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L'écrivain, Boualem Sansal, était l’invité de #LaGrandeInterview de Laurence Ferrari dans #LaMatinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1.

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Transcription
00:00Et notre invité ce matin dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Boalem Sansal.
00:04Bonjour et merci à vous d'être là.
00:05Bonjour à vous.
00:06Vous êtes écrivain, vous publiez aujourd'hui même chez Grasset la légende,
00:10libre méditation d'un prisonnier encombrant.
00:13Ce prisonnier c'est vous bien sûr.
00:14Le 16 novembre 2024, vous avez été arrêté en descendant de l'avion à Alger, emprisonné.
00:19Vous ne saviez pas pourquoi à l'époque.
00:21Finalement pour terrorisme, atteinte à la sécurité de l'État, condamné à 5 ans de prison.
00:25Ce livre, c'est autant une œuvre littéraire qu'un acte politique.
00:28Boalem Sansal.
00:29Comment vous l'avez voulu ? Comment vous l'avez écrit ?
00:32Comme un coup de poing dans l'estomac pour ceux qui allaient vous lire ?
00:35Non, c'était vraiment de manière tout à fait raisonnée.
00:40Moi, il était dès le départ dans mes intentions d'attaquer un jour M. Tebboum
00:46pour séquestration, kidnapping.
00:48Le président algérien.
00:49C'est le président.
00:50Non, ce n'est pas le président algérien.
00:53C'est le chef de l'Algérie.
00:55Président, je ne lui reconnais pas ce titre de président.
00:58Il n'a pas été élu.
00:59Il a été imposé par l'armée.
01:01Il se comporte comme un vulgaire dictateur.
01:04Je ne peux pas le reconnaître comme président.
01:06Et il vous a pris en otage, Boalem Sansal.
01:08Oui, moi, je me considère vraiment comme otage.
01:10On ne m'a administré aucune preuve de ce dont on m'accusait.
01:14Terrorisme, espionnage, atteinte à la sécurité de l'État, etc.
01:17C'est-à-dire, mille trucs, accusations.
01:20Aucune TV ne repose sur rien du tout.
01:24C'est tout simplement une opération, une barbouzerie politique dans le conflit que le gouvernement algérien entretient avec la France
01:33pour des raisons qui sont les siennes.
01:35Et voilà, j'avais besoin de moi, de Christophe Glees.
01:40Christophe Glees, dont on espère tous la libération, vous pensez qu'elle peut survenir rapidement ?
01:43Moi, ça fait, oui.
01:45Je pense que maintenant, on voit bien que c'est sincère ou pas.
01:49Je n'en sais rien.
01:49Je ne crois pas que ce soit sincère.
01:51Il y a un rapprochement des deux gouvernements.
01:54Et la meilleure démonstration que les choses vont nous faire croire qu'elles vont dans le bon sens, c'est
02:02de commencer par libérer Glees avant de discuter du reste.
02:05Voilà, ça, c'est le premier geste.
02:08Je veux dire que c'est urgent.
02:10Je pense que le gouvernement français devrait se montrer très intraitable sur cette question.
02:17Si le gouvernement algérien veut prouver qu'il est dans une démarche vertueuse, il faut libérer Christophe Glees tout de
02:23suite.
02:24La légende, c'est le surnom que vous en donnez, les prisonniers qui vous entouraient à Coléa, dans cette prison
02:28d'Alger.
02:29Pour quelles raisons ce nom a commencé à courir les couloirs de la prison ?
02:35Quel espoir est passé en vous ?
02:36Parce qu'il s'est passé quelque chose, moi, j'ai découvert après.
02:38Moi, j'ai été arrêté et mis au secret.
02:41Et donc, partout en Algérie, en France et partout, on se posait la question où est passé, où est l
02:46'âme sans sale.
02:47Alors, les gens disaient qu'il a disparu, il est mort, il est peut-être malade, il est peut-être
02:51amnésique.
02:52Bref, chacun a échafaudé, y compris ma femme, qui ne savait pas du tout.
02:57Et puis, ce qui pesait lourd dans l'affaire, c'est que mon téléphone ne répondait pas.
03:05Tout le monde m'appelait sur mon téléphone portable, qui était fermé.
03:10Et donc, il y a toute une fantasmagorie qui, pendant cette semaine, qui a nourri les imaginations, les imaginaires des
03:18uns et des autres.
03:20Et c'est là qu'est la légende.
03:22Et c'est là qu'est née, puis, donc, huit jours après, le gouvernement, les autorités algériennes me sortent de
03:30cette machin et me présentent à la justice.
03:35Voilà, médiatiquement, ça a été un coup formidable pour le gouvernement algérien.
03:41Et voilà, donc, quand je suis arrivé en prison, ils ne savaient pas que vous m'en rappelez, ils m
03:45'en rappelaient que la légende...
03:47D'accord, mais vous, vous ne viviez pas comme une légende, vous viviez comme un homme normal, frappé par une
03:52injustice totale.
03:53Tout à fait normal, mais ça m'a interpellé. Pourquoi m'ont-ils appelé ?
03:57Après, je me suis dit, je crois qu'ils ont fait un transfert sur moi.
04:00Ils se sont dit, c'est un opposant du régime, derrière lui, il y a la France, il y a
04:05toute l'Europe, le régime va tomber.
04:08Et si le régime tombe, on sera libéré.
04:11On sera libéré.
04:11Voilà. Et c'est comme ça. Donc, il y a un transfert, tout simplement.
04:14Mais moi-même, j'ai fait ce transfert. Moi, je sais bien que je ne suis pas une légende.
04:18Mais pourquoi ils m'ont appelé la légende ?
04:20Et moi-même, j'ai commencé à faire un transfert sur le comité de soutien de Bonhamsan.
04:25J'imaginais...
04:26Votre phalange solaire, comme vous disiez dans le livre.
04:28Oui. Je disais, mais qui c'est, ces jours-là ? Et pourquoi ils font ça ? Et c'était
04:32formidable.
04:34Et du coup, je commençais à vraiment me prendre au sérieux. J'étais un insolent Mandela, quoi.
04:39Je sais que vous ne me le pensez pas.
04:42Cet comité de libération s'est activé beaucoup pour votre libération.
04:46Et ils avaient compris ce que vous vouliez.
04:47Vous ne vouliez pas de la grâce présidentielle de M. Tebboune.
04:50Vous vouliez être rétabli dans vos droits, ce qui n'a pas été le cas à Bonhamsan Sall.
04:53Mais c'était... Le conflit était inter, le comité.
04:58Donc, il s'est créé un comité, je crois, à l'initiative d'Antoine Gallimard.
05:03Votre ancien éditeur.
05:04Voilà. Et puis, beaucoup de gens ont rejoint ce comité.
05:07Mais très vite, ils étaient... Entre eux, ils n'étaient pas d'accord sur la démarche.
05:10Il y a ceux qui disaient, bon, il faut faire un profil bas.
05:14Voilà. Bonhamsan Sall est entre les mains de ces gens-là.
05:16Ils sont dangereux. Ils peuvent le tuer.
05:18Il est malade.
05:19Et il faut y aller mollo-mollo.
05:21Et puis, d'autres disaient, mais pas du tout.
05:23C'est des bandits.
05:25C'est exactement ce qu'ils font si vous vous mettiez à genoux
05:27et que vous leur lèvez les pieds.
05:29Il faut taper sur la table et les acculer.
05:32Et peut-être même au besoin,
05:34prendre des sanctions fortes, je ne sais pas, financières, politiques.
05:38Je ne sais pas.
05:40Fermer l'ambassade.
05:41Voilà. Rappeler son ambassadeur.
05:43Des gestes forts, en tout cas.
05:44Voilà. Et le comité, c'est divisé en deux.
05:47Et moi, en prison, je ne comprenais pas.
05:50On me parlait d'un comité.
05:52Et puis, ensuite, on me parlait de deux comités.
05:54Moi, je me suis dit, c'est fichu.
05:56Ceux qui me défendent n'arrivent pas à s'entendre.
05:58C'est clair.
05:58C'est clair.
05:59Et vous aviez peu d'informations dans cette prison ?
06:01Aucune.
06:01Vous avez été torturé psychologiquement et physiquement, on le rappelle.
06:05Bon, physiquement, non, c'est des...
06:06Ils vont briser le dos.
06:07Pas le mot torture, c'est plutôt des brutalités, quoi.
06:11Voilà.
06:12La petite violence de gardien qui vous pousse.
06:15Enfin, ils aiment bien humilier aussi.
06:18Je ne sais pas.
06:18C'est la nature humaine.
06:20C'est une dépossession du temps.
06:22Ah non, ça, c'est terrible.
06:24Ça, c'est terrible.
06:26Voilà.
06:26On découvre que, finalement, l'être humain, c'est quoi ?
06:29C'est un paquet de temps.
06:30Il y a du temps en nous.
06:31Du temps ancien.
06:32Celui de notre enfance.
06:34C'est notre temps présent.
06:36Puis ce temps d'anticipation sur l'avenir.
06:39Et ça, c'est cassé.
06:40Et donc, du coup, vous n'avez plus de passé.
06:42Vous n'avez plus de présent.
06:43Vous êtes dans un couloir.
06:46Un couloir de temps.
06:47C'est à la minute.
06:49On vit à la minute.
06:50Ce qui est important, c'est maintenant.
06:53Le reste, on n'arrive même plus à imaginer.
06:58C'est terrible.
06:59La dépossession du temps, je crois que c'est un truc sur lequel il faut étudier.
07:05Il faut appuyer, je ne sais pas, les spécialistes, les psychiatres, les machins.
07:08Et tout ça sans pouvoir lire, sans pouvoir écrire.
07:11Vous dites que vous vous raccrochiez au livre, aux poésies que vous saviez et que vous récitiez dans votre tête.
07:16Faute de livre.
07:17Parce que nous, on est les gens du livre.
07:19Sans le livre, on n'est rien du tout.
07:23Et c'est vraiment terrible.
07:25Et donc, j'avais lancé cet appel.
07:27J'avais demandé au gardien, au directeur, s'il vous plaît.
07:31Bon, mais c'est comme ça.
07:33Oui, si vous voulez un livre, on vous donne.
07:34C'est le courant.
07:35Puis des livres religieux.
07:36Bon, c'est pas ma tasse de thé.
07:38Moi, je veux lire.
07:39Bon, rien.
07:40Mais quand même, j'ai lancé l'information dans la prison.
07:44Et puis les prisonniers, chacun dans son petit coin.
07:47Et finalement, j'ai reçu au moins deux livres que j'ai lus avec un bonheur inimaginable.
07:54Victor Hugo, Notre-Dame de Paris.
07:56Et puis, Monterland, que j'adorais.
08:00J'ai perdu de vue depuis des années et des années.
08:03Et j'ai retrouvé Monterland, que j'adore vraiment.
08:06C'était un des auteurs qui m'avait beaucoup, beaucoup, beaucoup fasciné.
08:10Et puis, pour une raison aussi très...
08:12Que j'aimerais pouvoir raconter.
08:15Monterland, tout le monde le sait, était suicidaire.
08:17Il n'était pas bien du tout.
08:20Et bon, sa famille qui est très riche.
08:22Je le baladais d'un pays à l'autre pour qu'il retrouve un peu ses esprits.
08:27Et puis, un jour, on lui dit, écoute, tu devrais aller à Alger.
08:29C'est bien le soleil, l'exotisme.
08:32Alors oui, bon, d'accord.
08:33Pour une petite semaine, il arrive et il reste cinq ans.
08:36Il est tout de même au Alger.
08:37Grand amour d'Alger.
08:38Et là, il a écrit un livre.
08:40Et c'est ce livre que j'ai découvert, qui m'a fait découvrir Monterland.
08:45Et il a écrit un petit livre d'une trentaine de pages.
08:47Il est encore des paradis.
08:49Il est encore des paradis.
08:50Où sont-ils les paradis aujourd'hui ?
08:53Il n'y a plus de paradis maintenant.
08:54C'est fini.
08:55Le monde autour de nous est en train de s'effriter.
08:58Il y a des guerres partout.
08:59Mais les guerres, ce n'est pas vraiment...
09:01Ce n'est pas ça qui abaisse l'homme.
09:03C'est cette misère morale dans laquelle on se laisse vivre là-dedans.
09:09Tout s'entraîner.
09:10Oui, oui.
09:12Il est quasiment impossible d'échapper à la déchéance.
09:15Elle est générale.
09:17C'est comme la gravité, en fait.
09:18La gravité, dans tout l'univers, ne laisse rien derrière elle.
09:22Elle empiece tout.
09:23C'est une civilisation qui s'effondre.
09:24Les galaxies, oui, oui, on est dans une culture, une civilisation de la déchéance.
09:30On y prend goût parce que ça nous déresponsabilise.
09:34C'est l'État, on ne sait pas qui.
09:36C'est l'ONU, ce n'est pas l'ONU.
09:39On est là, on vit petitement.
09:41On vit dans la petitesse.
09:42C'est agréable aussi.
09:44On n'a pas de soucis.
09:46Voilà, c'est terrible.
09:47Vous êtes l'invité exceptionnel de CNUS Europe 1 ce matin.
09:50Vous dites que dans la prison, il y a un nom qui se murmure,
09:53qui passe les murs des cellules.
09:56C'est le nom de Bruno Retailleau.
09:58Quand il arrive dans le ministère de l'Intérieur,
10:00c'est son nom qui arrive jusqu'à vous.
10:03Parce qu'il y avait, ça véhiculait, un espoir,
10:06un ton plus ferme vis-à-vis de l'Algérie.
10:08Vous savez, un prisonnier, c'est quoi ?
10:13C'est deux grandes oreilles.
10:15On est là, parce qu'on est mort.
10:17Il faut imaginer que beaucoup de prisonniers sont là pour la vie.
10:20Ils sont condamnés à mort, ils sont condamnés à perpétuité,
10:2330 ans, 40 ans.
10:24Et la vie, elle est réelle, la perpétuité.
10:25Voilà, et donc on vit sur les rumeurs.
10:27Et on est là, la moindre rumeur prend des proportions colossales.
10:32Et bon, là, tout était négatif.
10:37Théboune, il est entré à l'Algérie dans sa propre déchéance.
10:41Bon, on est perdu.
10:42Et puis un jour, on entend une voix.
10:45Une voix qui parle fermement.
10:47C'est mon copain, nous, on se connaît depuis longtemps,
10:50mon copain Bruno, ministre de l'Intérieur.
10:52Ah, ça y est, il va nous sauver.
10:53Parce qu'il a lancé des mesures très fortes.
10:57Bon, malheureusement, il n'a pas été suivi.
11:00Il y avait d'autres démarches concurrentes de celles-ci.
11:03C'était de profils, failles négociées, la diplomatie, ce qui est bon.
11:08Et il faut faire de la diplomatie, bien entendu.
11:10Le ministère des Affaires étrangères, c'est fait pour ça.
11:13Il est dans son rôle.
11:14Comme le ministre de l'Intérieur est dans son rôle aussi.
11:16Laurent Nouniès, aujourd'hui, il est dans son rôle, Laurent Nouniès,
11:20quand il reçoit son homologue algérien hier à Paris, pour relancer la coopération ?
11:25Pour moi, c'est regrettable.
11:26Mais pour lui, il est dans son rôle.
11:28Il reçoit son homologue.
11:34J'aurais voulu, j'aurais cru, et que ça me paraîtrait normal,
11:40si Christophe Goulaise avait été déjà libéré.
11:43Mais là, et donc il le tient encore en otage.
11:46Pourquoi vous ne l'avez pas libéré ?
11:48Puisque vous voulez renouer les relations avec la France,
11:51et des échanges, depuis un mois, on voit bien, ça s'accélère.
11:55Pourquoi vous ne l'avez pas fait ?
11:56Donc ça veut dire que vous êtes toujours dans l'esprit,
11:58je garde quelque chose en main, au cas où Macron,
12:02ou truc, et nous avons encore une de ses phrases tordues,
12:06hop, et on va brandir Christophe.
12:10Ça, ça fait que moi, je n'y crois pas trop.
12:12Les rapports entre la France et l'Algérie,
12:15pourraient-ils se pacifier un jour, selon vous,
12:17Boalem Sansal, qui avait été détenu un an en Algérie
12:19pour avoir osé écrire des livres, et osé les écrire en France ?
12:22Il ne faut pas poser la question comme ça,
12:24parce que l'Algérie, c'est une abstraction.
12:26Non, le gouvernement, ce gouvernement-là, non.
12:30Voilà.
12:31Il est, c'est ce qu'avait dit,
12:33c'est un diagnostic formidable,
12:37et tout à fait vrai,
12:38fait par Xavier Rencourt,
12:39le gouvernement al-Jahen ne connaît que le rapport de force.
12:42Voilà, c'est tout.
12:44Et le rapport de force,
12:46il a réussi,
12:48à l'inverser en sa faveur,
12:49donc depuis que Teboun est arrivé au pouvoir,
12:52il a réussi,
12:53le rapport de force est du côté de l'Algérie.
12:56Et la France, pour ses raisons,
12:59mais beaucoup d'autres,
13:00elle est dans une phase d'affaiblissement,
13:05elle cède sur beaucoup de plans,
13:07vis-à-vis de tout le monde,
13:08et pas seulement vis-à-vis de l'Algérie,
13:10vis-à-vis un peu de tout le monde.
13:11De sa propre population.
13:13Oui, voilà.
13:14Regardez ce qui s'est passé hier,
13:15ce n'est pas normal.
13:16Oui, ce qui s'est passé,
13:17les violences en marge de la victoire du PSG,
13:19pour vous, c'est pas normal ?
13:20Oui, mais je trouve que le gouvernement
13:21n'a pas assez condamné cela.
13:23Oui, ils ont déploré.
13:25Mais sommes-nous encore au stade de la déploration ?
13:28Non, mais c'est l'État qui est en train de s'effondrer,
13:31parce qu'en toute occasion,
13:34match, foot,
13:37en toute occasion,
13:38il y a une violence volcanique qui se déchaîne,
13:43et du coup, ça relève maintenant de l'ordre naturel.
13:46C'est un ordre naturel que chaque match se termine comme ça.
13:49Mais non, ce n'est pas naturel.
13:51Le naturel, c'est que force doit rester à la loi,
13:53en toutes circonstances.
13:55C'est une jeune partie de la jeunesse française
13:57qui dit sa haine de la France,
13:58pour vous, Bolem Sansev.
13:59Oui, mais on comprend.
14:01Il y en a qui n'arrivent pas à s'intégrer,
14:03d'abord parce qu'ils ne le veulent pas,
14:05ou parce qu'on les empêche,
14:07les imams peut-être,
14:08leur gouvernement.
14:09Vous savez,
14:10les gouvernements algériens et autres
14:16veillent en quelque sorte sur leur diaspora.
14:18ils veulent que les algériens restent entre eux
14:22et qu'ils ne s'intègrent pas.
14:25Il faut rompre cela.
14:27Il faut faire en sorte que quand quelqu'un s'installe en France,
14:30il devienne français.
14:32Il n'est pas seulement un habitant du pays.
14:36Derrière, il y a une citoyenneté.
14:38Une histoire ?
14:39Il y a une histoire, oui.
14:40On adhère à un récit national.
14:42Et là, ce n'est pas le cas.
14:44Le séparatisme, le communautarisme, etc.
14:47Ils font que, en fait, la France existe telle,
14:50ou il y a peut-être deux Frances qui sont en train de cohabiter.
14:54Elles le font la plupart du temps, peut-être pacifiquement.
14:57Mais de temps en temps, ces déruptions,
15:00ce n'est pas normal, ça.
15:01Bolem Sansev, votre livre, c'est la légende.
15:03Vous sort aujourd'hui aux éditions Grasset.
15:04Dans votre livre, vous avez des mots très forts sur la religion.
15:07Vous dites que dans trop de pays musulmans,
15:09l'islam est une chape brutale jetée sur une faillite historique,
15:13une manière de défigurer l'expérience sublime de la liberté,
15:17ce trésor ultime confié par Dieu aux hommes de bonne volonté.
15:22La religion, comme tout le reste, devient une idéologie.
15:27C'est comme, je ne sais pas, le communisme, au départ,
15:30c'est un humanisme, un progressisme.
15:32C'est ça, c'est le progrès.
15:34On s'occupe du peuple.
15:35On a mis le peuple au centre du système.
15:40Et puis, voilà.
15:41Et les institutions travaillent pour le peuple,
15:44pour améliorer sa condition.
15:46Et qu'est-ce qui s'est passé ?
15:47On a inversé les choses.
15:48L'État est au centre et le peuple est au service de l'État.
15:53Et la religion, c'est la même chose.
15:56Je pense que Dieu a mis l'homme au centre
15:58pour qu'il s'occupe de lui-même.
16:02La meilleure façon d'être un humain,
16:03c'est de s'occuper de soi-même en tant qu'être humain
16:05et ne pas confier ça ni à ceci, ni à la magie,
16:09ni à un magicien, ni à Dieu, ni à Satan.
16:11C'est soi-même.
16:12Je me confie à moi-même.
16:16Et là, la religion se comporte comme une vulgaire idéologie.
16:20Et l'islam, peut-être plus que les autres religions,
16:24qui, elles, ont fait leur temps,
16:27elles ont perdu de leur virulence et de leurs ambitions premières.
16:32Mais l'islam reste très totalitaire.
16:37Je ne comprends pas qu'on soit choqué quand je dis ça.
16:40C'est un constat qu'un gars de 5 ans peut faire.
16:45C'est une chape de plomb.
16:47L'islam, il vraiment fonctionne comme une chape.
16:49On aimerait qu'il revienne à son récit premier.
16:55Voilà.
16:56Mais ce n'est pas le cas.
16:57Ce n'est plus qu'une jurisprudence,
17:01une loi de plus en plus dure,
17:04de plus en plus radicale.
17:09Et puis ensuite,
17:10il s'est créé des sous-systèmes,
17:13l'islamisme, le salafisme, le mohabisme, etc.,
17:15pour contraindre encore de manière plus forte.
17:19Et il faut rompre ce cercle-là
17:21et rendre l'islam à son récit.
17:27Originel.
17:28Boualem Sansal, vous dites dans votre livre,
17:29vous racontez le retour aussi, le retour à Paris.
17:32D'abord, vous réalisez dans l'avion que vous avez été gracié.
17:34Et ça, vous dites, mais je ne voulais pas être gracié.
17:36Non, mais c'est insupportable.
17:38C'est insupportable.
17:39Je n'arrive pas à vivre cette...
17:40Quand j'ai appris au cours de l'été,
17:43donc moi, j'étais libère au novembre,
17:44en mon cours de l'été, ça circulait beaucoup en prison.
17:47Les gardiens me disaient, ah, tout fièrement.
17:48Ah, Boualem, tu vas sortir bientôt, oui, oui, oui.
17:52Et puis, quand à un moment donné,
17:55on a entendu parler du message du président allemand, etc.,
17:58ah, j'ai dit, non, c'est pas possible,
17:59je ne vais pas être gracié.
18:01Vous ne vouliez pas être gracié, pourquoi ?
18:02Vous vouliez qu'on rétablisse vos droits.
18:04Mais c'est ça.
18:08Je veux aller devant une vraie justice
18:10et qu'on punisse ceux qui m'ont fait cela.
18:14Pas seulement, c'est...
18:15Ben, à la limite, bon, je suis libre.
18:17Non, mais ce n'est pas possible.
18:18Donc, c'était une victoire du président Tebboune.
18:19Oui, non, non, ça, ce n'est pas possible.
18:22Et donc, j'avais écrit au président Tebboune,
18:24j'apprends, je dis, voilà, monsieur le président,
18:26j'apprends que, que, que.
18:27Je vous apprends que je refuse toute grâce.
18:29D'office, je vous la refuse.
18:31Si vous, si le président allemand qui avait demandé
18:34un geste d'humanité,
18:34si vous-même voulez répondre à cela,
18:37faites un nouveau procès avec mes avocats,
18:39et, si possible, un observateur international ou deux.
18:43Voilà, et là, s'il me condamne, j'accepte.
18:47Mais, voilà, mais sinon,
18:49comme, de toute façon, il n'y a rien,
18:50je veux être acquitté.
18:52Et éventuellement, avec des dommages et intérêts,
18:54et même comme ça, ce n'est pas fini.
18:56Parce que je veux ensuite votre procès.
18:58Pourquoi vous avez fait ça ?
18:59Pourquoi ?
19:00Qu'est-ce que je vous ai fait pour que...
19:01J'ai parlé de la frontière et de ceci,
19:04mais je parle comme je veux, je suis libre.
19:07Voilà, c'est tout.
19:08Et puis, d'ailleurs, je ne l'ai pas dit en Algérie,
19:10je l'ai dit en France.
19:11En français, je m'adresse aux Français.
19:14En quoi ça vous concerne ?
19:15Et je suis français, en plus.
19:18Voilà.
19:18Aujourd'hui, vous êtes Algérien réfugié en France
19:20ou Français d'Algérie ?
19:22Non, non, je suis français. Point.
19:23Français ?
19:24Oui, donc, ils ont désactivé mon passeport.
19:27Ça veut dire quoi ?
19:28Qu'on ne veut pas de moi.
19:30Voilà.
19:31Alors, quel est mon statut, alors ?
19:34En France, je suis français, mais...
19:36Donc, vous êtes français.
19:37Et vous rêvez de retourner un jour en Algérie ou plus du tout ?
19:40Mais je le veux parce que c'est une de mes libertés
19:42de je veux aller où je veux.
19:46Voilà, c'est tout.
19:47Enfin, où je veux.
19:48Je ne peux pas aller en Chine comme ça parce que je le veux.
19:51Il faut aussi, dans le cadre des lois,
19:54il faut un bizarre, il faut...
19:55Évidemment, je vais pouvoir exercer ma liberté
19:58dans le cadre des lois existantes.
19:59Mais là, en l'occurrence, c'est quoi ?
20:01Je suis Algérien, on m'a enlevé mon passeport.
20:04Pourquoi ?
20:04Donc, vous n'êtes pas patrie, vous êtes français.
20:06Alors, peut-être...
20:07Oui, mais oui, heureusement.
20:09C'est que je suis français
20:10et ce qui me permet d'envisager la suite,
20:14c'est-à-dire attaquer M. Teboune en justice.
20:17Vous, Alain M. Sansal, vous publiez ce livre, effectivement,
20:20qui est une ode à la liberté, au fond.
20:22C'est ce qui vous caractérise.
20:23Vous êtes un homme libre.
20:24Vous avez été blessé par la cabale médiatique
20:27qui a entouré l'annonce de la publication
20:29de ce livre chez Grasset.
20:30Vous avez changé d'éditeur.
20:32À un moment, vous avez même dit
20:33je vais quitter la France.
20:34Évidemment, vous ne le pensiez pas, peut-être ?
20:36Non, mais franchement, pour moi, c'est une douleur immense.
20:40Je sais qu'il y a un cabal, les gens, ils se rend foutent.
20:42Ils sont peut-être tout à fait heureux que je souffre.
20:44Tant mieux pour eux.
20:45Mais pour moi, c'est une douleur inimaginable.
20:47C'est-à-dire que ceux qui m'ont fait du mal,
20:49aujourd'hui, se posent en victime.
20:52Moi, je n'ai pas demandé à venir chez Gallimard.
20:56On m'a sorti de prison, on m'a amené à Berlin.
20:58Je me disais, mais qu'est-ce que je fais à Berlin ?
21:00Pourquoi pas ?
21:00On me racine, on me sort en Algérie.
21:03Je rentre chez moi à Boumada.
21:05Je vais retrouver ma femme.
21:06On me jette dans un avion, on m'amène en Allemagne.
21:08Quel est mon statut ?
21:09On ne sait pas.
21:10Ensuite, on me met dans un avion, on me ramène à Paris.
21:12Quel est mon statut ?
21:13Bon, heureusement, je suis français.
21:15Donc, au moins ça.
21:16Et puis, je sors de chez Macron,
21:18qui m'a reçu très gentiment.
21:20Merci, M. Macron.
21:22Brigitte aussi a été charmante avec ma femme.
21:24Elle nous a bien reçus.
21:26C'était très bien.
21:27Et là, on sort de l'Élysée.
21:31On m'emmène où ?
21:31Je ne sais pas.
21:32Je suis dans une voiture avec des gendarmes.
21:34On m'emmène chez Gallimard.
21:36Je ne suis pas demandé à venir chez Gallimard.
21:37J'aurais voulu être...
21:38Vous étiez votre ancien éditeur.
21:40Apparemment, il y avait un accord entre Gallimard et l'Élysée,
21:44au Quai d'Orsay, je ne sais pas quoi, pour que...
21:46Bon.
21:47Et puis, je comprends qu'on me dit qu'il ne faut pas parler,
21:50parce qu'il y a une partie difficile avec le gouvernement algérien,
21:54Christophe Gleize, et...
21:55Bon, très bien.
21:56Je vais modérer mon propos.
21:58Et je ne parle pas de procès contre Théboune, etc., etc.
22:02On vous a demandé de vous taire, au fond.
22:03Et puis, à un moment donné, subisement.
22:06Mais subisement.
22:08Gallimard nous a hébergés, nous disant...
22:10On disait à ma femme, devant le témoin,
22:12exemple Paul Scarpita, qui a mon lapis,
22:14et que tout le monde connaît.
22:15Il dit, bon, là, tu es chez toi, ici.
22:18Tu restes tout le temps que tu veux,
22:19jusqu'au moment où tu régleras ton problème, etc.
22:21Bon, parfait.
22:22Mais j'ai toujours été chez moi.
22:24Chez Gallimard, ce sont mes amis,
22:25mes meilleurs amis du monde.
22:26Et puis, tout d'un coup, ça change.
22:28Et puis, tout d'un coup, un matin, il me dit,
22:29j'ai besoin de mon appartement.
22:31Ben, vous, d'accord.
22:33Donc, vous vous retrouvez dehors.
22:35Et il me dit, tout de suite.
22:36Attends, mais sous huitaines.
22:39C'est une expulsion, ou quoi ?
22:42Bon, allez, sous quinzaines.
22:44Non, j'ai dit, ni huitaines, ni quinzaines.
22:46Tout de suite.
22:47On va partir tout de suite.
22:48Et donc ?
22:48Voilà.
22:49Et donc, après, je suis dehors.
22:50Chômeur, je n'ai pas d'argent.
22:51Mon compte était bloqué.
22:52Je n'ai pas de vêtements.
22:53Je n'ai rien du tout.
22:54Et voilà.
22:56Et là, je ne remercierai jamais assez mon comité de soutien.
23:03Arnaud Benetti, Noël Xavier Drioncourt, Jean-Michel Blanquer,
23:08Kamel Benchek, Kamel Daoudé, etc.
23:11Ils sont mobilisés.
23:13Ils sont occupés de tout.
23:14Ils ont couru dans tous les sens pour me trouver un piétateur.
23:19Et puis, c'est comme ça que j'ai rencontré Arnaud Lagardère.
23:24Blablabla, on discute, tu viens chez nous.
23:26De toute façon, je cherche un éditeur.
23:28Alors, chez toi ou ailleurs, je cherche un éditeur.
23:30– Grâce-y.
23:31– Voilà.
23:31Et puis, il me dit, mais, compte tenu de ton profite, machin,
23:35à Grâce-y, tu seras très bien.
23:36On me présente, Jean-Christophe Thierry, un homme absolument formidable,
23:44extraordinaire.
23:45Nora, je suis tombé amoureux de Nora, Olivier Nora, en cinq minutes,
23:50un vrai éditeur intelligent.
23:52Je lui donne quelques bonnes feuilles de mon truc.
23:55Il lit.
23:56Ah, il me dit, mais c'est formidable.
23:57Oui, on va publier.
23:58Eh bien, voilà, ça y est, mes problèmes étaient réglés.
24:01Et là, ensuite, Gallimard, il se met dans la position de la victime.
24:05Mais vous m'avez mis dehors.
24:07– Et la campagne du Nicolas ?
24:08– En plus, alors, il faudrait que je…
24:09Alors, on me vide de l'appartement, mais on veut que je reste chez Gallimard.
24:14Et l'humiliation entre les deux, vous en faites quoi ?
24:17Et puis ensuite, la cabale a été amorcée par Jean-Marie Laclatine,
24:24qui publie un truc.
24:25Il a eu l'élégance quand même de m'avertir.
24:28Il me dit, écoute, Jean-Marie, tu fais ce que tu veux.
24:30Tu publies toute la vérité.
24:34Tu ne dis pas, bon, l'homme sans salle, discours,
24:38il a été acheté, un million, patati, patata,
24:41boloré, la bolosphère.
24:43OK, dis ce que tu veux.
24:46Mais dis aussi comment ça a commencé.
24:48C'est qu'Antoine m'a fichu dehors.
24:50– Vous avez raison.
24:51– Et que je t'en ai parlé,
24:52et que tu es resté pendant une heure à m'écouter comme ça,
24:54tu étais triste et tu ne savais pas quoi faire.
24:56Eh bien, je te dis, moi, je sais quoi faire.
24:59Je m'en fais.
24:59Voilà, c'est tout.
25:00– Et vous êtes là aujourd'hui,
25:01et vous publiez ce livre qui est magnifique,
25:03qui est un grand livre littéraire,
25:05et un ouvrage politique,
25:07La Légende, aux éditions Grasset.
25:08Merci beaucoup.
25:09– Merci beaucoup à vous.
25:10– Vous avez vu ce matin sur nos antennes,
25:11sur CNews et sur Europe 1.
25:13Vivement le prochain livre.
25:14– Merci beaucoup.
25:15– Bonne journée à vous.
25:15– Merci.
25:16– Merci.
25:18– Merci.
25:18– Merci.
25:18– Sous-titrage Société Radio-Canada
25:20
25:20– Sous-titrage Société Radio-Canada
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