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00:018h15 sur Radio Classique, tout de suite l'invité de la matinale.
00:08Bonjour Thierry Breton.
00:09Bonjour.
00:10Merci d'être avec nous sur Radio Classique.
00:11Ancien commissaire européen, ancien ministre de l'économie, des finances et de l'industrie.
00:16Thierry Breton, c'est la douche froide.
00:17Après la publication des chiffres de l'INSEE, une croissance négative au premier trimestre,
00:22une inflation en hausse de 2,4% le mois dernier.
00:24Les investissements, la consommation sont en berne.
00:27Patrick Martin, le président du MEDEF, dit redouter une récession économique au deuxième trimestre.
00:32Est-ce que vous partagez cette crainte ?
00:34Oui, ça ne va pas.
00:36Les choses ne vont pas bien.
00:38Elles vont dans le mauvais sens, c'est sûr.
00:40Tout n'est pas du reste que de la faute à cette guerre qui n'en finit pas en Iran.
00:45C'est vrai qu'on était déjà partis sur une mauvaise pente.
00:48C'est vrai évidemment que ce qui se passe dans le détroit d'Hormuz n'arrange pas les choses.
00:53Nos compatriotes le voient tous les jours.
00:55Parce que le prix de l'essence à la pompe continue à être ce qu'il est, hélas.
01:00Mais évidemment, ça a des répercussions.
01:02Ça a des répercussions sur la consommation.
01:04Au fond, nos compatriotes, ils ne dépensent pas.
01:08Ils épargnent.
01:09Ça montre donc que la confiance n'est pas là dans le pays.
01:12Et c'est vrai qu'on verra bien sur le second trimestre.
01:16On est bientôt, du reste, au bout de ce second trimestre.
01:19On sait qu'une récession technique, ça veut dire deux trimestres consécutifs à 0%.
01:24Le premier, c'était la grande surprise, a été à zéro.
01:27On verra si le second est à zéro.
01:29Ce qu'il faut craindre, évidemment, c'est plutôt une stagflation, c'est-à-dire un ralentissement.
01:33Et puis une inflation, vous l'avez rappelé à l'instant.
01:34Inflation, évidemment, qui est poussée notamment par les prix des hydrocarbures.
01:37Mais pas que.
01:38Il y a tous les intrants aussi, qui rentrent aussi dans le monde agricole.
01:42Les répercussions qui se font maintenant sur les produits qu'on achète à la consommation.
01:46Non, l'année va être mauvaise.
01:48Les révisions de croissance sont à la baisse, évidemment.
01:52Est-ce que ce sera 0,6, 0,7 ?
01:54Peut-être même un peu moins, on verra.
01:55Enfin bon, j'espère que ce sera 0,7, évidemment.
01:57Et non pas les 0,9 ou 1% qui étaient prévus.
02:01Ce qui veut dire, évidemment, que pour le budget, ça va être très difficile.
02:04Y compris pour la quatrième année consécutive.
02:07L'ancien ministre des Finances que je suis le dit avec énormément de tristesse.
02:11Vous le comprenez bien.
02:12Encore une fois de plus, on ne va pas encore pouvoir percer,
02:16se plancher des 5% de déficit.
02:18On est le seul pays européen à ne pas pouvoir faire des budgets en dessous de 5%.
02:23Enfin, je rappelle que l'objectif du pacte de stabilité et de croissance,
02:25que nous avons tous signé, ce n'est pas moins 3%, c'est 0.
02:29La France est le dernier élève.
02:32Ce qui explique aussi qu'on a du mal à se faire entendre.
02:34Donc il faut vraiment maintenant qu'on se ressaisisse.
02:36Bruxelles qui tape sur 5,7% de déficit en 2027.
02:406,2% même à Bercy.
02:42Le chiffre circule selon l'opinion, le journal L'Opinion.
02:46Ce matin, comment on peut éviter cette récession dans l'immédiat ?
02:50D'abord, il faut évidemment prendre des mesures budgétaires.
02:53Parce que le 5%, on vient de le dire, il est maintenant hors d'atteinte.
02:59Donc il faut évidemment corriger le gouvernement à juste titre du reste.
03:01C'est-à-dire qu'il fallait faire 6 milliards à peu près d'économies.
03:04Je rappelle quand même pour nos auditeurs que 6 milliards d'économies,
03:07c'est en particulier dû au fait que, comme les taux d'intérêt augmentent en ce moment,
03:11et on le voit évidemment tous les jours,
03:13ça c'est la conséquence directe évidemment de la guerre en Iran,
03:17et des incertitudes qu'elle fait planer,
03:19automatiquement la France qui s'endette,
03:22qui est le pays qui est le plus maître de dettes sur les marchés,
03:26320 milliards l'année prochaine d'euros,
03:30ça coûte plus cher que pour nos voisins,
03:33parce qu'évidemment il y a une prime de risque sur la France,
03:34non pas parce que la France est à risque,
03:36mais parce qu'évidemment on ne tient pas nos objectifs.
03:37Je rappelle qu'il y a 80 points de base de différence entre l'Allemagne et la France,
03:42ça veut dire qu'il y a donc un écart de compétitivité
03:44uniquement dû à notre incurie budgétaire.
03:47Bon, qu'est-ce que ça veut dire ?
03:48Ça veut dire effectivement qu'à cause de la guerre en Iran,
03:52alors là c'est vraiment une conséquence directe,
03:53les taux d'intérêt ayant augmenté significativement,
03:56à peu près 0,8 points de base,
03:59la France va devoir payer une addition supplémentaire
04:03pour payer ses intérêts de la dette,
04:05c'est 3,8 milliards, près de 4 milliards d'euros
04:08qu'il faut donner à nos créanciers précisément.
04:11Là on va donner, à juste titre du reste,
04:13pour accompagner les ménages et les opérateurs qui en ont le plus besoin,
04:17les agriculteurs, les pêcheurs, les grands rouleurs,
04:20tous ceux qui ont besoin évidemment de leurs véhicules.
04:23Le gouvernement va faire, j'ai vu je crois,
04:26près d'un milliard, peut-être un petit peu plus,
04:28un milliard pour nos compatriotes,
04:30là on va donner 4 milliards pour les créanciers,
04:32parce qu'encore une fois c'est le signe de la France
04:35telle qu'elle est devenue aujourd'hui,
04:37ce pays qui est vraiment prisonnier par son incurie budgétaire,
04:41et c'est la raison pour laquelle moi-même je prône une règle d'or
04:45pour les prochaines présidentielles,
04:47c'est-à-dire nous remettre de la discipline,
04:50nous forcer à la discipline,
04:51comme l'ont fait les Allemands en leur temps,
04:52et bien d'autres pays,
04:53c'est-à-dire nous empêcher d'avoir des budgets en déficit.
04:57Alors pour moi c'est à l'horizon 2032,
04:58il faut qu'on se donne le temps d'y arriver,
04:59non pas zéro mais moins 1%,
05:01c'est ce que je propose évidemment à tous les candidats,
05:03parce que sans ça je ne vois pas comment la France
05:05pourra retrouver la maîtrise de son budget,
05:08et quelque part aussi la maîtrise de sa parole,
05:10on en a besoin de la France,
05:11qu'elle parle en Europe et dans le monde,
05:13et aujourd'hui on est vraiment bloqué par
05:15cet incurie budgétaire.
05:17Philippe Aguillon du reste,
05:18je le dis ce matin encore dans le Figaro,
05:22la France est entravée dans ses propos,
05:24dans son poids,
05:25par son incurie budgétaire.
05:26Et ça va se traduire comment justement ?
05:28Parce qu'effectivement c'est Philippe Aguillon
05:29dans le Figaro qui en parle,
05:31la voie de la France en Europe est affaiblie,
05:34ça va se traduire comment ?
05:35Comment ça peut se traduire concrètement justement ?
05:37Sur quel dossier on ne pourra plus peser ?
05:39Si vous voulez d'une façon générale,
05:40moi j'ai été ministre des finances,
05:43donc j'ai siégé évidemment à toutes les réunions,
05:45le regroupe, les coffines,
05:47mais aussi commissaires européens,
05:49et quand on est à Bruxelles,
05:51Bruxelles c'est évidemment notre démocratie,
05:53c'est le lieu où s'exerce notre démocratie continentale,
05:56chacun prend des objectifs à tenir,
06:01et il doit les tenir,
06:02et la France depuis maintenant des années et des années
06:05ne tient pas les objectifs qu'elle prend.
06:07Donc qu'est-ce qu'on dit à la France
06:08quand on est à l'écofine ou à l'eurogroupe ?
06:10On dit, écoute, tu fais d'abord le travail chez toi
06:13et tu parles après, c'est comme ça que ça se passe.
06:16Et quels dossiers peuvent nous passer sous le nez ?
06:18Mais on ne dit pas qu'ils peuvent passer sous le nez,
06:20on dit simplement qu'on ne pèse plus ce qu'on devrait peser.
06:22La France est un pays, un très grand pays,
06:24c'est notre pays,
06:25on a besoin vraiment d'avoir une France qui pèse,
06:28elle pèse par ce qu'elle est,
06:29elle pèse par son dynamisme,
06:30elle pèse par son entrepreneuriat,
06:33elle pèse par ses entreprises,
06:34mais elle ne peut pas se faire entendre
06:36comme elle devrait se faire entendre,
06:37parce qu'on lui dit,
06:38avant de pouvoir s'exprimer sur tel ou tel sujet,
06:41fais le travail qui est très important à faire,
06:43que tous les autres ont fait,
06:45faute de quoi,
06:46tu nous tires vers le fond,
06:48voilà, c'est tout.
06:48Donc il faut vraiment faire le travail.
06:50Et je le dis vraiment,
06:51après avoir longuement regardé ce qu'on pouvait faire,
06:54je pense sincèrement que la France a besoin
06:57de retrouver cette discipline,
06:58et c'est la raison vraiment pour laquelle je plaide,
07:00pour cette discipline budgétaire.
07:02Alors je suis heureux de voir que certains
07:04reprennent ça à leur compte,
07:05et moi je ne suis pas là pour chercher les droits d'auteur,
07:08j'ai vu qu'Edouard Philippe avait indiqué
07:09qu'il était président de la République,
07:11élu,
07:12la première chose qu'il ferait c'est un référendum
07:14pour instaurer la règle d'or,
07:15là, que j'ai proposée,
07:17j'en ai parlé à Gabriel Attal qui m'a dit qu'il était d'accord
07:19et que je pouvais l'indiquer,
07:21j'ai vu Bruno Retailleau aussi,
07:23je sais que c'est des sujets qui le motivent beaucoup,
07:25donc voilà,
07:26y compris du reste François Hollande,
07:29qui était aussi assez sensible.
07:30Voilà, je suis là encore une fois
07:32pour essayer de faire en sorte
07:33que la France,
07:35enfin,
07:35se redonne la discipline dont elle a besoin.
07:37Il y a des éclaircies tout de même,
07:39deux éclaircies,
07:40la première c'est Choose France,
07:41Thierry Breton,
07:42Emmanuel Macron tenait lundi le sommet
07:44Choose France à Versailles,
07:45avec des promesses d'investissement colossales,
07:4693 milliards d'euros,
07:48principalement pour des centres de données
07:50sur l'intelligence artificielle aussi,
07:52est-ce que c'est un succès ?
07:53Quelles sont les retombées réelles pour la France ?
07:55C'est une très bonne nouvelle, évidemment,
07:56et c'est la cinquième année ou la sixième année,
07:58je crois que la France est le premier lieu
08:01de destination de ses investissements étrangers en Europe,
08:03pour l'Europe,
08:04donc par rapport à nos voisins,
08:06donc c'est une très bonne chose.
08:09Bon, c'est évidemment très important,
08:12c'est très important pour notre économie,
08:14c'est important évidemment pour les entreprises,
08:16ça ne règle pas évidemment le problème dont on vient de parler,
08:18parce qu'on n'est pas à l'échelle bien sûr,
08:20mais c'est un signe important,
08:21ça veut dire effectivement qu'on a toujours du dynamisme
08:23de nos entreprises,
08:24on a toujours évidemment des lieux d'excellence,
08:27en particulier de la part de nos ingénieurs,
08:28c'est très important,
08:30c'est ce que je dis tout à l'heure,
08:31c'est vraiment regrettable que la France,
08:33avec ses atouts,
08:34les gâche par une incurie budgétaire.
08:36Alors maintenant, qu'est-ce que ça veut dire évidemment
08:37que ces programmes sont annoncés ?
08:40Ils sont à 80%,
08:41donc essentiellement dans des centres de données,
08:44les centres de données,
08:44c'est vraiment ce qui nous permet de stocker nos données
08:47pour pouvoir entraîner les modèles
08:49de l'intelligence artificielle,
08:51c'est très important,
08:51on a des données très précieuses en Europe et en France,
08:54dans le domaine industriel,
08:55dans le domaine de la santé en particulier,
08:57mais pas que,
08:58et moi je me suis battu,
08:59comme vous le savez,
09:00je continue à me battre de là où je suis évidemment,
09:02pour que nos données restent évidemment en Europe,
09:05profitent évidemment aux entreprises européennes,
09:07à l'innovation européenne,
09:08ne soient pas aspirées,
09:10comme ça a été trop souvent le cas hélas,
09:12en particulier par les entreprises non européennes,
09:16on pense évidemment au GAFA,
09:18mais on peut penser aussi à certaines entreprises chinoises,
09:20donc ça c'est vraiment très important,
09:22donc ça va nous permettre de stocker,
09:24de préserver nos données,
09:25et d'entraîner nos propres modèles,
09:27d'avoir donc nos propres systèmes d'intelligence artificielle,
09:29c'est très important pour notre souveraineté.
09:31La Commission européenne justement,
09:32elle a présenté son projet de loi,
09:34pour une accélération industrielle,
09:35de souveraineté technologique européenne,
09:37sur les semi-conducteurs,
09:38le stockage,
09:39le traitement des données,
09:40l'intelligence artificielle,
09:41a-t-on les moyens de nos ambitions,
09:43de retrouver cette souveraineté européenne,
09:46ou en tout cas de trouver cette souveraineté européenne ?
09:48Mais vraiment c'est bien,
09:48il était temps,
09:49il était temps,
09:50parce que vraiment,
09:51on a été beaucoup trop naïf sur ces questions,
09:54alors il ne s'agit pas encore une fois,
09:55de bâtir des lignes maginaux,
09:57il ne s'agit certainement pas,
09:58de créer des politiques protectionnistes,
10:01il s'agit tout simplement de se mettre dans un monde,
10:02d'être dans un monde,
10:03désormais ce sont les rapports de force qui priment,
10:07et les rapports de force,
10:08ça veut dire évidemment,
10:09l'Europe est un grand continent,
10:10on a 450 millions de consommateurs,
10:12on a parmi les meilleurs centres de recherche au monde,
10:14en particulier dans les semi-conducteurs,
10:16avec AIMEC,
10:17qui est le meilleur centre mondial de recherche en semi-conducteurs,
10:19qui est près de Bruxelles,
10:21avec le CEA Aleti,
10:22à Grenoble en particulier,
10:24avec les Fraunhofer Institute en Allemagne,
10:26on a énormément d'atouts,
10:28donc il faut évidemment commencer à bâtir ces rapports de force,
10:32ça ne veut pas dire encore une fois qu'on va tout faire,
10:34il faut dans le monde dans lequel nous sommes,
10:35il faut tout simplement avoir un certain nombre de domaines d'excellence,
10:39on a ces domaines d'excellence dans les semi-conducteurs,
10:41en particulier avec la fabrication,
10:42donc à travers un écosystème très important,
10:46de tous ces robots qui permettent de faire ces usines de semi-conducteurs,
10:49on est le numéro un mondial dans ce domaine,
10:51voilà, on a beaucoup d'atouts,
10:53il faut donc évidemment pouvoir maintenant les mettre sur la table,
10:56et veiller à ce que ceux qui voudraient se servir de nos dépendances,
11:00pour pouvoir nous imposer telle ou telle politique,
11:02ne puissent le faire,
11:03on a bien vu ce qui se passait notamment,
11:05dernièrement dans les différentes discussions,
11:08négociations qu'on a pu avoir,
11:09et avec nos amis américains,
11:10ou alors avec nos partenaires commerciaux,
11:15qui ne sont pas toujours partenaires chinois.
11:16Mais on peut t'imaginer par exemple que le français mistral,
11:19je vais prendre l'exemple du français mistral et je terminerai par ça,
11:22est-ce qu'il peut faire le poids contre Amazon, Google ou Microsoft ?
11:25Mais là encore on a un écosystème tout à fait fécond d'entrepreneurs,
11:31et donc il faut leur permettre de se développer,
11:33donc oui ce terreau d'entrepreneurs peut évidemment répondre à nos besoins
11:37en matière d'intelligence artificielle,
11:39mais il y a vraiment une chose sur laquelle il faut qu'on se focalise désormais,
11:42c'est avoir l'union des marchés des capitaux en Europe,
11:45c'est-à-dire faire le marché unique des capitaux en Europe,
11:48ce qui n'est pas encore le cas, on est trop fragmenté,
11:50pour pouvoir précisément accompagner toutes ces start-up,
11:54ces scale-up dans leur développement,
11:57avec évidemment bien souvent des milliards et des milliards d'euros,
12:01qui doivent trouver le moyen de s'investir évidemment pour nos propres entreprises,
12:05faute de quoi s'il n'y a pas la profondeur de ce marché,
12:07on sait qu'à ce moment-là, notre épargne va plutôt aller financer
12:10l'économie et l'innovation américaine,
12:12et moi ce que je souhaite vraiment pour nous,
12:16c'est que notre épargne,
12:18et on a l'épargne la plus abondante aujourd'hui au monde,
12:21elle serve non pas à financer le rachat des dettes
12:24pour payer, reprendre à ce qu'on a dit tout à l'heure,
12:27notre incurie du passé,
12:28mais l'innovation à venir,
12:29avec une profondeur de marché,
12:30qui fasse qu'on s'investisse en Europe pour notre avenir.
12:33Merci beaucoup Thierry Breton d'être venu ce matin dans les studios de Radio Classique,
12:37ancien commissaire européen,
12:39ancien ministre de l'économie.
12:40Bonne journée à vous.
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