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L'historien des sciences Jean-Baptiste Fressoz démonte le mythe de la transition énergétique à l'Académie du Climat. À travers les archives diplomatiques américaines du Sommet de Rio et les stratégies d'Exxon dès les années 1970, il révèle comment la technologie a été instrumentalisée par les gouvernements et les lobbys pétroliers pour retarder l'action climatique.
Une analyse historique percutante qui dévoile les coulisses de l'économie du climat, du GIEC et des illusions technologiques face à l'impossible décarbonation du modèle industriel mondial.

#Fressoz #climat #histoire #giec #energie

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En quelle année Jim Hansen a-t-il déclaré le début du changement climatique au Sénat ?
➡ 1988.

Qui représentait officiellement les États-Unis lors de la conférence de Rio ?
➡ Robert Reinstein.

Quel pourcentage des émissions mondiales représente le système alimentaire ?
➡ 33 %.

Catégorie

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Éducation
Transcription
00:00Quand la question du changement climatique émerge à l'échelle internationale un peu sérieusement,
00:04c'est dans la perspective du sommet de Rio de 1992 qui met en place toute l'infrastructure internationale
00:10sur l'UNFCC, la convention internationale, la convention de l'ONU sur le changement climatique.
00:14Robert Einstein va prendre ses ordres auprès du chef de cabinet de George Bush, John Soudounou,
00:20et Soudounou lui dit très clairement, à Rio, on s'engage, on s'engage à rien,
00:25on ne s'engage pas à des trajectoires d'émission, on ne va pas non plus donner de l'argent.
00:29S'il y a des dommages climatiques, donc no money, no target, play the technology card,
00:33joue la carte technologique, fait miroiter une transition énergétique.
00:43Cette affaire de transition énergétique, ça arrange tout le monde.
00:47C'est pour ça que ça tente succès au fond.
00:49Ça arrange d'abord les compagnies pétrolières, qui dans les années 80 n'étaient pas encore climato-sceptiques.
00:54Exxon, à partir de 1977, fait des recherches importantes sur le changement climatique,
00:59et en 82, ils sont invités par un climatologue qui s'appelle Jim Hansen,
01:04que Exxon finance d'ailleurs, c'est troublant, Jim Hansen est financé par Exxon.
01:07Jim Hansen, c'est un grand lanceur d'alerte sur le climat américain.
01:10En 88, c'est lui qui déclare au Sénat, le changement climatique a commencé.
01:14Donc ça vraiment, c'est une rupture importante dans l'alerte climatique.
01:21Édouard David, le chef de la R&D d'Exxon, dit, évidemment, quel effet de serre ?
01:24C'est de la vieille physique du 19e siècle, ce n'est pas intéressant.
01:27La question importante, c'est qu'est-ce qui va arriver plus vite, la transition énergétique ou bien la catastrophe
01:30climatique ?
01:31Et c'est une manière très astucieuse de présenter le problème,
01:35parce que les climatologues eux-mêmes l'a présenté comme ça en vérité.
01:39Ils s'abordaient leur propre alerte en parlant de transition énergétique.
01:42Ils disaient, en gros, le changement climatique, donc là on est dans les années 70,
01:45il sera sensible dans les années 2000.
01:48On pourra le mesurer, le sentir même.
01:50Il aura des conséquences économiques en 2020, sur l'agriculture en particulier,
01:54et il sera catastrophique en 2070.
01:56Mais quand vous dites 2070, en 1970, ça paraît de la science-fiction.
02:00Et la suite du raisonnement, c'est, ça va de soi qu'en s'entend, on aura le temps de
02:03faire une transition énergétique.
02:05Donc vraiment, il y a eu cette, si vous voulez, une très grande naïveté,
02:08grâce à cette idée de transition énergétique,
02:10qui a justifié une manière de dire, bon, ben, c'est gérable,
02:12on va gérer ça principalement par la technologie.
02:16La transition énergétique est aussi au cœur de l'économie du climat.
02:21Il faut, alors, l'économie du climat, elle émerge en 1975,
02:26à travers les travaux de William Nordhaus,
02:28un prix Nobel d'économie en 2018 pour ses travaux sur le changement climatique.
02:32Alors, c'est vraiment intéressant de voir très précisément ce qu'écrit Nordhaus
02:35avant ses travaux sur le changement climatique.
02:37En 1973, il écrit un papier sur la crise énergétique.
02:40Et il dit, le pétrole coûte cher.
02:42On a peut-être de moins en moins de pétrole.
02:44La réaction, j'ai envie de dire, naturelle dans cette classe,
02:47par des étudiants intelligents, serait de dire, bon, ben,
02:49on va essayer de limiter notre consommation de pétrole, vu que ça coûte cher,
02:51et vu que c'est rare.
02:53Et qu'à priori, le pétrole, c'est quand même utile, en particulier dans l'agriculture.
02:55On a intérêt quand même à y aller doucement.
02:57Ça paraît très logique.
02:58Ben, c'est que vous n'êtes pas un économiste.
03:00Vous seriez un économiste néoclassique.
03:01Vous diriez, ah non, le pétrole, il faut le sortir maintenant, tant qu'il vaut cher.
03:05Parce que, grâce à la destruction créatrice,
03:08grâce à Joseph Schumpeter et tous ces séides,
03:12c'est de dire, mais en fait, il ne faut pas sous-estimer la puissance de la destruction créatrice,
03:15de la création destructrice, je mélange toujours.
03:18Il ne faut pas sous-estimer ça.
03:19À la fin du XXe siècle, on aura des innovations qui rendront le pétrole obsolète.
03:22Donc, ce serait vraiment ballot de s'être privé du pétrole maintenant,
03:25tant qu'il est vachement utile et qu'il coûte cher.
03:27Deux ans plus tard, il écrit le premier papier économique sur le changement climatique
03:32et il tient le même raisonnement, en disant, en gros, économiquement,
03:36c'est intéressant de ne rien faire maintenant,
03:38de repousser à plus tard la transition énergétique quand on aura les technologies disponibles.
03:42Et à cette époque, il a en tête le surgénérateur nucléaire.
03:46Et cette idée de transition énergétique, surtout, ça arrange les gouvernements.
03:50Quand la question du changement climatique émerge à l'échelle internationale un peu sérieusement,
03:55c'est dans la perspective du sommet de Rio de 1992,
03:58qui met en place toute l'infrastructure internationale sur l'UNFCC,
04:03la Convention internationale, la Convention de l'ONU sur le changement climatique.
04:07Le discours dominant, c'est celui du développement durable.
04:10C'est-à-dire, en fait, on peut réconcilier croissance économique et environnement
04:15grâce au développement durable.
04:17Et la transition énergétique est au cœur de cette affaire-là.
04:20Alors, dans les archives diplomatiques américaines,
04:24on voit à quel point cette affaire de transition énergétique,
04:26ça a essentiellement une fonction diplomatique et rhétorique.
04:31Le représentant américain à la conférence de Rio, c'est le monsieur avec la cascade,
04:34qui s'appelle Robert Weinstein.
04:35C'est un Américain qui est ouvertement climato-sceptique,
04:39qui représente les États-Unis à la conférence de Rio, c'est intéressant.
04:41Et encore plus étrange, il est président du groupe 3 du GIEC.
04:45Donc, vous voyez, le GIEC qui maintenant a acquis une image de paladin du climat,
04:47quand c'est créé, ça a une fonction très différente.
04:50C'est la fonction de ralentir l'alerte climatique.
04:52Il y avait déjà une institution internationale qui s'occupait de changements climatiques,
04:55qui était beaucoup plus catastrophiste, en disant qu'il faudrait réduire de 25% les émissions d'ici l'an
04:592000.
05:00Ça, c'est en 1985 qu'ils disent ça.
05:03Et donc, Robert Weinstein va prendre ses ordres auprès du chef de cabinet de George Bush,
05:09John Sununu, et Sununu lui dit très clairement,
05:11à Rio, on ne s'engage à rien.
05:15On ne s'engage pas à des trajectoires d'émissions.
05:17On ne va pas non plus donner de l'argent s'il y a des dommages climatiques.
05:20Donc, no money, no target, play the technology card.
05:23Joue la carte technologique.
05:25Fait miroiter une transition énergétique.
05:27Ça fait entièrement sens quand on y réfléchit.
05:29Vous êtes les États-Unis, le représentant américain à Rio,
05:33de loin le premier pays metteur à cette époque.
05:35La Chine n'avait pas encore connu son immense expansion économique.
05:38Première puissance technologique, c'est logique de faire miroiter des solutions technologiques.
05:44Et play the technology card, c'est très précisément ce que le groupe 3 du GIEC a fait.
05:49Et j'ai envie de dire, en fait, la communauté scientifique qui s'est saisie de ces questions.
05:53Puisque le groupe, soi-disant, le GIEC ne fait que résumer la littérature scientifique.
05:56C'est un peu plus compliqué que ça, en vérité.
05:58Mais la littérature scientifique est écrasée de discussions ultra technologiques.
06:03Vous prenez le dernier rapport du groupe 3 du GIEC.
06:06Il y a plein de choses étranges.
06:08Par exemple, l'hyperloop d'Elon Musk.
06:10Je ne sais pas si vous connaissez ça.
06:12C'est un train à suspension magnétique qui va fonctionner dans des tubes sous vide équivalent à 1000 km heure.
06:17C'est qualifié de technologie émergente.
06:20Ça émerge très, très doucement, cette affaire-là.
06:24C'est un graphique qui représente de quoi ça parle, au fond, ces rapports-là.
06:29Depuis 1992, ça parle essentiellement de technologie.
06:32Ça fait à peine commencer à parler de sufficiency, c'est-à-dire de sobriété maintenant, en 2022.
06:38Donc, il a fallu attendre 30 ans pour qu'on commence à parler un peu sérieusement de ces questions-là.
06:43Et puis, ça parle aussi de capture du carbone, de stockage souterrain du carbone, sachant qu'en gros, même en
06:52étant hyper technophile,
06:53même en poussant à fond les curseurs technologiques, n'importe qui d'un peu sérieux comprend bien qu'il y
06:58a plein de choses qu'on ne décarbonera pas.
07:00Pensez au trafic aérien.
07:02On ne sait pas décarboner les avions.
07:04Même le commerce maritime, très, très compliqué à décarboner, ces gros bateaux, porte-containers, etc.
07:09Avec des batteries, parce que la batterie prendrait des places colossales.
07:12On peut penser au ciment, qui est très difficile à décarboner, voire impossible.
07:16L'acier, pareil.
07:18On peut penser encore au plastique.
07:20On peut penser à une bonne partie, en fait, de la production de nourriture.
07:23Il faut savoir que le système alimentaire mondial, c'est un tiers des émissions.
07:25De la déforestation jusqu'à la gestion des déchets, 33% des émissions, c'est notre nourriture.
07:30On peut un peu serrer la ceinture, mais on mange en moins de tirs, principalement.
07:34Mais on sait très bien qu'on ne va pas décarboner ça.
07:36Donc, vu que l'objectif, c'est d'arrêter le changement climatique à 2 degrés,
07:40qu'en s'en tienne, on va mettre tout plein de baguettes technologiques Mirac,
07:43qui consistent à récupérer le CO2 de l'atmosphère et à l'enfouir sous le sol.
07:46Technologie qui n'existe pas plus que les avions à hydrogène et les avions décarbonés.
07:50Et le groupe 3 du GEC a joué un rôle important dans la promotion de ces options technologiques qui n
07:56'ont pas grand sens.
07:58Alors, quand on regarde non pas les scénarios net zéro, mais les scénarios de prospective de l'AIE,
08:04on voit qu'il y aura une très grande transformation, c'est a priori l'essor des renouvelables.
08:11Le solaire, c'est une manière très peu chère de faire de l'électricité maintenant.
08:15Et donc, on installe des immenses parcs solaires, en particulier en Asie, en Chine.
08:19Et donc, ça, ça joue un rôle, ça va avoir un rôle sur le changement, sur le système énergétique.
08:25Ça va faire diminuer le charbon électrique.
08:28On aura besoin de moins de charbon pour produire de l'électricité dans le futur.
08:31Et donc, le charbon va diminuer a priori quand même.
08:35Il n'y a pas de raison qu'ils se trompent.
08:36Enfin, ils peuvent se tromper un peu.
08:37Ils ont eu tendance à sous-estimer le charbon à l'AIE,
08:40mais a priori, ça va diminuer un peu dans les 20 prochaines années.
08:43Par contre, le pétrole et le gaz, vous voyez que c'est plutôt des plateaux.
08:45On n'est pas du tout sur dynamique de transition.
08:47Ce qui ne doit surprendre personne, parce que cette affaire de transition énergétique,
08:51c'est une notion qui n'est pas du tout scientifique.
08:53C'est un slogan qui a acquis un prestige incroyable, alors que c'est fondamentalement un slogan.
09:01Ce qu'on fait avec les renouvelables, c'est qu'on diminue l'intensité carbone de l'économie.
09:04Ce qui n'est pas la même chose que faire une transition énergétique.
09:07On a besoin d'émettre moins de carbone pour rendre un même service économique.
09:12Je ne sais pas, ça va faire 50 minutes que je parle, il faut que je m'arrête.
09:15Mais tout ça pour vous dire que, si vous voulez, la transition énergétique,
09:18ça projette une histoire fausse sur un futur qui reste encore largement problématique et largement à construire.
09:32Sous-titrage Société Radio-Canada
09:56Sous-titrage Société Radio-Canada
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