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  • il y a 10 heures
Audrey Renard, cheffe du département des sciences du comportement de la gendarmerie, profileuse, autrice avec Christophe Dubois de “Profileuse” (Albin Michel). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mercredi-01-avril-2026-3871017

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Transcription
00:00France Inter
00:03La Grande Matinale
00:07Sonia de Villers
00:09Audrey Renard, 44 ans, commandante de gendarmerie et profileuse.
00:14Comme dans les séries américaines, même si elles font évidemment du tort à sa profession.
00:20Audrey Renard ne piste pas les meurtriers et les tueurs en série.
00:24Elle oeuvre à percer leur psychologie.
00:26Elle veut résoudre l'entêtante question du pourquoi.
00:30Pourquoi la pulsion de destruction ?
00:33Pourquoi l'arme du crime ?
00:34Pourquoi le passage à l'acte ?
00:36Pourquoi le silence dans lequel s'en faire l'accusé ?
00:39Je n'ai pas moi la prétention de profiler une profileuse.
00:43Je voudrais simplement comprendre pourquoi une femme décide de consacrer sa vie à la mort
00:48ou plutôt à ce que l'être humain a de plus maléfique.
00:53Je vous donne un indice.
00:54Elle n'a ni passion pour le fait divers, ni fascination pour les assassins.
01:00Portrait numéro 116.
01:03Après avoir longtemps nié, l'homme a avoué avoir tué Joanna Parrish, une jeune assistante d'Anglais au lycée Jacques
01:10-Amiot d'Auxerre.
01:11Michel Fourniré, 76 ans, est donc revenu sur les différents lieux du crime.
01:16Le voici sur ses images cet après-midi.
01:19Barbe blanche et gilet pare-balles sur le dos, entouré de policiers.
01:22Mais la justice espère surtout que Michel Fourniré l'aidera à retrouver le corps d'une autre victime dont il
01:28a avoué le meurtre.
01:29Marie-Angèle Domès, handicapée mentale âgée de 19 ans, disparue en juillet 1988 dans Lyon.
01:36Et vous y étiez, Audrey Renard.
01:39Bonjour.
01:40Bonjour.
01:40Bonjour commandante, on doit dire.
01:42Oui, j'imagine.
01:43Bonjour commandante.
01:44Donc, vous publiez avec l'aide d'un de nos confrères, Christophe Dubois, profileuse, commandante Audrey Renard.
01:52Donc, aux éditions Albain Michel.
01:55Vous êtes à la tête du département des sciences du comportement de la gendarmerie nationale.
02:01Vous exercez depuis 18 ans ce métier d'analyste comportemental.
02:05On dit profileuse, profileuse.
02:07On dit profile d'ailleurs ou profi ? Profileuse ou profileuse ?
02:10On dit profileuse.
02:12Profileuse, très bien, voilà.
02:14Et à travers ce livre, on découvre votre quotidien et celui de votre unité.
02:20On apprend par exemple que lorsque l'on reconstitue les faits avec Michel Fourniret, vous êtes sur le terrain.
02:28Vous êtes là, vous observez, vous cherchez, vous scrutez, vous scrutez.
02:32C'est lui que vous scrutez parce que ce qui vous a frappé, ce sont ses mains.
02:36Oui, c'est vrai.
02:37On scrute, à ce moment-là, on l'observe.
02:40On observe évidemment ses réactions.
02:42Qu'est-ce qu'elles ont les mains de Michel Fourniret ?
02:44Elles sont immenses.
02:46Immenses.
02:47Vraiment, c'est limite disproportionné peut-être même par rapport à la carrure de cet homme qui était finalement assez
02:54petit.
02:55Et quand on regarde ses mains, on ne peut pas s'empêcher de penser de ce qu'il a fait
03:00avec.
03:01Il a étranglé, il a frappé.
03:03C'est ça qu'on voit ?
03:04Oui, oui.
03:04Absolument.
03:06En fait, on voit effectivement sans doute les petites filles qui sont passées entre ses mains et la peur immense
03:14qui a dû être les siennes à ce moment-là.
03:16Et ce qui est intéressant, c'est qu'il avoue, mais une fois que vous êtes avec lui sur le
03:21terrain de la reconstitution, il vous balade.
03:24C'est ça ?
03:24Absolument.
03:25Après, c'est quelqu'un qui était extrêmement narcissique au plus haut point, je pense, qui avait une personnalité très
03:32perverse.
03:33Et du coup, il adorait être mis en scène, il adorait sortir.
03:37Évidemment, lui, ça lui faisait sa petite sortie.
03:42Il était détenu particulièrement surveillé.
03:44Donc, il y avait une escorte immense.
03:47Donc, il adorait ça.
03:48Honnêtement, il s'en délectait.
03:49Il avait le sourire aux lèvres en permanence, en fait.
03:51Alors, Audrey Renard, vous avez rejoint au début des années 2010, vers 2008-2009, cette unité très particulière.
04:00Parce que la gendarmerie nationale a été pionnière dans ce métier.
04:04Mais à l'époque où vous arrivez, il y a trois femmes dans une cave.
04:07C'est à peu près ça.
04:09Ça ressemble à un horrible fait divers, mais pas du tout.
04:11Ce sont vos bureaux.
04:13Trois femmes dans une cave.
04:15C'est ça, à l'époque, le profilage en France.
04:17Effectivement, il y avait trois femmes, analystes comportementales, qui étaient là quand je suis arrivée.
04:23Et elles ont dû essuyer les plâtres de cette discipline nouvelle qui arrivait en France.
04:29Et comme vous le dites, effectivement, la gendarmerie a été pionnière sur l'application de cette discipline.
04:36En fait, on arrive après Guy Georges.
04:39On arrive après Patrice Allègre.
04:40C'est-à-dire qu'on arrive après que la France découvre à la télévision et suit de semaine en
04:46semaine ces procès et ces instructions absolument effarantes.
04:50Et on sent que le public, les journalistes, mais aussi la police, est très désarmée face à ces tueurs en
04:56série.
04:56Absolument.
04:57Et je pense qu'il y a des officiers de la gendarmerie à l'époque qui ont été visionnaires et
05:01qui ont vu ce qui se passait dans d'autres pays,
05:02notamment au Canada et aux Etats-Unis, et qui se sont dit « pourquoi pas chez nous ? »
05:07Parce que la France est en retard sur le profilage ?
05:10Oui, à cette époque-là, évidemment, les Etats-Unis ont largement l'avance sur nous.
05:15Ça fait 50 ans qu'ils font du profilage et ça ne pose aucun problème.
05:18Au Canada également.
05:19Maintenant, la France n'est pas si en retard que ça par rapport à d'autres pays européens.
05:23Par rapport à d'autres pays européens.
05:24Alors, vous allez écouter le romancier Maxime Chatham qui parle d'un tueur en série américain.
05:30Parce que pour le coup, c'est dans la culture américaine qui s'appelait Jeffrey Dahmer.
05:34On vous dit un tueur en série, c'est quoi ?
05:36C'est un type qui a eu une enfance abominable et du coup, il est devenu ce qu'il est
05:40devenu.
05:40Mais dans la réalité, 99% des enfants qui ont eu des enfances fracassées deviennent des gens normaux.
05:46Eh bien, donc cette hypothèse-là ne marche pas trop.
05:48Et Dahmer, c'est ça, c'est le contre-exemple.
05:49C'est lui, il a eu une enfance normale, il le reconnaît.
05:51Pourquoi est-ce qu'il a basculé ?
05:53Et il incarne cette espèce d'absence de réponse autour des tueurs en série.
05:57Tous les psys qui nous disent « oui, mais si, mais non, en fait non ».
05:59Il faut arrêter de penser que les tueurs en série sont des fous, ce n'est pas vrai.
06:01La plupart d'entre eux sont des sociopathes, des psychopathes qui sont plutôt totalement responsables de leurs actes,
06:06conscients de ce qu'ils font.
06:07C'est juste qu'ils ont ce besoin en eux, ils ne peuvent pas faire autrement et ça les rend
06:11aussi terrifiants.
06:12Ça fait sourire mon invité, profileuse.
06:15C'est l'interprétation d'un romancier.
06:18C'est le « pourquoi il bascule » qui m'a intéressée dans ce propos de Maxime Chatham.
06:23Donc évidemment, il pose plusieurs questions, fous ou pas fous,
06:27pourquoi il bascule, cette question à laquelle vous heurtez.
06:31Pour le coup, c'est votre métier de se poser cette question.
06:34Et vous le dites très bien dans ce livre que vous co-écrivez avec Christophe Dubois,
06:38la société a besoin de comprendre.
06:40Et qui a besoin de comprendre en premier lieu ?
06:42Les victimes.
06:44Absolument, les victimes.
06:45Et c'est rendre plus humains ces personnes qu'on appelle des monstres habituellement,
06:52mais c'est les rendre plus humains pour les rendre...
06:53Pour les excuser ?
06:54Absolument pas, mon Dieu, mais non, pas du tout.
06:56Comprendre des gens, ce n'est pas excuser des gens, au contraire.
06:59C'est justement les rendre plus accessibles à une sanction pénale.
07:03C'est les rendre plus accessibles pour que des victimes comprennent.
07:06C'est les rendre plus accessibles pour qu'on les arrête.
07:08C'est les rendre plus accessibles pour qu'ils avouent.
07:10C'est ça, les rendre humains, en fait.
07:12Et vous dites d'ailleurs, le procès LeSquarenec, du nom de ce médecin
07:15qui a commis des crimes sexuels en série sur des centaines d'enfants,
07:22vous dites que c'est le désastre de ce procès
07:25où les victimes sont sorties de là sans avoir compris.
07:28On ne leur a pas apporté de réponse.
07:30Non, je crois qu'il y a eu des expertises psychologiques, psychiatriques,
07:33mais il manque cette expertise criminologique.
07:36Qui est-il en tant que criminel, pas uniquement aussi en tant qu'individu,
07:41mais qui est-il dans son passage à l'acte, en fait ?
07:43Et je pense que la criminologie peut répondre à un certain nombre de questions
07:46que les victimes se posent.
07:47Et aujourd'hui, en France, il n'y a pas l'aspect criminologique dans un procès pénal.
07:52Et c'est dommage.
07:52Il y a des... Vous êtes psychologue de formation.
07:56Ce n'était pas une évidence pour vous d'intégrer la gendarmerie,
07:59de porter un uniforme, d'avoir une formation, d'apprendre à manier une arme.
08:03Ça a même été plutôt un frein ?
08:05Oui.
08:06Ça a été compliqué.
08:06Ça a été compliqué.
08:08Ça a été compliqué.
08:09Mais vous vous souvenez très bien de votre première scène de crime
08:12dans une forêt en Seine-et-Marne.
08:15Vous dites aussi, face à une scène surréaliste,
08:18c'est-à-dire un corps découpé avec précision et des membres éparpillés,
08:22vous dites aussi que vous avez éprouvé une forme d'excitation,
08:26quelque chose, une montée d'adrénaline.
08:28Oui, parce qu'à ce moment-là, on se retrouve vraiment...
08:31On travaille en équipe systématiquement dans notre unité.
08:34On travaille en équipe, mais on travaille aussi en équipe avec les enquêteurs.
08:37Les enquêteurs sont vraiment des personnes qui sont très investies dans leur travail.
08:41Je voudrais aussi leur rendre hommage.
08:42C'est aussi l'œuvre de ce livre.
08:45C'est leur rendre hommage au travail des enquêteurs
08:48qui passent un temps phénoménal à faire des investigations.
08:52Et effectivement, eux, ils sont très pris dans leurs investigations.
08:55Et j'ai été happée par eux aussi leur excitation à travailler sur des enquêtes judiciaires.
09:00Sur des enquêtes judiciaires, il y a des enquêtes qui vous ont plus marquées que d'autres.
09:05La première fois qu'on se retrouve face à l'autopsie du corps d'une petite fille,
09:09une petite fille de 8 ans, vous avez passé 8 heures en laboratoire.
09:13Je ne sais pas si ça s'appelle un laboratoire, le lieu de l'autopsie ou un cabinet.
09:17Mais vous avez passé 8 heures face à ce corps.
09:20Comment on se remet de ça ?
09:23Comment on se protège ?
09:24Sur le moment, je crois qu'on ne prend pas bien conscience de ce qu'on est en train de
09:27faire.
09:28Honnêtement, on est dans cette salle d'autopsie, avec des médecins légistes, avec nos collègues.
09:33Et puis, je crois qu'on n'a pas conscience.
09:35Le cerveau est plutôt bien fait, je pense.
09:37Et à ce moment-là, on ne se pose pas la question de savoir ce qu'on fait là.
09:40Après, plus tard, se poseront des questions de se dire que ce n'est pas humain d'être ici à
09:46ce moment-là.
09:47Mais il y a quelque chose de très technique qui se met en place.
09:50Et finalement, on ne voit plus l'horreur de la chose, même si, évidemment, la situation est abominable.
09:57Et le tueur de cette petite fille, vous allez le faire sortir du bois.
10:03Littéralement.
10:03Parce que c'est un meurtre qui a eu lieu à la campagne.
10:08Vous allez le faire littéralement sortir du bois.
10:10Oui, c'est un dossier assez exceptionnel.
10:12Parce qu'effectivement, on a pu mettre en évidence, dans le cadre de l'analyse de la scène de crime,
10:16que l'intention de l'auteur n'était pas forcément celle qu'on retrouve finalement, c'est-à-dire de
10:22l'homicide.
10:22On pense que c'était plutôt l'agression sexuelle qui était envisagée.
10:26Donc probablement que l'auteur est dans un état émotionnel très stressé, très angoissé, très anxieux.
10:34Et qu'il faut profiter de ce moment-là pour pouvoir l'identifier dans cette population, finalement.
10:40Et donc on a un ADN sur cette scène de crime, on va proposer un prélèvement de masse.
10:45Alors ADN, justement l'ADN.
10:47Parce qu'il n'y a plus que ce mot-là à la bouche, l'ADN.
10:50Est-ce que vous, vous êtes, comment dire, vous êtes le pendant de l'ADN, d'une certaine manière,
10:55pour résoudre une enquête, pour résoudre un crime ?
10:58On est très complémentaires, en fait.
11:01Alors qu'on nous oppose souvent, c'est-à-dire les analyses génétiques versus l'analyse psychologique,
11:07comme si on avait des sciences dures versus sciences molles.
11:10Enfin, je déteste ce terme, sciences molles, ça veut dire quoi ?
11:13Au contraire, je pense que la psychologie est une science dure et s'intéresser à l'humain est vraiment en
11:20soi très important.
11:22Donc on nous oppose souvent, alors que finalement on est très complémentaires.
11:25Évidemment que c'est très rassurant d'avoir un ADN sur une scène de crime,
11:29parce qu'on va pouvoir le confronter à un individu à un moment donné.
11:31Mais c'est quand même pas ça qui va le faire avouer.
11:34Ah, alors le faire avouer.
11:36On va plonger dans cette large partie du livre qui m'a passionnée.
11:41Justement, ce sont les interrogatoires.
11:42Et j'ignorais que les profileurs, ou les profileuses, parce que vous êtes essentiellement des femmes,
11:49viennent justement assister aux interrogatoires.
11:53Vous n'êtes jamais face à la personne interrogée.
11:57Vous êtes toujours déporté dans une pièce à côté.
11:59Mais justement, vous travaillez en équipe.
12:02Quatre jours après la découverte du corps de son épouse,
12:05il apparaît lors d'une conférence de presse, accablé de chagrin, incapable de s'exprimer.
12:12Des mots qu'il trouvera quelques jours plus tard, lors de la marche blanche.
12:16Jonathan Daval prend la parole devant 8000 personnes.
12:21Alexia est ménagée et courir.
12:24Passion qui nous réunissait.
12:26Tant dans l'effort que dans l'épanouissement de notre couple.
12:31Elle était ma première supportrice, mon oxygène.
12:35Vous avez assisté à cette garde à vue assez exceptionnelle.
12:4045 heures pour le faire avouer.
12:43Oui, 45 heures.
12:45Alors qu'on a 48 heures.
12:47Donc c'est une course contre la montre.
12:50Absolument.
12:50Oui, c'est une course contre la montre.
12:52Et je pense que s'agissant de cet individu,
12:57peut-être qu'on s'est trompé aussi dans le fait qu'on pensait peut-être obtenir des aveux un
13:03peu plus tôt.
13:04On le pensait plus fragile, plus aller tirer des ficelles qui allaient pouvoir l'émouvoir davantage.
13:13Or, il était, je pense, très cadenassé.
13:17Mais ce n'est pas nécessairement lié à sa personnalité à ce moment-là.
13:20Je pense que c'était lié aussi à toute la médiatisation qu'il y avait pu y avoir sur ce
13:24dossier.
13:24Et qui avait forgé une image de lui qu'il ne pouvait pas détruire en fait.
13:31Alors il était très pris en charge par sa belle famille.
13:34Mais toute la médiatisation qu'il y a eu autour de ce dossier...
13:38Il perdait la face.
13:39Il perdait la face, évidemment.
13:41Devant toute la France.
13:42Absolument.
13:42Et ça, c'était absolument impossible pour lui.
13:45Mais vous dites que vous êtes sorti parfois détruite de certaines gardes à vue qui ont été des échecs.
13:50C'est-à-dire dont vous n'avez rien réussi à tirer.
13:52Vous dites que vous êtes en boule au fond de votre lit, que vous êtes en larmes.
13:55Que vous sortez de là épuisé, nerveusement épuisé.
13:59Oui, parce qu'il y a beaucoup de pression, il y a beaucoup de stress.
14:02On a une pression hiérarchique.
14:04On a une pression vis-à-vis des victimes.
14:06On a une pression, parfois médiatique, qui ne nous laisse pas...
14:13Nordal Lelandais, vous le qualifiez de masse de silence.
14:17Je rappelle qu'il a été condamné pour l'enlèvement et pour le meurtre d'une petite fille, Maëlys, qui
14:23avait 8 ans et demi.
14:24Et pour l'homicide d'un caporal, Arthur Noyer.
14:28Une masse de silence.
14:29Qu'est-ce que c'est qu'une masse de silence ?
14:31Je pense que c'est un des seuls individus aujourd'hui dont je peux dire que je n'ai pas
14:36compris qui il était.
14:37Véritablement.
14:38Pour moi, il a avoué parce qu'on avait des éléments contre lui et qu'il est dans ce qu
14:44'on appelle un aveu cérébral.
14:45C'est quelqu'un qui fait une partie d'échec quand il est en garde à vue, en fait.
14:48Donc il vous regarde avancer vos pions et il va avancer ses pions en fonction de ça.
14:53Néanmoins, on n'a pas réussi à aller au-delà dans cette partie humaine qu'on cherche justement systématiquement.
15:01On n'a pas réussi à tirer les ficelles de son humanité, de ses émotions, de ce qui aurait pu
15:07le faire vaciller au-delà des preuves que nous avions.
15:13Non, je pense que c'est un des seuls.
15:16Moi, j'ai trouvé qu'il n'était pas accessible.
15:18Pourquoi est-ce que c'est une erreur de confronter un accusé en garde à vue aux photos de la
15:27scène de crime ?
15:29Parce que vous lui montrez quelque chose que lui-même n'a pas forcément vu.
15:34C'est-à-dire que lui, il a une image de sa victime vivante, éventuellement de ce qu'il projetait
15:42sur sa victime.
15:44Si vous lui montrez un corps limite en décomposition, excusez-moi pour cette heure matinale,
15:51mais en tous les cas, ça ne correspond pas à l'image que lui en a laissée.
15:56Ça ne correspond pas à l'image qu'il en a dans la tête.
15:58Ça ne correspond pas à ce qu'il a pu vouloir mettre en place aussi.
16:03Donc, en fait, vous venez lui montrer quelque chose.
16:06Il va même peut-être parfois vous dire, mais...
16:08Mais c'est atroce.
16:09Oui, voilà, c'est atroce.
16:11Moi, je n'ai pas fait ça.
16:12Moi, je n'ai pas fait ça.
16:14Oui, c'est ça.
16:16De ces 18 années passées dans cette unité d'analyse comportementale, vous tirez des leçons.
16:23D'abord, pour reprendre les mots d'Anna Arendt, la banalité du mal.
16:29Moi, je n'ai vu en garde à vue, même si je ne les côtoie pas directement, mais je les
16:34vois.
16:35Je n'ai vu que des hommes et des femmes.
16:40Je n'ai pas vu des monstres.
16:43Et combien de fois vous avez été dérouté par le côté absolument trivial, banal, presque absurde du motif et par
16:55l'aspect complètement anodin de quelqu'un qui se révèle un tueur et parfois extraordinairement sadique ?
17:02Bien sûr. Je crois que c'est quasiment systématiquement, à quelques exceptions près de Michel Fourniret ou de Nordal-Lelandais.
17:11Je pense que ce n'est que ça.
17:13Ce n'est que de la banalité, finalement, des hommes et des femmes, des voisins, des pères, des mères, des
17:18amis qu'on pourrait rencontrer n'importe où, n'importe quoi.
17:24Et alors, pourquoi ? Pourquoi ils basculent ?
17:27Je pense que ça dépend de leur trajectoire aussi personnelle.
17:31Là où je ne suis peut-être pas tout à fait d'accord avec ce que dit Maxime Chatham, c
17:34'est que je pense qu'effectivement, tous ceux qui ont une enfance difficile ne finissent pas, tueurs ou tueurs en
17:42série.
17:42On est d'accord.
17:43Mais je pense, par contre, que tous les tueurs en série ont eu une enfance fracassée.
17:48Quand même, oui.
17:50Je crois qu'on peut le dire quand même à 99%.
17:52On va toujours me dire, oui, mais il y a 1% de...
17:54Non, non.
17:56Globalement, c'est quand même le cas.
17:57Voilà.
17:58Mais la différence entre Maxime Chatham et vous, c'est que lui, il a besoin d'en faire des romans.
18:02Et vous, vous avez besoin de résoudre des enquêtes.
18:05Merci, commandante.
18:06Merci, Audrey Renard.
18:07Merci beaucoup.
18:08Profileuse avec Christophe Dubois.
18:09C'est donc ce livre passionnant.
18:11Parce qu'on ne rentre pas dans la tête du tueur, pour une fois.
18:13On rentre dans la tête de la profileuse.
18:15Ça paraît chez Albain Michel.
18:16C'est parti pour l'entend.
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