les Français de toutes les origines et les étrangers qui vivent également dans ces quartiers,
04:42qui vivent dans la peur, qui sont en première ligne également.
04:45Vous expliquez, après la mort de Naël Merzouk,
04:48donc tué par un tir policier, ce sont les événements des émeutes de 2023,
04:52les propos du chef de l'État, l'hommage de la représentation nationale,
04:55me mirent en colère en accusant les policiers.
04:58Le président pensait sans doute apaiser la situation, éviter l'embrasement,
05:01et vous expliquez, cela démontrait chez lui une grande ignorance des codes,
05:05de la mentalité de beaucoup de jeunes de cités qui ne respectent que la force.
05:10Étonnant ce que vous évoquez, vous connaissez en réalité la banlieue de l'intérieur,
05:15Alexandre de Vecchio, ce n'est pas l'observateur, on va dire, journaliste parisien qui s'exprime,
05:20c'est le jeune garçon qui a grandi dans ces cités, enfin à côté de ces cités.
05:25À côté de ces cités, mais voilà, et d'ailleurs j'ai sans doute moins souffert que ceux qui y
05:32habitent vraiment,
05:33qui respectent les lois de la République, pour qui c'est très difficile aujourd'hui,
05:36mais j'ai vécu suffisamment prêt pour connaître cette mentalité, j'étais à l'école en banlieue,
05:41et oui, je crois que pour ce qui est des voyous, pour ce qui est des islamistes,
05:46ils ne respectent en tout cas que la force et l'autorité,
05:50et qu'Emmanuel Macron, en désignant la police comme coupable,
05:56c'était un problème, parce qu'il n'a pas laissé le temps de l'enquête se faire,
05:59et il a finalement accrédité la thèse des insoumis, que la police tue.
06:03Donc ça, c'était une première raison d'être en colère,
06:05mais la deuxième, c'est que je crois qu'en essayant d'apaiser les choses,
06:08il a donné le signal que l'État était faible,
06:11et on a bien vu que ça n'a pas permis d'éviter les émeutes.
06:16Et la troisième chose, c'est que moi, je trouve que la mort d'un adolescent est toujours une tragédie,
06:21de même que Ziyeh Débouna était une tragédie,
06:24mais que, justement, on ne parle pas assez des autres victimes.
06:30Naël n'était pas un ange, contrairement à ce que disait Kylian Mbappé,
06:34et je raconte dans le livre, par exemple, je reviens sur les émeutes de 2005,
06:38et c'est très bien de parler 20 ans après de Ziyeh Débouna,
06:40mais il y a d'autres victimes.
06:42J'habitais à Épinès-sur-Seine, Jean-Claude Hirvoas a été tué le même jour que Ziyeh Débouna,
06:48c'est quelqu'un qui travaillait dans une société d'éclairage public,
06:51il est rentré dans la cité d'Orgemont pour photographier, faire son travail, photographier un lampada,
06:56et il a été lynché.
06:58Et aujourd'hui, on l'a totalement oublié, la plupart des gens ignorent qui est Jean-Claude Hirvoas,
07:02et il y a eu d'autres victimes dont je parle dans le livre.
07:06Donc, à un moment donné, il faut aussi s'intéresser à ces gens-là.
07:10Alexandre Devecchio, regardons en face les événements d'aujourd'hui,
07:16et essayons de les comprendre, de les revisiter à l'aune de votre récit.
07:21Vous évoquiez les Insoumis, il y a eu le meeting assez spectaculaire,
07:27faut-il le rappeler, de Jean-Luc Mélenchon ce dimanche à Saint-Denis.
07:32Vous écrivez, c'est à Saint-Denis, la ville de mon lycée, que le changement était le plus visible,
07:37l'islam impose progressivement, c'est à partir des années 2000,
07:41ses marqueurs culturels, politiques, religieux, occupant aussi bien l'espace que les esprits,
07:46au point de transformer aujourd'hui la ville en l'une des capitales françaises du djihadisme d'atmosphère,
07:51citation allusion à Agile Kepel.
07:54C'est cette ville-là dans laquelle Jean-Luc Mélenchon, dimanche dernier, a dit « on est chez nous ».
07:58Oui, oui, et il est dans une rhétorique de partitions, de fractures, de conquêtes d'une certaine manière.
08:07Parce que qu'est-ce que ça veut dire la Nouvelle France ?
08:09Ça veut dire qu'il y aurait une vieille France dont il faudrait se débarrasser, qu'il faudrait effacer,
08:14et ça résonne particulièrement dans des villes comme Saint-Denis ou Epines-sur-Seine,
08:18où j'explique dans le livre qu'il y a eu un véritable basculement démographique,
08:23que tous ceux, pas tous ceux parce que certains n'ont pas le choix,
08:27mais tous ceux qui pouvaient ont fui cette ville.
08:31Ils ont fui d'abord les cités pour aller dans des quartiers pavillonnaires quand ils avaient les moyens,
08:35et ensuite ils sont partis un peu plus loin dans la France périphérique.
08:39Donc quand il parle de Nouvelle France, quand il dit « on est chez nous »,
08:42il accrédite finalement la thèse d'une conquête silencieuse
08:46et l'idée que certains ne seraient plus les bienvenus à Saint-Denis ou à Epines,
08:51et qu'il faudrait se débarrasser comme ça de la vieille France.
08:54Donc je pense que c'est une rhétorique très dangereuse en plus parce qu'elle l'enferme.
08:57Et ça, j'en parle beaucoup dans le livre,
08:59les enfants de l'immigration ou les gens d'origine immigrée
09:02dans une supposée identité d'origine totalement fermée.
09:07Alors je crois que beaucoup, ceux qui sont nés en France,
09:10qui veulent rester en France, ont vocation à devenir français,
09:13à adopter les codes socio-culturels français et pas à rester enfermés
09:17dans une pseudo-identité racisée, comme le dit Jean-Luc Mélenchon,
09:22islamisé ou de Nouvelle France.
09:24C'est le meilleur moyen pour créer de France en réalité.
09:27Vous écrivez d'ailleurs Alexandre Devecchio,
09:30Jean-Luc Mélenchon et la France insoumise
09:31qui misent sur le changement démographique pour accéder au pouvoir,
09:34ont attisé le feu, justifiant la « révolte »
09:38par les violences policières et le racisme systémique de l'État français.
09:42La plupart des médias et des sociologues
09:44ont renoué avec leur traditionnel discours victimaire.
09:48Il est pleinement conscient du fonctionnement du système,
09:51des médias.
09:52Jean-Luc Mélenchon, il savait qu'il est en mode conquête là.
09:55Oui, d'ailleurs avec une certaine habileté,
09:57parce que malgré tout le meeting était dans un style moins...
10:00Je pense qu'on va voir un Jean-Luc Mélenchon
10:02plus rassembleur que ces derniers temps.
10:06Il a soudé sa base et désormais il veut l'élargir.
10:10Mais effectivement, il a pleinement conscience
10:12des phénomènes sociologiques,
10:14des basculements démographiques,
10:16de la démagogie,
10:18d'un certain nombre d'associations,
10:20d'un certain nombre de médias.
10:22Moi j'en veux beaucoup plus.
10:24Et je crois que c'est le cas de beaucoup de Français
10:25qui habitent en banlieue
10:28ou qui souffrent de cette insécurité.
10:30Ils en veulent davantage
10:33aux élites, entre guillemets, médiatiques et politiques
10:36qui ont été dans le déni
10:38ou qui ont alimenté un discours anti-racisme
10:41et qui en réalité était un discours en partie fumeux
10:45que presque à la délinquance et aux communautaristes.
10:49Parce que le problème, c'est que ça a été encouragé,
10:53notamment par une partie de la gauche,
10:55mais pas seulement,
10:55pour des raisons clientélistes
10:56et aussi pour des raisons idéologiques
10:59parce qu'on ne voulait pas voir le réel.
11:01Alexandre Novico, après la pause,
11:02je vous poserai la question
11:04quel regard vous portez sur cette colère
11:06qui ne retombe pas dans le pays
11:08et c'est tant mieux,
11:09après la mort, le meurtre de Liana
11:13dans le Gers.
11:15Et puis il y a cette question aussi
11:17parce que vous l'évoquez également dans votre livre,
11:19comment est-ce que l'on peut
11:22envisager une possible réconciliation ?
11:25Parce qu'on en est là aujourd'hui.
11:26Il y a une ligne de fracture qui est profonde
11:28et il faudra peut-être un jour penser à se parler.
11:32Allez, on en parle dans un instant d'ailleurs,
11:330826 300 300,
11:35si vous voulez interpeller, interroger Alexandre Devecchio.
11:38Nous vous retrouvons dans un court instant
11:39après la pause pour la suite de La Vérité en Face.
11:41Le Grand Matin Sud Radio,
11:43La Vérité en Face,
11:45Jean-François Aquili.
11:46Avec Alexandre Devecchio,
11:49rédacteur en chef des pages débat-idées
11:50du Figaro, du Figaro Magazine,
11:52auteur du Passionnant,
11:53Nous vivions côte à côte,
11:55paru chez Fayard,
11:56je vous l'avoue.
11:57Je l'ai dévoré.
11:59Ça raconte un peu nos vies,
12:00pour ceux qui ont grandi.
12:02C'est le cas de votre serviteur dans ces quartiers.
12:04C'est mon cas aussi.
12:06J'ai grandi dans des barres grises.
12:07Et je vous avoue que ce que vous décrivez
12:11est la réalité, Alexandre Devecchio,
12:13je tenais à vous le dire.
12:15Il y a cette colère aujourd'hui en France
12:17qui ne faiblit pas.
12:19Nous avons été les témoins,
12:21nous avons commenté année après année
12:23des faits divers épouvantables
12:25des petites filles,
12:27des jeunes garçons assassinés.
12:29Mais là, je ne sais pas ce que vous en pensez,
12:31Alexandre Devecchio,
12:32vous qui êtes un observateur avisé
12:33de la vie de ce pays,
12:34et pas seulement politique.
12:36La colère ne retombe pas des Français aujourd'hui.
12:38Celle d'après le meurtre de Liana.
12:40Comment vous l'expliquez ?
12:41Parce que je crois que ça va au-delà de ce meurtre
12:44qui est absolument ignoble.
12:46Mais je pense que les Français savent
12:48que le mal existe.
12:50Mais ils aimeraient que leur justice
12:52réponde de manière ferme à tout cela.
12:56Et on voit bien qu'il y a eu une série
12:57de dysfonctionnements.
12:58Et ça fait écho à un nombre incalculable d'affaires
13:02où des personnes qui étaient dangereuses
13:05pour la société ont été remis en liberté,
13:08ont recommu de nouveau des actes très graves.
13:13Donc c'est le symbole d'une fracture
13:16entre la justice, je dirais,
13:17et une partie des Français.
13:19Les Français ne croient plus en la justice,
13:21ont le sentiment que la justice
13:22ne protège plus les citoyens,
13:25étant dans une idée de réinsertion.
13:29Mais ça ne devrait pas être la priorité.
13:31La priorité, ce serait quand même,
13:32d'une part, d'appliquer la loi.
13:34Parce qu'en fait, toutes les lois existent.
13:37Mais on sait bien qu'elles ne sont pas toujours
13:40appliquées.
13:42Les peines maximales existent,
13:44mais elles sont souvent très peu prononcées.
13:46Ensuite, on ne fait pas...
13:48On va en prison,
13:49mais il y a toujours un juge d'application
13:50des peines.
13:52Et donc on a une justice
13:53qui ne fonctionne plus
13:56et qui ne protège plus les citoyens,
13:58ce qui est sa première vocation.
14:00Elle doit être rendue
14:01au nom du peuple français,
14:02en réalité.
14:03Donc il y a le sentiment,
14:04depuis longtemps,
14:05qu'il y a une justice
14:05qui est en partie idéologisée,
14:07en partie inefficace,
14:08qui manque de moyens,
14:09et le politique a sa responsabilité
14:11parce qu'on n'a pas construit
14:12assez de places de prison.
14:14Mais je crois que cette colère,
14:15elle est contre tout cela,
14:17au-delà de cette affaire
14:18qui est un peu la goutte d'eau
14:20qui fait des bords des levas.
14:21Vous dites que les lois existent,
14:23c'est vrai.
14:24Elles sont parfois,
14:26on va dire,
14:27bloquées au Parlement.
14:28Elles ne sont pas appliquées.
14:30Les magistrats, certes,
14:31se fondent sur des textes,
14:32mais pour envoyer des casseurs en prison,
14:35encore,
14:35faut-il qu'il y ait des places disponibles.
14:37Non, exactement.
14:37Parce que c'est un principe de réalité.
14:39Quand vous voyez les 70 000,
14:41Alexandre de Vecchio,
14:43enquête,
14:44que Gérald Darmanat demande
14:47à exécution,
14:48sous un mois,
14:4914 juillet,
14:49c'est dans un mois.
14:50C'est la même chose.
14:51Si vous poussez les enquêtes,
14:54même un très grand nombre d'entre elles,
14:5670 000,
14:56c'est gigantesque,
14:57ils n'y arriveront pas.
14:59Si vous devez placer
15:00en détention provisoire
15:02des violeurs d'enfants,
15:03il n'y a toujours pas
15:04de place de prison non plus.
15:06Donc, nous sommes face
15:07à un principe de réalité.
15:08Il y a eu un laissé-aller
15:09à vos yeux.
15:10Oui, mais ça aussi.
15:11Le livre ne parle pas
15:13de ce sujet directement,
15:14mais parle d'une dégradation
15:16qui court sur une quarantaine
15:18d'années.
15:21C'est le cœur du sujet
15:22de votre livre.
15:22Vous l'avez dit,
15:23on paie l'addition
15:24de quatre décennies
15:25de mélange
15:26d'impuissance,
15:27de démagogie,
15:29de lâcheté.
15:30Et on est à l'heure,
15:31malheureusement,
15:31de l'addition.
15:33Alors, je disais,
15:33il y a toutes les lois,
15:34c'est vrai,
15:35il n'y a pas toujours
15:35les places de prison.
15:36Et il y a autre chose,
15:38c'est qu'il y a aussi,
15:39effectivement,
15:40vous l'avez évoqué,
15:43la question de l'état de droit
15:44qui se transforme parfois
15:45en gouvernement des juges.
15:47C'est-à-dire que les gouvernements
15:49successifs
15:49essayent de durcir
15:50sur l'immigration,
15:52sur la politique pénale.
15:54Et il y a toujours,
15:55soit le Conseil constitutionnel,
15:56soit la Cour européenne
15:57des droits de l'homme,
15:58qui vient casser
16:00un certain nombre
16:01de lois
16:01ou de dispositifs
16:02votés légitimement
16:03par le Parlement.
16:04Et là,
16:04ça pose quand même
16:05un problème démocratique
16:06parce que les juges,
16:07si vous voulez,
16:07ne sont pas élus.
16:09Ils devraient être
16:09la bouche de la loi.
16:11Et moi,
16:11je veux bien
16:11qu'on respecte
16:12la Constitution,
16:13mais on voit bien
16:13qu'il y a souvent
16:14une interprétation
16:16des juges
16:16et qu'elle va toujours
16:17dans le même sens
16:18alors que la société
16:19réclame justement
16:19plus d'ordre
16:21et plus d'autorité.
16:22Alors,
16:23certains se sont dit,
16:24Alexandre Devecchio,
16:25d'où est-ce qu'il parle
16:26pour raconter tout ça.
16:27Moi,
16:27je tiens à vous dire
16:28que j'ai été surpris
16:30et agréablement surpris
16:31parce que vous êtes
16:31un enfant de la méritocratie.
16:33Je sais que vous n'avez pas
16:33parlé de vous,
16:34pardon.
16:34Pour devenir journaliste,
16:36vous êtes passé par la prépa
16:37à égalité des chances,
16:38née de la volonté
16:39du bandy blog
16:39et de l'école
16:40l'ESG Lille,
16:41sous-superjournaliste de Lille,
16:43d'ouvrir davantage
16:44les grandes écoles
16:44aux classes populaires.
16:46Vous venez de là,
16:46en fait,
16:47Alexandre Devecchio.
16:48Oui,
16:48alors classe populaire,
16:49je ne suis pas d'un milieu pauvre
16:50mais en tout cas
16:51d'un milieu modeste.
16:52J'ai grandi en banlieue,
16:53à Epines-sur-Seine,
16:54mes parois étaient
16:55petits commerçants,
16:56à une époque
16:57de mondialisation
16:58où c'était difficile
16:59pour le petit commerce.
17:02Donc,
17:02je viens de là,
17:02je parle effectivement
17:03de cette prépa à égalité
17:04des chances.
17:05Là encore,
17:06pas de temps pour parler de moi
17:07mais pour parler d'un système
17:08qui fonctionnait
17:09pas trop mal.
17:10Ce qui était intéressant
17:10justement dans cette prépa
17:11à égalité des chances
17:12c'est que ce n'était pas
17:12de la discrimination positive.
17:14C'était un dispositif
17:16effectivement de rattrapage.
17:17On a eu une prépa
17:19pour préparer les concours
17:20mais ensuite,
17:20on les a passés
17:21de manière anonyme.
17:22Ce n'était pas une politique
17:22de quota.
17:23Alors,
17:23je crois que la politique
17:24de quota
17:25n'est pas la bonne solution
17:26parce que ceux
17:28qui en bénéficient
17:30se sentent parfois
17:31illégitimes
17:31et ça crée aussi
17:34des inégalités.
17:35Je veux dire,
17:36on ne répare pas
17:36une injustice
17:37par une autre injustice.
17:39Et donc,
17:39ce dispositif
17:40était assez intéressant
17:41mais ce que je voulais
17:42montrer aussi
17:42c'est qu'il y avait en germe
17:44peut-être
17:44la France d'après.
17:45C'était la fin
17:46d'une France
17:47justement du côte à côte
17:49et le début
17:50des fractures françaises
17:51parce que dans cette prépa
17:52il y avait des jeunes
17:53de toute la France
17:54de toutes les origines.
17:56Il y avait vraiment
17:57une vraie solidarité
17:58mais il y avait déjà
17:59un certain nombre
18:00de tensions
18:00avec un certain nombre
18:01de figures
18:01qui de manière intéressante
18:02sont devenues journalistes
18:03après.
18:04Je pense notamment
18:05à Nassira El-Modradem
18:06que nos auditeurs
18:09connaissent peut-être
18:09qui se fait connaître
18:10par des tweets
18:11expliquant que les Français
18:12étaient un peuple
18:13de racistes
18:14dans leur intégralité.
18:15Donc Nassira a évolué
18:17vers un discours
18:17justement très proche
18:18des insumis,
18:19très proche
18:20des décolonialistes
18:20et donc il y avait déjà
18:22en germe cela
18:23et j'explique aussi
18:24comment ce communautarisme
18:28s'est imposé
18:29petit à petit.
18:29Une phrase en conclusion,
18:31en guise de conclusion
18:31Alexandre Devecchio,
18:32je vous cite toujours
18:33et il ne s'agit pas
18:34de souffler sur les braises
18:35des divisions
18:35mais de tirer les leçons
18:36des échecs passés
18:37et envisager
18:38les contours
18:39d'une possible
18:41réconciliation.
18:42Il y a une petite
18:43lueur d'espoir
18:44quand même
18:44dans votre issue.
18:45Je ne voulais pas
18:46faire un livre
18:47pour dire
18:47que tout est fou.
18:49Il est réaliste,
18:50mon livre
18:51il est sans concession
18:52mais je ne voulais pas
18:53faire un livre
18:54pour dire
18:54que tout est foutu
18:55sinon ce n'est pas
18:55la peine d'écrire
18:56et ce n'est pas
18:56la peine de faire
18:58notre médié.
18:59Je crois qu'il y a
19:00encore des marges
19:01de manœuvre
19:02qui a un constat
19:03qui est partagé
19:03par une écrasante
19:04majorité de Français
19:06quelle que soit
19:06leur origine d'ailleurs
19:08et moi je regrette
19:09que justement
19:09ces Français
19:10soient trop peu
19:11entendus
19:11par la classe politique
19:13et médiatique
19:15en réalité
19:15et c'est de ça
19:17dont on a souffert.
19:18Moi je suis un enfant
19:19vous l'avez dit
19:19de la méritocratie
19:20mais j'ai aussi
19:21un grand-père italien
19:22qui a un enfant
19:23de l'assimilation.
19:24L'assimilation fonctionnait
19:26parce qu'il y avait
19:26un modèle de référence
19:27parce que les classes populaires
19:28étaient valorisées
19:30et c'est elles
19:30qui faisaient le travail.
19:31Ça se faisait par le haut
19:32ça se faisait par l'école
19:33mais ça se faisait aussi
19:34dans les quartiers
19:34par les relations de voisinage
19:36une assimilation
19:38par le bas
19:39et ça n'a pas pu se faire
19:41durant les décennies
19:42les dernières décennies
19:44parce qu'il y a eu
19:45un problème d'immigration
19:46trop massive
19:47sans doute
19:47quand l'immigration
19:48est trop massive
19:49on ne peut plus assimiler
19:49mais aussi parce qu'on a dénigré
19:51ces Français ordinaires
19:52on les a traités de bouffe
19:53de raciste
19:54alors que c'est eux
19:55qui avaient le bon diagnostic
19:56donc j'aimerais
19:56qu'on les écoute un peu plus
19:58et que les élites politiques
20:01et médiatiques
20:01qui sont là
20:02pour servir le peuple
20:04et bien se mettent
20:05au diaposon
20:06du diagnostic
20:07qu'a fait le peuple
20:07depuis longtemps
20:08et trouvent des réponses
20:10et des solutions
20:10qui soient en adéquation
20:11avec ce que pense
20:12la majorité des Français.
20:13et pas seulement
20:14des cahiers de doléances
20:15désormais stockés
20:16dans des armoires
20:17métalliques.
20:18Merci Alexandre Devecchio
20:20rédacteur en chef
20:21des pages débaïdées
20:22du Figaro
20:23du Figaro magazine
20:23auteur de ce livre étonnant
20:27Nous vivions côte à côte
20:28paru chez Fayard
20:30merci pour votre témoignage ce matin
20:31et bonjour Valérie Expert
20:32Bonjour Jean-François Ackley
20:34Bonjour
20:36Mettons-nous d'accord
20:37et bien écoutez
20:38l'affaire toujours
20:39de la petite Liliana
20:40avec des témoignages terribles
20:43continuez de nous appeler
20:440826 300 300
20:45j'espère que nos politiques
20:47nous écoutent
20:48écoute Sud Radio
20:49pour entendre vos témoignages
20:50pour entendre
20:51ces dysfonctionnements
20:52qui ne sont pas isolés
20:55qui sont quand même
20:56dans ce que vous nous racontez
20:57assez terrifiants
20:58quelles solutions
20:59et puis Patrick Bruel
21:00on a appris
21:01qu'il était déféré
21:01devant des juges
21:02ce matin
21:03qu'elle suit pour son affaire
21:05et puis on parlera
21:05des goûters de nos enfants
21:07avec la directrice
21:09de la rédaction
21:09de 60 millions de consommateurs
21:10très sucré
21:11très sucré
21:12c'est à suivre
21:14dans un instant
21:14est-ce que vous faites attention
21:15on vous attend
21:170826 300 300
21:18Bonne émission Valérie
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