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  • il y a 25 minutes
Ce vendredi 15 mai, Christopher Dembik et Jean-François Di Meglio, spécialiste de la Chine, ancien président de l'Asia Centre, présentent Quand le monde s'affole dans l'émission Tout pour investir, la masterclass, sur BFM Business. Retrouvez l'émission tous les vendredis à 11h.

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Transcription
00:00Tout pour investir, la masterclass, quand le monde s'affole.
00:05On se retrouve en plateau avec Jean-François DiMeglio, bienvenue de retour,
00:09parce qu'on avait eu l'occasion de vous recevoir il y a quelques mois de cela.
00:12Vous êtes spécialiste de la Chine, ancien président de l'Asia Center.
00:16On aimerait vous faire rebondir bien sûr sur l'actualité,
00:19puisque je me souviens très bien il y a quelques mois de cela,
00:21lorsqu'on vous avait invité, vous avez fait un panorama très très complet
00:25et qui allait vraiment dans le détail sur la Chine, c'était passionnant.
00:28Là, on a eu bien sûr la rencontre entre Trump et Xi Jinping.
00:33J'ai envie de vous dire, au-delà de la communication,
00:35Trump vend toujours tout très très bien, même lorsqu'il n'y a rien derrière finalement.
00:38On l'a vu avec le Groenland ou encore avec l'Iran, avec les retours en arrière.
00:42Où est-ce qu'on en est ? Qu'est-ce qui a été décidé ? Qu'est-ce qui
00:45est concret ?
00:45Il a parlé notamment de contrats qui auraient été signés.
00:49On est un peu sceptiques. Où est-ce qu'on en est ?
00:51Est-ce que vous pouvez faire un peu le panorama ?
00:53Ce qu'on peut dire au moment où il est encore dans l'avion,
00:56c'est qu'on va en apprendre un peu plus pendant qu'il est dans l'avion,
01:00encore un peu plus quand il sera arrivé,
01:03et qu'effectivement les principaux acteurs, c'est-à-dire ceux qui ont signé les contrats,
01:07vont avancer les chiffres.
01:09Jusqu'ici, il n'y a pas de chiffre.
01:10Il y a des produits, il y a du soja en particulier,
01:18mais ce qui apparaît du point de vue strictement commerce,
01:22c'est qu'il y a eu des concessions de chaque côté qui permettent effectivement,
01:26j'allais dire de sauver la face, pas de sauver la face,
01:29mais de montrer quand même qu'il s'est passé quelque chose.
01:31Parce qu'il ne s'est pas passé grand-chose.
01:34Mais qu'est-ce qui s'est passé ?
01:36Effectivement, vous avez remarqué qu'il y avait beaucoup de financiers
01:39qui étaient dans l'avion de Trump.
01:40Donc, les Américains ont demandé et probablement obtenu
01:44une ouverture des marchés financiers.
01:46Il faut se souvenir quand même que les marchés financiers chinois,
01:50ce n'est pas très diversifié, ce n'est pas très ouvert.
01:53Les produits ne sont pas très nombreux.
01:55Et donc, que demandent les étrangers depuis des années et des années et des années ?
02:00C'est déjà un peu plus de place,
02:03parce que les étrangers dans le marché financier chinois,
02:06que ce marché bancaire, c'est minuscule, ça n'existe pas,
02:10que ce soit le marché des titres,
02:12c'est un peu plus significatif, mais c'est encore très réglementé.
02:16Donc, ils demandent un peu plus d'ouverture.
02:18Et les Américains ont toujours été les leaders dans ce domaine.
02:22Bien sûr, les Européens sont présents,
02:24mais en fait, ceux qui sont en Chine depuis très longtemps,
02:26ce sont les Américains, et ils sont en mesure de demander.
02:29Il faut rappeler quand même qu'un certain nombre d'anciens dirigeants
02:34du Trésor américain étaient aussi chez Goldman Sachs
02:37avant d'être au Trésor américain.
02:40Donc, il y a une vraie connaissance de ce marché,
02:45il y a une vraie habitude.
02:46En retour, qu'est-ce que demandent les Chinois ?
02:50Les Chinois ne peuvent pas demander la lune, si vous me permettez,
02:53mais ils peuvent demander effectivement qu'un certain nombre de leurs industries,
02:56qui sont vraiment les industries de pointe pour leurs exportations de techno,
03:01c'est en fait les renouvelables.
03:02Donc, probablement, le deal est là-dessus.
03:05D'un côté, vous m'ouvrez un peu plus au marché financier,
03:08et de l'autre, les renouvelables chinois sont en meilleur accès au marché américain.
03:16Du côté de ce qui intéresserait réellement les Chinois,
03:21c'est-à-dire les puces très sophistiquées,
03:24Yen Senhuang était dans l'avion,
03:26on ne voit pas réellement de déblocage.
03:29C'est quand même la carte maîtresse que les États-Unis détiennent dans le commerce.
03:34Bien sûr, on peut dire que les Chinois détiennent la carte maîtresse des terres rares.
03:38Mais, ok, avec les terres rares, qu'elles y aillent ou qu'elles n'y aillent pas,
03:44les puces, elles sont designées aux États-Unis,
03:47et elles sont fabriquées à Taïwan, entre autres, un peu en Corée, un peu, je ne sais pas.
03:52Donc, en fait, on n'est pas allé jusque-là.
03:55On n'est pas allé jusque-là, on est resté.
03:57Et c'est tout à fait normal, quand on replace ce voyage dans la séquence où on se trouve.
04:04On se trouve dans une séquence relativement courte,
04:06qui va s'achever en octobre 26.
04:09C'est l'année de moratoire, en quelque sorte, sur l'endroit gauche chinois, sur les terres rares.
04:14On aurait pu accélérer la discussion, mais il n'y avait pas de raison de l'accélérer.
04:18Et on est dans une séquence plus longue, un cycle beaucoup plus long,
04:21qui est celui des visites mutuelles du président chinois et du président américain.
04:26Il n'y avait pas eu de visite depuis 2017.
04:30Donc, il fallait restaurer quelque chose.
04:33On a parlé d'une visite de Xi Jinping en septembre.
04:36Donc là, il y a un autre cycle, beaucoup plus long, qui se réenclenche.
04:40Probablement, la conclusion de ce voyage, c'est ça, c'est rien d'autre.
04:46Donc, on essaye de renouer une relation qui avait été, bien sûr, très chahutée.
04:52Est-ce qu'on sait si on a évoqué, notamment, la devise chinoise ?
04:55Alors, on voit sur le marché des changes, on voit que le yuan s'apprécie très faiblement,
05:01comme d'habitude.
05:02Mais est-ce que ça reste un point qui a été saoulé ?
05:05Ça revient de temps en temps, mais on ne sait pas si, réellement,
05:07les Américains ont un vrai focus sur le niveau du taux de change.
05:12En fait, c'est plus fondamental.
05:17La réponse courte, c'est que ça n'est plus fondamental pour deux raisons.
05:21Ça n'est plus fondamental parce que, d'abord, le système de change chinois
05:27n'est pas prêt d'être modifié.
05:29Pour qu'il soit modifié, vous le savez bien, il faut qu'il y ait une ouverture totale
05:33du compte de capital.
05:34On en est loin, même si les sociétés financières américaines
05:39ont un meilleur accès au marché chinois.
05:41Ce n'est pas ça qui va déclencher une ouverture totale.
05:44Et puis, la Chine n'a jamais eu envie de rendre sa devise totalement convertible
05:49et d'ouvrir son compte de capital.
05:51Ce qui veut dire que, de toute façon, le taux de change sera toujours maîtrisé.
05:53Qu'est-ce que vous voulez dire en face de ça ?
05:55Bon, ce n'est pas la peine non plus de recettes.
05:58Deuxième raison pour laquelle ça n'est plus un sujet,
06:01mais finalement, les États-Unis ont réussi à réduire marginalement le déficit.
06:07Il va perdurer ce déficit.
06:10Les deux économies sont complètement interdépendantes, pour l'instant,
06:14et d'une certaine façon complémentaires.
06:17Donc, focalisons-nous là-dessus, si j'ose dire.
06:20Essayons progressivement de réduire le déficit américain,
06:23mais ce n'est pas en jouant sur la devise,
06:26ce n'est pas en faisant remonter le jambi,
06:29qu'on arrivera à réduire ce déficit américain.
06:32L'Amérique a besoin de produits chinois.
06:35Elle était prête, d'ailleurs, à en acheter,
06:38même quand les taxations étaient de folie.
06:42Et donc, bon, il n'y a plus de taxation au niveau où Trump voulait les mettre.
06:48Il y aura toujours cette complémentarité.
06:50Tant que l'autonomie stratégique n'est pas établie,
06:53on est sur le chemin, c'est un chemin qui va être très lent, très long.
06:56Et puis, on voit aussi, quand on regarde les derniers chiffres
06:58de la balance commerciale chinoise, donc du mois d'avril,
07:00on voit finalement qu'il y a une vraie montée en gamme de l'économie chinoise.
07:03C'est-à-dire que, je crois que c'est un quart aujourd'hui
07:05des exportations totales de la Chine, c'est des valeurs tech.
07:08On sait très bien que le taux de change,
07:10ce n'est pas un sujet en général pour les exportations à forte valeur ajoutée.
07:14Exactement. Non, le revers de la médaille, si vous me permettez,
07:19c'est que ça souligne aussi une dichotomie de plus en plus forte
07:22dans l'économie chinoise.
07:23C'est-à-dire que ceux qui marchent bien, c'est ce que vous avez dit, la tech.
07:27Et en revanche, il y a maintenant les retardataires,
07:30ceux qui perdent du terrain et ceux qui sont en vraie récession.
07:34C'est-à-dire que, quand on regarde le chiffre de la croissance chinoise,
07:37allez, 5% officiel, peut-être un peu moins de 5%.
07:40De toute façon, une économie qui ne va pas très bien,
07:44qui est tirée par ces secteurs de la tech qui ont réussi leur montée en gamme,
07:48mais qui est plombée, et largement plombée, par une consommation qui est à tonnes,
07:55et puis par des salaires qui sont bloqués.
07:59Donc, en fait, consommation qui ne peut pas progresser,
08:03et puis des métiers qui n'évoluent pas beaucoup,
08:08au bas de la pyramide économique,
08:10ceux qui ont une faible valeur ajoutée.
08:12Et ça, c'est une vraie préoccupation pour les dirigeants chinois.
08:15On voit assez régulièrement, lorsqu'il y a quelques annonces, des plans,
08:22les analystes de marché sont tous automatiquement optimistes.
08:25Je me souviens encore, je crois que c'était en début d'année,
08:27vous aviez une myriade d'analystes qui vous disaient
08:28« Ah, ça y est, la Chine prend un bras-le-corps la question de la consommation,
08:32on anticipe une relance de la consommation, etc. »
08:35C'est un peu le serpent de mer.
08:37Ce n'était pas notre sujet la dernière fois ?
08:39Exactement.
08:40C'est finalement un sujet.
08:41Mais non, mais non, mais non, mais non.
08:44Alors, ce serait formidable,
08:46et si le gouvernement chinois pouvait avoir les deux,
08:51c'est-à-dire la consommation et l'autonomie stratégique,
08:53bien sûr que tout le monde serait content.
08:56Néanmoins, la priorité a complètement glissé
08:58de la possibilité d'avoir un vrai marché de la consommation,
09:02une diversification des moteurs de l'économie,
09:05vers la nécessité impérieuse de l'autonomie stratégique
09:09dans un monde qui est difficile et avec une obsession de toute façon
09:12de tous les dirigeants chinois depuis 1949,
09:15c'est-à-dire de se libérer des dépendances.
09:17On a fait semblant d'entrer dans des dépendances,
09:19on a géré ces dépendances de façon extrêmement habile
09:22à partir de l'entrée dans l'OMC,
09:24mais là, la priorité à l'autonomie stratégique
09:28et à l'indépendance économique reprend le pas.
09:31Or, pour acquérir ça,
09:35on ne passe pas forcément par le moteur de la consommation,
09:38on passe par l'enrichissement de l'État.
09:40L'État s'enrichit,
09:42que le consommateur s'enrichisse en même temps,
09:44c'est très bien,
09:45mais s'il ne s'enrichit pas,
09:47ça ne doit pas obéir la montée vers l'autonomie stratégique.
09:51C'est vraiment le sujet annexe.
09:53Dernière question, j'aimerais juste vous faire réagir.
09:55On a vu, et là je vois notamment les fils AFP, etc.,
09:58mettant en avant qu'on aurait eu une sorte de point d'accord
10:01entre Washington et Pékin
10:02sur le fait que l'Iran ne devrait pas posséder l'arme nucléaire.
10:05Là, c'est un effet d'annonce concrètement.
10:07Est-ce qu'il y a réellement des points d'accord ?
10:09Quels sont les sujets sur lesquels ils s'entendent sur l'Iran ?
10:12Écoutez, je crois que ni vous ni moi, on est capable de le dire.
10:14Il y a certainement une partie secrète des discussions.
10:19On le saura ou on ne le saura pas.
10:23Ce qui est sûr, c'est que l'Iran n'est pas un allié
10:28de la Chine.
10:29C'est effectivement un contact, si j'ose dire,
10:33où une relation commode a beaucoup d'égards
10:36en termes de fourniture de pétrole,
10:39mais c'est aussi un embarras.
10:40Donc la Chine est autant embarrassée
10:43par cette question iranienne,
10:45d'où l'attitude qui est effectivement dénoncée par Trump,
10:49c'est-à-dire peut-être fournir des choses
10:51qu'il ne devrait pas fournir à l'Iran,
10:52mais en même temps, un souhait très fort
10:55de débloquer le Détroit
10:57et de récupérer un accès libre
11:00à ces matières premières qui viennent du Golfe.
11:03Donc oui, il y a peut-être eu des discussions sur ce sujet.
11:06Il y a certainement une volonté chinoise.
11:09Évidemment que l'Iran ne détienne pas l'arme nucléaire.
11:12La Chine n'est pas pour la prolifération.
11:15Elle a son copain de Corée du Nord.
11:18À chaque fois qu'il envoie un missile
11:20ou qu'il annonce quelque chose,
11:22ça ne fait pas vraiment plaisir à la Chine.
11:24C'est plutôt de l'ordre de l'incontrôlable.
11:26Donc on n'a pas envie de se créer un autre incontrôlable
11:29de l'autre côté de la frontière.
11:31Merci beaucoup pour cet éclairage,
11:33Jean-François Dimeglio.
11:34Vous êtes spécialiste de la Chine.
11:35Ravie de vous recevoir prochainement encore
11:37pour évoquer ces sujets.
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