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  • il y a 6 heures
Thomas Schlesser, l'auteur de "Les Yeux de Mona", revient avec "Le Chat du jardinier", un roman où la poésie devient refuge et guide des émotions. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mercredi-25-fevrier-2026-6197455

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00:00C'est l'histoire d'un type qui travaillait depuis 10 ans sur un bouquin et qui n'y croyait
00:04plus vraiment.
00:06Et puis ses proches, son éditeur, ont cru eux en l'étincelle.
00:10Deux ans après, c'est plus qu'un feu de joie, c'est une véritable passion mondiale
00:15qui s'est déclenchée autour de ce premier roman, Les yeux de Mona.
00:19Traduit dans une soixantaine de langues, écoulée à un million d'exemplaires,
00:23dont 500 000 rien qu'en France, soit le score d'un prix Goncourt.
00:27En tête du classement des best-sellers du New York Times, pendant plusieurs semaines,
00:32il a même reçu le Book of the Year des librairies Barnes & Noble,
00:36soit l'une des plus prestigieuses récompenses américaines attribuées pour la première fois à un auteur non-anglophone.
00:43Après une tournée internationale, messieurs dames, il revient avec un nouveau roman,
00:48toujours chez Albain Michel, toujours dans une veine de transmission.
00:52et ce que Les yeux de Mona faisait avec l'art, le chat du jardinier, le fait avec la poésie.
00:58Thomas Schlesser, peut-vous changer la vie ?
01:00Mais comment vit-il la sienne ?
01:02C'est notre grand portrait, numéro 96.
01:08Bonjour Thomas Schlesser.
01:10Bonjour.
01:10Vous avez rêvé de quoi cette nuit ?
01:14Ah, c'est drôle ça.
01:16Je me demande si je n'ai pas rêvé de vous Mathilde.
01:18Bon, on voulait avoir des détails.
01:22Non, j'ai rêvé de quoi ?
01:26En tout cas, ce que je peux dire, c'est que je fais beaucoup de rêves en ce moment autour
01:30de ma Provence natale.
01:32Je crois qu'avec le chat du jardinier qui sort, je fais beaucoup de rêves de nature,
01:36et beaucoup de rêves d'enfance et c'est assez logique au fond parce que ce n'est pas un
01:44retour du refoulé,
01:45c'est un retour d'une grande joie, celui du Var, celui du Soleil, celui des Pins et des Oliviers.
01:51Qui sont dans ce nouveau roman ? Qui en sont le cadre et l'inspiration aussi ?
01:56Le chat du jardinier.
01:57Je vous ai posé la question des rêves parce que c'est à partir des rêves dans ce roman
02:00qu'on commence à approcher la poésie, les poèmes de Verlaine,
02:04mais aussi ce rêve d'un astre qui tombe que fait le jardinier
02:07et qui résonne avec les vers du poète romantique autrichien Nicolas Sleno.
02:11Le ciel laisse tout affairé de tristesse, négligeablement tomber le soleil de sa main.
02:18Oui, les rêves, en effet, pour peu qu'on commence à les raconter, sont quasiment immédiatement des poèmes.
02:24Je crois qu'on peut faire le test autour de nous.
02:28Vous faites le récit de votre propre rêve, non seulement vous formulez quelque chose de poétique,
02:32mais les gens qui vous écoutent ont l'impression d'avoir une réalité autre qui se manifeste.
02:37Et c'est une voie d'accès très simple, très immédiate à la fantaisie poétique.
02:42Il y a un poème en germe dans chacun de nos rêves, mais peut-être pas un poète en chacun
02:45de nous.
02:46Non, il ne faut pas exagérer parce que ça, ce serait un peu de la démagogie,
02:49d'imaginer que nous serions tous des petits Arthur Rimbaud ou des Cesare Pavese en puissance.
02:56Non, ce n'est pas le cas.
02:59Néanmoins, je crois qu'il y a en chacun de nous un lecteur ou une lectrice de poésie.
03:03Et ça, c'est vraiment un combat que j'ai envie de mener.
03:06C'est de recréer une scène d'écoute de la poésie, d'attention à la poésie.
03:12Vous voyez, on est en France, un très grand pays de poésie,
03:16mais on s'est un peu fâchés avec celle-ci.
03:19Allez de retour sur Instagram et puis il y a des poésie-clubs.
03:22Vous avez raison, il y a une jeune génération qui porte tout ça.
03:27Je crois que c'est très important de rouvrir les écoutis pour être à nouveau attentif à la poésie.
03:32Dans le chat du jardinier, le jardinier, c'est Louis, un être robuste, presque mutique,
03:38qui espère la guérison de son chaton.
03:40Il prend chaque jour le thé et parfois le pastis.
03:43Avec sa voisine Thaline, prof de français fraîchement retraité, qu'il initie à la poésie.
03:48Tandis que les environs ont été ravagés par une tempête, leur pacte est le suivant.
03:52Lui répare son jardin, elle lui répare la parole.
03:57En quoi la poésie répare la parole ?
03:59Parce que la poésie, c'est le meilleur moyen de ramasser des émotions très très fortes,
04:07souvent contradictoires, en des formules courtes et efficaces.
04:11Lire de la poésie, c'est vraiment arriver à retrouver en soi l'ensemble des sensations qui nous traversent.
04:18Et donc, par conséquent, revenir à une forme d'expression, je dirais d'expression émancipée, d'expression libre.
04:26Moi, vous savez, la poésie...
04:27Oui, comment vous y êtes venue, vous ?
04:28Moi, c'était quand j'étais adolescent, où justement, j'étais mal dans mon corps, comme beaucoup d'adolescents.
04:33J'avais beaucoup, beaucoup de problèmes aussi.
04:34Vous faisiez 1m87 à 12 ans, c'est ça ?
04:36Oui, c'est ça.
04:37Et vous vous sentiez très seul là-haut, paraît-il.
04:39Exactement, c'était une très jolie expression, en effet, un peu seul là-haut.
04:43Et donc, la poésie me permettait de dire tout ce que je n'arrivais pas à formuler, mais à travers
04:51la voix des autres.
04:52Mais comment vous vous êtes retrouvé en contact avec un poème ?
04:54En fait, c'était avec Guillaume Apollinaire.
04:56À un moment donné, je suis dans la bibliothèque de mon père, je prends au hasard un recueil qui s
05:01'appelle « Alcool » de Guillaume Apollinaire.
05:03Je ne comprends rien à ce qu'il y a dedans, mais ça me parle mystérieusement.
05:08Et quand j'étais ensuite, le mercredi après-midi, quand je n'avais pas cours et que j'étais au
05:13collège,
05:14parfois je jouais à la console et d'autres fois, je prenais ce livre tout seul, dans ma chambre,
05:19et je déclamais à haute voix du Guillaume Apollinaire.
05:23Et ça me faisait un bien fou.
05:24La poésie, j'insiste, elle se déclame, elle se dit oralement.
05:28C'est vraiment un acte d'oralité, la poésie.
05:30Donc n'hésitez pas, tous les mercredis après-midi ou les week-ends,
05:34parlez un petit peu à vos plantes, à vos proches, à vos bêtes, en lisant et en disant de la
05:40poésie.
05:40Une journée réussie, c'est une journée où on lit un poème, ne serait-ce qu'un verre ?
05:44Oui, il suffit de lire un poème et la journée, je ne sais pas si elle est sauvée.
05:48On ne peut pas tout sauver d'une journée, mais ça fait vraiment du bien.
05:52Moi, je m'oblige à cela, tous les jours, je lis un poème.
05:55Ce matin, vous avez lu quoi ?
05:57Alors, ce sera pour ce soir.
05:58Mais voilà, allez, mauvaise élève !
06:03Et hier, c'était précisément, c'était encore du Guillaume Apollinaire.
06:07Je précise que votre nouveau roman, on en parlait un petit peu au début de cet entretien,
06:11se situe en Provence, pays de Cézanne et de votre enfance, passé en grande partie chez votre grand-mère maternelle,
06:17près de Draguignan.
06:18Je précise que vous vivez non loin de là, à Antibes, où vous dirigez depuis plus de dix ans la
06:22fondation Antsartung et Anna-Eva Bergman.
06:25Je précise encore que vous êtes historien d'art et qu'avant le succès phénoménal de ce premier roman, Les
06:31yeux de Mona,
06:31vous n'étiez pas cet auteur qui pointe dans les meilleures ventes et dont les séances de dédicaces ne désemplissent
06:36pas.
06:37Alors, comment vous sentez-vous maintenant dans ces pompes-là ? Qu'est-ce qui a changé, à part vos
06:41chaussures, paraît-il ?
06:42Oui, j'ai acheté deux paires de chaussures, mais sinon rien n'a changé. En fait, je suis toujours exactement
06:47le... Enfin, j'espère exactement le même.
06:49Surtout, je n'ai pas changé mes habitudes, je n'ai pas changé mes pratiques, je n'ai pas changé
06:53d'amis, je n'ai pas changé d'avis,
06:54je n'ai pas changé d'habits, je n'ai pas changé d'adresse, je n'ai pas changé d
06:57'habitude.
06:57Donc, je crois qu'il n'y a pas grand-chose qui ait changé. En revanche, c'est vrai que
07:01les yeux de Mona m'ont offert la possibilité
07:04d'avoir une lucarne un petit peu plus large pour dire ce que j'avais envie de dire.
07:08Et Le Chat du Jardinier, je le vois comme un livre de combat sur un matériau qui n'est pas
07:13un matériau simple.
07:14Il faut avouer les choses, la poésie c'est un repoussoir, un peu comme les mathématiques.
07:18De la poésie, on a une image qui est souvent très hermétique.
07:27Et du coup, j'ai écrit Le Chat du Jardinier aussi comme un livre engagé en faveur de la poésie,
07:36parce que j'en avais la possibilité.
07:38Ce roman, justement, les yeux de Mona qui vous donnent cette possibilité,
07:41il est sorti en librairie le 1er février 2024.
07:44On est quasiment deux ans pile après et un million d'exemplaires plus tard, je le disais,
07:48des chiffres qui donnent le tournis.
07:50J'aimerais qu'on se replonge dans ce que vous me disiez à ce micro, ici même, le 13 février
07:552024.
07:56Quand ce livre a été terminé, après dix ans de travail, ça a été vraiment un long labeur,
08:02eh bien, je n'y croyais pas plus que cela.
08:05Et d'ailleurs, mon éditeur chez Albain Michel, Nicolas de Cointet, je lui avais dit,
08:10je lui avais dit, je sais pas, il m'avait dit, mais moi j'y crois, j'y crois, j
08:14'y crois pour toi,
08:15et je pense que ça peut aller très loin.
08:17Et je pense que ça peut aller très loin, disait-il, bien vu !
08:21Mais que ça devienne un best-seller aux Etats-Unis,
08:24que vous soyez le premier autor non-anglophone, je le disais,
08:26à recevoir le prestigieux Book of the Year de Barnes & Noble,
08:30c'est-à-dire aux côtés de monuments américains comme Percival Everett ou James McBride,
08:34que vous soyez acclamé dans une tournée internationale avec plus de 60 traductions à travers le monde,
08:38aussi loin que ça ? Il le voyait ?
08:41Non, personne ne peut imaginer cela.
08:44Si vous permettez, Mathilde, il a très bien fonctionné aux Etats-Unis,
08:47mais il a aussi très bien fonctionné en Turquie ou en Roumanie.
08:51Quel retour vous avez d'ailleurs ?
08:53Ce que je veux dire, c'est que les Etats-Unis, qu'on voit toujours comme une sorte d'horizon
08:57indépassable...
08:57Le rêve américain ?
08:58C'est une chose, mais moi je suis encore plus comblé de voir que dans des pays
09:04qui peuvent paraître un peu plus réticents à lire de la littérature francophone,
09:10en fait, il y a eu des retours excellents.
09:12En Chine, vous avez été traduit ?
09:13J'ai été traduit en Chine.
09:16Vous ne savez pas lire le chinois à ce stade ?
09:18Je vais vous dire que je ne suis pas allé jusqu'en Chine pour le défendre.
09:24Pour mémoire les yeux de Mona, c'est un grand-père d'Adé inquiet pour sa petite-fille Mona
09:28qui est en train de perdre la vue et qui l'emmène découvrir et saisir la portée de 52 chefs
09:33-d'œuvre de l'art.
09:34Vous parliez de votre tournée, justement, je voudrais qu'on souligne cette chose très importante.
09:39Vous avez mouillé la chemise, Thomas Schlesser.
09:41On va vous entendre pendant cette promo ici, en anglais.
09:43Je me souviens que quand je suis seul, je suis pessimiste.
09:49Quand je me demande seulement avec mon cerveau, avec moi-même,
09:54revolving sur mes questions obsessives, je suis pessimiste.
10:00Mais chaque fois que je suis avec des êtres humains,
10:04par exemple, cette soirée, je suis super optimiste.
10:10Oh, le dragueur !
10:12C'est quoi la traduction ?
10:14Non, ça veut dire que dès que je suis seul, c'est vrai ça, d'ailleurs.
10:18Dès que je suis seul, je me sens toujours un peu sombre et pessimiste.
10:21Mais dès que je suis au contact d'autres êtres humains,
10:24j'ai l'impression que tout est possible et que l'humanité, d'une certaine manière,
10:30je crois, se sauvera très aisément d'elle-même.
10:32Parce que j'adore être au contact des autres.
10:36C'est un peu bateau, ce que je dis.
10:38Mais c'est très vrai.
10:41Ça vous sauve de vos pensées qui peuvent être mélancoliques, parfois ?
10:45C'est un sentiment que vous assumez.
10:48Oui, bien sûr, que j'assume totalement.
10:50J'ai trouvé très important à votre antenne tout ce qui s'est passé autour de Nicolas Demorand l'année
10:55dernière.
10:55Parce qu'il a levé un tabou autour de la maladie mentale vraiment fondamentale.
11:00Moi-même, je n'ai aucun problème à l'avouer.
11:03J'ai traversé des dépressions.
11:05Je sais ce que c'est que de tomber dans quelque chose de très gris.
11:14Et dès qu'un autre, dès qu'il y a la présence d'autrui,
11:20la lumière est susceptible de se rallumer.
11:23Mais je crois que c'est très important qu'on se le dise entre nous, tout ça.
11:27Et c'est le cœur du chat du jardinier.
11:30Ce pauvre jardinier, il est sauvé, très isolé.
11:34Il est sauvé par la présence de deux voisins formidables.
11:38Et puis de toute une cohorte de poètes qui sont comme autant de fantômes qui l'accompagnent.
11:43Qui sont avec lui.
11:44Alors, quand je disais que vous êtes allé loin pour mouiller la chemise dans cette tournée mondiale,
11:47Thomas Chesser pour défendre les yeux de Mona,
11:49vous avez même cité, on va retrouver le chat du jardinier,
11:52et vous avez cité du Rimbaud en italien.
12:10En plus, l'émission était en direct.
12:13J'étais en direct en italien, ce n'était pas facile.
12:16Vous étiez allé sur Google, traduire rapidement ou en italien ?
12:19C'est très facile, en fait, Rimbaud dit « il faut fixer des vertiges ».
12:23Voilà, c'est une expression sublime, il faut fixer des vertiges, c'est dans une saison en enfer.
12:27Ça a été handicapant ce succès monstre pour écrire ensuite le chat du jardinier ?
12:30Non, pas du tout.
12:31D'abord, j'avais commencé à écrire le chat bien avant, il était déjà en moi.
12:36Non, non, non, non, pas du tout.
12:37Au contraire, encore une fois, j'insiste,
12:41je me disais qu'il y aurait la place pour quelque chose au-delà de l'initiation aux œuvres d
12:47'art.
12:47Et moi, j'avais très, très à cœur de m'attaquer à ce grand enjeu qu'est la scène poétique,
12:54l'histoire de la poésie.
12:56Non, c'est que de la joie, en fait.
12:58Rimbaud, on le citait à l'instant, mais aussi Hugo, Pessoa, Césaire, Villon,
13:03Émilie Dickinson, Georges Brassens ou Anne Sylvestre
13:06sont dans la grande lignée des poètes auquel est initié votre personnage de Louis le jardinier
13:10dans ce nouveau roman « Le chat du jardinier ».
13:13Mais il y a aussi une place particulière pour René Char, en filigrane dans tout le roman.
13:17D'ailleurs, c'est sur ces vers que se clôt le livre.
13:19Qu'est-ce qu'il représente pour vous ?
13:20René Char, il est l'incarnation de la résistance.
13:24Et je trouve extraordinaire qu'un poète soit à la fois un maître du langage,
13:32venu d'un milieu très humble en plus,
13:35et puis un personnage d'un courage exceptionnel.
13:40Il y a ces vers magnifiques de Char qui disent
13:42« Rien ne fait naufrage ou ne se plaît aux cendres,
13:45et qui sait voir la terre aboutir à des fruits,
13:48point ne l'émeut l'échec, quoi qu'il ait tout perdu. »
13:51Ça, c'est vraiment des vers de résistance.
13:53C'est la dernière phrase du livre.
13:55Et donc, René Char nous rappelle à quel point la poésie est résistance.
14:01Les vers d'Aimé Césaire sont de la résistance.
14:05William Henley, qu'aimait tellement Nelson Mandela,
14:09c'est de la résistance.
14:10La poésie est toujours, d'une manière ou d'une autre, politique.
14:15Donc, René Char, oui, pour moi,
14:17c'est quand même pas très loin,
14:20c'est voisin de là où j'ai grandi.
14:21Donc, c'est très agréable en plus.
14:23Oui, d'ailleurs, on l'entend quand il lit ses propres poèmes.
14:25Oui, il y a cet accent fabuleux.
14:27Magnifique.
14:28Ce roman, donc, Le Chat de Jardinier, suit une trame initiatique.
14:31Thali ouvre l'univers infini de la littérature
14:35et de ses voix chères qui se sont eues, comme disait Verlaine.
14:39Donc, il va découvrir cet univers grâce à Thali,
14:42cette professeure de français à la retraite.
14:44On le disait qu'il initie.
14:45Comme dans Les yeux de Mona, en fait,
14:47la petite fille va découvrir la peinture grâce à son grand-père.
14:51En fait, à chaque fois, on est dans cette histoire de la transmission
14:54et j'ai envie qu'on parle de la vôtre, du coup.
14:58Puisque le grand-père, dans Les yeux de Mona, il s'appelle Dadé.
15:00Ça ne vient pas de nulle part.
15:02André Schlesser, patron de cabaret, d'origine gitane.
15:06Il fait chanter Barbara.
15:08Il épouse Maria Casares, 18 ans après la mort de Camus.
15:11C'était qui, pour vous, ce Dadé ?
15:13C'était un grand-père mythique.
15:14Je l'ai un petit peu connu.
15:16Il est mort en 1985, donc j'étais tout petit,
15:18mais je l'ai un petit peu connu.
15:19J'en ai un souvenir très ému, très fort.
15:23Avec mon père, on a d'ailleurs publié ses mémoires d'enfance,
15:26Petit chien sans ficelle, qui est un petit livre vraiment très joli.
15:31Et c'était, je dirais, vraiment une incarnation de la liberté, ce grand-père.
15:35Mais comme beaucoup d'hommes très libres et un peu, je ne sais pas comment dire,
15:45toujours ailleurs, toujours aux quatre vents,
15:48c'était sans doute aussi quelqu'un qui était un peu égoïste.
15:51Il faut dire les choses comme elles sont.
15:54Mais oui, un grand-père mythique, important dans ma vie.
15:57Et Maria Casares, elle était comment ?
15:59Alors Maria Casares, je l'ai vue deux fois.
16:01Elle me faisait horriblement peur.
16:03Elle était effrayante, très actrice.
16:04Elle est belle.
16:05Oui, très belle, mais j'étais tout gamin.
16:08Elle me faisait peur, pour tout dire.
16:10Et cette origine gitane, vous y pensez, vous y êtes intéressé ?
16:13Je m'y suis intéressé forcément, mais comment dire,
16:16j'en tire ni gloire ni honte, c'est comme ça.
16:19Je sais qu'aujourd'hui, tout le monde se pose beaucoup de questions
16:22sur son identité, son origine, son ADN, etc.
16:26C'est là, c'est ça.
16:28Mais je ne peux pas dire, étant donné ma vie,
16:31je ne peux pas non plus dire que ce soit quelque chose qui soit ultra…
16:35L'historien d'art de la Fondation Ansartung,
16:38il est peut-être loin de cette famille gitane.
16:42Cela dit, je sais que dans ma famille,
16:44pour certaines personnes, c'est important.
16:45Alors, on va écouter André Schlesser, justement, en 1962,
16:48proche de Jean Villard, le créateur du Festival d'Avignon
16:51et du Théâtre National Populaire.
16:52Dadez Schlesser avait composé cette chanson pour le théâtre,
16:56justement, « Quand j'étais petit ».
17:07Vous la connaissiez ?
17:11Oui, je la connaissais, mais je ne chante pas aussi bien que lui.
17:12Il avait une petite voix fluette qui était quand même très charmante.
17:15C'est gentil de passer un peu la voix de mon grand-père.
17:17Ça me fait très plaisir.
17:18Quand vous étiez petit, vous, je l'ai dit,
17:20vous étiez un peu mauvais élève, en fait.
17:22On l'a entendu aussi.
17:23J'étais même un cancre.
17:24Début du camp, carrément un cancre.
17:25Et vous leur dédiez ce livre au cancre,
17:27au bon et aux mauvais élèves,
17:29mais surtout au mauvais, écrivez-vous.
17:30Oui, mais je suis très, très sensible au fait
17:33qu'au collège, au lycée,
17:35on puisse être un peu dernier de la classe.
17:37Moi, j'étais toujours le dernier à ne pas redoubler.
17:39J'étais vraiment le cancre de Prévert,
17:41celui qui dit non avec la tête,
17:43qui dit oui avec le cœur,
17:44qui dit oui à ce qu'il aime
17:45et qui dit non au professeur.
17:46J'étais vraiment, vraiment ça.
17:48Et au basket, vous étiez nul aussi ?
17:50En basket, j'étais un peu nul en tout, en fait.
17:52Mais vraiment, après,
17:53j'étais un peu meilleur dans la vie en général
17:56à partir de 15-16 ans.
17:58Et Le Chat du Jardinier,
17:59je l'ai écrit en repensant
18:01à toutes ces difficultés
18:02que j'ai pu avoir quand j'étais jeune.
18:05Et j'espère, j'ose espérer,
18:07que ce sera un livre
18:09que liront certains adolescents,
18:11parfois en difficulté, en cours.
18:13Ils s'adressent aussi à eux, ce livre.
18:15Voilà.
18:15Vous avez dit dans un entretien
18:17que la vie, vous avez souvent passé à tabac.
18:19Oui.
18:20Thomas Schlesser,
18:21d'où venaient les coups ?
18:23J'ai eu des coups qui venaient de partout.
18:25Beaucoup de déceptions,
18:26beaucoup d'échecs,
18:29beaucoup de désillusions.
18:31Heureusement aussi,
18:33énormément d'amis,
18:34des gens qui m'ont aimé,
18:35qui m'ont soutenu.
18:37Quand on vous dit que vous faites
18:38la littérature feel good,
18:39vous dites bon,
18:40non, c'est totalement faux.
18:41En fait, ça ne me dérange pas
18:43ce qu'on dit sur moi.
18:44Honnêtement, je m'en fous un peu.
18:46Mais je trouve ça
18:47complètement absurde.
18:48Si on lit un peu attentivement
18:49mes livres,
18:50on sait qu'en fait,
18:50ils sont traversés
18:51par la mélancolie
18:52et qu'ils sont,
18:54en effet,
18:54des sublimations
18:55de la mélancolie.
18:56Mais ce n'est pas du tout
18:57de la littérature feel good.
18:58Ou alors,
18:58faire de la littérature feel good
18:59en expliquant
19:01Ulderlin,
19:02Frida Kahlo,
19:03Paul Cézanne,
19:04tant mieux.
19:05Si on me le range là-dedans,
19:06tant mieux.
19:06Je pense que c'est
19:07une littérature feel good
19:09d'un certain niveau.
19:10Mais ces catégorisations hâtives,
19:14si ça peut faciliter
19:15la vie des journalistes,
19:16pourquoi pas ?
19:17Je m'en fous.
19:17En tout cas,
19:18ce chat du jardinier
19:19et Louis le jardinier,
19:21cet être hypersensible,
19:22comme vous,
19:22mal à l'aise dans son corps,
19:24comme vous,
19:24sûrement en tout cas à 12 ans,
19:25vous nous l'aviez dit.
19:27Il répare sa parole
19:28et il est réparé aussi
19:30le petit Thomas Schlesser,
19:31j'ai l'impression un peu.
19:32Oui, oui,
19:32ça va bien.
19:34Même en ayant raté
19:35Normale Sup.
19:36Deux fois, deux fois.
19:38Merci Thomas Schlesser.
19:40Le chat du jardinier,
19:41votre deuxième roman
19:42chez Albain Michel
19:43est en librairie.
19:44De nouvelles traductions
19:45sont en cours
19:46et l'adaptation au cinéma
19:47de votre succès mondial.
19:49Les yeux de Mona se préparent.
19:50Bonne route.
19:51Merci.
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