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  • il y a 1 heure
Ce vendredi 15 mai, la puissance et la place de l'Europe face aux États-Unis et à la Chine, sur le plan géopolitique et commercial, ont été abordées par Raphaël Legendre et Emmanuel Lechypre dans leur chronique, dans l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Et on revient sur cette rencontre au sommet, alors on attend toujours les annonces sur d'éventuels contrats.
00:07Donald Trump lui parle d'accords commerciaux fantastiques.
00:12Face à vous Emmanuel Le Chypre ce matin, Raphaël Legendre,
00:15et notre regard va se décaler un petit peu par rapport à cet événement,
00:20parce que des thèmes stratégiques en réalité sont abordés à Pékin depuis deux jours,
00:26avec des Européens qui, peut-être Raphaël, sont les dindons de la farce de cette rencontre finalement,
00:32des sujets qui sont décidés sans eux.
00:34Je ne dirais pas les dindons de la farce, mais on va voir fleurir les commentaires des observateurs
00:40en disant que l'Europe est totalement absent, une fois de plus, de ce grand rendez-vous des deux grandes
00:45puissances mondiales.
00:47On parle commerce, on parle géopolitique, on est très directement impactés, nous, par ces discussions.
00:52La crise en Iran pèse très lourd sur notre croissance et l'Europe est évidemment totalement absente de ces discussions.
00:59Est-ce que ça veut dire qu'on est au banc des puissances mondiales ?
01:02Moi, je pense que non. On va voir ce qu'en pense Emmanuel tout à l'heure.
01:06Mais cette domination mondiale, elle se joue sur trois terrains de jeu.
01:10Selon moi, c'est économique, technologique et évidemment stratégique.
01:13La géopolitique dont on parle quotidiennement.
01:16Sur ces trois points qui nous concernent, de tous les pays qui sont pris en étau entre les États-Unis
01:25et la Chine aujourd'hui,
01:26je pense que la zone euro, l'Europe, l'Union européenne, est celle qui a le plus d'avantages pour
01:32s'en sortir,
01:33pour émerger en tant que véritable puissance, même si on n'y est pas encore tout à fait.
01:37Emmanuel nous en parlera.
01:39Mais sur l'économie, je voulais simplement rappeler un chiffre.
01:42C'est l'excédent de la balance courante européenne.
01:46On vend davantage que ce qu'on achète.
01:49On exporte 365 milliards d'excédents courants en 2025.
01:54C'est un milliard par jour de bénéfice, pour faire simple.
01:57Quand les États-Unis, c'est plus de 1000 milliards de déficits courants.
02:03Donc économiquement, on est puissant.
02:06Le monde veut acheter nos produits.
02:09On vend énormément.
02:10Et les Chinois, c'est 1200 milliards.
02:12Alors, les Chinois sont à plus de 1000 milliards.
02:14Donc c'est effectivement plus de trois fois nos excédents.
02:18On est bien d'accord.
02:19Mais on a excédents de 1000 milliards d'un côté, déficit de 1000 milliards de l'autre.
02:23On vend quand même.
02:24On a 360 milliards d'excédents.
02:26Un milliard, c'est facile à retenir.
02:27Un milliard d'excédents par jour.
02:29C'est une force.
02:30C'est une force.
02:31Il faut s'en rendre compte.
02:32On ne le raconte pas assez, ça, dans l'opinion publique.
02:36Sur la technologie, on a tous les acteurs pour concurrencer les acteurs américains.
02:41On n'a pas raté la tech, contrairement à ce qu'on entend beaucoup.
02:45Simplement, on a une tech moins visible du grand public, les Google, les Amazon, Apple et consorts.
02:51Mais on a SAP dans les logiciels.
02:53On a SML dans les semi-conducteurs.
02:55On a Siemens dans l'industrie.
02:57Mistral, évidemment, dans l'intelligence artificielle.
03:00On a toutes les briques stratégiques, en réalité, simplement, et sur lesquelles on est incontournable, en plus.
03:07Simplement, on n'a pas le narratif, là, encore une fois.
03:09Et puis, souvent, on n'a pas l'échelle non plus.
03:12Parce qu'on a toujours nos barrières européennes qui font qu'on a tous les acteurs qui sont là, avec
03:17des produits de qualité.
03:18Mais on n'a pas l'échelle du marché commun en entier.
03:22Donc, le sujet, ce n'est pas l'absence de champion, c'est la fragmentation.
03:26Et puis, enfin, sur la géopolitique, c'est vrai que là, on est un peu en arrière de la main
03:32face aux États-Unis ou à la Chine.
03:35Mais on est fort sur plusieurs politiques fédérales.
03:37Le commerce, la concurrence et la politique monétaire avec l'euro.
03:41Là où on est faible, c'est quand on est sur national.
03:43Et donc, c'est la défense, c'est les affaires étrangères, c'est le volet géopolitique.
03:46Et pour ça, c'est la gouvernance européenne qu'il faut revoir.
03:49Emmanuel Lechypre, pour Raphaël Lejean, tout va bien sur la scène internationale.
03:54Si on ramasse un peu tout ça, et puis pour remettre aussi en perspective tout ce qu'on a dit
03:59un peu cette semaine autour de ces thématiques-là,
04:01notamment avec Jean-Marc Daniel.
04:04Donc, moi, j'entends quoi ?
04:05J'entends finalement qu'on va vers une Europe qui a tout le potentiel pour se redresser,
04:14qui a les bonnes valeurs, qui a les bons objectifs.
04:18L'Europe qui va vers la transition écologique face à des États-Unis qui, si j'en crois à ce
04:25que dit Jean-Marc Daniel,
04:26sont devenus un pays du tiers-monde surendetté.
04:28Les chiffres qu'a souligné Raphaël.
04:30Si on en croit aussi, finalement, cette vision de la Chine, pays qui va bientôt devenir extrêmement vieux avant d
04:38'avoir été riche,
04:40je me dis, mais oui, l'Europe a tout pour être la grande puissance du 22e siècle.
04:46– Oui, c'est ça, on va attendre encore un peu.
04:48– Voilà, voilà, mais oui, mais en attendant, il aura fallu qu'elle survive au 21e siècle.
04:55Et c'est ça, moi, qui m'inquiète.
04:56C'est là où ça n'est pas gagné, parce que la réalité, c'est qu'en fait,
05:00quand on regarde depuis le début de la construction européenne après la Deuxième Guerre mondiale,
05:05eh bien, on est effaré de voir à quel point cette construction européenne
05:08s'est faite au prix d'une dépendance totale vis-à-vis du reste du monde,
05:15dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis,
05:19dépendance énergétique vis-à-vis du Moyen-Orient et de la Russie.
05:23Le problème, c'est qu'encore une fois, cette prospérité européenne de l'après-guerre,
05:28bâtie sur la peur que la guerre revienne à nouveau,
05:32ça marchait quand le monde était bienveillant, quand le monde était multilatéral,
05:36pas quand le monde redevient un monde de puissance sans morale,
05:41alors que l'Europe ne jure que finalement par…
05:45l'Europe déteste la puissance et ne jure que par la morale.
05:48Donc ça, ça va être extrêmement compliqué.
05:50Mais sauf dans les moments de crise, comme en ce moment, en réalité, où on se réveille.
05:53Oui, vous n'avez pas tort.
05:55C'est vrai que c'est toujours dans les moments un peu critiques que l'Europe avance.
05:58L'Europe avance par à-coups.
05:59C'est vrai qu'on l'a vu, ne serait-ce que pendant la crise de 2008-2009,
06:02où là, on a bâti les filets de sécurité financière.
06:05Mais là, ce qui est vraiment inquiétant, c'est que c'est notre logiciel intellectuel qui est mort.
06:10En plus de ça, moi, je ne partage pas l'optimisme de Raphaël sur la technologie,
06:15sur surtout l'unité européenne.
06:17On voit bien qu'au moment où les empires se reforment, on ne joue que la fragmentation.
06:22C'est-à-dire que quand le monde était calme, prospère,
06:25on pouvait finalement se chicaner dans la cour de récréation
06:28et se tirer la bourre entre Allemands, Italiens, Espagnols, Français, etc.
06:33On voit bien qu'aujourd'hui, ça n'est plus possible.
06:34Vous ne pouvez pas avancer dans un monde où vous avez les États-Unis,
06:38qui sont le pays de l'agilité et de l'innovation de l'autre,
06:41la Chine qui est le pays de la stabilité et de la vision à long terme,
06:45vous ne pouvez pas avoir un continent comme l'Europe qui est aussi fragmenté.
06:51Donc moi, je pense qu'il y a deux scénarios.
06:53Il y a un scénario optimiste et un scénario pessimiste.
06:56Le scénario optimiste, c'est celui qu'a décrit Raphaël.
06:58C'est effectivement l'Europe qui, entre une Chine et des États-Unis,
07:02qui ne sont pas si puissants que ça, va se refaire finalement une place
07:06et devenir la meilleure place du monde, finalement, pour vivre.
07:11Mais l'autre scénario, c'est oui, je pense que l'Europe peut devenir le paradis du monde,
07:17mais pour devenir une espèce de centre de loisirs géant.
07:22L'Europe a-t-elle conscience de sa puissance ?
07:26L'Europe a abandonné son industrie, globalement.
07:28Mais c'est ça tout le sujet, c'est une question de narratif politique en réalité.
07:32C'est un combat grame-chien pour l'hégémonie culturelle.
07:34On peut nourrir, on est le premier marché de consommateurs du monde, effectivement.
07:39On a toutes les ressources pour être une véritable puissance.
07:42Ce qui manque, c'est le leadership politique,
07:43il y a un mode de gouvernance qui doit changer.
07:45Mais vous l'avez dit, Erwan, chaque crise est une opportunité.
07:48Et là, on est secoué comme jamais.
07:50Le monde a changé terriblement en 10, 15 ans.
07:54Et effectivement, le logiciel européen doit s'adapter.
07:57Alors, c'est lent, c'est long, c'est beaucoup trop long,
07:59parce qu'on est beaucoup autour de la table, qu'il faut qu'on se mette d'accord.
08:03Il faut changer les règles.
08:04La règle de l'unanimité, par exemple, ça n'est plus possible.
08:07Mais il faut aller vers ce que Mario Draghi a appelé un fédéralisme pragmatique,
08:11c'est-à-dire des coalitions de volontaires,
08:13pour avancer tous ensemble, mais on a vraiment les moyens de s'en sortir.
08:16C'est une question de mindset, d'état d'esprit.
08:19Il faut qu'on devienne beaucoup plus conquérant.
08:21En tout cas, voilà, se réveiller dans les crises,
08:23ça nous fait, figurez-vous, un point commun avec les Chinois,
08:25parce que vous connaissez la subtilité du mandarin.
08:29Crise veut dire aussi opportunité.
08:32Voilà, ça nous fait peut-être un point commun.
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