00:01La matinale de Radio Classique avec David Abicaire
00:04Charles, votre invité est le directeur de la rédaction du magazine Investir.
00:08Je le dis chaque semaine parce qu'il vient chaque semaine.
00:11Bonjour François Monnier.
00:12Bonjour Charles.
00:13Un habitué de Radio Classique, vous nous expliquez régulièrement le fonctionnement des marchés financiers.
00:17Il faut dire qu'on a du mal à comprendre, David le résumé, assez bien.
00:21Les marchés tiennent, malgré un détroit d'Ormousse toujours bloqué depuis fin février,
00:26malgré un cessez-le-feu qui est toujours fragile.
00:28Quand on dézoome, Wall Street est à un niveau plus élevé qu'avant la guerre.
00:33Pourquoi ce paradoxe ?
00:34Oui absolument, Wall Street gagne 10% depuis le début du conflit.
00:37Le CAC 40 a effacé quasiment toutes ses pertes.
00:39Et c'est vrai que ça peut sembler être paradoxal,
00:41puisqu'il est souvent reproché aux investisseurs de vendre massivement,
00:47voire de paniquer à la moindre escarmouche.
00:49Et là, on a des investisseurs peut-être qui ont peur,
00:51mais en tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'ils n'ont pas peur de la guerre.
00:54Ils ont peur de rater la hausse des marchés.
00:58Et c'est ce qu'on appelle dans le jargon de la finance le FOMO.
01:02C'est un acronyme anglais qui veut dire Fear of Missing Out.
01:07C'est une expression qui désigne que la peur, c'est la peur de passer à côté de quelque chose.
01:13Autrement dit, on n'achète pas une action parce qu'on estime qu'elle est bon marché,
01:16qu'elle n'est pas chère, comme l'a toujours fait par exemple le milliardaire Warren Buffett aux Etats-Unis.
01:21Mais on achète parce que ça monte et on ne veut pas rater une opportunité et on veut faire aussi
01:27bien que les petits copains.
01:28Et donc, tout le monde est concerné par cette peur ?
01:31Les gros investisseurs, les particuliers ?
01:33Oui, absolument. Les particuliers parce qu'ils l'entendent dans les médias.
01:36Les grands investisseurs, les gérants, parce qu'eux, ils ont une double mission.
01:40D'abord, une première mission, c'est de gagner de l'argent.
01:42Donc, il y a une performance absolue.
01:44Mais il y a aussi une performance relative.
01:46C'est-à-dire que vous êtes en compétition avec d'autres gérants.
01:48Et si les autres gérants sont positionnés sur un actif qui monte et que vous n'en avez pas en
01:52portefeuille,
01:52eh bien, vous êtes en retard en termes de performance.
01:56Et donc, finalement, c'est un peu la course à la hausse.
01:58Et résultat, personne ne vend, voire on achète parce qu'on est convaincu que cette guerre ne va pas durer.
02:03Et depuis le début du conflit, c'est la conviction ultime qui domine.
02:08Et cela concerne aussi les entreprises, en plus des gros investisseurs, en plus des particuliers ?
02:13Oui, on voit ce phénomène FOMO concerner aussi les entreprises.
02:16Quand on voit cette course aux investissements dans le domaine de l'intelligence artificielle,
02:20si un acteur met 100 milliards en termes d'investissement à déployer en infrastructures,
02:25eh bien, ça valide le scénario de celui qui en a mis 100.
02:27Alors, il a tendance à mettre 120, 130, 150.
02:30Et là, on voit une course aux dépenses, aux investissements,
02:33pour avoir toujours de plus en plus de puissance de calcul, de data center,
02:37pour déployer ce fantastique réseau d'intelligence artificielle partout dans le monde,
02:41et notamment aux Etats-Unis.
02:43Et donc, cette FOMO, il y a donc une forme de biais, de biais psychologique ?
02:46Oui, il y a un biais psychologique individuel.
02:48Il y a un phénomène collectif.
02:50Et puis, ça peut conduire à un accélérateur, à la création de bulles.
02:54Ça, on le voit dans l'histoire boursière.
02:57On a eu de nombreux FOMO.
02:59Là, on a un FOMO autour de l'intelligence artificielle.
03:02Mais on a eu, bien sûr, le fameux FOMO autour de la bulle Internet.
03:07Ça, c'est des années 98-2000.
03:09Là, on avait des gérants, des investisseurs qui achetaient des sociétés
03:13qui ne réalisaient pas vraiment de revenus, pas de chiffre d'affaires.
03:15Parfois, ils n'avaient même pas de produits, voire même pas de clients.
03:19Mais c'était la seule condition pour acheter.
03:21C'est de se dire que c'est une société qui s'affiche comme .com,
03:24c'est-à-dire qu'elle a un projet Internet.
03:27Et généralement, les FOMO, ça commence sur une idée qui n'est pas tout à fait absurde,
03:32même qui est plutôt partiellement juste,
03:35qui est de dire que là, on avait l'arrivée d'Internet.
03:37C'est vrai que l'Internet allait changer le monde.
03:39Simplement, dans cette bulle Internet 98-99-2000,
03:44on s'est rendu compte qu'il y avait un problème dans le timing,
03:46dans le temps de retour sur investissement.
03:49On misait sur l'arrivée d'Internet sur les téléphones en 1999-2000,
03:55mais finalement, il a fallu attendre juin 2007 et l'arrivée d'iPhone pour avoir vraiment Internet.
04:00Et donc, ce décalage dans le temps, ça a provoqué un krach boursier.
04:04Mais quelle est la différence, alors, entre la spéculation et la peur de manquer quelque chose ?
04:09Alors, la grande différence entre la spéculation et l'approche FOMO,
04:14peur de rater quelque chose, c'est que la spéculation,
04:16vous êtes peut-être dans une logique de très court terme.
04:18Vous achetez peut-être le matin pour revendre l'après-midi,
04:21et donc vous faites beaucoup d'aller-retour.
04:23Là, généralement, c'est des tendances qui sont extrêmement longues.
04:26On a des tendances longues avec Internet.
04:28La bulle Internet, ça a duré presque trois ans.
04:31On a eu des tendances longues aussi dans l'immobilier.
04:33Souvenez-vous, avant la faillite de Lehman Brothers,
04:35il y avait une grande conviction, c'est qu'on faisait fortune dans la pierre
04:38et qu'il n'y avait plus de risque.
04:39Et donc, on avait des banques et des sociétés d'investissement
04:42qui prêtaient à tout le monde en se disant, finalement,
04:44le risque, on l'a annulé, parce qu'on a inventé ce qu'on appelle la titrisation.
04:48Eh bien, on a mélangé des dossiers extrêmement fragiles
04:52avec un risque d'impayé, avec des très bons dossiers,
04:54en disant, si on mélange tout, il n'y a plus de risque.
04:56Sauf qu'il s'avérait que le risque, il était toujours là.
04:58On ne l'avait pas annulé, on l'avait simplement déplacé.
05:00Et ça a provoqué un énorme crack.
05:02On a eu aussi des faux mots sur les crypto-monnaies.
05:06En 2017, on a eu le bitcoin qui a fait x20,
05:09avec une conviction qui était de dire,
05:11on se rend compte que la monnaie qu'on a connue,
05:15l'euro, le dollar, ça va peut-être disparaître.
05:18Il faut réinventer le modèle.
05:20Et donc, on se disait, finalement,
05:21il n'y a pas forcément besoin de s'y connaître.
05:24D'ailleurs, on avait beaucoup de personnes
05:25qui ne connaissaient pas exactement comment ça se passait,
05:27le bitcoin, la blockchain.
05:30Et finalement, ils ont été ruinés
05:31parce que ça a perdu derrière 80%.
05:33Et ça est reparti en 2020 avec des taux négatifs
05:35ou les taux à zéro.
05:37On s'est dit, finalement, le système financier
05:39tel qu'on le connaît, avec la dette des États,
05:41avec les déficits,
05:42les crypto-monnaies, c'est l'avenir.
05:44Et derrière, on a eu un nouveau crack de près de 80%.
05:46Mais François Monnier, vous nous expliquez très souvent
05:49sur cette antenne que la bourse est un marché d'anticipation.
05:52Est-ce que, par principe, il n'y a pas,
05:53dans chaque comportement, une peur de rater quelque chose ?
05:57Oui, on essaie de détecter les bonnes affaires.
06:00Mais ce qu'il ne faut pas, c'est oublier la valorisation.
06:03Il ne faut pas oublier non plus le temps de déploiement
06:07et du retour sur investissement.
06:08À partir du moment où vous oubliez la valorisation,
06:13le retour sur investissement,
06:14et que vous êtes focalisé uniquement sur l'histoire qu'on vous projette,
06:16le rêve qu'on vous fait méroiter,
06:18finalement, vous n'achetez pas une action,
06:19vous achetez une œuvre d'art.
06:21Et là, finalement, c'est extrêmement difficile à valoriser.
06:23Et attention aux dangers.
06:24Donc, on est dans un moment FOMO sur l'intelligence artificielle ?
06:27Alors, je dirais oui et non.
06:29On n'est pas dans un moment où il y a un risque, aujourd'hui, de bulle.
06:33Parce que les niveaux de valorisation sur les sociétés cotées
06:36restent extrêmement raisonnables.
06:38Si on prend, par exemple, un exemple.
06:40Nvidia.
06:41Nvidia, c'est devenu la plus grande capitalisation mondiale.
06:43mais ils ont des ratios de valorisation qui restent tout à fait raisonnables.
06:47On parle de 24 fois les bénéfices de l'année en cours.
06:50Alors que, si on regarde, et là, c'est là qu'il y a probablement un risque,
06:53l'arrivée des nouvelles, des prochaines introductions en bourse,
06:56là, on est sur des niveaux de valorisation stratosphériques.
06:58On ne raisonne déjà plus en multiples de bénéfices,
07:00mais en multiples de chiffres d'affaires.
07:02SpaceX, qui va arriver le 12 juin,
07:05on est sur un multiple de chiffres d'affaires de 90 fois.
07:08En tropique, là, on est plutôt sur un chiffre d'affaires de plus de 20 fois.
07:11Donc, on voit qu'on change de ratio pour essayer de justifier,
07:17mais derrière, attention à la déception.
07:19Donc, sur ce qui est coté aujourd'hui,
07:21les valorisations restent raisonnables,
07:23mais sur ce qui arrive, là, on a changé complètement de dimension.
07:26D'ailleurs, on part un peu dans l'espace avec SpaceX.
07:28Est-ce qu'en un mot, ces investissements illustrent aussi la peur de certains
07:31d'avoir raté la première vague ?
07:33Oui, il y a toujours se dire, on n'a pas pris le train à quai,
07:38on va monter dans le train en marche.
07:40Donc, attention au moment où vous montez,
07:44il faut bien comprendre ce que vous achetez,
07:46quel est le niveau de valorisation.
07:48Bien sûr, il y a des histoires qui sont saines,
07:51parce qu'on voit quand même qu'il y a des perspectives de bénéfice.
07:54Dans le domaine des semi-conducteurs,
07:56on a une croissance bénéficiaire qui est spectaculaire, fabuleuse.
07:59Et donc, finalement, on a envie de participer à cette aventure.
08:01Merci François Monnier, le directeur de la rédaction d'Investir,
08:04la une cette semaine.
08:05On parle des nouvelles prévisions pour les entreprises françaises,
08:09pour 150 entreprises françaises, pour 2026-2027.
08:12Donc, on regarde les croissances bénéficiaires,
08:15les perspectives de distribution des dividendes,
08:17la rentabilité, au regard, bien sûr, du choc énergétique
08:20et des nouvelles données sur les perspectives de croissance économique dans le monde.
08:24Et c'est demain en kiosque, et dès ce soir, en numérique.
08:26Mes amis, merci Charles.
08:27La semaine prochaine, la matinale de l'économie revient lundi,
08:30dès 6h pour le tour de l'actualité économique.
08:33Le faux mot, en français, c'est la peur de rater quelque chose.
08:37C'est ce que nous dirait Karine Dijoux,
08:38qui arrive dans un instant pour et si on parle français,
08:40suivie des coulisses de l'affrontement
08:43entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen,
08:45sur fond de plainte du premier contre la seconde.
08:47C'est ce que nous racontera dans un instant Marcelo Vesfred.
08:51Enfin, Attal-Philippe Retailleau,
08:52le match des meetings, c'est la une de l'opinion ce matin.
08:57Je vous le rappelle, Radio Classique.
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