- il y a 21 heures
Avec Marie Peyraube, qui publie Les Insatiables chez Stock
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##C_EST_QUOI_LE_PROBLEME-2026-06-22##
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NewsTranscription
00:00Valérie Expert
00:02Et on est avec vous sur Sud Radio, une nouvelle semaine qui démarre sous le signe de la canicule bien
00:08évidemment.
00:09Bonjour Gilles Ganzman, bonjour Félix Mathieu, bonjour à vous Marie Perraub, merci d'être là ce matin.
00:17C'est quoi le problème ? Bien écoutez, on va revenir avec vous sur l'affaire Epshine
00:21et plus particulièrement sur ce qui s'est passé dans les années 80-90 au sein des agences de mannequins.
00:28Vous avez réalisé une enquête glaçante et remarquable sur ces prédateurs, sur ceux qui ont mis en place, qui n
00:40'y connaissaient rien à la mode,
00:42qui ont mis en place un système très particulier autour de ces jeunes femmes qui aspiraient à devenir mannequins
00:48et comment Jeffrey Epstein s'est infiltré dans ce système. On va en parler dans un instant avec vous également
00:56Félix Mathieu.
00:57Ben oui, la canicule, il fait chaud, ça ne sert à rien de le dire et de le répéter.
01:02Néanmoins, c'est devenu un sujet politique passe-d'armes entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen.
01:08C'est devenu effectivement également, on va le voir, Marine Tondelier qui est contre la clim.
01:15Bref, là aussi...
01:16Mais qui met du blanc sur ces vêtres.
01:17Voilà, le blanc de Meudon.
01:19Le blanc de Meudon.
01:200826 300 300 et puis la loi sur la fin de vie qui revient à l'Assemblée Nationale.
01:24Eh bien, on a-t-on assez parlé ? Est-ce que vous estimez qu'il y a eu suffisamment
01:28de débats ?
01:29On y reviendra avec vous, Gilles.
01:31Et moi, dans mon zapping, je vous parlerai d'une campagne choc qui sort aujourd'hui que le gouvernement met
01:37en place contre les narcotrafics.
01:41Alors, c'est efficace de faire quelques affiches et de la publicité contre le narcotrafic avec des images choc.
01:47Vous verrez ça à 10h30 et vous pouvez réagir au 0826 300 300.
01:53Et puis, puisque c'est la canicule, je vous proposerai une petite glace au bulot.
01:58Ça vous dit ?
01:59Pas du tout.
01:59C'est les nouveaux goûts de glace.
02:02Vous verrez, vous me direz.
02:04On verra avec nos débatteurs.
02:05Mais c'est fait par le successeur de Bertillon.
02:07Ah, ça change des choses.
02:09Oui, je crois qu'il y a beaucoup de mélangement.
02:10Ce sera un peu plus léger.
02:12Félix Mathieu, c'est quoi le problème ?
02:14On revient donc sur l'affaire Epstein, symptomatique d'un symptôme peut-être plus vaste de prédation sexuelle
02:21dans les milieux de la mode de la jet set dans les années 80.
02:25Et ce que démontre dans son enquête Marie Perrault, je rappelle le livre Les Insatiables, paru chez Stock.
02:31Oui, insatiables comme ces millionnaires, ces milliardaires, autres puissants de ce monde
02:35qui se promettent de se livrer en pâture des jeunes femmes en jouant sur leurs espoirs
02:40sans prévenir leur proie de ce qui va les attendre, par exemple, une fois arrivées sur l'île paradisiaque
02:46ou dans une ville.
02:47Là, Marie Perrault parle de ce scandale Epstein qui a éclaboussé des personnalités du monde entier,
02:52toutes sommées de se justifier sur ce qu'elles savaient ou pas.
02:55Pour autant, elle nous parle d'un déni, d'un système de prédation sexuelle
02:59qui trouve aussi ses racines en France.
03:01La France, le piétateur européen d'Epstein, qui avait choisi d'acquérir un appartement parisien
03:05quand il n'était pas aussi parfois à Saint-Tropez au beau jour.
03:08Avec, bon, derrière cette question, l'affaire Epstein aurait-elle été possible
03:11sans un terreau favorable à un certain milieu, disons, de la jet set,
03:16de la mode des années 80-90 ?
03:18Un système de prédation consistant, notamment, à profiter des espoirs
03:22de faire carrière des jeunes mannequins, parfois adolescentes.
03:25Prédation masquée derrière une façade de glamour, de mœurs libérés,
03:29de podiums, d'insolences.
03:31Bon, entre les lignes, on comprend qu'Epstein a industrialisé,
03:34optimisé ensuite une culture du viol, une mentalité toxique
03:38qui existait déjà, notamment, dans ce milieu du mannequinat.
03:41Oui, Marie Perrault, vous êtes journaliste, réalisatrice.
03:45Vous avez réalisé cette enquête vertigineuse sur ce milieu des années 80.
03:51On en avait parlé, on savait qu'il y avait de la drogue, qu'il y avait des fêtes,
03:57mais vous êtes vraiment allée au cœur de ce système.
04:00C'est l'affaire Epstein qui a été le point de départ pour vous ?
04:02Alors, pas tout à fait.
04:03En fait, j'ai commencé à enquêter sur l'affaire Élite.
04:06Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a 6-7 ans,
04:09il y avait eu déjà des plaintes de certaines mannequins contre le patron d'Élite.
04:13Et au départ, je trouvais que c'était extrêmement intéressant.
04:16J'avais envie de comprendre pourquoi il y avait eu une omerta,
04:19pourquoi finalement ces plaintes avaient été classées sans suite.
04:22On était déjà un petit peu dans un climat en France
04:25où on commençait à se poser des questions sur ces systèmes de prévention.
04:29Il y avait Omar Harfouche qui avait été dénoncée dans une émission de Thierry Ardisson.
04:35Mais bien sûr, oui, ça fait partie aussi de ce que je démontre dans ce livre
04:40qui est une omerta, j'ai appelé ça le baillon,
04:43qui pendant des décennies a fait que la loi du silence s'est vraiment installée.
04:47Une chape de plomb a été mise sur toutes ces affaires et tout ce système sordide.
04:52Mais c'est en enquêtant. Au départ, j'ai commencé à enquêter sur Élite.
04:55Et puis l'été dernier, l'affaire Epstein a explosé dans les médias aux Etats-Unis
05:00avec Trump au départ, vous vous souvenez, qui était impliqué.
05:03Et là, j'ai commencé à comprendre qu'en fait, ça faisait partie d'un système plus vaste.
05:08Mais c'est dans l'autre sens, c'est-à-dire que je suis partie d'élite des années 80
05:13-90
05:14qui a façonné justement notre propre rapport à notre corps, aux fantasmes.
05:20Oui, c'est ça, c'est ce que vous expliquez.
05:21C'est que c'était des très jeunes femmes qui étaient recrutées à l'époque
05:27par ces hommes qui se sont improvisés finalement, casteurs.
05:32C'est ça qui est absolument ahurissant dans le livre.
05:37Ils n'étaient pas du tout, c'est tout à fait juste ce que vous dites.
05:39Ils n'étaient pas du tout des pros ni de la mode, ni du stylisme.
05:45Ils jugeaient comme du bétail en fait.
05:48Exactement.
05:49Leur rencontre en général se fait en boîte de nuit
05:52avec Claude François pour l'un d'entre eux.
05:55Il y a tout un univers.
05:57Et puis avec l'évolution aussi de l'industrie de la mode
06:01qui se professionnalise, avec de plus en plus d'argent aussi
06:05généré par cette industrie,
06:07ils deviennent des patrons extrêmement puissants.
06:09Et là, une forme d'impunité totale,
06:12un halo un petit peu autour d'eux.
06:15Avec une omerta et un silence qui a duré très longtemps.
06:19Très longtemps.
06:19Puisque les jeunes femmes en question,
06:21même j'ai envie de dire jeunes filles pour certaines,
06:23n'osaient rien dire.
06:25Oui, alors c'est à dire qu'en fait,
06:27et c'est pour ça aussi qu'Epstein, des décennies plus tard,
06:29s'est infiltrée et s'est glissée dans notre système,
06:32dans ce système français.
06:33C'est qu'en fait, le grooming,
06:36comme ils disent en anglais,
06:37c'est-à-dire le conditionnement,
06:38était opéré par l'industrie même de la mode.
06:41Parce que ces très jeunes filles,
06:43parfois on parle de petites filles,
06:46les apprentis mannequins,
06:47ça peut aller jusqu'à 12 ans.
06:48Ça commence à 12 ans.
06:50Donc on n'est pas sur des jeunes femmes de 19-20 ans.
06:52Il y en a, mais il y a aussi de très très jeunes filles,
06:54arrivent de partout dans le monde.
06:56En général, leurs parents,
06:58alors il y a une question aussi autour des parents,
07:00mais font confiance à ces agences.
07:02Et le conditionnement est déjà en place.
07:05C'est-à-dire qu'il y a un chantage au travail,
07:08et il y a un silence qui s'instaure.
07:10C'est-à-dire que quand ces jeunes filles sont envoyées
07:12dans des dîners,
07:13après les soirées de casting,
07:14pour agrémenter des dîners de milliardaires
07:17ou de riches industriels,
07:19ça rejoint ce que vous disiez dans votre billet.
07:22Voilà, elles ne peuvent pas refuser.
07:25Surtout qu'il faut dire que dans les années 80-90,
07:28c'est l'époque des mannequins stars.
07:29C'est-à-dire que c'est ni les chanteurs,
07:32ni les acteurs.
07:33On voit dans la presse,
07:35on publie énormément de choses avec les mannequins,
07:39et on passe de mannequins à top modèle.
07:41Et c'est ce phénomène-là aussi
07:43qui fait rêver de devenir top modèle.
07:45On les voit sur des yachts,
07:47on les voit avoir une vie de star.
07:50Et c'est vrai que les médias
07:52ont aussi une responsabilité
07:53à ayant montré ces top modèles.
07:55Est-ce que vous pensez
07:56qu'il y a eu aussi ce phénomène-là ?
07:58Alors, tout à fait.
07:59C'est très intéressant ce que vous dites.
08:01C'est-à-dire que ces top modèles,
08:02elles sont montrées, exposées sur des yachts,
08:05mais ça va plus loin.
08:06C'est-à-dire qu'elles sont...
08:07Moi, je me souviens,
08:07j'étais toute jeune adolescente à cette époque.
08:10Ma chambre était tapissée des posters
08:13de Naomi Campbell.
08:14C'est une micro-forte.
08:16C'était cette époque-là.
08:17Vous y rêvez ?
08:17Mais ça va plus loin.
08:20Evangélissa,
08:20qui a été la femme de Gérald-Marie.
08:24Patron d'élite.
08:24Absolument.
08:25Et en fait,
08:26elles incarnaient aussi
08:27une forme de liberté
08:28et de puissance féminine.
08:30C'est là où la perversité
08:31est poussée à son extrême.
08:33C'est ce que vous décrivez aussi
08:35en expliquant que c'est ce qui a changé
08:37aussi le rapport à la féminité,
08:40au corps.
08:42Et vous êtes allé rencontrer Gérald-Marie.
08:44Il a accepté de vous recevoir
08:45à Ibiza.
08:49Comment vous l'avez ressenti ?
08:50Parce que lui, il vous dit
08:51« Moi, j'étais au courant de rien.
08:53J'ai rien fait. »
08:53Or, on voit dans la deuxième partie du livre
08:55que ce n'est pas tout à fait la réalité.
08:58Il y a cette enquête aussi de la BBC.
08:59On pourra dire un mot
09:01dont certaines images ont, par hasard,
09:04malencontreusement été perdues,
09:05mais qui témoignent d'un homme très violent,
09:07alors que lui, aujourd'hui, il a 75 ans,
09:10apparaît comme quelqu'un de très bon enfant.
09:12Quel sentiment vous avez eu, vous, en le voyant ?
09:14Alors, c'est vrai que sur cette enquête de la BBC
09:17que vous mentionnez, c'est très intéressant.
09:19Moi, j'ai pu...
09:20Ce documentaire, aujourd'hui, il est interdit,
09:22mais moi, j'ai pu le visionner.
09:23Pourquoi il est interdit ?
09:24Alors, il est interdit parce que, vous savez,
09:26il y a eu un accord signé
09:27entre élite et la BBC à l'époque,
09:29au début des années 2000.
09:30Le documentaire a été sorti en 1999
09:32partout en Europe, sauf en France.
09:35Ça aussi, c'est...
09:36Ça aussi, c'est intéressant.
09:37Et quand l'agence élite a porté plainte
09:40en diffamation contre la BBC,
09:42c'est toute une histoire rocambolesque,
09:44avec, notamment, vous parliez d'Omar Harfouch,
09:47qui est mis dans la boucle,
09:49qui lui dénonce,
09:50parce qu'il était à cette époque
09:51patron d'élite ukraine,
09:53il est menacé.
09:54Enfin, voilà, il y a toutes sortes de personnages.
09:56On se rend compte aussi
09:57que ça prend des proportions
09:58quasiment de thrillers.
09:59Oui, complètement.
10:00Cette histoire, c'est-à-dire que
10:01la réalité est pire qu'une fiction, quoi.
10:03Mais qui est financier, dite ?
10:06Qui est le grand maître derrière ?
10:08Alors, c'est John Casablanca,
10:09à l'époque.
10:10Au départ, oui.
10:10Au départ, et après le scandale
10:12de la BBC, il revend ses parts.
10:15Alors, juste pour répondre
10:16sur Gérald Marie,
10:17donc, il accepte de vous recevoir.
10:18C'est l'un des derniers survivants,
10:20puisque les autres sont morts,
10:22Jean-Luc Brunel,
10:24Jean-Luc Brunel, etc.
10:26Donc, il accepte de vous recevoir.
10:27Alors, c'était une interview en visio.
10:30Ah, d'accord.
10:31Je croyais que vous étiez allé le voir.
10:32Oui, c'était une interview en visio,
10:34mais qui a duré longtemps,
10:35qui était...
10:35Bon, on avait...
10:36On voyait sa maison.
10:37Enfin, c'était quand même assez...
10:39Il y avait le contexte.
10:40C'était très intéressant.
10:41Mais Gérald Marie, si vous voulez,
10:42c'est quelqu'un qui est extrêmement,
10:44d'abord, très sympathique,
10:46très ouvert,
10:47et il n'avait jamais parlé.
10:49Donc, je me suis posé la question
10:51de pourquoi est-ce qu'il acceptait.
10:53Il faut toujours essayer de comprendre
10:55quand on enquête,
10:56quand on fait de l'investigation,
10:57pourquoi les gens vous disent oui.
10:59Je pense qu'à partir du moment
11:02où, moi, c'est pas tellement sorti
11:04dans la presse,
11:05mais où il apparaît dans les Epstein Files,
11:08je pense qu'il s'est dit,
11:10et son avocate,
11:11qui est une très grande avocate,
11:12Céline Beckerman,
11:13s'est dit,
11:14il vaut mieux désamorcer,
11:16il vaut mieux parler maintenant,
11:17pour un livre,
11:18avec quelqu'un en qui on a confiance,
11:20parce que ça pourrait sortir
11:22et devenir peut-être plus embêtant pour lui.
11:25Donc, voilà,
11:26il fait comme si tout était absolument normal,
11:31circuler, il n'y a rien à voir,
11:33et pourtant,
11:34je lui pose la question plusieurs fois,
11:35et je lui tends presque des perches
11:37en lui disant,
11:38peut-être que c'était une autre époque,
11:41une autre époque,
11:42peut-être que vous ne vous êtes pas rendu compte,
11:45il y avait aussi,
11:46parce que c'est aussi l'industrie de la mode
11:48qui crée cette zone grise,
11:50il y avait aussi des jeunes femmes
11:52qui se disaient,
11:53couchons pour réussir.
11:54Oui, bien sûr.
11:56Ce qui n'empêche pas que
11:57beaucoup, beaucoup ont été victimes
11:59d'un système de prédation sexuelle,
12:01et que le consentement,
12:03pour le coup,
12:03n'a pas du tout été respecté,
12:05mais voilà.
12:06Et non, pas du tout,
12:07lui, ce qu'il dit,
12:07c'est que c'était une époque,
12:10évidemment, de liberté.
12:12Festive, voilà.
12:14Créatrice, festive.
12:16Mais il nie les viols.
12:17Il nie les viols.
12:18Il ne se souvient d'aucune
12:19des jeunes femmes
12:21qui ont porté plainte contre lui,
12:22sauf une,
12:23carré Otis.
12:24Je ne sais pas si vous voyez.
12:25Oui, qui était la femme de Mickey Rourke.
12:27Absolument.
12:28La femme de Mickey Rourke,
12:29qui a été légérie de Guès,
12:32qui posait dans ses jeans
12:33un petit peu moulants,
12:35qui est une des seules
12:35qui a fait vraiment,
12:36réellement une carrière.
12:37Et il explique
12:38que c'était une relation
12:40tout à fait consentie.
12:41Et c'est vrai que moi,
12:42j'ai beaucoup travaillé
12:43sur d'autres affaires
12:46de violences sexuelles.
12:47Et souvent,
12:48c'est un discours
12:49qu'on retrouve.
12:50Que ce soit Nicolas Hulot,
12:52Tariq Ramadan,
12:53Patrick Bruel,
12:54Gérard Depardieu,
12:55il y a une forme de...
12:56C'était consenti.
12:58Et quand on lui pose la question,
12:59parce que je lui ai demandé,
13:00je lui ai dit,
13:01mais consenti peut-être,
13:02mais cette jeune fille
13:03a 17 ans.
13:04Vous êtes son patron.
13:05Elle vit chez vous.
13:06Oui, c'est ça.
13:07Vous avez un pouvoir,
13:08en fait, sur sa carrière.
13:10Donc, l'équilibre des forces
13:12n'est pas vraiment
13:12tout à fait respecté.
13:15Non, il ne comprend pas.
13:16Il dit qu'elle avait
13:18l'air très heureuse,
13:18qu'elle n'a jamais manifesté
13:21le moindre...
13:23Enfin, voilà,
13:23la moindre...
13:24Alors qu'il y a des témoignages,
13:25on va y revenir,
13:26il y a des témoignages
13:27de jeunes femmes
13:28qui racontent
13:29une autre histoire.
13:30On va y revenir
13:31dans un instant
13:32et puis parler
13:32de Jeffrey Epstein,
13:34dont il dit
13:34qu'il ne l'a vu
13:35qu'une seule fois.
13:37Mais lui a bien profité
13:38de ce système
13:39et de ceux
13:39qui géraient
13:40et qui tiraient
13:41les ficelles
13:42de ces agences
13:43de mannequins.
13:44A tout de suite.
13:45Dizzy,
13:46mettez-vous d'accord.
13:47Valérie Expert.
13:48Et on est ensemble
13:49avec vous sur Sud Radio
13:50jusqu'à midi
13:51et en compagnie
13:52de Marie Perrault,
13:53journaliste,
13:53réalisatrice.
13:54Vous publiez un livre
13:57remarquable,
13:57une enquête,
13:58Les Insatiables
13:59chez Stock.
14:00J'en ai parlé
14:00dans le coup de cœur
14:01des libraires
14:01parce que en ce moment
14:03les livres se portent mal.
14:05Les gens achètent
14:06moins de livres.
14:07Je me dis,
14:08vous avez passé un temps
14:09incroyable.
14:11Vous avez passé un temps,
14:12beaucoup de travail,
14:14une grosse enquête
14:15sur ces années
14:16et qui nous parle
14:17à nous,
14:18ces années 80-90
14:20où il y a eu
14:21un vrai déni,
14:22une vraie omerta
14:23sur la façon
14:24dont ces jeunes femmes
14:26ont été traitées.
14:28et on évoquaient
14:29le cas de Gérald Marie
14:31mais il y a
14:31Jean-Luc Brunel,
14:32il y a d'autres personnalités
14:34qui ont été,
14:35devriez-vous les appeler
14:36les Insatiables,
14:37ça aurait pu être
14:38les Prédateurs.
14:39Pourquoi les Insatiables ?
14:41Parce que c'était...
14:42C'était peut-être
14:43un petit peu moins violent
14:45que les Prédateurs.
14:46Vous le dites,
14:47le livre se porte mal,
14:48il faut quand même
14:49que les gens
14:49aient envie de l'acheter.
14:51C'est-à-dire que
14:52si on publie
14:53les salopards,
14:54peut-être qu'il y a un peu de...
14:56Mais Insatiables,
14:56c'est vraiment ça aussi.
14:58C'est-à-dire qu'ils ne sont
14:59jamais rassasiés
15:00de ces jeunes femmes,
15:02de ce système
15:03de la coke
15:04et de la drogue,
15:06des fêtes.
15:06Alors c'était effectivement
15:07une autre époque
15:09mais elles étaient accueillies,
15:10ces jeunes femmes,
15:10chez les patrons
15:11de ces agences.
15:13Elles étaient hébergées là,
15:14les parents ignoraient totalement.
15:16Puis il y avait des femmes
15:16qui étaient aussi
15:17les relais
15:18de ces combines.
15:20C'est ce que j'ai découvert.
15:21Oui, c'est-à-dire que
15:23ça n'est pas qu'un système d'hommes.
15:25C'est-à-dire que oui,
15:26il y a ces agents de mannequins
15:28qui ont pignon sur rue,
15:29Jean-Luc Brunel,
15:30Claude Haddad
15:30et Gérald Marie.
15:32Et puis après,
15:33on a parlé beaucoup
15:33de Daniel Siad récemment
15:35parce que c'était un scout,
15:37il était complètement
15:38dans le système.
15:39Donc il y a ces hommes
15:41très agressifs,
15:43hétérosexuels, etc.
15:44Mais il y a aussi,
15:45pour que le système fonctionne,
15:47j'ai découvert,
15:48et moi je traite
15:50les affaires criminelles
15:50depuis 25 ans,
15:51donc j'ai pu faire
15:52aussi des comparaisons
15:53avec d'autres systèmes.
15:55Il y a toujours des femmes
15:56qui sont là.
15:57Pour rassurer.
15:58Pour rassurer,
15:59exactement.
15:59C'est-à-dire que,
16:00notamment par exemple,
16:01les bouqueuses,
16:02je ne sais pas si tout le monde
16:03sait ce que c'est
16:04qu'une bouqueuse,
16:04mais quand une jeune fille
16:06est signée dans une agence
16:07de mannequins,
16:08elle a une référente
16:10qui est sa bouqueuse
16:11et qui est chargée
16:12de l'envoyer
16:13dans des castings,
16:15de lui donner son travail
16:17concrètement
16:18et son emploi du temps
16:19et ses jours de récup.
16:21Donc c'est quand même
16:22quelqu'un qui compte aussi
16:23beaucoup dans le quotidien
16:24de ces jeunes mannequins
16:25et notamment une bouqueuse
16:28qui s'appelle Pamela
16:29qui vit aujourd'hui aux Etats-Unis
16:33mais qui a complètement changé de vie,
16:36qui a refusé de nous répondre
16:38mais qui, je ne sais pas
16:42comment elle peut relire
16:43ce qu'elle a fait
16:43et toute cette époque.
16:44C'est quand même quelqu'un
16:45qui a une grosse responsabilité
16:46dans ce système de prédation
16:49qui a engendré toute cette souffrance
16:50et donc Pamela, par exemple,
16:52était chargée
16:54d'appeler les jeunes mannequins.
16:56Par exemple, il y a une jeune femme
16:57qui aujourd'hui a 50 ans, 60 ans même
17:00et qui me raconte,
17:01qui me dit
17:01« Oui, moi je rentre
17:03d'une journée de casting épuisante. »
17:05Il faut savoir qu'en fait
17:06il y a très peu d'élus.
17:08Donc la plupart de ces jeunes filles
17:10gagnent très très mal leur vie.
17:12Elles sont logées
17:13soit chez les patrons,
17:14soit dans des appartements
17:16de mannequins un peu insalubres.
17:18On est très loin du glamour quand même.
17:21Et donc cette fameuse Pamela
17:23passe un coup de fil en disant
17:24« Allô, il faut que tu sois
17:27dans un quart d'heure
17:28sur les Champs-Elysées,
17:29il y a un dîner
17:30avec telle ou telle personne. »
17:31Et donc, elle rend,
17:33non seulement elle l'envoie
17:34concrètement dans la gueule du loup,
17:36mais c'est qu'elle valide
17:37quelque part cette anormalité.
17:40C'est-à-dire que pour la jeune fille,
17:41elle s'est dit
17:42« Bah, c'est ma... »
17:42Ça fait partie du job.
17:44Ça fait partie du job.
17:45Et c'est très difficile du coup
17:47de dire « Non, je ne vais pas y aller.
17:48Non, je suis fatiguée.
17:49Ça ne fait pas partie pour moi
17:50du métier de mannequin.
17:51Je ne vois pas pourquoi
17:52j'irais me trémousser
17:54devant des riches milliardaires
17:56sachant que l'agence facture
17:58quand même ces jeunes filles
17:59pour ces soirées.
18:01Elles ne peuvent pas vraiment dire non.
18:02Et ces femmes ont une grande responsabilité.
18:05Alors après, il ne s'agit pas de dire
18:07que c'est la faute des femmes.
18:09Non, mais il y a eu ce relais
18:11qu'on voit très clairement apparaître.
18:14Et Epstein, il arrive comment ?
18:16Parce que Gérald Marini, lui,
18:18il dit qu'il l'a vu une fois
18:19pour éventuellement un deal,
18:21de racheter l'agence, etc.
18:23Mais il rentre tout à fait
18:24dans ce système-là
18:25du casting de jeunes femmes.
18:27Complètement.
18:28Jeffrey Epstein, ce qui est très intéressant,
18:30c'est qu'on le sait
18:31parce que les survivantes
18:34de ces esclaves sexuels
18:35qui ont survécu
18:37racontent qu'il avait besoin
18:38de 4 à 5 masseuses
18:40ou assistantes,
18:41c'était ses mots par jour.
18:42Donc rapidement,
18:43pour Jeffrey Epstein,
18:45chasser dans les rues
18:46de Palm Springs,
18:48ça ne suffira pas.
18:49Et donc, il a observé
18:51parce que,
18:52vous le disiez très bien,
18:53il fréquente tous les puissants,
18:55etc.
18:56Donc, rapidement,
18:57il va dans des soirées
18:58avec Donald Trump,
19:00John Casablanca.
19:01Donc, il voit
19:02comment fonctionne
19:03l'industrie de la mode
19:04et il se dit
19:05c'est un vivier extraordinaire.
19:08Exactement.
19:09Et donc, il observe,
19:10il voit que le conditionnement
19:12est déjà en place,
19:13que ces jeunes filles
19:14sont très vulnérables
19:16et prêtes à tout,
19:17mais ce n'est pas de leur faute.
19:18C'est-à-dire que le système
19:20les rend prêtes à tout.
19:21Et donc, il va commencer
19:23à se tourner
19:23vers tous les agents de mannequins
19:24pour essayer de faire du business
19:25avec Jean-Luc Brunet,
19:28qui rencontre,
19:28au début des années 90,
19:30par le biais de Guylaine Maxwell.
19:32Parce que Guylaine Maxwell,
19:34à l'époque, son père
19:36a un des grands magasins
19:38en France
19:38et donc, elle est à la tête
19:40de ce magasin,
19:40elle parle très bien français
19:42et donc, elle rencontre
19:43Jean-Luc Brunet,
19:44ils sont tous les deux
19:45très fêtards,
19:47très extravertis,
19:48très...
19:49Et encore une fois,
19:50ce n'est pas anodin,
19:51c'est-à-dire qu'il y a aussi,
19:52et mis dans la tête
19:53de ces jeunes filles,
19:54que si elles ne sortent pas,
19:56si elles ne sont pas libérées...
19:58Elles n'auront pas de carrière.
19:59Elles n'auront pas de carrière
20:00et puis même,
20:01ça va plus loin,
20:01elles sont...
20:02Ce sont des pauvres filles coincées.
20:04Vous voyez,
20:05il y a cette espèce de chantage
20:08qui fait partie de l'époque,
20:09pour le coup,
20:10et de cette libération.
20:11Donc,
20:11ils se tournent vers
20:12Jean-Luc Brunel
20:13avec qui il va faire du business,
20:15il injecte un million de dollars
20:16dans l'agence MC2
20:17et ils sont vraiment
20:20totalement fusionnels.
20:21Ils sont comme cul et chemise.
20:22Ils sont vraiment...
20:23Et alors,
20:24les policiers,
20:24parce que moi,
20:25j'ai eu accès à tout le dossier
20:26d'instruction de Brunel,
20:28de l'affaire Brunel,
20:29les policiers disent
20:30que c'était quand même
20:31Jeffrey Epstein
20:32qui avait l'ascendant
20:33sur Jean-Luc Brunel.
20:34Donc,
20:35c'est quand même lui
20:35qui décide.
20:37Mais,
20:38en tout cas,
20:40voilà,
20:40ils fonctionnent,
20:41ils fonctionnent ensemble.
20:44John Casablanca
20:45n'a jamais fait
20:46de business
20:47avec Epstein.
20:48Ils se sont croisés
20:49dans des soirées.
20:50John Casablanca,
20:51c'est encore
20:52un petit peu différent.
20:53Mais là où
20:53il est intéressant,
20:54c'est qu'il est aussi
20:55à l'origine
20:57de cette hyper-sexualisation
20:59des jeunes filles.
21:01Oui,
21:01des jeunes filles.
21:01Les choses ont un peu
21:03changé aujourd'hui.
21:06Je ne sais pas.
21:07Oui,
21:07parce que vous dites
21:08que les grandes marques
21:10ont des chartes,
21:11etc.
21:12Mais on voit bien
21:13dans un ordre
21:14d'idées différent
21:14qu'on dit
21:15que les mannequins
21:16anorexiques
21:16ne doivent plus défiler.
21:17Or,
21:18elles défilent toujours.
21:19Donc,
21:19c'est un milieu quand même...
21:21Je pense qu'il y a
21:22tellement d'argent.
21:23Bien sûr.
21:23Tellement d'argent.
21:24Encore plus que dans le cinéma.
21:25On parle vraiment
21:27de sommes
21:30plus élevées
21:31que certains pays
21:31biais de pays africains.
21:32Je veux dire,
21:33c'est vraiment des...
21:34Et je pense que cet argent
21:35a aussi acheté le silence.
21:37Mais ce qui est intéressant
21:38chez John Casablanca,
21:39c'est que lui,
21:40à la fin des années 60,
21:43donc il est à Paris,
21:45il sort beaucoup,
21:47il joue beaucoup au casino,
21:48il est très très beau,
21:49très élégant.
21:51C'est vraiment...
21:51Il a une carrure
21:52d'acteur italien
21:54des années 50.
21:55Avec un charisme
21:56paraît-il incroyable.
21:57Incroyable.
21:58Il est quand même
21:58en couple avec
21:59Stéphanie Seymour
22:00qui a 14 ans.
22:02Donc,
22:02tout le monde trouve
22:03que tout est normal.
22:04à l'époque, c'est normal.
22:05Il n'y a aucun problème.
22:06Les parents de Stéphanie Seymour
22:07sont ravis.
22:09Oui, c'est ça.
22:10Donc, c'est aussi
22:11toute cette époque.
22:13Et John Casablanca
22:14va avoir une idée de génie.
22:15Lui,
22:15ce n'est pas du tout
22:16un styliste,
22:17il ne connaît rien à la mode,
22:18mais c'est un businessman
22:18hors pair.
22:19Il a fait d'ailleurs
22:20des études de marketing.
22:22Et dans les années 60,
22:23début 70,
22:24la mode,
22:25c'est encore
22:25des jeunes filles
22:26de bonne famille
22:27avec des petits cols Claudine
22:28qui sont un peu
22:29mannequins cabine.
22:30Tout ça est très sage.
22:32Hélène Ford
22:33et l'agence Ford
22:34aux Etats-Unis.
22:35Il faut vraiment lire
22:37le livre
22:37parce que vous racontez
22:38effectivement Hélène Ford
22:39qui a été la première
22:40à avoir une grande
22:41agence de mannequins.
22:42La rivalité qu'il y a,
22:43c'est presque un polar.
22:44C'est complètement un polar.
22:45Et John Casablanca
22:46se dit,
22:46pour faire du business,
22:47il va falloir
22:48hyper sexualiser
22:50ces jeunes filles.
22:51C'est ça ce qu'il fera vendre.
22:52C'est sa stratégie.
22:53C'est comme ça
22:54qu'il y est arrivé
22:57à changer
22:57effectivement
22:58les choses.
22:59C'est vraiment
23:00une enquête
23:01remarquable.
23:02Il y a tout le chapitre
23:02sur l'enquête
23:05de la BBC
23:06où le journaliste
23:08est en immersion,
23:09en infiltration
23:10jusqu'à devenir
23:11ami avec Gérald-Marie.
23:13avec une autre journaliste
23:14qui, elle,
23:15est mannequin
23:16jusqu'à quasiment
23:18se faire violer
23:18par Gérald-Marie.
23:20C'est vertigineux.
23:22Vous êtes journaliste
23:24à ligne rouge
23:25pour BFM.
23:26Pourquoi vous n'en faites pas
23:27un documentaire ?
23:28Je suis partie de ligne rouge.
23:30J'ai été pendant des années
23:30là-bas.
23:32Pourquoi vous n'en faites pas
23:33un film,
23:33un documentaire ?
23:35Il y a des propositions.
23:36De l'adapter ?
23:37Oui, de l'adapter
23:38ou de développer,
23:40évidemment.
23:40Non, mais c'est sûr
23:40que c'est un...
23:41Après, ça pourrait donner
23:42une série aussi.
23:44Après, en images,
23:46il y a des choses
23:47qu'on vous a peut-être
23:48dites en off.
23:48Après, paraître à la caméra,
23:50c'est peut-être plus compliqué.
23:51Oui, mais il y a aussi
23:52toute cette...
23:53Il y a toute une narration
23:54à raconter.
23:55Non, mais c'est peut-être
23:56une fiction.
23:57Oui, ça peut être
23:57une fiction, absolument.
23:58Merci beaucoup,
23:59Marie Perrault.
24:00Donc, Les Insatiables,
24:01c'est paru chez Stock
24:02et franchement,
24:04si l'affaire Epstein
24:05vous intéresse,
24:06si ce milieu
24:07des années 80
24:08se dénie hallucinant
24:10qui a pu y avoir
24:11et qui, à mon avis,
24:12perdure quand même
24:13d'une certaine manière
24:14vous intéresse,
24:15c'est absolument
24:17incontournable.
24:18Merci à vous.
24:18On se retrouve, nous,
24:19dans un instant
24:20pour commenter l'actualité.
24:21A tout de suite.
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