- il y a 14 heures
- #lagrandeinterview
- #lamatinale
Le vice-président de la région Île-de-France, Frédéric Péchenard était l’invité de #LaGrandeInterview de Laurence Ferrari dans #LaMatinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:02Générique
00:09La grande interview en direct sur CNews et sur Europe 1.
00:13Bonjour Frédéric Pechenard.
00:14Bonjour.
00:14Vous êtes vice-président LR de la région Île-de-France,
00:17ancien directeur de la police nationale.
00:19On aura l'occasion de parler des manifestations qui vont se dérouler un peu partout en France aujourd'hui.
00:23Mais d'abord, je vais commencer avec cette question.
00:25Qu'est-ce que vous dites aux boulangers et aux fleuristes d'ouvrir ce matin ?
00:28Qu'est-ce que vous leur dites ?
00:30Je leur dis d'ouvrir à la condition qu'ils aient envie de le faire,
00:35à la condition que leur personnel soit volontaire,
00:37et à la condition que leur personnel soit payé deux fois plus.
00:39Finalement, laissons le choix aux gens.
00:41Il y a ceux qui préfèrent avoir un jour chômé,
00:44d'autres qui préfèrent, parce qu'ils en ont besoin,
00:46toucher un petit peu plus d'argent.
00:48Laissons faire, d'autant plus que l'espèce de totem qui dit que le 1er mai, on ne travaille jamais.
00:53Moi, j'étais policier 30 ans, j'ai toujours travaillé le 1er mai.
00:55Les avions décollent, les trains partent, les restaurants sont ouverts.
00:59Donc, on voit bien qu'il y a une part déjà très importante des Français qui travaillent sans que ça
01:04pose de problème.
01:04N'embêtons pas les boulangers.
01:06Mais vous leur dites d'ouvrir malgré le risque qu'ils encourt,
01:09parce qu'on l'a bien compris, il y a un imbruglio au gouvernement.
01:12Les inspecteurs du travail peuvent mener des inspections dans les boulangeries, par exemple,
01:16et verbaliser ceux qui auront décidé d'ouvrir.
01:19Pour rien vous cacher, je n'ai pas bien tout à fait compris qu'elle était la position du gouvernement,
01:24qui a dit blanc, noir, peut-être.
01:27Tout ça n'est pas très clair.
01:28On voit bien qu'il n'y a pas une volonté forte du gouvernement d'empêcher les fleuristes et les
01:33boulangers de travailler aujourd'hui,
01:34même si malheureusement, ça reste assez flou.
01:37Ce qui est regrettable, parce que c'est toujours plus simple,
01:40quand les responsables de la conduite de la France prennent des positions qui sont claires.
01:45Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'aujourd'hui ce n'est pas très clair.
01:47Comment vous jugez d'ailleurs la communication du gouvernement,
01:49le ministre du Travail qui en appelle à l'intelligence collective,
01:52la porte-parole du gouvernement qui parle de bon sens ?
01:55Les boulangers et les fleuristes, ils auraient aimé, je pense, avoir des règles claires,
01:59plus que des incantations comme celle-ci.
02:00C'est une certitude.
02:02Les gens préfèrent avoir des règles claires.
02:04Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elles ne sont pas claires aujourd'hui.
02:07Et si on pousse un peu le raisonnement, vous êtes favorable, vous,
02:10à l'ouverture, à ceux qui le souhaitent, aux commerces qui le souhaitent,
02:13le 1er mai, qu'on leur permette d'ouvrir, de travailler s'ils en ont envie ?
02:16En tout cas, les boulangers, à partir du moment où vous estimez que c'est essentiel
02:21d'ouvrir des restaurants ou des commerces où on peut acheter à manger,
02:27les boulangers, par définition, avoir son pain tous les jours,
02:30c'est quelque chose qui est important.
02:32Donc moi, je ne vois pas d'inconvénient à ce que les boulangers puissent être ouverts le 1er mai.
02:37Sous la condition, j'ai citée préalablement, c'est-à-dire que les salariés soient volontaires
02:42et soient payés le double, comme la loi le prévoit.
02:44C'est un 1er mai qui intervient dans un contexte compliqué,
02:47notamment sur le volet du pouvoir d'achat, avec des prix du carburant qui ont beaucoup augmenté.
02:52Est-ce que vous êtes favorable à une réduction des taxes, comme le réclament certains ?
02:57Le sujet est extrêmement important, parce que ça touche directement au portefeuille des Français.
03:02Et on voit bien que l'essence a augmenté, le gaz a augmenté, il va encore plus augmenter.
03:06Donc finalement, c'est se déplacer, ce qui est fondamental.
03:09Alors à Paris, on peut vivre sans voiture, on l'a compris, mais ailleurs, c'est très difficile.
03:13Il y a d'abord des tas de métiers où vous avez besoin de votre voiture,
03:15et puis il y a des tas de gens qui habitent en province qui ont besoin de leur voiture pour
03:19aller travailler.
03:20Puis vous avez besoin de vous chauffer aussi.
03:21Il y a beaucoup de gens qui se sont chauffés au gaz.
03:25S'il y a une augmentation du prix de l'essence, c'est notamment, pas uniquement,
03:29mais notamment à cause des tensions et des guerres.
03:31Guerre au Moyen-Orient, guerre en Ukraine, etc.
03:35Il y a peu de chances que les choses s'améliorent dans les semaines ou les années à venir.
03:39Donc on voit bien que le sujet numéro 1,
03:41alors le sujet numéro 1, c'est aujourd'hui le prix à la pompe, on est d'accord.
03:44Alors disons le sujet numéro 2, mais qui va venir assez vite,
03:47puisque l'élection présidentielle c'est dans un an,
03:49c'est qu'est-ce qu'on veut comme politique énergétique pour la France ?
03:52Il faut absolument que la France redevienne indépendante en termes d'énergie.
03:57D'autant plus que si on veut aller vers plus d'électricité,
04:01plus de voitures électriques, plus de chauffage électrique,
04:03il va falloir produire beaucoup plus d'électricité.
04:05Donc ça passe par le nucléaire.
04:06Or on a la chance en France, grâce au général de Gaulle notamment,
04:10on a la chance en France d'avoir une énergie qui ne coûte pas cher
04:13et qui est décarbonée grâce au nucléaire.
04:15Donc on voit bien que ça sera très important dans la campagne électorale de 2027.
04:20Quels sont les candidats qui seront pour augmenter le nucléaire ?
04:24Quels sont ceux qui sont pour le baisser ?
04:25Rappelons quand même qu'il n'y a pas très longtemps,
04:27Mme Borne, alors ministre d'Emmanuel Macron,
04:31a fermé Fessenheim et en était ravis.
04:34Or c'était une erreur stratégique,
04:36c'était peut-être un bon choix politique,
04:38mais c'était une erreur stratégique fondamentale.
04:40Oui, il nous faut plus de nucléaire,
04:42parce que c'est ça qui donnera l'indépendance énergétique à la France
04:45et qui permettra au prix au quotidien de baisser
04:49et donc l'augmentation du pouvoir d'achat des Français.
04:51Et ça, ça sera important de voir qui défend le nucléaire
04:56dans ceux qui vont se présenter à l'élection présidentielle.
04:59Frédéric Pêche-Nard est l'invité de la grande interview sur CNews et sur Europe 1.
05:02Vous êtes donc vice-président de la région Île-de-France,
05:04vous êtes aussi l'ancien directeur de la police nationale
05:06et qui dit 1er mai dit manifestation.
05:09320 manifestations sont prévues en France,
05:11un peu plus de 100 000 personnes attendues
05:13et le ministre de l'Intérieur alerte les préfets
05:16sur les risques de violence dans les cortèges.
05:18Est-ce que vous redoutez des débordements aujourd'hui ?
05:20Alors, bien sûr, on les redoute
05:22et malheureusement, ça va arriver, selon toute vraisemblance.
05:26Juste un chiffre pour que les téléspectateurs se rendent bien compte.
05:30Les manifestations revendicatives se passent à 90%
05:34dans la zone police nationale.
05:36C'est 35 000 manifestations par an en France.
05:4135 000.
05:42Et il y en a 10%, 3 500, qui sont suffisamment importantes
05:46pour nécessiter l'emploi des forces mobiles, CRS et gendarmes.
05:51Ça veut dire 10 par jour.
05:53Ce qui signifie en gros que 99% des manifestations revendicatives
05:58se passent parfaitement bien.
06:00Ça, c'est important.
06:01Comme toujours, on met le focus sur ce qui se passe mal,
06:04un petit peu comme à l'SNCF, on s'intéresse aux trains qui arrivent.
06:07Parce qu'on a des images des premiers mai précédents
06:09où parfois, c'est vrai, il y a eu des violences dans les cortèges.
06:11Bien sûr, probablement, il y en aura aussi.
06:12Et si le ministre de l'Intérieur a appelé les préfets à faire attention,
06:16c'est que les services de renseignement ont attiré son attention
06:18sur le fait qu'il y a un certain nombre de black blocs,
06:21de militants radicaux qui sont la plupart du temps liés à l'ultra-gauche,
06:25qui viennent non pas pour manifester,
06:27mais pour casser et pour affronter les forces de l'ordre.
06:29Et c'est toute la difficulté du maintien de l'ordre à la française,
06:32c'est de permettre à ceux qui viennent manifester de le faire
06:35et d'interpeller ceux qui viennent uniquement pour affronter les forces de l'ordre
06:39ou pour casser.
06:41Et pour que ça soit efficace, il faut qu'il y ait un bon partenariat
06:44avec les organisations syndicales et notamment avec les services d'ordre.
06:51La CGT avait, c'est un peu moins vrai malheureusement maintenant,
06:54mais avait un excellent service d'ordre
06:56qui permettait à un moment donné d'expulser les casseurs de la manifestation
07:00et à ce moment-là, c'était plus facile pour la police d'intervenir pour arrêter les casseurs.
07:04Mais chacun peut comprendre que quand les casseurs, les black blocs
07:07sont intégrés à la manifestation,
07:09au milieu de gens qui viennent juste pour manifester
07:12ou des badauds qui viennent pour regarder,
07:14l'emploi de la force par la police est évidemment beaucoup plus compliqué.
07:17Le phénomène des black blocs, c'est un phénomène que vous avez vu de près
07:20quand vous étiez le patron de la police nationale.
07:22Aujourd'hui, on a l'impression qu'il n'y a quasiment plus aucune manifestation
07:25qui se déroule, manifestation de la gauche, sans la présence de black blocs.
07:28Comment vous jaugez cette menace aujourd'hui dans les manifestations ?
07:33Elle existe, à vrai dire, elle a toujours existé.
07:36Quand j'étais jeune policier, il y a de ça une quarantaine d'années,
07:39ça ne s'appelait pas des black blocs, ça s'appelait des autonomes.
07:42Mais enfin, l'idée était la même.
07:43On avait des militants de l'ultra-gauche
07:45qui venaient pour affronter les forces de l'ordre et pour casser.
07:47Alors on a des pilleurs, c'est une chose, et puis on a les casseurs,
07:51c'en est une autre, les casseurs ayant une approche plus politique
07:54alors que les pilleurs viennent uniquement dans un but d'appropriation.
07:58Est-ce que vous pensez qu'il faut par exemple remettre en place
08:00une loi anti-casseurs comme elle a pu exister dans le passé
08:03qui permettait justement de dissuader ou en tout cas d'arrêter
08:06ceux qui se rendaient coupables de ces violences ?
08:08Je pense qu'on a un arsenal juridique aujourd'hui qui est suffisant.
08:12La difficulté majeure qu'il y a sur les manifestations,
08:14c'est que quand vous avez des casseurs, le but de la police
08:18au moment de la manifestation, c'est d'interpeller le plus rapidement possible
08:23les trublions pour les mettre de côté et les sortir
08:26pour que la manifestation se passe bien.
08:28Mais souvent, du coup, les procédures ne suivent pas toujours
08:32et on est souvent un petit peu déçu entre le nombre d'interpellés
08:36et les condamnations, mais c'est aussi parce que nous n'avons pas
08:39une bonne pratique de la judiciarisation du maintien de l'ordre.
08:42C'est-à-dire ?
08:43C'est-à-dire que bien souvent, les procédures de maintien de l'ordre
08:46passent au deuxième plan puisque la priorité, c'est de permettre
08:50à la manifestation de continuer, c'est d'interpeller les gens,
08:53mais après, pour qu'ils soient condamnés, il faut matérialiser le fait
08:57qu'ils aient commis une infraction.
08:58Et c'est là où parfois ça pêche un petit peu.
09:00On parlait de groupuscules violents.
09:02On a appris que le Conseil d'État avait confirmé la dissolution
09:04de la jeune garde groupuscule impliquée dans la mort de Quentin de Ranck à Lyon.
09:09C'est une bonne nouvelle ?
09:10Oui, bien sûr, c'est une bonne nouvelle. Après, ça n'empêche pas les gens
09:13de se regrouper sous une autre appellation et de continuer leur action de violence.
09:18Mais fondamentalement, on ne peut pas, dans un régime démocratique comme le nôtre,
09:23avoir une unité, avoir des gens qui se revendiquent de la violence
09:28et qui aboutissent à la mort d'autres personnes.
09:31Beaucoup renvoient dos à dos les groupuscules violents d'extrême-gauche
09:34et d'extrême-droite. Votre expérience à la tête de la police nationale,
09:37votre expérience politique, est-ce que vous aussi, vous faites cette équivalence ?
09:41Moi, je renvoie dos à dos tous les gens qui sont violents.
09:44La violence n'a pas lieu d'être dans une démocratie, une république comme la d'autre.
09:49Est-ce que ces comportements sont plutôt situés dans la nébuleuse d'extrême-gauche
09:53que dans la nébuleuse d'extrême-droite, selon vous ?
09:56En nombre, la violence est plus du côté de l'ultra-gauche.
10:00Pour une raison assez simple, c'est qu'il y a beaucoup plus de militants d'ultra-gauche
10:03que d'ultra-droite. Mais sinon, c'est à peu près la même chose.
10:05Ce sont les mêmes.
10:06Vous êtes inquiet quand même du climat de violence dans le pays.
10:10À un an de l'élection présidentielle, on va y revenir.
10:12Mais est-ce que vous êtes inquiet par ce climat, par ces images de violence qui nous parviennent ?
10:16Alors, le climat, bien sûr, est inquiétant.
10:18Mais de temps en temps, vous pouvez penser que le climat, c'est un ressenti.
10:23Or, il y a une réalité.
10:24Si vous prenez les dix dernières années et les chiffres de la délinquance,
10:27il y a deux choses qui sont contrastées.
10:30La première, entre guillemets, bonne nouvelle,
10:32c'est que globalement, les atteintes aux biens ont légèrement diminué en France
10:36sur la période de dix ans.
10:37Et c'est une période qui est intéressante parce qu'en termes de travail,
10:43elle est significative.
10:44Mais par contre, les violences ont augmenté.
10:47Les plaintes pour tentatives d'homicide entre 2016 et 2023 ont augmenté de 78%.
10:52Absolument. C'est d'ailleurs ce que je voulais vous dire.
10:56Entre 1990 et 2012, je prends 1990, que c'est l'année où je suis arrivé à la brigade criminelle,
11:012012, quand j'ai quitté la police nationale, le nombre des homicides en France ont diminué de moitié.
11:06Donc, on était dans un pays où on tuait deux fois moins que 30 ans avant.
11:09C'était une bonne nouvelle.
11:11Depuis 2014, chaque année, le nombre des homicides et des tentatives d'homicides réaugmente.
11:16Comment on l'explique ?
11:18C'est très difficile, d'autant plus que c'est probablement dû à un climat de tension général,
11:24interne à la France, externe à la France.
11:26Cette augmentation des homicides, on la voit aussi dans d'autres pays européens.
11:30Et puis, on voit bien que l'ambiance générale, que ce soit au Moyen-Orient, que ce soit en Ukraine,
11:34est quand même plutôt à la violence qu'à l'apaisement et à la paix, ce qui est inquiétant.
11:39Et c'est inquiétant chez nous, parce qu'on voit bien qu'il y a une augmentation des violences aux
11:43personnes.
11:44C'est un échec aussi de la politique régalienne d'Emmanuel Macron, 2016-2023.
11:49Ça veut dire que ça couvre une bonne partie de son premier mandat et un peu du deuxième.
11:53C'est incontestable.
11:55On parle donc des violences.
11:57Rendons hommage aujourd'hui aux policiers et aux gendarmes qui seront sur le terrain.
12:00Vous-même avez parfois décrit les conditions très dégradées, parfois, dans lesquelles ils doivent évoluer.
12:07Quelles sont les recommandations, les urgences aujourd'hui que vous prenez pour remettre un peu de moyens
12:12pour que les policiers, les gendarmes travaillent dans les meilleures conditions ?
12:15Alors, il faut incontestablement une loi de programmation sur plusieurs années,
12:20comme celle qui vient d'être lancée sur l'armée française, pour le ministère de l'Intérieur.
12:25Vous savez, vous avez un budget qui est à peu près, pour la police, de 10-11 milliards d'euros
12:30chaque année.
12:31Mais 80-85% de ce budget, c'est la masse salariale.
12:36Donc, vous avez des policiers qui sont formés, bien formés, rémunérés pour des fonctionnaires convenablement.
12:43Mais par contre, le reste est assez, c'est moins de 20% du budget pour tout le reste.
12:50Pour la formation, pour l'achat des véhicules, pour l'achat, et notamment pour l'immobilier police.
12:56Les policiers et les gendarmes travaillent dans des conditions immobilières qui sont extrêmement dégradées.
13:02Voilà.
13:02C'est d'ailleurs pour ça que la région Île-de-France a un partenariat avec l'État
13:07et que nous co-construisons des commissariats et des casernes de gendarmerie
13:13parce que l'État n'a pas les moyens de le faire et ne le fait pas assez.
13:16Alors, ça nous est reproché par la gauche qui dit que la région n'a pas à s'occuper de
13:21sécurité.
13:21Mais finalement, si la région Île-de-France ne le fait pas,
13:25eh bien, personne n'aidera l'État et personne n'aidera la police et la gendarmerie.
13:28L'une des principales menaces en France aujourd'hui, c'est le narcotrafic.
13:32Bruno Rotaillot, le chef de votre famille politique,
13:35préconise de reconquérir certains quartiers qui sont aujourd'hui aux mains des narcotrafiquants.
13:40Par exemple, en y contrôlant 24 heures sur 24, les sorties, les entrées,
13:44de multiplier les perquisitions administratives, saisir les avoirs des criminels.
13:49Il veut un État d'urgence anti-trafique. Est-ce que c'est une bonne idée ?
13:52C'est incontestablement une très bonne idée.
13:54On a un sujet qui est très important, c'est celui du narcomanditisme.
14:00Pendant des années, on a beaucoup parlé du terrorisme,
14:02qui existe toujours et le risque est important,
14:04mais on voit bien qu'on a aujourd'hui un risque de narcomanditisme qui est très important.
14:09C'est-à-dire qu'on a...
14:10Moi, j'ai été à la brigade des stups il y a une trentaine d'années.
14:12Tout ce que je vois aujourd'hui, je l'ai connu, je l'ai déjà vu.
14:16Sauf que ça a été multiplié par 10, par 50, par 100.
14:19Et vous avez maintenant, à peu près partout en France, des points de deal, etc.
14:23Et donc, vous avez des narcotrafiquants qui sont extrêmement puissants
14:27parce qu'ils sont très riches.
14:28Et donc, ils peuvent acheter des tueurs à gage,
14:30ils peuvent corrompre des gens, etc.
14:33Et donc, c'est un souci pour notre République.
14:37Quand on voit ce qui s'est passé il y a quelques années avec la mafia en Italie,
14:40on n'en est pas là, il est loin de là,
14:42mais on voit bien que ça commence à prendre ce chemin-là.
14:46Donc, il faut impérativement lutter contre le narcomanditisme.
14:50Ce n'est pas seulement une question de lutte contre la délinquance,
14:53c'est une question de respect de notre République et de notre démocratie.
14:57Avec des enquêtes de police judiciaire pour mener justement le travail.
15:00C'est d'ailleurs tout le paradoxe de ce qui se passe en ce moment.
15:03C'est-à-dire que vous avez un constat qui est fait par le gouvernement
15:06qui reprend ce que je viens de dire.
15:09Le narcomanditisme est un risque pour notre démocratie.
15:12Mais dans le même temps, il y a une réforme de la police nationale
15:14qui a supprimé, le mot est un peu fort,
15:18mais qui a handicapé fondamentalement la police judiciaire.
15:22Or, la police judiciaire, c'est justement cette police
15:25qui lutte contre la criminalité organisée.
15:27Donc, vous avez 85% de la criminalité organisée
15:30est traitée par la police nationale
15:32et toute cette criminalité organisée est traitée par la police judiciaire.
15:35Or, à part à Paris, où la direction de la police judiciaire est restée intacte,
15:39ailleurs, elle se dilue dans ses directions départementales de la police nationale.
15:44Ce que je trouve est inquiétant.
15:46Et j'appelle, moi j'appelle le ministre de l'Intérieur
15:49à recréer des directions zonales de police judiciaire
15:53pour avoir suffisamment d'hommes en nombre et en qualité
15:56parce qu'on ne s'improvise pas enquêteurs dans ce type d'affaires
16:01pour pouvoir lutter efficacement contre le banditisme.
16:03Frédéric Pechenard est l'invité de la grande interview sur CNews
16:06et sur Europe 1, vice-président de la région de France,
16:08ancien directeur de la police nationale.
16:09Il nous reste un peu moins de cinq minutes.
16:10Je vais vous poser des questions courtes
16:11qui appellent, si possible, des réponses courtes.
16:13Sur la réponse pénale, est-ce qu'il faut durcir notre arsenal,
16:17par exemple, contre ceux qui s'en prennent aux forces de l'ordre ?
16:21Il y a eu une affaire à Fort Calquier.
16:22Deux gendarmes ont été blessés par un chauffard
16:24qui a fait un refus d'obtempérer, qui leur a foncé dessus.
16:27Or, il a écopé simplement d'un enferme sous bracelet électronique,
16:30autrement dit, n'est pas allé en prison.
16:31Est-ce qu'il faut durcir les sanctions contre ces auteurs
16:34de violences contre les forces de l'ordre ?
16:37Il faut les appliquer, plus que les durcir.
16:39Parce qu'aujourd'hui, vous avez un certain nombre
16:43de décisions de justice, et un très grand nombre
16:45de décisions de justice qui, en fait, sont peu ou mal appliquées.
16:47Et l'important dans une sanction, disait le philosophe italien,
16:54ce n'est pas sa sévérité, c'est sa certitude.
16:58La difficulté qu'on a aujourd'hui, c'est que globalement,
17:00un certain nombre de voyous ont un sentiment d'impunité,
17:03parce qu'ils vont être condamnés, mais probablement,
17:07généralement, derrière, ils ne feront pas
17:08toute ou partie de leur peine.
17:10C'est pour ça que c'est surtout important,
17:12s'il faut mettre fin à l'impunité.
17:13Pour mettre fin à l'impunité, il faut que les peines
17:15soient certaines, y compris d'ailleurs
17:16de très courtes peines de prison.
17:18Vous savez, je ne voudrais pas être trop long,
17:20mais quand vous avez quelqu'un qui est condamné
17:22une première fois à du sorcier, une deuxième fois à du sorcier,
17:24une troisième fois à de la prison ferme,
17:26mais avec brassé électronique, donc il n'y va pas,
17:28il développe ce sentiment d'impunité.
17:30Il y a des pays où, dès la première infraction,
17:32vous êtes condamné à une peine de prison ferme très courte,
17:34une semaine, 10 jours, 15 jours, par exemple le Danemark,
17:37et il semblerait que ça soit très efficace en termes de récidive.
17:41Est-ce que, Frédéric Péchner, vous vous considérez comme un maboule ?
17:44Je fais référence évidemment au propos du chef de l'État
17:46qui a qualifié de maboule ceux qui veulent, je le cite,
17:49nous fâcher avec l'Algérie, autrement dit,
17:51ceux qui veulent un rapport de force avec l'Algérie.
17:53Est-ce que vous êtes un maboule, Frédéric Péchner ?
17:54Alors, j'ai bien peur que oui.
17:57Ce n'est pas que je souhaite me fâcher avec l'Algérie,
17:59bien au contraire, je pense qu'il faut qu'on ait
18:00un rapport apaisé avec l'Algérie,
18:02mais pour avoir un rapport apaisé, il faut être deux.
18:04C'est-à-dire qu'il faut aussi que l'Algérie fasse des efforts
18:06que visiblement ils ne font pas,
18:08et notamment qu'ils reprennent les étrangers,
18:10les Algériens en situation irrégulière ou sortant de prison
18:13qu'on souhaite expulser,
18:15il faut qu'ils les reprennent, ils ne le font pas,
18:17et tant qu'ils ne le feront pas, je ne vois pas
18:18comment est-ce que notre relation pourrait être apaisée.
18:20La méthode douce, celle du dialogue exigeant,
18:22pour reprendre les mots de Laurent Nunez, elle ne fonctionne pas ?
18:24En tout cas, jusqu'à présent, elle ne fonctionne pas.
18:27Il n'y a toujours pas d'Algériens en situation irrégulière
18:30que nous arrivons à renvoyer.
18:32Vous savez, il y a un problème de place dans les prisons.
18:33Vous avez pas loin de 25% d'étrangers en prison.
18:37Ces étrangers, juridiquement, pourraient,
18:39pourraient exécuter leur peine dans leur pays d'origine,
18:43ce qui permettrait de désengorger des prisons.
18:45Ça se fait au compte-gouttes.
18:46Ça devrait se faire de manière systématique.
18:48Encore faut-il que, dans un partenariat, il faut être deux.
18:52Et là, si on est nous, les gentils, mais qu'en face,
18:55il ne se passe rien, ça n'a aucun sens.
18:56Frédéric Pêche-Nard, vous êtes membre de LR.
18:59Votre candidat, c'est donc Bruno Retailleau
19:00pour l'élection présidentielle ?
19:02Contestablement, c'est d'abord notre président
19:03qui a été élu à 75% des voix il y a un an.
19:06Et là, nous avons fait un sondage interne.
19:09Et 75% de nos adhérents ont désigné Bruno Retailleau
19:15comme candidat LR pour la présidentielle.
19:17Et malgré cela, on voit certains pontes de LR
19:20ne pas s'afficher ostensiblement,
19:22ne pas afficher ostensiblement un soutien franc et massif
19:24à Bruno Retailleau.
19:25Qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?
19:26De s'engager derrière votre candidat
19:28ou de clarifier leur position ?
19:30Je pense qu'il faut s'engager derrière Bruno Retailleau.
19:33Vous savez, cette élection présidentielle de 2026
19:36sera particulière.
19:37Si on a deux candidats de droite républicaine et du centre,
19:41aucun des deux ne sera au deuxième tour.
19:42Il faut donc qu'on ait un seul candidat.
19:44Il faut que chacun prenne ses responsabilités.
19:46Nous, LR, nous avons un candidat.
19:48C'est Bruno Retailleau.
19:50Fin de l'histoire.
19:51Qu'est-ce que vous répondez à Éric Ciotti
19:52qui disait cette semaine sur notre antenne
19:53que, tôt ou tard, Bruno Retailleau finira par rallier
19:56Édouard Philippe ?
20:00Je ne fais pas dans la prédiction.
20:02Je n'en sais rien.
20:03Et d'ailleurs, personne n'en sait rien.
20:04Ce qu'il y a, c'est que nous, les Républicains,
20:06nous sommes un parti de droite, de droite républicaine.
20:10Nous tenons à nos valeurs.
20:11Nous avons un candidat qui est le président de notre parti,
20:14qui est Bruno Retailleau.
20:15Nous sommes majoritaires dans les villes
20:17de plus de 10 000 habitants.
20:18Nous sommes majoritaires au Sénat.
20:19Nous avons un groupe important à l'Assemblée nationale.
20:23On est un parti qui pèse.
20:25Et, ma foi, on va défendre nos couleurs.
20:28Après, on verra bien avec qui on se rallie,
20:31le cas échéant, s'il y avait nécessité.
20:33Mais honnêtement, je pense que ce sera le contraire.
20:35Je pense que ce sera peut-être Édouard Philippe
20:38qui se ralliera à Bruno Retailleau.
20:40Non tact.
20:40On verra.
20:41On verra.
20:41On jugera sur pièce.
20:42Merci, Frédéric Péchenard,
20:43d'avoir répondu aux questions de la grande interview
20:44en direct sur CNews et sur Europe 1.
Commentaires