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  • il y a 12 minutes
Avec Anne-Cecile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes, Autrice de ‘La Panique démographique, une réponse féministe’

Retrouvez Muriel Reus, tous les dimanches à 8h10 pour sa chronique "La force de l'engagement" sur Sud Radio.

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##LA_FORCE_DE_L_ENGAGEMENT-2026-05-10##
Transcription
00:00Retrouvez la force de l'engagement avec AJP, épargne, retraite, assurance emprunteur, prévoyance, santé.
00:10Sud Radio, la force de l'engagement, 15h, 15h30, Muriel Rius.
00:15Bonjour à toutes et à tous, merci d'être avec nous pour la force de l'engagement,
00:19l'émission qui donne la parole à celles et ceux qui font bouger la société.
00:22Aujourd'hui nous allons parler d'un sujet qui s'est imposé très largement dans les médias,
00:26dans les discours politiques, dans les projections économiques, celui de la baisse des naissances.
00:30Un sujet présenté comme une urgence nationale, une menace pour notre modèle social.
00:36Le président de la République lui-même a évoqué un réarmement démographique,
00:40mais cette manière de poser le débat mérite d'être interrogée.
00:42De quoi parle-t-on véritablement ? D'un enjeu démographique ou d'un projet politique ?
00:47Pour en parler, je reçois aujourd'hui Anne-Cécile Maïfer, président de la Fondation des Femmes,
00:52figure engagée de longue date sur les questions d'égalité et autrice.
00:55De la panique démographique, publiée aux éditions Les Petits Matins.
01:00Mais avant d'entamer notre conversation, comme chaque dimanche après-midi,
01:04je vous propose un engagement et aujourd'hui je vous propose de nous engager contre cette panique démographique.
01:10Le débat sur la natalité se durcit, s'accélère, s'idéologise.
01:14Certes, les chiffres s'imposent.
01:16En 2025, la France a enregistré 645 000 naissances, près de 20% de moins qu'en 2010.
01:22Le taux de fécondité est de 1,56 enfants par femme et pour la première fois, le pays compte plus
01:28de décès que de naissances sur une année existante.
01:32Ces données sont solides, mais la manière dont elles sont interprétées est profondément discutable.
01:37Car ce basculement démographique est analysé comme une menace, une crise, un effondrement.
01:41Ce vocabulaire cristallise des peurs et ces peurs appellent les injonctions.
01:46Faire des enfants, plus vite, plus tôt, plus nombreux.
01:49Avec en creux, une cible implicite, les femmes et la responsabilité qu'on leur fait porter.
01:54D'un indicateur statistique, on bascule vers une assignation sociale.
01:58Le corps des femmes devient une variable d'ajustement, un outil de politique publique.
02:03Alors soyons sérieux, cette crise est largement instrumentalisée.
02:07La France reste, malgré la baisse, le pays le plus fécond d'Europe occidentale.
02:11A l'échelle mondiale, la population continue d'augmenter avec un pic attendu autour de 10 à 12 milliards d
02:17'individus d'ici 2080.
02:20La baisse de la natalité s'inscrit dans une dynamique que tous les démographes observent depuis des décennies.
02:27Elle est multifactorielle, économique, sociale, intime, existentielle.
02:32Quand les filles accèdent à l'éducation, poursuivent des études plus longues,
02:36entrent plus tard sur le marché du travail, elles construisent leur autonomie.
02:39Quand les droits progressent, contraception, IVG, égalité professionnelle,
02:43les femmes peuvent décider si, quand et avec qui elles ont des enfants.
02:47Dans ce cadre, la baisse de la natalité n'est pas un signe de déclin,
02:50c'est le produit direct de l'émancipation, de l'accès aux droits et de la transformation des modes de
02:55vie.
02:55C'est ce qu'on appelle la transition démographique, un mouvement universel observé dans toutes les sociétés qui se développent.
03:01Alors oui, la France consacre près de 3,5% de son PIB à sa politique familiale,
03:06l'une des plus généreuses au monde.
03:08Mais si les naissances baissent, cela devrait interroger les vraies causes.
03:12Car on ne décrète pas des naissances, et cela est vrai partout.
03:15En Hongrie, les politiques massives d'incitation financière,
03:18combinées à un durcissement des droits des femmes, n'ont pas inversé la tendance.
03:22En Italie, où malgré des politiques natalistes assumées,
03:25le taux de fécondité reste bloqué autour de 1,2 enfants par femme.
03:29En Chine, où les tentatives de relance passent désormais par des mesures de pression directe sur les femmes,
03:34aucun résultat probant.
03:36Partout, la même réalité s'impose.
03:38La décision d'avoir un enfant ne répond pas à une incitation.
03:41Elle dépend de conditions.
03:43Alors, interrogeons ces conditions.
03:45La charge mentale, qui explose dès le premier enfant.
03:48Un partage des tâches, qui reste profondément inégal.
03:50Des carrières, qui se ralentissent, se fragilisent, parfois s'arrêtent.
03:54Une autonomie économique, qui recule au sein de la famille.
03:57Et dans certains cas, des violences qui viennent percuter ces trajectoires.
04:01Avoir un enfant n'est pas un simple choix.
04:03C'est un engagement qui transforme une vie.
04:05Les femmes ne renoncent pas à la maternité.
04:07Elles refusent simplement de la vivre à n'importe quel prix.
04:10Et ce que dit la baisse des naissances n'est pas un manque d'envie.
04:13C'est un manque de conditions.
04:14Celle d'une société qui garantit l'égalité réelle entre les femmes et les hommes.
04:18Celle d'un environnement de travail compatible avec la parentalité.
04:22Celle d'un système qui protège, qui soutient, qui sécurise.
04:25La liberté de choisir est un droit inaliénable.
04:27Et c'est là que se joue la question démographique.
04:34Aujourd'hui dans la force de l'engagement, je donne la parole à Anne-Cécile Maïfer.
04:38Bonjour Anne-Cécile.
04:39Bonjour Muriel.
04:40Présidente de la Fondation des Femmes, autrice de la panique démographique publiée aux éditions Les Petits Matins.
04:46Et que je vous encourage évidemment toutes et tous à lire.
04:49Alors dans ce livre, vous analysez ce récit qui s'impose aujourd'hui dans le débat public.
04:53Une urgence démographique qui ferait de la baisse des naissances un problème majeur.
04:57Mais vous, vous proposez une autre lecture.
05:00Donc de quoi parle vraiment cette panique démographique ?
05:03Alors la panique démographique, elle parle effectivement, j'utilise ce mot panique, parce qu'on est dans une peur qui
05:10n'est pas rationnelle.
05:11Une panique, ça nous vient comme ça, ça nous prend.
05:14Et puis une panique aussi, ça nous amène à prendre de mauvaises décisions.
05:17Donc la panique démographique, moi je la dénonce.
05:19J'explique qu'en fait, elle vient depuis effectivement 2022-2023.
05:23Elle est soutenue par des mouvements extrêmement conservateurs.
05:26qui ont comme objectif de revenir, entre autres, sur les droits des femmes.
05:30Et cette panique démographique, elle a trouvé un écho effectivement auprès du président de la République
05:35qui a fait du réarmement démographique, en quelque sorte, la grande cause en 2024.
05:40Et qui a supplanté, en quelque sorte, et c'est très symbolique, la grande cause de l'égalité entre les
05:45femmes et les hommes.
05:45Comme si l'un et l'autre ne pouvaient être compatibles.
05:48Or, moi je pense qu'au contraire, l'égalité est tout à fait compatible avec la natalité.
05:54C'est d'ailleurs ça qui pourrait permettre d'ailleurs demain de faire en sorte qu'on ait un meilleur
05:58taux de natalité.
05:59Mais en tout cas, cette panique, moi je la dénonce parce que j'ai envie de vous dire, tranquille,
06:05ce qui est en train de se passer a été prévu depuis plus de 20 ans.
06:09Par exemple, quand on vous dit que les courbes se croisent entre la courbe,
06:12il y a plus de morts que de naissances, ça fait peur en fait.
06:15On a l'impression que du coup, le pays se meurt.
06:16Là, on est sur le baby boom qui est une natalité sans précédent dans les années 50.
06:25Et là, ils arrivent tous à 85 ans.
06:27À un moment donné, évidemment que la vie s'arrête.
06:29Et oui, on ne fait pas autant d'enfants que pendant les 30 glorieuses.
06:32Donc le croisement des courbes était tout à fait prévu depuis 50 ans.
06:36On le sait que ça allait arriver.
06:37Et la manière dont c'est présenté aujourd'hui, par exemple,
06:40avec toutes ces terminologies de la fin de la civilisation, de la catastrophe, du drame, etc.
06:47C'est comme si c'est quelque chose d'inattendu, de soudain,
06:50qui est en train de nous plonger dans un avenir catastrophique.
06:55Vous le dites, ce n'est pas complètement nouveau.
06:57On en parle effectivement avec ces mots-là aujourd'hui.
07:00Mais dès la fin du 19e siècle, dans les années 30-40,
07:03on avait des sujets qui étaient assez équivalents.
07:06Et puis après, il y a eu, évidemment, les avancées des droits des femmes,
07:09la contraception, l'IVG.
07:11Est-ce que cette panique démographique, avec ces termes-là,
07:14et ces conséquences-là, telles qu'elles sont évoquées,
07:17ne ressurgit pas précisément parce que les femmes ont gagné en autonomie,
07:21en maîtrise de leur corps et en liberté de choix ?
07:23Oui, c'est exactement ça.
07:25Quand j'ai travaillé sur ce livre, je me suis rendue compte
07:27qu'en fait, ce n'était pas la première fois
07:28qu'il y avait cette injonction qui revenait
07:31avec cette idée qu'avec les droits des femmes,
07:35elles choisissaient d'en faire moins.
07:36Et donc, ça allait nous amener à la catastrophe.
07:39Et c'est vrai qu'à la fin du 19e siècle,
07:42on observe déjà, à ce moment-là, une baisse de la natalité.
07:44Et on a exactement les mêmes débats.
07:47C'est-à-dire, on a des mouvements féministes,
07:49à l'époque, à la fin du 19e,
07:51qui demandent l'information sur la contraception, etc.
07:54Et on a face à ça, des mouvements très conservateurs
07:58qui disent, attention, attention, il faut produire des soldats
08:01parce qu'en Allemagne, eux, ils en font deux fois plus.
08:03Et on a effectivement la même chose dans les années 80,
08:07début des années 80, après toute cette décennie des années 70
08:11qui, dans beaucoup de pays occidentaux,
08:13ont vu justement des progrès incontestables
08:16sur la contraception et l'avortement pour les femmes.
08:18On a ce qu'on a appelé ce backlash, ce retour de bâton.
08:21C'est Suzanne Faludy, une Américaine, qui a théorisé tout ça.
08:25Et elle montre comment la figure de la mère, de la maternité,
08:28du retour à la maison, du retour à ce rôle traditionnel,
08:32est vraiment quelque chose qui est mis en avant
08:36pour dire, en fait, la liberté des femmes, c'est bien,
08:39mais n'oubliez pas que votre rôle principal,
08:40ça reste quand même de faire des enfants.
08:42Et donc, vous pouvez être libre à condition de faire des enfants.
08:45Et cette condition-là, je trouve que c'est quelque chose
08:48qu'on entend encore aujourd'hui.
08:49C'est-à-dire, bon, OK pour l'égalité femmes-hommes
08:51et travailler un peu le sujet des violences sexuelles,
08:53mais par contre, à condition que, vous n'oubliez pas,
08:56qu'il faut quand même que vous puissiez produire des enfants
08:59pour la patrie, pour les entreprises et pour les retraites.
09:01Et pour la guerre et pour les retraités.
09:02Et d'ailleurs, tous ces termes qui sont utilisés,
09:06rarement démographiques,
09:07on a même tous les termes utilisés par les responsables d'extrême droite,
09:10qui utilisent vraiment cette question
09:12pour aller même au grand remplacement.
09:15Parce que ça fait partie des discours qu'on entend régulièrement.
09:18Est-ce que cette réactivation d'un ordre social à préserver,
09:22où la natalité devient un levier,
09:24n'est pas aussi une forme de maintien d'une suprématie masculine ?
09:29Oui, une suprématie masculine blanche aussi,
09:31je me permets de le dire comme ça.
09:33Parce que, en fait, moi, quand je parle de natalité,
09:36je n'en parle pas du tout de la même manière
09:38que dont c'est fait aujourd'hui,
09:41par justement ces mouvements très conservateurs,
09:43qui vont mettre vraiment l'accent sur la natalité
09:47des femmes des pays occidentaux blanches.
09:51C'est-à-dire qu'en France,
09:52on va parler de réarmement démographique
09:54et dans le même temps,
09:55on va conduire des politiques
09:57d'incitation à la stérilisation des femmes à Mayotte.
10:01Mayotte, c'est un département français.
10:02Mais Mayotte, c'est vrai que c'est un département français
10:05qui est très très loin d'ici
10:07et où les femmes ne sont pas blanches.
10:09Donc, on voit, et aux Etats-Unis, c'est pareil,
10:11on est vraiment sur sauver la famille chrétienne,
10:15blanche, traditionnelle, entre guillemets, américaine.
10:18Et il y a cette...
10:20En fait, la natalité pour ces mouvements-là,
10:23c'est un eugénisme.
10:24Ce n'est pas n'importe quel enfant que l'on souhaite.
10:27Ce n'est pas les enfants des immigrés, par exemple.
10:29Ce n'est pas les enfants en Afrique.
10:31Ce n'est pas les enfants...
10:31Non, c'est les enfants ici, entre guillemets, de chez nous,
10:34entre guillemets, de souches.
10:36Donc, la natalité n'est jamais une question d'enfants,
10:38une question de vie.
10:39Elle est une question de sélection.
10:41C'est vraiment comment produire des petits-enfants
10:45qui seront des fils loyaux
10:48et des soldats forts et loyaux
10:50et comment on peut produire aussi des filles
10:52qui seront obéissantes et fertiles
10:55pour continuer à dominer, en quelque sorte,
11:00pour les années à venir,
11:01le monde comme on le fait aujourd'hui.
11:03Alors, j'aimerais qu'on parle un peu de ce mouvement,
11:05enfin, qu'on parle de ce mouvement des trade-wives
11:09aux Etats-Unis, des femmes,
11:10la plupart du temps blanches d'ailleurs,
11:13cultivées, en tout cas de niveau social élevé,
11:16qui revendiquent ce modèle très structuré,
11:18soumission à un époux,
11:20maternité centrale,
11:21retrait de l'indépendance économique,
11:23présentée comme un choix libre,
11:25un choix libre et comme une alternative apaisée au féminisme,
11:29avec des slogans comme
11:29« Make trade life great again »
11:31qui font directement écho au mouvement conservateur.
11:35Alors, on va en parler juste après la pause,
11:37si vous voulez bien.
11:53Donnez la parole à celles et ceux qui font bouger la société,
11:56c'est sur Sud Radio et c'est la force de l'engagement.
11:58Aujourd'hui, avec mon invité Anne-Cécile Maëfer,
12:00présidente de la Fondation des Femmes,
12:02autrice de la panique démographique,
12:04que nous nous engageons contre cette fameuse panique démographique,
12:07pour une lecture lucide de ce qu'elle dit réellement de notre société.
12:11Alors, on évoquait avant la pause
12:12ces mouvements dits des « trade wise »,
12:14ces femmes qui revendiquent un modèle
12:15où la maternité est une vocation centrale,
12:20une façon de vivre une vie présentée
12:22comme un choix désirable,
12:24comme un choix égalitaire presque.
12:28Qu'est-ce que ça veut dire ?
12:29Pourquoi certaines femmes adhèrent à ce type de modèle ?
12:34Comment il faut comprendre ce retour à des rôles
12:37très traditionnels,
12:39basés sur une hiérarchie des rôles
12:41et une disponibilité complètement ouverte à la maternité ?
12:46Je pense qu'on est au milieu du gay aujourd'hui.
12:48C'est-à-dire qu'en fait, on souhaite l'égalité.
12:50Les femmes ont quand même accédé à l'égalité en droit.
12:52Mais on voit bien que dans le concret,
12:54c'est très difficile pour nous de tenir les debout.
12:56Parce qu'on continue néanmoins de remplir ce rôle traditionnel
13:00tout en étant aussi, par exemple, sur le marché du travail.
13:02Et on remplit ce rôle aussi traditionnel,
13:04entre guillemets, de faire tenir la vie,
13:06d'être enceinte, d'accoucher,
13:07de nous assurer qu'il n'y a pas que ça
13:09parce qu'après, il y a les maladies,
13:10il y a le soin au quotidien,
13:13le soin de la maison,
13:14que les femmes continuent, dans leur immense majorité,
13:17à faire de manière de plusieurs heures par jour.
13:20Donc, c'est très difficile de concilier les deux.
13:22Donc moi, dans une certaine mesure,
13:23je peux comprendre que certaines femmes se disent
13:25« C'est une arnaque.
13:27Moi, je préfère du coup revenir au modèle d'avant
13:29où j'avais qu'une partie du job à faire,
13:32c'est-à-dire le job de femme,
13:33et pas le job de femme,
13:34plus le job de femme libre
13:35et dans une société qui n'accepte pas
13:38que les femmes soient tout à fait libres de travailler,
13:41de gagner leur vie, etc. »
13:42C'est un combat qui est difficile pour les femmes aujourd'hui.
13:45Et du coup, moi, c'est pour ça aussi
13:46que je ne nie pas qu'il y a une baisse effective des naissances
13:50et y compris qu'il y a une différence
13:52entre ce que les femmes aimeraient,
13:54c'est un peu plus de deux enfants,
13:56et ce qu'elles font vraiment,
13:57c'est à peu près 1,5, 1,6 aujourd'hui en France.
14:01Et cette différence-là, moi, je l'analyse comme ça.
14:03C'est parce que, justement,
14:04notre société n'est pas très accueillante
14:07pour les mères,
14:08pour les femmes qui souhaitent à la fois être mères
14:11et quand même vivre dans une société égalitaire.
14:13Et donc, je peux comprendre
14:14que certaines se réfugient dans l'illusion
14:17que le rôle traditionnel va leur...
14:20Au moins, elles auront un break
14:21par rapport au fait de ne pas avoir à se battre
14:24tous les jours sur le marché de l'emploi.
14:26Donc, moi, je peux comprendre ça.
14:27Néanmoins, je pense que c'est une illusion,
14:29c'est un fantasme
14:30parce qu'elles ne seront pas beaucoup plus heureuses.
14:33En tout cas, c'est ce que montrent
14:34dans tous les cas les statistiques.
14:36Quand on regarde le bonheur
14:39et l'épanouissement des femmes,
14:41ils décroient au fur et à mesure
14:43du nombre d'enfants qu'elles font.
14:44Donc, on voit quand même
14:46que ce n'est vraiment pas simple
14:48d'avoir des enfants,
14:49d'en avoir beaucoup,
14:50et y compris d'être une femme, par exemple,
14:52qui se consacre uniquement à ça.
14:54Ça reste extrêmement lourd au quotidien.
14:57Donc, en tout cas,
14:59moi, ce que j'espère,
15:00c'est qu'on puisse à l'avenir
15:01réfléchir à cette question
15:02de la natalité,
15:03de manière féministe,
15:05c'est-à-dire en se posant la question
15:06des conditions des mères
15:06et des conditions de la vie en général.
15:08Et quand on écoute les mères,
15:09c'est intéressant
15:10parce qu'on voit qu'elles dénoncent
15:11justement les inégalités à la maison,
15:14les violences,
15:15les discriminations
15:16et les conditions de vie en général.
15:18C'est-à-dire qu'elles ont besoin
15:18d'avoir des écoles pas loin,
15:20des médecins pas loin.
15:21Elles ont envie que leurs enfants
15:22puissent voir
15:23qu'est-ce que c'est
15:24les abeilles,
15:25les oiseaux.
15:26En fait,
15:26tout cet écosystème-là,
15:28l'humain n'est pas
15:28en dehors de l'environnement.
15:32On nous matraque à longueur de journée
15:34à nous parler de guerre mondiale,
15:36de crise économique majeure,
15:38de robotisation,
15:39de tout ce qui n'est pas vivant,
15:41de grande extinction,
15:43des espèces, etc.
15:45En tout cas,
15:45toutes les statistiques,
15:46ce n'est pas juste moi qui le pense,
15:47c'est prouvé.
15:48Et d'ailleurs, dans mon livre,
15:49je montre énormément
15:51de statistiques
15:51qui prouvent
15:52que tout cela
15:54désincite,
15:55désincite à faire émerger la vie,
15:56à faire tenir la vie,
15:57en fait,
15:57nous rend la tâche difficile.
15:59Donc, c'est ce que j'appelle
16:00le paradoxe patriarcal
16:01de la reproduction.
16:02C'est à la fois
16:03nous pousser,
16:04nous inciter
16:05et nous rendre la tasse
16:06très difficile
16:07et après se dire
16:08c'est trop bizarre
16:09que les femmes,
16:09elles ne fassent pas d'enfants
16:10et donc on va leur supprimer
16:11leurs droits.
16:12Donc, on va rendre
16:13le système encore plus difficile
16:14pour les femmes.
16:16Donc, c'est un système
16:17qui se mord la queue
16:17et qui est de plus en plus difficile.
16:19Et donc, c'est pour ça
16:20que ce n'est pas si étonnant
16:21que ça
16:21que le taux de natalité
16:22continue de baisser
16:24et alors même
16:25que les femmes
16:26en veulent plus.
16:28Alors, ce paradoxe
16:29que vous évoquez,
16:30il est réel.
16:31Les conditions ne sont pas réunies
16:32pour qu'on ait fondamentalement
16:34un désir d'enfant
16:35comme ça, spontané,
16:37sans y réfléchir,
16:38sans s'y attacher
16:38et sans poser vraiment
16:40les conditions
16:40de cette natalité.
16:42Ça, souvent,
16:42c'est ce qu'on a pour le premier.
16:43Après, pour le deuxième,
16:44on réfléchit.
16:45Moi, j'ai réfléchi
16:46beaucoup pour les progrès
16:48parce que j'ai trouvé
16:49que les conditions
16:49n'étaient pas réunies.
16:50Mais il y a quand même
16:52quelque chose
16:52de très inquiétant
16:53avec, par exemple,
16:54ce slogan
16:55« Your body, my choice ».
16:57Moi, je trouve que quand même
16:59ces mouvements masculinistes,
17:00conservateurs
17:01qui sont intégrés
17:03par les trade wives,
17:04par exemple,
17:04c'est quand même
17:05extrêmement dangereux
17:06parce qu'il y a
17:07ces injonctions
17:08dont vous parlez
17:08et en même temps,
17:10ces mouvements
17:11qui accentuent
17:14encore plus
17:15la difficulté.
17:16Oui, parce que
17:16ces mouvements-là,
17:17leur objectif,
17:18c'est de remettre
17:19les femmes à leur place.
17:20Et c'est vrai
17:21que la baisse de la natalité
17:22leur donne un argument.
17:24C'est ce qu'ils disent,
17:24vous voyez,
17:25à cause des féministes,
17:27c'est bientôt
17:27la fin de l'humanité.
17:28Alors qu'on va être,
17:29vous le disiez tout à l'heure,
17:32alors qu'on va être,
17:32vous le disiez tout à l'heure,
17:3412 milliards environ
17:35d'ici 2080.
17:36Donc, on ne sait même pas
17:37comment on va nourrir
17:38tout le monde.
17:39Donc, on n'est pas du tout
17:40près de la disparition
17:41de l'humanité.
17:42Mais néanmoins,
17:43cette baisse de la natalité
17:44sert de vernis moral
17:46aux masculinistes
17:47qui vont du coup dire,
17:48regardez,
17:49à cause des féministes,
17:50à cause des droits des femmes,
17:51à cause de leur possibilité
17:52d'étudier,
17:54d'avoir un travail,
17:55de choisir leur conjoint,
17:56de choisir quand et comment.
17:58Et si elles en veulent
17:59à cause de cette liberté-là,
18:00eh bien,
18:01ils ne produisent plus
18:01assez d'enfants.
18:02Donc, il faut les remettre
18:03au travail,
18:04au travail reproductif
18:06et faire que,
18:07d'abord,
18:07avant tout,
18:08elles fassent des enfants
18:09le plus tôt possible
18:09et qu'on les mette en couple
18:11le plus tôt possible.
18:11Ça, c'est vraiment
18:12le discours des masculinistes
18:13et de leur branche en particulier
18:15qui s'appelle les incels
18:16les plus dangereux.
18:18D'ailleurs,
18:18ce sont des mouvements terroristes
18:20considérés par le parquet
18:21antiterroriste en France
18:22comme des mouvements terroristes
18:23extrêmement dangereux
18:25puisqu'ils vont jusqu'à
18:26chercher à commettre
18:28des attentats
18:28pour remettre les femmes
18:29à leur place.
18:30Donc, ces mouvements-là
18:30sont très dangereux.
18:31et ils utilisent
18:32vraiment la natalité.
18:34Andrew Tate,
18:34enfin,
18:35tous les plus grands
18:37masculinistes
18:38aujourd'hui
18:38utilisent ce sujet,
18:40parlent du sujet
18:41de la natalité
18:41comme la preuve
18:44qu'ils auraient raison.
18:45Alors moi,
18:46il y a un élément,
18:46j'ai trouvé,
18:47une analyse que vous faites
18:48que j'ai trouvée
18:49extrêmement intéressante
18:50dans le livre,
18:50c'est le regard
18:51que vous portez
18:51sur les enfants eux-mêmes.
18:53Vous montrez que
18:53dans ce discours nataliste,
18:55l'enfant n'est pas seulement attendu
18:56mais il est pensé
18:57comme une ressource.
18:58Il est pensé
18:58comme une ressource économique,
19:00sociale, stratégique,
19:01futur cotisant,
19:02futur consommateur,
19:03futur soldat.
19:04C'est comme si l'enfant
19:05n'avait plus de valeur
19:06pour lui-même
19:07et pour ce qu'il va
19:08rapporter à la société.
19:09Est-ce que ça,
19:10ça ne change pas aussi
19:12complètement la manière
19:13dont on peut penser
19:14la natalité ?
19:15Oui, c'est vrai
19:16que la deuxième partie
19:17de mon livre
19:18est entièrement tournée
19:18vers qu'est-ce qu'on peut faire
19:20et comment on peut penser
19:21les choses
19:21si on souhaite
19:22une société vivante,
19:24vivable.
19:25Et c'est vrai
19:25que ça pose nécessairement
19:26la question
19:27non seulement des femmes
19:28et des mères
19:28qui très concrètement
19:29sont celles
19:30qui font ce travail reproductif
19:31mais aussi du coup
19:32des enfants.
19:32Et c'est aussi ça
19:33qui est étonnant.
19:34Aujourd'hui,
19:34on parle beaucoup de natalité
19:35mais on ne parle pas
19:35des conditions de vie
19:36des enfants aujourd'hui
19:37en France.
19:38Du fait qu'il n'y a jamais
19:39eu autant d'enfants
19:40qui dorment à la rue,
19:41du fait que les enfants
19:42de l'ASE
19:42sont dans des conditions
19:44terribles,
19:44c'est-à-dire qu'on les retire
19:45à des familles maltraitantes
19:46pour faire limite pire
19:48aujourd'hui
19:48avec le nombre
19:50de jeunes filles
19:51qui sont dans des réseaux
19:52de prostitution.
19:53C'est affreux.
19:54Et en fait,
19:55ça,
19:55c'est un paradoxe
19:56que les femmes voient,
19:57que les femmes sentent,
19:58que la société voit bien.
19:59C'est-à-dire qu'on voit bien
20:00qu'en fait,
20:00avec les wagons No Kids
20:01aussi de la SNCF,
20:03c'est-à-dire qu'on nous parle
20:03de natalité
20:04mais en réalité,
20:05est-ce qu'on veut vraiment
20:06des enfants
20:06avec tout ce que ça comporte
20:07de bruit,
20:08de bordel,
20:09d'inattendu,
20:11de maladie aussi,
20:12d'interruption,
20:14de sieste,
20:15de ralentissement.
20:15Un enfant,
20:16ça vous ralentit nécessairement.
20:18On est dans une société
20:18qui veut toujours être
20:19le plus efficace
20:20et le plus vite possible
20:21et on veut produire des enfants
20:22comme si ça sortait de l'usine.
20:23On veut le chiffre exact
20:24d'enfants
20:25qui nous permet que dans 20 ans
20:26le nombre de cotisants,
20:27etc.
20:28Mais en fait,
20:29les femmes,
20:29ce n'est pas des usines
20:31et les enfants,
20:32ce n'est pas des produits.
20:33Donc, ce n'est pas comme ça
20:34à mon sens.
20:35Tout ce langage-là,
20:36toute cette manière de penser
20:38est mortifère.
20:39En fait,
20:40on nous parle de natalité
20:41mais pour moi,
20:41c'est une société
20:42qui va plutôt vers
20:44son autodestruction
20:45qui nous parle de natalité
20:46et moi,
20:47je ne veux pas aller
20:48dans ce délire-là
20:48et moi,
20:49j'ai envie de proposer
20:50un autre type de société,
20:51une société féministe
20:52qui est justement
20:52entièrement tournée
20:54vers la vie
20:54et donc,
20:55qu'est-ce que ça veut dire
20:56une société tournée
20:57vers la vie ?
20:57Typiquement,
20:58c'est vraiment
20:59donner une vraie place
21:00aux enfants
21:01et donner une vraie place
21:02plus généralement,
21:02justement,
21:03aux soins,
21:04au métier du soin,
21:06valoriser tout ça.
21:07En fait,
21:07tout ce qui fait tenir la vie,
21:09mais le soin,
21:09ce n'est pas juste les enfants,
21:10c'est les vieux,
21:10c'est les handicapés.
21:11En fait,
21:11c'est nous toutes d'ailleurs,
21:12tu vois,
21:13dans quelques années,
21:14on aura toutes besoin
21:15de ce soin-là.
21:16tant qu'on est très actifs,
21:17etc.,
21:17on ne s'en rend pas compte
21:18mais dès qu'il y a une maladie,
21:20dès qu'il y a un cancer,
21:21dès qu'il y a...
21:22En fait,
21:22on a toutes besoin de ça
21:23et c'est ça qui fait tenir la vie
21:24et on est dans une société
21:25qui est entièrement mortifère,
21:28qui nous envoie dans le mur
21:29à tout bousiller le vivant,
21:31alors qu'en fait,
21:32il faudrait,
21:32si on veut vraiment
21:33parler de natalité,
21:34si on veut vraiment
21:35parler de la vie,
21:36il faut changer,
21:36renverser le système de valeur
21:38qui est aujourd'hui
21:39à l'inverse de ce qu'il faudrait.
21:42Est-ce que c'est un sujet
21:44uniquement de femmes ?
21:45Quel est le rôle des hommes
21:46dans ce sujet ?
21:47Alors moi,
21:48je ne pense pas que c'est
21:49un sujet entièrement de femmes
21:50mais je pense que les femmes
21:51aujourd'hui,
21:52comme elles sont un peu assignées
21:54à ce rôle dans nos sociétés
21:55contemporaines,
21:56elles ont une expérience de ça.
22:00Moi, je pense que les hommes,
22:01à partir du moment où eux aussi
22:02ils prennent soin du vivant,
22:05donc à la fois tous les hommes
22:06qui sont soignants par exemple
22:07ou qui sont dans des métiers
22:08de l'éducation
22:09ou les hommes aussi
22:11qui élèvent leurs enfants
22:12de manière correcte
22:13en partageant les tâches
22:14comme ils devraient le faire,
22:15ils ont bien conscience de ça.
22:17Donc en fait,
22:19ce n'est pas le fait
22:20d'être femme ou homme,
22:21c'est le fait de son positionnement
22:23par rapport à ses actions
22:25de faire tenir la vie
22:26et je pense que
22:27tous les auditeurs hommes
22:29qui m'entendent
22:30et qui font ça,
22:31je pense que ça leur parlera aussi.
22:33Ce n'est pas quelque chose
22:34qui est logé dans notre utérus,
22:37c'est vraiment quelque chose
22:37qui est logé
22:38dans notre pratique quotidienne,
22:39dans un rapport à la vie
22:40et en fait,
22:41quand on a des enfants
22:42ou qu'on s'occupe
22:43des enfants d'autres,
22:44en fait,
22:44ce n'est pas forcément
22:45être mère-soi
22:46mais quand on a
22:47ce travail de lien,
22:48de liant
22:48qui peut être le fait
22:49qu'on est marraine,
22:50qu'on est tante,
22:51qu'on est plein de choses
22:52comme ça,
22:52on a un rapport à la vie
22:54qui est peut-être
22:55un peu différent
22:56de celui
22:57qui est un rapport
22:57très robot,
22:59automatisé,
23:01productif
23:02et je parle aussi
23:03beaucoup du coup
23:03dans mon livre
23:05du temps,
23:07du temps,
23:07du conflit en fait
23:09temporel
23:09entre le temps
23:11productif
23:11et le temps reproductif.
23:13la vie a besoin
23:14de temps
23:16et avec
23:17l'accélération
23:18en partie,
23:19aujourd'hui en plus
23:20avec l'intelligence
23:20artificielle,
23:21on va avoir des machines
23:22qui pensent 24h sur 24
23:24mais nous les humains
23:24on fait un burn-out
23:25si on fait ça.
23:27Heureusement qu'on dort un peu
23:29Heureusement qu'on dort un peu
23:30donc la vie
23:30elle ne peut pas
23:32être optimisée,
23:34être accélérée,
23:35être sans arrêt
23:38comme on est en train
23:39de chercher à le faire.
23:39En fait on applique
23:40une logique d'usine,
23:41une logique de robot
23:42au vivant
23:43et c'est ça qui nous amène
23:44dans le mur aussi.
23:44Oui, la vie n'est pas
23:45qu'une performance.
23:47Alors merci beaucoup
23:48Anne-Cécile
23:49pour cette conversation.
23:51Je rappelle le titre
23:52de votre livre
23:52La panique démographique
23:54publié aux éditions
23:55Les Petits Matins
23:56et la force
23:57et l'engagement
23:58c'est chaque dimanche
23:59sur Sud Radio
24:00à 15h
24:00vous pouvez nous retrouver
24:01sur sudradio.fr
24:03et en podcast
24:04bien évidemment
24:05et je vous donne rendez-vous
24:06dimanche prochain
24:07à 15h
24:08même énergie
24:09et avec toutes celles
24:10et ceux qui font bouger
24:11la société.
24:12Excellent week-end.
24:13C'était la force
24:14de l'engagement
24:16avec AJP
24:17Épargne
24:18Retraite
24:18Assurance emprunteur
24:20Prévoyance
24:20Santé
24:21AJP
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