00:00Et on revient sur cette rencontre au sommet, alors on attend toujours les annonces sur d'éventuels contrats.
00:07Donald Trump lui parle d'accords commerciaux fantastiques.
00:12Face à vous Emmanuel Le Chypre ce matin, Raphaël Legendre,
00:15et notre regard va se décaler un petit peu par rapport à cet événement,
00:20parce que des thèmes stratégiques en réalité sont abordés à Pékin depuis deux jours,
00:26avec des Européens qui, peut-être Raphaël, sont les dindons de la farce de cette rencontre finalement,
00:32des sujets qui sont décidés sans eux.
00:34Je ne dirais pas les dindons de la farce, mais on va voir fleurir les commentaires des observateurs
00:40en disant que l'Europe est totalement absent, une fois de plus, de ce grand rendez-vous des deux grandes
00:45puissances mondiales.
00:47On parle commerce, on parle géopolitique, on est très directement impactés, nous, par ces discussions.
00:52La crise en Iran pèse très lourd sur notre croissance et l'Europe est évidemment totalement absente de ces discussions.
00:59Est-ce que ça veut dire qu'on est au banc des puissances mondiales ?
01:02Moi, je pense que non. On va voir ce qu'en pense Emmanuel tout à l'heure.
01:06Mais cette domination mondiale, elle se joue sur trois terrains de jeu.
01:10Selon moi, c'est économique, technologique et évidemment stratégique.
01:13La géopolitique dont on parle quotidiennement.
01:16Sur ces trois points qui nous concernent, de tous les pays qui sont pris en étau entre les États-Unis
01:25et la Chine aujourd'hui,
01:26je pense que la zone euro, l'Europe, l'Union européenne, est celle qui a le plus d'avantages pour
01:32s'en sortir,
01:33pour émerger en tant que véritable puissance, même si on n'y est pas encore tout à fait.
01:37Emmanuel nous en parlera.
01:39Mais sur l'économie, je voulais simplement rappeler un chiffre.
01:42C'est l'excédent de la balance courante européenne.
01:46On vend davantage que ce qu'on achète.
01:49On exporte 365 milliards d'excédents courants en 2025.
01:54C'est un milliard par jour de bénéfice, pour faire simple.
01:57Quand les États-Unis, c'est plus de 1000 milliards de déficits courants.
02:03Donc économiquement, on est puissant.
02:06Le monde veut acheter nos produits.
02:09On vend énormément.
02:10Et les Chinois, c'est 1200 milliards.
02:12Alors, les Chinois sont à plus de 1000 milliards.
02:14Donc c'est effectivement plus de trois fois nos excédents.
02:18On est bien d'accord.
02:19Mais on a excédents de 1000 milliards d'un côté, déficit de 1000 milliards de l'autre.
02:23On vend quand même.
02:24On a 360 milliards d'excédents.
02:26Un milliard, c'est facile à retenir.
02:27Un milliard d'excédents par jour.
02:29C'est une force.
02:30C'est une force.
02:31Il faut s'en rendre compte.
02:32On ne le raconte pas assez, ça, dans l'opinion publique.
02:36Sur la technologie, on a tous les acteurs pour concurrencer les acteurs américains.
02:41On n'a pas raté la tech, contrairement à ce qu'on entend beaucoup.
02:45Simplement, on a une tech moins visible du grand public, les Google, les Amazon, Apple et consorts.
02:51Mais on a SAP dans les logiciels.
02:53On a SML dans les semi-conducteurs.
02:55On a Siemens dans l'industrie.
02:57Mistral, évidemment, dans l'intelligence artificielle.
03:00On a toutes les briques stratégiques, en réalité, simplement, et sur lesquelles on est incontournable, en plus.
03:07Simplement, on n'a pas le narratif, là, encore une fois.
03:09Et puis, souvent, on n'a pas l'échelle non plus.
03:12Parce qu'on a toujours nos barrières européennes qui font qu'on a tous les acteurs qui sont là, avec
03:17des produits de qualité.
03:18Mais on n'a pas l'échelle du marché commun en entier.
03:22Donc, le sujet, ce n'est pas l'absence de champion, c'est la fragmentation.
03:26Et puis, enfin, sur la géopolitique, c'est vrai que là, on est un peu en arrière de la main
03:32face aux États-Unis ou à la Chine.
03:35Mais on est fort sur plusieurs politiques fédérales.
03:37Le commerce, la concurrence et la politique monétaire avec l'euro.
03:41Là où on est faible, c'est quand on est sur national.
03:43Et donc, c'est la défense, c'est les affaires étrangères, c'est le volet géopolitique.
03:46Et pour ça, c'est la gouvernance européenne qu'il faut revoir.
03:49Emmanuel Lechypre, pour Raphaël Lejean, tout va bien sur la scène internationale.
03:54Si on ramasse un peu tout ça, et puis pour remettre aussi en perspective tout ce qu'on a dit
03:59un peu cette semaine autour de ces thématiques-là,
04:01notamment avec Jean-Marc Daniel.
04:04Donc, moi, j'entends quoi ?
04:05J'entends finalement qu'on va vers une Europe qui a tout le potentiel pour se redresser,
04:14qui a les bonnes valeurs, qui a les bons objectifs.
04:18L'Europe qui va vers la transition écologique face à des États-Unis qui, si j'en crois à ce
04:25que dit Jean-Marc Daniel,
04:26sont devenus un pays du tiers-monde surendetté.
04:28Les chiffres qu'a souligné Raphaël.
04:30Si on en croit aussi, finalement, cette vision de la Chine, pays qui va bientôt devenir extrêmement vieux avant d
04:38'avoir été riche,
04:40je me dis, mais oui, l'Europe a tout pour être la grande puissance du 22e siècle.
04:46– Oui, c'est ça, on va attendre encore un peu.
04:48– Voilà, voilà, mais oui, mais en attendant, il aura fallu qu'elle survive au 21e siècle.
04:55Et c'est ça, moi, qui m'inquiète.
04:56C'est là où ça n'est pas gagné, parce que la réalité, c'est qu'en fait,
05:00quand on regarde depuis le début de la construction européenne après la Deuxième Guerre mondiale,
05:05eh bien, on est effaré de voir à quel point cette construction européenne
05:08s'est faite au prix d'une dépendance totale vis-à-vis du reste du monde,
05:15dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis,
05:19dépendance énergétique vis-à-vis du Moyen-Orient et de la Russie.
05:23Le problème, c'est qu'encore une fois, cette prospérité européenne de l'après-guerre,
05:28bâtie sur la peur que la guerre revienne à nouveau,
05:32ça marchait quand le monde était bienveillant, quand le monde était multilatéral,
05:36pas quand le monde redevient un monde de puissance sans morale,
05:41alors que l'Europe ne jure que finalement par…
05:45l'Europe déteste la puissance et ne jure que par la morale.
05:48Donc ça, ça va être extrêmement compliqué.
05:50Mais sauf dans les moments de crise, comme en ce moment, en réalité, où on se réveille.
05:53Oui, vous n'avez pas tort.
05:55C'est vrai que c'est toujours dans les moments un peu critiques que l'Europe avance.
05:58L'Europe avance par à-coups.
05:59C'est vrai qu'on l'a vu, ne serait-ce que pendant la crise de 2008-2009,
06:02où là, on a bâti les filets de sécurité financière.
06:05Mais là, ce qui est vraiment inquiétant, c'est que c'est notre logiciel intellectuel qui est mort.
06:10En plus de ça, moi, je ne partage pas l'optimisme de Raphaël sur la technologie,
06:15sur surtout l'unité européenne.
06:17On voit bien qu'au moment où les empires se reforment, on ne joue que la fragmentation.
06:22C'est-à-dire que quand le monde était calme, prospère,
06:25on pouvait finalement se chicaner dans la cour de récréation
06:28et se tirer la bourre entre Allemands, Italiens, Espagnols, Français, etc.
06:33On voit bien qu'aujourd'hui, ça n'est plus possible.
06:34Vous ne pouvez pas avancer dans un monde où vous avez les États-Unis,
06:38qui sont le pays de l'agilité et de l'innovation de l'autre,
06:41la Chine qui est le pays de la stabilité et de la vision à long terme,
06:45vous ne pouvez pas avoir un continent comme l'Europe qui est aussi fragmenté.
06:51Donc moi, je pense qu'il y a deux scénarios.
06:53Il y a un scénario optimiste et un scénario pessimiste.
06:56Le scénario optimiste, c'est celui qu'a décrit Raphaël.
06:58C'est effectivement l'Europe qui, entre une Chine et des États-Unis,
07:02qui ne sont pas si puissants que ça, va se refaire finalement une place
07:06et devenir la meilleure place du monde, finalement, pour vivre.
07:11Mais l'autre scénario, c'est oui, je pense que l'Europe peut devenir le paradis du monde,
07:17mais pour devenir une espèce de centre de loisirs géant.
07:22L'Europe a-t-elle conscience de sa puissance ?
07:26L'Europe a abandonné son industrie, globalement.
07:28Mais c'est ça tout le sujet, c'est une question de narratif politique en réalité.
07:32C'est un combat grame-chien pour l'hégémonie culturelle.
07:34On peut nourrir, on est le premier marché de consommateurs du monde, effectivement.
07:39On a toutes les ressources pour être une véritable puissance.
07:42Ce qui manque, c'est le leadership politique,
07:43il y a un mode de gouvernance qui doit changer.
07:45Mais vous l'avez dit, Erwan, chaque crise est une opportunité.
07:48Et là, on est secoué comme jamais.
07:50Le monde a changé terriblement en 10, 15 ans.
07:54Et effectivement, le logiciel européen doit s'adapter.
07:57Alors, c'est lent, c'est long, c'est beaucoup trop long,
07:59parce qu'on est beaucoup autour de la table, qu'il faut qu'on se mette d'accord.
08:03Il faut changer les règles.
08:04La règle de l'unanimité, par exemple, ça n'est plus possible.
08:07Mais il faut aller vers ce que Mario Draghi a appelé un fédéralisme pragmatique,
08:11c'est-à-dire des coalitions de volontaires,
08:13pour avancer tous ensemble, mais on a vraiment les moyens de s'en sortir.
08:16C'est une question de mindset, d'état d'esprit.
08:19Il faut qu'on devienne beaucoup plus conquérant.
08:21En tout cas, voilà, se réveiller dans les crises,
08:23ça nous fait, figurez-vous, un point commun avec les Chinois,
08:25parce que vous connaissez la subtilité du mandarin.
08:29Crise veut dire aussi opportunité.
08:32Voilà, ça nous fait peut-être un point commun.
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