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Béatrice Brugère, magistrate et secrétaire générale Unité Magistrats était l’invité de #LaGrandeInterview de Laurence Ferrari dans #LaMatinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1.
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00:02Et notre invitée ce matin dans la grande interview sur CNews et Europe 1, c'est Béatrice Brugère.
00:06Bonjour à vous, vous êtes magistrate, secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat.
00:09Vous publiez aussi ce livre « Les juges ont-ils vraiment tous les droits ? »
00:12Question très importante, je vous la poserai dans un sens,
00:14qu'il y a un vrai des amours entre les Français et la justice.
00:17Mais l'actualité aujourd'hui, c'est ce déplacement du garde des Sceaux, Gérald Darmanin, en Algérie,
00:22pour établir les relations judiciaires entre les deux pays.
00:26La priorité, c'est la lutte contre le narcotrafic, la DZ mafia.
00:29Le règlement du dossier des biens mal acquis et bien sûr la situation de notre confrère, Christophe Glez.
00:33Est-ce que ça vous impire quelque chose en tant que magistrate ?
00:36Est-ce qu'il faut que la reprise de cette coopération judiciaire se fasse ?
00:40Et vite, parce que vous avez des dossiers importants à traiter avec l'Algérie ?
00:43Oui, de toute façon, sur la question de la criminalité organisée, du narcotrafic,
00:47et vous le savez, pour traiter régulièrement ce sujet sur vos antennes,
00:50c'est une question qui ne trouvera pas une solution sur le plan uniquement national.
00:55On est sur du transfrontalier, on le sait depuis longtemps,
00:58et même sur de la coopération internationale, et c'est la clé du succès.
01:02Donc oui, il faut absolument que cette coopération fonctionne,
01:05sinon ça ne sert à rien, nos enquêtes ne peuvent aboutir,
01:08puisqu'en fait, les têtes de réseau ont tous les moyens pour échapper à la justice.
01:13Concernant la DZ mafia, les têtes de réseau seraient en Algérie,
01:16seraient des ressortissants algériens.
01:18Est-ce qu'il est envisageable de les faire extrader,
01:20ou du moins qu'ils soient jugés en Algérie ?
01:22C'est toute la question de ce voyage ?
01:23L'idée pour nous, la France, c'est qu'ils soient jugés en français, bien évidemment,
01:26puisqu'en fait, ça met de la cohérence dans les dossiers,
01:29et puis c'est surtout eux qui sont la tête des réseaux,
01:32donc les personnes les plus importantes.
01:33S'ils ne sont pas jugés en France,
01:35ils continueront, a priori, d'une manière ou d'une autre, à faire leur trafic.
01:39On a réussi, en normalisant les relations avec le Maroc,
01:42à obtenir l'extradition de Félix Bengui,
01:44chef du clan Rival Yoda, qui est jugé aujourd'hui même à Marseille.
01:48C'est vers cela qu'il faut tendre, Béatrice Bogère ?
01:50Oui, et en fait, c'était aussi toute l'idée de la création du PNACO,
01:53et d'ailleurs, je crois que le déplacement se fait avec la procureure du PNACO,
01:57parce que notre faiblesse, exactement,
02:01c'était l'international, c'était la fluidité,
02:04c'était l'organisation pour que justement,
02:06ces dossiers retrouvent toute la profondeur
02:09et toute la gravité de ce qu'ils représentent,
02:12c'est-à-dire de la criminalité organisée transfrontalière.
02:15On a le sentiment, et ce procès à Marseille s'ouvre sous haute sécurité,
02:18même pour les magistrats, j'imagine que c'est un moment difficile,
02:21parce qu'il doit y avoir des pressions, des menaces aussi sur les magistrats.
02:24Comment on juge un narco-trafiquant de cette ampleur, de façon impartiale ?
02:27Alors, de façon impartiale, ce n'est pas vraiment le sujet,
02:30c'est plutôt de façon sereine, parce que, si vous voulez,
02:33la question, c'est que, et on l'a vu récemment,
02:36les audiences sont extrêmement violentes,
02:38c'est-à-dire que la pression, elle vient de toutes parts,
02:41elle peut venir même de la défense,
02:42qui font souvent des défenses de rupture.
02:44Vous savez, le procureur général de la cour d'appel d'Aix
02:47a saisi récemment, justement,
02:50pour une procédure de déontologie,
02:53a saisi le barreau contre des avocats,
02:57qui étaient violents, qui ne respectaient pas nécessairement,
02:59ça a été un tollé.
03:01Donc, en fait, les magistrats sont un peu pris en étau,
03:03c'est-à-dire qu'il y a la difficulté de ces dossiers,
03:06qui sont des dossiers extrêmement importants,
03:08il y a les menaces qui existent,
03:10et qui sont aussi réelles, qui ne sont pas fantasmées,
03:13et il y a ces défenses de rupture qui sont violentes,
03:15parce que derrière, les enjeux sont très importants.
03:18Il y a beaucoup de colère aussi contre la justice,
03:20elle monte de tout le pays, dans toutes les affaires,
03:23que ce soit narcotrafic, on va parler aussi de la place des victimes,
03:26parce que ça aussi, c'est extrêmement important.
03:28Comment est-ce qu'on peut lutter contre cette pieuvre endémique
03:31qui est aujourd'hui les narcotrafics,
03:32qui touchent 79% des communes dans notre pays ?
03:35Est-ce qu'on est en voie de mexicanisation, Béatrice Brugère ?
03:37C'est un sujet que l'on traite,
03:40et vous le connaissez parfaitement depuis très longtemps.
03:43La commission d'enquête, qui avait fait déjà un état des lieux
03:45tout à fait impressionnant sur la rapidité avec laquelle
03:50toutes les communes, tous les territoires maintenant
03:52pouvaient être touchés, parce que derrière,
03:56il y a une consommation qui s'est, j'allais dire, démocratisée,
03:59et notamment sur des drogues dures,
04:01qui fait qu'aujourd'hui, c'est une course de vitesse,
04:03et la justice doit absolument s'organiser
04:06avec d'autres méthodes.
04:08Je pense, par exemple, à un domaine qui fait très peur,
04:11qui est la cybercriminalité.
04:13C'est-à-dire qu'aujourd'hui, les organisations criminelles
04:16utilisent aussi la cyber, vous savez, les cryptos, etc.,
04:19pour continuer.
04:20Donc, ils vont très vite, ils s'adaptent à nous
04:22d'être aussi adaptables et d'être aussi au rendez-vous.
04:25Avec des moyens, évidemment, qui ne sont pas comparables
04:27à ceux des délinquants.
04:28Vous plaidez pour la mise en place d'un plan Marshall, c'est ça ?
04:30Oui, et alors, vous avez raison de parler des moyens,
04:32parce que les moyens sont extrêmement importants.
04:34Je rappelle encore, et je crois que vous allez bien
04:36bientôt avoir le garde des Sceaux,
04:38que le budget, c'est aussi ce qui va nous donner les moyens
04:42de pouvoir lutter contre ces organisations criminelles.
04:45Le budget n'est sans doute pas encore à la hauteur des enjeux.
04:48Les magistrats font ce qu'ils peuvent, s'organisent,
04:51mais il y a quand même une question de moyens humains
04:53et de moyens financiers, de moyens techniques,
04:56sur lesquels un vrai plan Marshall serait, à mon avis, nécessaire.
04:59Dans un pays qui est malheureusement endetté très, très fortement.
05:03Oui, mais après, c'est une question des priorités,
05:04parce qu'en fait, on n'a jamais vraiment évalué le coût du crime.
05:07Il faut bien comprendre que le crime nous coûte peut-être plus cher
05:10que l'investissement que l'on ferait.
05:11Vous avez raison.
05:12Gérald Darman porte un projet de loi pour la justice criminelle,
05:16le respect des victimes, le plan sûr, sanction, utile, rapide, effectif.
05:21Est-ce qu'il va dans le bon sens ?
05:22Son principe, c'est d'accélérer le traitement des affaires criminelles,
05:25tout en renforçant la place des victimes dans les procédures pénales.
05:28C'est indispensable aujourd'hui, Beatrice Beaujard ?
05:30C'est presque vital, je le dirais,
05:32parce qu'aujourd'hui, on ne peut pas d'un côté passer notre temps
05:35à dire déposer plainte, mettre en lumière, si vous voulez,
05:38des infractions et des crimes aussi graves que les crimes sexuels.
05:43Là, on a la commission d'enquête sur l'inceste, etc.
05:45Et puis, à un moment donné, dans la chaîne pénale,
05:48avoir un stop pour juger ces personnes.
05:50C'est-à-dire que tous ces crimes, en France,
05:52ce sont des juges d'instruction.
05:53Des juges d'instruction, c'est déjà une procédure qui va durer
05:56parfois entre 3 et 4 ans en moyenne.
05:58Donc, vous voyez, il y a déjà un temps extrêmement important
06:01avec tout un parcours pour les victimes qui n'est pas anodin.
06:05Si après, on leur dit, mais attendez, là, vous allez attendre
06:07entre 5, 6, 7 et 8 ans pour juste être jugé, ça n'a aucun sens.
06:11Et on parle de viol, on parle d'homicide, on ne parle pas de petit délire.
06:14Exactement.
06:15Donc, oui, il a raison, le diagnostic a déjà été posé et il est lucide.
06:19Maintenant, il faut aussi, j'allais dire, surmonter quelques résistances,
06:22quelques conservatismes.
06:23Je ne sais pas si ce pays est capable vraiment de se réformer en profondeur.
06:27Vous savez, par exemple, la mesure phare, c'est le plaidé coupable criminel.
06:31C'est une nouvelle mesure.
06:33Oui, mais c'est une mesure qui existe depuis très longtemps dans d'autres pays
06:35et qui n'a pas posé de problème comme chez nous.
06:37Donc, l'enjeu, si vous voulez, c'est de trouver un équilibre, évidemment,
06:42où tout le monde trouve sa place, la victime, les droits de la défense,
06:45qu'il y ait une sanction qui soit à la hauteur des enjeux,
06:48mais aussi la capacité de juger.
06:50Aujourd'hui, nous n'avons plus cette capacité de juger à l'heure et en temps utile,
06:54ce qui fait que même la sanction n'a plus de sens si vous jugez 8 ans plus tard.
06:58Donc, c'était une liberté ou c'est une liberté qui est offerte en plus aux victimes.
07:03Ça a été voté au Sénat.
07:05Je crois que là, pour l'instant, on cale un peu pour l'Assemblée nationale.
07:10Ça serait dommage, en tout cas, que ce genre de mesure ne passe pas.
07:12Alors, revenons sur ce plaidé coupable.
07:14C'est-à-dire que concrètement, en échange d'une reconnaissance intégrale des faits par l'accusé,
07:18une peine lui serait proposée par le parquet, vous me dites ainsi si je me trompe,
07:21s'il accepte, le temps entre la fin de l'instruction et le procès serait raccourci,
07:25tout comme l'audience qui serait ramenée à une demi-journée et les peines encourues
07:28seraient alors inférieures d'un tiers.
07:30Il y aurait une remise de peine si l'accusé accepte de plaider coupable.
07:34Alors, en fait, c'est-à-dire qu'on descend le plafond de la peine encourue.
07:37Ce n'est pas une remise de peine dans ce sens-là.
07:39C'est qu'en fait, au lieu d'encourir 100% de la peine, on encourt les deux tiers.
07:44C'est un peu le principe qu'on faisait déjà avec les repentis en Italie.
07:47C'est comme ça qu'on a réussi à tuer la mafia, il ne faut pas l'oublier.
07:53C'est-à-dire que pour des faits simples, avec une victime, un seul auteur,
07:58qui sont reconnus et pas sous pression, évidemment, à la fin d'une instruction,
08:02il y a la possibilité, puisqu'en fait, il ne reste plus que la sanction,
08:06avec une audience d'homologation ou pas devant des juges, d'aller plus vite.
08:11C'est une liberté qui est offerte, puisque les victimes peuvent s'y opposer, en fait.
08:16Donc, il n'y a rien de parfait sur ce monde,
08:19mais il y a une vraie difficulté aujourd'hui sur laquelle on essaie de réfléchir.
08:22C'est une piste, il y en a d'autres, peut-être.
08:24Et en tout cas, il va falloir absolument qu'on puisse juger ces personnes,
08:29parce que sinon, elles sont remises en liberté, même y compris des gens dangereux.
08:32Et juger dix ans plus tard, ça n'a aucun sens.
08:34Remise en liberté parce que le délai a été dépassé, tout simplement.
08:37Oui, parce que vous avez le délai, exactement, de détention.
08:38Heureusement qu'on ne garde pas dix ans en détention,
08:40les personnes qui sont quand même présumées innocentes.
08:43Il y a certaines catégories qui ont été exclues, je crois, de ce plaid des coupables.
08:46Les viols, l'ensemble des crimes passibles de la Cour d'Assise.
08:49Pourquoi, selon vous, et est-ce que c'est une bonne ou une mauvaise chose ?
08:51Parce qu'aujourd'hui, il y a, et c'est tout à fait compréhensible,
08:55un attachement à la Cour d'Assise, aux jurés.
08:57Et si vous voulez, au débat, il y a une justice qui se passe devant des jurés.
09:03C'est compliqué de passer d'une modalité à une autre.
09:07Moi, je le comprends.
09:08D'ailleurs, je n'ai aucun problème sur les gens qui s'opposent.
09:12Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'aujourd'hui, la question, c'est être jugé ou ne pas être
09:15jugé.
09:16C'est ça, l'enjeu.
09:18C'est-à-dire que nous avons tellement de stocks de dossiers criminels qui sont extrêmement graves.
09:22On parle de quoi ? De 5 000, 6 000 dossiers criminels ?
09:25Avec des victimes qui attendent, dont les faits sont, encore une fois,
09:29les faits sont déjà reconnus, ils sont simples.
09:31Ils attendent juste d'être jugés.
09:33Voilà, donc la justice a aussi un devoir de répondre, j'allais dire.
09:38Alors, certes, on va toujours dire que ce n'est pas parfait,
09:41mais nous, on essaie de trouver des solutions.
09:42Et je trouvais que ce projet était assez équilibré.
09:45Ce sont des délais qui sont insupportables pour les victimes,
09:47qui sont absolument intolérables.
09:49Oui, puis ça vide de son sens même l'œuvre de justice.
09:52Les victimes, vous souhaitez qu'elles soient remises au centre du système judiciaire.
09:56Vous avez fait de nombreuses propositions en la matière.
09:59L'Assemblée, par exemple, a étudié un texte pour garantir que les victimes soient prénues de la libération de leur
10:03agresseur.
10:04Parce que parfois, elles découvrent que leur agresseur habite à 4 km de chez elles.
10:08Tout à fait.
10:08Je pense qu'il y a un problème d'information, et toutes les victimes le disent, sur le parcours judiciaire.
10:14C'est-à-dire que souvent, elles se plaignent de ne pas être vraiment informées de la poursuite des procédures,
10:19qui sont très longues.
10:21Donc, évidemment, pour elles, c'est une source d'inquiétude.
10:24Et quand les personnes sont condamnées, je trouve ça intéressant que les victimes soient aussi intégrées dans ce processus d
10:30'information.
10:31Il y a aussi une idée d'expérimenter des guichets de suivi des victimes,
10:34où on serait réunis de tous les professionnels qui pourraient les aider.
10:36Oui, alors ça a été une réflexion aussi que notre syndicat avait menée avec l'affaire Elias,
10:40qui était justement de pouvoir mettre en place une espèce d'obligation d'information pour les victimes,
10:47pour savoir exactement ce qui se passe, avec une cohérence et une fluidité sur les procédures.
10:52Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat Unité Magistrat.
10:55On est sur CNews et sur Europe 1.
10:56On évoque l'affaire de ce jeune Elias, ce jeune garçon de 14 ans qui a été tué d'un
11:00coup de machette
11:01à l'heure sautée de son entraînement de football.
11:03Je le disais, il y a un grand désamour entre les Français et la justice.
11:06Il y a une incompréhension des victimes par rapport à un système judiciaire,
11:09qui parfois est défaillant, dont les magistrats ne rendent aucun compte à personne.
11:14Est-ce qu'il faut établir une forme de responsabilité des magistrats, Béatrice Brugère ?
11:17Alors, il y a un paradoxe qui est assez étonnant, c'est que, vous avez raison, il y a un
11:22désamour.
11:22Il y a beaucoup de critiques qui viennent à la fois d'en haut et d'en bas.
11:26Quand je dis d'en haut et d'en bas, c'est-à-dire à la fois des citoyens et
11:29à la fois même des élites
11:29ou des gens, des politiques ou même de personnes qui connaissent mieux les institutions.
11:37Mais, paradoxalement, il y a un désir du juge que l'on veut mettre partout.
11:41Il y a une demande incroyable de justice, c'est un vecteur d'espérance incroyable, la justice.
11:46Et donc, c'est assez paradoxal, c'est qu'à la fois on nous veut partout et à la fois
11:50on est très critiqués.
11:51On l'est tellement d'ailleurs que le Conseil supérieur de la magistrature vient de rendre son rapport
11:55qui s'appelle « Maudire ses juges ».
11:57Maudire, malédiction.
11:59Oui, c'est dire du mal de ses juges, maudire, voilà.
12:00Et donc, c'est une question à la fois d'actualité, c'est une question extrêmement importante.
12:05Parce que la place de la justice, c'est quand même aussi ce qui permet de concilier et d'assurer
12:10une paix civile.
12:11Et je pense qu'il faut prendre le sujet en face.
12:15C'est un peu ce que j'ai voulu faire, comprendre d'où venait ce désamour et surtout comment y
12:18répondre.
12:19Parce qu'il y a aussi toute notre histoire qui nous rappelle qu'on a déjà eu des épisodes de
12:25désamour
12:26et que ça se finit en général très mal.
12:28Donc, il ne faut pas prendre ce sujet à la légère et c'est une obligation.
12:32Alors, pour répondre à la question de la responsabilité des magistrats,
12:35oui, les magistrats ont des responsabilités.
12:37Oui, ils sont soumis à des devoirs.
12:39Ils rendent des comptes.
12:40Oui, il y a des procédures civiles, pénales, disciplinaires pour eux.
12:44Est-ce qu'elles sont bien ? Est-ce qu'elles sont parfaites ?
12:46J'y réponds. Je pense qu'il y a des marges d'amélioration réelles.
12:50En tout cas, il va falloir continuer à travailler là-dessus,
12:53notamment sur l'obligation de transparence, sur l'impartialité, sur les motivations,
12:59sur la neutralité des juges.
13:01Sur la neutralité, etc.
13:02Donc, tous ces sujets, je les prends, j'allais dire, de front.
13:07J'essaye de comprendre comment y répondre.
13:11Pourquoi ? Est-ce que ces critiques, elles sont justes ?
13:13Et fondées.
13:14Et est-ce qu'elles sont fondées ?
13:15Et donc, je pense que c'est important que les citoyens comprennent aussi
13:19comment ça fonctionne chez nous.
13:20Les magistrats n'ont pas tous les droits, heureusement.
13:22C'est le titre de votre livre.
13:23Les juges ont-ils vraiment tous les droits ?
13:25Vous répondez non, ils n'ont pas tous les droits.
13:26Mais non, heureusement, ils ont beaucoup de devoirs aussi, et les juges le savent.
13:31Maintenant, tout système est perfectible, et c'est dans ce sens-là aussi que j'ai écrit ce livre,
13:35c'est-à-dire que je fais aussi des propositions pour améliorer la manière.
13:38Et comment essayer de réconcilier ?
13:41J'ai un titre qui s'appelle « Rendre le juge désirable ».
13:45Alors, on évoque cette légitimité des juges, parce qu'on parle de ça.
13:49Chaque semaine, il y a une décision de justice qui est commentée, qui est critiquée.
13:53Est-ce qu'il y a des juges rouges, Béatrice Brugère ?
13:55Il y a les procès retentissants de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen ?
13:59Il y a des séries de dysfonctionnements qui arrivent à des drames ?
14:01Est-ce qu'il y a des juges politisés ?
14:03Est-ce que ça existe ? Est-ce que vous les connaissez ?
14:06Oui, bien sûr.
14:07Il y a des magistrats qui sont politisés.
14:09La question, en fait, elle est extrêmement importante, puisqu'elle est très française, d'ailleurs, en partie, cette question.
14:17On a un devoir d'impartialité, donc vous pouvez avoir des opinions, mais être aussi un bon juge.
14:23La manière, c'est comment vous trouvez ce bon équilibre et comment vous l'exprimez publiquement ou pas.
14:28Pour revenir sur les questions politiques, il faut quand même avoir juste, et peut-être que je terminerai là-dessus,
14:34en tête,
14:36que ceux qui nous critiquent sont ceux qui nous ont donné ce pouvoir.
14:40C'est-à-dire que c'est la loi.
14:41C'est le législateur.
14:42Oui, en fait, on a donné beaucoup de pouvoir, beaucoup de pouvoir au magistrat.
14:46Par exemple, quand vous pouvez juger entre 0, prononcer une peine entre 0 et 10 ans, vous avez une marge
14:52d'appréciation extrêmement importante.
14:54Quand vous avez le principe d'individualisation des peines, vous avez une marge extrêmement importante.
14:58Avant, vous savez, on avait des peines minimales, on avait des cadres plus resserrés.
15:02Donc, en fait, ceux qui critiquent aussi les lois de transparence, de probité, c'est ceux qui les ont votées.
15:10Donc, c'est très important de comprendre que la justice, elle s'inscrit aussi dans un cadre de la loi.
15:17Alors, peut-être que parfois, on peut critiquer ses interprétations.
15:20C'est un sujet sur lequel je viens.
15:22Mais d'abord, ceux qui nous donnent ce cadre-là, ce sont aussi les législateurs.
15:27Vous proposez des solutions.
15:28Est-ce qu'il faut élire les juges ?
15:29C'est une piste qui existe aux Etats-Unis.
15:32Vous vous inspirez un peu de ce qui se passe dans d'autres pays.
15:35Est-ce qu'il faut repenser le Conseil supérieur de la magistrature ?
15:38Revoir toutes les nominations ?
15:40Cour suprême, Cour constitutionnel, Cour de cassation, Conseil d'État.
15:43Est-ce qu'il faut faire ça, Beatrice Bougère ?
15:45Alors, moi, je suis assez disruptive, peut-être par rapport à mon milieu,
15:49puisque je n'ai pas peur de certaines solutions.
15:52y compris, on a déjà des juges qui sont en partie élus sur quelques juridictions.
15:58On a connu cet épisode après la Révolution.
16:01Vous savez, justement, on est un peu dans la même ambiance pré-révolutionnaire.
16:07On disait, non mais les juges ont trop de droits, ont trop de pouvoir, etc.
16:11Et vous savez, au moment de la Révolution, on a voulu faire du juge la bouche de la loi.
16:15Et on a eu ce petit épisode où ils ont même été élus.
16:18Moi, je ne crois pas que l'élection soit la solution,
16:21parce qu'elle pourrait même d'ailleurs politiser encore plus en partie.
16:25C'est plutôt un mix.
16:26Je pense qu'il faut revenir, en effet, à beaucoup plus de transparence,
16:31avec un Conseil supérieur de la magistrature qui soit peut-être aussi réformé.
16:36Une grande réflexion sur les conflits d'intérêts,
16:39sur les personnes qui sont nommées, sur la manière dont ils rendent des comptes, etc.
16:44L'élection...
16:45Et les institutions, Conseil constitutionnel, Conseil d'État...
16:47Exactement.
16:48Moi, j'avais même proposé déjà une seule cour, une cour suprême,
16:52avec une fusion de toutes ces juridictions.
16:56La question de la légitimité, elle est au cœur de notre pacte social et de la démocratie.
17:01Pour qu'une démocratie fonctionne bien, il faut qu'il y ait une confiance.
17:04Pour qu'il y ait une confiance, il faut qu'il y ait une légitimité.
17:06Aujourd'hui, on a la légalité. Il faut que la légalité retrouve sa légitimité.
17:10Béatrice Brugère, encore une question.
17:12Il y a une commission d'enquête parlementaire qui se poche en ce moment
17:15sur le sort que la justice française réserve aux enfants
17:17qui dénoncent les crimes d'inceste et toutes les violences sexuelles.
17:20Elle entend chaque semaine des professionnels, des dizaines de professionnels
17:23qui travaillent au contact des victimes d'inceste.
17:26Il y a environ 160 000 enfants dans notre pays qui sont en danger à ce point-là.
17:30Est-ce que le système judiciaire à bout de souffle
17:32ne passe pas à côté de certains cas et ne protège pas ces enfants ?
17:35Alors d'abord, très rapidement, cette commission est extraordinaire.
17:38Elle est d'une qualité incroyable.
17:40J'invite tous vos éditeurs, s'ils le souhaitent, à la regarder.
17:43Elle met le doigt sur un problème majeur
17:45qui est celui du traitement des plus faibles dans notre société
17:50et la manière dont on peut les protéger.
17:53L'inceste, c'est le crime absolu
17:55puisque ceux qui sont censés vous protéger
17:56sont ceux qui commettent le crime.
17:59En plus, c'est un crime généalogique.
18:01Et donc, c'est très compliqué d'écouter la parole des enfants
18:04parce que, justement, on ne les croit pas.
18:05Il y a eu une rupture, je le dis, et j'ai commencé parce que j'ai été auditionnée
18:09sur cette commission d'enquête, avec l'affaire Outreau.
18:12On ne croyait plus les enfants après le dossier Outreau.
18:14Il faut revenir sur un bon équilibre.
18:17Troisièmement, oui, la justice est défaillante.
18:19D'ailleurs, le ministre a pris des positions assez intéressantes là-dessus.
18:23Je crois que ce sujet, il l'a pris aussi à la mesure de ce qu'il est,
18:27c'est-à-dire un sujet majeur.
18:29C'est-à-dire protéger immédiatement les enfants.
18:30Il y a des propositions qui sont déjà faites, sur lesquelles nous, on s'est prononcés.
18:35Une ordonnance de sûreté.
18:36Peut-être revoir aussi, vous savez, on pénalise quand les mères ne veulent pas donner les enfants
18:42sur les visites, etc.
18:45Peut-être changer le système, avoir ce principe de précaution,
18:49avoir un juge qui soit unique pour gérer toutes ces problématiques,
18:53être beaucoup plus réactif, etc.
18:54Il y a plein de pistes.
18:55Il faut absolument, absolument avancer sur ce sujet.
18:58Je pense que c'est même le sujet le plus important avec peut-être le narcotrafic.
19:02C'est celui-ci.
19:03Rendre imprescritible, c'est crime contre les enfants.
19:05Alors l'imprescritibilité, moi, je n'ai aucun problème là-dessus,
19:08même s'il y a des débats.
19:09La question, on revient à la question de départ avec ce sujet,
19:12c'est que si vous ouvrez l'imprescritibilité,
19:15il va falloir quand même prendre conscience que derrière, il va falloir juger.
19:18Aujourd'hui, on n'est plus en capacité de juger.
19:20Donc il va bien falloir trouver des solutions.
19:22Si on ouvre comme ça la question de l'imprescriptibilité,
19:27comment on juge 30 ans, 40 ans plus tard, à quel moment ?
19:32Donc ça, ce sont d'autres questions qui nous concernent, mais qui ne sont pas anodines.
19:35Béatrice Bogère, demain, Gérald Darmanin sera notre invité exceptionnel à votre place.
19:38Vous avez une question à lui poser, tout simplement.
19:40C'est surtout que je l'encourage à continuer, à essayer de réformer la justice.
19:44C'est moins une question qu'un encouragement.
19:46Franchement, je trouve qu'il est pragmatique, qu'il va vite, qu'il a assez compris les enjeux de la
19:52justice très très vite en arrivant dans ce ministère.
19:56Je pense qu'il faut qu'il continue à être disruptif et qu'il n'hésite pas à aller jusqu
19:59'au bout.
20:00Très bien.
20:00– Sous-titrage FR –
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