Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 10 heures
Fabrizio Bucella, docteur en physique, auteur de “Comment rester au sec avec une veste mouillée ? - et encore plus d'énigmes scientifiques ébouriffantes” (Allary). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-jeudi-04-juin-2026-4412914

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia de Villers
00:08C'est l'histoire d'un Belge qui parle du matin au soir de physique quantique, de théorie des ensembles,
00:15de thermodynamique, de logique formelle et du paradoxe de Zénon, auquel je n'ai vraiment rien compris.
00:21Il le fait à l'Université libre de Bruxelles pour ses étudiants, il le fait avec force humour sur Youtube
00:27et Instagram pour nous tous.
00:29Il le fait en costume 3 pièces, il le fait en prenant des exemples de la vie de tous les
00:34jours.
00:35Ce matin, il sera question de chat, de spaghettis, de parapluie mais aussi de bon pinard.
00:42Notre physicien, star des réseaux sociaux, se nomme Fabrizio Buccella et il aime le vin plus que les trous noirs.
00:49Portrait numéro 152.
00:53Le paradoxe du chat de Schrödinger vient du fait qu'on relie un objet macroscopique, le chat, à un objet
01:01quantique, un objet microscopique.
01:03Or, les objets quantiques peuvent être dans deux états à la fois.
01:07Schrödinger, qui était un pervers polymorphe, s'est dit je vais prendre comme état quantique du chat l'état vivant
01:14et l'état mort, l'état crevé.
01:16Et donc forcément, si l'objet quantique est dans une superposition d'états et que je relie, c'est-à
01:23-dire j'intrique la particule quantique avec le chat,
01:27le chat va se retrouver dans une superposition d'états mort et vivant à la fois.
01:33Lui, il suit en tout cas. Bonjour professeur.
01:36Bonjour, bonjour, bonjour, bonjour, quel honneur.
01:39Fabrizio Buccella, invité de France Inter.
01:41Comment rester au sec avec une veste mouillée, voilà.
01:45Et encore plus d'énigmes scientifiques ébouriffantes, ça paraît aux éditions Alary.
01:50En dessous, il y a un bandeau, le professeur aux 1,2 millions d'abonnés.
01:54Je précise que vous allez chroniquer pour les auditeurs de France Inter, tout l'été, à partir du 29 juin,
02:00vous serez à 8h55 tous les matins dans la matinale et on s'en réjouit.
02:05Voilà, votre chronique s'intitulera « C'est prouvé ».
02:08Alors, j'ai juste un mot à vous dire, c'est-à-dire que quand vous êtes arrivé avec un
02:11grand cartable en cuir,
02:13duquel dépassait cet objet que je tiens dans la main, c'est-à-dire une grande règle en bois.
02:17Et vous m'avez dit, évidemment, c'est ma règle, c'est mon cartable et c'est ma règle.
02:21Je ne me déplace jamais sans mon cartable ni ma règle.
02:23Il y avait les craies dedans aussi, mais ça...
02:25Les craies ?
02:25Les craies, pardon.
02:26C'est-à-dire que vous...
02:27Les craies pour le tableau, quoi.
02:29Pour le tableau.
02:30C'est-à-dire qu'en fait, vous faites cours à l'Université libre de Bruxelles avec des craies et
02:35une grande règle en bois.
02:36Oui, oui.
02:37Ça existe encore ?
02:38Ça existe de moins en moins.
02:40Et d'ailleurs, de temps en temps, on m'envoie dans des magnifiques amphithéâtres, entre guillemets, pour me faire plaisir.
02:44Mais il n'y a plus que des machins électroniques et donc je dois en catastrophe téléphoner au secrétariat pour
02:48qu'on me dévie mes cohortes d'étudiants dans les anciens amphithéâtres, encore des tableaux.
02:53Parce que vous aimez le tableau plus que le PowerPoint.
02:55Je ne fais pas le PowerPoint.
02:57Je n'aime pas le PowerPoint parce que j'aime bien le fait de dessiner les schémas, les cours, les
03:03équations au tableau.
03:04Je pense que c'est pour moi la seule manière de faire vivre la physique.
03:06Et d'ailleurs, cette année, il y a même des étudiants qui m'ont dit, mais monsieur, monsieur, vous ne
03:10savez pas le bonheur que c'est d'avoir cours au tableau alors qu'on a des PowerPoint de 8h
03:14à 18h ?
03:15Je me suis dit, mais en fait, on ne se met jamais à la place des pauvres étudiants.
03:17Vous imaginez, à 8h, du matin, du Mexicité, ils n'ont que des PowerPoint jusqu'à 18h.
03:22Bon, après, je vous avoue que ma chemise, je peux la...
03:25Tellement elle est pleine de poussière de craie.
03:27Et aussi de transpiration, parce que vous allez de la bout à l'eau, vous remontez les tableaux, vous les
03:31redescendez.
03:31Enfin, je dis que c'est un peu le Jim Canna.
03:32C'est ça, vous mouillez la chemise, comme on dit.
03:34Si vous êtes perdu, il suffit de faire une marche aléatoire, écrivez-vous en introduction de ce livre.
03:41Donc, on est déjà complètement paumé.
03:44Pourquoi est-ce que quand on se perd en forêt, autant marcher dans n'importe quel sens et se diriger
03:49au hasard pour retrouver son chemin ?
03:51Vous en faites quasiment un guide de lecture pour ce livre que vous nous proposez.
03:55Vous ne savez pas comment le lire ? Prenez un chapitre au hasard et vous finirez par le lire en
04:00entier.
04:00Et on finira par le lire en entier.
04:02Bien sûr qu'il faut le lire sur un temps très très long, c'est-à-dire qu'il faut
04:05le lire qu'une infinité de fois.
04:07C'est un des théorèmes de la marche aléatoire, des théorèmes de Polia, qui fait qu'on va repasser à
04:14un moment donné toujours par le même point.
04:16C'est un théorème qui fonctionne soit dans une marche aléatoire à une dimension, c'est-à-dire que vous
04:21avez le droit de faire un pas à gauche ou un pas à droite,
04:23et ça marche aussi dans une marche aléatoire à deux dimensions, donc sur un damier.
04:27Mais ce théorème ne marche plus dans une marche aléatoire à trois dimensions.
04:31Ce qui fait que les physiciens facétieux ont pour coutume de dire que si vous avez un homme ivre ou
04:38une personne ivre, disons,
04:39un humain ivre qui sort du café, eh bien, bien sûr, dans un plan bidimensionnel, donc dans la ville,
04:45vous avez beaucoup de chance de le retrouver après un temps long, pas très très loin du café.
04:49Mais par contre, si vous avez un oiseau ivre, celui-là, vous n'allez pas le trouver près de son
04:54point de départ,
04:54parce qu'en trois dimensions, ça ne marche plus.
04:56Donc l'oiseau ivre va s'éloigner définitivement.
04:59Alors que le mec bourré, on le retrouvera toujours près du bistrot.
05:02Près du bistrot, voilà.
05:02Très bien.
05:05Est-ce que vous étiez bonne élève, Fabrizio Buccella ?
05:08Alors, j'étais un élève extrêmement turbulent.
05:10Sans blague.
05:12J'ai passé toute ma scolarité, d'abord, à me faire, de temps en temps, éjecter de certaines écoles,
05:18certains bahus, je ne sais pas comment il faut le dire, parce qu'on n'a pas éjecté,
05:21mais enfin, on convoquait mes parents à la fin de l'année en leur disant qu'il fallait vraiment un
05:25peu trouver une autre école.
05:26À la fin, j'étais dans une école à pédagogie un peu plus active,
05:28mais je passais quand même le temps à faire la punition de l'époque,
05:31qui était de passer le plumeau dans le bureau de madame la directrice, madame Zimmermann, je me rappelle encore ce
05:35moment-là.
05:35Vraiment ?
05:36Et je passais le plumeau, je maîtrisais le bureau.
05:38Alors, évidemment, une fois que je passais le plumeau, je me sentais un peu chez moi.
05:41Et donc, de temps en temps, elle me trouvait assis à son bureau en train de lire son agenda ou
05:44lire ses documents.
05:45Et alors là, mes parents étaient convoqués en disant que j'étais un insolent.
05:48Mais c'est juste qu'après avoir passé le plumeau pendant quelques...
05:50Ce qui, moi, me semblait très très long, c'était peut-être juste une dizaine de minutes.
05:54Ben, oui, je trouvais que j'avais fait, quoi.
05:57On vous entend avec un accent belge, puisque vous vivez à Bruxelles.
06:01Mais en réalité, vous êtes née en Italie, de parents italiens, Buccella.
06:05C'est un nom italien, Fabrizio.
06:08Vous avez grandi dans quelle langue ?
06:09J'ai grandi jusqu'à cinq ans et demi en italien.
06:13J'ai fait le jardin d'enfants.
06:14Je suis arrivé au mois d'août en Belgique à cinq ans et demi.
06:16Donc là, je ne connaissais pas un mot de français.
06:18Donc, j'ai appris le français tout en conservant l'italien à la maison.
06:22J'ai passé un peu des petits moments de solitude.
06:26Pour le donner un peu plus sur un côté personnel, c'est là que je me suis rendu compte que
06:30si je faisais un peu le mariole,
06:31c'est une manière facile pour se faire des amis dans la classe.
06:34Surtout quand on ne savait pas parler la langue.
06:36Ah oui.
06:37Alors, ça va vous rappeler des souvenirs.
06:41Ça, c'est une archive des années 80.
06:43La comète Allais est donc de retour.
06:46Elle qui a longtemps terrifié les gens, nos ancêtres considéraient que son passage tous les 76 ans annonçait des catastrophes.
06:53Une très vieille croyance puisque sa première venue remonte à l'an 240 avant l'ère chrétienne.
07:00L'homme qui a donné son nom à la comète au début du 18e siècle, l'anglais sœur Edmond Allais,
07:05est bien passé à la postérité et cela pour l'éternité.
07:09La comète revient pour la 29e fois fourler la terre, une musique céleste qui a parfois le bruit d'un
07:15tiroir caisse car Allais is money.
07:19Franchement, c'est mythique.
07:20C'était dans les années 80, on parlait comme ça de la comète de Allais.
07:23N'empêche que vous, ça vous a donné envie de faire de la physique.
07:25Oui, ça m'a quand même donné envie de faire de la physique parce qu'il y a un astrophysicien
07:28qui était venu à l'école primaire.
07:29Et alors, il nous avait expliqué cette affaire de la comète de Allais.
07:33Et moi, j'avais trouvé ça fabuleux.
07:34Déjà, de comprendre que cette comète qui revient tous les 76, 77 ans, c'est en fait un objet du
07:39système solaire vu qu'il tourne autour du soleil.
07:42Et puis, je lui avais écrit une lettre, toute la classe lui avait écrit une lettre.
07:45Enfin, chacun avait écrit une lettre et puis on avait mis les lettres dans un petit paquet.
07:48Et là, au gloire, il m'avait répondu à ma petite lettre.
07:54Et puis donc, j'avais reçu de la direction de l'école la réponse.
08:00Et je m'étais fait, bien sûr, un peu tourner en bourrique parce que je n'ai reçu que la
08:03photocopie.
08:03J'en avais l'original intéressé à l'école.
08:06Et donc, quand mes parents avaient vu que j'avais reçu la photocopie, ils étaient un peu fâchés.
08:09Ils avaient vu de l'école parce qu'ils trouvaient que j'aurais dû recevoir l'original.
08:11Vos parents ne sont pas des scientifiques ?
08:13Non, pas du tout. C'est des littéraires.
08:14Ce sont des littéraires.
08:16Vous avez un père latiniste qui était correcteur d'orthographe pour la presse italienne.
08:22Au Corriere della Sera, exactement.
08:24Le Corriere della Sera, c'est le grand quotidien de centre droit italien.
08:27C'est le plus grand quotidien italien.
08:28Oui, à Milan.
08:29À Milan, on habitait.
08:30Voilà, donc une institution.
08:32Le Corriere, pour les gens de votre génération et surtout pour les gens de sa génération,
08:36c'est vraiment une institution, une grande institution.
08:38Donc, c'est peut-être même aussi un modèle, une référence en matière d'italien, de langue.
08:43Ah oui, ça, il m'a fait lire l'italien.
08:45Je ne peux pas lui expliquer trois choses en italien sans qu'il me corrige.
08:50On ne dit pas comme ça, il faut utiliser le subjonctif ainsi.
08:53Et donc, oui.
08:54Après, l'avantage d'avoir un papa latiniste, c'est que quand vous avez des morceaux en latin
08:59qui apparaissent dans un ancien ouvrage, et à l'époque, ils n'étaient pas traduits,
09:05hop, un petit...
09:07Allô, papa ?
09:07Allô, papa ?
09:08Ou une petite photo sur WhatsApp, et on a la correction avec toutes les explications
09:12et les possibles interprétations.
09:14Et une mère professeure d'allemand.
09:16Professeure d'allemand, exactement.
09:17Et alors, ce que je trouve intéressant, c'est que vous avez consacré votre thèse de physique
09:21à la phonétique.
09:23À la phonétique, oui.
09:24Alors, oui.
09:24C'est-à-dire, à l'étude des sons, les sons voisés et les sons non-voisés.
09:31J'ignore ce que c'est qu'un son voisé.
09:33Alors, les sons voisés, c'est quand les cordes vocales sont en vibration.
09:36Donc, c'est ça qu'on appelle un son voisé.
09:38Il y a un son non-voisé, c'est un son quand les cordes vocales ne se mettent pas en
09:41vibration.
09:42Donc, si vous faites A, les cordes vocales vibrent.
09:45Si vous soufflez, par exemple, la F, alors les cordes vocales ne vibrent pas, par exemple.
09:49Mais donc, on ne se sert pas des cordes vocales quand on fait F.
09:52Alors là, les cordes vocales ne sont pas en vibration.
09:54Après, l'air passe à travers, bien sûr, toujours les cordes vocales.
09:57Mais les cordes vocales, à ce moment-là, ne sont pas en mouvement.
09:59Et c'était une manière de relier, en réalité, votre discipline à vous.
10:05Celle du petit Fabrizio qui s'est pris d'amour pour Stephen Hawking et pour la comète de Halley.
10:10Et, en réalité, le monde de vos parents, qui est le monde du langage.
10:14Ah, écoutez, ça, je ne sais pas très bien.
10:19Merci beaucoup pour cette magnifique interprétation.
10:21Parce que je ne l'ai pas, moi-même, vraiment décodée.
10:25Alors, à la sincérité, j'ai fait mon mémoire dans ce laboratoire-là.
10:30Pas pour me pousser du col, mais j'étais quand même sorti majeur de promotion de tous les étudiants de
10:34physique.
10:34Ce n'était pas rien.
10:35Et donc, forcément, les gens du labo m'ont demandé de faire une thèse dans le labo.
10:39Donc, ça, c'était le parcours officiel.
10:41Alors, moi aussi, à l'époque, ce qui me plaisait, c'est que c'était un laboratoire interdisciplinaire.
10:45Et donc, c'était l'idée de sortir, de quelque part, de mettre la physique et la science vers l
10:53'extérieur.
10:53Donc, aussi vers, par exemple, comme vous le dites, le langage, la parole, que tout le monde utilise, quelque part.
11:00Et donc, il y avait un peu tout ça.
11:02Et dans ce laboratoire interdisciplinaire, on avait, bien sûr, beaucoup de latinistes et beaucoup de germanistes.
11:08Et donc, c'est vrai, est-ce que vous dites qu'il y a une sorte de boucle et bouclé
11:11par rapport à la trajectoire de mes parents ?
11:13Alors, écoutez le camarade Jamy, parce que pour nous, quand même pour ma génération, Jamy nous a appris beaucoup de
11:20choses en science quand on était petit.
11:22Je suis sûr que vous vous demandez pourquoi, quand on boit de l'alcool, on titube, on perd l'équilibre.
11:27Eh bien, c'est parce que l'alcool s'infiltre dans l'oreille interne.
11:30C'est quoi l'oreille interne ?
11:32Eh bien, c'est juste derrière l'oreille, l'endroit où se situe le centre de l'équilibre.
11:37Le centre de l'équilibre, il est constitué de petits conduits, plein de liquides, dans lesquels baignent des cils.
11:45Quand on bouge la tête, les cils bougent et ils transmettent l'information au cerveau.
11:50Maintenant, quand l'alcool s'en mêle, regardez.
11:52Voilà, alors ça c'était, c'est pas sorcier, quand on était un peu plus jeune.
11:58Alors, vous vous êtes pris de passion pour le vin.
12:00Oui, mais je ne bois plus.
12:01Et alors voilà, qu'est-ce qui s'est passé ?
12:03Parce que vous vous êtes pris de passion pour le vin.
12:05Et quand Fabrizio Buccella se prend de passion pour le vin, il passe un diplôme d'oenologie.
12:10Oui.
12:10Voilà, il fait référencer au Guinness Book des records.
12:14Ah, on a fait un record de la plus grande leçon de dégustation, exactement.
12:19Ce qui est complètement absurde.
12:20C'est complètement absurde.
12:21C'est complètement absurde.
12:21Mais voilà, le personnage est absurde.
12:24Voilà.
12:26Voilà, en faisant de l'oenologie, vous avez, comment dire, renoué probablement aussi avec la chimie,
12:31avec la biologie de vos années d'étudiants.
12:34Oui, alors moi, ce que j'adorais dans le vin, c'était que c'était une boisson qui permettait d
12:39'aborder plusieurs éléments de la science.
12:41De la science, entre les deux, il ne faut plus dire ça comme ça, mais comme vous l'avez dit,
12:45la chimie, la biologie, la physique, si vous voulez.
12:47Et donc, c'était ça qui m'intéressait dans le vin.
12:48Parce qu'il y a de la physique dans le vin ?
12:49Ah, il y a aussi de la physique dans le vin.
12:51Par exemple, les fameuses larmes du vin qui coulent dans le vin.
12:54Ça, c'est un effet marangoni.
12:55C'est une sorte de...
12:56C'est une pompe alcool qui se fabrique par des différentiels de tensions superficielles.
13:04Lorsqu'un mélange d'eau et alcool tapissent sa paroi du verre.
13:08Donc, il y a des gens qui pensent que quand ils regardent les larmes du vin, ça a une importance
13:12quelconque sur la qualité du vin.
13:14Ça, c'est des vastes couillonnades.
13:15Des vastes couillonnades.
13:17Très bien.
13:17Mais vous avez aimé ça, vous avez dégusté le vin.
13:20J'ai aimé ça.
13:21Et puis, depuis cinq ans, je ne peux plus boire.
13:23Mon médecin m'a dit, soit tu ne bois plus, soit tu changes de médecin.
13:25J'ai conservé le médecin, j'ai arrêté de boire.
13:27Bah, tant mieux.
13:28Bien sûr, tant mieux.
13:29Et donc, voilà, quelque part, ce chapitre-là, il a un peu...
13:34Il est clos.
13:35Il est clos.
13:35Le paradoxe de Zénon, en revanche, il continue de donner mal au crâne.
13:39Même à ceux qui ne boivent pas.
13:40Un philosophe grec qui s'appelait Zénon, Zénon d'Ele, pose une quarantaine de paradoxes.
13:46Il y en a un qui est tout à fait incroyable.
13:48Zénon prend deux personnages.
13:50Un guerrier très puissant, le Cristiano Ronaldo de l'époque, Achille.
13:54Et il prend une bête tortue de jardin.
13:56Il dit, on va faire la course entre Achille et la tortue.
13:59On se dit, Achille va arriver le premier.
14:00Que nenni ?
14:01Parce que Zénon introduit une astuce.
14:03Il dit, vu que la tortue, ce n'est pas Usain Bolt non plus, on va lui faire prendre un
14:08peu d'avance.
14:09Et donc, la tortue part en premier.
14:11Eh bien, si la tortue part en premier, nous disait non, Achille n'arrivera jamais à rattraper la tortue.
14:17Ça vous embouche un coin.
14:18Moi, ça m'en a bouché deux.
14:19Bon, moi, je rattrape la tortue.
14:21Franchement, j'ai une tortue, je la mets dans mon jardin, je marche plus vite qu'elle.
14:25Le paradoxe de Zénon, il est réglé.
14:27Vous l'avez résolu tout à fait bien, tout à fait juste.
14:29La résolution que vous faites, les physiciens l'appellent la solvitura ambulando.
14:33C'est-à-dire que vous l'avez résolu en marchant.
14:35À partir du moment où il faut poser l'équation de cette affaire, c'est beaucoup plus compliqué.
14:39C'est-à-dire oui, parce qu'en fait, il faut bien s'imaginer que Zénon, Zénon et Zénon sont
14:43bons vivaient au VIe siècle avant Jésus-Christ.
14:45Et pour résoudre la série qui converge et pour expliquer qu'en vérité, vous avez beau avoir une infinité d
14:52'étapes,
14:52mais à la fin, cette somme infinie donne un résultat fini, ce qui est la définition même d'une série
14:57convergente,
14:58il a fallu quand même attendre Newton et Leibniz et le calcul différentiel des XVIIe et puis des XVIIIe siècles.
15:03Donc on se dit quand même que l'humanité a mis 2200 ans pour se dire que si vous avez
15:07une tortue, vous pouvez rattraper la tortue.
15:09C'est quand même assez exceptionnel.
15:10Il y a dans le nouveau livre que vous faites paraître, Comment rester sec avec une veste mouillée aux éditions
15:16Alary,
15:18une énigme qui m'a beaucoup plu, c'est celle d'Einstein et de ses parapluies.
15:23Elle est vraiment très jolie.
15:25Racontez-nous, professeur.
15:26Oui, c'est l'une des plus jolies.
15:28Alors, on a Einstein qui donnait cours à l'époque à Prague.
15:33Il a donné cours à Prague.
15:34Et puis, à la fin du cours, un de ses étudiants a dit,
15:36Monsieur le professeur, Monsieur le professeur, il pleut, n'oubliez pas votre parapluie.
15:39Et Vlad Tepak-Einstein regarde l'étudiant et réfléchit quelques minutes et puis il lui dit,
15:44Ben oui, vous avez raison, il pleut.
15:45Mais si je prends mon parapluie, dit-il à l'étudiant,
15:48eh bien, je vais me retrouver avec un parapluie à la maison et je n'aurai plus de parapluie ici.
15:53Alors, l'étudiant dit, oui, effectivement, mais alors comment est-ce que vous avez résolu le paradoxe ?
15:56Alors, Einstein dit, en fait, j'ai résolu le paradoxe en mettant un parapluie à la maison et un parapluie
16:00ici.
16:01Ce qui fait que j'ai un parapluie pour la maison et un parapluie pour l'amphi.
16:04Et donc, l'étudiant dit...
16:04Sauf que chaque fois qu'il prend le parapluie à la maison pour aller à l'amphi,
16:07ça fait deux parapluies à l'amphi et plus à la maison.
16:10Et s'il prend le parapluie à l'amphi, ça fait plus de parapluies à l'amphi et deux parapluies
16:14à la maison.
16:15Exactement.
16:15Donc, Einstein dit...
16:16C'est inexplicable.
16:17Il dit, si je prends le parapluie, j'ai en avoir deux de l'autre côté, donc ça ne marche
16:20pas.
16:20Et alors, l'étudiant, les grands gens ont conne devant et donc, quelque part, le paradoxe s'arrête là.
16:24Alors, l'historiette, si vous voulez, s'arrête là.
16:26Mais en vérité, ce que pose Einstein, c'est un magnifique problème de répartition des ressources.
16:32C'est typiquement le même problème quand vous avez des stations de vélos partagées.
16:36Ou par exemple, vous avez des stations qui se remplissent plus que d'autres stations.
16:40Et donc, à un moment donné, vous avez les gestionnaires des vélos partagés qui, la nuit,
16:44doivent faire des trajets en transportant les vélos d'un bout à l'autre.
16:47C'est exactement ce problème-là que pose Einstein en disant, j'ai un parapluie à la maison, j'ai
16:52un parapluie à l'amphi.
16:53Si je prends celui de l'amphi pour marcher en me protégeant jusqu'à la maison,
16:58j'en ai deux de l'autre côté, j'en ai un, j'en ai plus à l'amphi.
17:01Donc, ça veut dire que le lendemain, je dois faire un trajet à vide.
17:04Alors, on pourrait bien sûr suggérer Einstein, mais c'est un petit coup, entre guillemets, en termes de parapluie,
17:09de mettre par exemple cette parapluie à la maison et cette parapluie à l'amphithéâtre.
17:13Et alors, dans ce cas-là, la probabilité qu'il y ait les mauvais trajets qui s'accumulent devient extrêmement
17:20faible.
17:21Parce qu'il faudrait qu'il y ait toujours les trajets avec pluie dans le même sens pendant sept fois
17:26de suite,
17:27sans jamais avoir un trajet avec pluie dans l'autre sens.
17:29Qu'est-ce qui vous a donné envie d'appliquer la physique aux larmes du vin le long de la
17:35bouteille, aux spaghettis ?
17:36Quelle affaire, cette affaire de spaghettis ? Il n'y a qu'un Italien qui pouvait se permettre ça.
17:40Ah ben oui, mais sauf que c'est le grand Feynman, le grand Richard Feynman qui s'en était occupé.
17:44Il avait passé des soirées dans la cuisine de Caltech à briser des spaghettis,
17:48donc des spaghettos si vous voulez crus, bien sûr.
17:51Non, un spaghettos de des spaghettis.
17:53Un spaghettos, exactement.
17:54Donc il prenait le spaghettos.
17:55Prego !
17:56Il prenait le spaghettos, il le tordait par les deux bouts,
17:59et puis à un moment donné, tac, le spaghettos craquait,
18:02et il y avait bien sûr plus que deux morceaux, il y avait trois, quatre morceaux.
18:07Et le grand Richard Feynman s'était posé la question de savoir qu'est-ce qui se passait.
18:10Et en fait, dans les années 60 du siècle dernier,
18:13l'affaire était résolue au début de ce siècle par une équipe,
18:17si on dit son bon, de physiciens français qui se sont rendus compte
18:20qu'il y a une onde de détente en flexion quand on brise le spaghettos,
18:24qui est tellement puissante qu'elle va fabriquer une deuxième brisure.
18:28Et donc, l'astuce, c'est que si vous n'avez pas les mains tout à fait moites,
18:34vous pouvez prendre le spaghettos et le tordre.
18:36Et alors, dans ce cas-là, quand vous le brisez en le tordant,
18:38eh bien, vous avez annulé l'onde de détente en flexion.
18:42Et alors, le comble du comble, c'est que des étudiants du MIT
18:45ont fabriqué une machine à tordre les spaghettis pour briser les spaghettis,
18:49mais celle-là n'a été faite qu'en un exemplaire.
18:51Ça n'a pas été un succès commercial foudroyant.
18:54Ce portrait Fabrizio Buccella, comment rester au sec avec une veste mouillée
18:58et à partir de 8h55 dès le 29 juin sur France Inter tous les matins.
19:03Grazie mille, professeur.
19:05Avec grand plaisir, merci à tous.
Commentaires

Recommandations