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  • il y a 14 minutes
Pierre Pelouzet, médiateur des entreprises, était l'invité de Laure Closier dans Good Morning Business, ce jeudi 28 mai. Ils sont revenus sur la hausse des litiges entre entreprises, ainsi qu'entre entreprises et organismes publics, et sur les dispositifs de médiation mis en place pour résoudre ces conflits, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h44 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin c'est Pierre Pellouzet, médiateur des
00:05entreprises.
00:06C'est du crédit tout à fait mais c'est bien, des entreprises. Merci d'être avec nous ce matin.
00:11Quand on regarde vos chiffres sur 2025 avant d'en venir précisément à la situation de ces dernières semaines,
00:15on voit que vous avez de plus en plus de dossiers à traiter. 2100 dossiers sur 2025, une hausse de
00:2010% sur un an.
00:21La question c'est de savoir, c'est une bonne nouvelle ou c'est une mauvaise nouvelle ? Vous regardez
00:25ça comment ?
00:26Oui bonjour Laure, effectivement. Alors j'allais dire les deux, c'est pas que je suis normand, mais c'est
00:30vrai que c'est un peu les deux.
00:30Un, ça veut dire qu'il y a une tension dans l'économie qui est normale. On voit tous les
00:34impacts, tous les chocs qu'on a eus depuis 4-5 ans.
00:37Et donc tout ça, ça crée de la tension entre les entreprises ou entre les entreprises et les acteurs publics.
00:41La bonne nouvelle c'est que le réflexe médiation, c'est-à-dire se dire on a une tension, on
00:46a un problème de paiement, un problème de contrat,
00:48allons voir le médiateur et essayons de nous parler. Ce réflexe-là commence à grandir et on voit les chiffres
00:54qui effectivement grandissent, grandissent.
00:55On a fait plus de 2000 médiations l'an dernier et cette année, on est en très forte hausse depuis
01:00le début de l'année,
01:01ce qui montre que cette tension et cet appel aux médiateurs continuent à grandir.
01:04Et ce qu'il faut dire, c'est que dans 70% des cas, vous trouvez une solution.
01:09Ce qui veut dire quand même que, il faut le dire aux entrepreneurs qui nous écoutent, c'est-à-dire
01:13qu'on arrive quand même à avancer ensemble.
01:15Absolument et c'est le but. Qu'est-ce qu'on fait nous ? On crée une bulle de confiance,
01:19on crée une bulle de dialogue.
01:20Le médiateur, ce n'est pas un juge, ce n'est pas un arbitre, ce n'est pas l'avocat
01:23d'une des deux parties.
01:25C'est quelqu'un qui va vous mettre autour d'une table, autour d'une visio, parce qu'aujourd'hui,
01:28c'est beaucoup de visio,
01:29et qui va vous aider à vous écouter. On a un problème d'écoute aujourd'hui.
01:33Les gens crient, parlent plus fort, s'envoient des lettres recommandées, vont au tribunal.
01:37Non, parlons-nous. Et là, petit à petit, on recrée un peu de confiance, on s'écoute.
01:43Finalement, on se rend compte qu'il n'y a pas tellement d'écart dans les positions des uns et
01:46des autres,
01:46et on trouve des solutions, et on continue à travailler ensemble en ayant résolu un problème.
01:51Donc oui, dans 70% des cas, vous l'avez dit, ça marche, et les entrepreneurs trouvent leur solution.
01:56Vous avez le même discours que l'Ursaf. J'ai reçu le patron de l'Ursaf, Nicolas Yanty, il n
02:00'y a pas très longtemps.
02:01Lui aussi disait, n'hésitez pas à parler même avec l'Ursaf.
02:04Ce n'est pas un coup près, l'Ursaf. On peut discuter.
02:07Absolument. Il y a d'ailleurs des médiateurs à l'Ursaf que vous pouvez saisir.
02:11Et d'ailleurs, petite nouvelle d'actualité, la loi Simplification, qui a été promulguée hier,
02:18comporte une clause qui va nous permettre de mettre en place des médiations pour les entreprises avec toutes les administrations.
02:24Donc dans les mois qui viennent, nous aurons un service de médiation ouvert à toutes les entreprises, pour toutes les
02:28administrations.
02:29Ça fait partie de la loi. On est heureux de voir que la médiation prend encore plus d'ampleur.
02:33Et on est heureux de voir que la loi est enfin votée, puisque c'était un petit peu long.
02:36Il faut bien le reconnaître.
02:38Dans les dernières semaines, qu'est-ce que vous voyez remonter ?
02:40Est-ce que ce sont particulièrement les entreprises qui roulent beaucoup ?
02:44Alors évidemment, les routiers particulièrement sont touchés. Qu'est-ce qui vous remonte là ?
02:48Alors, tous les secteurs sont touchés.
02:51Mais effectivement, il y a des secteurs en particulier.
02:53D'ailleurs, c'est des secteurs avec qui on travaille.
02:54Vous parlez des routiers, le secteur du transport routier.
02:57On a ce qu'on appelle une médiation de filière.
02:59C'est un grand mot pour dire quoi ?
03:00On a réuni tous les acteurs, les pétroliers, les distributeurs, les syndicats de transporteurs routiers, les chargeurs, c'est-à
03:07-dire les clients de ces transporteurs, pour essayer de les faire travailler ensemble.
03:12Évidemment, la difficulté, c'est quoi ?
03:14Le transporteur, il va à la pompe, il paye tout de suite et il paye plus cher qu'avant.
03:18Et puis ensuite, il va faire son transport, il facture et quand tout va bien, 30 jours après, il est
03:24payé.
03:25Tout ce délai-là, c'est de la trésorerie qu'il faut porter et qui met en difficulté le transporteur
03:29qui n'a pas forcément les épaules pour le faire.
03:30Parce qu'il y a des clauses quand même pour pouvoir partager le coût de l'essence avec les clients.
03:34Il y a des clauses. Il y a même un règlement qui dit qu'on doit partager et augmenter les
03:38prix.
03:39Simplement, il y a ce temps-là, cette trésorerie entre le moment où on paye le carburant et le moment
03:43où on est payé de sa facture.
03:45Ça peut être 60-90 jours et cette trésorerie-là, il faut l'avoir.
03:48Donc, si tout le monde travaille ensemble avec un peu de souplesse, le pétrolier pourra aménager un petit peu les
03:54délais de paiement,
03:55le client qui paye un petit peu plus tôt, qui accepte Viteos, ça va, ça se passe bien.
03:59Si ça tire chacun de son côté en disant « Bon, attendez, débrouillez-vous, chacun pour soi, je ne suis
04:04pas pressé de vous payer »,
04:05ben là, ça fait des dégâts.
04:07Et vous, vous retrouvez-vous dans des situations où vous expliquez au client final qu'il faut qu'il accepte
04:11de partager la facture ?
04:12Surtout, on met tout le monde autour de la table et on lui explique la situation.
04:15En fait, le transporteur explique sa situation.
04:17Il lui dit « Voilà, si vous ne me payez pas tout de suite, voire même plus tôt, je vais
04:21être en difficulté.
04:22Et vous savez quoi, la prochaine fois que vous aurez besoin d'un transport, je ne serai peut-être plus
04:25là. »
04:26Une fois qu'on se dit ça les yeux dans les yeux autour d'une table, ce n'est pas
04:29pareil que, vous savez, sur un listing, sur un ordinateur.
04:33La vérité, c'est les gens qui se parlent et qui peuvent trouver des solutions ensemble
04:36et faire parler les gens, c'est quand même pas mal.
04:38Parce que sur les tensions de trésorerie, on en est là, sur certaines entreprises,
04:4262% des TPE, PME ressentent déjà l'impact de la crise au Moyen-Orient.
04:48Ressentir l'impact de la crise, ok, là, vous nous dites, vous, on peut être avec des disparitions d'entreprises
04:52pour des questions de trésorerie, là ?
04:54En fait, la première raison de disparition des entreprises, c'est la trésorerie.
04:58Qu'est-ce qui se passe ? Un jour, il n'y a plus de sous dans la caisse, c
05:00'est aussi basique que ça.
05:02Et l'argent, il vient d'où ? Il vient des clients.
05:04Si un client ne vous paye pas, vous paye en retard, ne veut pas vous faire une avance quand vous
05:09en avez besoin,
05:09alors que lui a les moyens, il vous met en difficulté.
05:12Alors que si, tout simplement, il vous paie à l'heure, voire même il vous écoute quand vous dites,
05:16« Attendez, là, c'est un petit peu tendu, ça serait quand même sympa d'accepter une hausse un peu
05:20plus tôt
05:20ou de me payer un petit peu plus tôt, et qu'il en a les moyens, vous sauvez une entreprise.
05:24»
05:25C'est très basique, très simple, mais ça marche si on le fait.
05:27Et ça ne se faisait pas naturellement ? C'est-à-dire qu'on a besoin d'un intermédiaire pour
05:30faire ça ?
05:31C'est ça qui est intéressant ?
05:33Malheureusement, le réflexe commun que nous avons tous, c'est un peu le chacun pour soi.
05:36Et le chacun pour soi, ça veut dire, c'est la loi du plus fort, le plus gros impose ses
05:41conditions aux plus petits,
05:42et quand vous êtes coincé entre un gros fournisseur qui vous dit,
05:45« Les prix, je vais les augmenter de 50% ou de 30% ou de 40% »,
05:49et un client qui vous dit, « T'es hausse de prix, c'est pas pressé, je te paierai quand
05:53j'aurai le temps »,
05:54le maillon le plus fragile de la chaîne, il peut céder.
05:58Et ce qui est terrible, c'est que tout le monde va être affecté.
06:00C'est ça qu'on fait dans ces médiations de filière, c'est qu'on fait prendre conscience
06:03que ce n'est pas parce que c'est une petite entreprise qu'elle n'est pas indispensable.
06:06Il faut faire attention aux maillons fragiles de la chaîne, aux artisans, aux TPE, aux transporteurs.
06:13Ils sont indispensables à tous nos métiers.
06:15Et pour soulever le capot un peu du médiateur des entreprises,
06:19c'est des bénévoles qui font tout ça chez vous ?
06:21Alors effectivement, on a une centaine de médiateurs et médiatrices
06:24parce qu'on veut couvrir tout le territoire.
06:25Où que vous soyez à l'antenne ou à l'écoute,
06:28vous avez des médiateurs et médiatrices près de chez vous.
06:30Ce sont effectivement pour les deux tiers des bénévoles,
06:33anciens chefs d'entreprise, anciens jurés tribunaux de commerce, anciens cadres dirigeants,
06:36mais ce sont aussi des volontaires de l'administration.
06:39Le troisième tiers, c'est des agents de l'administration.
06:41Leur direction leur dégage un petit peu de temps pour qu'ils fassent de la médiation.
06:45Tous ces gens-là sont formés.
06:46Ça a l'air facile de dire, on met les gens autour de la table
06:48et on leur offre un café et tout va bien.
06:50Non, on les forme.
06:51Il y a même des formations très poussées de médiation.
06:53Pour créer ce dialogue, pour s'assurer que les gens puissent se parler,
06:57il faut être formé.
06:58Et ce sont des vrais experts de la médiation
07:00que vous aurez avec vous pour vous accompagner.
07:02Et vous avez l'impression vraiment qu'il y a une conflictualisation.
07:05Hier, avec le MEDEF et Serge Papin, on parlait de ces échanges de lettres recommandés
07:10où on se parle dans la presse.
07:11Ça vous dit, c'est pas possible, à un moment donné, ils ont besoin de ça,
07:14ils ont besoin d'une médiation.
07:15Mais vous remarquez ça aujourd'hui dans les relations entre les boîtes.
07:18Évidemment, évidemment.
07:19Aller dans la presse, même si j'adore la presse, les médias,
07:23aller crier partout, aller au tribunal,
07:25alors qu'on aurait pu d'abord se parler, c'est dommage.
07:28Vous perdez du temps, vous perdez de l'énergie.
07:31Moi, je pense à ces chefs d'entreprise qui ne dorment pas la nuit
07:33parce qu'il y a une facture qui est dehors, c'est un gros client
07:35et ils ne savent pas comment faire.
07:38On leur offre cette opportunité de dialogue,
07:40les factures sont payées, on se comprend mieux,
07:42on se serre la main, on travaille ensemble, on remet de la confiance.
07:45Alors, pourquoi utiliser tous ces autres moyens
07:47alors qu'on a celui-là ?
07:48Commencez par ça et surtout, venez le plus tôt possible.
07:51Et du coup, comment vous regardez les propositions de loi
07:55sur le fait d'être plus dur avec les mauvais payeurs
07:57ou le name and shame ?
07:58Vous dites, c'est utile ou pas ?
08:01C'est malheureusement utile.
08:03Et je dis bien les deux mots.
08:04Évidemment, en tant que médiateur, c'est terrible pour moi de dire
08:08qu'il faut verbaliser des entreprises.
08:11Le constat, les délais de paiement,
08:13c'est un combat que je mène depuis une quinzaine d'années.
08:16Mais on a été bien meilleur qu'aujourd'hui.
08:19En 2019, le retard moyen, c'était 10 jours.
08:22Alors, c'est déjà beaucoup.
08:2410 jours, c'est à peu près 10 milliards d'euros
08:25qui sont dans les caisses des grands comptes
08:27plutôt que dans les caisses des entreprises.
08:28Mais aujourd'hui, on est remonté à 13, 14, 15 jours de retard.
08:32Donc, chaque fois, c'est des milliards d'euros
08:33qui sont dans les mauvaises caisses, malgré tout ce qu'on a fait.
08:36La médiation, on a aussi tout un travail sur les achats responsables.
08:39Et on voit des entreprises qui payent bien.
08:41On voit des acteurs publics qui payent bien.
08:43Malheureusement, il y en a d'autres.
08:45Je vais dire, ceux qui payaient mal, payent de plus en plus mal.
08:48Donc oui, la loi proposée par le sénateur Rittmann
08:52qui est de passer à 1% du chiffre d'affaires mondial,
08:55le plafond des sanctions,
08:57j'espère, va faire prendre conscience.
08:59Encore une fois, le but, c'est de ne pas de sanctionner.
09:01J'aimerais bien que dans tous les conseils d'administration
09:03des grandes entreprises de France,
09:04tous les mois ou tous les trimestres,
09:06le directeur financier vienne montrer ses résultats
09:08en termes de délais de paiement.
09:11Il le fait sur les clients.
09:12On dit, est-ce que les clients sont satisfaits ?
09:14On regarde les résultats des usines.
09:16Est-ce que, quel est le taux de défaillance des usines ?
09:18On ne regarde pas cet indicateur-là.
09:20On ne regarde pas cet indicateur-là.
09:21Pourquoi ?
09:21Il nous reste quelques secondes.
09:23Entre les organisations patronales
09:25qui disent que la situation économique est difficile
09:27et le gouvernement qui dit, il y a des ventes contraires,
09:28mais on résiste.
09:29Vous mettez-vous le curseur où ?
09:31On résiste.
09:32Clairement, moi, je suis entouré de TPE, PME.
09:35Je vois leur résistance.
09:36Je vois leur résistance depuis 4-5 ans.
09:38C'est-à-dire qu'on a eu le Covid,
09:40on a eu la flambée des matières premières,
09:42on a eu la crise en Ukraine,
09:44la flambée de l'énergie,
09:45on a eu l'inflation,
09:45on a eu la hausse des taux d'intérêt.
09:47Les chefs d'entreprise s'adaptent.
09:49Ce qu'il faut, cependant,
09:50c'est qu'ils se laissent aider.
09:52Et ce n'est pas évident pour un chef d'entreprise
09:54de se dire,
09:54je ne peux pas tout résoudre tout seul.
09:56Il y a beaucoup de gens pour les aider.
09:58On a même,
09:58si vous allez sur le site médiateur des entreprises,
10:00un petit guide
10:01avec tous les acteurs
10:02pouvant aider les chefs d'entreprise.
10:04Il faut qu'ils aillent voir quelqu'un.
10:06Venez nous voir,
10:06on vous orientera s'il le faut
10:07vers le bon interlocuteur.
10:09On a aussi la capacité de le faire,
10:10mais de rester pas seul face à une difficulté.
10:13Merci beaucoup Pierre Pellouzet
10:14d'être venu ce matin
10:15dans la matinale de l'économie.
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