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  • il y a 9 heures
Ce vendredi 29 mai, le séminaire organisé à Bruxelles pour réfléchir aux outils de défense commerciale face à la menace chinoise, ainsi que la nécessité d’imposer Mistral aux Européens, ont été abordés par Patrick Artus, économiste et conseiller économique de la société de gestion Ossiam, Antonin Bergeaud, Prix du meilleur jeune économiste 2025 et professeur associé à HEC, et Olivier Garnier, expert associé à l'Institut Montaigne, dans l'émission Les Experts, présentée par Raphaël Legendre sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Allez, on est de retour pour la seconde partie de l'émission.
00:02Il est 10h passé de 3 minutes, c'est les experts.
00:04On a encore une bonne demi-heure de débats et de controverses
00:08avec les trois meilleurs économistes de France réunis sur le plateau.
00:11Vous avez une chance extraordinaire en ce vendredi.
00:14Et je voudrais qu'on parle maintenant, je rappelle, Patrick Artus, pardon,
00:18Antonin Bergeau et Olivier Garnier.
00:20Et je voulais qu'on passe à ce séminaire qui se tient aujourd'hui à Bruxelles.
00:25Le Collège des commissaires qui se réunit pour réfléchir aux instruments
00:30d'une politique de défense commerciale plus affirmée et plus efficace
00:35face à la menace chinoise, face à la menace des surcapacités chinoises
00:41qui évidemment menacent notre industrie.
00:44Il y a un rapport dû au commissariat au plan qui a fait beaucoup de bruit.
00:4755% du tissu industriel européen serait menacé par les produits chinois.
00:55Première question, très simple, je commence avec vous Patrick Artus.
00:57Est-ce qu'on doit renforcer notre protection commerciale ?
01:01Je rappelle que l'Europe, c'est quand même 365 milliards d'euros
01:04d'excédents commerciaux l'année dernière, 1 milliard par jour.
01:08Donc si on durcit nos conditions d'accès au marché,
01:11est-ce qu'on ne risque pas de se tirer une balle dans le pied, tout simplement ?
01:15Le rapport du commissariat à la stratégie montrait clairement
01:19qu'il y avait un problème de compétitivité,
01:21puisque les produits chinois, à qualité égale ou même supérieure
01:25à celle des produits européens, sont en moyenne de 30 à 40% moins chers
01:30avec une grosse dispersion entre les secteurs.
01:33Et donc la suggestion du haut commissariat, c'est mettre 30% de droits de douane
01:38en gros sur les produits chinois.
01:40Alors malheureusement, ce n'est pas vraiment faisable
01:43parce qu'il y aurait immédiatement des rétorsions chinoises.
01:45Donc on se heurterait au même mur que celui qui a frappé les Américains,
01:51c'est-à-dire les Chinois mettraient des droits de douane sur les produits européens.
01:54Et des rétorsions possibles sur les terrains.
01:56Donc ce n'est pas la solution.
01:57Donc la solution, c'est effectivement d'essayer d'attirer des investissements
02:02et des transferts de technologies des entreprises chinoises vers l'Europe.
02:06Des investissements qui augmentent, 67% d'augmentation des investissements chinois
02:11sur le vieux continent l'année dernière.
02:13Ce n'est pas cohérent avec la stratégie de la Chine.
02:16La Chine a une consommation des ménages qui est plate,
02:19qui n'a pas du tout augmenté.
02:21Et donc la pression chinoise, c'est les exportations.
02:24Et donc ils ne vont pas utiliser leur épargne pour investir à l'étranger
02:28et se priver d'exporter.
02:30Donc je crois que la stratégie chinoise, c'est sans fin.
02:32Donc la stratégie chinoise, ce n'est pas de délocaliser,
02:35c'est d'exporter depuis la Chine pour tenir l'activité.
02:39Et la réponse suggérée qui est de mettre des droits de douane,
02:43ne marchera pas, parce qu'il y aura une réponse très agressive des Chinois si on le fait.
02:47Quelles sont les bonnes décisions à prendre au niveau européen, Antonin Bergeau ?
02:50Je pense que c'est assez compliqué, parce que ça revient un peu à la question
02:53qu'on pose souvent de savoir comment on doit protéger le marché européen.
02:56Le problème, comme c'est un édit, c'est qu'on s'est privé d'une capacité de production
03:02en tout cas suffisamment compétitive par des choix passés,
03:06qui fait qu'aujourd'hui, si on ferme le marché,
03:08on est très sensible à des représailles sur tout un tas de secteurs,
03:11les batteries notamment, les panneaux solaires,
03:13des secteurs dont on a besoin en plus pour faire la transition.
03:15Donc on est un peu bloqué.
03:17Et s'ils viennent les produire sur notre sol, c'est plutôt pas mal.
03:19Donc ce qu'a fait la Chine, quand la situation était un peu inversée,
03:23c'est qu'elle a ouvert son marché conditionnellement à des transferts technologiques.
03:26On pourrait donc faire la même chose.
03:28On s'inspirait du modèle chinois.
03:29On ne voit pas très bien pourquoi la Chine accepterait, par contre,
03:32parce qu'on a justement un marché qui est tellement fragmenté
03:34qu'elle n'a pas tellement à gagner à aller négocier avec les Européens collectivement
03:38sur un transfert de technologie.
03:39Alors que dans l'autre sens...
03:40On a le premier marché de consommateurs au monde, 450 millions de consommateurs.
03:43Mais très difficile, y compris sur la question de savoir si on doit protéger le marché,
03:47par exemple en mettant une préférence européenne sur certains secteurs.
03:50Donc pour l'instant, la Chine a intérêt à jouer sur la division européenne
03:53et à refuser le transfert de technologie
03:54et à continuer une stratégie d'exportation.
03:57C'est effectivement son modèle.
03:59Et donc probablement à l'Europe d'essayer de trouver ses arguments
04:03pour pousser les Chinois à faire du transfert de technologie
04:06et à plus investir directement.
04:07Ce qui est d'ailleurs les investissements directs à l'étranger vers l'Europe.
04:12Il y a quelques décennies, les États-Unis l'ont fait.
04:14Et c'est ce qui a permis en partie à l'Europe de rattraper très rapidement
04:16à une époque où l'écart de PIB avec les États-Unis
04:20était à peu près ce qu'il est aujourd'hui.
04:21Olivier, moi je me souviens dans les années 90,
04:24l'ennemi c'était le Japon.
04:26On avait mis des quotas en place à l'encontre des producteurs,
04:32des fabricants automobiles japonais.
04:34Aujourd'hui, la première usine qui fabrique des automobiles en France,
04:40c'est Valenciennes et c'est Toyota.
04:42380 000 véhicules l'année dernière.
04:45Premier producteur de véhicules motorisés en France.
04:49Est-ce qu'on n'est pas en train de rejouer le même scénario de la peur avec les Chinois
04:51?
04:52Je crois que le premier sujet, avant de parler un peu des instruments,
04:57aujourd'hui le premier problème c'est que les Européens sont divisés.
05:00Comme l'a dit Antonin, il n'y a pas de consensus vis-à-vis de la Chine.
05:04Et si ce séminaire peut servir à quelque chose,
05:07ça serait d'abord en vue aussi d'un Conseil européen,
05:09parce qu'aujourd'hui il y a des pays comme l'Allemagne ou l'Espagne
05:13qui ont un peu leur stratégie de passagers clandestins vis-à-vis,
05:16enfin pas de passagers clandestins, mais en tout cas leur stratégie individuelle
05:19joue solo vis-à-vis de la Chine.
05:22Donc il faut arriver à un consensus.
05:24Après je pense qu'il pourrait être une bonne stratégie,
05:27c'est celle qui avait été dessinée,
05:29il y avait eu un rapport d'un groupe d'experts franco-allemands,
05:31pour le Conseil franco-allemand en septembre,
05:34en gros, qui disait voilà ce qu'il faut faire,
05:35c'est distinguer un peu selon les types de secteurs.
05:38Il y a des secteurs maintenant,
05:41de type bien de grande consommation, etc.
05:44Là il n'y a pas de raison de se protéger de la Chine,
05:46et c'est le consommateur européen qui en bénéficiera.
05:49Après il y a des secteurs, là où il faut se protéger,
05:53qui sont là des secteurs stratégiques,
05:55pour des raisons de souveraineté, de sécurité,
05:58liées à la défense ou autres.
05:59Et puis il y a un troisième type de secteur,
06:01c'est de se dire, et c'est ce dont on parle maintenant,
06:03où la Chine a pris de l'avance,
06:06ce type les batteries,
06:07et c'est là où on peut envisager des mesures,
06:11en les incitant à produire en France,
06:14et à faire du transfert de technologie.
06:15De la même manière, il suffirait,
06:17une chose qu'on peut faire,
06:18c'est de répliquer de la même manière,
06:20que quand une entreprise européenne investit en Chine,
06:23il y a un certain nombre de conditions de ce côté-là,
06:25et dédire aux Chinois,
06:26on met les mêmes conditions côté européen.
06:29Alors à nouveau, c'est plus facile à dire qu'à faire.
06:32Non mais est-ce que ça paraît dingue de dire aux Chinois,
06:34on va pratiquer chez nous ce que vous avez fait avec nous ?
06:37Puis le quatrième principe,
06:38c'est aussi de se dérisquer de la Chine,
06:40c'est-à-dire d'essayer de réduire,
06:42puisque effectivement,
06:44on voit aussi que la Chine a des moyens de rétorsion sur nous,
06:47notamment parce que sur un certain nombre de matières critiques,
06:50on dépend de la Chine,
06:52donc se dérisquer,
06:52ouvrir aussi, aller vers d'autres marchés,
06:54c'est un peu le sens aussi du Mercosur ou autre,
06:57c'est d'être moins dépendant du marché chinois,
07:01notamment dans le cas de l'Allemagne.
07:02Oui.
07:04Je repose cette question,
07:05Antonin Bergeau,
07:06parce que vous aviez l'air de dire
07:06que ça va être compliqué de faire accepter aux Chinois
07:10transfert de technologie,
07:12et John Venture,
07:14pour faire quoi ?
07:15C'est précisément ce qu'ils ont fait
07:16il y a un quart de siècle avec nous, non ?
07:18Avec succès.
07:19Si on arrive à mettre en face le marché européen
07:23dans son intégralité,
07:24on pourra négocier,
07:25je crois que l'excédent chinois en Europe
07:27est quand même 300 milliards ou 360 milliards d'euros.
07:31Oui, il y a plus de 1000 milliards d'excédents commerciaux.
07:33Mais 360 milliards,
07:34il y en a voir un tiers effectivement en Europe.
07:35Donc le marché européen est quand même important pour eux,
07:37et moi j'ai un peu de mal à comprendre la stratégie allemande,
07:39parce que l'industrie allemande
07:41se fait massacrer par la Chine progressivement,
07:44et certes il y a des usines allemandes
07:46qui produisent en Chine et qui vendent en Chine,
07:48mais c'est quand même une stratégie d'assez court terme il me semble.
07:51Donc on a effectivement intérêt,
07:52si ce séminaire peut servir à ça,
07:53effectivement tant mieux,
07:55de s'unir là-dessus.
07:56Mais il ne faut pas être naïf,
07:57les Chinois jouent sur la division européenne,
07:59les Américains aussi,
08:00et ils essaient de la renforcer
08:01en allant justement proposer des choses individuellement.
08:05De manière bilatérale, entre nations.
08:09Et la Hongrie était le premier point d'entrée des Chinois en Europe.
08:12Et je suis déjà tout à fait d'accord avec Olivier Garnier,
08:15c'est qu'on a essayé à un moment de faire des batteries en Europe,
08:20et on a mis beaucoup d'argent pour en faire,
08:21et on s'est rendu compte que ça ne marchait pas,
08:22parce qu'en fait vous ne pouvez pas décider de créer un marché,
08:25et vous ne pouvez pas décider de forcer les gens
08:27à acheter des produits qui ne sont pas compétitifs.
08:29Donc il y a des secteurs,
08:31y compris stratégiques,
08:32sur lesquels il faut abandonner d'une certaine manière,
08:34et se concentrer sur d'autres secteurs,
08:37sur lesquels soit il y a un enjeu de souveraineté qui est très net,
08:40et dans ce cas il faudra bien définir les objectifs en termes de souveraineté,
08:43soit des secteurs où il y a encore,
08:45où l'Europe est encore compétitive,
08:47heureusement il en reste beaucoup.
08:48Donc cet agencement, on est en train de le faire,
08:50on est capable de le faire au niveau européen, Patrick Artus ?
08:53D'abord il y a le problème de la segmentation du marché européen
08:55dont on a parlé,
08:56vous avez vu l'étude du FMI,
08:58enfin qui est discutée,
08:59mais qui montre que la segmentation du marché européen entre pays,
09:02c'est équivalent à 40% de droits de douane pour les biens,
09:05et à 110% de droits de douane pour les services concurs.
09:08Et donc investir, pour un Chinois, investir en Europe,
09:11c'est pas investir en Europe,
09:13c'est investir en Allemagne, au Portugal,
09:15avec une difficulté à écouler les biens.
09:17Bon, voilà.
09:19Et puis la seconde question,
09:20c'est légitime de dire ce qu'ont dit mes camarades ici,
09:26c'est qu'il faudrait se restreindre à ce qui est vraiment stratégique.
09:30Et donc il faudrait faire développer des industries européennes
09:33dans les domaines stratégiques,
09:35et attirer les Chinois,
09:37et faire des transferts technologiques,
09:39pour ce qu'on ne pourra pas rattraper.
09:41Mais alors la question, c'est,
09:43les Chinois, maintenant,
09:45sont en avance pour l'essentiel des biens technologiques.
09:48Il y a une avance sur tous les matériels
09:50pour la transition énergétique,
09:51sur les batteries, sur les éoliennes, sur le solaire.
09:53Il y a une avance sur la voiture,
09:56il y a une avance, maintenant, sur le médicament.
09:59Quand vous voyez les budgets de R&D des laboratoires chinois,
10:03il y a une avance sur le médicament, sur le vaccin, etc.
10:05Et donc qu'est-ce qu'il reste
10:07que l'Europe peut légitimement développer en se protégeant ?
10:11– Le luxe, les infrastructures et le quantique.
10:13– Le luxe…
10:14– Promesse de demain.
10:15– Oui, enfin bon, ça ne pourra pas vivre l'Europe.
10:18Et puis, c'est une vraie difficulté.
10:23Donc, on sait bien, en théorie, ce qui est stratégique.
10:27On avait dit que les batteries électriques, c'était stratégique.
10:29Mais comme a dit Antonin, c'est un échec,
10:32parce que la technologie chinoise augmente plus rapidement
10:35que la technologie des développeurs européens.
10:38– Olivier.
10:38– Il y a aussi un sujet qui est peu discuté,
10:41alors qui ne relève pas seulement de l'Europe,
10:43mais de la gouvernance mondiale,
10:44et qui a été peu discuté, y compris au niveau G7,
10:46c'est le taux de change de la devise chinoise.
10:49Parce que normalement, dans la situation chinoise,
10:51on devrait plutôt avoir une appréciation du taux de change réel
10:55de la Chine qu'on ne voit pas.
10:58En plus, la Chine a une inflation qui est moindre que la nôtre.
11:01Donc, il y a quand même un sujet,
11:03même si ce n'est peut-être pas le sujet le plus important dans les causes,
11:07mais il est un peu passé sous silence,
11:09ce qui doit arranger d'ailleurs nos amis chinois.
11:11Mais je crois qu'il faut quand même en rediscuter.
11:13– C'était l'autre sujet qu'on oublie du rapport de Thomas Grébin au plan,
11:18c'était aussi de jouer sur l'euro.
11:20– Oui, mais bon…
11:21– Droit d'oile, jouer sur la monnaie.
11:23– D'abord, on apprend, en regardant ces données américaines,
11:26que les Chinois font des énormes…
11:29Alors, c'est des prêts, c'est des énormes prêts au reste du monde.
11:33Et donc, effectivement, ils ont un excédent commercial massif,
11:36mais s'ils recyclent volontairement par des prêts au reste du monde,
11:40ça ne fait pas apprécier le RMB.
11:42Je veux dire, puisqu'ils ressortent des capitaux
11:46automatiquement pour le montant des excédents.
11:47La stratégie chinoise, ça a été longtemps d'accumuler
11:50des titres du Trésor américain.
11:51– Oui, américain.
11:52– Là, c'est terminé, les détentions par la Chine
11:55de titres du Trésor américain diminuent.
11:56Ça diminue depuis beaucoup d'années.
11:58Mais simplement, ils ont substitué,
12:00alors pas des participations au capital,
12:03parce qu'ils sont trop prudents
12:03et ils savent que ça sera rejeté par les pays occidentaux,
12:06mais des prêts, des londes.
12:09– Du point, ils font des prêts.
12:09– Des londes plutôt que de l'économie.
12:11– Et ils prêtent dans l'énergie,
12:13dans le transport de l'énergie,
12:14dans les ports, dans la tech, etc.
12:18Et c'est le premier prêteur étranger
12:20aux entreprises américaines.
12:23– La Chine devient non seulement l'usine,
12:26mais la banque du monde.
12:26– Et le financier du monde.
12:28Et ce n'est plus le financier des trésors,
12:29c'est le financier des entreprises privées.
12:31– Bon, c'était l'usine, ça devient le financier,
12:34et investisseur quand même, un peu, je rappelle,
12:3817 milliards d'investissements sur le sol européen.
12:43– Oui, et je pense qu'il y a des instruments
12:46qu'on n'a pas encore mobilisés,
12:48notamment la préférence européenne.
12:50– Oui, quelque chose dont on parle beaucoup.
12:51– Qui est en débat en ce moment.
12:52– Qui est lié à ce sujet.
12:55– On peut rappeler peut-être bien,
12:56expliquer ce qu'est la préférence européenne
12:58à ceux qui nous écoutent.
12:59– Ça peut prendre différentes formes,
13:00mais c'est l'idée que quand vous avez
13:02un appel d'offres pour un marché,
13:03vous donnez une aide aux entreprises européennes.
13:07Donc par exemple, si vous essayez de choisir
13:09l'entreprise qui est la plus compétitive,
13:11vous allez mettre un bonus sur une entreprise européenne.
13:13Alors ça peut être une forme faible comme ça,
13:15ou alors carrément...
13:16– Et puis une obligation de choisir,
13:17je crois qu'un des sujets qui est discuté
13:20aujourd'hui à Bruxelles,
13:21c'est que vous devez avoir au moins
13:22dans votre assemblage 40% de fournisseurs européens,
13:27voire peut-être...
13:28– Mais ça c'est un peu,
13:29c'est là où le diable est dans les détails,
13:31parce que quand on fait des objectifs chiffrés comme ça,
13:34où on oblige à avoir des composants européens,
13:37on se retrouve avec le problème des batteries
13:39qu'on a évoquées,
13:39c'est-à-dire que parfois vous n'avez pas
13:41d'options européennes de qualité.
13:42Donc il vaut mieux faire à mon avis...
13:44– Et puis c'est plus cher aussi, tout simplement.
13:46– C'est plus cher et moins compétitif.
13:47– Et puis moins compétitif.
13:48– Et effectivement derrière,
13:49vous avez des constructeurs auto-huile
13:50qui ne vont pas acheter les batteries de toute façon,
13:51parce qu'ils préfèrent prendre des batteries chinoises.
13:54Mais vous pouvez par contre,
13:55notamment sur des marchés publics,
13:57et sur l'IA,
13:57je pense que c'est tout à fait quelque chose
13:59qui devrait être envisagé,
14:00dire qu'on va ouvrir un marché public
14:03et là on va faire une aide
14:05ou carrément interdire un acteur non européen
14:08ou alors donner un bonus aux acteurs européens
14:11pour leur faciliter de remporter cet appel d'offres.
14:14C'est ce que font les États-Unis.
14:16Et c'est ce qu'a fait la Chine
14:17avec une version extrême
14:18qui a été carrément d'interdire les acteurs américains
14:20dans le numérique à un moment donné.
14:21Mais c'est ce qui permet de développer les entreprises
14:24de manière endogène,
14:25de manière par le marché
14:27et pas en se disant
14:28on va tout de suite dire
14:2940% d'entreprises européennes
14:30et quand on n'a pas ouvert le marché,
14:32ça n'arrive pas magiquement.
14:33– Vous me faites une transition formidable
14:34vers le dernier thème de cette émission
14:36qui est,
14:36est-ce qu'il faut contraindre les Européens
14:38à acheter Mistral ?
14:41Pour faire simple,
14:42plutôt qu'en tropique ou OpenAI.
14:45Mistral qui tenait hier une grande keynote à Paris
14:48devant tous les états-majors du CAC 40.
14:51Arthur Mensch qui fait un travail,
14:53moi je trouve,
14:54d'éducation extraordinaire en ce moment.
14:56Encore une fois,
14:57allez voir l'audition à l'Assemblée nationale
14:59il y a une quinzaine de jours.
15:02Il a demandé,
15:03il a demandé
15:04est-ce que les donneurs d'ordre
15:05le soutiennent lui ?
15:06Je rappelle que Mistral,
15:08bon, c'est une décacorne formidable,
15:09valorisée 12 milliards,
15:11en tropique,
15:11après sa levée de fonds cette nuit,
15:13c'est 1000 milliards.
15:14On a un écart de 100
15:16entre les acteurs américains
15:18et les acteurs européens
15:20en termes de valo.
15:22Est-ce qu'il faut contraindre
15:23Patrick Artus,
15:24les grands donneurs d'ordre ?
15:26Ils le font,
15:27il a la moitié du CAC 40,
15:28Arthur Mensch,
15:29comme client,
15:30mais ils ne le font pas.
15:31Par patriotisme économique,
15:33j'ai envie de dire,
15:33parce qu'ils sont aussi
15:34auprès des grands acteurs américains
15:36pour le soutenir,
15:37mais est-ce qu'il faut
15:38contraindre davantage ?
15:39Est-ce que la commande publique
15:40ne pourrait pas faire davantage aussi ?
15:43Je n'ai pas d'expertise.
15:48Mistral est sur un créneau
15:50d'IA très particulier
15:51qui ont les sections,
15:51les IA,
15:52qu'on dit spécialisés
15:54ou professionnels.
15:54Il fait du sur-mesure
15:55et notamment il vise
15:56beaucoup l'industrie
15:57et des partenariats.
15:58Ce n'est pas des IA généralistes.
15:59Ce n'est pas des IA grand public.
16:02Et donc,
16:03ça explique une grande partie
16:05de l'écart de valorisation.
16:06Il n'est pas dans le même marché.
16:09Je crois que les entreprises
16:12sont très contentes
16:14de la qualité des produits
16:15de Mistral.
16:16Il n'y a pas de handicap
16:17de qualité.
16:19Et donc,
16:19oui,
16:20je veux dire,
16:21si la qualité égale,
16:22on peut préférer...
16:23Dans le modèle de développement,
16:24voilà.
16:24Est-ce que l'Europe
16:26doit se réveiller
16:27sur je soutiens
16:29par la commande publique
16:30mes acteurs européens
16:31pour sortir
16:32la colonie numérique américaine ?
16:34Il y a un autre problème.
16:35On a des données
16:36qui montrent
16:36qu'effectivement,
16:37les grands groupes
16:38ont adopté l'IA
16:40importante.
16:41Je crois que le taux
16:42d'utilisation de l'IA
16:42dans les grands groupes,
16:43c'est plus de 30%.
16:45Mais les PME
16:46sont très absentes.
16:48Et donc,
16:49il reste un travail
16:50pour aligner
16:51la taille du marché européen
16:53à la taille du marché américain.
16:54Encore une fois,
16:55la fragmentation.
16:56C'est les PME,
16:57ETI
16:57qui sont en retard
16:58sur l'utilisation de l'IA.
17:01Est-ce qu'on va pouvoir
17:02rattraper ce retard
17:03en temps de l'image ?
17:04Parce qu'on peut se dire aussi,
17:05bon,
17:05le marché
17:06et le marché
17:07et donc,
17:07on prend la solution
17:08la plus efficace,
17:09le meilleur rapport qualité-prix
17:10et puis,
17:11le plus fort gagné à la fin.
17:12Voilà.
17:13C'est un très gros marché.
17:14Donc,
17:15il y a sans doute
17:15la place pour plusieurs acteurs
17:16et sur Mistral,
17:17en fait,
17:18a une valorisation
17:18qui est plus faible
17:19mais en fait,
17:19il y a une valeur sociale
17:20importante pour l'Europe
17:21parce que c'est un peu
17:22l'assurance de l'Europe
17:25sur les Américains.
17:26Si jamais on rentre
17:27vraiment dans un monde
17:28où on nous coupe l'accès
17:29aux modèles américains,
17:29au moins,
17:30on ne part pas à zéro.
17:31On a déjà Mistral
17:32qui est certes
17:33sur les modèles
17:36généralistes
17:37et plutôt inférieurs.
17:38Enfin,
17:38en même cas,
17:39arrêter la course.
17:39Oui,
17:40mais ce n'est plus son modèle
17:41maintenant.
17:41Mais ce n'est pas
17:42tout le marché.
17:43Et donc,
17:43effectivement,
17:43il y a par exemple
17:45le marché public
17:46qui a été ouvert
17:48pour équiper l'administration
17:49et là,
17:50Mistral a été préférée
17:52de manière très assumée.
17:54Alors,
17:54je ne sais pas
17:54quelle forme ça a pris
17:55mais en tout cas,
17:55c'est Mistral
17:56qui a remporté
17:56tout de suite le marché
17:57et c'est quand même
17:58un gros marché.
17:58Donc,
18:00ça va permettre à Mistral
18:01de se développer
18:02et d'aller...
18:03Donc,
18:03c'est déjà cas.
18:04La commande publique
18:05est rentrée.
18:05Il y a eu une annonce
18:06en début d'année
18:07du gouvernement
18:07qui expliquait
18:08qu'il allait mettre
18:09orienté 4 milliards et demi
18:12dans l'IA numérique.
18:13Enfin,
18:13je parlais de ce qui avait
18:14été fait avant
18:15mais effectivement,
18:16il y aura d'autres appels
18:16d'offres
18:17et je ne sais pas
18:18qui les gagnera
18:18mais c'est très quand même
18:19vrai que ce soit Mistral.
18:20Par contre,
18:21le modèle,
18:22c'est un tout petit bout
18:23de la chaîne de valeur
18:23et le problème qu'on a
18:24en fait,
18:25c'est que certes,
18:25il y a Mistral au bout
18:26mais derrière,
18:27si vous voulez équiper
18:28massivement les entreprises
18:29et encore pire,
18:30l'administration
18:31et l'armée,
18:32etc.
18:33d'IA,
18:33il faut les data centers
18:34souverains
18:35et un data center,
18:36c'est du béton
18:37et c'est du hardware
18:37mais c'est aussi
18:38le logiciel,
18:39la couche logicielle
18:39qu'on met dessus le cloud
18:40où là...
18:41Il y a des partenariats
18:42avec Soprasteria,
18:43avec Accenture
18:44mais ça date de janvier,
18:46le partenariat à Sens
18:47avec Google
18:48et Thales
18:49et puis il y a
18:49d'autres systèmes,
18:50c'est très récent
18:51et on est sur le cloud,
18:53on a vraiment un retard
18:55qui est problématique,
18:56qui nous ralentit
18:56beaucoup plus
18:57que la partie modèle.
18:58Donc il faudrait
18:59qu'il y ait Mistral
18:59qui se développe
19:00mais il faut aussi
19:00qu'on continue
19:01à développer
19:02toute la chaîne derrière
19:03et là,
19:03à nouveau,
19:04peut-être que sur
19:04certains maillons de la chaîne
19:05on va devoir renoncer
19:07et passer un accord
19:08avec des partenaires
19:09chinois ou américains
19:10parce qu'on ne pourra pas
19:11tout reconstituer.
19:12C'est le cas avec le cloud,
19:13le cloud souverain
19:15comme on dit,
19:16il est souvent franco-américain.
19:17Sur ce sujet
19:18de la souveraineté numérique,
19:20tout à l'heure
19:20vous avez dit
19:21patriotisme économique,
19:22je crois que c'est même pas
19:23pour les entreprises,
19:24il n'y a pas tellement besoin
19:25de les forcer
19:26et ce n'est pas pour faire plaisir
19:27à je ne sais qui
19:28qu'elles font ça,
19:29c'est qu'aujourd'hui
19:30dans le contexte
19:32géopolitique actuel
19:33de fragmentation,
19:34aujourd'hui
19:34les entreprises européennes
19:36sont complètement conscientes
19:37du fait que
19:39elles ont besoin
19:40de ne pas être
19:41à la merci
19:41d'une décision
19:42qui serait prise
19:43à Washington ou autre.
19:44Le problème c'est comme
19:45l'a dit Antonin,
19:46souvent dans le cloud,
19:48elles manquent
19:48de fournisseurs.
19:50Donc là c'est plutôt
19:51je dirais
19:52le sujet mistral,
19:53il vient plutôt,
19:54il n'y a pas besoin
19:55de forcer
19:56les entreprises,
19:57là c'est plutôt
19:58quand il y en a un,
19:59elles sont au contraire
20:00très contentes
20:00quand il y a un fournisseur
20:02européen,
20:02donc il faut aussi
20:04traiter le sujet
20:05là où on a des manques
20:07aussi du côté européen
20:10sur toute la chaîne.
20:12Oui,
20:13et puis l'avantage
20:13de Mistral
20:14c'est qu'il est frugal
20:15aussi ce système
20:16contrairement aux large
20:17modèles qui eux
20:18consomment en permanence
20:19et qui sont de plus en plus
20:21honoureux,
20:21ça devient un sujet
20:22dans les entreprises.
20:22Patrick,
20:23je voulais réagir
20:23au propos de...
20:24Oui,
20:24non mais je voulais dire,
20:26aller dans le sens
20:27de ce qui a été dit,
20:28que les modèles,
20:30les langages
20:31et même les langages
20:32spécialisés,
20:33c'est qu'un petit bout
20:33de la chaîne de lire
20:34et il ne faut pas
20:36négliger le hard,
20:37donc les microprocesseurs,
20:39les mémoires,
20:40les disques durs,
20:42etc.
20:42Et les fournisseurs de hard
20:44sont tous américains
20:45mais en fait
20:46ils ne produisent pas
20:47aux Etats-Unis.
20:47C'est déjà fini,
20:48non ?
20:49C'est Micron,
20:50c'est Intel,
20:51etc.
20:52Mais c'est des fournisseurs
20:54qui sont délocalisés
20:55dans leur production
20:56en Asie,
20:57dans certains pays,
20:58en Chine,
20:59à Singapour,
21:00etc.
21:01Et donc,
21:03de toute façon,
21:04on restera dépendant
21:05pour le hard,
21:06pour les matériels,
21:08il n'y aura pas
21:09de constructeur européen
21:12significatif
21:12de semi-conducteurs
21:13ou de disques durs
21:14dans les 20 prochaines années.
21:16Bon,
21:16donc pour maximiser
21:18nos chances,
21:18c'est quoi ?
21:19C'est diversifier
21:19nos fournisseurs ?
21:21De ne pas mettre
21:22tous ses oeufs
21:23dans le même panier ?
21:24Comment on s'en sort
21:26en mieux ?
21:27Je pense qu'après,
21:28la couche hardware,
21:31au moins l'avantage
21:32est qu'elle est coupée.
21:34Il n'y a pas d'enjeu
21:35de souveraineté,
21:36c'est plutôt
21:36un enjeu économique.
21:37Sauf si on nous coupe
21:38l'accès évidemment
21:39au puce NVIDIA
21:40ou autre,
21:41mais disons qu'il n'y a
21:42pas d'enjeu
21:43de vol de données,
21:43il n'y a pas d'enjeu
21:44de risque cybersécurité.
21:46Le problème,
21:46c'est plutôt
21:47le stockage de données.
21:48Donc là,
21:48on est en train
21:48de le régler
21:49avec différentes options
21:51qui ont été prises.
21:52Et après,
21:53pour revenir
21:54à la question de terre,
21:55ouvrir le marché
21:56à Mistral
21:57en poussant très fortement
21:58un champion
21:58comme on a pu le faire
22:00dans le passé,
22:01il y a quand même
22:02un risque important
22:02d'absence de concurrence
22:05qui fait que Mistral
22:06va certes bénéficier
22:07d'un grand marché,
22:07mais après,
22:08derrière,
22:09peut-être être moins incité
22:09à aller innover.
22:11Or,
22:11l'outil du marché public
22:13est très mobilisé,
22:14notamment aux Etats-Unis
22:15et puis en Chine.
22:16C'est ce que font
22:17les Américains quand même.
22:18Oui,
22:18mais avec la mise en concurrence
22:19quand même importante
22:21et en priori,
22:23sans avoir un champion national
22:25en tête
22:25quand ils ouvrent un marché,
22:26c'est vraiment basé
22:29sur les compétences
22:30et pendant longtemps,
22:31d'ailleurs,
22:31si c'était un étranger
22:33qui a emporté le marché,
22:33ce n'était pas tellement vu
22:34comme un problème.
22:35c'était vraiment,
22:36la concurrence était mise en avant,
22:37mais dans l'idée
22:38d'ouvrir le marché public.
22:39Et c'est ça qui permet
22:40d'avoir à la fois
22:41de l'innovation
22:42et puis des capacités
22:43d'investissement.
22:44Oui,
22:44on a un peu peur
22:45pour la suite quand même,
22:46non ?
22:46Je ne sais pas Olivier,
22:47on n'a pas la...
22:48On se demande comment
22:50cette souveraineté
22:51qui tarde tant,
22:52dont on parle tant,
22:53qui est portée
22:53depuis Emmanuel Macron
22:55notamment,
22:55depuis près de 10 ans
22:56sur la scène de l'IA.
22:57Après,
22:57il ne faut pas oublier aussi
22:58le sujet de l'adoption de l'IA.
22:59Là,
22:59il y a des économistes
23:01de la Banque de France
23:01qui viennent de publier
23:03un billet à partir,
23:04il y a une enquête
23:05au niveau Eurosystems,
23:06ce qu'on appelle
23:06l'enquête SAFE,
23:07et ils ont fait un travail
23:08à partir de ça
23:09qui montre
23:09qu'il y a plutôt
23:11dans les entreprises françaises
23:12davantage de réticences,
23:13de blocages
23:14pour le moment
23:14vis-à-vis de l'IA.
23:16Et ça,
23:16c'est par rapport
23:17à nos partenaires européens,
23:18ce n'est pas par rapport
23:19à la Chine ou aux Etats-Unis.
23:21Donc je crois,
23:21au-delà aussi
23:22de la question du fournisseur,
23:23je crois qu'il faut aussi
23:24traiter ce problème-là.
23:24On est en retard
23:25sur l'adoption
23:26par rapport à nos oiseaux.
23:26Et on est plus réticents
23:29à l'adoption,
23:30donc je vous renvoie
23:31à ce billet.
23:32Il n'y a que 12%
23:33des entreprises françaises
23:34qui utilisent
23:35de façon routinière l'IA.
23:37Bon.
23:38Eh bien,
23:38on a encore du pain
23:42Olivier Garnier
23:43et Antonin Bergeau
23:44pour cette émission passionnante
23:45disponible en podcast
23:46et replay
23:46sur l'application
23:48BFM Business.
23:49Tout de suite,
23:49BFM Entreprises
23:50animée par Sandra Grandoin.
23:52Quant à nous,
23:52on se retrouve
23:52la semaine prochaine,
23:54même heure,
23:54même endroit,
23:549h30,
23:5510h30 en direct
23:56sur BFM Business.
23:58Très bonne journée à tous.
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