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  • il y a 6 heures
Avec Pierre-Yves Ginet (Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes)

Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.

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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2026-05-17##
Transcription
00:00Retrouvez la force de l'engagement.
00:03Avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
00:10Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Rius.
00:15Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement,
00:18l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
00:22Aujourd'hui je reçois Pierre-Yves Ginet, photojournaliste, grand reporter engagé,
00:27il a bâti le projet Femmes en Résistance, il a documenté pendant des années à travers le monde
00:31celles qui s'opposent, qui tiennent, qui refusent de céder,
00:35souvent dans des contextes où leurs droits sont niés, menacés, attaqués.
00:38Aujourd'hui il est consultant, il accompagne des entreprises sur leur stratégie égalité et mixité,
00:43membre du Haut Conseil à l'égalité, il porte un regard engagé sur les rapports de pouvoir qui traversent nos
00:49sociétés.
00:50Mais avant cela, comme chaque semaine, mon édito est aujourd'hui,
00:54je vous propose de nous engager contre les angles morts du sexisme.
00:57Le sexisme n'est ni un phénomène marginal ni accidentel,
01:01c'est une idéologie fondée sur l'idée explicite ou implicite d'une infériorité des femmes.
01:07Cette idéologie se traduit par des pratiques, des discours, des comportements,
01:10du plus banal au plus grave, mais qui produisent tous des effets réels sur les femmes.
01:15Perte de légitimité, atteinte à l'estime de soi, limitation des trajectoires.
01:19Ce qui fait la force du sexisme, ce n'est pas seulement sa violence, c'est sa banalité.
01:23Car il ne s'impose pas toujours par la contrainte, il s'installe par la répétition,
01:27l'habitude des représentations qui semblent naturelles,
01:30mais qui sont en réalité construites, transmises, intégrées dès l'enfance,
01:34et rarement remises en question.
01:36Et surtout, il faut le dire clairement, le sexisme a une histoire.
01:39Il s'inscrit dans des siècles de construction sociale et politique.
01:42Les récits anciens, philosophiques et religieux, ont légitimé l'idée de femme,
01:47incomplète, instable ou dangereuse.
01:49Quant au code civil de 1804, il a, lui, entériné la dépendance juridique des femmes
01:54en hiérarchisant les rôles et en encadrant les comportements.
01:58A partir de cet instant-là, le sexisme s'institutionnalise.
02:01Au XXe siècle, on le dénonce, mais il se déplace, devient plus discret, plus acceptable.
02:06Il se glisse dans les mots, les rôles, les attentes.
02:08Au cours des années 90, les travaux en psychologie sociale,
02:11notamment ceux de Peter Glick et de Susan Paesk,
02:14ont mis en évidence une réalité désormais largement documentée.
02:17Le sexisme fonctionne selon deux dimensions.
02:20Un sexisme hostile et un sexisme paternaliste.
02:23Ces deux formes ne s'opposent pas, elles se complètent.
02:26C'est précisément ce que démontre la théorie du sexisme ambivalent,
02:29validée dans plus de 20 pays, avec un même objectif,
02:32maintenir des rapports de pouvoir inégalitaires entre les femmes et les hommes.
02:36Aujourd'hui, le Conseil à l'égalité confirme, avec son dernier rapport sur le sexisme,
02:40que la France s'inscrit pleinement dans ce modèle international d'un sexisme à double visage.
02:46En France, 17% de la population adhère à une forme de sexisme hostile
02:50qui repose sur le rejet des femmes, la contestation de leur légitimité
02:55et parfois sur l'utilisation des violences.
02:57Cette adhésion concerne 10 millions de personnes, 23% d'hommes et 12% de femmes.
03:04Le sexisme paternaliste, lui, est plus diffus, plus installé, plus acceptable socialement.
03:09Il ne s'impose pas comme une contrainte, mais comme une protection.
03:12Il promet une forme de légitimité sociale, une valorisation des femmes,
03:16à condition qu'elles restent à leur place.
03:1823% de la population adhère, soit 12,5 millions de personnes,
03:2227% des hommes, 18% des femmes.
03:25Alors, ces représentations sont intériorisées très tôt,
03:28elles sont transmises, répétées, normalisées.
03:30Elles finissent par apparaître, non pas comme une construction,
03:33mais comme une évidence, l'intériorisation des normes dominantes.
03:37Le sexisme ne tient pas uniquement par ce qui domine,
03:40il tient aussi, en partie, par celles et ceux qui y adhèrent.
03:44Quand un système est ancien, stable, omniprésent,
03:47il façois les perceptions, les attentes, les croyances,
03:50y compris chez celles et ceux qui en subissent des effets.
03:53Le sexisme n'est pas seulement un rapport de domination,
03:56c'est un système d'adhésion, et c'est précisément ce qui le rend aussi résistant.
04:02Sud Radio, la force de l'engagement, Muriel Reus.
04:06Alors, donnez la parole à celles et ceux qui font bouger la société,
04:08c'est sur Sud Radio, et c'est la force de l'engagement.
04:11Aujourd'hui, mon invité est Pierre-Yves Ginet,
04:14consultant égalité, mixité et membre du Haut Conseil de l'égalité.
04:18Bonjour Pierre-Yves.
04:18Bonjour, bonjour, merci de m'accueillir.
04:20Alors Pierre-Yves, au début des années 2000,
04:22vous avez créé une association qui a sensibilisé plus d'un million et demi de personnes
04:27aux questions d'égalité et de mixité.
04:29Vous avez été aussi un des piliers de la fondation d'une magazine Femmes Ici et Ailleurs,
04:35consacrée aux droits des femmes.
04:36Alors moi, j'ai envie de vous demander comment est cet engagement
04:39sur ces questions d'égalité entre les femmes et les hommes ?
04:42Est-ce qu'il y a eu un moment particulier ?
04:44Est-ce qu'il y a eu une rencontre qui a fait basculer votre regard ?
04:47Oui, clairement, moi, si je regarde, j'ai 59 ans et si je regarde qui j'étais à 20 ans,
04:54il y a du boulot.
04:55C'est plus le même.
04:56Non, c'est plus le même.
04:57Je suis un gars moyen parmi les gars moyens sur cette question,
04:59vraiment dans la moyenne.
05:01Non, ce n'est pas vrai, ce n'est pas un gars moyen.
05:02Au départ, vraiment à 20 ans, si, si, je vous assure.
05:06Après, oui, il y a une rencontre, clairement.
05:07Je suis grand reporter, je travaille sur l'occupation du Tibet,
05:10le génocide perpétré depuis 1950.
05:13Et c'est daté même, c'est le 10 mars 1997, je suis à Dharamsala,
05:18la capitale du Tibet en exil, à suivre une manifestation pour la liberté du pays.
05:22Et je vois un groupe de femmes dans la manif.
05:23Je me dis, tiens, bizarre.
05:25Et c'était des religieuses, des jeunes femmes qui sortaient de prison,
05:29pour la plupart, qui étaient d'anciennes prisonnières politiques.
05:31Elles avaient entre 20 et 25 ans.
05:33Je vais les voir en me disant, tiens, ça va faire un bon sujet.
05:36J'étais journaliste indépendant, je vais me faire une pige.
05:39Puis j'ai passé 4 ans et demi, en fait.
05:41Enfin, j'ai passé 4 ans à peu près sur le sujet.
05:44Et cette rencontre avec ces femmes que je n'attendais pas,
05:47que je ne cherchais pas, surtout.
05:50Vraiment, je me rappelle très très bien,
05:51j'avais la bouche qui tombait, j'étais face à des géantes pour moi.
05:54Des femmes dont l'histoire, le courage, la force, l'abnégation,
05:58la détermination était incroyable et extrêmement inspirante pour moi.
06:02Et du coup, j'ai voulu documenter leur combat, leur lutte,
06:06le contexte dans lequel ils s'inscrivent, à la fois politique et sociale.
06:09Et c'est ce que j'ai fait pendant 4 ans.
06:10Donc ça, c'est le premier moment.
06:13Mais il y a un deuxième moment lié à cet événement.
06:15C'est quand, journaliste indépendant, je suis rentré en France avec mes reportages.
06:19Au départ, sur ces religieuses tibétaines qui avaient connu la détention.
06:24Et quand j'apportais ces histoires, qui parlaient surtout de leur courage,
06:28de leur force, de ce qu'elles apportaient à leur pays,
06:30on me posait toujours les mêmes questions.
06:31Oui, mais tu n'en fais pas assez sur la prison ?
06:33Est-ce qu'elles ont été battues ? Est-ce qu'elles ont été violées ?
06:35Qu'est-ce qu'elles ont subi ? Etc.
06:38Et je suis rentré sur les questions d'égalité.
06:40Le gars moyen que j'étais, en fait.
06:42Par ça, par la place des femmes dans l'information, par les clichés.
06:46Par cette information dont on me privait alors que j'étais un homme,
06:48je ne comprenais pas pourquoi.
06:50tous ces pans de l'information de la vie auxquels on n'a pas accès,
06:54femmes ou hommes, et auxquels on ne peut pas s'identifier.
06:57Et c'est comme ça que je suis rentré sur ces questions.
06:59Donc oui, il y a eu un avant-après et un basculement pour moi.
07:02Alors, ces réactions, quand vous êtes rentré avec ces reportages,
07:05avec ces images, avec ces récits,
07:08ces réactions qui demandaient plus, on va dire,
07:11je ne veux dire même pas, plus d'explications sur des phénomènes intimes.
07:15Est-ce que ça, c'était déjà une forme de sexisme ?
07:20Oui, clairement.
07:21Clairement, c'est-à-dire qu'on est dans le sexisme par rapport à...
07:26Je repense à votre édito, c'est-à-dire qu'est-ce qu'on attend ?
07:28Où doivent être les femmes ? Où elles ne doivent pas être ?
07:31Et où elles doivent être, c'est en victime, c'est à la maison,
07:34mais pas dans le combat politique, pas en prison,
07:36pas en fer de lance d'une résistance, puisque c'était le cas à l'époque.
07:40Donc clairement, on était à côté du cadre.
07:43Et je pense, très honnêtement, le gars moyen que j'étais,
07:45s'il a été subjugué par ces rencontres, c'est aussi parce qu'elles sortaient du cadre,
07:51du cadre que j'avais en moi.
07:53Donc oui, c'est la raison pour laquelle, clairement,
07:57et je voudrais vraiment insister, c'était surtout des femmes journalistes
08:00que j'avais en face de moi à l'époque,
08:01donc c'était très très bien partagé.
08:03C'est toujours difficile de sortir du cadre.
08:05Puis après, je l'ai vu en allant dans une trentaine de pays,
08:08ce sexisme, il a mille visages.
08:10Alors oui, racontez-moi un peu pour vous, les visages du sexisme.
08:14Il a mille visages, c'est vrai que si on parle de l'Afghanistan,
08:17si on parle de la République démocratique du Congo, du Rwanda, du Soudan,
08:20dans lequel j'ai travaillé,
08:22bon là, on est avec des visages, ça vous saute à la gueule, quoi, en fait,
08:26et c'est insupportable, on est dans la brutalité, l'inhumanité absolue.
08:31Et puis après, on a des formes plus insidieuses,
08:34un petit peu partout, jusqu'à chez nous,
08:36et jusqu'à chez nous dans toutes les sphères.
08:38Vraiment, c'est très clair.
08:41Je ne vais pas dire que j'ai fait le monde entier,
08:43je parle sur une trentaine de pays,
08:45et sur une quinzaine d'années,
08:47mais il y a un fil conducteur.
08:48Un fil conducteur dans les combats portés par les femmes,
08:51et un fil conducteur dans ce sexisme,
08:53c'est-à-dire ce système,
08:54qui les place à un niveau inférieur,
08:56et un système qui nous tire une balle dans le pied,
08:59à toutes et tous.
09:01Nous sommes perdants, y compris les gars.
09:03Je perds avec le sexisme.
09:05Je l'ai vu dans des situations extrêmes,
09:09mais si on pense au Rwanda,
09:10qui a été reconstruit post-génocide de 1994,
09:14en grande majorité par des femmes,
09:15et c'est un pays qui tient debout magnifiquement aujourd'hui,
09:17tout n'est pas rose,
09:19mais ça tient debout.
09:20Quand on regarde l'Iran,
09:22avec ce qui se passe là-bas,
09:24c'est un pays qui ne pourra jamais tenir debout,
09:27en se privant de la moitié de ses forces vives,
09:29et Dieu sait que la force,
09:30elle est dans les iraniennes.
09:32Donc, voilà, c'est documenter ça,
09:34et faire le lien, effectivement,
09:36avec ce sexisme qui n'a pas de sens au bout du bout.
09:38Alors, on va revenir un peu en France.
09:40Aujourd'hui, votre combat,
09:41il est sur notre territoire,
09:43et il est particulièrement dans les entreprises,
09:46parce que vous intervenez dans ces organisations.
09:50Qu'est-ce que vous observez dans les entreprises aujourd'hui ?
09:53Est-ce que vous avez le sentiment
09:54qu'elles participent à la transformation,
09:57et qu'elles peuvent être un levier de cette transformation
09:59sur ces questions de sexisme ?
10:01Alors, l'entreprise, il faut rappeler,
10:03c'est un milieu construit par des hommes
10:05pour des hommes à l'origine.
10:06Et puis, à un moment donné,
10:07les femmes, je suis très caricatural,
10:08sont arrivées sur le marché du travail,
10:10mais on ne s'est pas gratté la tête
10:11et pensé qu'est-ce que ça veut dire
10:13d'avoir ces gens, 50% aujourd'hui
10:15de la population active à peu près,
10:17qui va dans nos univers
10:18avec des spécificités différentes,
10:20une éducation différente,
10:21une place différente dans la société.
10:22On ne s'est pas questionné,
10:23donc évidemment, à la fin, voilà.
10:25Et l'entreprise, aujourd'hui, oui, c'est clair,
10:27est un des lieux de fabrication du sexisme.
10:30Un des lieux majeurs,
10:31puisqu'on y passe beaucoup de temps.
10:32Donc ça, c'est un fait.
10:34Ensuite, moi, par contre,
10:35je suis très positif.
10:37Je crois vraiment que l'entreprise
10:39est un levier d'éradication du sexisme,
10:43ou en tout cas pour l'endiguer de façon massive.
10:46C'est vraiment un endroit
10:47où le changement peut être fortement initié.
10:50et après, infuser dans toute la société autour
10:54via les employés qui ont une vie de famille,
10:56à la maison, avec des amis, etc.
11:00En tout cas, ce qu'on voit clairement,
11:02c'est quand on a des entreprises
11:04qui travaillent vraiment sur le sujet,
11:06qui travaillent comme un projet.
11:07Et les entreprises,
11:08elles savent gérer des projets.
11:09Mais quand on le gère comme un vrai projet d'entreprise,
11:11où je suis, où je vais,
11:13quelles compétences j'ai besoin,
11:15quelles sont les steps, les étapes, etc.
11:17Et on met les bonnes personnes en face,
11:19ça marche.
11:20Ça marche et relativement à bas coût.
11:22On arrive vraiment à changer la culture d'entreprise,
11:25changer l'environnement,
11:26pour le bien-être de toutes et tous,
11:29pour la performance aussi.
11:30Moi, je n'ai pas envie de le cacher
11:31par rapport à tous ces éléments.
11:34Le problème, c'est que ces entreprises,
11:36là dont je parle,
11:37elles sont très peu nombreuses.
11:39On ne va pas se mentir,
11:40quand on regarde le tissu en France,
11:42on a une immense majorité d'entreprises
11:43qui ne font rien.
11:44Ce n'est pas un sujet.
11:45On en a une partie qui est croissante,
11:49mais qui fait principalement aujourd'hui
11:52pour dire qu'on fait.
11:53Désolé d'être aussi direct,
11:55mais on signe une charte,
11:56on a des employés qui attendent ça,
11:58des clients qui ont fait un truc dans l'année,
12:01un webinaire, un événement le 8 mars,
12:02et puis on passe à autre chose.
12:04Ce n'est pas un projet de changement, ça, en fait.
12:07Et je trouve que c'est dommage,
12:11parce que...
12:11Et en plus, avec le sexisme qui monte,
12:13vous l'avez décrit avec le rapport
12:16du Haut Conseil à l'égalité,
12:17et j'ai envie de dire les rapports
12:18du Haut Conseil à l'égalité
12:19sur plusieurs années,
12:20qui montent cette tendance lourde,
12:21on va au-devant de problèmes
12:24avec cette fracturation de la société
12:26et des gens qui vont devoir travailler ensemble
12:28alors que c'est extrêmement compliqué.
12:30alors qu'en fait,
12:33si on fait vraiment,
12:34on mène un projet pour le changer,
12:36on le fait.
12:37Alors, vous avez d'ailleurs développé un dispositif
12:40qui s'appelle Sexisme, pas chez nous,
12:42qui propose d'aborder ces questions
12:43de manière très concrète et opérationnelle.
12:46Je vous propose qu'on en parle juste après la pause.
13:04Donnez la parole à celles et ceux
13:05qui font bouger la société,
13:06c'est la force de l'engagement,
13:08c'est sur Sud Radio.
13:09Aujourd'hui, avec mon invité Pierre-Yves Giné,
13:12on s'engage, nous nous engageons
13:13contre les angles morts du sexisme.
13:15Alors, juste avant la pause,
13:17Pierre-Yves, je vous parlais de ce jeu,
13:20enfin de cet outil que vous avez créé,
13:22Sexisme, pas chez nous.
13:24Est-ce que ce type d'outil
13:26permet de faire émerger
13:28ce que seuls les discours
13:29ne permettent pas de voir ?
13:30Et est-ce que cet outil,
13:32vous en parliez tout à l'heure,
13:33de l'impact du sexisme chez les hommes,
13:36est-ce qu'il peut permettre aussi
13:37de travailler à la fois
13:39sur les impacts du sexisme
13:41sur les femmes, bien sûr,
13:42mais aussi sur les hommes,
13:43parce que c'est un élément extrêmement important.
13:45Oui, vous avez raison.
13:46Puis alors, a fortiori,
13:47c'est un outil que nous avons conçu
13:49avec l'équipe de ThinkEgal
13:50pour travailler dans le monde du travail.
13:52C'est vraiment un dispositif
13:54fait pour le monde du travail.
13:56D'abord, il est né un petit peu
13:58dans nos têtes
13:58quand on avait le magazine.
14:00Vous êtes bien placé pour le savoir.
14:01Quand on est journaliste,
14:02on reçoit tout ce qui est créé,
14:03les livres, les jeux, etc.
14:05Donc, on a pu tout tester pendant un moment.
14:07Puis après, on a fait un benchmark
14:08sur l'existant pour voir ce qu'il y avait,
14:12ce qui pouvait marcher, pas marcher.
14:13Et en tenant vraiment compte
14:15de ce qui est le sport national,
14:16quand même, c'est-à-dire
14:17le sexiste, c'est pas moi, c'est l'autre.
14:20L'entreprise sexiste, c'est pas la mienne,
14:21c'est celle d'à côté.
14:23Donc, vraiment, le but,
14:23c'était de fermer les vannes
14:25et de se focaliser vraiment sur soi.
14:27Il est basé sur deux choses essentielles
14:29et qui sont assez peu connues
14:31dans le grand public.
14:32Premièrement, la loi.
14:33Deuxièmement, l'état des lieux.
14:34La loi, on a un outil
14:36qui est certes perfectible,
14:37mais quelle chance on a
14:38d'être dans un pays
14:39avec un cadre législatif,
14:41notamment sur le sexisme au travail,
14:43qui est vraiment bien fichu.
14:45Donc, amener les gens à le connaître
14:47pour être en capacité de qualifier
14:49les situations auxquelles
14:51il et elle, surtout elle,
14:53font face au quotidien.
14:55Deuxièmement, l'état des lieux.
14:56J'ai mon vécu,
14:57j'ai ma perception, etc.
14:59Mais aujourd'hui,
15:00c'est très bien documenté.
15:01Comme ça fait 30 ans
15:02que je travaille sur la question,
15:03je me rappelle, il y a 15 ans,
15:05on me disait
15:05« Oui, mais tu n'as pas de données
15:06sur ce que tu dis,
15:07tu infirmes ça. »
15:08Mais non, voilà.
15:09Toutes les données,
15:09on les a aujourd'hui.
15:10C'est l'INSEE,
15:11c'est la Dares,
15:11c'est les entreprises elles-mêmes
15:12qui fournissent données.
15:13On sait ce qu'il en est du sexisme
15:15et de ses impacts.
15:16Et on le mesure dans les entreprises.
15:19On le mesure à tous les niveaux,
15:20y compris,
15:21et vous avez tout à fait raison,
15:22même si c'est une minorité
15:24par rapport à la totalité
15:25de victimes du sexisme,
15:26sur un certain nombre d'hommes.
15:27Donc,
15:28amener les gens
15:29à connaître la loi
15:30pour qualifier,
15:31comprendre les effets,
15:33les dimensions du sexisme,
15:34tout le mal que ça fait
15:35pour être en capacité
15:36de réagir.
15:39Et y compris
15:40sur les hommes,
15:41sur les collègues de travail
15:42qui sont autour
15:44de la victime
15:45et sur,
15:46j'ai envie de dire,
15:46l'entreprise elle-même,
15:48l'administration elle-même.
15:49Ensuite,
15:50ce qui permet de faire émerger,
15:51et je crois que c'est essentiel,
15:54et si je peux oser,
15:56ça va être un peu prétentieux,
15:57mais ce qui a été un peu oublié
15:58par pas mal de dispositifs,
16:00c'est la notion
16:01de dynamique collective.
16:03On ne peut pas,
16:04enfin,
16:04éradiquer le sexisme,
16:05ça ne se fait pas tout seul.
16:06Oui, c'est pour ça
16:06que je vous posais la question
16:07sur les hommes,
16:08pas tant sur le fait
16:09que les hommes
16:09soient victimes de sexisme,
16:11mais sur le fait que,
16:14en participant à ce sexisme,
16:16ils produisent des impacts
16:17dans l'entreprise.
16:17Donc,
16:18cette prise de conscience
16:19de leur comportement
16:20me paraît absolument essentielle.
16:21Oui,
16:21il y a la prise de conscience
16:22des hommes,
16:23et on voit des hommes
16:24qui n'osaient pas,
16:25qui n'étaient pas à l'aise,
16:26en fait,
16:26dans leur basket de gros lourds,
16:28à rire avec leurs blagues
16:29au coin café,
16:30etc.
16:31Et là,
16:31avec ce dispositif,
16:32parce qu'on est en collectif,
16:33parce qu'on se regarde
16:34dans les blancs des yeux,
16:35il y a des dynamiques
16:35qui se créent.
16:36Et il y a comme un rapport
16:37de force qui s'inverse,
16:39en fait,
16:40parce qu'on voit
16:40qu'on est quand même,
16:42globalement,
16:43surtout à certains niveaux,
16:44les plus nombreux
16:44et nombreuses
16:45à vouloir évoluer.
16:47Par contre,
16:48cette dynamique collective,
16:50c'est un jeu
16:50qui est en présentiel.
16:53Ce n'est pas possible
16:54à distance.
16:55On ne va pas aborder
16:57le sexisme
16:57via des webinaires
16:58ou des e-learnings,
16:59sauf pour mettre
17:01la première sous-couche.
17:02Et là,
17:02c'est formidable.
17:03Réflexe premier
17:03des entreprises.
17:04Voilà.
17:05Et là,
17:05c'est super bien
17:06pour les premières sous-couches.
17:08Mais ce n'est pas ça
17:08qui change la donne.
17:09Là,
17:10on est sur un dispositif
17:11où on est en équipe,
17:12on joue ensemble,
17:13et porté par une équipe
17:15managériale
17:15parce que ça,
17:16c'est la clé.
17:16Alors moi,
17:17j'ai un peu envie
17:17de vous interroger
17:18sur MeToo
17:21parce que MeToo
17:22a été un moment fort
17:23de l'actualité
17:24et de l'avancée
17:25des droits des femmes,
17:26notamment en matière sexuelle.
17:28Mais est-ce que
17:29ce phénomène MeToo,
17:30d'abord,
17:30qu'est-ce qu'il a représenté
17:31pour vous ?
17:32Il a transformé
17:33la vision
17:34des violences sexuelles.
17:36Il a libéré la parole,
17:38même si je n'aime pas
17:38tellement ces termes-là.
17:39Mais en tout cas,
17:40il a permis
17:40une écoute différente
17:41de la parole des femmes.
17:43et il a créé
17:44une prise de conscience
17:44collective.
17:45Mais est-ce que
17:46cette transformation,
17:47elle s'est faite aussi
17:49sur le sexisme
17:50qui nous savons,
17:50vous et moi,
17:51et comme tous les gens
17:52un peu informés
17:53et intéressés
17:53par ces questions,
17:54qui sont le terreau
17:55des violences ?
17:56Est-ce que vous pensez
17:57que MeToo a aussi
17:58eu un impact
17:59sur le sexisme ?
18:00Alors,
18:01le regard de MeToo
18:01et quand on est
18:02depuis longtemps
18:03sur la question,
18:05c'est une...
18:07Pour moi,
18:07c'est un cadeau
18:10qui peut nous ouvrir
18:12à une révolution.
18:12À ce stade,
18:13c'est tout ça,
18:14mais que ça.
18:15Et ce cadeau
18:15offert par des millions
18:17de femmes courageuses
18:18qui, à un moment donné,
18:19ont osé,
18:20ont eu la force de dire
18:21maintenant ça suffit,
18:21voilà ce qu'on vit.
18:23Et vous ne pouvez plus
18:25ne pas nous écouter.
18:26Vous dites,
18:27vous n'aimez pas
18:27la libération de la parole,
18:29nous sommes deux,
18:30toute cette table
18:30n'a pas aimé cette expression.
18:32Moi, je trouve qu'on a plutôt
18:33débouché les oreilles,
18:34en fait,
18:34beaucoup plus qu'autre chose
18:35à ce moment-là.
18:36Donc,
18:37est-ce que ça a transformé
18:38les choses ?
18:39Non, pas encore,
18:40selon moi.
18:40Ça a fait accélérer
18:41certaines choses.
18:42On n'est pas immobile,
18:43enfin, voilà,
18:43il faut être positif,
18:44il s'est placé plein de choses.
18:46On peut quand même
18:47faire le constat
18:47qu'en France,
18:48nous n'avons pas encore
18:49connu de mobilisation XXL
18:51autour de la question,
18:52comme ça a été le cas
18:53en Islande en 75,
18:55ou, je pense plus récemment
18:56et presque surtout
18:57à nos amis espagnols
18:59en 2018,
18:59quand on a 4 millions
19:00de femmes dans la rue,
19:01à un moment donné,
19:02ça a fait basculer tout.
19:03C'était un pays
19:04qui était 10 ans en arrière
19:05sur nous,
19:05il est devenu 10 ans
19:06en avance sur nous
19:06sur cette question.
19:07On n'est pas encore
19:08à cette étape,
19:09mais ça nous a offert
19:10la voie
19:12d'aller vers ce changement.
19:14J'ai envie de dire
19:15que c'est dans nos mains
19:15aujourd'hui.
19:16Qu'est-ce qu'on va en faire ?
19:17Ça nous appartient.
19:18Elles nous ont offert
19:19MeToo
19:20et nous avons
19:21la possibilité
19:23de transformer la société.
19:24Mais ça n'est pas encore
19:26le cas,
19:27encore,
19:27même s'il y a des choses
19:28qui sont en bon chemin.
19:29En tout cas,
19:29c'est mon avis.
19:30Alors, c'est dans nos mains,
19:31vous dites,
19:32j'imagine,
19:32quand vous dites ça,
19:33vous dites c'est dans nos mains
19:34d'hommes aussi.
19:37On entend des hommes parler,
19:39on entend des hommes signer
19:40des tribunes,
19:40on voit des hommes signer
19:41des tribunes,
19:42mais est-ce qu'il ne faudrait
19:44pas davantage avoir
19:45des hommes dans l'action,
19:46c'est-à-dire des hommes
19:46prêts à perdre
19:47une forme de privilège
19:48et puis d'accepter
19:49des dommages collatéraux
19:51liés à cette prise
19:51d'opposition ?
19:52En fait,
19:53est-ce qu'il faut que,
19:54pour que l'engagement
19:55des hommes soit réel,
19:56est-ce qu'il faut
19:56qu'il leur coûte quelque chose ?
19:59Alors,
20:00je ne sais pas s'il faut
20:02qu'il leur coûte en tout cas.
20:03Alors déjà,
20:03votre constat de départ,
20:04moi je le partage pleinement,
20:05c'est-à-dire qu'à un moment donné,
20:07il faut qu'on y aille
20:08toutes et tous
20:09et quand on regarde
20:10l'engagement des hommes
20:11sur cette question,
20:12on est un peu
20:12le chénon manquant
20:13pour l'instant.
20:14On reste ultra minoritaire,
20:16alors quand on est
20:17un ancien comme moi,
20:18on est content
20:18parce qu'on est moins isolé
20:20que nous l'étions
20:21à quelques-uns
20:22il y a 20 ans,
20:24mais il y a des jeunes
20:25notamment qui nous ont rejoints,
20:27mais on reste ultra,
20:28ultra minoritaire
20:29sur cette question
20:30et le compte n'y est vraiment pas.
20:33Donc en fait,
20:34oui,
20:35il y a cette nécessité,
20:36plus que jamais
20:37que les hommes s'engagent.
20:40Est-ce qu'on a des...
20:41Par contre,
20:41vous avez raison de dire
20:43qu'on a des choses à perdre.
20:44Oui.
20:45Aujourd'hui,
20:45je suis du bon côté de la table,
20:47moi en tant qu'homme,
20:48j'ai des privilèges,
20:50j'ai des passe-droits,
20:51j'ai des autoroutes
20:52qui me sont offertes,
20:53etc.
20:54Est-ce que je vais perdre ça ?
20:55Non, non, non,
20:56je ne vais pas les perdre,
20:56je vais juste partager.
20:58J'en aurai un peu moins
20:59et on va partager.
21:00Puis à côté de ça,
21:01j'aurai des charges en plus
21:02que je vais partager aussi.
21:05Mais dans la balance,
21:06moi je ressens
21:08mais profondément
21:08quelque chose
21:09dans mon quotidien,
21:10c'est tout ce que je gagne.
21:12Alors qu'est-ce qu'on gagne ?
21:13En fait,
21:15il y a mille études
21:16qui existent,
21:16certaines farfelues,
21:17on va être d'accord,
21:18certaines très sérieuses,
21:19qui montrent que
21:20quand on est un homme
21:21et qu'on vit
21:22dans un milieu égalitaire,
21:24mais on se sent mieux
21:25dans ces baskets
21:25à tous les niveaux.
21:26C'est plus agréable
21:27d'être dans ces milieux-là.
21:28On en parlait juste avant
21:29dans l'entreprise,
21:30quand on joue
21:31à Sexisme pas chez nous,
21:32le nombre de gars
21:33qui font tomber la cape
21:35et qui deviennent
21:36qui ils sont vraiment
21:37et qui se libèrent de ça.
21:39On est mieux au quotidien,
21:41on est mieux avec les femmes,
21:43avec les autres hommes,
21:45on est mieux
21:45quand on est soi-même.
21:46Donc moi j'ai envie de dire
21:47je perds quelques privilèges,
21:49je partage des choses,
21:50je partage des charges
21:51et je me sens mieux
21:52dans mes baskets tous les jours.
21:53Le calculer est vite fait.
21:55Alors bon,
21:55ça sera ma dernière question
21:56parce que le temps
21:57passe toujours très vite.
21:58Vous avez beaucoup
21:59documenté, analysé,
22:00vous êtes très impliqué
22:01sur ces questions.
22:04Qu'est-ce qui peut réellement
22:05faire bouger les choses ?
22:06Est-ce que ce n'est pas
22:07du domaine de l'éducation,
22:09des petits garçons
22:09et des petites filles
22:10où il faudrait prendre
22:10le sujet à la source ?
22:13Oui, c'est l'idéal.
22:14C'est dès le début,
22:15dès la première minute
22:15de notre vie,
22:16on est vu aux éducations
22:17se comporter,
22:18notamment quand on est parent
22:19et c'est dur à faire
22:20se comporter pareil
22:21avec ces filles et ces garçons.
22:22Maintenant,
22:23qui a ça dans ses mains ?
22:25La responsabilité,
22:26je crois que ce qui est
22:26important de dire,
22:27c'est qu'elle est ultra partagée.
22:29On a tous et toutes
22:29un bout de la solution
22:30dans la poche
22:31et il faut qu'on se mette
22:33à accorder nos partitions
22:34et à travailler ensemble.
22:35Oui,
22:35l'éducation nationale,
22:36on a vécu une période
22:38où il y avait un dynamisme
22:39qui est plus fort qu'aujourd'hui.
22:41C'est extrêmement clair.
22:42Je pensais à
22:42une grosse dizaine d'années.
22:44Aux alphabets d'égalité,
22:45par exemple ?
22:45Comment ?
22:46Aux alphabets d'égalité,
22:47par exemple ?
22:47Oui,
22:48qui ont été enlevés,
22:49malheureusement,
22:49mais à ce moment-là,
22:50il y avait une dynamique.
22:51Et aujourd'hui,
22:51je ne dis pas qu'il ne se passe rien
22:52parce qu'il y a des profs
22:54extraordinaires
22:54qui portent ces sujets-là,
22:55etc.
22:56Mais on est,
22:58toutes et tous,
22:59à la main,
22:59on peut faire quelque chose,
23:00toutes et tous,
23:01dans chaque espace.
23:03On en a parlé
23:04pour l'entreprise.
23:05Je crois qu'une des clés,
23:06c'est l'humilité.
23:08C'est l'humilité.
23:09Et quand on est dans un espace,
23:11si ça ne change pas,
23:12c'est qu'on n'a pas fait
23:13ce qu'il fallait.
23:14Eh bien,
23:15merci beaucoup,
23:15Pierre-Yves,
23:16pour ce partage aujourd'hui
23:18et cette conversation
23:18dans la force de l'engagement.
23:20Je crois que le sexisme,
23:21ce n'est pas simplement
23:21une question de comportement individuel.
23:23C'est un système
23:24qui s'adapte,
23:25qui se déplace,
23:26qui change de forme,
23:27mais qui continue
23:28d'organiser les rapports
23:29de pouvoir.
23:31Ce qui résiste le plus,
23:32c'est souvent ce qui est
23:32le plus accepté.
23:33Et c'est là que se restitue
23:35notre responsabilité collective.
23:37La force de l'engagement,
23:38c'est chaque dimanche,
23:40après-midi,
23:41à 15h,
23:42sur Sud Radio.
23:42Vous pouvez nous retrouver
23:43sur sudradio.fr.
23:45Je vous dis à dimanche prochain,
23:47même heure,
23:47même énergie,
23:48avec celles et ceux
23:49qui font bouger la société.
23:50Excellent dimanche.
23:52C'était la force de l'engagement.
23:54Avec AJP,
23:55épargne,
23:56retraite,
23:57assurance emprunteur,
23:58prévoyance,
23:59santé.
23:59AJP !
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