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On découvre ce matin les coulisses de la comédie française, avec un film en salles le 22 juillet, qui se moque gentiment de cette vénérable institution. Les sociétaires de la Comédie-Française et acteurs du film Pauline Clément et Laurent Stocker sont avec nous dans le Grand entretien. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-vendredi-17-juillet-2026-5051191
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00:06C'est l'histoire d'une soirée au théâtre où rien ne se passe comme prévu, où il faut à
00:10la fois gérer les retards, les problèmes techniques, les galères de garde d'enfants et les soucis d'égo des
00:15comédiens.
00:16Mais c'est aussi et peut-être surtout une véritable déclaration d'amour au théâtre.
00:20On va parler ce matin d'un film qui va bientôt sortir en salle, ça s'appelle De la Comédie
00:25Française.
00:25Il nous plonge ce film dans les coulisses de cette vénérable institution un soir de première.
00:30Nina, t'as validé ça ?
00:31De quoi ?
00:32La veste, c'est toi qui l'as validée ?
00:34Oui, elle est très jolie cette veste. Qu'est-ce qu'il se passe ?
00:36Il se passe qu'elle est verte et moi je ne joue pas en vert.
00:39Non, elle ne va pas recommencer avec ses superstitions lui.
00:41Non, elle n'est pas verte, elle est bleue.
00:44T'es sûre ?
00:46Sur quoi, t'as la limite ?
00:47Non ?
00:48Émilie ?
00:49Moi je suis daltonienne, je la vois orange.
00:54On se revoit à la découpe sur Macbeth.
00:56Ah non, non, par contre, s'il te plaît, on peut respecter les traditions et pas dire le nom de
00:59la pièce ?
00:59De quoi ? De Macbeth ?
01:00Non, non, non, oh, oh, ouais !
01:02Antoine, le nom de la pièce, c'est aussi le nom du rôle principal, donc on fait comment ?
01:05On fait comme on fait depuis 300 ans, on dit la pièce écossaise.
01:09Ok, est-ce qu'on peut se revoir à la découpe sur le rôle principal dans la pièce écossaise ?
01:13Merci.
01:13Tu veux dire de Macbeth ?
01:15Oh, arrête.
01:16Voilà, alors ce comédien qui jubile à lire le nom interdit, c'est vous, Laurent Stockert, bonjour.
01:20Bonjour.
01:21Et la metteuse en scène un peu débordée, c'est vous, Pauline Clément, bonjour à vous également.
01:25Bonjour.
01:25Et bienvenue, je devrais dire, Laurent Stockert et Pauline Clément de la comédie française,
01:30car tous les acteurs du film font partie de la troupe.
01:32Alors, est-ce que vous avez été immédiatement séduit par ce projet ?
01:36Ou est-ce qu'il y avait quand même des réticences à vous moquer de votre propre maison ?
01:40Pauline Clément, je crois que c'est à vous.
01:42Laurent Stockert vous regarde.
01:44Moi, j'étais à l'initiative de ce projet avec Bertrand et Martin qu'on réalisé, écrit avec moi et
01:53Clémence Dargent,
01:54mais on avait un peu la trouille de trouver le ton juste, de rire de nous-mêmes sans aller trop
02:01loin,
02:02de montrer que tout ça a été une comédie, mais qu'il y avait beaucoup d'amour pour le spectacle
02:10vivant.
02:10Il se sent cet amour quand même pour le théâtre, je vous rassure.
02:13Et puis, c'était un projet qui s'est fait bien en amont.
02:17On a discuté beaucoup de ce qu'étaient les coulisses, de ce qu'était une création.
02:22Et donc, on s'est vus presque un an avant.
02:25Et le scénario n'était pas encore écrit.
02:28Personnellement, quand ils m'ont proposé, ils m'ont dit qu'on écrit quelque chose pour toi.
02:31Je suis rentré dans le projet, mais tête baissée, parce que j'étais très très heureux de faire partie de
02:38ce projet.
02:38Parce que c'est toujours bien de rentrer dans les coulisses d'un endroit qu'on imagine, mais qu'on
02:45ne connaît pas forcément bien.
02:46Alors, vous avez cité Bertrand Husclin et Martin Darrandeau, qui ne sont pas de la comédie française,
02:50et qu'il précise d'ailleurs, dès le générique, ça veut dire qu'il fallait les accompagner, leur ouvrir la
02:56porte,
02:57leur expliquer aussi ce que c'était le vrai quotidien de la comédie française, au-delà des stéréotypes, au-delà
03:01de ce qu'on imagine.
03:02Oui, alors, ils connaissaient un petit peu, parce qu'ils sont proches de certaines personnes de la comédie française.
03:07Mais c'est vrai que leur expliquer exactement comment fonctionnent les loges, comment fonctionne le protocole,
03:14c'est une institution, et c'est vrai que c'était bien de voir avec eux exactement tous les petits
03:20détails
03:21qui peuvent être croustillants et qu'on peut mettre dans un scénario de cinéma.
03:23Alors, est-ce que tout est vrai, ou est-ce qu'à minima, tout est crédible, Pauline Clément ?
03:27Tout est faux, tout est vrai.
03:28Tout est faux, tout est vrai. Ah bah oui, mais là...
03:30Il y a du faux, il y a du vrai, c'est une fiction.
03:32C'est un mélange, oui.
03:33Tout est exagéré, mais des fois, dans la vraie vie, au français, il s'est passé des choses encore plus
03:39folles qu'il y a dans le film,
03:40mais qui n'ont jamais été crédibles dans un film.
03:43Ça sera peut-être pour le numéro 2, je ne sais pas.
03:45Est-ce qu'on a le sentiment que tous les pires cauchemars d'un metteur en scène, d'un comédien,
03:49d'une metteuse en scène, d'une comédienne,
03:50sont réunis dans ce film, finalement ?
03:53Est-ce que le soir de la première, d'autant plus ce soir de la première,
03:56est-ce que c'est un moment où on se dit qu'il ne faut qu'il ne se passe
03:58rien du tout ?
03:59Est-ce que c'est un moment encore plus important ?
04:00Il faut, à mon avis, qu'il se passe la création, et on est là pour ça le jour de
04:06la première.
04:07Mais c'est vrai qu'il peut se passer des accidents, les jours de première, ça peut arriver,
04:11et ça met dans des états, on est complètement en transe.
04:15Parce que déjà, on a le projet à présenter, mais si en plus arrivent des accidents,
04:20comme un projecteur qui ne fonctionne pas, comme quelque chose qui se passe mal,
04:25ou comme il peut y avoir aussi des trous, là c'est la catastrophe.
04:29Mais on arrive toujours à jongler avec ça,
04:31et c'est ça le principe du spectacle vivant, c'est d'être dans un présent total.
04:36Parce que ce qu'on sent aussi, c'est le stress, c'est ce moment où on se dit qu
04:41'on va arriver sur scène,
04:42même si on l'a fait depuis longtemps, même si c'est sa énième pièce.
04:45Je pense aux personnages joués par Marine Hans, par exemple, qui disent
04:48« J'ai l'impression que je vais mourir chaque soir de première ».
04:50Est-ce que c'est vraiment ça, Pauline Clément ?
04:51À moi, vraiment, les soirs de première, je me dis toujours « Mais pourquoi je fais ça ? »
04:55Et puis, quand on a joué plusieurs fois une pièce, quand il y a un petit problème, on l'anticipe.
04:59On sait, par exemple, que ce décor-là, au moment du changement, on peut y avoir un problème,
05:04on les anticipe ou on est plus souple pour attraper les soucis.
05:07Mais le jour de la première, s'il y a un problème avec le décor, un trou de texte,
05:11c'est comme si on n'avait pas de latitude, on est complètement bloqué.
05:15Et votre personnage, Laurent Stocker, il a toujours faim, visiblement, de la représentation.
05:19Je ne sais pas si vous pensez à quelqu'un en particulier.
05:21Non, mais alors ils ont dit « On va écrire ça pour toi ».
05:23Alors au début, moi, j'étais un peu surpris, parce que c'est un mec qui est tellement pas sympathique.
05:27Je me suis dit « J'espère que je ne suis pas comme ça tout le temps ».
05:29Enfin, je peux avoir des moments d'énervement, mais oui, il y a des angoisses chez les acteurs
05:36qui se manifestent par de la faim, souvent hypochondriaques, etc.
05:43Donc voilà, ce personnage réunit un petit peu tout ça en même temps.
05:47Il est assez irascible.
05:49Il a un côté très français dans le bon sens et le mauvais sens du terme, j'ai envie de
05:54dire.
05:54C'est quelqu'un qui est tout le temps en train de rouspéter et de dire que rien ne va.
05:58Alors que bon, ça ne va pas si mal que ça, au final.
06:00Mais bon, dans l'histoire, il faut aller voir le film.
06:04Ce personnage vit des choses assez intenses et qui ne sont pas forcément ce qu'il aurait aimé vivre.
06:09Parce que vous dites « être français », c'est ça, être français.
06:12Qu'est-ce que ça veut dire ?
06:13Est-ce que ça veut dire qu'il y a quand même des clichés autour de la comédie française qui
06:16sont vrais ?
06:17Bien sûr, il y a beaucoup de clichés.
06:19Moi, quand je suis rentré dans cette maison il y a 25 ans maintenant, j'étais persuadé qu'il y
06:24avait des choses très précises,
06:27qu'on n'allait pas répéter comme on peut répéter à l'extérieur, etc.
06:30Or, c'est une troupe qui fonctionne et qui travaille exactement de la même façon qu'une autre petite troupe
06:35qui pourrait être en province ou n'importe où.
06:37Je veux dire, c'est le métier d'acteur, c'est ça.
06:40Après, effectivement, il y a les ors de la République, il y a l'institution, il y a cette chose...
06:44On est sous le regard de Molière quand même.
06:46On est sous le regard de Molière et on lui caresse le visage quand on sort de scène.
06:49Il y a une statue et d'ailleurs la statue est un peu usée à l'endroit exact où on
06:53le caresse pour lui dire merci.
06:54Ou quelquefois on le gifle si ça ne s'est pas bien passé, comme certaines premières.
06:59Et on met une petite tape à Molière, mais souvent on lui caresse le visage.
07:02Ça peut être un peu de sa faute.
07:03Au début du film, votre personnage Pauline Clément se voit interdire l'entrée d'ailleurs à la comédie française
07:07parce qu'elle n'a pas son badge, alors que tout le monde la connaît évidemment par cœur, l'appelle
07:10par son prénom.
07:11Le vigile qui est joué par Guillaume Gallienne dit non, certainement pas, il fait un peu du zèle.
07:15Est-ce qu'on peut y voir aussi une métaphore du fait que c'est une institution dans laquelle on
07:18entre assez difficilement tout de même ?
07:21Pour moi c'était aussi ce truc où tu dois toujours montrer un peu pête blanche dès que tu arrives
07:26à un endroit comme ça
07:27ou même à la radio où on te dit tu viens pour quoi, tu te sens toujours un peu...
07:32Je suis invitée à une émission, je vous jure, je ne viens pas juste comme ça.
07:35Il y a toujours un moment où ça te met un peu, ça te crédibilise un peu.
07:39Et ce qui est drôle en plus c'est que quand tu es arrivée, toi pendant un an je crois,
07:43vraiment, il lui demandait ce qu'elle venait faire.
07:46Il ne me reconnaissait pas du tout.
07:47Et même à la fin de la première année on m'avait dit bon ben voilà bientôt la fin pour
07:50toi.
07:51Même avec son badge.
07:51Parce qu'il pensait que j'étais là pour un an.
07:53Il y a un truc de la légitimité en tout cas, la crainte de jamais arriver justement à être légitime
07:58dans cette grande institution.
08:00Pauline Clément, ça vous a quitté ça quand même ?
08:02Moi quand je suis rentrée, je me suis dit oulala quand ils vont se rendre compte que je suis si
08:05lente à apprendre des textes.
08:07Et puis que je suis dyslexique et tout ça, je pense que je vais rester un an et puis je
08:10vais repartir.
08:11Puis finalement, je me souviens qu'au début on m'a mis sur quatre lectures quand je suis arrivée.
08:15Puis j'avais dit à la personne, à Liette Martin qui travaillait à l'époque au planning,
08:19je lui avais dit ça ne va pas être possible que je prépare quatre lectures en même temps, je ne
08:22vais jamais y arriver.
08:23Et je me souviens qu'elle avait dit Pauline a un petit souci, elle ne pourra pas faire autant de
08:26lectures.
08:26Et finalement, il m'avait acceptée comme j'étais, mais je m'étais dit, qu'est-ce qu'ils vont
08:30dire ?
08:31Parce qu'il y a un des personnages justement qui est joué par Adeline Dermy,
08:34qui est une jeune comédienne qui vient d'être engagée, qui dit je ne m'en sors pas,
08:37je joue dans deux Molières, trois Fédos, 14 Shakespeare, j'exagère un peu et elle aussi sans doute.
08:41Mais est-ce que c'est un peu ça quand même ?
08:43Est-ce qu'on ne se rend pas compte que c'est une énorme charge de travail ?
08:46Ah oui, ça peut être, parfois certains acteurs jouent neuf fois par semaine,
08:51si on est dans les trois spectacles en alternance, on joue jusqu'à neuf fois par semaine,
08:56c'est-à-dire tous les soirs du lundi au vendredi, deux fois le samedi, deux fois le dimanche,
09:00et en plus de ça on répète.
09:02Donc il peut y avoir une charge de travail sur quelques mois qui est vraiment énorme, ça c'est sûr.
09:08Oui, oui, on appelle ça la ruche, c'est pas pour rien, on a l'impression d'être tous des
09:16abeilles
09:17et on est là en train de produire un miel, est-ce qu'il est ou pas de bonne qualité,
09:22ça dépend des créations,
09:23mais en tout cas c'est sûr que c'est un endroit où ça foisonne et où ça grouille sans
09:29arrêt
09:30entre tous les différents services, que ce soit les costumes, que ce soit la technique,
09:34et donc il y a quand même 400 personnes qui y travaillent pour à peine 60 acteurs,
09:39donc c'est quand même une grosse machine.
09:41Mais ça veut dire que c'est une discipline de vie, ça ressemble un peu peut-être à un sportif
09:45qui se dit voilà je suis en compète, la veille je ne peux pas faire n'importe quoi.
09:48Oui, quand on joue beaucoup, on fait attention à ce qu'on mange, à quelle heure on mange par rapport
09:53au spectacle,
09:54pas manger trop tard, pas manger trop tôt, pas avoir faim, un autre sommeil,
09:57et on est toujours en train de dire ah mince, je commence à avoir mal à la gorge,
10:00comme les chanteurs, toujours le stress de perdre sa voix.
10:04Il y a beaucoup d'hypocondrie chez les acteurs, on est tout le temps en train de prendre notre tension,
10:08j'ai une palpitation, il faut qu'on soit au meilleur de notre forme,
10:11donc on est toujours en train de se surveiller.
10:13Mais ce n'est pas possible d'être au meilleur de sa forme tout le temps,
10:15j'imagine que parfois on n'y est pas, il faut jouer quand même.
10:17C'est sûr qu'il faut faire avec, mais il faut quand même qu'on puisse,
10:20quand on présente un spectacle le soir devant 800 personnes, que les gens se disent c'est formidable.
10:25Donc ça veut dire qu'il y a une pression d'être toujours au meilleur niveau ?
10:28Il faut qu'on se donne, en plus on ne peut pas se dire oh bah celle-là je la
10:30fais un peu en chaussettes,
10:32je suis un peu crevée parce qu'il y a 900 personnes qui sont venues,
10:34il y en a c'est la première fois qu'ils viennent au théâtre.
10:36Il faut que ce soit toujours au top,
10:37et c'est vrai que c'est une charge physique qui est parfois fatigante, surtout en fin de saison.
10:44Là c'est le cas, on a la saison derrière nous,
10:46et c'est vrai que quand le mois d'août arrive, c'est le seul mois où c'est fermé,
10:51on est à peu près un mois à se remettre de la saison avant de recommencer en fait début septembre.
10:57Il y a une scène très émouvante, Laurence Stocker, où votre personnage il dit
11:00voilà j'ai joué le soir de la naissance de mes enfants,
11:03j'ai joué le soir de la mort de ma mère,
11:06finalement rien ne m'empêchera de jouer.
11:09Est-ce que c'est vraiment ça aussi ?
11:11Ah bah bien sûr, ce que je dis dans le...
11:14Encore une fois j'espère ne pas être vraiment le personnage,
11:16parce qu'il faut aller voir le film, il n'est pas très très sympathique.
11:19Pauline Clément dit non, c'est sûr.
11:20C'est nous amusé de voir Laurent faire ce personnage, mais ce n'est pas du tout.
11:23Mais c'est vrai que j'ai joué le jour de la naissance de mes enfants,
11:26et que j'ai joué le jour de la mort de ma mère.
11:28Donc c'est des moments où tout à coup, il faut mettre la vie privée entre parenthèses,
11:33et se dire, de toute façon, les gens qui sont venus ne connaissent pas
11:37ce qui a pu se passer dans notre journée,
11:39et il faut assurer la représentation coûte que coûte.
11:43On ne va pas annuler la représentation parce qu'on a perdu un être cher.
11:46Ça paraît fou, parce que dans d'autres endroits, on serait absent,
11:49mais là, on y va, on joue.
11:52Et il y a une sorte de parenthèse quand on se met à jouer,
11:57un petit peu comme un somnambule ou quelque chose qui a à voir avec l'inconscient,
12:02et tout à coup, tout s'arrête et on ne fait que jouer,
12:05que se mettre au service du texte.
12:07Mais est-ce qu'on arrive vraiment à mettre ça de côté,
12:09à laisser les soucis en coulisses ?
12:12Non, quand on repart en coulisses, on est tout le temps en train de penser
12:14à ce qui a pu se passer dans la journée,
12:16que ce soit des choses bonnes ou mauvaises,
12:18mais ce n'est pas ça qui doit être le moteur du jeu.
12:21Et donc, il faut, encore une fois, quand on est sur scène,
12:24se mettre entre parenthèses, mettre sa vie privée entre parenthèses,
12:27ce qui est, encore une fois, quelque chose qui n'est pas toujours évident.
12:30Et on le voit d'ailleurs avec votre personnage, Pauline Clément,
12:33qui a un fils qui est assez petit,
12:36et qui dit, voilà, moi, je pense à mon enfant quand je suis au théâtre,
12:38je pense au théâtre quand je suis avec mon enfant,
12:39j'ai l'impression de ne jamais être vraiment pleinement à un endroit,
12:42ce qui rappelle la vie de bien des parents, dans bien des métiers.
12:46Mais est-ce que c'est aussi la difficulté de devoir être à 100% dans ce qu'on fait,
12:50parce que le public attend ça,
12:52et en même temps, on n'arrive pas totalement à oublier le reste de la vie ?
12:55Oui, parce que ça prend beaucoup de place,
12:57et puis dans la tête, et puis quand on joue le soir,
13:00on y pense dès qu'on se lève le matin.
13:02Les jours où on joue, notre corps n'est pas complètement détendu,
13:06on est toujours prêts à, on se prépare pour le soir,
13:08et c'est vrai qu'on se pose toujours la question,
13:12mais comment je vais faire, on joue le soir,
13:14puis le lendemain, il faut emmener l'enfant à l'école,
13:17et puis il faut être à l'heure,
13:18parce que sinon la maîtresse te fait les gros yeux,
13:20et puis des fois, tu as envie de dire,
13:22mais j'ai fini à minuit et demi hier,
13:24qu'est-ce qu'on s'en fout que j'arrive à 8h05,
13:27et donc il y a ce truc-là,
13:28et puis d'être présent pour son enfant tout en jouant le soir,
13:31alors comment on fait ?
13:32Je parlais avec une actrice la dernière fois,
13:34qui me disait, quand je ne suis pas là,
13:34quand je pars en tournée et tout,
13:36je lui fais des jeux à la maison,
13:37je fais des chasses au trésor,
13:38pour dire, regarde,
13:39pour faire quelque chose avec lui,
13:41sans être là,
13:42et du coup, toujours à réfléchir,
13:44préparer le goûter dans la nuit,
13:46pour qu'il ait tout dans son sac le lendemain, tout ça.
13:48Mais je crois que ce film aussi,
13:50parle bien sûr de la comédie française,
13:52mais va parler aussi à beaucoup de monde,
13:54parce que ce que vous évoquez,
13:55c'est le cas de beaucoup de gens,
13:58pour la plupart des métiers,
14:00je veux dire, que ce soit la restauration,
14:01que ce soit l'hôpital,
14:03je veux dire, nos vies,
14:04ne sont pas simples,
14:05il faut les gérer dans une entièreté
14:08qui est compliquée.
14:09On va aller au standard de France Inter,
14:11où nous attend Jean-Louis,
14:12bonjour Jean-Louis,
14:12et bienvenue.
14:13Oui, bonjour Céline,
14:14bonjour Madame Clément,
14:16Monsieur Stocker.
14:17Bonjour.
14:17J'avais une question,
14:18on va dire,
14:19sur la cuisine du théâtre.
14:21Oui, la cantine.
14:23En venant au théâtre,
14:25le public souhaite bien sûr
14:27voir du grand art,
14:28du génie,
14:28de la maestria,
14:29mais ignore souvent
14:31le chaos nécessaire
14:32pour y parvenir.
14:33Selon vous,
14:34est-ce une bonne chose ?
14:36Ou au contraire,
14:37devrait-il en connaître plus
14:38sur le monde des coulisses
14:40afin de mieux mesurer
14:41l'exploit réalisé par les acteurs ?
14:43C'est intéressant.
14:43Merci Jean-Louis
14:44pour cette question.
14:45C'est intéressant,
14:46mais c'est comme un prestidigitateur,
14:47si vous voulez.
14:48Quand vous commencez
14:48à donner un petit peu trop
14:50la recette,
14:51la cuisine en question,
14:53je trouve qu'il y a une magie
14:55qui s'efface.
14:56Bien sûr,
14:57il y a beaucoup de gens
14:58qui disent,
14:58vous faites un métier
14:59qui vous plaît,
15:00vous aimez ça,
15:00et donc ça ne doit pas
15:01être très fatigant.
15:02Oui, c'est extrêmement fatigant,
15:03en fait.
15:03Il faut remettre les choses
15:06à leur place en disant ça,
15:07mais en même temps,
15:09si vous allez trop
15:11dans la cuisine
15:12de ce que l'on fait,
15:15on enlève une magie
15:16et c'est dommage,
15:16parce que comme un tour de magie,
15:19personnellement,
15:20quand quelqu'un me fait
15:21un tour de magie,
15:21je n'aime pas savoir
15:22exactement comment ça.
15:23Ce qui m'intéresse,
15:24c'est d'avoir les yeux
15:26d'un enfant sur le tour
15:27en question,
15:27mais je ne sais pas
15:28comment ça s'est fait.
15:29Alors,
15:30ce film montre quand même
15:32un petit bout
15:33de la magie en question.
15:34Ça n'enlève pas la magie,
15:35ce film ?
15:35Pauline Clément,
15:36vous n'enlèvez pas
15:37la déchipée au projet.
15:38Au contraire,
15:39ça en rajoute,
15:39ça rajoute encore de la magie
15:40parce qu'encore une fois,
15:41ce qui est vrai et ce qui est faux,
15:44c'est très ténu.
15:46Je sens bien
15:46que vous ne voulez pas nous dire
15:47ce qui est vrai et ce qui est faux
15:48totalement dans ce film.
15:50Vous ferez une idée
15:50en voyant le film
15:51si c'est vrai ou si c'est faux.
15:52J'ai une question sur la...
15:53Justement,
15:54on a beaucoup parlé du théâtre,
15:56mais c'est un film.
15:57Est-ce que c'est un travail
15:58fondamentalement différent
15:59quand on fait du cinéma,
16:00quand on fait justement
16:01des allers-retours
16:01entre les deux ?
16:03Pauline Clément.
16:04Là, en tout cas,
16:04c'était marrant pour nous
16:05d'être sur la scène
16:06où on joue le soir,
16:08mais avec des caméras.
16:09Je trouvais que c'était...
16:11de faire ça, c'est drôle.
16:12On avait une sorte de sensation
16:14de faire un peu du théâtre,
16:17enfin du cinéma
16:19dans notre cuisine.
16:19Parce qu'on connaît
16:20tous les lieux,
16:21on connaît tous les techniciens,
16:22on connaît chaque recoin
16:24de ce théâtre
16:25et donc tout à coup,
16:26le décor,
16:27c'était notre théâtre
16:28où on joue depuis des années.
16:30Donc effectivement,
16:30il y avait une sensation
16:31d'être un petit peu chez soi
16:33et ce qui a donné,
16:35je pense,
16:35dans le film aussi
16:36une certaine détente
16:37et il n'y avait pas ce côté
16:38quand on fait un film,
16:40quelquefois,
16:40tout est compliqué
16:41et là,
16:42ça s'est passé
16:43dans une grande simplicité.
16:44Le fait qu'on se connaisse tous,
16:45c'était très facile.
16:48C'est vrai qu'on était détendus
16:49comme si on est chez nous.
16:51Il y a des caméras
16:51qui viennent à nous
16:52et puis on jouait des fois
16:53des personnages
16:54qu'on ne les connaît pas vraiment
16:56mais on se dit
16:56tiens,
16:57ce trait de caractère...
16:58Ça nous rappelle des gens quand même.
16:58Ça nous rappelle des gens.
16:59Ça nous rappelle quelqu'un.
17:00Ça nous rappelait toujours...
17:02Tous les personnages
17:02nous rappelaient quelqu'un.
17:03Parce que quand même,
17:04vous avez tourné dans l'urgence.
17:05J'ai que comprendre
17:06qu'il y avait peu de disponibilité
17:07de la scène Richelieu,
17:08la grande scène
17:09de la comédie française
17:10où vous avez tourné ce film,
17:11ça veut dire qu'il fallait
17:12tout de suite
17:13être bon,
17:14tout de suite.
17:15On avait trois prises
17:15à peu près par scène
17:18ce qui n'est pas...
17:18Parfois moins.
17:19Ce qui n'est pas beaucoup du tout.
17:20Parfois moins.
17:21Et heureusement
17:22qu'on se connaissait
17:23quand on était chez nous,
17:24qu'on connaissait ce monde.
17:25C'était sur notre monde.
17:26C'est quand même un film
17:28qui s'est fait en 15 jours
17:29ce qui est vraiment...
17:30Mais effectivement,
17:32on se connaît tous
17:32depuis plusieurs années
17:34pour la plupart
17:35et donc il n'y a pas...
17:37Les répétitions en général,
17:38c'est pour se mettre au diapason
17:39avec le reste de l'équipe.
17:41Là, on se connaît tous bien.
17:43J'ai une dernière question
17:45sur un aspect
17:46qui est peut-être
17:47un peu plus...
17:49Voilà, j'allais dire...
17:51Comme un décor,
17:52on va dire.
17:53Voilà, dans ce film,
17:54ce n'est pas l'intrigue principale
17:55mais il y a quand même
17:55des questions financières,
17:57la pression politique,
17:59tout ça a été fleuré.
18:01Est-ce que ça veut dire
18:02qu'il y a quand même
18:02une inquiétude ?
18:03Est-ce que vous sentez-vous
18:04une inquiétude
18:05pour l'avenir
18:05de la comédie française ?
18:07Quand on travaille
18:08dans le domaine culturel,
18:10de toute façon,
18:11il y a toujours une inquiétude.
18:13Il y a toujours une inquiétude
18:14de coupe de subvention.
18:15Il y a une inquiétude
18:16sur quel sera notre avenir.
18:18Je veux dire,
18:18on fait ce métier-là
18:20pas pour rassurer nos familles.
18:21Je veux dire,
18:22c'est même l'inverse
18:22quand on démarre.
18:23Et donc,
18:24pendant le cursus,
18:26pendant la carrière,
18:26entre guillemets,
18:27ne se produisent
18:28que des barrières,
18:29que des choses
18:30qui peuvent quelquefois
18:31nous bloquer
18:31dans la création théâtrale
18:35ou dans la création
18:35du spectacle vivant.
18:36On le voit
18:37puisqu'il y a des coûts budgétaires
18:38qui sont annoncés,
18:39puisqu'il y a des CDN
18:40qui sont en souffrance.
18:41Et donc,
18:42évidemment,
18:42que la comédie française
18:43n'est pas dans sa tour d'ivoire
18:46et qu'on est en première ligne
18:50en se disant
18:50espérons que tout va bien se passer
18:53dans les mois
18:54et dans les années
18:54qui vont arriver
18:56parce qu'on a toujours peur,
18:57effectivement,
18:59que les subventions
19:00n'arrivent plus
19:00qu'on ne puisse plus
19:01faire notre métier
19:03correctement,
19:03je veux dire.
19:04Ça veut dire
19:04que c'est un manifeste aussi.
19:06Peut-être le mot
19:06est un peu lourd,
19:08mais ce film,
19:08de dire,
19:09regardez,
19:09c'est du travail.
19:10Vous le disiez tout à l'heure,
19:11Laurence Stocker,
19:11c'est 400 personnes
19:12qui travaillent tous les soirs
19:13pour que la magie,
19:14elle opère tous les soirs.
19:15Et c'est ça aussi
19:16qu'on voulait montrer,
19:17Pauline Clément.
19:17Oui,
19:18puis pour moi,
19:20le spectacle,
19:21c'est la santé mentale.
19:22C'est un endroit
19:25libre.
19:26Je ne sais pas,
19:27là,
19:27vous avez joué
19:28dans l'ordre du jour.
19:29C'est un spectacle.
19:31Ce spectacle-là
19:31racontait des choses
19:32qu'on ne peut pas,
19:33qu'aurait été peut-être
19:34censurées dans un film
19:35ou à la télé.
19:36C'est une liberté
19:37d'expression.
19:38C'est vrai que quand on voit
19:39que ça baisse,
19:39ça baisse les budgets,
19:41ça fait très, très peur.
19:42Il y a des choses comme ça
19:43qui sont primordiales
19:44dans une société,
19:44que ce soit l'éducation,
19:45que ce soit la santé,
19:47que ce soit la culture.
19:48On ne peut pas séparer
19:50les choses.
19:50Et effectivement,
19:52quand l'argent n'est pas là,
19:56quand tout n'est pas
19:58réuni,
19:58ça donne une peur
20:00et ça peut après
20:01faire en sorte
20:02que malheureusement
20:03une société
20:04qui se portait bien
20:05périclite un peu
20:06parce qu'on n'a pas
20:07assez travaillé
20:09sur, encore une fois,
20:10l'éducation,
20:11la culture,
20:12etc.
20:12Ce sont des choses
20:16qui peuvent faire
20:18en sorte
20:18que des personnes
20:20s'en sortent.
20:21Il y a des enfants
20:22qui sont sauvés
20:23par le théâtre,
20:23il y a des enfants
20:24qui sont sauvés
20:24par l'éducation nationale.
20:26Donc effectivement,
20:26si ces endroits-là
20:28ne marchent pas bien,
20:29on est forcément
20:30dans une grande inquiétude.
20:32On va donc découvrir
20:33cette ruche
20:33dans ce film
20:34qui sortira
20:35mercredi prochain
20:36de la Comédie Française.
20:37Merci beaucoup
20:38Pauline Clément-Laurent Stocker
20:39d'être venue
20:40nous en parler ce matin.
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