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  • il y a 7 heures
Avec l'avocate Carine Durrieu Diebolt

Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.

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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2026-05-03##
Transcription
00:00Retrouvez la force de l'engagement.
00:03Avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
00:10Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Rius.
00:15Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement,
00:18l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
00:22Aujourd'hui je reçois Karine Durieux-Diébolt, avocate au barreau de Paris,
00:26spécialiste du droit pénal, engagée de longue date aux côtés des victimes de violences sexuelles.
00:31Avec elle, nous allons parler d'un sujet qui touche au corps même de notre pacte démographique,
00:35la manière dont la France juge les crimes.
00:38Mais avant cela, comme chaque semaine, mon édito,
00:41et aujourd'hui je vous propose de nous engager contre une justice d'expédition.
00:47La justice criminelle française est engorgée.
00:50Des milliers de dossiers attendent d'être jugés,
00:52des victimes patientes pendant des années,
00:54elles vivent dans une attente qui ne répare rien,
00:56qui suspend leur vie, qui prolonge la violence qu'elles ont subie,
01:00au point que cette attente elle-même finit par devenir une violence institutionnelle.
01:05Attendre 6, 7 ou 8 ans pour juger un viol, un homicide, un crime grave,
01:09ce n'est pas acceptable.
01:11Avec le projet de loi sûre, le gouvernement propose d'étendre au crime
01:14une logique déjà connue en matière délictuelle, le plaidé coupable.
01:18Si l'accusé reconnaît les faits, si le procureur propose une peine,
01:21si la victime ne s'y oppose pas, alors l'audience peut être raccourcie, allégée, presque contractée.
01:28Moins de débats, moins de témoins, moins d'experts, moins de confrontations.
01:31Une peine négociée, puis homologuée.
01:34Sur le papier, ça ressemble à du pragmatisme.
01:37Dans les faits, cela touche à l'essence même du procès criminel.
01:41Car juger un crime, ce n'est pas seulement prononcer une peine,
01:44c'est faire comparaitre les faits devant la société,
01:47c'est nommer ce qui a été commis,
01:48c'est permettre à une victime d'être entendue,
01:51non pas dans un couloir procédural,
01:53mais dans un espace solennel,
01:56où sa parole compte.
01:58C'est obliger l'accusé à répondre,
02:00non seulement devant des magistrats,
02:01mais devant une communauté humaine
02:03qui dit que ce qui s'est passé nous concerne tous.
02:06Et c'est particulièrement vrai pour les viols.
02:08Il a fallu des décennies pour imposer une évidence.
02:11Le viol est un crime,
02:12et un crime a besoin d'un procès,
02:14à la hauteur de ce qu'il détruit.
02:16Alors oui, la lenteur judiciaire est insupportable.
02:19Mais une justice plus rapide,
02:21parce que moins contradictoire,
02:23moins publique,
02:24moins lisible,
02:25ne réparera rien.
02:26Elle déplacera le problème.
02:27Elle dira aux victimes,
02:29nous vous croyons peut-être,
02:30mais nous n'avons plus le temps de tout entendre.
02:32Et derrière le plaidé coupable criminel,
02:35d'autres dispositions avancent plus discrètement.
02:37Réduire de moitié le temps dont dispose la défense
02:40pour contester une procédure irrégulière.
02:42Autoriser le recours à des bases ADN privées,
02:44qui n'obéissent pas aux mêmes règles de fiabilité,
02:47ni aux mêmes exigences de confidentialité
02:50que la justice française.
02:51Ouvrir la porte à une justice
02:53où le jury populaire pourrait à terme être moins présent.
02:56Alors oui,
02:57pris séparément,
02:58ce sont des ajustements techniques.
03:00Mais mis ensemble,
03:01ils dessinent une justice
03:02où les contre-pouvoirs s'affaiblissent,
03:04où les garanties reculent.
03:06En fait,
03:07le vrai courage politique
03:08ne consiste pas à gérer l'épuisement de la justice.
03:10Il consiste à la réparer.
03:12À mettre des magistrats,
03:13des greffiers,
03:14des salles d'audience,
03:15des moyens,
03:15du temps,
03:16de l'exigence.
03:17Parce qu'une démocratie ne se mesure pas seulement
03:19à la rapidité avec laquelle elle punit.
03:21Elle se mesure à la qualité
03:23de ce qu'elle appelle juger.
03:25Sud Radio,
03:26la force de l'engagement.
03:27Muriel Réus.
03:29Aujourd'hui dans la force de l'engagement,
03:30je donne la parole à Karine Durud-Yelbot,
03:32avocate au barreau de Paris,
03:34spécialiste du droit pénal
03:35et des violences sexuelles.
03:37Avec vous, Karine,
03:38nous allons entrer dans le cœur
03:39de ce projet de la loi SURE,
03:40comprendre ce que change réellement
03:42le plaidé coupable criminel
03:43et se poser cette question essentielle.
03:45Quand la justice manque de moyens,
03:47est-ce qu'on doit réduire le procès
03:49ou renforcer l'institution ?
03:51Alors, pouvez-vous nous rappeler d'abord,
03:52avant de rentrer dans ce projet,
03:54ce qu'est aujourd'hui ce fameux
03:55plaidé coupable à la française
03:56et pourquoi son extension au crime
03:59constitue un changement de nature ?
04:01Actuellement, on a déjà un dispositif
04:04de plaidé coupable, entre guillemets,
04:07uniquement pour des délits
04:08et des délits qui ne sont pas très graves
04:10puisqu'il faut que la peine encourue
04:12soit inférieure à 5 ans.
04:14Donc, par exemple,
04:15ça ne concerne pas des agressions sexuelles
04:17puisque les peines encourues
04:18sont généralement supérieures à 5 ans.
04:22Ça peut concerner des vols simples.
04:24À partir du moment où le prévenu reconnaît les faits,
04:29on va avoir une procédure qui va être accélérée
04:31et donc qui va se réduire à l'évaluation de la peine
04:35sans avoir un débat réellement
04:37sur le fond du dossier,
04:38sur les actes qui ont été commis
04:40et également la partie civile,
04:43donc la victime dans ce procès-là,
04:46reste en quelque sorte extérieure au procès
04:48et ne va intervenir que sur les dommages et intérêts.
04:52Donc, c'est une procédure qui est accélérée
04:54lorsque ce plaidé coupable pour les délits
04:56a été mis en place en 2004.
04:58On a parlé déjà à ce moment-là
05:00d'une procédure, d'une justice au rabais.
05:04Alors, si je comprends bien,
05:06le plaidé coupable à la française,
05:07il reste aujourd'hui encadré,
05:08il est limité au délit
05:10et il ne touche pas au cœur du procès criminel.
05:12Aujourd'hui, avec le projet de loi de sûre,
05:15on introduit une procédure du jugement
05:17des crimes qui vont être reconnus.
05:19Concrètement, plus de jury populaire,
05:21plus de témoins, plus d'experts.
05:22Des procédures d'homologation en quelques heures,
05:25pratiquement,
05:27et négociés entre le parquet et l'accusé.
05:29Qu'est-ce que ça va changer précisément
05:31dans la nature même du procès criminel ?
05:35Est-ce qu'on ne bascule pas
05:36dans une autre façon
05:37de rendre la justice ?
05:39Oui, effectivement,
05:41c'est un basculement régressif même,
05:44puisque en procédure criminelle,
05:46on va devant soit une cour criminelle départementale,
05:49soit une cour d'assises
05:50et on y consacre du temps.
05:52On a beaucoup de temps.
05:54Ce sont des procédures,
05:55on appelle généralement ces procédures-là
05:57des Rolls Royce de la justice,
05:59parce que justement,
06:00on a ce temps d'échange,
06:01on a ce temps d'écoute,
06:03on y consacre un jour, deux jours,
06:05trois jours, quatre jours,
06:06si besoin.
06:07J'ai des procès criminels
06:08qui viennent bientôt.
06:09J'ai cinq jours de programmés
06:11pour des viols.
06:12Et on entend à la fois les témoins,
06:14les enquêteurs de police,
06:16les experts,
06:17les experts psychologues,
06:18les experts psychiatres.
06:19On entend la victime, bien entendu,
06:22et elle a autant de temps qu'il faut
06:24pour libérer sa parole.
06:27C'est un moment de libération
06:28de parole pour elle.
06:29On questionne également,
06:31bien évidemment, l'agresseur
06:33et on l'entend à la fois sur les actes.
06:35Il s'agit d'établir la culpabilité
06:39de l'agresseur,
06:40mais aussi on essaye de comprendre
06:41le passage à l'acte.
06:43Et ça, c'est essentiel.
06:44C'est un moment à la fois
06:45de libération de parole,
06:47de circulation de parole,
06:48mais aussi de compréhension.
06:50On a besoin de cette prise
06:53de conscience collective
06:54au moment du procès.
06:56Et lorsqu'on aboutit
06:57à une condamnation,
06:58c'est véritablement un soulagement
07:00pour la victime.
07:01Donc c'est un moment
07:02qui est nécessaire.
07:05et ça correspond pleinement
07:07à la gravité des actes
07:09qui sont encourus.
07:10C'est-à-dire qu'on est quand même
07:11sur de la matière
07:11qui est criminelle
07:12avec en matière de viol.
07:14Si on a un viol aggravé,
07:16on a 20 ans de peine,
07:18de prison qui est encourue.
07:20Donc c'est vraiment
07:21d'une gravité exceptionnelle.
07:23Et il faut comprendre
07:24tous les sous-jacents
07:25de ces infractions-là.
07:27Alors, ce dispositif,
07:28il repose aussi
07:28sur un principe central
07:29qui est celui du consentement.
07:31L'accusé reconnaît les faits,
07:32le procureur propose une peine
07:34et la victime peut s'y opposer,
07:35bien sûr.
07:35Alors, sur le papier,
07:36tout semble sécurisé.
07:38Dans la réalité judiciaire,
07:39est-ce que ce triple consentement
07:40n'est pas en pratique
07:42ce qu'on pourrait appeler
07:43un consentement sous la contrainte ?
07:45Oui, exactement.
07:46Pour moi,
07:47c'est un consentement
07:48sous la contrainte
07:48pour la victime.
07:50Alors, je me place
07:50du côté de la victime
07:51parce que je suis
07:52une avocate de victime.
07:54Il s'agirait
07:55que l'agresseur
07:56reconnaisse les faits.
07:57Dans ce cas-là,
07:58déjà, on peut se questionner
07:59sur qu'est-ce qu'on entend
08:01par reconnaissance des faits
08:02parce qu'en matière
08:02de viol,
08:04on a rarement
08:05une reconnaissance totale
08:06des faits.
08:06On a souvent
08:07une minimisation.
08:09Donc, est-ce que
08:10sur la base
08:11d'une reconnaissance
08:12même partielle,
08:13on va nous proposer
08:14un plaidé coupable ?
08:15Ça, c'est une question
08:16qui est en suspens
08:16en matière de violences sexuelles.
08:18On a très souvent un déni
08:19et quand il y a une reconnaissance,
08:21c'est une reconnaissance partielle.
08:22S'il reconnaissait les faits,
08:24à ce moment-là,
08:25on va lui proposer,
08:26alors, c'est pas on,
08:27c'est en fait
08:27le procureur de la République,
08:28un échange entre
08:29le procureur de la République
08:30et l'avocat de l'agresseur
08:32vont négocier une peine
08:34et il est question
08:35dans ce cas-là
08:35qu'il y ait une réduction
08:37de peine
08:37jusqu'à un tiers
08:38de la peine encourue.
08:40La victime n'est pas concernée
08:42par cette négociation
08:43sur la peine
08:43mais on lui demande
08:44son accord
08:45sur le plaidé coupable
08:46et pour cela,
08:47elle dispose de 20 jours.
08:4920 jours,
08:50ça me semble déjà
08:51très bref,
08:52c'est un délai de réflexion
08:53qui est extrêmement bref
08:55et c'est un consentement
08:56qui est contraint
08:58dans la mesure
08:59où si elle refuse
09:00ce plaidé coupable,
09:01à ce moment-là,
09:02on va lui dire
09:02les délais encore
09:04d'audiencement
09:04vont être très longs,
09:06vous allez attendre
09:07un an,
09:07deux ans,
09:08trois ans
09:08pour avoir une date d'audience.
09:10Donc, en réalité,
09:11c'est choisir
09:11entre la peste
09:12et le choléra
09:12pour la victime
09:13et on lui fait supporter
09:16la responsabilité
09:17de la longueur
09:18de la procédure.
09:18Donc, c'est complètement injuste
09:20de ce point de vue-là
09:21et également,
09:22je me suis interrogée
09:24sur la question
09:25d'une justice
09:26à deux vitesses
09:26parce que,
09:28évidemment,
09:29que les victimes
09:29qui n'ont pas
09:30les moyens financiers
09:32vont être,
09:33de ce fait,
09:34inciter à accepter
09:35un plaidé coupable
09:36et celles
09:37qui ont
09:37les moyens financiers
09:39iront jusqu'au procès,
09:40jusqu'à un vrai procès.
09:41Donc, oui,
09:43ce n'est pas
09:44un consentement libre
09:45en tous les cas
09:46et éclairé.
09:48Ça ne me semble pas
09:49non plus
09:50un dispositif
09:51qui soit véritablement
09:53respectueux
09:53de la volonté
09:54des victimes.
09:55Alors,
09:56cette justice
09:57qui devient plus rapide
09:59parce qu'elle devient
10:00plus négociée,
10:01comme c'est le cas
10:01aux Etats-Unis d'ailleurs,
10:02où la grande majorité
10:03des affaires se règlent
10:04par un accord,
10:06pose vraiment
10:06cette question.
10:07Est-ce qu'une démocratie
10:09peut accepter
10:10que le crime soit réglé
10:11sans être pleinement
10:11non jugé ?
10:12On en parle
10:12juste après la pause.
10:14Retrouvez la force
10:15de l'engagement
10:16avec
10:17AJP,
10:18épargne,
10:19retraite,
10:19assurance emprunteur,
10:21prévoyance,
10:21santé.
10:24Sud Radio,
10:25la force
10:25de l'engagement,
10:2615h,
10:2715h30,
10:28Muriel Rius.
10:29Donnez la parole
10:30à ceux et ceux
10:31qui font bouger
10:31la société,
10:32c'est sur Sud Radio
10:33et c'est la force
10:34de l'engagement.
10:35Aujourd'hui,
10:35avec Karine Durieux-Diébotte,
10:37avocate au barreau de Paris,
10:38nous engageons
10:39contre une justice
10:40qui, au nom
10:41de l'efficacité,
10:42pourrait basculer
10:43vers une logique
10:43de négociation.
10:45Karine,
10:47peut-on parler
10:48de justice
10:48encore
10:49si le crime
10:50n'est pas
10:51pleinement jugé ?
10:54Déjà,
10:54je réagis
10:55à la notion
10:55de justice
10:56plus rapide
10:57parce qu'effectivement,
10:58ce projet de loi
10:59nous a été proposé
11:02au motif
11:03que ça réduirait
11:04les délais de procédure
11:05pour les victimes.
11:06Sachant qu'on a
11:07des délais de procédure
11:08qui peuvent être
11:09de 7 ans,
11:108 ans,
11:10vous avez évoqué
11:11cela tout à l'heure,
11:12mais ça peut aller
11:12jusqu'à 13 ans
11:13pour avoir
11:14un procès pour viol.
11:15Moi,
11:15j'ai eu des affaires
11:16dans lesquelles
11:16la victime
11:17a dû attendre 13 ans.
11:18Et 13 ans,
11:19pourquoi ?
11:20Parce que dans cette affaire
11:21à laquelle je pense,
11:23la cliente avait déposé
11:24une plainte,
11:25elle a attendu 6 ans
11:26d'enquête
11:26sans aucune information.
11:28Au terme des 6 ans,
11:29à ce moment-là,
11:29on l'a convoqué
11:30pour une confrontation.
11:32Et ensuite,
11:32derrière,
11:33il y a encore eu
11:33une instruction pénale.
11:34Et en réalité,
11:36le moment de l'audiencement,
11:38on avait déjà
11:3910 ans derrière nous.
11:4110 ans derrière nous.
11:42Donc,
11:43accélérer les procédures,
11:45oui,
11:46mais au stade
11:47de l'enquête préliminaire
11:48et au stade
11:49de l'instruction pénale.
11:50Quand on arrive
11:51à l'audiencement,
11:52il y a déjà
11:53des années
11:54qui se sont écoulées
11:55et on a déjà
11:55un temps très long
11:56qui est passé.
11:57Donc,
11:58il faut mettre
11:58des moyens pour cela.
12:00Deuxièmement,
12:01est-ce qu'on juge
12:03réellement
12:03dans des situations
12:04de plaidés coupables ?
12:06Non,
12:07bien entendu que non,
12:08puisqu'on n'aurait
12:10à ce moment-là
12:11qu'une audience
12:12d'homologation
12:13sur la peine.
12:14Donc,
12:15on ne juge
12:16plus ni les actes.
12:18Il n'est pas
12:19question de revenir
12:20sur le déroulement
12:21exact des faits.
12:23Donc,
12:24on ne juge
12:24ni les actes,
12:25on ne juge
12:26plus le viol
12:27et on ne juge
12:28pas véritablement
12:30l'homme
12:30également.
12:32La victime
12:33dans ce processus-là,
12:34en outre,
12:35elle va intervenir
12:37uniquement
12:37sur les dommages
12:38et intérêts.
12:39Donc,
12:39on bascule
12:40dans une justice
12:41qui devient
12:42une justice comptable.
12:43On compte,
12:44on évalue
12:45la peine
12:46et on compte,
12:48on évalue
12:48les dommages
12:49et intérêts.
12:50Donc,
12:50on n'est plus
12:50véritablement
12:51sur une justice
12:52qui juge.
12:54Alors,
12:54si on regarde
12:55un peu autour de nous,
12:56par exemple l'Espagne,
12:57que l'on valorise
12:58beaucoup
12:58sur le domaine
12:59des violences,
13:01eux,
13:01ils ont intégré
13:02le plaid des coupables
13:03depuis 2024,
13:04si je ne me trompe pas.
13:06Qu'est-ce qui est différent
13:07avec l'Espagne ?
13:09On nous cite souvent
13:10l'Espagne en exemple
13:11et effectivement,
13:12c'est un pays
13:13qui est en avance
13:15sur beaucoup de points
13:15par rapport à nous.
13:16Mais pourquoi
13:17ne pas prendre
13:18ce qu'il y a de mieux
13:19dans l'exemple espagnol ?
13:20Et ce qu'il y a de mieux
13:21dans l'exemple espagnol,
13:22c'est lorsqu'ils ont adopté
13:24la loi intégrale,
13:25eh bien,
13:25ils ont mis
13:26les moyens financiers.
13:27Ils ont multiplié
13:28par deux
13:28les moyens humains.
13:29Ils ont multiplié
13:30par deux
13:31le nombre de policiers,
13:32de gendarmes,
13:33de magistrats,
13:34donc le nombre
13:35de fonctionnaires
13:35qui sont en charge
13:36de ces affaires
13:37de violences sexuelles.
13:38Et c'est cela,
13:39en réalité,
13:40qui a réduit
13:41les délais de procédure.
13:42Si on n'adopte
13:44qu'un plaidé coupable
13:45aujourd'hui,
13:46on ne va pas
13:47réellement réduire
13:48les délais de procédure.
13:50Ça,
13:50c'est une utopie,
13:52c'est une fausse image,
13:53c'est une fausse communication
13:55sur les délais de procédure.
13:56Donc,
13:57il faut mettre
13:57les moyens humains.
13:58En Espagne,
13:59ils ont créé aussi
13:59des tribunaux spécialisés,
14:01ce qui permet aussi
14:02de faire des liens
14:03entre les procédures
14:04et d'abréger
14:04les délais de procédure.
14:05Ils ont formé
14:07systématiquement
14:08tous les intervenants
14:10dans la chaîne judiciaire,
14:12ce qui fait
14:12qu'on a
14:13un niveau
14:15de performance
14:16des affaires judiciaires
14:18espagnoles
14:19qui est bien supérieur,
14:20en réalité,
14:21aux affaires judiciaires
14:22françaises.
14:23Mais le gouvernement
14:24mobilise beaucoup
14:25cet exemple.
14:26est-ce que le plaidé coupable
14:28là-bas présente
14:29les mêmes inconvénients
14:30qu'il le présente
14:30chez nous ?
14:31Alors,
14:32je ne connais pas
14:32tout le détail
14:33de la procédure espagnole
14:34et je ne crois pas
14:35qu'en réalité,
14:36on ait un recul suffisant
14:37sur le plaidé coupable
14:39criminel
14:40parce qu'il a été mis
14:41en place
14:41en 2024.
14:43Donc,
14:44ça me semble
14:45également
14:46un petit peu
14:46tromper
14:49les justiciables,
14:50les citoyens
14:51que de donner,
14:52de réduire
14:53l'exemple espagnol
14:54au plaidé coupable
14:55criminel
14:56si on l'extrait
14:58de tout le dispositif
14:59général
15:00qui a été mis en place.
15:01C'est une loi intégrale
15:03qui a été mise en place
15:04et qui ne se réduit
15:06absolument pas
15:06au plaidé coupable.
15:08Alors,
15:08aujourd'hui,
15:08le Sénat a rejeté
15:09la possible disparition
15:11des jurys populaires
15:12en appel
15:13des cours criminels
15:14départementales.
15:15Mais,
15:15comme la loi
15:16n'est pas passée,
15:17l'Assemblée nationale
15:17pourrait y revenir.
15:19Or,
15:19le jury populaire,
15:20c'est quand même
15:20une garantie démocratique
15:22essentielle
15:22du procès criminel.
15:24Qu'est-ce que ça évoque
15:25chez vous,
15:26cette disparition éventuelle
15:28de ces jurys populaires ?
15:31Actuellement,
15:31en première instance
15:32pour un viol,
15:34l'affaire est jugée
15:34devant une cour criminelle
15:35départementale
15:36qui est constituée
15:37de cinq juges,
15:40on va dire.
15:41Et,
15:42on appelle,
15:43on peut avoir,
15:43on est devant
15:44une cour d'assises.
15:45Donc,
15:46avec trois magistrats
15:46professionnels
15:47et des jurys populaires.
15:50Simplement,
15:51en réalité,
15:52la proposition
15:53qui est faite
15:53de supprimer
15:54les jurys populaires
15:56en appel
15:57actuellement
15:57n'est motivée
15:59que par des raisons
15:59qui sont budgétaires.
16:01C'est uniquement
16:02le seul critère
16:03qui a été pris en compte
16:04parce qu'effectivement,
16:05les cours d'assises,
16:06ça a un coût,
16:07mais c'est aussi
16:08le gage
16:08d'une qualité
16:09de jugement,
16:10d'une qualité procédurale.
16:12Et en réalité,
16:13on va,
16:14du coup,
16:15avoir une justice
16:16de moindre qualité
16:18parce qu'on va faire
16:20des efforts budgétaires
16:21sur les jurys populaires
16:24pour pouvoir gérer
16:28tout ce contentieux-là.
16:29Mais ce n'est pas
16:30un gage de qualité
16:31et en réalité,
16:31les citoyens y perdent
16:33de ce point de vue-là.
16:35Alors,
16:35on constate
16:36une mobilisation
16:37quasi inédite
16:38du monde judiciaire
16:39contre ce texte,
16:40des barreaux en grève,
16:41des magistrats,
16:42des organisations
16:42comme la Ligue des Droits
16:44de l'Homme.
16:44Est-ce que c'est
16:45de l'ordre
16:46d'une inquiétude
16:48corporatiste classique
16:48ou est-ce que vous avez
16:49le sentiment
16:50que c'est une inquiétude
16:51beaucoup plus profonde
16:52de l'ensemble
16:52de la profession ?
16:54Ce n'est pas corporatiste
16:56parce qu'en corporatiste,
16:58ça signifierait
16:59qu'on défend
16:59nos intérêts propres
17:01en qualité d'avocat
17:02et en réalité,
17:03on ne défend pas
17:03nos intérêts.
17:04Je vous dirais,
17:05si j'étais un peu sordide,
17:07que l'intérêt d'un avocat,
17:09c'est d'avoir
17:09une procédure rapide
17:11parce qu'on n'a rien
17:12à y gagner
17:13à avoir des procédures
17:14qui nous prennent
17:14du temps de travail
17:15surtout qu'en matière
17:17de viol,
17:17il y a l'aide juridictionnelle.
17:19Donc en réalité,
17:20notre intérêt à nous,
17:21ça serait plutôt
17:21d'avoir des procédures
17:22qui ne nous prennent
17:23pas beaucoup de temps.
17:24C'est véritablement
17:25l'intérêt général
17:26et l'intérêt des victimes
17:28en ce qui me concerne
17:29qui motive
17:30cette révolte
17:32des avocats.
17:33Il faut dire
17:33que ça a réuni
17:35beaucoup d'avocats.
17:36Ça a fait consensus
17:38quasiment
17:38dans le cadre de grèves
17:40qui ont eu lieu
17:41ces derniers temps.
17:42Donc c'est un mécanisme,
17:43un phénomène
17:44qui est relativement
17:45rare dans notre profession
17:46qu'on se soulève
17:47de cette manière-là
17:48parce qu'on a
17:51véritablement
17:51le sentiment
17:53d'aboutir
17:54à une forme
17:54de régression
17:56procédurale.
17:57On a mis
17:57des décennies,
17:58on a mis
17:59même
18:01100 ans,
18:01200 ans
18:02pour aboutir
18:03à une justice
18:05qui nous vient
18:05quand même
18:06de la révolution française,
18:07les cours d'assises.
18:08Et aujourd'hui,
18:09il serait question
18:10de les faire disparaître.
18:11Donc pour nous,
18:12c'est le signe
18:13d'une régression
18:14et c'est véritablement
18:15l'intérêt général
18:16de tous
18:17qui est concerné.
18:19Et je vais vous dire,
18:20lorsqu'il y a eu
18:21ce projet de loi,
18:23j'ai été contactée
18:24par des médias
18:25pour avoir des contacts
18:26parce que des médias
18:27voulaient avoir
18:27des contacts
18:28avec des victimes
18:29pour avoir leur opinion
18:30sur le plaid des coupables
18:32et j'ai eu
18:32aucune difficulté
18:33à trouver
18:34des victimes
18:35qui étaient
18:36contre le plaid des coupables.
18:37C'est-à-dire que
18:38la plupart des clientes
18:40avec lesquelles
18:40j'ai discuté
18:41étaient contre
18:42ce plaid des coupables.
18:44Alors en fait,
18:45une justice engorgée,
18:46on vient de le voir,
18:47un des délais insoutenables
18:48comme ceux
18:48que vous avez évoqués
18:49déjà dix ans,
18:51ça me paraissait énorme
18:51mais vous dites
18:52que ça va même
18:52parfois au-delà.
18:54Des réformes
18:55comme celle-là
18:55qui interrogent
18:56profondément
18:57les équilibres
18:58du procès.
18:59D'après vous,
19:00comment on s'en sort ?
19:02Est-ce qu'il y a
19:05objectivement
19:05un bout du tunnel
19:07ou pas ?
19:08On s'en sortirait
19:09si véritablement
19:11on avait une politique
19:12de priorité nationale
19:15dans la lutte
19:16contre les violences sexuelles
19:18concernant les femmes
19:20et les enfants.
19:20Je suis une ancienne membre
19:23de la civile
19:23ce qui est la commission
19:24qui lutte
19:25contre les violences sexuelles
19:26faites aux enfants
19:27et on avait rédigé
19:29un rapport
19:30qui avait été rendu
19:31en novembre 2023
19:32et dans le cadre
19:33duquel
19:34on avait fait
19:34une évaluation
19:35du coût
19:36du déni
19:37des violences sexuelles.
19:38Il faut savoir
19:39qu'il y a 160 000
19:40enfants par an
19:41qui sont victimes
19:43de violences sexuelles
19:43et ce coût du déni
19:45on l'avait évalué
19:46à 9,7 milliards
19:48d'euros
19:49par an.
19:50Donc en réalité
19:51si aujourd'hui
19:52on investissait
19:54véritablement
19:55dans la lutte
19:55contre les violences sexuelles
19:57dans une meilleure justice
19:58contre les violences sexuelles
20:00ça nous coûterait
20:01beaucoup moins cher
20:02que tout le retentissement
20:04de ces violences sexuelles
20:06au sein de la société.
20:07Merci Karine
20:08pour cet échange.
20:10Le projet de loi sûre
20:11adopté par le Sénat
20:12le 14 avril dernier
20:13prétend répondre
20:14à l'engorgement
20:15des juridictions criminelles.
20:17Il veut accélérer
20:18fluidifier
20:19simplifier
20:20mais derrière
20:20ces mots rassurants
20:21se pose cette question
20:22autrement plus grave
20:23jusqu'où peut-on
20:24raccourcir la justice
20:25sans l'abîmer ?
20:26Peut-on juger plus vite
20:27sans entendre moins ?
20:29Peut-on reconnaître
20:29les victimes
20:30sans leur retirer
20:31le temps du procès
20:32peut-on transformer
20:33le crime
20:33en dossier à traiter ?
20:34En ce qui me concerne
20:35il me semble
20:36qu'une justice
20:37qui renonce à juger
20:38finit toujours
20:38par renoncer
20:39à protéger.
20:40La force de l'engagement
20:41c'est chaque dimanche
20:42à 15h sur Sud Radio
20:43et en podcast
20:44sur sudradio.fr
20:46je vous retrouve dimanche prochain
20:47même heure
20:48même énergie
20:48avec celles
20:50et ceux
20:50qui font bouger
20:51la société.
20:52Excellente dimanche.
20:53C'était la force
20:54de l'engagement
20:55avec AJP
20:56Épargne
20:57Retraite
20:58Assurance emprunteur
20:59Prévoyance
21:00Santé
21:01AJP
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