00:00Quand la question du changement climatique émerge à l'échelle internationale un peu sérieusement,
00:04c'est dans la perspective du sommet de Rio de 1992 qui met en place toute l'infrastructure internationale
00:10sur l'UNFCC, la convention internationale, la convention de l'ONU sur le changement climatique.
00:14Robert Einstein va prendre ses ordres auprès du chef de cabinet de George Bush, John Soudounou,
00:20et Soudounou lui dit très clairement, à Rio, on s'engage, on s'engage à rien,
00:25on ne s'engage pas à des trajectoires d'émission, on ne va pas non plus donner de l'argent.
00:29S'il y a des dommages climatiques, donc no money, no target, play the technology card,
00:33joue la carte technologique, fait miroiter une transition énergétique.
00:43Cette affaire de transition énergétique, ça arrange tout le monde.
00:47C'est pour ça que ça tente succès au fond.
00:49Ça arrange d'abord les compagnies pétrolières, qui dans les années 80 n'étaient pas encore climato-sceptiques.
00:54Exxon, à partir de 1977, fait des recherches importantes sur le changement climatique,
00:59et en 82, ils sont invités par un climatologue qui s'appelle Jim Hansen,
01:04que Exxon finance d'ailleurs, c'est troublant, Jim Hansen est financé par Exxon.
01:07Jim Hansen, c'est un grand lanceur d'alerte sur le climat américain.
01:10En 88, c'est lui qui déclare au Sénat, le changement climatique a commencé.
01:14Donc ça vraiment, c'est une rupture importante dans l'alerte climatique.
01:21Édouard David, le chef de la R&D d'Exxon, dit, évidemment, quel effet de serre ?
01:24C'est de la vieille physique du 19e siècle, ce n'est pas intéressant.
01:27La question importante, c'est qu'est-ce qui va arriver plus vite, la transition énergétique ou bien la catastrophe
01:30climatique ?
01:31Et c'est une manière très astucieuse de présenter le problème,
01:35parce que les climatologues eux-mêmes l'a présenté comme ça en vérité.
01:39Ils s'abordaient leur propre alerte en parlant de transition énergétique.
01:42Ils disaient, en gros, le changement climatique, donc là on est dans les années 70,
01:45il sera sensible dans les années 2000.
01:48On pourra le mesurer, le sentir même.
01:50Il aura des conséquences économiques en 2020, sur l'agriculture en particulier,
01:54et il sera catastrophique en 2070.
01:56Mais quand vous dites 2070, en 1970, ça paraît de la science-fiction.
02:00Et la suite du raisonnement, c'est, ça va de soi qu'en s'entend, on aura le temps de
02:03faire une transition énergétique.
02:05Donc vraiment, il y a eu cette, si vous voulez, une très grande naïveté,
02:08grâce à cette idée de transition énergétique,
02:10qui a justifié une manière de dire, bon, ben, c'est gérable,
02:12on va gérer ça principalement par la technologie.
02:16La transition énergétique est aussi au cœur de l'économie du climat.
02:21Il faut, alors, l'économie du climat, elle émerge en 1975,
02:26à travers les travaux de William Nordhaus,
02:28un prix Nobel d'économie en 2018 pour ses travaux sur le changement climatique.
02:32Alors, c'est vraiment intéressant de voir très précisément ce qu'écrit Nordhaus
02:35avant ses travaux sur le changement climatique.
02:37En 1973, il écrit un papier sur la crise énergétique.
02:40Et il dit, le pétrole coûte cher.
02:42On a peut-être de moins en moins de pétrole.
02:44La réaction, j'ai envie de dire, naturelle dans cette classe,
02:47par des étudiants intelligents, serait de dire, bon, ben,
02:49on va essayer de limiter notre consommation de pétrole, vu que ça coûte cher,
02:51et vu que c'est rare.
02:53Et qu'à priori, le pétrole, c'est quand même utile, en particulier dans l'agriculture.
02:55On a intérêt quand même à y aller doucement.
02:57Ça paraît très logique.
02:58Ben, c'est que vous n'êtes pas un économiste.
03:00Vous seriez un économiste néoclassique.
03:01Vous diriez, ah non, le pétrole, il faut le sortir maintenant, tant qu'il vaut cher.
03:05Parce que, grâce à la destruction créatrice,
03:08grâce à Joseph Schumpeter et tous ces séides,
03:12c'est de dire, mais en fait, il ne faut pas sous-estimer la puissance de la destruction créatrice,
03:15de la création destructrice, je mélange toujours.
03:18Il ne faut pas sous-estimer ça.
03:19À la fin du XXe siècle, on aura des innovations qui rendront le pétrole obsolète.
03:22Donc, ce serait vraiment ballot de s'être privé du pétrole maintenant,
03:25tant qu'il est vachement utile et qu'il coûte cher.
03:27Deux ans plus tard, il écrit le premier papier économique sur le changement climatique
03:32et il tient le même raisonnement, en disant, en gros, économiquement,
03:36c'est intéressant de ne rien faire maintenant,
03:38de repousser à plus tard la transition énergétique quand on aura les technologies disponibles.
03:42Et à cette époque, il a en tête le surgénérateur nucléaire.
03:46Et cette idée de transition énergétique, surtout, ça arrange les gouvernements.
03:50Quand la question du changement climatique émerge à l'échelle internationale un peu sérieusement,
03:55c'est dans la perspective du sommet de Rio de 1992,
03:58qui met en place toute l'infrastructure internationale sur l'UNFCC,
04:03la Convention internationale, la Convention de l'ONU sur le changement climatique.
04:07Le discours dominant, c'est celui du développement durable.
04:10C'est-à-dire, en fait, on peut réconcilier croissance économique et environnement
04:15grâce au développement durable.
04:17Et la transition énergétique est au cœur de cette affaire-là.
04:20Alors, dans les archives diplomatiques américaines,
04:24on voit à quel point cette affaire de transition énergétique,
04:26ça a essentiellement une fonction diplomatique et rhétorique.
04:31Le représentant américain à la conférence de Rio, c'est le monsieur avec la cascade,
04:34qui s'appelle Robert Weinstein.
04:35C'est un Américain qui est ouvertement climato-sceptique,
04:39qui représente les États-Unis à la conférence de Rio, c'est intéressant.
04:41Et encore plus étrange, il est président du groupe 3 du GIEC.
04:45Donc, vous voyez, le GIEC qui maintenant a acquis une image de paladin du climat,
04:47quand c'est créé, ça a une fonction très différente.
04:50C'est la fonction de ralentir l'alerte climatique.
04:52Il y avait déjà une institution internationale qui s'occupait de changements climatiques,
04:55qui était beaucoup plus catastrophiste, en disant qu'il faudrait réduire de 25% les émissions d'ici l'an
04:592000.
05:00Ça, c'est en 1985 qu'ils disent ça.
05:03Et donc, Robert Weinstein va prendre ses ordres auprès du chef de cabinet de George Bush,
05:09John Sununu, et Sununu lui dit très clairement,
05:11à Rio, on ne s'engage à rien.
05:15On ne s'engage pas à des trajectoires d'émissions.
05:17On ne va pas non plus donner de l'argent s'il y a des dommages climatiques.
05:20Donc, no money, no target, play the technology card.
05:23Joue la carte technologique.
05:25Fait miroiter une transition énergétique.
05:27Ça fait entièrement sens quand on y réfléchit.
05:29Vous êtes les États-Unis, le représentant américain à Rio,
05:33de loin le premier pays metteur à cette époque.
05:35La Chine n'avait pas encore connu son immense expansion économique.
05:38Première puissance technologique, c'est logique de faire miroiter des solutions technologiques.
05:44Et play the technology card, c'est très précisément ce que le groupe 3 du GIEC a fait.
05:49Et j'ai envie de dire, en fait, la communauté scientifique qui s'est saisie de ces questions.
05:53Puisque le groupe, soi-disant, le GIEC ne fait que résumer la littérature scientifique.
05:56C'est un peu plus compliqué que ça, en vérité.
05:58Mais la littérature scientifique est écrasée de discussions ultra technologiques.
06:03Vous prenez le dernier rapport du groupe 3 du GIEC.
06:06Il y a plein de choses étranges.
06:08Par exemple, l'hyperloop d'Elon Musk.
06:10Je ne sais pas si vous connaissez ça.
06:12C'est un train à suspension magnétique qui va fonctionner dans des tubes sous vide équivalent à 1000 km heure.
06:17C'est qualifié de technologie émergente.
06:20Ça émerge très, très doucement, cette affaire-là.
06:24C'est un graphique qui représente de quoi ça parle, au fond, ces rapports-là.
06:29Depuis 1992, ça parle essentiellement de technologie.
06:32Ça fait à peine commencer à parler de sufficiency, c'est-à-dire de sobriété maintenant, en 2022.
06:38Donc, il a fallu attendre 30 ans pour qu'on commence à parler un peu sérieusement de ces questions-là.
06:43Et puis, ça parle aussi de capture du carbone, de stockage souterrain du carbone, sachant qu'en gros, même en
06:52étant hyper technophile,
06:53même en poussant à fond les curseurs technologiques, n'importe qui d'un peu sérieux comprend bien qu'il y
06:58a plein de choses qu'on ne décarbonera pas.
07:00Pensez au trafic aérien.
07:02On ne sait pas décarboner les avions.
07:04Même le commerce maritime, très, très compliqué à décarboner, ces gros bateaux, porte-containers, etc.
07:09Avec des batteries, parce que la batterie prendrait des places colossales.
07:12On peut penser au ciment, qui est très difficile à décarboner, voire impossible.
07:16L'acier, pareil.
07:18On peut penser encore au plastique.
07:20On peut penser à une bonne partie, en fait, de la production de nourriture.
07:23Il faut savoir que le système alimentaire mondial, c'est un tiers des émissions.
07:25De la déforestation jusqu'à la gestion des déchets, 33% des émissions, c'est notre nourriture.
07:30On peut un peu serrer la ceinture, mais on mange en moins de tirs, principalement.
07:34Mais on sait très bien qu'on ne va pas décarboner ça.
07:36Donc, vu que l'objectif, c'est d'arrêter le changement climatique à 2 degrés,
07:40qu'en s'en tienne, on va mettre tout plein de baguettes technologiques Mirac,
07:43qui consistent à récupérer le CO2 de l'atmosphère et à l'enfouir sous le sol.
07:46Technologie qui n'existe pas plus que les avions à hydrogène et les avions décarbonés.
07:50Et le groupe 3 du GEC a joué un rôle important dans la promotion de ces options technologiques qui n
07:56'ont pas grand sens.
07:58Alors, quand on regarde non pas les scénarios net zéro, mais les scénarios de prospective de l'AIE,
08:04on voit qu'il y aura une très grande transformation, c'est a priori l'essor des renouvelables.
08:11Le solaire, c'est une manière très peu chère de faire de l'électricité maintenant.
08:15Et donc, on installe des immenses parcs solaires, en particulier en Asie, en Chine.
08:19Et donc, ça, ça joue un rôle, ça va avoir un rôle sur le changement, sur le système énergétique.
08:25Ça va faire diminuer le charbon électrique.
08:28On aura besoin de moins de charbon pour produire de l'électricité dans le futur.
08:31Et donc, le charbon va diminuer a priori quand même.
08:35Il n'y a pas de raison qu'ils se trompent.
08:36Enfin, ils peuvent se tromper un peu.
08:37Ils ont eu tendance à sous-estimer le charbon à l'AIE,
08:40mais a priori, ça va diminuer un peu dans les 20 prochaines années.
08:43Par contre, le pétrole et le gaz, vous voyez que c'est plutôt des plateaux.
08:45On n'est pas du tout sur dynamique de transition.
08:47Ce qui ne doit surprendre personne, parce que cette affaire de transition énergétique,
08:51c'est une notion qui n'est pas du tout scientifique.
08:53C'est un slogan qui a acquis un prestige incroyable, alors que c'est fondamentalement un slogan.
09:01Ce qu'on fait avec les renouvelables, c'est qu'on diminue l'intensité carbone de l'économie.
09:04Ce qui n'est pas la même chose que faire une transition énergétique.
09:07On a besoin d'émettre moins de carbone pour rendre un même service économique.
09:12Je ne sais pas, ça va faire 50 minutes que je parle, il faut que je m'arrête.
09:15Mais tout ça pour vous dire que, si vous voulez, la transition énergétique,
09:18ça projette une histoire fausse sur un futur qui reste encore largement problématique et largement à construire.
09:32Sous-titrage Société Radio-Canada
09:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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