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  • il y a 6 heures
Avec Chloé Thibaud journaliste autrice de Pourquoi les hommes ont peur des femmes aux editions Les Insolentes

Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.

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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2026-04-19##
Transcription
00:00Retrouvez la force de l'engagement avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
00:10Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Riz.
00:15Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement,
00:18l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
00:21Aujourd'hui, mon invitée est Chloé Thibault, journaliste indépendante,
00:25spécialiste des questions de culture et de société.
00:27Elle est l'autrice de plusieurs essais remarqués consacrés aux représentations culturelles,
00:31aux rapports de pouvoir dans la pop culture.
00:34Son nouveau livre « Pourquoi les hommes ont peur des femmes ? »
00:36propose une enquête incisive sur la fabrique culturelle de la misogynie.
00:41Un livre qui pose une question simple mais explosive.
00:44La peur des femmes est-elle une réalité ou une construction politique ?
00:47Mais avant d'entamer notre conversation, comme chaque dimanche, un engagement.
00:51Et aujourd'hui, je vous propose de nous engager contre la misogynie
00:54et de refuser de la considérer comme une dérive individuelle
00:58ou une série de comportements isolés.
01:00Regardons la misogynie pour ce qu'elle est réellement,
01:02un système construit, structuré, profondément ancré dans notre culture.
01:07Une forme de pensée qui s'inscrit dans une histoire longue,
01:10faite de récits, de représentations et de symboles,
01:12qui ont, siècle après siècle, façonné une certaine vision des femmes.
01:16Une vision qui ne dit jamais explicitement « les femmes doivent être dominées »
01:20mais qui installent insidieusement des faits.
01:22Les femmes seraient par nature instables, excessives, imprévisibles, voire dangereuses.
01:28Ce récit traverse toute notre histoire culturelle.
01:31Dans la mythologie, Pandore est celle qui libère les maux de l'humanité,
01:33dont la tradition religieuse Ève est à l'origine de la faute.
01:37Celle qu'on a nommées « les sorcières »
01:39avait le tort de détenir un savoir, une autonomie, une influence suspecte.
01:43À chaque époque, sous des formes différentes, le même postulat se poursuit.
01:47Une femme qui sort du cadre devient ou est un problème.
01:51Alors, ces récits ont-ils disparu ?
01:53Eh bien, malheureusement, non.
01:55Ils se sont transformés, modernisés.
01:57Ils circulent dans les films, les séries, dans les discours médiatiques.
02:00Les femmes y sont souvent, trop souvent, représentées comme excessives,
02:04trop émotives, trop ambitieuses, trop libres, manipulatrices, hystériques, incontrôlables.
02:10Ces mécanismes ont largement été documentés par les sciences sociales.
02:14Pierre Bourdieu parlait de violences symboliques
02:16pour désigner ce pouvoir invisible qui s'exerce à travers les représentations
02:20en imposant comme naturel des constructions sociales.
02:23Car ce que nous voyons, entendons, ce que nous considérons comme normal,
02:27participe à organiser les rapports de pouvoir.
02:29Et les effets sont très concrets.
02:31Lorsqu'une femme prend la parole, dénonce, conteste,
02:34elle est plus facilement soupçonnée d'exagérer, d'être guidée par l'émotion
02:37ou d'avoir un agenda caché.
02:40Sa parole est fragilisée avant même d'être examinée.
02:43Sa légitimité est discutée avant même d'être reconnue.
02:46C'est le produit d'un imaginaire collectif qui a appris à se méfier des femmes.
02:51Dans ce contexte, la misogynie ne peut pas être réduite à une hostilité individuelle.
02:55Elle fonctionne comme un système de régulation.
02:58Elle permet de contenir, de disqualifier, de remettre à leur place celles qui dérangent.
03:02Elle agit comme un rappel à l'ordre, souvent implicite, parfois violent,
03:05mais toujours structurant. Ce sujet est éminemment politique,
03:09car une société qui fait des femmes un problème organise leur mise à distance du pouvoir.
03:14Discréditer la parole, c'est limiter l'influence.
03:16Mettre en doute la légitimité, c'est restreindre l'accès aux responsabilités.
03:21Derrière les représentations culturelles, il y a des effets manifestes
03:25sur la place des femmes dans l'espace public, économique et politique.
03:28S'engager contre la misogynie, ce n'est pas dénoncer des propos ou des comportements,
03:32c'est interroger les récits qui les rendent possibles.
03:35C'est comprendre comment ils se transmettent, comment ils se transforment
03:38et pourquoi ils persistent.
03:40S'engager aujourd'hui, c'est faire un choix clair,
03:43c'est refuser de considérer ces représentations comme anodines,
03:46c'est refuser de laisser structurer silencieusement notre manière de voir et de juger
03:50et rappeler sans cesse que tout ce qui a été construit peut être déconstruit.
03:55Sud Radio, la force de l'engagement, Muriel Réus.
03:58Alors aujourd'hui, dans la force de l'engagement, je donne la parole à Chloé Thibault
04:02qui publie « Pourquoi les hommes ont peur des femmes ? »
04:04une enquête à publier aux éditions Erol, Les Insolentes,
04:08sur la fabrique culturelle de la misogynie.
04:11Un livre qui explore la manière dont la littérature, le cinéma, les mythes
04:15ont construit depuis des siècles l'idée que les femmes seraient dangereuses,
04:18voire hystériques, voire menaçantes.
04:22Alors Chloé, bonjour.
04:23Bonjour.
04:24Votre livre s'ouvre sur ce constat éclairant que la peur des femmes
04:28ne relève pas simplement de l'émotion,
04:30mais qu'elle s'inscrit dans une histoire culturelle.
04:32Moi j'ai envie de vous demander, comment s'est fabriqué ce récit ?
04:35D'où vient-il ? Et comment s'est-il transmis jusqu'à nous aujourd'hui ?
04:39C'est un récit millénaire, vraiment.
04:42Parce que dès l'Antiquité, les mythes qui se forgent autour des figures féminines
04:46nous diabolisent.
04:48Je pense que l'un des mythes les plus éclairants, c'est celui de Méduse.
04:51Donc tout le monde a cette image de Méduse avec sa tête couverte de serpents
04:55à la place des cheveux et qui a le pouvoir de pétrifier les hommes,
04:58de les changer en pierre.
04:59En fait, quand on regarde ce mythe de plus près,
05:02Méduse était une très jolie femme qui a été violée par le dieu Poséidon
05:06dans le temple d'Athéna.
05:08Et ce qui se passe, c'est qu'Athéna, la déesse,
05:10punit Méduse en la rendant monstrueuse.
05:15À partir de ce moment-là, on est dans ce symptôme
05:18qu'on retrouvera très très souvent et encore aujourd'hui
05:22de l'inversion de la culpabilité.
05:24C'est-à-dire que c'est la victime du viol qui est punie
05:27et qui est jugée monstrueuse.
05:28Au lieu, évidemment, de l'agresseur sexuel Poséidon
05:32qui n'est pas présentée comme un violeur dans la mythologie.
05:35Non, comme un dieu.
05:36Voilà, qui est et reste un dieu, un monstre sacré,
05:39dirions-nous aujourd'hui.
05:41Et donc, dans l'Antiquité, on a plusieurs exemples.
05:43Vous avez évoqué Pandore aussi dans votre édito.
05:47Pandore, qu'on surnommait le beau mal, M-A-L, évidemment,
05:53condamnable parce que très belle,
05:54et puis qui est jugée coupable d'avoir ouvert cette fameuse jarre,
05:59qui n'était pas une boîte d'ailleurs,
06:00qui a libéré tous les maux de l'humanité.
06:02Mais on oublie souvent de raconter que c'est Zeus
06:04qui a fait en sorte que les maux soient libérés sur terre
06:08pour punir les hommes.
06:09Donc, encore une fois, la faute à qui ?
06:12La faute à Zeus.
06:15Je cite en clin d'œil la chanson
06:17« La faute à Ève » d'Anne Sylvestre.
06:19Donc voilà, on retrouve ensuite Ève, évidemment, dans la Bible.
06:21Et puis, quand la pop culture,
06:24donc plus la culture populaire, puis la pop culture,
06:27arrive à la fin du XIXe siècle et au XXe siècle,
06:29on retrouvera tout un tas de films.
06:31dans certains exemples que je développe dans mon livre,
06:34qui se basent en fait sur les mêmes récits,
06:36sur ces inversions.
06:37L'inversion victimaire, l'inversion de la culpabilité.
06:39Alors aujourd'hui, on comprend ses origines,
06:42bien sûr, vous les décrivez parfaitement bien,
06:44et il faut lire le livre parce qu'il y a une énorme partie là-dessus
06:47qui est très très intéressante.
06:49De quelle peur est-ce qu'on parle aujourd'hui, d'après vous ?
06:53Est-ce qu'on parle d'une peur physique, d'une peur sociale, d'une peur symbolique ?
06:58Il y a un terme, moi, que j'utilise beaucoup dans le livre,
07:00qui est la gynophobie.
07:02Je me suis beaucoup appuyée sur les « travaux » d'un homme
07:06qui s'appelle Wolfgang Lederer,
07:07qui était un psychiatre américain
07:09et qui a publié en 1968 « Gynophobia ou la peur des femmes »,
07:13qui est justement ce qui se veut un livre théorique sur la gynophobie,
07:18donc étymologiquement la peur des femmes,
07:20mais dans lequel il assume le fait de ne pas être très factuel
07:23et de ne pas vraiment sourcer, en tout cas scientifiquement, ce qu'il avance,
07:26mais plutôt de se reposer sur ce que lui disent ses patients
07:29à propos de leurs épouses et de leur mère,
07:32de leur épouse au singulier et de leur mère,
07:34et puis de se baser aussi sur des mythes.
07:36Mais en tout cas, cette gynophobie, ce concept, il est important.
07:39On en entend beaucoup moins parler que la misogynie.
07:42Pour autant, la gynophobie, c'est vraiment le fondement de la misogynie
07:45et puis c'est surtout une façon de légitimer la misogynie au sein de la société.
07:50Donc, cette peur, cette gynophobie, elle a plusieurs visages.
07:54Il y en a un que je peux tout à fait admettre.
07:56J'entends que des hommes, voire des jeunes hommes, voire des adolescents,
08:00puissent avoir peur ou être intimidés face à une femme.
08:03C'est normal. La confiance en soi n'est pas quelque chose d'inné.
08:07Et puis, dans les relations hétérosexuelles, ça s'apprend.
08:10Maintenant, ce qu'on essaye de nous faire croire, à grande échelle, à échelle mondiale,
08:14c'est en effet que les femmes seraient une menace pour les hommes.
08:17Et puis, a fortiori, dans une époque post-MeToo.
08:20C'est ce que j'essaye évidemment de déconstruire dans ce livre.
08:22Dans une époque post-MeToo et à un moment où les masculinismes sont très présents.
08:27Oui, une époque de backlash.
08:29Alors, dans le livre, vous citez cette phrase célèbre de Margaret Atout.
08:32Les hommes ont peur que les femmes se moquent d'eux.
08:34Les femmes ont peur d'être tuées.
08:36Autrement dit, il y aurait une asymétrie radicale
08:39entre les peurs masculines et les peurs féminines.
08:41Est-ce que votre livre dit cela ?
08:44Que la peur masculine est une peur symbolique
08:46quand la peur des femmes, elle, est une peur bien réelle ?
08:49Absolument.
08:50Il y a plusieurs expériences que je cite.
08:52Et il y en a une qui est assez simple à faire justement
08:54quand on cherche dans nos moteurs de recherche
08:56équipements de sécurité.
08:58Les équipements de sécurité pour hommes
09:00vont nous donner comme résultat
09:02des lunettes, des casques de chantier,
09:04des combinaisons, des bottes avec embouts renforcés.
09:08En tout cas, des équipements de sécurité
09:09qui les protègent d'objets inanimés,
09:11qui les protègent de leurs conditions de travail.
09:14Lorsqu'on recherche équipements de sécurité pour femmes,
09:17là, on va tomber sur des bombes lacrymogènes,
09:19sur des couvercles, vous savez,
09:22pour recouvrir les verres,
09:24pour se protéger de la drogue.
09:26On va en fait se retrouver face à des objets
09:29qui ont été inventés pour protéger les femmes
09:32des violences des hommes.
09:33On voit en fait, avec des expériences assez simples,
09:36à quel point justement cette peur,
09:38elle est asymétrique.
09:39Et moi, je me suis, entre guillemets,
09:40amusée à chercher, alors,
09:42dans les prédictions de recherche
09:43et dans tout un tas de documentations
09:45ce qui pouvait faire peur aux hommes.
09:47Je cite beaucoup de livres
09:48écrits par des hommes eux-mêmes.
09:50Mais la plupart du temps,
09:51les conclusions sont assez absurdes.
09:53C'est-à-dire que les hommes ont peur des femmes
09:55qui sont fortes, qui sont indépendantes,
09:58des femmes qui sont belles,
09:59des femmes intelligentes,
10:01des femmes qui gagnent plus qu'eux.
10:02Ce sont ça, en fait, les résultats
10:04qui ressortent quand on tape
10:05« Les hommes ont peur des femmes ».
10:07Un manque de confiance totale en eux ?
10:08Pour moi, c'est vraiment l'une des choses
10:10que mes recherches ont révélées.
10:13C'est finalement des hommes
10:15qui ont des insécurités,
10:16qui manquent de confiance en eux,
10:18mais qui, évidemment,
10:19ne vont jamais l'admettre
10:20et jamais se prendre en main.
10:22Parce qu'encore une fois,
10:23manquer de confiance,
10:24avoir un égo fragile,
10:25ce sont des choses qui arrivent,
10:26même aux femmes.
10:27C'est normal, nous sommes humains,
10:28nous sommes faillibles.
10:30Maintenant, l'idéal,
10:31ce serait quand même
10:31de se prendre en main
10:32pour ne pas contrôler cette peur
10:35par un besoin de domination,
10:37donc de violence.
10:39Alors, vous dites aussi
10:40que la peur est politique,
10:41qu'elle s'apprend,
10:42qu'elle s'alimente.
10:43Autrement dit,
10:44la peur des femmes
10:45ne serait pas seulement individuelle,
10:46elle serait aussi un outil de pouvoir
10:48dans nos sociétés patriarcales.
10:50Est-ce que la peur des femmes
10:51est l'un des mécanismes
10:52qui permet de maintenir
10:53la domination masculine ?
10:54On en parle juste après la pause.
11:11Donnez la parole à celles
11:12et ceux qui font bouger la société,
11:14c'est sur Sud Radio
11:14et c'est la force de l'engagement.
11:17Aujourd'hui, nous parlons
11:18de cette peur des hommes,
11:20de cette peur des hommes
11:21vis-à-vis des femmes
11:22et avec Loé Thibault
11:23qui est journaliste et autrice
11:24de son livre
11:25« Pourquoi les hommes ont peur des femmes ? »
11:28On se posait cette question
11:29juste avant la pause.
11:30Est-ce que la peur des femmes
11:31est un mécanisme
11:32du maintien du pouvoir masculin ?
11:34Est-ce que cette peur
11:36qui est annoncée
11:37est au fond une stratégie politique ?
11:40Elle est absolument
11:41une stratégie politique
11:42mais qui renvoie aussi
11:43à quelque chose de très intime.
11:45Mais nous le savons désormais
11:46que l'intime est politique.
11:48Mais il y a quelque chose,
11:49alors là, encore une fois,
11:50de millénaire
11:51et qui a été très étudié
11:53par des hommes,
11:54psychanalyse,
11:54qui est une incompréhension.
11:56face aux femmes,
11:57face au corps féminin,
11:58face au désir féminin.
12:00Donc quelque chose
12:00qui s'exprime à tous les stades
12:01de la vie.
12:02Quand les petites filles
12:03deviennent adolescentes,
12:04quand les femmes deviennent
12:06mères,
12:07accouchent,
12:07puis quand elles sont
12:08ménopausées.
12:09Enfin,
12:09tous ces stades
12:10que les hommes ne comprennent pas,
12:12surtout s'ils ne se documentent pas
12:13pour les comprendre,
12:14et qui nous rend
12:15justement un peu sorcières.
12:17Donc ça,
12:18c'est finalement
12:19quelque chose
12:19de très intime
12:20auquel tous les hommes
12:21peuvent être confrontés.
12:22maintenant,
12:23l'idée justement
12:24que les femmes entre elles,
12:25que les femmes qui se réunissent
12:26pourraient être dangereuses
12:28et pourraient véritablement
12:29être des sorcières
12:30si elles font groupe,
12:31ça,
12:32c'est une construction.
12:33Et ça a été une façon
12:34justement de nous condamner,
12:36de nous punir,
12:37voire de nous exterminer,
12:38parce que la métaphore
12:39des sorcières,
12:39elle est historique.
12:43Je vous écoute
12:43avec tellement d'attention.
12:45Vous dites aussi
12:46que certains hommes
12:47disent clairement aujourd'hui
12:49être déstabilisés
12:50par les femmes.
12:50Vous l'avez évoqué tout à l'heure,
12:52vous citez même ces phrases,
12:53c'est compliqué de savoir
12:54que tu n'as pas besoin de moi,
12:55ou encore,
12:56tu fais peur aux hommes,
12:57ça,
12:57on est nombreux à l'avoir entendu.
13:00Cette inquiétude,
13:01en fait,
13:01ce n'est pas une inquiétude
13:03d'une femme elle-même,
13:04de celle qui est en face de vous,
13:06c'est une inquiétude
13:07sur cette indépendance économique,
13:09cette indépendance intellectuelle,
13:11même cette indépendance affective
13:12aujourd'hui,
13:13cette nouvelle génération,
13:14qui peut se construire aussi
13:15sans vivre avec un homme
13:18ou avec un jeune homme.
13:19Est-ce que cette indépendance féminine
13:22qui vient bousculer
13:23ce modèle ancien,
13:24vient aussi bousculer
13:25ce rôle de protecteur,
13:27de pouvoirieur,
13:28de centre de pouvoir ?
13:30Absolument,
13:31mais en fait,
13:31c'est vraiment au cœur
13:32de ce qu'est le féminisme.
13:34Et si je dois le rappeler,
13:35le féminisme,
13:36c'est la lutte pour l'égalité
13:37entre les hommes et les femmes.
13:39C'est notamment rappeler
13:40que les hommes,
13:41évidemment,
13:41ne peuvent pas être victimes
13:42de sexisme,
13:43mais peuvent être victimes
13:44du patriarcat
13:45et de ses injonctions.
13:46Donc les rôles genrés
13:47que vous pointez du doigt,
13:48en effet,
13:49d'être le protecteur,
13:50le sauveur,
13:51celui qui ramène l'argent
13:52à la maison,
13:53ça peut aussi être
13:53une sacrée source
13:54de pression pour les hommes.
13:56Pourquoi ne sont-ils pas
13:57plus nombreux à se réjouir,
13:58justement,
13:59que les femmes rééquilibrent
14:00tout ça,
14:01aient envie de mener
14:01leur carrière,
14:02de gagner de l'argent,
14:03voire beaucoup d'argent ?
14:04C'est ça qui est compliqué,
14:05c'est qu'en théorie,
14:06moi,
14:07en tant que femme
14:08qui ai eu quand même
14:09pas mal de rendez-vous galants
14:10et quelques expériences,
14:12je l'ai observé.
14:12En théorie,
14:13évidemment,
14:14les hommes vont vous dire
14:14« Oh non,
14:15moi j'adore avoir
14:15une femme intelligente,
14:17forte et indépendante
14:18économiquement ».
14:19Dans la pratique,
14:20il arrive assez souvent
14:21qu'on se rende compte
14:23que ces hommes-là,
14:24finalement,
14:24sont assez mal à l'aise.
14:25Assez mal à l'aise
14:26face à notre,
14:27oui,
14:27j'oserais dire le mot,
14:28puissance.
14:29Alors,
14:30comment on les transforme
14:31ces hommes ?
14:31Comment on les embarque ?
14:32Comment on leur fait comprendre
14:33que tout ça,
14:34c'est issu
14:36de phénomènes culturels,
14:37de phénomènes sociaux,
14:38que ce sont des constructions ?
14:40Comment on arrive
14:41à changer leur focale ?
14:44D'abord,
14:44c'est assez dingue,
14:45mais moi,
14:46je me retrouve encore
14:47très, très, très souvent,
14:48surtout lorsque je présente
14:49mon livre en conférence
14:50ou en librairie,
14:51à rappeler ce qu'est le féminisme,
14:52mais dans les mots
14:53aussi basiques
14:54que ceux que j'ai utilisés.
14:55Le féminisme,
14:55ce n'est pas une volonté
14:56pour les femmes
14:57d'écraser les hommes.
14:58J'explique en revanche
14:59que le masculinisme,
15:00c'est la volonté des hommes
15:01de rester supérieurs aux femmes.
15:04Donc d'abord,
15:04faire un peu
15:04de pédagogie
15:05pour celles
15:06qui en ont encore
15:06la patience.
15:08Et puis après,
15:09c'est essayer justement
15:10d'aller creuser
15:10dans leur expérience personnelle
15:12pour leur faire
15:12prendre conscience
15:13de ce qu'ils ont
15:14à gagner,
15:15à mener ces combats
15:16à nos côtés.
15:17Alors,
15:17ils ont quoi à gagner ?
15:18Pour ceux qui nous écoutent là,
15:20messieurs ?
15:20Sincèrement,
15:21ils ont à gagner
15:22des relations plus saines,
15:23même s'ils ne sont pas
15:24hétérosexuels d'ailleurs,
15:26mais des relations plus saines
15:27et à terme,
15:28un monde quand même
15:30bien plus apaisé
15:31où on pourrait en effet
15:33agir main dans la main.
15:34Je pense que les hommes
15:35ont beaucoup
15:35à apprendre des femmes
15:36sur la gestion
15:37de leurs émotions,
15:38sur l'expression
15:38de leurs sentiments
15:39et que ça peut les libérer
15:40justement de beaucoup
15:41d'injonctions
15:42qui pèsent lourd
15:43sur leurs épaules.
15:44Ça,
15:44je l'entends complètement.
15:46Le souci,
15:47c'est qu'encore faut-il
15:47qu'ils fassent ce pas
15:48de travail,
15:50parce que ça demande
15:50un peu de travail
15:51de se déconstruire.
15:52Il y a une responsabilité
15:54quand même de la culture,
15:55de la culture populaire,
15:57des films,
15:58des films d'horreur,
15:59de la littérature aussi
16:00et des séries
16:01où on retrouve parfois
16:02des figures féminines
16:04inquiétantes.
16:05Vous,
16:06vous avez beaucoup étudié
16:07le rôle de la culture
16:08dans les représentations.
16:10Qu'est-ce que vous pouvez
16:11en dire aujourd'hui
16:11sur cette façon
16:13d'avoir façonné,
16:14par exemple,
16:15l'idée que les femmes
16:16seraient dangereuses
16:17et qu'il faudrait
16:18les surveiller,
16:18les contrôler
16:19et voir les discipliner ?
16:20D'abord,
16:21c'est toujours
16:21l'œuf ou la poule.
16:22Évidemment,
16:23on n'invente jamais
16:24à partir de zéro
16:25une fiction,
16:26donc on se base
16:26sur la réalité,
16:27etc.
16:28Moi,
16:28l'exemple que j'aime bien prendre,
16:29c'est celui du Manoir du Diable.
16:31En fait,
16:32pour un bref rappel,
16:33le cinéma apparaît
16:34en 1895
16:35avec les Frères Lumière.
16:37Et en 1896,
16:38un an après,
16:39on a ce qu'on peut considérer
16:40aujourd'hui
16:40comme le premier film d'horreur
16:42réalisé par Georges Méliès,
16:43Le Manoir du Diable,
16:44où justement,
16:45là,
16:45on a un démon qui arrive,
16:46qui fait apparaître
16:47un gros chaudron,
16:48qui fait apparaître
16:49des serviteurs
16:49et qui fait apparaître
16:51une femme.
16:52Tout ce beau monde se cache
16:53et puis des visiteurs
16:54arrivent dans le manoir.
16:55L'un d'eux tombe
16:56sous le charme
16:56de cette jolie femme
16:57et au moment
16:58où il lui baise la main,
16:59cette femme,
17:00elle se change en sorcière.
17:01Pire encore,
17:02elle arrive après
17:02avec d'autres sorcières
17:03et leur balai.
17:04Je dis dans le livre,
17:05il n'a pas fallu un an
17:07pour que l'archétype
17:09de la femme séductrice,
17:10donc diabolique,
17:11donc véritablement
17:12une sorcière,
17:13apparaisse.
17:14Ça nous condamnait déjà
17:15dès l'apparition du cinéma.
17:18En fait,
17:19là où c'est vraiment
17:20très difficile
17:20en termes de représentation,
17:22c'est que les femmes
17:22ne ressortent jamais gagnantes.
17:24Évidemment,
17:25si à l'image,
17:25chacun aura sa définition
17:27de ce qu'est une personne belle
17:27ou une personne moche,
17:28mais si on a une femme
17:29qui est considérée
17:30comme repoussante,
17:31on comprend pourquoi
17:32elle leur fait peur.
17:33Mais si on a une femme
17:34qui est très très belle,
17:35pensons par exemple
17:36à Sharon Stone,
17:37à des films comme
17:37Basic Instinct,
17:39elle est très belle
17:39et elle est inquiétante,
17:40donc elle est quand même diabolique.
17:42Donc vous voyez ?
17:43Et qu'on soit mère
17:44justement à l'écran,
17:46on sera un peu
17:47une espèce de
17:47brivante de camp,
17:49castratrice,
17:49ou bien la mère aussi
17:50dans Madame Doutefaillard.
17:51Mais si on n'est pas mère,
17:53comme des figures
17:53justement qu'on retrouve
17:54dans les dessins animés
17:55Disney,
17:56Cruella par exemple,
17:58on leur fera peur aussi
17:59parce qu'on aura
17:59quelque chose
18:00de vengeresse,
18:02justement d'anormale,
18:03de déviante.
18:04Donc voilà,
18:04à chaque fois,
18:04je mets en parallèle
18:05les deux types
18:07d'archétypes féminins
18:08qui se répondent
18:09et on se rend compte
18:09que dans tous les cas,
18:10nous sommes piégés.
18:11Mais il n'y a pas
18:11une contre-culture un peu ?
18:13Certains diffuseurs
18:14ou certaines grandes plateformes
18:16comme Disney
18:16qui par exemple
18:17a supprimé
18:18de certains de ses films
18:19des stéréotypes de genre.
18:21Est-ce que vous pensez
18:22que ça compte ou pas ?
18:24Alors pour Disney,
18:25il y avait eu un pas
18:26de fait,
18:26justement pas
18:27avec des suppressions,
18:28certainement pas
18:29de scènes,
18:30mais des petits cartons
18:31au début
18:31de certains dessins
18:32Disney
18:33qui prévenaient
18:34de stéréotypes
18:35sexistes
18:36ou racistes surtout.
18:37Mais ça,
18:38ça a été retiré ensuite.
18:39Actuellement,
18:39il y a quand même
18:40un rétro-pédalage
18:41du côté de Disney
18:42aux Etats-Unis.
18:43Et sur cette contre-culture,
18:44évidemment,
18:44elle existe
18:45et elle a toujours existé.
18:46Maintenant,
18:47ce qui a véritablement
18:48un gros pouvoir politique,
18:49c'est la culture populaire,
18:51la culture mainstream,
18:52ce qui est le plus diffusé
18:53à l'échelle du monde entier.
18:55Je peux vous assurer
18:55que dans ce sens-là,
18:56les bons vieux super-héros américains
18:59ont encore
19:00de beaux jours devant eux.
19:02On a parlé tout à l'heure
19:03du féminisme.
19:04D'ailleurs,
19:05vous citez une enquête
19:06qui d'ailleurs
19:10est appuyée
19:11par les résultats
19:12du dernier rapport
19:14du Haut Conseil.
19:15Vous,
19:15vous dites
19:1652% des hommes
19:17pensent que le féminisme
19:17cherche à affaiblir les hommes.
19:19Nous,
19:19on dit 60%.
19:2060% des hommes
19:22pensent que
19:22l'égalité est atteinte.
19:2560% des hommes
19:26pensent que
19:26le féminisme va trop loin.
19:29On a aussi
19:30des chiffres inquiétants
19:31sur le sexisme
19:32où presque 40%
19:33de la population
19:33en France
19:3417%
19:36pratiquent le sexisme
19:37enfin,
19:37adhèrent à un sexisme
19:38paternaliste
19:39et 13%
19:39à un sexisme hostile.
19:41Donc,
19:41tout cela
19:42est quand même
19:42très profondément
19:43encore inscrit
19:44dans notre société
19:45française.
19:46Et puis,
19:47évidemment,
19:48dans ces discours,
19:48on voit la montée
19:49des masculinismes
19:50qui,
19:50évidemment,
19:51s'appuie aussi,
19:52se conforte
19:53avec ces chiffres-là.
19:54Comment on peut
19:55un tout petit peu
19:56changer les choses ?
19:57La question,
19:58elle est vraiment
19:59difficile
19:59parce qu'à titre personnel,
20:01je me trouve
20:01dans une période
20:02assez pessimiste.
20:03En effet,
20:04je regrette
20:05chaque année
20:06de découvrir
20:07cet état des lieux
20:08du sexisme
20:08en France
20:09et de voir
20:09que les chiffres
20:10ne reculent pas,
20:11voir que le problème
20:12progresse,
20:13surtout chez les plus jeunes,
20:15chez les plus jeunes hommes.
20:16Donc,
20:17honnêtement,
20:17moi,
20:17je me sens bien
20:18dépourvue
20:19de solutions,
20:20si ce n'est justement
20:20que j'essaie
20:22avec ma maigre contribution
20:24d'écrire des livres
20:25qui permettent
20:26à certaines et certains
20:27d'avoir des prises
20:28de conscience.
20:29Mais je pense
20:29qu'il y a encore
20:30beaucoup de pédagogie
20:31à faire,
20:31mais surtout
20:31que les exemples
20:32doivent venir
20:33de plus haut.
20:34Donc là,
20:34vraiment,
20:34je pense à nos hommes
20:35et nos femmes politiques,
20:36je pense au gouvernement.
20:39Il est sûr et certain
20:40qu'il y a quelques mois,
20:41quand on a notre
20:43première dame
20:44de la République,
20:45Brigitte Macron,
20:45qui traite
20:46les féministes
20:47de sale conne,
20:48c'est compliqué.
20:48C'est compliqué
20:49de continuer
20:49à se battre
20:50pour l'égalité
20:50dans un climat pareil.
20:52On attend des signes,
20:53on attend des signes
20:54du monde politique
20:55et en attendant,
20:56on lit votre ouvrage
20:57« Les hommes ont peur
20:58des femmes ».
21:00Bon,
21:00il est évident
21:01que cette peur
21:02des femmes
21:02dit quelque chose
21:03de l'inquiétude masculine
21:04face à un monde
21:05qui change,
21:06un monde où les femmes
21:07parlent,
21:07où les femmes agissent,
21:08où les femmes
21:08prennent leur place
21:09et refusent désormais
21:11certaines règles
21:12qui ont longtemps
21:13organisé les rapports
21:14entre les sexes.
21:15La force de l'engagement,
21:16c'est chaque dimanche
21:17à 15h sur Sud Radio
21:18et en podcast
21:19sur sudradio.fr.
21:20Je vous retrouve dimanche prochain,
21:21même heure,
21:22même énergie,
21:23pour une nouvelle rencontre
21:24avec ceux et celles
21:25qui font bouger la société.
21:26Excellent dimanche !
21:27C'était la force
21:28de l'engagement
21:30avec AJP,
21:31épargne,
21:32retraite,
21:33assurance emprunteur,
21:34prévoyance,
21:35santé.
21:35AJP !
21:36Sous-titrage Société Radio-Canada
21:37Sous-titrage Société Radio-Canada
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