Passer au playerPasser au contenu principal
Thierry Breton, ancien commissaire européen au marché intérieur, était l’invité de #LaGrandeInterview de Laurence Ferrari dans #LaMatinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Et notre invité ce matin dans la grande interview sur CNews et sur Europe 1, c'est Thierry Breton.
00:04Bonjour à vous.
00:04Bonjour.
00:05Ancien commissaire européen au marché intérieur, auteur des dix renoncements qui ont fait la France,
00:09chez Bûcher, Chastel et Plon.
00:10On va parler évidemment de la guerre en Iran.
00:12Après un mois de frappe sur l'Iran, le conflit bouscule l'économie mondiale.
00:16On va commencer par ça parce que c'est ce qui préoccupe les Français.
00:18Il frappe de plein fouet le pouvoir d'achat.
00:21Le marché de l'économie, Thierry Breton, est complètement déstabilisé aujourd'hui.
00:24Est-ce qu'il a des mesures urgentes à prendre pour éviter qu'on entre de plein pied dans une
00:28vraie crise économique
00:29et un vrai choc pétrolier ? On n'en est pas loin.
00:32Alors on n'en est pas loin, on n'est pas encore parce qu'on est vraiment pour l'instant
00:35encore à ce stade.
00:36Et je prends vraiment beaucoup de précautions avec vous ce matin parce qu'évidemment les choses avancent.
00:41On sait du reste que celui qui a les clés s'appelle Donald Trump.
00:44C'est lui qui va décider de ce dont nous allons discuter ce matin, Laurence Ferrari.
00:49A savoir, est-ce qu'on rentre dans une phase plus difficile, potentiellement un choc, ou est-ce que ça
00:53se calme ?
00:54Celui qui a les clés s'appelle Donald Trump.
00:55Mais y a-t-il intérêt lui à un choc pétrolier ?
00:57On va voir, on va en parler. Aujourd'hui, il est très fragilisé aux Etats-Unis.
01:01Les marchés commencent vraiment à s'impatienter. On sait qu'ils regardent ça.
01:04Donc il va être sous cette pression-là. Il n'en demeure pas moins qu'on est dans le brouillard.
01:08Et ça, les marchés, ils n'aiment pas.
01:10Qu'est-ce que ça veut dire évidemment pour nos compatriotes, pour nous-mêmes ?
01:14Ça veut dire aujourd'hui, on l'a vu, un prix du gasoil qui n'a jamais été atteint.
01:18On le voit maintenant à près de 2 vins.
01:20On voit effectivement...
01:21Parce qu'on importe massivement le gasoil.
01:23Parce qu'on importe évidemment massivement et puis aussi parce que le marché est un marché mondial.
01:26Et parce qu'on a réduit, aujourd'hui, de 10% la mise à disponibilité sur le marché.
01:32Donc, puisque le détroit d'Hormuz, c'est aujourd'hui, en gros, 11 millions de barils par jour.
01:38Ça veut donc dire que c'est 10% de l'offre mondiale.
01:41Et donc, eh bien voilà, les prix montent.
01:43Et tant qu'on n'aura pas réglé ce problème, on va rester dans cette instabilité.
01:46Mais j'ajoute que si jamais, effectivement, il y a désormais des attaques, des attaques au sol,
01:53et qu'on commence à détruire les infrastructures pétrolières,
01:56on sait que les Iraniens vont faire en réciprocité la même chose dans les pays du Golfe.
02:00Et là, on peut rentrer dans une phase qu'on n'a jamais connue.
02:03On va évoquer cette éventuelle offensive, Thérèse, dans un instant.
02:06Un mot, quand même, de la situation en France.
02:07Les ménages mettent la pression, notamment les plus vulnérables.
02:11Et là, il va y avoir un chèque énergie pour 3,8 millions de Français.
02:15Il y a des aides ciblées.
02:17Est-ce qu'on n'est pas drogué à la dépense publique, Thierry Breton ?
02:19D'abord, il faut éliminer les points les plus importants.
02:23Impossible pour nous, aujourd'hui, de faire ce qu'on a fait dans les précédents chocs pétroliers.
02:27On n'a juste pas les moyens.
02:28On ne peut pas ouvrir les vannes.
02:29On ne peut pas ouvrir les vannes et les chèques.
02:30On oublie.
02:31Et je crois qu'on commence à avoir un peu, j'espère, une sorte d'union sacrée là-dessus.
02:35Je crois qu'enfin, on a compris qu'à 5% de déficit chronique,
02:39c'est évidemment ce qu'on fait, avec une dette à 3 500 milliards, on ne peut juste plus.
02:43Alors, qu'est-ce qu'on a comme autres options ?
02:45L'autre option, c'est que l'État va engranger, avec la TVA, peut-être un petit surplus.
02:52Parce qu'évidemment, quand on passe de 1,80 à 2,20, je parle du gasoil,
02:55il y a un petit surplus sur la TVA.
02:57Profiteur de crise, dit le R.
02:58Oui, alors pour éviter cette...
02:59Alors moi, j'ai fait les calculs, si vous voulez.
03:01Alors, je les prends avec précaution, parce qu'évidemment, plus ça monte, moins on consomme.
03:05Donc, il faut faire des prééquations, vous le comprendrez.
03:06Mais en gros, si vous voulez, je crois que si on retient que par tranche d'augmentation de 10 dollars
03:12le baril,
03:13c'est en gros entre 30 et 60 millions d'euros en TVA supplémentaires que l'État engrange.
03:18Bon, ben, on peut dire qu'il faut que l'État redistribue précisément par des chèques ciblés
03:24à ceux qui en ont le plus besoin.
03:26Les agriculteurs, évidemment.
03:27Les pêcheurs, bien entendu.
03:29Les transporteurs.
03:30Et les familles qui ont besoin de leur voiture.
03:33On peut penser, par exemple, regardez, moi je vois, je vais souvent dans la Creuse.
03:37Dans la Creuse, on voit effectivement beaucoup de déplacements pour aller soigner les gens,
03:42pour aller les accompagner, les infirmières, mais pas que.
03:44Eh bien, il faut évidemment que ces gens-là soient aidés.
03:47Donc, des chèques ciblés.
03:49Des chèques ciblés en essayant de tenir précisément dans son surplus
03:53qui est créé par cette situation singulière.
03:55Mais pas de baisse à la pompe, pas de blocage des prix à la pompe,
03:58baisse de la TVA comme le propose ou l'ERN ou l'FI ?
04:01Non, parce qu'encore une fois, on ne peut pas, ça ne marche pas.
04:03Donc, encore une fois, je crois qu'il faut être raisonnable.
04:05La raison, c'est dire, il y en a effectivement qui sont moins touchés, évidemment.
04:12Donc, ceux-là, on va les laisser de côté.
04:14Mais ceux qui sont vraiment touchés, alors on les aide, on les assiste.
04:17On a quand même la possibilité, maintenant, quand même, dans le monde moderne,
04:21avec les systèmes, je dirais, informatisés, de savoir qui en a besoin et pas.
04:26Eh bien, il faut faire ce qu'on appelle des accompagnements ciblés,
04:32précisément pour les secteurs en difficulté.
04:33Une question, Thierry Breton, sur la gestion des stocks de pétrole stratégiques.
04:37Il y a beaucoup d'interrogations là-dessus.
04:38Est-ce qu'il faut les libérer, alors qu'il y a aujourd'hui entre 300 et 600 stations de
04:42services
04:43dans lesquelles il y a des pénuries ?
04:44Ça commence. Est-ce qu'il faut libérer ces stocks stratégiques ?
04:46Alors, c'est la politique qui a été menée aujourd'hui au niveau mondial.
04:49On a libéré 400 millions de barils, donc, sur les stocks stratégiques.
04:53C'est quoi les stocks stratégiques ?
04:55L'ensemble des pays de la planète ont des stocks.
04:57Ça correspond à 1 milliard 200 millions de barils aujourd'hui, sur la planète,
05:01de stocks qui sont stockés.
05:02On en a libéré un tiers.
05:04Laurence Ferreri, c'est du jamais vu dans notre histoire.
05:06On n'en a jamais libéré autant.
05:08Alors, on les a libérés, encore une fois, pour remettre sur le marché,
05:11tout simplement, ceux qui ne passaient plus au détroit d'Ormuse.
05:14Mais ça, c'est, encore une fois, des mesures temporaires.
05:18Des cotères sur une jambe de bois.
05:20Donc, ça va durer quelques jours.
05:23Les 400 millions du reste, bon, ça a permis de faire baisser les prix.
05:26Mais dans l'incertitude dans laquelle on est,
05:28et j'en reviens à mes propos préliminaires,
05:29c'est-à-dire, qu'est-ce qui va se passer demain ?
05:32Est-ce que, finalement, Donald Trump va vouloir détruire les infrastructures pétrolières de l'Iran ?
05:39Et on sait que s'il le fait, alors évidemment, ça veut dire qu'on va détruire la capacité de
05:43production,
05:44en gros, d'une dizaine de pourcents de la production mondiale.
05:47Mais derrière, les autres vont en réciprocité.
05:50Et on voit qu'avec les cibles désormais, qu'est-ce qu'ils font ?
05:53Eh bien, ils sont très précis dans leurs cibles.
05:55Ils risquent de faire la même chose.
05:56Ils sont des raffineries en Israël, des usines de dessalement dans les pays du Golfe.
06:00Oui, et puis les infrastructures, y compris, regardez ce qui s'est passé en Arabie Saoudite,
06:04où un missile a pu détruire un AWACS, donc ça veut dire qu'il y a une précision.
06:07Donc, je crois qu'il faudrait vraiment tout faire pour éviter de rentrer dans cette escalade.
06:12Parce que celle-ci, alors oui, effectivement, peut provoquer un choc mondial qu'on n'aura pas connu.
06:18D'accord, donc on est à un moment de bascule, selon vous ?
06:19On est à un moment de bascule, clairement, dans les dix jours qui viennent,
06:21c'est un moment de bascule, il va falloir le suivre très attentif.
06:23Mais encore une fois, l'intérêt de Donald Trump n'est pas de créer une crise mondiale.
06:26Et il n'y a pas intérêt.
06:28On sait bien que ce sont ses intérêts et ceux des Américains qui passent en premier pour lui.
06:32Il n'y a pas pour trois raisons.
06:33La première raison, d'abord, c'est sa base.
06:34Sa base MAGA, elle est contre les guerres, précisément.
06:37Et on le voit, du reste, elle est incarnée aujourd'hui par J.D. Vance.
06:40Du reste, il commence à ressortir, je dirais, du bois.
06:43On sait que maintenant, tiens, les Iraniens demandent de discuter avec lui.
06:46Pourquoi ? Parce qu'il est évidemment anti-guerre.
06:48Cette base MAGA, elle est profondément contre ce qui se passe.
06:51Il a sa deuxième raison, c'est que ses concitoyens, les Américains,
06:57aujourd'hui, songeaient que le prix du galon est passé de 2,80 dollars à 4 dollars.
07:04C'est l'endroit du reste où ça a monté le plus, plus qu'en Europe et plus qu'en
07:07France.
07:08Ça, si vous voulez, à 5 mois et demi de terme, ça va peser lourd.
07:11Et puis troisièmement, les marchés financiers.
07:12L'incertitude, et on sait ô combien il est sensible aux marchés financiers.
07:17Il commence à s'inquiéter, voire à s'énerver.
07:19Est-ce que tout ça va faire qu'on va avoir un peu de raison à Washington ?
07:23Eh bien, nous allons le voir dans les dix jours qui viennent, peut-être même avant.
07:26Est-ce que vous pensez qu'une intervention militaire au sol américaine,
07:30conjointe américaine-israélienne, est envisageable ou pas ?
07:33Benjamin Netanyahou dit ce matin qu'il estime que le pouvoir iranien va s'effondrer de l'intérieur.
07:36Oui, on sait que c'est du reste ce que Benjamin Netanyahou, qui lui, mène à, je dirais, une guerre
07:42contre l'Iran.
07:44Existentielle.
07:44Oui, qu'on peut comprendre, existentielle.
07:46Voilà donc un pays, Israël, qui vit depuis plus de 40 ans, avec un autre, l'Iran, qui a juré
07:54sa perte.
07:54Donc, il faut bien qu'il se défende.
07:56On peut penser ce qu'on veut, mais enfin, Israël se défend contre ce risque existentiel.
08:01Et lui, donc, il a intérêt à aller au bout, le plus loin possible.
08:03Sauf que, qu'est-ce qu'il a fait ?
08:05Il a hâtré, évidemment, et tout le monde le sait maintenant, c'est ce qu'on dit à Washington à
08:09juste raison.
08:10Il a hâtré Donald Trump dans cette aventure, parce qu'il en avait besoin,
08:14sous prétexte qu'avec l'exemple Maduro, qui a permis à Donald Trump de dire,
08:20voilà, je peux faire n'importe quoi ou je peux faire tout ce que je veux grâce à l'hyperpuissance
08:24américaine.
08:25Il lui a dit, on va faire un Maduro bis, donc, sur les dirigeants et sur les molas iraniens,
08:30quand ils l'ont ciblé, identifié.
08:32Et ce Maduro bis devait, donc, évidemment, provoquer l'effondrement du régime.
08:36Il n'en est rien.
08:37Je crois que tout le monde est conscient maintenant que, malheureusement, je le dis,
08:41pour la population iranienne, l'effondrement du régime, il n'est plus là.
08:45Il n'est plus là.
08:46Donc, il faut une intervention directe.
08:48Non, je ne dis pas qu'il faut une intervention directe,
08:50parce que l'intervention directe derrière, elle ne va provoquer certainement pas
08:53quand on a 2 000, 5 000, 10 000, voire 50 000 hommes contre 1 million.
08:57On sait là où ça nous mène.
08:59Donc, la question, c'est que cette intervention, pourquoi ?
09:02Alors, c'est intéressant, si vous voulez pas...
09:03C'est terrible ce que vous dites, s'il n'y a pas d'effondrement du régime.
09:06Eh bien, donc, on voit qu'aujourd'hui, les États-Unis essayent de se réinventer en permanence des buts de
09:09guerre.
09:10Alors, il y a eu, effectivement...
09:11L'uranium, c'est le but de guerre.
09:13Et ça, ça a été le but de guerre initiale.
09:14400 kg d'uranium qui sont dans la nature.
09:16C'était la guerre des 12 jours.
09:17Soit disant, elle avait été gagnée.
09:18Bon, finalement, on se rend compte qu'elle n'a pas été gagnée.
09:20Et celle-là, je crois qu'on peut dire qu'elle était légitime.
09:22Parce qu'on voit, effectivement, ce qui se passerait si l'Iran disposait de l'arme nucléaire aujourd'hui.
09:26Bon, mais maintenant, il n'y a plus ce but de guerre.
09:28Sauf que, comme vous dites, les 440 kg, ils sont toujours là.
09:31Donc, si on peut les récupérer, ce sera important.
09:33Mais c'est intéressant.
09:35Dans la nuit, Marco Rubio, le secrétaire d'État américain, a donné 4 conditions à atteindre.
09:424 conditions comme but de guerre.
09:44Le premier, c'est que la défense aérienne iranienne soit annulée.
09:49C'est fait.
09:50Pareil pour la marine.
09:51C'est fait.
09:52Ensuite, le troisième point, c'est qu'il y ait de moins en moins de lance-missiles.
09:56C'est fait.
09:56Il y avait en gros 450 lance-missiles en Iran.
09:58Il n'y en a plus qu'une centaine, d'après les experts.
10:00Et puis, la quatrième, c'est détruire les usines.
10:02Alors, on ne sait pas de quelles usines ils parlent.
10:03Sans doute des usines d'armement.
10:05Donc, on voit qu'on essaye de mettre en pointillé un narratif qui permettrait à Donald Trump de dire qu
10:11'on peut arrêter.
10:11Et je crois sincèrement que c'est ce vers quoi il faut aller.
10:14Thierry Breton, on est sur CNews et sur Europe 1.
10:15Est-ce que la posture défensible de la France, à laquelle se tient Emmanuel Macron, est tenable dans un conflit
10:20qui est maintenant protéiforme et qui touche aussi nos compatriotes dans le Golfe ?
10:24Oui, et je pense que vraiment, il faut le dire.
10:26Je sais qu'on aime bien critiquer le gouvernement.
10:29On n'est pas des Gaulois pour rien.
10:30Et en particulier le président de la République.
10:32Il faut le dire.
10:34L'Europe et la France a tenu son rang, a tenu sa position jusqu'à présent.
10:39Je prends l'exemple, par exemple, de l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle, avec évidemment sa flottille de
10:45destroyer européenne du reste.
10:47Pourquoi est-ce qu'on a envoyé le Charles de Gaulle, donc, au large des côtes chypriotes ?
10:52Tout simplement parce que nous, je crois qu'il faut vraiment qu'on le dise et qu'on le redise.
10:56Ce qui fait la différence entre nous, Européens et Français, et désormais les États-Unis, c'est que nous, on
11:02tient nos engagements quand on en a l'un.
11:03Quand on prend un engagement, quand on a une alliance, on la respecte.
11:06Eh bien, dans le cadre du traité européen qui nous unit tous, il y a un article, qui est l
11:11'article 42.7, qui dit que lorsqu'un pays européen est attaqué, alors tous ceux qui en ont la possibilité
11:16vont le défendre.
11:16Eh bien, Chypre a été attaqué, Chypre a été attaqué, a reçu des missiles iraniens.
11:22Donc, on est venu pour protéger Chypre, on a respecté nos engagements.
11:25Pareil pour les pays du Golfe.
11:27Imaginez ce qui se passe aujourd'hui, Laurence Ferrari, pour les pays du Golfe.
11:30Ils ont sous-traité leur défense aux Américains, voyant des bases et de l'achat de matériel militaire.
11:36Et aujourd'hui, ils se rendent compte que ça ne sert plus à rien, qu'ils ne sont pas défendus.
11:40Eh bien, nous, nous avons des alliances, en particulier avec les pays du Golfe, notamment les Emirats Arabes Unis et
11:45d'autres.
11:45Eh bien, on les respecte.
11:47On ne les respecte pas pour être attrait à la guerre, mais pour venir les aider, précisément, à lutter contre
11:52cette pluie de drones.
11:53Je rappelle que c'est eux qui en ont le plus reçu, ou de missiles.
11:56Et puis, le troisième point, c'est que nous avons évidemment des compatriotes, des compatriotes qui sont plus de 400
12:02000 dans la région.
12:03Donc, oui, j'estime que nous devons tenir notre rang, nous l'avons tenu.
12:07On n'est pas des belligérants, on n'est pas attrait à cette guerre, mais on tient et on respecte
12:12nos engagements.
12:12Voilà la posture qu'il faut désormais, y compris dans ce monde qui se recompose au Moyen-Orient, que la
12:18France et l'Europe tiennent.
12:19Vous avez évoqué cet article qui lit les Européens en cas d'attaque d'un pays ou de l'autre.
12:23L'Europe de la défense, soyons clairs, elle n'existe pas.
12:25Quand on voit aujourd'hui que nos voisins européens continuent d'acheter massivement de l'armement américain, polonais, belges, danois,
12:32italien, finlandais, norvégien,
12:33qu'est-ce que vous dites, en fait ? Elle n'existera jamais, cette Europe de la défense.
12:36Pour une seule raison, il faut toujours en revenir maintenant, vous savez, on rentre dans un monde qui va devenir
12:40extrêmement brutal.
12:41Dans un monde, il va falloir énormément d'expérience et aussi de leadership pour pouvoir tirer nos marrons du feu,
12:46si je puis dire.
12:47Et donc, il va falloir vraiment identifier les causes originelles.
12:52La cause originelle, par rapport à ce que vous venez de dire, Laurence Ferrari, elle tient en un mot, dissuasion
12:56nucléaire.
12:56Aujourd'hui, 26 pays sur 27 de l'Union Européenne dépendent des Etats-Unis pour leur protection nucléaire.
13:03On voit qu'aujourd'hui, depuis le 20 janvier 2025, hélas, je dis bien hélas parce que je suis un
13:08grand ami des Etats-Unis, j'ai toujours été, hélas,
13:12la confiance, la confiance qui était le fondement même des relations transatlantiques s'est effondrée.
13:17Il faudra des années, peut-être des décennies pour le reconstruire.
13:20Et la dissuasion, c'est la confiance.
13:21C'est pas parce que vous en voulez à Trump que vous dites ça.
13:22J'en veux absolument pas à personne.
13:24Qui vous a privé de visa.
13:24Oui, mais voilà, c'est à travers moi, c'est l'Europe qui a voulu punir sur ce que j
13:30'ai fait dans les réseaux sociaux qui n'a pas plu à Elon Musk.
13:32C'est un autre sujet.
13:33Et donc, pour revenir sur la dissuasion, 26 pays des 27 dépendent encore des Etats-Unis.
13:37Vous savez, je l'ai vécu.
13:39Donc, à partir du moment où on dit, oui, finalement, le Rafale, c'est peut-être pas mal, un petit
13:41coup de fil de Washington,
13:42et puis que ce soit aux Allemands, que ce soit aux Belges, que ce soit aux Néerlandais,
13:47vous voulez toujours la protection nucléaire ?
13:49Alors, vous achetez un F-35 et pas un Rafale.
13:52Donc, tant qu'on n'aura pas réglé notre problème, ou en tout cas qu'on aura commencé à l
13:56'étendre un tout petit peu à la seule main française, je le répète.
13:59Et c'est pour ça qu'il faut relire le discours de l'île longue du président de la République.
14:02Je trouve que ça a été un discours qui était très important.
14:04Il est évident qu'il faut commencer précisément à, là aussi, nous autonomiser, et oui, c'est le mot, des
14:11Etats-Unis,
14:11parce que ce ne sont plus un partenaire fiable.
14:14Voilà ce que j'entends, moi, maintenant, en Europe.
14:16Voilà ce que j'entends, maintenant, au Moyen-Orient.
14:18Voilà ce que le président de la République entend désormais au Japon, où il est en ce moment.
14:21Voilà ce qu'il va entendre quand il va aller en Corée.
14:23Voilà le monde qui se recompose.
14:25Il faut qu'on commence à en tirer les leçons.
14:26Thierry Breton, la guerre en Iran fait aussi monter les taux que la France emprunte.
14:30Elle complique l'effort de réduction des déficits publics.
14:32Vous avez publié une tribune dans le journal Le Monde pour inscrire dans notre Constitution une règle d'or,
14:38limitant le déficit public à 1% du PIB à l'horizon 2032.
14:41On en est à, vous l'avez dit tout à l'heure, plus de 5%.
14:44Est-ce que c'est un peu pieux ? Est-ce que c'est réaliste ?
14:46Non. Pour moi, j'ai beaucoup, beaucoup réfléchi et travaillé sur ces questions, vous le savez,
14:50y compris lorsque j'étais ministre à Bercy, avec mes collaborateurs,
14:54avec aussi les ministres qui m'entouraient, dont Jean-François Copé,
14:57nous avons décidé de baisser la dette.
14:59Donc, on sait comment il faut le faire, et c'est un travail très important et nécessaire.
15:02Un pays qui ne compte pas est un pays qui ne compte plus.
15:04Vous l'écrivez dans votre livre, les 10 renoncements.
15:06Et oui, aujourd'hui, on ne compte plus parce qu'on n'est plus écoutés.
15:09Et donc, la seule logique, c'est de nous remettre de la discipline.
15:12Les Allemands l'ont fait en 2009 puis 2011.
15:15Ils ont inscrit dans leur Constitution le fait, alors que c'est encore une fois un pays
15:18qui marche sur des coalitions avec des socialistes, avec des sociodémocrates,
15:22avec du centre, avec du centre droit.
15:24Eh bien, ils ont inscrit dans leur Constitution l'interdiction de présenter des budgets
15:27à partir de 2011 qui étaient en déséquilibre.
15:30Et alors quoi ? Nous, on ne pourrait pas le faire.
15:31Et on voit que parce qu'on ne le fait pas, eh bien, on est incapable aujourd'hui
15:35de présenter un budget qui ne crée pas 150 milliards de déficit par an.
15:40Par an.
15:41Ça veut dire que c'est les enfants qui payent.
15:42Ça veut dire que notre dette, elle est passée lorsque je quittais Bercy, moi.
15:44Elle était à 1 200 milliards.
15:46Elle est aujourd'hui à 3 500 milliards.
15:48On vit mieux, Madame Ferrari, en France ? Non.
15:51Donc, ça veut dire qu'encore une fois, je dirais ce laxisme incroyable,
15:56cette complaisance avec nous-mêmes incroyable, fait que finalement, on en est là.
15:59Donc, oui, je pense qu'il faut faire comme les Allemands l'ont fait,
16:03de façon très posée, de façon très tranquille,
16:06avec un esprit qui est un esprit que je qualifie d'union sacrée,
16:10eh bien, commencer à discuter entre nous d'une trajectoire.
16:12Je l'ai proposée, effectivement, dans le journal Le Monde.
16:14C'est-à-dire une trajectoire qui n'est pas trop agressive,
16:16qui fait qu'on passe de 5 % à 1 % en 2032,
16:20et ensuite qu'on inscrit dans la Constitution le fait qu'on s'interdit
16:22de faire pas plus de 1 % de déficit par an.
16:26Et c'est faisable, et du coup, la France retrouvera son crédit,
16:30parce qu'on sait qu'enfin, elle va retenir sa parole.
16:32Et vous voyez, dans le monde qui vient, la brutalité du monde qui vient,
16:35ceux qu'on va suivre, c'est ceux qui tiennent leur parole et leurs engagements.
16:38Ça veut dire, Thierry Bauton, que vous allez prendre votre bâton de pèlerin
16:40et aller voir tous les candidats à la présidentielle,
16:42il y en a pléthore, pour leur dire, voilà, l'intérêt de cette règle des 1 %,
16:45vous allez tous les voir ?
16:47Eh bien oui, je vais tous les voir, et je les invite du reste à venir me voir.
16:51Moi-même, du reste, j'ai commencé à prendre des initiatives.
16:53J'ai déjà un certain nombre de rencontres, de déjeuners qui sont prévus,
16:56avec l'ensemble de ceux qui sont les responsables des partis politiques.
17:01Tous les partis politiques ?
17:02Tous les partis, alors vraiment tous les partis,
17:03parce qu'encore une fois, vous savez la règle de l'ordre ?
17:05Du RN à LFI ?
17:06Bien sûr, tous les partis.
17:07Alors je ne suis pas sûr que LFI viendra me voir, mais on verra bien.
17:09Mais en tout cas, s'ils demandent, je les recevrai, bien entendu.
17:13Pourquoi ?
17:13Parce que dans les moments vraiment existentiels pour la France,
17:17et je le dis, on est dans un moment existentiel,
17:19on est un pays, un grand pays,
17:21on est un pays dont, je dirais, le monde a besoin.
17:23On le voit aujourd'hui par rapport à ce qui se passe, y compris Moyen-Orient.
17:26On est dans un pays dont la France a besoin.
17:28Mais ne pas pouvoir avoir la capacité de notre expression,
17:31tout simplement parce qu'on est un peuple et un pays
17:33qui ne sait plus tenir ses finances,
17:35eh bien, il faut vraiment redresser la situation.
17:38On peut le faire, et je veux en discuter avec chacun des chefs de parti,
17:41pour avoir finalement, je dirais, une logique qui est une logique acceptable,
17:44mais que derrière, on sache que ce qui fait
17:47qu'on pourra continuer à avoir un discours démocratique,
17:49où les uns et les autres vont s'opposer,
17:51mais qui se fasse dans un cadre borné,
17:53voilà une république, et voilà un pays
17:55qui aura su vaincre ses démons,
17:57et qui pourra réexister à nouveau.
17:59C'est ce que je vais m'efforcer de faire dans les semaines qui viennent.
18:02Il y a les démons financiers, et on vient de les évoquer,
18:05il y a aussi les démons politiques.
18:06Comment est-ce que vous jugez le climat post-municipal,
18:09délétère, qui règne dans notre pays,
18:11avec des maires conspués, des maires agressés,
18:13des conseils municipaux qui se tiennent dans des ambiances apocalyptiques,
18:16Thierry Breton ?
18:17Mais là encore, c'est parce qu'on n'a plus de boussole.
18:19Il faut remettre une boussole.
18:21Songez, et je m'excuse, j'en reviens toujours à des choses assez basiques.
18:24On n'a plus de boussole, parce qu'encore une fois,
18:26on a un État qui ne sait plus tenir sa parole,
18:29qui ne sait plus tenir ses engagements.
18:31Comment voulez-vous que l'État qui doit donner l'exemple,
18:35précisément par rapport à tous les agents,
18:37tous les acteurs politiques, démocratiques,
18:41soit celui qui bafoue sa parole en permanence
18:43et qui demande aux autres de ne pas le faire ?
18:45Donc, encore une fois, remettre de l'ordre dans la maison,
18:47je le dis vraiment de façon assez simple,
18:49mais à un moment, quand les choses sont dures,
18:50il faut être simple.
18:51Commençons par remettre de l'ordre dans nos finances publiques,
18:54sachons qu'on va tous tenir nos engagements,
18:55et on saura remettre la République en place,
18:58la République en mouvement.
19:00C'est la stratégie du chaos qui est à l'œuvre.
19:02Mais bien sûr, parce que vous avez raison,
19:04je crois que vous avez raison,
19:05j'approuve, ou en tout cas, je me reconnais dans ce terme,
19:08c'est une stratégie du chaos,
19:09parce que précisément, il n'y a plus de boussole,
19:12il n'y a plus d'incarnation de cette boussole.
19:14Voilà, c'est ce que je propose, tout simplement,
19:16avec la démarche dont vous venez de rappeler,
19:19remettre quelque part un cap,
19:21remettre une boussole,
19:22pour que précisément, les forces démocratiques
19:23puissent retrouver la raison.
19:25Merci beaucoup, Thierry Breton,
19:26d'être venu ce matin sur CNews et sur Europe 1.
19:28Les dix renoncements qui ont fait la France,
19:30c'est votre livre,
19:31aux éditions Boucher-Chastel et Plomb.
19:33Merci à vous, bonne journée sur CNews et sur Europe 1.
Commentaires

Recommandations