00:008h15, c'est tout de suite l'invité de la matinale de Radio Classique.
00:08Et bonjour Benjamin Milpied.
00:10Bonjour.
00:10Très heureux de vous recevoir ce matin dans les studios de Radio Classique.
00:13Vous êtes danseur étoile, chorégraphe, ancien directeur de la danse de l'Opéra de Paris
00:16et vous revenez avec trois créations qui mêlent la danse classique contemporaine et la chanson.
00:22Elles seront présentées ces créations aux Folies Bergères à Paris au mois de novembre.
00:25Alors dans vos spectacles, on y entend Michael Jackson, Charles Aznavour, Barbara également.
00:31Elle a un spectacle inédit justement qui lui est dédié.
00:34Pourquoi explorer cette chanson française et internationale d'abord ?
00:38C'est un moment de vie, c'est-à-dire que c'est une année où j'avais envie de
00:43créer d'abord trois pièces.
00:46Celle sur Barbara, ça fait des années que j'y pense.
00:51C'est une soirée entière.
00:52Ensuite, il y a une pièce avec November Ultra.
00:54Donc là, cette artiste chanteuse absolument incroyable.
00:57Et puis un show, effectivement, où il existe un voyage, un paysage musical des années 50 à aujourd'hui.
01:08C'est vraiment trois pièces différentes qui sont données sur trois semaines aux Folies Bergères.
01:13Pourquoi ce choix de Barbara, par exemple ?
01:16Barbara, avant tout, c'est des chansons qui inspirent la danse.
01:23Il y a beaucoup de valses, de quatre temps.
01:26C'est aussi une musique qui me suit depuis que je suis tout petit, comme beaucoup, beaucoup de gens.
01:31Barbara, on y revient, des moments de vie.
01:34Mais c'est vraiment pour moi, c'est les transitions, la fluidité.
01:38Des chansons sont vraiment des bijoux qui inspirent vraiment la danse.
01:43Donc ça, c'était quelque chose que je voulais faire depuis longtemps.
01:45Et sur ce processus de création, on va écouter justement un morceau de Barbara,
01:49qui est le nom du spectacle, d'ailleurs, de votre création, du bout des lèvres.
01:53Dites-le-moi du bout des lèvres.
01:55Je l'entendrai du bout du cœur.
01:58Faux cris me dérangent, je rêve.
02:01Je rêve.
02:02Alors, faisons de l'image et la radio, Benjamin Milpied.
02:05On l'entend tout de suite, ça vole.
02:07En fait, c'est vraiment aérien.
02:10Elle vole avec les mots.
02:13En plus, c'est une telle poésie.
02:15Et ce qui est extraordinaire, c'est quand on fait une pièce comme ça sur toutes ses chansons,
02:19c'est que ça raconte tellement de choses.
02:21C'est des histoires de femmes.
02:23C'est une femme qui chantait sa vie.
02:25Donc, il y a aussi une grande, on va dire, capacité à écrire une danse qui est vraiment émotionnelle,
02:33qui raconte vraiment des choses.
02:35J'ai d'ailleurs choisi cinq femmes interprètes, on va dire, de l'âge de 27 ans à l'âge
02:40de 75 ans,
02:41puisqu'il y a Florence Clair, dans ses étoiles de l'Opéra de Paris, dans les pièces.
02:45Parce que pour moi, c'était important d'avoir justement des sensibilités différentes,
02:50des femmes à des moments de maturité de vie différentes,
02:53pour pouvoir raconter ces chansons.
02:56Et ça a été vraiment comme un marché sur un fil,
02:59parce que Barbara, c'est la grande finesse.
03:02C'est-à-dire qu'on ne tombe jamais dans le mélodramatique.
03:05C'est vraiment extraordinaire.
03:08Donc, ça a été un exercice vraiment génial qui m'a beaucoup apporté.
03:12Et ce travail, parce que vous avez chorégraphié des pièces également très connues.
03:18Il y a eu Romain et Juliette, il y a eu Cass Noisette aussi récemment, c'était l'hiver dernier.
03:21Quand on chorégraphie de la musique, comme celle de Barbara,
03:25c'est le même processus, c'est le même travail ?
03:27C'est absolument le même travail.
03:29Je pense que ce qui a été étonnant sur cette pièce, c'est tout ce que ça m'a appris.
03:33En fait, vraiment.
03:34Parce qu'il y a de la narration, parce que ça raconte des choses précises,
03:38et comment est-ce qu'on les évoque, encore une fois, sans être littéral, didactique, etc.
03:42Et j'ai toujours associé les chansons de Barbara au cycle de Brahms des Liebesseeders-Walzer.
03:51Parce que ça aussi, c'est quelque part un cycle de chansons d'amour qui durent une heure sur uniquement
03:57des valses,
03:57qui sont des bijoux musicaux de Brahms.
04:00Et vraiment, c'est pas juste les textes, c'est pas juste sa voix, c'est toutes les transitions, c
04:06'est toutes les mélodies.
04:07C'est un trésor.
04:08Je pense que quand les gens qui viendront voir le spectacle, on se rend compte, je crois, encore plus à
04:13quel point
04:14il y a un nombre improbable de chansons extraordinaires.
04:17Combien d'artistes, chanteurs, compositeurs ont écrit autant de belles chansons que Barbara ?
04:21Donc il y a des passerelles.
04:23Il y a des passerelles.
04:24Et il y a une passerelle aussi entre Barbara, qui est quelque part le passé, que j'espère, enfin, pas
04:28renouvelé,
04:29mais peut-être aussi, bien sûr, il y a tout un public qui va venir, qui adore Barbara,
04:33mais peut-être aussi des jeunes qui vont la découvrir,
04:34et November Ultra, qui pour moi est une chanteuse française absolument incroyable.
04:40Pareil, que ce soit ses textes.
04:42Et on retrouve aussi, peut-être, ce qui inspire la danse, c'est cette légèreté, cet aspect aérien,
04:48cette très grande sensibilité dans les chansons de November,
04:52où November est sur scène avec les danseurs et elle fait partie totalement intégrale du spectacle.
04:57Vous faites des chorégraphies, vous avez également exploré l'univers du cinéma,
05:01je pense à ces chorégraphies pour Black Swan, vous avez joué d'ailleurs dans ce film par ailleurs,
05:06vous avez travaillé sur Dune également.
05:08On a l'impression que vous cherchez à explorer d'autres univers pour cette danse classique et contemporaine.
05:13Non, en fait, pour moi je suis vraiment un chorégraphe, un artisan, c'est mon métier,
05:21j'ai fait maintenant plus de 70 pièces, je vais simplement vers ce qui m'inspire.
05:26Finalement, quand je fais Barbara cette année, et Brahms d'ailleurs,
05:29les libérales que je vais faire l'année prochaine,
05:32ce sont simplement des univers émotionnels, musicaux qui m'intéressent.
05:36C'est le troisième spectacle d'Assez Folies Bergères, par contre,
05:39c'est assez particulier, puisque c'est ma première comédie musicale originale,
05:46écrite avec Léa Misus, la réalisatrice qu'on vient de voir au Festival de Cannes avec Histoire de la Nuit,
05:52et l'actrice Noé Habitat, et puis un groupe de danseurs incroyable,
05:56où là c'est vraiment une première comédie musicale originale que j'écris.
06:00Donc ça, pour le coup, c'est vraiment nouveau,
06:03même s'il y a eu Grace auparavant, Jeff Buckley,
06:06mais raconter une histoire qu'on invente,
06:10réfléchir à la musique, tout le monde qui va venir soutenir la dramaturgie
06:17et créer un moment d'émotion très fort, c'est vraiment la première fois.
06:20La danse classique, elle a besoin de se dépoussiérer un peu ?
06:23Je ne pense jamais...
06:24En fait, la danse classique, c'est un langage qui est intemporel,
06:30si on a une manière de décrire ça, on fait des formes dans l'espace sur la musique.
06:36On va dire que moi, je suis vraiment un choreographe qui travaille sur la musique
06:40et qui assemble la musique, la lumière, les costumes pour un moment d'art total
06:46où j'espère que ma danse vient faire entendre la musique de manière encore plus profonde
06:52et vient faire découvrir aussi des sensibilités des êtres humains qui dansent, etc.
06:57Donc je pense que ce n'est pas du tout...
06:59Je ne pense jamais à cette idée de dépoussiérer.
07:03Puis on a la chance d'être probablement dans la ville au monde
07:07où il y a le plus grand public pour la danse,
07:09donc je pense que tout va bien, il n'y a rien à dépoussiérer du tout.
07:12Vous parliez du public, il y a eu une première représentation,
07:15deux premières en tout cas représentations à Montpellier de ce spectacle
07:18Du bout des lèvres de Barbara.
07:20Quelle a été la réaction de ce public ? C'était au mois d'avril.
07:23Elle a été très forte, sincèrement.
07:27Je pense pour les gens, Barbara c'est quelque chose de très intime.
07:35Pour moi, c'était un cadeau pour moi-même, déjà, de créer cette pièce.
07:39Et j'espère, j'ai eu la sensation que les gens l'ont reçue aussi comme un cadeau
07:43et qu'ils ont vraiment apprécié les interprètes.
07:46J'ai vraiment des interprètes exceptionnels sur ces trois semaines au Folie Berger,
07:51sur ces trois spectacles qui sont tous bouleversants.
07:54Des danseurs, vous en avez parlé justement,
07:56neuf danseurs qui participent par exemple à Du bout des lèvres.
08:00Est-ce qu'on remarque tout de suite, c'est la diversité de ces générations dont vous nous parliez.
08:05Qu'est-ce qui les distingue ces générations ?
08:10Tout simplement, c'est la maturité, c'est la vie qui nous traverse.
08:17Je pense qu'une chanson comme Je ne sais pas dire Je t'aime,
08:21elle ne peut pas être chantée par...
08:24Moi, je ne le sens pas comme ça.
08:26Ou elle peut être dansée par quelqu'un qui est trop jeune.
08:28Je trouve que c'est déjà d'incarner ça, d'incarner Septembre, d'incarner la solitude.
08:34C'est beaucoup plus touchant quand on a une femme qui a vécu, qui le raconte.
08:40Mais ce qu'ils ont tous, en tout cas, c'est des personnalités très différentes
08:44et des manières de se mouvoir dans l'espace très personnels
08:48et qui font tous briller la danse à travers leur talent.
08:54Cette nouvelle génération de danseurs, comment vous la trouvez ?
08:58Moi, j'aime les danseurs plus que tout, donc je ne suis jamais seul dans mon travail.
09:05Je crée ensemble.
09:08Je me dis des fois, quand je commence à réfléchir à une pièce,
09:13je vois un danseur, par exemple, que ce soit une petite cantate ou c'était dans ce projet.
09:18J'imagine une danseuse, un danseur danser.
09:21Et en boucle, en fait, ils sont déjà en train de m'inspirer dans ma tête
09:24et ils me bouleversent déjà dans ma tête avant d'arriver en studio.
09:28Donc, non, je ne sais pas s'il y a une différence avec les autres.
09:32Ce qui a changé, en fait, surtout, c'est moi qui ai plus d'expérience
09:35et qui ai une manière d'approcher la danse et mon travail différemment.
09:38Mais en soi, les générations, je n'ai pas de...
09:41Ce que je sais, c'est que l'envie est l'envie.
09:43De toute façon, la danse, c'est un métier très spécial.
09:46Pour en faire son métier, il faut être complètement passionné.
09:50C'est un type de caractère, de personnalité qui est à part entière.
09:57Donc, je ne peux pas dire que je sens une très grande différence
09:59entre les générations d'il y a 20 ans et les générations d'aujourd'hui.
10:02Là, je travaille sur les cérémonies de Roland-Garros
10:05et j'ai des danseurs qui sont super enthousiastes,
10:08comme tous les danseurs avec qui j'ai toujours travaillé.
10:11Les cérémonies de Roland-Garros pour les deux finales,
10:13ce sera samedi et dimanche.
10:15Même chose, est-ce que j'allais vous poser la question ?
10:18Est-ce qu'un tennisman, ce n'est pas un danseur qui s'ignore ?
10:21Le tennis, c'est de toute façon beaucoup de sport.
10:26C'est des changements de direction non-stop.
10:32C'est l'agilité, c'est la précision, c'est la concentration,
10:37c'est aller au bout de soi-même.
10:40Donc, bien évidemment, il y a la coordination avec l'autre, l'anticipation.
10:44Il y a plein de choses qui rassemblent, bien sûr, le danseur,
10:48le danseur et le tennisman, et même le footballeur, le rugbyman.
10:53Enfin, ça, c'est une évidence.
10:55Ce qui est super, finalement, c'est danser sur un terrain de tennis,
11:00danser sur la terre battue,
11:03qui accroche et sur laquelle, en même temps, on peut glisser.
11:07C'est bien sûr la structure du terrain,
11:09et puis surtout réfléchir à ce qu'on veut montrer
11:12quand on a, justement, si rarement quelques minutes
11:15devant un public, un très grand public,
11:18que ce soit à la télévision, dans des moments de sport comme ça,
11:21qui sont iconiques.
11:23Donc ça, c'est une grande chance.
11:25Et pour moi, c'était simplement créer un moment de joie,
11:30un moment de rassemblement qui...
11:33Voilà, un moment qui nous rassemble tous ensemble, simplement.
11:37À quoi ça va ressembler ?
11:38C'est peut-être un peu trop tôt pour en parler,
11:39si vous ne voulez pas déflorer le spectre.
11:42L'idée, déjà, c'est de saisir l'opportunité
11:44d'utiliser un grand groupe de danseurs.
11:47Donc, déjà, de s'amuser avec l'architecture,
11:50la structure de la danse,
11:52sur un grand terrain,
11:53et de jouer avec cette virtuosité-là,
11:58qui peut être des mouvements de groupe,
12:00de beaux mouvements de groupe.
12:02Mais aussi, encore une fois,
12:04célébrer les individualités.
12:05Je suis plus convaincu que jamais
12:08que même cette idée d'être ensemble,
12:10d'être danser très ensemble,
12:12n'est valide que si chaque danseur
12:14s'exprime complètement à sa manière,
12:17avec son phrasé, avec sa personnalité.
12:20Et c'est ça qui fait qu'on reçoit
12:24une émotion très riche et très forte.
12:28Et après, j'ai choisi deux chansons
12:30très populaires, assez récentes,
12:34je pense, qui déjà, par elles-mêmes,
12:37nous envoient...
12:38Ah, je ne vais pas le dire.
12:38Il faut le dire.
12:39Qui nous envoient déjà beaucoup de...
12:41On va dire, beaucoup d'émotions,
12:43beaucoup de joie,
12:44beaucoup d'exubérance.
12:46Parce que je trouvais que c'était vraiment...
12:47C'est comme ça qu'il faut saisir
12:48ce genre de moments.
12:49Et puis, quelque part,
12:51vu l'état du monde,
12:52on a envie de voir,
12:55un grand groupe de danseurs très différents,
12:58ce que c'est de vivre ensemble,
12:59finalement, sur ce terrain,
13:00sur ces six minutes, deux fois.
13:02On montre à quel point c'est possible,
13:04en fait, finalement,
13:05de s'écouter,
13:06de se regarder,
13:07d'échanger,
13:08de se donner aussi,
13:12simplement,
13:13de l'amour,
13:14de l'élan, etc.
13:16Benjamin Millepied,
13:17danseur,
13:18chorégraphe,
13:18à l'affiche,
13:19donc avec trois créations,
13:20présentées en novembre prochain
13:21aux Folies Bergères à Paris.
13:23Move Me,
13:24Once More,
13:25Summerland,
13:25et enfin,
13:26Du bout des lèvres,
13:27d'après l'oeuvre de Barbara,
13:28la tournée a déjà commencé.
13:29Prochaine étape à Carcassonne,
13:31ce sera le 5 juillet.
13:32Merci beaucoup d'être venu ce matin
13:34sur l'antenne de Radio Classique.
13:36Benjamin Millepied,
13:37et bonne journée à vous.
13:38Dans un instant,
13:39esprit libre avec nous,
13:40l'écrivain et éditorialiste
13:41François-Olivier Gisbert,
13:43ce sera juste après la revue de...
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