00:00Il est 8h44 sur BFM Business et sur AMC Live. La journée à Cap PME commence.
00:04On est à Station F avec cette journée dédiée aux entrepreneurs pour faire émerger les solutions dans la présidentielle.
00:10Nos deux invités, c'est Marie-Sermadiras. Bonjour. Vous êtes directrice générale de Terre et Ciel Studio en face de
00:15vous.
00:15Léonard Prunier, bonjour. Président de la FEF et président de Prunier.
00:19On a beaucoup de choses à se dire ce matin, mais je commence un peu avec le thème de la
00:23journée.
00:23Est-ce que vous êtes un peu ce matin découragé, Léonard ? On se parle depuis des années.
00:28Mais est-ce que vous sentez, vous ou dans les entrepreneurs auxquels vous parlez, un petit sentiment de découragement ?
00:35Chez les entrepreneurs, on ne parlera jamais de découragement.
00:38Mais parfois de l'assitude un peu. Et puis à un moment de se dire, mais quand est-ce qu
00:42'on va se réveiller dans ce pays ?
00:44Simplifiez, créons de la valeur, avançons, arrêtons de mettre des contraintes.
00:47Il est temps de se réveiller et j'espère que les PME seront au cœur du débat présidentiel.
00:51Marie-Sermadiras, vous êtes dans la beauté. Vous avez créé un site en ligne, c'est ça, de beauté.
00:57Est-ce que vous avez toujours la niaque ?
00:59C'est dur de ne pas la voir quand on est entrepreneur. De toute façon, l'entrepreneur qui n'a
01:02pas la niaque, il ne tiendra pas longtemps.
01:04Donc évidemment que j'ai la niaque. Moi, je viens de recréer une nouvelle société dans le textile, cette fois
01:08-ci, il y a un an.
01:10Donc ça sera mon troisième chapitre entrepreneurial à 36 ans. Donc je pense que j'ai toujours la niaque, oui.
01:15Dans le textile, on était avec Guillaume Gibault il y a quelques instants.
01:18Effectivement, là, il faut avoir le cœur bien accroché. C'est-à-dire que c'est quoi votre vision à
01:22vous ?
01:22Vous dites qu'on peut, comme il le disait il y a quelques instants, faire du made in France, fabriquer
01:26en France. C'est possible pour vous ?
01:27C'est possible, c'est ce qu'on fait. Et on y croit et on voit que les résultats sont
01:30là. Donc oui, c'est possible.
01:32S'il y avait un verrou à mettre en avant et à faire remonter aux politiques, on sera tout à
01:38l'heure lors des plénières avec Serge Papin, le ministre des PME.
01:40Vous mettez quoi en avant ? Vous lui dites quoi ?
01:42Libération. Je pense qu'on a besoin de libérer nos énergies, on a besoin de simplifier et on a besoin
01:47de valoriser le travail.
01:48On est en train de séparer les travailleurs et le monde des entrepreneurs alors qu'on a besoin d'être
01:53unis pour y arriver.
01:54Donc c'est ça le message. Quand on regarde les sondages d'opinion, on voit quand même que quand vous
01:59interrogez les Français sur l'entreprise, ils sont positifs, Léonard.
02:02C'est-à-dire qu'ils ne disent pas du tout que c'est une caste à part, ça les
02:05rassure, c'est un cadre qu'ils comprennent.
02:08Ils aimeraient avoir plus d'idées d'entrepreneurs dans le politique. Il faut réussir à ramener ces deux mondes un
02:14peu.
02:15Mais aujourd'hui dans les entreprises, globalement, ça se passe bien. Le travail, on permet de développer ses compétences, ça
02:22met en valeur les talents des uns et des autres.
02:24On est toujours... En fait, c'est le quotidien de la vie de tout le monde, l'entreprise.
02:27Donc aujourd'hui, c'est comment on écoute les entrepreneurs, comment on écoute nos collaborateurs pour mettre en place des
02:34choses qui sont basées sur la confiance.
02:35Aujourd'hui, moi je considère, on parle de... Enfin la FEF, on défend la simplification et Serge Papin connaît bien
02:41nos mesures et on aimerait bien qu'elles soient adoptées la semaine prochaine dans le projet de loi d'urgence
02:45agricole.
02:45Parce que les PME sont encore la grande oubliée du texte. On parle toujours des grandes structures. Mais en fait,
02:51il faut juste nous laisser travailler, nous simplifier la vie.
02:54Il y aura des tests PME, des mesures qui seront testées auprès d'un panel. Ça, c'est une bonne
02:59chose ?
02:59C'est une bonne chose. C'est nécessaire, comme je dis, mais c'est pas suffisant. Là, nous, on le
03:03sait, dans notre métier, il faut nous simplifier.
03:04On a des règles qui sont impossibles pour des PME, qui sont faites pour des énormes structures. Il faut nous
03:09simplifier la vie et on va créer de la valeur.
03:11C'est quoi, par exemple, des règles qui sont impossibles, qui vous empêchent aujourd'hui de produire ?
03:15Ah ben nous, aujourd'hui, dans nos métiers des produits du quotidien, on doit mettre des formules de calcul pour
03:18pouvoir revaloriser nos prix par rapport aux distributeurs.
03:21On vit une nouvelle crise que personne n'a vu venir. Enfin, qui pouvait prévoir que le 28 février, c
03:26'est encore une nouvelle guerre ?
03:27Et on n'a pas d'outils, je dirais, en France qui permettent aux PME d'agir vite, d'impacter
03:33et du coup de se projeter dans l'avenir.
03:34Parce que l'enjeu sur le territoire, on parle beaucoup de reprise aussi. Là, on a une très belle reprise.
03:39Mais aujourd'hui, il y a 500 000 entreprises qui vont devoir être reprises dans les 10 ans. C'est
03:43énorme.
03:44Et l'emploi, il est déjà là. Donc, on se préoccupe beaucoup. Et c'est bien de réindustrialiser, de donner
03:48de nouveaux outils.
03:49Mais déjà aussi, occupons-nous de préserver les outils qui existent.
03:53Marie Cermadiras, je comprends que vous êtes une sérielle entrepreneuse dans l'âme.
03:56Quand on parle de ces 500 000 entreprises, il y a des dossiers que vous regardez, ça vous intéresse ?
04:00Vous vous dites, je monterai d'autres boîtes, je reprendrai d'autres boîtes ?
04:04Je n'ai fait que ça pour l'instant. Donc là, j'ai repris une entreprise où la personne qui
04:07la dirigeait avait envie de lever le pied et de partir à la retraite.
04:12Et c'est une magnifique aventure. Et on n'en parle pas assez de ces aventures-là.
04:14Pour succéder à une personne qui a envie de lever le pied, c'est le meilleur qui puisse arriver.
04:19C'est un jeune. Ce sont des belles histoires de transmission, de préservation d'un patrimoine, d'un savoir-faire.
04:25Une merveilleuse formation pour l'entrepreneur. Donc je pense qu'on devrait parler davantage de cette âme-là.
04:29Et oui, évidemment, je continue à regarder d'autres entreprises à reprendre.
04:32Parce qu'on gagne en valeur et on arrive à fédérer davantage d'énergie quand on est plus gros.
04:37Donc le but, c'est évidemment de continuer à avoir une croissance dans l'entreprise.
04:40Et elle peut se faire par des acquisitions.
04:41Et comment ces dossiers-là, ils vous arrivent ? C'est-à-dire que vous avez un banquier d'affaires
04:45qui vous remonte des dossiers ?
04:46C'est votre réseau régional ?
04:49Aujourd'hui, moi, je ne le fais que par réseau et que par recherche.
04:52Donc c'est en prenant le temps d'appeler des gens, parfois en disant « Tiens, est-ce que vous
04:54cherchez à vendre ? »
04:55Je trouve que le sujet est encore un peu tabou en France.
04:57C'est-à-dire que les entrepreneurs ont souvent du mal à dire « Je suis ouvert à la vente
05:02», comme si c'était sale, comme si c'était quelque chose qu'il ne fallait pas faire.
05:05Et c'est dommage parce qu'en fait, il y a plein d'entreprises à revendre, comme le disait Léonard.
05:09Et je pense qu'il va falloir créer des ponts entre ceux qui sont prêts à les reprendre,
05:13si possible aussi des entrepreneurs et pas seulement des investisseurs financiers,
05:17et que ces gens-là puissent se rencontrer plus facilement.
05:19Et qu'est-ce que vous dites sur le pack du Trey ? Vous l'avez utilisé ? Ça vous
05:22a aidé ? C'est un bon dispositif ?
05:24C'est un bon dispositif, mais pour moi, c'est un analgésique.
05:26C'est-à-dire que le vrai sujet n'est pas la transmission patrimoniale.
05:30Il y a évidemment besoin de transmettre les sociétés, les PME familiales aux héritiers.
05:35Mais il n'y a pas que ça.
05:36Et je pense qu'en France, on a envie d'avoir différents types de capitalisme.
05:38Et on a aussi envie d'avoir, d'un côté, des jeunes qui reprennent des sociétés,
05:42des salariés qui reprennent des sociétés.
05:44Et évidemment, des enfants qui reprennent la société familiale.
05:46Mais le pack du Trey, ça couvre une partie du problème.
05:49C'est qu'une seule partie du problème.
05:50Je pense que le véritable problème, c'est d'essayer de libérer les énergies des entrepreneurs
05:54pour leur permettre de faire ce qu'ils ont envie de faire,
05:56que ce soit des enfants d'entreprises familiales ou que ce soit de jeunes entrepreneurs.
06:00Léonard nous parlait de simplification.
06:02C'est aussi un sujet pour vous.
06:04Alors évidemment, on attend toujours le projet de loi.
06:06On attend depuis combien de temps, Léonard, le projet de simplification ?
06:09Deux ans, deux ans et demi, non ?
06:10Vous savez, on vise le long terme dans les PME.
06:11Donc on est patient, mais on sème, on sème.
06:13Mais on va y arriver.
06:14Ça doit faire au moins deux ans.
06:15C'est un sujet pour vous dans votre activité ?
06:17La simplification ?
06:17Oui.
06:18Au quotidien.
06:20Surtout, notre but en tant qu'entrepreneur, c'est évidemment de créer de l'emploi.
06:23On ne peut pas faire d'entreprise sans créer d'emploi.
06:25En tout cas, moi, je n'aime pas le monde.
06:25On se dit qu'il n'y aura que de l'intelligence artificielle et qu'on n'aura plus d
06:28'équipe.
06:29On le fait pour le collectif.
06:30Et pour ce collectif-là, on a besoin de simplifier.
06:32Si on veut recruter plus facilement, si on veut réussir à faire grandir les gens plus facilement dans l'entreprise,
06:36on a besoin de simplifier.
06:38Parmi les mesures mises en avant aujourd'hui, Patrick Martin lui relance la TVA sociale dans le débat public.
06:44Est-ce que ça, c'est quelque chose qui vous parle ?
06:46Léonard Prunier, vous qui vendez des produits, vous dites non, ça va faire trop.
06:50Le consommateur qui, parfois déjà, hésite un peu et fait des arbitrages, c'est mauvais pour lui.
06:55C'est quoi votre position ?
06:56À moi, à titre personnel, je suis très favorable à la TVA sociale.
06:59Il faut impérativement baisser le coût du travail.
07:01Si on veut des produits, il faut des usines.
07:03Aujourd'hui, on a l'écart entre ce que touche un collaborateur et ce qui coûte à l'entreprise, c
07:08'est insurmontable.
07:09Donc la TVA sociale, il faut explorer tous les sujets.
07:11Il faut repenser notre modèle social.
07:13Tout faire porter par le travail, ce n'est pas possible.
07:16Donc c'est un débat qui doit être posé.
07:18On doit baisser le coût du travail.
07:20En fait, aujourd'hui, on est revenu dans des logiques où on taxe de plus en plus.
07:23Mais non, il faut créer de plus en plus de valeurs et après, on pourra taxer.
07:27Mais aujourd'hui, on taxe avant que la valeur soit créée.
07:29Et l'enjeu, ce sont les industries sur les territoires.
07:32Moi, je suis catastrophé du nombre d'entreprises industrielles, PME, en dépôt de bilan depuis le début de l'année.
07:37Il y a une crise majeure.
07:38Vous voyez une crise des défaillances arriver, là ?
07:42Elle est déjà là.
07:43À la FEF, l'année dernière, c'est 30% de hausse de défaillances d'entreprises dans nos adhérents.
07:46Cette année, c'est plus 180%.
07:48C'est-à-dire qu'en 5 mois, c'est autant qu'en 1 an.
07:50Donc, il y a une crise majeure parce qu'on a un problème de coût du travail.
07:53On a un problème d'ajustement de nos prix de vente à la distribution.
07:56Mais là, il y a vraiment un débat à avoir.
07:58Et les usines sans usines, pas de vie dans les territoires.
08:01Je voudrais qu'on dise un dernier mot sur l'industrie du luxe puisque vous fournissez, vous, Marie, en partie
08:06du matériel pour cette industrie-là.
08:09Avec la crise au Moyen-Orient, qu'est-ce que vous voyez là ?
08:11Vous voyez une baisse des commandes où tout va bien ?
08:13Pour nous, tout va bien.
08:14C'est l'avantage d'être une petite PME.
08:16C'est que les crises sont beaucoup plus faciles à affronter pour les tout-petits plutôt que pour les moyens.
08:21Donc, nous, on n'en souffre pas du tout.
08:22Et on travaille avant tout dans l'hôtellerie et ce qu'on appelle l'hospitalité.
08:26Et dans ce métier-là, pour l'instant, on n'est pas touchés.
08:29On a cette chance.
08:29Donc, pas de mouvement majeur.
08:32Merci beaucoup à tous les deux d'avoir été avec nous.
08:34Marie Sermadiras, directrice générale de Teresiel Studio, Léonard Prunier, président de la FEF et président de Prunier.
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