00:01La matinale de Radio Classique avec David Abicaire.
00:04Stéphane, votre invité est investisseur et chercheur en biologie moléculaire.
00:08Bonjour docteur Philippe Pouletti.
00:10Bonjour.
00:10Bienvenue sur Radio Classique.
00:12L'Organisation Mondiale de la Santé débute aujourd'hui son assemblée annuelle
00:15avec pour toile de fond les épidémies d'antavirus et d'Ebola.
00:19L'OMS a d'ailleurs déclenché son deuxième niveau d'alerte le plus élevé
00:22face à la flambée du virus Ebola en République démocratique du Congo.
00:26Est-ce qu'il faut s'en inquiéter ?
00:28Alors, pas de catastrophisme, mais il faut se préparer.
00:32Vous savez, la France, l'Europe aujourd'hui se prépare à la défense classique
00:36contre la Russie, etc.
00:38Mais il est essentiel qu'on se prépare avec une biodéfense stratégique
00:43parce que les épidémies de virus, ça va être un peu comme les éruptions volcaniques,
00:49les tremblements de terre.
00:50On ne sait pas quand ça va arriver, mais on sait que ça va arriver.
00:55C'est ce que vous dites notamment avec l'antavirus.
00:57Les autorités sanitaires désormais se veulent plutôt rassurantes.
01:00Vous, vous dites, c'est une piqûre de rappel, un signal d'alarme.
01:03Il y aura d'autres pandémies.
01:05Oui, bon, au début de SARS-CoV-2, Covid, l'OMS était rassurante.
01:10On nous parlait de la suite.
01:11Pour l'antavirus, l'OMS est rassurante probablement à juste titre.
01:17Mais la contamination interhumaine, la durée d'incubation assez longue,
01:21les mutations possibles, il faut quand même surveiller les choses.
01:26Et puis là, le même mois, il y a une épidémie en République démocratique du Congo d'Ebola
01:32qui est un virus extrêmement dangereux contre lequel il n'y a pas de vaccin.
01:36Sur l'antavirus, vous nous dites, je suis médecin,
01:41votre voix forcément porte plus que celle des politiques.
01:44Vous, vous êtes moins rassurant que la classe politique ?
01:47Non, non, je pense. Moi, j'écoute l'OMS, les autorités, les spécialistes.
01:52Et ça a l'air maîtrisé. C'était un petit foyer.
01:55Bon, il y a eu quelques morts.
01:57Il y a des sujets contacts, mais il faut continuer à surveiller.
02:01Par contre, Ebola, le même mois, en République démocratique du Congo,
02:06là, c'est assez inquiétant.
02:09Face à l'augmentation du nombre de zoonoses qui sont les virus transmis des animaux à l'être humain,
02:14est-ce qu'on se préoccupe suffisamment, à votre avis, de la santé animale pour protéger la nôtre ?
02:19Vous savez, on ne va pas pouvoir résoudre tous les problèmes d'infection virale chez les animaux.
02:27Par contre, la contamination par des animaux à des humains
02:31et ensuite, la contamination entre humains, ça, c'est un gros sujet.
02:37Donc, il y aura, de toute façon, des pandémies virales contre lesquelles on doit se préparer.
02:43Alors, soit il y a des vaccins existants,
02:46soit il est possible, en quelques mois, grâce à des entreprises de biotechnologie,
02:51comme Moderna aux États-Unis, de développer des vaccins,
02:54soit ce n'est pas possible.
02:55Et à ce moment-là, d'ailleurs, je souligne que pour la plupart des virus,
02:59le VIH, le cytomegalovirus, malgré 45 ans de recherche,
03:03on ne peut pas développer de vaccins.
03:05Soit on développe, avec par exemple notre entreprise Spikyme,
03:09des anticorps monoclonaux qui peuvent protéger des populations plus ou moins larges.
03:16On va en parler dans un instant.
03:17D'abord, vous mentionniez la pandémie de Covid.
03:20En 2020, la France a raté le coche.
03:22Les grands laboratoires, Sanofi, Pasteur, ont été absents.
03:25En tout cas, ils n'étaient pas les premiers à dégainer un vaccin.
03:28Est-ce qu'on en a tiré les leçons, à votre avis ?
03:30Eh bien, je ne crois pas.
03:32Bon, là, Stupastor, on travaille beaucoup, nous, avec la Stupastor,
03:35qui fait de la recherche formidable.
03:37Et c'est avec eux qu'on a créé Spikyme.
03:40Mais effectivement, les géants du vaccin, Sanofi, GSK,
03:45avaient dit, mais non, circulez, il n'y a rien à voir.
03:47De toute façon, on pourra faire ce qu'il faut.
03:49Et c'est des entreprises de biotechnologie.
03:51Moderna aux Etats-Unis, BioNTech en Allemagne,
03:55qui ont protégé la planète.
03:57Pourquoi est-ce que les grands laboratoires
03:59ne sont plus les champions de l'innovation aujourd'hui ?
04:01Parce que les meilleurs chercheurs,
04:03qui viennent souvent du monde académique
04:06ou de grandes entreprises,
04:08préfèrent travailler dans une petite entreprise de biotechnologie
04:13où leur impact sera beaucoup plus fort
04:15que de rester à pantoufler dans un grand laboratoire pharmaceutique
04:20qui, lui, est très bon en développement clinique,
04:23qui est très bon en commercialisation,
04:24qui est très bon pour racheter les petites sociétés de biotech,
04:27surtout les grands laboratoires pharma américains,
04:30mais pas tellement en innovation.
04:32Docteur Philippe Poletti, dans ce que vous me dites,
04:34il y a une sorte de contradiction.
04:35Vous nous dites que les biotech sont devenus
04:37les championnes du monde de l'innovation
04:39et pourtant, en tout cas en Europe,
04:41elles ont de plus en plus de mal à trouver des financements.
04:42Alors, vous savez que Macron dit la start-up nation.
04:48Moi, je n'aime pas du tout ce vocable.
04:49Le but, ce n'est pas de multiplier les petites start-up
04:52qui vont être rachetées par des géants américains,
04:56c'est de construire des leaders mondiaux.
04:58On a réussi, nous, avec Truffle Capital,
05:02à créer Abivax, qui est aujourd'hui la première biotech européenne,
05:06la troisième entreprise mondiale,
05:10tous secteurs confondus, pas seulement les biotech,
05:13qui vaut à peu près 10 milliards de dollars.
05:16Donc, quand on veut, on peut,
05:17mais ce sont des exceptions.
05:19Et il faut faire de ces exceptions une règle,
05:22sinon l'Europe sera toujours à la traîne des Etats-Unis,
05:25de la Chine et de l'Inde.
05:27Pourquoi est-ce que c'est difficile pour les biotech
05:28de trouver des financements ?
05:30Par exemple, Spikim, que vous avez développé.
05:32Spikim.
05:33Spikim, je le prononce à la française.
05:35Karine Dijoux nous attend juste derrière.
05:37Alors, je fais attention à ma prononciation française.
05:40Spikim et l'Institut Pasteur, d'ailleurs,
05:42qui a travaillé avec vous,
05:43a développé des anticorps monoclonaux.
05:45Vous l'avez mentionné, c'est une alternative au vaccin,
05:48c'est intéressant.
05:48Est-ce que vous avez rencontré des problèmes de financement ?
05:51Alors, oui, même si avec nos fonds Truffle Capital
05:54et soutenus par la BPI,
05:56on a pu quand même développer une magnifique plateforme
05:59qui pourrait répondre à une pandémie en quelques mois,
06:03industrialiser des anticorps monoclonaux
06:05pour faire de la prévention large,
06:07surtout s'il n'y a pas de vaccins possibles ou disponibles.
06:11Mais aux Etats-Unis, vous auriez obtenu dix fois plus ?
06:13Alors, probablement, oui.
06:16On peut lever quelques dizaines de millions d'euros
06:19en France et en Europe,
06:21mais après, il y a un plafond de verre.
06:23Pourquoi ?
06:24Parce que les Européens, qui sont très riches en épargne,
06:27ont du mal à se dire
06:28que les nouvelles technologies,
06:30que ce soit les biotech, la medtech,
06:32la medtech avec Carbolix et autres,
06:35se disent que c'est un peu risqué.
06:37Je préfère garder mon épargne en assurance vie ou ailleurs.
06:40Mais c'est effectivement risqué.
06:42Eh bien non.
06:43Je vais vous dire qu'il est moins risqué
06:45d'investir dans une société de haute technologie,
06:49de biotech, de medtech,
06:50qui a des brevets très forts,
06:52qui peut révolutionner un secteur,
06:55soit de la santé, soit d'autres secteurs,
06:58à condition d'avoir un petit peu de patience,
07:00à condition de pouvoir recruter
07:02des équipes de management formidables,
07:04puisqu'on a un spiking, par exemple.
07:06Et ça, c'est possible.
07:07Mais donc, il y a deux sujets.
07:09Il faut se préparer à une biodéfense stratégique
07:11contre les pandémies,
07:13qui vont être de plus en plus fréquentes.
07:15Et il faut financer, effectivement,
07:18les entreprises de biotech et de haute technologie.
07:21Sans être trop technique,
07:22qu'est-ce que les anticorps monoclonaux ?
07:23Et pourquoi c'est une alternative intéressante au vaccin ?
07:26Eh bien, vous et moi, on fabrique des anticorps,
07:29si on a des petites cellules cancéreuses qui se baladent,
07:32si on a un rhume,
07:34si on a d'autres infections bactériennes.
07:37Mais en fait,
07:39pour être protégé contre des nouveaux virus,
07:42eh bien, on n'a pas fabriqué nos propres anticorps.
07:46Donc, les anticorps monoclonaux,
07:47qui sont une invention initiale des années 80,
07:51c'est formidable.
07:51Et nous, à Spy Kim, avec l'Institut Pasteur,
07:55avec de l'intelligence artificielle,
07:56on est capable de fabriquer des monoclonaux
07:59de très haute affinité,
08:00c'est-à-dire qu'une petite dose
08:02peut neutraliser un virus,
08:05de les industrialiser,
08:06et avec deux, trois administrations par an,
08:09avoir une prévention d'une infection grave.
08:13Et ça, c'est activable en cas de nouvelle pandémie ?
08:15Alors, c'est activable,
08:17à condition des moyens financiers nécessaires,
08:21à condition des commandes des États,
08:24en disant,
08:24il faut y aller, Spy Kim,
08:26il faut développer vos nouveaux anticorps.
08:28Donc, on est prêt à le faire.
08:30Et puis, en même temps,
08:31on développe des anticorps monoclonaux
08:33contre des besoins médicaux existants.
08:35Le BK virus chez les transplantés,
08:39chez les greffés de moelle,
08:40qui sont un besoin médical
08:42et un marché très important, existant.
08:44Merci beaucoup, docteur Philippe Pouletti,
08:47d'être venu ce matin sur Radio Classique.
08:48Merci à tous les deux.
08:49La matinale de l'économie revient demain avec vous,
08:52Stéphane Pedrazi,
08:53déciseur,
08:54avec vos invités, vos chroniqueurs,
08:55à suivre Karine Dijoux
08:56et sa leçon de français
08:57suivie des coulisses de la politique.
08:59La loi d'urgence agricole
09:01arrive à l'Assemblée nationale
09:02et la discussion promet d'être tumultueuse.
09:06Explication dans 5 minutes
09:07avec Marcel Oves-Fred, Radio Classique.
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