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Le criminologue, Alain Bauer, était l’invité de #LaGrandeInterview de Thomas Bonnet dans #LaMatinale sur CNEWS, en partenariat avec Europe 1.
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00:00La grande interview en direct sur CNews et sur Europe 1, mon invité ce matin c'est Alain Bauer.
00:05Bonjour Alain Bauer.
00:06Bonjour.
00:06Merci d'avoir accepté notre invitation.
00:08Vous êtes professeur émérite au Conservatoire National des Arts et Métiers
00:11et vous avez publié ce livre « Chine, la revanche de l'Empire, la fin de l'Occident ».
00:16Point d'interrogation, on s'interrogera peut-être sur ce point d'interrogation d'ailleurs.
00:19Vous nous serez évidemment très utile pour décrypter ce qu'il est en train de se passer en Chine
00:24avec cette visite d'État de Donald Trump.
00:25D'abord je vais m'adresser au criminologue que vous êtes également.
00:28On est frappé par ce drame qui est survenu à Nantes ces dernières heures.
00:32Un adolescent de 15 ans a été tué.
00:34C'était donc hier soir, fusillade.
00:36Il y a également un mineur de 13 ans qui est aujourd'hui entre la vie et la mort.
00:40On est frappé à nouveau par l'âge des protagonistes Alain Bauer.
00:43Comment vous analysez-vous ce nouveau drame ?
00:46D'abord il faut se rappeler que la création de l'adolescence,
00:48c'est une création administrative, pas biologique.
00:51Pendant des siècles dans ce pays comme dans tout l'Occident et ailleurs,
00:55on devenait majeur aux alentours de 13 ans.
00:58On entrait dans l'espace de travail, on entrait à la guerre,
01:02on pouvait hériter, devenir roi, certes sous tutelle mais quand même.
01:06Et puis on a inventé cet âge intermédiaire qui a permis d'augmenter la scolarisation, etc.
01:11Mais dans un cadre institutionnel très strict.
01:13Il y avait une église, un État, un parti communiste,
01:17bref, des institutions fortes, des familles.
01:21Et tout ceci a peu à peu disparu.
01:23Et ça a été remplacé, parce que la nature a horreur de vide,
01:27par plutôt des organisations de plus en plus criminalisées.
01:30Depuis une dizaine d'années, le nombre de jeunes gens de 13 à 15 ans
01:35mis en cause pour des affaires de terrorisme, de narcotrafic, de tueurs à gage,
01:39recrutés sur Internet ou sur les réseaux sociaux, a été multiplié par 10.
01:44Ce qu'on appelait les apaches il y a 100 ans,
01:46des jeunes gens dans la banlieue parisienne et à Paris-ville,
01:50qui s'étripaient au surin, c'est-à-dire à l'arme blanche,
01:53qui avaient été éliminés peu à peu par la capacité éducative
01:58et les institutions sociales, éducatives et administratives.
02:03Quand elles se sont retirées, elles ont été remplacées.
02:07Et donc aujourd'hui, le concours d'intégration par l'absurde se fait
02:13et donc dans cette affaire, vous avez, mais au même endroit,
02:17il y a 15 jours, il y avait déjà eu un premier règlement de compte.
02:21Celui-ci est probablement la réponse au précédent.
02:24Entre les victimes collatérales et les victimes directes,
02:27vous avez une augmentation massive d'un élément le plus stable
02:30dans l'analyse de la criminalité en France,
02:31c'est les homicides et les tentatives.
02:33Ça, on compte à peu près bien depuis 1539 et François 1er.
02:37Vous aviez eu un plus bas historique en 2011-2012,
02:40moins de 700 homicides.
02:41On est l'année dernière à plus de 1 000 et avec les tentatives d'homicide à 5 000.
02:46Le plus haut chiffre connu depuis qu'on a de la statistique criminelle en France,
02:50c'est en 1972.
02:51Donc au cours des 15 dernières années,
02:53le nombre de tentatives d'homicide a explosé, c'est ça ?
02:56L'homicide, ça a un peu augmenté, enfin 50% quand même, de 700 à 1 000.
02:59Et les tentatives d'homicide à plus de 4 000.
03:02Donc 5 000 en tout, le plus haut chiffre depuis 50 ans.
03:05C'est-à-dire qu'on a inversé un processus de réduction de la criminalité violente
03:10par un processus de réaugmentation extrêmement rapide
03:13avec un enracinement territorial extrêmement puissant
03:17et des situations qui se dégradent, y compris à l'ouest de la France
03:21qui était la zone la moins touchée,
03:23alors que d'habitude, on parlait surtout de l'espace marseillais et du couloir rhodanien.
03:26Comment on répond à ça, Alain Bauer ?
03:28Est-ce qu'il faut une réforme de notre réponse pénale ?
03:31Est-ce qu'il faut une réponse aussi sur la justice des mineurs ?
03:34Comment le politique peut répondre à cet état de fait,
03:37cette augmentation des tentatives d'homicide
03:39et au rajeunissement des protagonistes ?
03:40D'abord, le politique, il répond toujours par une loi, un mouvement,
03:44une posture, une déclaration la plus solennelle possible.
03:47Et puis une problématique qui est celle de la saturation du terrain.
03:50Pour saturer le terrain, il ne faut pas faire des opérations coup de poing,
03:53il faut aller au cœur des problématiques.
03:55Vous vous rendez compte qu'il a fallu attendre 2025
03:56pour qu'une exceptionnelle commission d'enquête du Sénat
04:00découvre que le narcotrafic existait et qu'il était là.
04:03Ce n'est pas parce qu'on ne le savait pas.
04:04Tous les acteurs de terrain étaient au courant,
04:07policiers, gendarmes, criminologues, acteurs sociaux.
04:09Mais l'État ne voulait pas accepter de concéder
04:13qu'il avait perdu le contrôle d'une partie du territoire.
04:17Alors c'est vrai qu'il n'y a pas de zone de non-droit,
04:19mais il y a des zones où l'activité de la police est plus ou moins facile.
04:21Quand ils se font caillasser, agresser, pompiers, policiers,
04:25tous agents au public parce qu'on leur montre
04:27que le territoire n'est plus le leur
04:29et qu'on leur dit reculer plutôt qu'insister,
04:34c'est sûr qu'il y a une politique d'État qui mérite d'être réfléchie.
04:38Il faut inverser la tendance.
04:39Il faut, par exemple, Bruno Rotaillot qui dit qu'il faut un État d'urgence anti-trafic,
04:43donner davantage de moyens aux policiers, aux gendarmes pour aller dans les quartiers et rétablir l'ordre.
04:47Alors ce n'est pas policiers et gendarmes, c'est tout le monde.
04:49C'est éducation nationale, acteurs sociaux.
04:51Vous avez un film dramatique, tragique sur Samuel Paty qui montre le pas de vagues.
04:57Il faut arrêter, il faut faire des vagues.
04:59C'est dramatique à dire, mais l'État s'est imposé en France contre tous ses concurrents en faisant des
05:05vagues.
05:06– Il faut avoir le courage d'assumer les conséquences de ces vagues aussi quand on est dans la responsabilité
05:10politique.
05:10– Oui, bien sûr, mais quand vous donnez un vaccin, puisque l'heure est au vaccin ou revenu au vaccin,
05:14il y a un moment d'échauffement.
05:15Il faut assumer ça, mais il faut l'assumer sur le social, sur l'éducatif, sur le soutien aux familles.
05:19Les familles, aujourd'hui, elles ne sont pas démissionnaires.
05:21Elles ont été licenciées par leurs propres enfants.
05:23Elles en ont peur, une partie d'entre elles.
05:26Donc il y a un moment où il faut soit affirmer qu'il y a un immense service public
05:30dans un État qui, en France, a construit la nation.
05:32Et ça, c'est ce qui est notre histoire.
05:35C'est le moment où le récit national ressemble au roman national,
05:39pour faire un clin d'œil à Philippe Devilliers.
05:41Soit il faut dire, écoutez, il n'y a plus d'État,
05:43et on assume qu'il n'y ait plus que des éléments communautarisés,
05:46avec des espaces territoriaux inégaux et illégaux,
05:50et on en fait le constat amer.
05:53Mais à un moment, il faut assumer une politique publique cohérente et claire.
05:57Celle qu'on veut, vraiment celle qu'on veut.
05:59Ce n'est pas moi qui décide, ce sont les électeurs.
06:01Les parlementaires que nous critiquons beaucoup,
06:04mais c'est quand même nous qui les élisons.
06:06Donc on a un pouvoir formidable qui s'appelle le bulletin de vote.
06:08Et moi, je suis pour réinsérer le bulletin de vote
06:11comme une équation de la problématique de retour à la sécurité de tous et de chacun,
06:16y compris de la protection de nos propres enfants.
06:18Alain Bauer, vous êtes en direct pour la grande interview sur CNews et sur Europe 1.
06:22On va en venir à cette visite d'État de Donald Trump en Chine.
06:25Visite stratégique ô combien ?
06:26Un mot d'abord peut-être sur les images,
06:28le cérémonial qui nous a été offert pendant cette visite d'État.
06:31On était à un très haut niveau protocolaire.
06:33Le plus haut niveau, un vice-président chinois qui accueille le président Trump,
06:38c'est le plus haut niveau possible.
06:39Contrairement à ce que j'ai lu ici ou là,
06:41le fait que le président Xi n'accueille pas à l'aéroport est tout à fait normal.
06:45Par contre, d'habitude, on a un ministre, un vice-ministre.
06:50Là, on a le vice-président chinois.
06:52Alors, c'est très symbolique.
06:53L'accueil est de très haut niveau.
06:55Mais les discussions l'ont été aussi,
06:57puisqu'il faut comprendre que la Chine, tout fonctionne légèrement décalé.
07:01Le temps n'est pas le même.
07:03Les règles ne sont pas les mêmes.
07:04Et donc, on a commencé par l'annonce par les Chinois
07:07qu'ils avaient surtout parlé de Taïwan, jour 1.
07:10Au moment où le président Xi le dit, la télévision d'État le dit,
07:14c'est assez rare, d'habitude, il y a un petit décalage.
07:16Puis, vous avez un communiqué du ministère des Affaires étrangères
07:19qui dit, oui, mais on a aussi parlé du reste.
07:21Ce qui démontre que le président Trump,
07:23lors de son interview au Fox News, dit des choses qui sont justes,
07:25puisqu'ils ont effectivement parlé des autres sujets.
07:29Notamment de l'Iran.
07:30Notamment de l'Iran, du vol de Hormuz.
07:32Et là, on peut attendre des avancées concrètes.
07:34On a l'impression, dans les différentes communications,
07:36qu'il y a justement eu des dernières ententes.
07:38Un petit décalage communiqué qui est celui du porte-parole
07:40du ministère des Affaires étrangères qui dit,
07:42conformément aux quatre instructions du président Xi
07:45et dans le cadre du protocole en cinq points
07:48qui a été proposé aux Pakistanais,
07:50nous insistons tout particulièrement
07:53pour qu'on trouve une solution.
07:55Et insister tout particulièrement en chinois,
07:57c'est très puissant,
07:58puisque les mots chinois sont doux.
08:01Le mandarin impérial,
08:03il n'y a rien qui dépasse.
08:05Tragédie n'existe pas.
08:06Catastrophe n'existe pas.
08:08Déjà, accident, on est au bord du gros mot.
08:11C'est comme conflit.
08:12Conflit n'est pas le mot qui a été utilisé.
08:14Le mot est plutôt,
08:15si on ne se met pas d'accord sur Taïwan,
08:16il y aura des contentieux.
08:18Ce qui veut tout dire.
08:19Ça va de...
08:20On n'est pas d'accord jusqu'à...
08:22On va vraiment se mettre sur la figure.
08:23On a l'impression que les deux superpuissances,
08:26américaines et chinoises,
08:27sont en train de se partager le monde
08:29à travers des zones d'influence.
08:30Est-ce qu'on est dans le retour
08:31d'une forme de guerre froide ?
08:32Je le disais, vous avez publié ce livre
08:35« Chine, la revanche de l'Empire »,
08:36c'est aux éditions Fayard.
08:37Et vous dites notamment,
08:38vous revenez sur 2019
08:40et un discours agressif de la Chine
08:43accusant Washington à l'époque
08:44de terrorisme économique pur et simple.
08:46On est là dans une diatribe
08:48qu'on pouvait retrouver lors de la guerre froide.
08:50Est-ce qu'on est dans la même donnée aujourd'hui ?
08:53Alors, un peu différente.
08:54D'abord, parce que la Chine se veut
08:56un pôle de stabilité,
08:57pas un pôle d'agressivité.
08:58Il n'y a pas de compétition.
09:00Mais la Chine, elle a une vision du monde.
09:02Je la montre pour les téléspectateurs.
09:04Je le dis pour les auditeurs d'Europe 1,
09:05c'est un planisphère vertical.
09:07Voilà.
09:07Nous, on a une vision horizontale.
09:09La Chine a une vision verticale du monde.
09:11Et qu'est-ce que ça change ?
09:12C'est chez elle, c'est hémisphérique.
09:13Les Américains font la même chose.
09:15Désormais, ils vont du Groenland,
09:17enfin de l'Alaska au Groenland,
09:18et tout ça, c'est chez eux.
09:19Ils récupèrent le canal de Panama.
09:21Ils récupèrent, parlent des élections,
09:22mais pas seulement le Chili, l'Argentine.
09:26Ils espèrent récupérer le Brésil très prochainement.
09:28Et donc, ils sont en train de reconstruire un espace.
09:30Et entre les deux, il y a une zone de prédation, nous.
09:34Les Chinois ont déjà gagné l'Afrique.
09:36Les Américains récupèrent l'Amérique du Sud.
09:37Et nous, nous sommes un marché, mais pas une puissance.
09:40Donc, nous sommes la zone entre deux
09:41qu'ils sont en train de se partager aimablement,
09:44regardant ce qui se passe.
09:45Pour la première fois, la Chine est légale des États-Unis.
09:48Ça, c'est la nouvelle.
09:49Et c'est la démonstration qui est faite.
09:50Et par le président Trump et par le président Xi,
09:52nous sommes désormais des égaux.
09:54Nous sommes des égaux économiques.
09:56Nous sommes des égaux en termes de puissance.
09:57Nous sommes des égaux en termes de domination hémisphérique.
10:00Mais surtout, pour la première fois,
10:02nous sommes des égaux militaires.
10:04Et quand le président Xi dit
10:05« Attention, Taïwan, il ne faut pas rigoler,
10:07parce qu'il y a des dimensions non seulement symboliques,
10:10mais aussi nous sommes prêts à réunifier finalement la Chine
10:14dans les espaces que nous estimons être les nôtres,
10:18sans volonté de conquête, mais en volonté de récupération,
10:22eh bien, la position du président Trump, c'est de dire
10:25« Oui, enfin, on peut vous comprendre,
10:27mais quand même, il faudrait qu'on trouve une solution
10:28la moins rapide et la moins brutale possible. »
10:31Et en fait, c'est ça qui est en train de se passer.
10:33Là, nouveau, le monde est redécoupé en deux.
10:35Le global sud, tout ce qu'on a cru se raconter,
10:38les non-alignés, etc., tout ceci a à nouveau redisparu.
10:41Et ce que j'essaie d'expliquer dans le livre,
10:43c'est la construction de tout ça par un homme,
10:45Deng Xiaoping, formé en France, ouvrier chez Renault,
10:48avec une équipe de gens formés en France,
10:51notamment sur les terres rares,
10:52et la création d'une nation d'ingénieurs
10:54qui a commencé par sous-traiter l'usine du monde
10:58des matériels de mauvaise qualité pas cher,
11:01puis de meilleure qualité moins cher,
11:02et désormais, avec la recherche et développement,
11:06des avancées technologiques,
11:07où ils sont les égaux, voire, comme le dit l'US Navy,
11:11en situation de dépasser technologiquement les Américains
11:14sur l'intelligence artificielle,
11:15la robotique et les drones.
11:18Justement, l'intelligence artificielle,
11:20c'est la révolution qui arrive.
11:21On a l'impression que l'Europe est un peu à la traîne.
11:24Arthur Mensch, le patron de Mistral AI,
11:26qui est le fleuron européen de l'intelligence artificielle,
11:29dit qu'il y a trop de lourdeur en Europe,
11:31on est trop dans la régulation,
11:32pas assez dans l'innovation.
11:33Est-ce qu'on peut encore rivaliser avec les superpuissances,
11:36avec cette Europe des 27,
11:37qui parfois, c'est vrai,
11:38paraît un peu lourde administrativement ?
11:40Alors, les cerveaux qui font l'intelligence artificielle,
11:44qui font les révolutions technologiques,
11:45ils sont toujours européens.
11:47Ils sont européens et asiatiques.
11:49Et ils s'en vont parce qu'ils ont des règles,
11:54des bureaucraties absolument invraisemblables
11:57qui les empêchent de travailler sur les drones.
11:58Par exemple, nous avons des startups absolument formidables
12:00qui, y compris, travaillent en Ukraine,
12:02mais qui sont incapables d'avoir des commandes françaises.
12:05Parce que bureaucratie, incompréhension, guerre d'avant,
12:10une incapacité à se projeter vers l'avenir.
12:14Il y a des exemples à foison qui montrent à quel point
12:18il faut sortir de France ou de l'Union européenne
12:21pour pouvoir réussir à mettre en place quelque chose
12:24qui a été inventé par des jeunes gens et des jeunes femmes
12:27sorties de nos écoles, nos universités,
12:29nos instituts polytechniques,
12:31et qui n'arrivent pas à développer leur startup
12:33tant la pression bureaucratique.
12:36À un moment, il va falloir régler le sort de la bureaucratie.
12:39Est-ce que l'Europe à 27 ans, Claire,
12:40elle a ce qu'elle a encore du sens aujourd'hui ?
12:42Est-ce qu'on peut encore innover
12:43en ayant 27 réalités différentes ?
12:45Si elle voulait devenir une puissance,
12:47elle aurait du sens.
12:48C'était la posture du général Legault en 1961
12:50quand il écrit au président des États-Unis
12:52et au premier ministre britannique
12:53« Si vous voulez une alliance atlantique de vassaux,
12:55je n'en suis pas.
12:56Si vous voulez une alliance atlantique d'égo,
12:59je veux bien en être.
12:59Tous les Européens lui tournent le dos.
13:01Il y a le plan Fouché 1, le plan Fouché 2.
13:03Aucun n'arrive à fonctionner.
13:06Du coup, le général de Gaulle,
13:07grâce à Pierre Mendès France,
13:08une alliance étonnante entre les deux,
13:10réussit à nous doter de la dissuasion nucléaire,
13:13affirme celle-ci.
13:14Et c'est d'ailleurs ce qui permet encore
13:15que nous ayons notre spécificité en Europe
13:18et dans le monde sur ces questions.
13:20Tous les autres ont considéré
13:22qu'ils devaient se réfugier sous le parapluie
13:24de quelqu'un d'autre
13:24qui tout d'un coup leur expliquait
13:26que le parapluie, ça s'ouvrait,
13:26mais ça se fermait aussi.
13:27D'où le point d'interrogation
13:28quand vous dites la revanche en Pierre,
13:29la fin de l'Occident, point d'interrogation ?
13:31Oui, il faut laisser un espoir.
13:32Il faut laisser un espoir.
13:33Mais cet espoir existe.
13:34Quand vous allez en Chine,
13:35on commence par vous dire des horreurs
13:37sur le sac du Palais d'été
13:38et les 55 jours de Pékin,
13:41mais aussi on vous parle du général de Gaulle
13:42avec une vraie nostalgie.
13:44Quand les Chinois vous parlent de la France,
13:46ils pensent à Montargis,
13:47qui visiblement est un lieu de célébration mythique
13:49des élites chinoises
13:51de la période Mao,
13:54Shuen Lai et surtout Deng Xiaoping,
13:56qui a rénové la Chine industriellement,
13:58économiquement, socialement
14:00et qui a laissé Xi Jinping
14:01faire la fin de l'opération militairement.
14:04Aujourd'hui, nous avons une puissance mondiale considérable
14:07et nous avons un seul allié
14:08que nous armons d'ailleurs
14:10contre les Chinois et leurs alliés pakistanais,
14:13c'est l'Inde.
14:13Et nous avons une chance avec l'Inde
14:16en termes démographiques,
14:17en termes économiques,
14:18pas encore en termes militaires,
14:19mais nous pouvons aujourd'hui
14:22redevenir une puissance
14:23alliée avec l'Inde
14:24dans une posture dans le Pacifique
14:26qui montrerait aussi
14:28que nous aussi on sait voir les cartes
14:29pas seulement de manière horizontale
14:31mais verticale.
14:32On va parler du déplacement
14:33d'Emmanuel Macron en Afrique,
14:34Alain Bauer,
14:35simplement un mot
14:36sur cette visite inattendue
14:38du patron de la CIA,
14:39John Ratcliffe,
14:40qui s'est rendu à Cuba.
14:41Ça s'est passé au cours des dernières heures.
14:43On ne s'attendait pas vraiment
14:43à cette visite.
14:44Il a rencontré son homologue cubain.
14:45C'est la deuxième,
14:46il l'a déjà vue en avril.
14:47Qu'est-ce qu'on doit analyser,
14:48qu'est-ce qu'on doit dire
14:49de cette visite ?
14:50La rédition cubaine
14:52à la vénézuélienne.
14:53C'est à peu près les mêmes.
14:54Ils peuvent se faire acheter
14:55100 millions de dollars,
14:57ce n'est pas trop cher.
14:58Ils sont étouffés économiquement.
15:00Le président Trump
15:01a laissé passer un bateau
15:03de pétrole russe
15:07pour aller à Cuba.
15:08Et là, ils sont en train
15:09de négocier une rédition
15:10en bon ordre
15:11à la vénézuélienne
15:13et pour le plus grand bénéfice
15:15de Marco Rubio.
15:16Enfin, je devrais dire Rubio
15:17parce que vous avez vu
15:18que son nom a changé
15:19pour qu'il puisse arriver en Chine.
15:20Bien sûr, parce qu'il a eu droit.
15:21Il est sous sanction
15:22à cause de Taïwan.
15:23Et d'ailleurs, lui-même
15:24a dit sur Taïwan
15:25la politique de la passante.
15:25Marco Rubio,
15:26qui est le ministre
15:27des Affaires étrangères américain.
15:28Et conseiller à sécurité nationale.
15:29C'est un doublon.
15:30Et qui est d'origine cubaine.
15:31Et voilà.
15:31Et qui, lui, attend
15:33dans le cadre
15:33de la vision émissuérique
15:34des Américains.
15:36Alaska, Groenland,
15:37il y a Cuba au milieu.
15:38Alain Boyer,
15:38il nous reste un peu moins
15:39de cinq minutes.
15:39Je voudrais quand même
15:40qu'on aborde
15:40la visite d'Emmanuel Macron
15:42en Afrique.
15:43Il n'y a plus
15:44de précaré en Afrique.
15:45C'est terminé.
15:45Voilà ce qu'a dit
15:46le président de la République.
15:47Quelles conséquences
15:48ça peut avoir
15:48sur notre diplomatie,
15:50notre puissance ?
15:51Vous parliez tout à l'heure
15:51de la puissance européenne,
15:52la puissance de la France.
15:53Le précaré en Afrique,
15:54c'est fini.
15:55La France,
15:55elle a été boutée
15:56hors de la zone sahélo-sahélienne.
16:01On a vu à quel point
16:03les conséquences
16:03étaient dramatiques
16:05pour ce qui est en train
16:06d'arriver au Mali,
16:07pour ce qui est en train
16:08de se poser comme question
16:09au Burkina.
16:10Le Niger est dans une zone
16:12d'instabilité réelle.
16:14La question tchadienne,
16:15ils préfèrent appeler
16:16d'autres que nous
16:17à leur secours.
16:18Donc, on sent bien
16:19qu'il y a une fin
16:20de décolonisation piteuse.
16:23On peut avoir
16:24la décolonisation assumée.
16:26C'était le cas de la gauche.
16:27Ça a été le cas
16:28du général de Gaulle
16:28dans la gestion très difficile
16:30de l'affaire algérienne
16:32qui n'est toujours pas d'ailleurs
16:33finie d'être...
16:34C'est une digestion
16:34extrêmement longue
16:35avec beaucoup d'aigreurs
16:36de part et d'autre.
16:37Mais une reprise
16:38dont on va voir
16:40si elle permet
16:40la libération
16:41de votre confrère
16:43M. Gleize
16:43qui est un otage
16:46en Algérie.
16:47C'est une bonne chose
16:47selon vous
16:48de reprendre
16:49le dialogue
16:50avec Alger
16:50même s'il n'y a pas
16:51vraiment visiblement
16:52d'effort
16:53de la part du régime
16:54algérien.
16:54Toute libération
16:54d'otages
16:55et toute récupération
16:56de criminels
16:58nationaux
16:58renvoyés chez eux
16:59et acceptés
17:00chez eux
17:00avec la délivrance
17:02de visa
17:03ou de laissé-passer
17:04me paraît une bonne chose.
17:05Donc je préfère
17:06qu'il y ait quelque chose
17:07dont on parle peu
17:08que rien dont on parle beaucoup.
17:10Moi, je suis très
17:11réel politique
17:12comme vous avez pu constater
17:13dans le passé.
17:14Je suis moins pour les postures
17:15et plus pour les résultats.
17:16Donc on va voir.
17:17Mais si M. Gleize
17:17est libéré, mettons,
17:18à la fin de ce mois,
17:19on pourra tous se réjouir
17:21d'un otage en moins
17:22de même qu'on a pu se réjouir
17:23de la libération
17:23de nos deux otages
17:24en Iran.
17:26Et il nous en restait
17:26encore un à Bakou.
17:27Il nous en restait
17:27encore un à Bakou.
17:28via le président allemand
17:29également.
17:30Oui, c'est vrai,
17:30mais grand heureusement.
17:32Et il nous reste
17:33un otage à Bakou
17:36en Azerbaïdjan
17:36dont je souhaite
17:37que lui-même
17:38puisse retrouver
17:39la liberté
17:40assez rapidement.
17:40Sur le sujet
17:41de l'Algérie,
17:42Emmanuel Macron
17:43a beaucoup parlé
17:43des diasporas
17:44lorsqu'il était en Afrique
17:45avec cette phrase
17:46qui a beaucoup fait réagir.
17:47On peut être
17:47100% français
17:48et 100% algérien,
17:50kenyan.
17:51Il a cité
17:51différentes nationalités.
17:52Est-ce que c'est vrai ?
17:53Est-ce qu'on peut être
17:53100% une nationalité
17:54et 100% une autre ?
17:55Alors moi,
17:56je dois avoir un problème
17:56avec les mathématiques.
17:57Je ne sais pas
17:58comment on peut être
17:58200% quoi que ce soit.
18:01Je pense qu'on doit
18:02être fier de ses origines.
18:03Je dis la même chose
18:04et je pensais
18:05la même chose
18:05avec Michel Rocard
18:06quand il défendait
18:07les Bretons
18:07et le droit
18:08de parler aussi
18:09Breton,
18:10pas à la place d'eux,
18:11mais aussi,
18:11parce qu'à l'époque
18:12c'était interdit.
18:13On avait même une amende
18:14quand on avait
18:17des panneaux en Breton
18:18dans les bars
18:20de l'époque.
18:20Donc il y a un moment
18:21où on peut trouver
18:22des solutions
18:23qui permettent
18:24de garder ses origines.
18:25Les clubs portugais
18:27qui sont des clubs sportifs,
18:29ils ne sont pas moins français
18:30qu'ils ne sont portugais.
18:32Donc je suis pour 50-50
18:33plutôt que 100 plus 100.
18:35100 plus 100,
18:35ça pose un problème.
18:37Ça n'a pas de sens.
18:37Ça n'a pas de sens
18:38de la part du président
18:39de la République.
18:39Je ne sais pas
18:40si ça n'a pas de sens
18:40de la part du président
18:41mais mathématiquement,
18:42ça n'a pas de sens.
18:42Mathématiquement,
18:42oui, ça pose question.
18:43Autre annonce
18:44du président de la République,
18:4414 milliards d'euros
18:45d'investissement en Afrique,
18:47public et privé.
18:48On n'a pas vraiment
18:49la répartition.
18:50Est-ce que c'est encore pertinent
18:51d'investir dans d'autres continents
18:53au moment où en France
18:54on voit qu'on est
18:55en grande difficulté
18:56sur le plan économique ?
18:56Si c'est de l'investissement
18:57sur le long terme,
18:58ce que les Chinois ont réussi
18:59avec les routes de la soie,
19:01le fait qu'ils contrôlent
19:02désormais la quasi-totalité
19:03des ports africains
19:04et quelques ports européens,
19:05la manière dont ils ont construit
19:07une puissance maritime
19:10considérable montre
19:10qu'on ne peut pas délaisser ça
19:12parce qu'autrement
19:12nous serons totalement enfermés.
19:14Si on perd Panama,
19:15si on perd le Golfe de Suez,
19:17si on perd Hormuz,
19:18ça démontre
19:19l'extraordinaire vulnérabilité
19:21d'un continent
19:22qui a soit sacrifié
19:23ses ressources industrielles
19:24soit qui n'a pas assez
19:24de ressources en matières premières.
19:26La Chine a tout appris
19:27de nous en matière d'ingénierie,
19:29des matières premières
19:30et des terres dites rares.
19:31Alors elles sont moins rares
19:32qu'on ne le croit.
19:33Mais comme il contrôle
19:34l'intégralité de la chaîne
19:35de production,
19:36je raconte d'ailleurs l'histoire
19:37de cet ingénieur chinois
19:38qui a tout appris en France
19:40et tout importé chez lui,
19:42à quel point il est important
19:43justement de garder
19:44des points d'ancrage,
19:46des ressources
19:46de la même manière
19:47qu'il faut garder une base à Djibouti
19:48et les Chinois ont bien compris
19:49puisqu'ils ont la même
19:50juste à côté de la nôtre.
19:51Il faut une base à Abu Dhabi
19:52et chacun a compris
19:54à quel point c'était
19:54un enjeu majeur désormais.
19:56Donc oui,
19:56il faut des investissements
19:57productifs,
19:59intelligents,
19:59publics comme privés.
20:00Mais ensuite,
20:01il faut assumer
20:01de faire en sorte
20:03que les génies
20:04que nous continuons
20:05à produire dans nos écoles,
20:06nos universités
20:07et nos instituts
20:08puissent déboucher en France
20:09et ne pas s'exfiltrer
20:10à l'étranger
20:11où enfin,
20:12on peut rapidement
20:13et facilement
20:13avoir des subventions,
20:15des aides
20:15et surtout
20:16une capacité à réussir.
20:18Merci beaucoup Alain Bauer
20:19d'avoir répondu
20:20à nos questions.
20:21Je précise que pendant
20:21cette interview,
20:22on voit que le président américain
20:24est sur le point
20:24de quitter la Chine
20:25et je recommande vivement
20:26la lecture de votre livre
20:27Chine, la revanche de l'Empire,
20:29la fin de l'Occident.
20:30C'est un point d'interrogation,
20:32c'est à lire
20:32pour bien comprendre
20:33tout ce qui est en train
20:34de se passer dans le monde.
20:34Merci Alain Bauer,
20:35c'était votre grande interview
20:36sur CNews
20:36et ce soir Europe 1.
20:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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