00:00C'est parti !
00:41C'est parti !
01:00C'est parti !
01:29Tout de même, voyons. Souvenons-nous.
01:34Scandale dans une maison hospitalière à Auxerre, le 16 juin 1802.
01:42Vous voyez ce que je veux dire ?
01:45Plainte en détournement de mineurs.
01:48Oh ! Oh, maître Barateau.
01:52Toujours à Auxerre, d'ailleurs, en 1804.
01:54Oui, je sais, je sais. Affaires classées, étouffées, enterrées, la basoche à des obligés en haut lieu.
01:59Mais pas tout ça ici loin et qui n'a pas fait ses petites froidaines.
02:02Alors, cette succession, régulière ou pas ?
02:11Régulière, monsieur le chef de la Sûreté.
02:14Absolument régulière en tout état de cause.
02:17La loi, vous le savez aussi bien que moi, n'autorise pas un fils naturel à revendiquer les biens de
02:22son père,
02:23à moins que celui-ci ne l'ait stipulé formellement.
02:26Le vieux marquis de Valjeuneuse est mort sans même prononcer le nom de Roland son fils naturel.
02:30Ah bon ? Ah, parce qu'il avait un fils naturel ?
02:36Eh oui, ce Roland.
02:40Un esservelet à ce qu'on dit.
02:42Il a suivi l'usurpateur en Russie, où il a disparu.
02:48Comme tant d'autres, d'ailleurs.
02:50Disparu, disparu, c'est vite dit, maître Barateau.
02:55Il y a des morts qu'il faut tuer.
02:58Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.
03:02Nous avons tout le temps qu'on nous comprend.
03:06Supposez que le vieux marquis ait prononcé le nom de Roland avant de mourir.
03:11Ne m'interrompez pas.
03:14Je reste dans les suppositions.
03:18Supposez qu'il ait fait un testament en faveur de ce fils naturel.
03:22Est-ce que Roland de Valjeuneuse peut faire valoir ses droits à l'héritage ?
03:27S'il était vivant, sans aucun doute.
03:31Mais encore faudrait-il, en tout état de cause, que ce testament existât.
03:35Il existe peut-être.
03:37Roland de Valjeuneuse existe bien.
03:40Lui, ne n'y est pas.
03:41Vous l'avez vu.
03:48Monsieur le chef de la Sûreté, à nos âges, vous et moi, des gens sérieux,
03:56enfin devenus sérieux en ce qui me concerne,
03:59enfin des bagatelles de jeunesse ne peuvent pas empêcher un homme digne de ce nom
04:03de devenir un bon et fidèle serviteur de sa majesté.
04:07Fidèle à ce trône, à son église et à sa police.
04:14À sa police et à ce trône en qui j'ai foi.
04:16Une fois, tu déplacerais les montagnes.
04:18Maître Baratheau, ce n'est pas la foi.
04:21C'est la trouille qui déplace des montagnes.
04:24Vous le demanderez au forçat quand vous casserez des cailloux dans les carrières,
04:27du mauvais côté des fusils.
04:28Au forçat ?
04:28Oh non, oh non, monsieur le chef de la Sûreté, je vous en supplie.
04:30Il est forçat, qu'un sénégal, je ne pourrai jamais les faire, qu'un sénégal.
04:33Je vous en supplie.
04:33Je vous en supplie, maître Baratheau.
04:35Je vous en supplie.
04:36Je vous en supplie.
05:07Ce n'est pas pour dire, mademoiselle Fréval, mais dans l'orphelin de Bordeaux,
05:15c'est bien ça que vous m'avez fait pleurer.
05:18Et croyez-moi, je n'ai pas l'alarme facile.
05:20Le rôle est très émouvant.
05:21Ah, l'interprète y est pour beaucoup.
05:26Donnez le rôle à mademoiselle Georges et elle se ramasse.
05:28Monsieur, je suis confuse.
05:30Ah, si j'étais le baron Taylor, il y a longtemps que je vous aurais fait entrer à la comédie
05:37française.
05:38Le baron Taylor n'est pas de mes admirateurs.
05:42Non ?
05:43Non, c'est un saut.
05:45Ah, au fait, à propos d'admirateurs, justement, ce matin, m'est tombé sous les yeux un dossier plutôt copieux
05:56concernant l'un des vôtres.
05:58Un de mes admirateurs ?
06:00Ben oui. Rappelez-vous le... le commissionnaire.
06:04Vous savez, des commissionnaires et des admirateurs, il en passe beaucoup dans ma loge.
06:08Vous n'avez pas pu oublier celui-là.
06:10Un si beau garçon.
06:13Mais vous m'avez tellement troublé que... que j'allais oublier que c'est pour lui que j'étais venu
06:19vous voir.
06:21Je ne sais rien de ce personnage et je ne vois pas ce que je pourrais vous en dire.
06:26Allô, allô, allô.
06:28Soyez raisonnable.
06:29Il me semble que j'ai tout de même droit à... un petit peu de reconnaissance.
06:35Et pourquoi, s'il vous plaît ?
06:37Allô, un bon mouvement.
06:40Rappelez-vous dans quelles circonstances je vous ai rencontré la première fois ?
06:44Ce jour-là, si j'avais été méchant, je vous arrêtais comme complice d'un dangereux conspirateur.
06:53Moi ?
06:54Ne jouez pas les ingénues, ça n'est pas votre emploi.
06:58Je suis assez renseigné pour savoir l'attachement que vous avez pour ce beau ténébreux
07:03et d'autre part l'intérêt qu'il vous porte.
07:06Si vous avez la moindre preuve de ce que vous avancez,
07:10arrêtez-moi.
07:12Comme elle a bien dit ça !
07:15Bravo, bravo, bravo.
07:16Ça, c'est une bonne réplique.
07:18Nous ne sommes pas au théâtre ici, ma belle.
07:21Vous êtes devant le chef de la sûreté
07:23qui, en vertu de son pouvoir discrétionnaire,
07:26vous interroge sur vos activités.
07:28Bon, t'as compris ?
07:29Alors, assez rigolé.
07:31Je vais te dire, moi, pourquoi tu veux protéger ton Salvatore,
07:36alias Roland de Valjeuneuse.
07:37Ce n'est pas seulement parce que c'est un conspirateur,
07:40mais c'est surtout parce que c'est un beau parti,
07:43avec beaucoup d'argent à la clé.
07:50Sortez.
07:53Minute, je n'ai pas dit tout mon texte.
07:56Tu sais ce qu'il a fait au farfelu de Valjeuneuse ?
07:59Alors qu'il est, s'il n'est pas mort.
08:01Il a toute la police autrichienne aux fesses.
08:04C'est dire que c'est pas forcément une valeur d'avenir.
08:08Mais, mais, on sait jamais.
08:09Ça fut tes comiles, il peut t'en rééchapper,
08:11et alors il deviendra se réconforter dans tes bras.
08:16Dans ce cas-là, un bon conseil.
08:20Fais ton devoir de bonne française et dénonce-le.
08:23Sinon...
08:23Sinon ?
08:25Sinon, je te fais passer le goût des bravos.
08:31Dis-en, à Sainte-Pélagie,
08:34ça suffirait pour qu'on ne se rappelle même plus
08:37que tu as existé.
08:41Petite étoile filante,
08:57Bonjour, mon amie.
08:59Vous êtes ravissante, ce matin.
09:00À votre rêve.
09:02Hé, c'est que vous êtes mal réveillée, vous aussi.
09:05Cherchez les compliments, malheureux.
09:06Est-ce qu'on devient brenniophe ?
09:09Vous avez divinement organisé notre soirée, ma chère.
09:12Oui, divinement.
09:13Merci.
09:14Et vous étiez très en vaut,
09:15et Villèle m'a d'ailleurs complimenté
09:17sur le charme de votre accueil.
09:19J'ai complètement oublié de le remercier.
09:21De quoi ?
09:22D'avoir pris votre serviteur dans son gouvernement ?
09:25Du tout.
09:26Les merveilleuses roses
09:27dont il s'était fait précéder.
09:30On serait qu'il pour lui écrire.
09:31C'est de cela que vous vous êtes tourmentée, cette nuit ?
09:35Non.
09:37C'est pas de cela.
09:40Bien, autre chose.
09:42Et de quoi, donc ?
09:45Vous savez bien de notre problème, hélas.
09:48Eh bien, ma chère amie, vous avez eu tort, car il ne se pose plus.
09:54Roland est mort ?
09:56C'est tout comme.
09:59Que voulez-vous dire ?
10:01Je veux dire que notre neveu a pris part à un complot.
10:03Complot qui ne visait rien moins qu'à mettre le fils de l'usurpateur sur le trône de France.
10:07Ce complot a échoué.
10:08Il y a de fortes chances pour que Roland et un autre conspirateur y aient laissé la vie.
10:12De fortes chances.
10:14Mais jamais de certitude.
10:16Il y avait aussi de fortes chances pour que Roland soit mort en Russie, rappelez-vous.
10:21Et cette conjuration à laquelle il aurait été mêlé.
10:24En êtes-vous bien sûr ?
10:26Hier soir, le baron de Marande parlait d'une possibilité de complot contre sa majesté,
10:30mais d'un complot orléaniste.
10:32Et non bonapartiste.
10:33Il y a bien eu un complot bonapartiste.
10:36Mais personne n'en a parlé.
10:38Et toutes les mesures ont été prises pour qu'on n'en parle pas.
10:41Pourquoi s'il a échoué ?
10:43Eh bien, parce que d'une part, le prestige de l'usurpateur est encore très grand dans le pays.
10:47Et que d'autre part, il ne faudrait pas que tous les espoirs des mécontents profitent à quelqu'un d
10:52'autre.
10:53Au Duc d'Orléans ?
10:54Parfaitement au Duc d'Orléans.
10:56Villèle pense, non sans raison,
10:58que cette affaire doit être ignorée du public le plus longtemps possible.
11:01Or, le rapport confinantiel que Jacques Hall, le chef de la sûreté,
11:06nous a fait parvenir de Vienne est formel.
11:08Rien n'a transpiré en Autriche et rien ne transpirera.
11:12Et ce Jacques Hall, pense que Roland est mort ?
11:18Maintenant qu'il est connu comme conspirateur, il ne vaut guère mieux.
11:22Et s'il revient à Paris ?
11:25Je doute qu'il ose le faire, il serait arrêté sur le champ et envoyer directement dans une prison dont
11:29il ne sortirait pas vivant.
11:31Vous voyez, cher ami, dorénavant, nous pouvons dormir tranquilles.
11:35Le ciel vous entende.
11:36Oui, pour l'instant, laissons le ciel et l'écart de tout cela.
11:40Mais Barato, qui sait tout lui aussi ?
11:42Barato se taira.
11:44Il sait trop bien que sa fortune est attachée à la nôtre et que notre perte serait la sienne.
11:49Mais il y a encore ce Ghibassier.
11:51Êtes-vous aussi sûr de son silence ?
11:53Ghibassier est à moi.
11:55C'est un coquin qui a des ambitions.
11:56Modeste, d'ailleurs.
11:57Il me sera facile de les satisfaire.
11:59Mais qu'il fasse seulement une allusion à ce qu'il croit savoir et je le brise tout net.
12:04Alors, cessez de vous tourmenter.
12:06Je vous dis que cette affaire est réglée, définitivement réglée.
12:09Maintenant, il faut que je vous quitte.
12:10Un travailleur à 100 m'attend au ministère.
12:12Il me faut entièrement remanier les services, renouveler le personnel.
12:15Vous vaut quoi d'un ?
12:17La corruption, ma chère.
12:19La corruption ?
12:20Non, mais vous ne pouvez imaginer à quel point mon prédécesseur l'a laissé s'installer dans son ministère.
12:25J'aurais beaucoup à faire pour remédier à cela.
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