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Avec Mick Levy, Conférencier IA et Data, Directeur Stratégie & innovation chez Orange Business, Gilles Babinet, Entrepreneur français, co-président
du Conseil national du numérique,
et Digital Champion de la France auprès
de la Commission européenne

Retrouvez Le Numérique pour tous avec Vanessa Perez tous les dimanches à 16h30 sur #SudRadio.
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##LE_NUMERIQUE_POUR_TOUS-2026-05-17##

Catégorie

🤖
Technologie
Transcription
00:00Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:04Bonjour et bienvenue dans le numérique pour tous, l'émission dédiée à l'innovation et à la tech responsable.
00:09Alors vous le savez, pas une journée sans que l'on vous parle d'intelligence artificielle,
00:13que ce soit dans les médias ou sur les réseaux sociaux,
00:16mais au-delà des effets d'annonce, il existe des vérités que l'on ne vous dit pas forcément.
00:20En effet, derrière ces outils gratuits et ludiques se cache une guerre mondiale des données,
00:24de l'influence et de la dépendance technologique.
00:26Alors, intelligence artificielle, progrès historique ou immense illusion collective
00:30dont il faut réellement avoir le mode d'emploi,
00:33on en parle sans filtre aujourd'hui dans le numérique pour tous sur Sud Radio.
00:37Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
00:41Et pour commencer cette émission spéciale consacrée à l'intelligence artificielle et ses zones d'ombre,
00:45nous avons le plaisir de recevoir un expert reconnu de la transformation numérique.
00:49Il est directeur de la stratégie et d'innovation chez Orange Business.
00:53Sur le plateau du numérique pour tous, Mick Lévy.
00:56Bonjour Mick.
00:57Bonjour.
00:57Et vous êtes aussi l'auteur de ce livre, pour ceux qui peuvent le voir,
01:00IA mania, usage éthique stratégique, créer une valeur durable, paru aux éditions Vuber.
01:06Alors Mick, pour commencer, on va débuguer certaines idées reçues.
01:10On parle souvent d'une IA qui pourrait détruire l'humanité,
01:13qui va supprimer massivement des emplois, mais ici on est technopositif,
01:17donc j'aimerais qu'on remette, comme on dit, l'église au centre du jardin.
01:20Quel est le cadre de pensée dans lequel il faut se mettre pour appréhender l'intelligence artificielle ?
01:24Je crois qu'il faut prendre conscience que les grands patrons de la tech,
01:29Sam Altman, Elon Musk et quelques autres qui font cet IA au niveau mondial,
01:33ont finalement organisé une sidération collective.
01:37C'était une stratégie marketing.
01:38Certains appellent ça la stratégie du choc.
01:40On est passé de la sidération à la fascination.
01:43Ils jouent avec la peur.
01:44Et je crois que l'enjeu maintenant, pour chacun, c'est de comprendre ce qui se passe derrière l'IA,
01:49de ne pas chercher à la rejeter, de ne pas chercher non plus à l'utiliser de manière éhontée,
01:54sans avoir conscience de ce qu'il y a derrière,
01:55mais de prendre conscience des mécanismes qui sont derrière l'IA pour finalement bien l'utiliser.
02:00Ça va être ça le grand enjeu de la décennie à venir certainement.
02:02Parfait, c'était important de le dire.
02:04Alors, Mick, vous aimez bien utiliser la métaphore de l'iceberg.
02:07Il y a une petite partie que l'on voit,
02:09mais il y a une plus grosse partie qui va créer des conditions de risque ou pas.
02:13Concrètement, si on fait cette métaphore pour l'IA,
02:16quels sont les risques immergés dont on ne parle presque pas ?
02:19Oui, alors un iceberg, on voit bien.
02:21On pourrait parler d'ailleurs des icebergs, si on veut faire un petit jeu de nom.
02:24Ah oui, alors il faut bien le comprendre.
02:26Il a mis un petit A devant l'iceberg.
02:28Il faut le saisir, mais je préfère...
02:30Et donc imaginons un iceberg, il y a la partie haute qu'on voit le plus,
02:33c'est les peurs qu'on nous agite.
02:35Peur de destruction complète, massive de l'emploi.
02:38Peur de l'IA qui se retournerait contre nous, Terminator.
02:41Et puis là, sous les océans, en fait, on nous cache,
02:44en nous amenant cette sidération, les risques qui sont déjà à l'œuvre.
02:48On va parler notamment de l'impact environnemental.
02:51On peut parler des data workers, l'exploitation humaine du travail
02:55et aussi de l'exploitation de nos données.
02:57Finalement, c'est ça qui compose cet iceberg.
02:59Il y a des couches intermédiaires aussi,
03:02avec des risques qui sont structurels à l'IA.
03:04L'IA a quand même plein de limites,
03:05à commencer par les biais, les hallucinations.
03:08Et puis des risques qui vont s'exercer à beaucoup plus long terme,
03:11qui sont des impacts sociétaux.
03:13Donc il est difficile aujourd'hui d'apprécier exactement
03:15comment ça va évoluer,
03:16mais je crois qu'on va s'y employer sur la suite des échanges.
03:18Exactement.
03:18Alors on va prendre risque par risque,
03:20comme ça, ça va être beaucoup plus clair pour nos auditeurs.
03:22Donc vous parliez de ce qu'on appelle déjà les data workers,
03:25ces travailleurs de l'ombre.
03:27Expliquez-nous en quoi ça consiste
03:29et pourquoi effectivement il y a un véritable risque.
03:31Alors d'abord, il faut avoir conscience
03:32qu'on a tous été les idiots utiles de l'IA.
03:35En quelque sorte, on les a éduqués,
03:37on a aidés à leur éducation par nos données,
03:39par nos actions aussi sur le web.
03:43Parce qu'il faut comprendre que plus on parle à une IA,
03:45plus on l'enrichit, plus elle devient intelligente,
03:46plus elle nous connaît.
03:47Exactement.
03:47Mais face à ça, il y a quand même des millions,
03:49des centaines de millions même,
03:51de personnes qui sont payées à la tâche,
03:54généralement exploitées dans ce qu'on appelle le sud global.
03:56Et donc ils sont payés à peine quelques dollars,
04:00pardon, centimes de dollars de la tâche.
04:02Ça revient à quelques dollars de l'heure.
04:04Ils travaillent dans des conditions
04:05qui sont absolument tout à fait affligeantes,
04:10clairement et vraiment même choquantes.
04:12On a des témoignages de gens qui ne s'en remettent pas,
04:15qui parlent vraiment comme s'ils étaient face à de la torture mentale,
04:19parce qu'ils sont constamment en train de revalider,
04:21de valider des vidéos qui sont extrêmement choquantes.
04:24Si on ne peut pas générer avec l'IA des images d'attentat,
04:27par exemple, ou de viol,
04:29c'est parce qu'il y a des personnes qui sont venues montrer à l'IA
04:31ce qu'était un viol, ce qu'était un attentat,
04:33et qui donc, eux, ont subi constamment ces images
04:35sans aucune assistance psychologique au passage.
04:39Donc on peut parler des grands oubliés de l'IA.
04:41Et la Banque mondiale estime qu'ils sont
04:43quelques centaines de millions à l'échelle mondiale
04:47à faire ces travaux-là.
04:48C'était important de le mentionner.
04:49Alors, deuxième risque ou non,
04:52vous allez débugger cette idée reçue,
04:54l'empreinte écologique de l'intelligence artificielle.
04:56Est-ce que le développement actuel de ces technologies
04:59est soutenable pour la planète ?
05:00C'est un des risques qui me préoccupe le plus,
05:02pour être honnête.
05:04L'empreinte du numérique était déjà notable,
05:05et aujourd'hui, c'est l'IA qui est en train le plus
05:08de faire croître l'empreinte environnementale globale du numérique.
05:13On a tendance à nous le faire oublier aussi.
05:16On nous parle de cloud, d'intelligence artificielle.
05:18Mais le numérique, c'est de la matérialité.
05:21C'est du matériel, des data centers,
05:23des ordinateurs, des puces,
05:24des ressources minières qui sont aussi exploitées.
05:27Et l'Agence internationale de l'énergie
05:29estime que l'empreinte,
05:31la consommation globale de tout ce matériel-là,
05:33est en train d'être multipliée par deux entre 2024 et 2030.
05:38Ça conduirait, le numérique, en 2030,
05:41à consommer 3% de l'énergie au niveau mondial,
05:43ce qui revient à peu près à la consommation du Japon,
05:46qui est le cinquième consommateur au niveau mondial.
05:49On parle aussi, bien évidemment, de l'emploi,
05:50avec ces pertes massives d'emploi.
05:52On aime bien crier au loup.
05:53Là aussi, est-ce que vous pourriez nous rétablir le vrai du faux ?
05:56Alors, sur l'emploi, la situation est un peu plus complexe.
05:59Il va falloir voir ce qui se passe dans les années à venir.
06:03Ce qui est sûr, c'est que c'est une peur qui est facile de nous agiter,
06:06puisqu'on est face à une technologie qui amène de la productivité,
06:09dont on voit qu'elle peut automatiser des choses.
06:12Et cette peur, elle est en réalité ancestrale.
06:15On pourrait prendre des titres de une, de journaux d'il y a une centaine d'années.
06:19On change juste le mot robot ou machine par IA,
06:22et on peut faire exactement la même page de pub.
06:25Donc, je crois que le sujet n'est pas du tout dit.
06:28En tout cas, il n'y aura certainement pas la casse massive d'emploi général
06:33qu'on nous promet sur le marché.
06:36De plus en plus d'économistes en reviennent largement.
06:38Alors, après, derrière tous ces risques technologiques, environnementaux,
06:41il y a quand même un risque humain, peut-être, qu'il faut souligner ou alors nuancer
06:45dans notre manière de penser, d'écrire, de standardiser.
06:48Parce que, alors, nous, encore, vieille génération, on peut le dire ainsi,
06:51on peut comparer du Baudelaire et de l'intelligence artificielle lorsque le texte est généré.
06:55Les jeunes générations, aujourd'hui, ne vont connaître que l'intelligence artificielle
06:59en termes de génération de texte.
07:00Est-ce qu'il n'y a pas un risque derrière tout ça ?
07:02On parle effectivement de la génération alpha, on l'appelle aussi la génération IA.
07:06C'est les personnes qui seront nées avec les IA.
07:09Je pense que c'est le propre de toute technologie,
07:11de faire évoluer, de toute façon, ce qu'on est aussi.
07:14La technologie nous fait évoluer et ce n'est pas seulement nous qui la façonnons,
07:19c'est ça aussi qu'il faut comprendre derrière.
07:22Et je crois que, finalement, l'enjeu clé, ça va être de développer l'esprit critique.
07:26On le dit beaucoup, mais il va falloir apprendre de plus en plus à questionner,
07:31à comprendre quand est-ce qu'on veut faire appel à l'IA,
07:33quand est-ce qu'on ne peut pas faire appel à l'IA,
07:35à ne pas prendre le résultat que nous donne l'IA sans du tout se reposer de questions,
07:40sans croiser les sources, sans croiser les faits.
07:42Et puis prendre conscience, à chaque usage, qu'est-ce qu'on y cède
07:45et qu'est-ce qu'on ne veut pas y céder.
07:48Et moi, d'ailleurs, c'était au cœur des grandes questions
07:50que je me suis posées tout au long de l'écriture de mon livre,
07:52avec une question obsédante.
07:53Et s'il y a, finalement, qui pouvait écrire un meilleur livre que moi ?
07:56Et j'ai choisi consciemment de ne pas du tout céder de rédaction à l'IA
08:02sur toute l'écriture du livre.
08:03Et je crois que chacun doit se poser un peu cette question-là au quotidien.
08:05C'est une excellente transition.
08:07Et pour conclure, vous aimez bien citer Platon,
08:09qui déjà se posait les mêmes questions que celles que l'on se pose aujourd'hui.
08:12C'est intéressant, Platon, parce que ça nous fait prendre conscience
08:14à quel point, là, on est dans le tourbillon actuellement avec l'IA
08:17et au manque de recul aussi, pour bien comprendre.
08:19Il y a 2500 ans, Platon, lui, se méfiait de l'écriture.
08:22Dans le Phèdre, il disait l'écriture.
08:24Oh, Phèdre a un grave inconvénient.
08:26Il avait peur, d'abord, que ce soit un mode qui allait appauvrir la pensée,
08:29parce que ça l'a simplifié et ça l'a rendu absolument statique.
08:33Et puis, il avait peur aussi qu'on y perde notre mémoire,
08:35puisque si on écrit, on n'a plus à se souvenir des choses.
08:37On a délégué notre mémoire à un écrit externe.
08:412500 ans plus tard, je crois qu'il n'y a personne pour dire
08:43que l'écriture était une mauvaise invention.
08:46Je crois qu'il en va la même chose avec l'IA.
08:49Ça va beaucoup plus vite que l'écriture, c'est certain.
08:52Là, on est dans l'œil du cyclone, au moment où tout est en train de changer.
08:55Mais quand on aura quelques années, peut-être quelques décennies de recul,
08:58je vous fais le pari qu'on se dira tous que ça aurait été une excellente invention
09:01pour amener de la nouvelle connaissance, pour faire de nouvelles découvertes,
09:05pour avoir un nouvel accès à l'information qui va amener plein de bonnes choses,
09:09certainement, dans l'humanité, même s'il faut se méfier des risques dont on vient de parler.
09:13Merci beaucoup, Mick Livy.
09:14Je rappelle votre livre, IA Mania, paru aux éditions Hubert.
09:18On marque une courte pause avant de retrouver notre second invité
09:21et comprendre comment l'intelligence artificielle est en train de masquer
09:24un véritable changement géopolitique.
09:27Le numérique pour tous, spéciale intelligence artificielle.
09:29Ça continue dans quelques instants, et c'est sur Sud Radio.
09:32Sud Radio, le numérique pour tous, Vanessa Pérez.
09:35Bon, on le répète, Gilles, on est techno-positif ici,
09:39mais j'aimerais qu'on commence par une question clash.
09:41Qu'est-ce qu'on ne dit jamais au grand public sur les véritables limites
09:44de l'intelligence artificielle aujourd'hui pour cadrer, également avec vous,
09:47votre position politique ?
09:49Il y a une limite technique, c'est que pour le moment,
09:51ça a beaucoup de difficultés à comprendre le contexte.
09:54C'est très très fort sur des tâches qui sont assez circoncises.
09:58Arriver à comprendre le contexte d'ensemble, ça ne sait pas le faire.
10:02Et c'est une limite assez fondamentale.
10:03Je pense que c'est ça qui nous sépare de ce qu'on appelle
10:06l'intelligence artificielle générale.
10:08Tant qu'il n'y a pas de prise en compte du contexte,
10:10on ne saura pas faire ça.
10:11Et à cet égard, je pense qu'on en est assez loin.
10:14Donc ça, on ne le dit pas souvent.
10:16Et ça mérite d'être dit parce qu'il y a quand même
10:18des milliers de milliards de dollars
10:20qui sont au travail pour développer l'intelligence artificielle
10:23dans cette perspective.
10:24Et d'ailleurs, on assiste à un peu un changement sur l'aile
10:28des Sam Altman, Dario Amodei et Consor.
10:31Il y a quelques jours, OpenAI, l'entreprise de Sam Altman,
10:36a re-signé une convention avec Microsoft.
10:38Ils avaient une convention depuis 4 ans
10:40dans laquelle il n'est plus question
10:42d'intelligence artificielle générale.
10:44Auparavant, il était dit que leurs sources étaient liées
10:48jusqu'à l'instant où on fera apparaître
10:51l'intelligence artificielle générale.
10:52Ce n'est plus le cas et c'est assez notoire.
10:55Alors justement, Gilles, derrière le discours d'innovation,
10:58est-ce que l'intelligence artificielle n'est pas plutôt
11:00un outil de concentration massive du pouvoir économique
11:02entre quelques acteurs mondiaux ?
11:04Vous les citiez tout à l'heure.
11:05Oui, oui.
11:06Alors ça, c'est vraiment le premier point de préoccupation
11:10que j'exprime d'ailleurs dans mon récent livre.
11:13c'est le fait qu'on voit déjà cette concentration
11:16extrêmement importante se faire.
11:19Et il faut y être attentif parce qu'on a toujours le sentiment
11:23que finalement la technique c'est super
11:24et qu'à la fin on retombe un peu sur ses pieds.
11:28Mick vient de l'évoquer et il a raison.
11:30Mais il faut bien être conscient que, par exemple,
11:33il y a Bob Allen qui est un économiste américain
11:35qui observe qu'entre 1790 et 1860,
11:46le niveau de vie au Royaume-Uni a baissé
11:50de façon extrêmement significative.
11:52Il fallait à peu près 6 heures de temps
11:53pour subvenir à ces moyens essentiels avant 1790.
11:58Il faudra entre 12 et 16 heures pendant ces 70 ans.
12:03Et 70 ans, ce n'est pas une paille.
12:05Ce n'est pas ce qu'on peut appeler la transition schumpeterienne.
12:08C'est quelque chose...
12:09Il y a trois générations qui vont vivre
12:12de façon extrêmement en esclavagisme, en réalité.
12:15Et il y a trois caractéristiques qui, je crois, sont communes.
12:20Concentration des capitaux qui est extrêmement importante.
12:25Dérégulation extrêmement forte.
12:27Et puis, absence de concertation à une échelle internationale.
12:32Je dirais même guerre d'empire.
12:35Et ça, c'est problématique parce que la concordance finalement de fait
12:41nous invite à penser qu'on va aller dans une phase
12:43qui va être compliquée pour la classe moyenne, entre guillemets.
12:47Alors justement, est-ce que...
12:49Enfin, vous évoquez une sorte de naïveté européenne.
12:52On n'est pas un peu dans les paillettes à dire
12:53« Ah là là, on s'est emparé de manière très moderne en France et en Europe »
12:57de l'IA, alors que derrière tout ça, les Chinois et les Américains ont une vision
13:00beaucoup plus stratégique et politique du sujet.
13:02Il y a deux choses.
13:03La France et l'Europe sont notoirement extrêmement en retard,
13:05n'ont pas été capables d'homobiliser les capitaux.
13:08Et puis, ils sortent d'une sorte de vision quand même assez naïve,
13:12qui consiste à dire que plus les marchés sont ouverts, mieux c'est.
13:16Les Américains et les Chinois, ça fait très très longtemps,
13:20voire ils n'ont jamais vraiment totalement adhéré à cette idée.
13:24Mais le protectionnisme est omniprésent et pas seulement à des fins économiques,
13:28mais aussi à des fins d'empire, c'est-à-dire s'assurer que certaines techniques
13:33n'appartiennent qu'à eux et qu'ils les maîtrisent plus que les autres.
13:37Il faut savoir ce qu'on veut.
13:38Si on veut rester avec nos idéaux et nos valeurs,
13:41il faut qu'on prenne conscience qu'on est dans un monde dangereux
13:44et que l'intelligence artificielle va être un facteur de pouvoir premier.
13:48Alors justement, si on rentre dans le détail très concret,
13:51on nous vend une intelligence artificielle qui serait notre objectif.
13:55On sait tous que quand on code, on peut avoir des biais
13:57que l'on introduit, on va dire, dans les réponses qui sont générées.
14:00Vous pensez qu'effectivement, les grandes puissances politiques
14:03sont en train d'orienter la pensée collective
14:06avec des biais algorithmiques qui pourraient influencer
14:09la manière dont on perçoit le monde ?
14:11Non, ça ne marche pas comme ça.
14:12Il y a effectivement, je pense à une auteure qui est très portée
14:15sur cette idée de complotisme généralisé.
14:17Je ne suis pas du tout là-dedans.
14:18En revanche, il y a une concordance d'intérêts.
14:21C'est-à-dire qu'il se trouve que les populistes,
14:25pour ne pas le nommer Trump au pouvoir,
14:29ont des intérêts qui sont tout à fait convergents
14:31avec ceux de la Silicon Valley
14:32et qu'eux, ils vont faire un morceau de route ensemble.
14:36Il a même été démontré qu'en réalité,
14:38l'objectif du courant de Peter Thiel,
14:42c'est d'utiliser ces gens-là pour prendre le pouvoir,
14:46mais il les méprise.
14:47Il est conscient du fait que, finalement,
14:50ce n'est pas son agenda.
14:51Son agenda, c'est l'accélérationnisme.
14:53Je crois qu'il ne faut pas prendre ces gens-là
14:55pour des doux, une huberlue.
14:57C'est des gens très sérieux, qui ont des capitaux,
15:00qui ont une feuille de route de long terme.
15:03Et ce sont, pour moi, des technofascistes,
15:05pour utiliser le mot.
15:07Gilles, si on se concentre au domaine de l'entreprise,
15:09on entend à la fois parler de gain de productivité,
15:14mais il y a peut-être un paradoxe,
15:16parce qu'un gain de productivité,
15:17si je fais certains raccourcis,
15:19on va licencier beaucoup de gens.
15:20Ces gens ont un pouvoir d'achat,
15:21ils ne vont plus pouvoir acheter les produits
15:22des entreprises qui les génèrent,
15:24parce qu'on a remplacé l'humain par de l'IA.
15:26Comment vous voyez cet équilibre ?
15:27Est-ce que là aussi, on est dans une tendance réaliste,
15:29ou alors on aime à se faire peur ?
15:31Vous l'avez exactement résumé.
15:33Donc, la productivité, c'est bien.
15:36Productivité, c'est ce qui fait qu'on est tous
15:37avec des moyens très supérieurs
15:38à ce qu'on avait il y a deux siècles.
15:40Juste pour vous donner une idée,
15:41on considère qu'avant la Renaissance,
15:44le revenu moyen par Thérien,
15:46c'était aux alentours de 60 centimes par jour.
15:50On a multiplié ce montant-là
15:53aux alentours de 60.
15:55Donc, c'est tout à fait considérable.
15:57Le problème, c'est quand cette productivité
15:59est captée par quelques-uns.
16:01Et le risque que l'on a,
16:02d'ailleurs, qui est à mon avis avéré aujourd'hui,
16:04c'est qu'on a un déséquilibre
16:06de la distribution de la valeur
16:07entre le travailleur et le capital.
16:09Et ça, c'est quelque chose
16:10qui est difficile à traiter
16:12si on n'a pas du multilatéralisme.
16:14Des accords...
16:15Par exemple, l'OCDE a poussé
16:18pour qu'il y ait une taxe minimum de 15%
16:20sur toute forme d'activité économique.
16:22Les Américains ont refusé ça.
16:24Et ça, c'est vraiment très problématique
16:26parce que ça veut dire
16:27qu'on n'est pas capable de taxer la machine.
16:28La conséquence de ça, c'est qu'on ne s'est pas taxé
16:31à l'intelligence artificielle.
16:32Mais concrètement, on nous parle dans certains récits
16:34peut-être un petit peu dystopiques
16:36de tous ces gens qui auraient un revenu
16:37totalement identique, un revenu minimum.
16:39UBI, Universal Basic Com.
16:41Exactement.
16:43Pour vous, c'est une réalité ?
16:44Ou là encore, c'est un petit groupe de complotistes
16:46où on aime à se faire peur qu'il définit tout ça ?
16:48Non, non.
16:49La notion du BI, vous savez, on est déjà...
16:51Pour nos auditeurs en franco-français,
16:53la notion du revenu universel...
16:54Le revenu universel, c'est déjà présent.
16:56Quand vous avez des droits sociaux,
16:58vous avez ces droits,
16:59pas forcément uniquement si vous travaillez.
17:02Vous les avez...
17:03Si vous êtes français,
17:04vous avez le droit à accès à la sécurité sociale
17:06en certaines mesures.
17:08Voilà.
17:09Donc, on a déjà cette notion-là.
17:11La question, c'est de savoir
17:12si ce n'est pas un peu un pis-aller.
17:15C'est-à-dire,
17:16Sam Altman, il dit
17:17il faut qu'on donne 200 euros
17:20aux gens par mois.
17:22Et puis moi, de mon côté,
17:23je vais avoir une entreprise
17:24qui vaudra des centaines de milliards de dollars.
17:27On voit bien qu'on a quand même
17:29un déséquilibre de la valeur.
17:31Et ça, c'est problématique
17:32parce qu'à la fin,
17:33c'est aussi l'expression de la démocratie
17:35qui est mise en danger.
17:36Quand vous avez quelqu'un
17:37qui détient des pouvoirs économiques
17:38très importants,
17:39en réalité,
17:40il a une capacité d'influence
17:42sur les institutions.
17:43Et ça, on l'a connu avec Carnegie.
17:46On l'a connu tout au long
17:47de la fin du 19e siècle.
17:49On a vu les conséquences que ça a.
17:51Il a fallu un Roosevelt
17:53avec une intention politique
17:55extrêmement marquée
17:55pour remettre la balle au milieu.
17:57Ça a duré jusqu'en 1980.
18:02Ça s'est redéséquilibré.
18:03C'est en train de se déséquilibrer
18:05de façon extrêmement brutale.
18:07C'est problématique.
18:08Gilles, vous avez conçu
18:09les Café IA.
18:10Expliquez-nous en quoi ça consiste.
18:11Et surtout, dites-nous,
18:12est-ce que vous avez le sentiment
18:13qu'en France,
18:14on se pose les vraies bonnes questions
18:16sur l'intelligence artificielle
18:17et son adoption
18:18ou alors on est complètement
18:18à côté de la plaque ?
18:19C'est exactement dans la suite
18:20de vos questionnements.
18:23En fait, l'idée, c'est de dire que...
18:25C'est quoi les Café IA ?
18:26Café IA, c'est de la médiation populaire
18:28sur l'intelligence artificielle.
18:29On parle à tout le monde.
18:30On va du collège jusqu'aux EHPAD
18:33pour parler d'intelligence artificielle
18:35en partant du principe que
18:37c'est une rupture anthropologique,
18:39ça concerne tout le monde
18:40et que si on veut finalement
18:42décider de notre sort
18:43de façon collective et démocratique,
18:46il faut qu'on comprenne cet enjeu.
18:47Et si on veut éviter
18:49qu'il y ait trois personnes
18:50qui concentrent de la valeur,
18:52il faut qu'on soit capable
18:53de structurer finalement
18:55une pensée politique
18:56qui va dans le sens du bien commun.
18:59Donc c'est ça la volonté de Café IA.
19:02Et c'est exactement pour traiter
19:04ces sujets-là
19:04qu'on s'est dit
19:06on va aller rencontrer
19:06des centaines de milliers,
19:08des millions de Français.
19:10Donc on a fait 1800 Café IA en 2025.
19:13On va en faire entre 6 et 8 000
19:16en 2026.
19:17L'objectif c'est d'être capable
19:19de toucher à peu près
19:19un million de personnes
19:21à partir de 2027.
19:22Et vous avez le sentiment justement,
19:23je repose ma question,
19:24de ce que comprennent
19:25les Français des territoires,
19:27ceux qui sont en contact
19:28avec la vraie réalité.
19:29Est-ce qu'ils ont l'information
19:31dont ils auraient besoin
19:32pour pouvoir s'emparer de l'IA ?
19:34Ou alors le débat médiatique
19:35a complètement polarisé
19:37sur d'autres enjeux
19:38la problématique de l'IA ?
19:39Et en fait,
19:40ce qui leur arrive à leurs oreilles
19:41n'est pas ce qu'ils devraient entendre ?
19:42Oui, c'est sûr que les Français
19:45ne voient pas l'enjeu premier.
19:48C'est-à-dire qu'on est en train
19:49de débattre de sujets
19:51qui sont, je ne vais pas les reprendre
19:53parce qu'ils sont tellement polémiques
19:54que je ne vais pas les reprendre,
19:55mais qui sont au cœur du débat
19:55de l'après-présidentiel.
19:58Le sujet qui, à mon sens,
20:00sera un des sujets
20:01totalement dominants,
20:03ça va être le sujet
20:03de l'intelligence artificielle.
20:04Si vous arrivez à produire
20:06des gains de productivité,
20:08si vous avez 5% de gains
20:09de productivité par an,
20:10ce qui est évidemment considérable,
20:12on est 1% de gains
20:12de productivité par an,
20:14ça veut dire que vous avez massivement
20:17un recyclage des emplois,
20:19une altération
20:20de la distribution de la valeur.
20:21Si vous ne faites pas ça bien,
20:23vous vous retrouvez dans la situation
20:24que je vous décrivais tout à l'heure
20:25avec des gens qui sont
20:26complètement aliénés,
20:27pour des décennies.
20:29C'est ça le sujet.
20:30C'est vraiment ça.
20:31Et le plus on sera capable
20:33d'en faire un enjeu politique,
20:35le mieux ce sera.
20:36Les patrons sont des relais
20:37d'opinion considérables
20:39dans l'adoption de l'IA.
20:40Si vous aviez un message,
20:42puisque ces patrons sont des ambassadeurs
20:43vis-à-vis de leurs collaborateurs,
20:44un message à faire passer
20:45à tous ces patrons
20:45qui veulent adopter l'IA
20:47et qui ne l'ont pas encore fait,
20:48qu'est-ce que vous aimeriez leur dire ?
20:49J'étais hier soir
20:50avec la direction générale
20:51d'une grande entreprise française.
20:53On a eu cette discussion.
20:55Je leur ai dit,
20:55n'éludez pas le débat.
20:58Rentrez directement dans le débat
20:59avec les syndicats
21:02et n'ayez pas une perspective
21:03de vous dire
21:04je vais gagner deux ETP,
21:06des équivalents temps plein,
21:07c'est-à-dire des emplois
21:09là à court terme.
21:11Mettez-vous dans une perspective
21:12de moyen terme.
21:13Dites-vous finalement,
21:14c'est quoi notre métier demain ?
21:15Comment on assure ce métier ?
21:17Comment on fait la transition ?
21:18C'est quoi l'utilisation
21:19de l'intelligence artificielle
21:20dans tout ça ?
21:21Et comment finalement
21:23on a une transition
21:23qui est cohérente
21:24par rapport à notre mission ?
21:25Pour conclure,
21:2630 secondes,
21:27si vous deviez dire quelque chose
21:27justement aux collaborateurs
21:29et non plus aux patrons
21:30sur l'adoption de l'IA
21:31et par rapport à tout ce qu'ils entendent
21:32pour avoir un esprit critique
21:33dont parlait tout à l'heure.
21:34Je leur dirais,
21:35débattez-en ensemble.
21:37Ne restez pas seuls.
21:38Sortez du fantage.
21:39Il y a beaucoup de...
21:40Mick l'a dit d'ailleurs.
21:42Il y a beaucoup de choses
21:43qui sont fausses
21:44à l'égard de l'intelligence artificielle.
21:46Le mieux pour réussir
21:47à comprendre ce qu'il en est,
21:49c'est d'en parler ensemble.
21:51Et finalement,
21:51chacun apporte sa pierre
21:52à l'édifice
21:53et on arrive à débonquer,
21:54pour utiliser un terme
21:55pas très français,
21:58ce qui est faux à cet égard.
21:59Allez dans les cafés IA.
22:00Merci beaucoup Gilles Babinet.
22:02Le numérique pour tous,
22:02c'est fini pour aujourd'hui.
22:04Cette semaine encore,
22:04un grand merci à tous
22:05d'être de plus en plus nombreux
22:07à nous suivre
22:07sur les réseaux sociaux
22:08et à interagir avec nous.
22:10Il est temps pour moi
22:11de vous souhaiter
22:11une excellente fin de week-end
22:13et de vous dire
22:13à la semaine prochaine.
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