00:01Bonjour Charles-Henri Monchot, vous êtes responsable des investissements de la Banque 6.
00:04Avec vous on va revenir dans un instant sur Cerebras qui a gagné 68% hier pour sa première séance
00:09à la Bourse américaine.
00:12Groupe qui est spécialisé notamment dans l'intelligence artificielle, dans les semi-conducteurs, les puces, avec une levée de fonds
00:17de plus de 5 milliards de dollars.
00:19Mais juste avant quand même, commençons par ce déplacement de Donald Trump en Chine.
00:23Là ça y est, Donald Trump a décollé il y a un peu plus d'une heure, fin déjà de
00:26ce déplacement.
00:27Bon malheureusement pas de grandes annonces, même si avec lui il avait le patron de Tesla, de Nvidia et notamment
00:34du secteur bancaire.
00:36C'est vrai que malheureusement il n'y a pas eu de grandes annonces à la suite de ce déplacement.
00:42Alors je pense que le fait qu'il n'y ait pas eu de nouvelles négatives est déjà en soi
00:48une nouvelle positive, ça c'est le premier point.
00:52Deuxièmement, on a quand même eu, je pense, deux surprises pour le monde entier et notamment les investisseurs.
00:59La première c'est peut-être la gestuelle de Donald Trump, c'est-à-dire pas de coup d'éclat,
01:04il est resté très calme,
01:06beaucoup de respect porté envers la Chine.
01:09Donc ça c'est un signal que les États-Unis ont vraiment envie de travailler avec la Chine et je
01:14pense que c'est réciproque.
01:16Pourquoi ? Parce que les deux économies, les deux superpuissances ne sont pas non plus à leur firmament, elles ont
01:23besoin l'une de l'autre.
01:25Et on l'a vu dans les accords commerciaux qui ont été discutés, la trêve qui est en place depuis
01:33octobre 2025 semble devoir perdurer.
01:36Ce qui en tant que tel est plutôt une bonne nouvelle pour les marchés.
01:39La surprise, je pense, est venue du fait que James Hanouang, le CEO de Nvidia, faisait partie du voyage.
01:46Et on a vu la réaction du titre en bourse cette semaine, une très belle progression du titre Nvidia.
01:54Ça, ce n'était pas forcément attendu.
01:56On le voit, le marché va s'ouvrir à nouveau pour Nvidia.
01:59C'est un marché colossal, 50 milliards de dollars, avec une dizaine d'entreprises chinoises qui pourraient avoir accès à
02:06Nvidia.
02:06Donc ça, c'était peut-être la surprise positive et on l'a vu dans la réaction du titre.
02:12Pour le reste, Boeing, malgré l'annonce des 200 avions, il y avait des rumeurs de 500 avions en commande.
02:20Donc on l'a vu, le titre a reculé hier.
02:22Donc pas de grandes nouvelles.
02:23Et puis surtout, en ce qui concerne Hormuz, en ce qui concerne l'Iran, on reste au statu quo.
02:31Il n'y a pas de détente qui a été annoncée à ce niveau-là.
02:35Ce qui préoccupe en ce moment les marchés, peut-être en dehors de Donald Trump, du conflit en Iran, c
02:41'est surtout le marché obligataire.
02:43Quand vous regardez ce matin, 30 ans américains qui est toujours au-delà des 5 %, le 10 ans au
02:46-delà des 4,5 %.
02:47Il faut revenir à l'an passé pour retrouver ce marché obligataire sur de tels niveaux,
02:54avec le marché qui est de moins en moins à l'aise avec ce baril de pétrole à 100 dollars
02:58et les conséquences qui vont avec.
03:02Alors, c'est le marché obligataire qui est de moins en moins à l'aise avec ces prix du pétrole,
03:07parce que jusqu'à maintenant, on a eu cette dichotomie en termes de comportement boursier.
03:12Vous avez les marchés actions qui se comportent très bien, et ça, c'est expliqué par une saison des résultats
03:15qui étaient en tout point exceptionnels, surtout pour les types technologiques.
03:19Donc, pour l'instant, le marché actions ne porte pas trop attention à ce qui se passe au niveau du
03:25pétrole,
03:25au niveau des marchés obligataires.
03:27Le marché obligataire, lui, il se tend très nettement.
03:29On le voit aux États-Unis, que ce soit le 200, le 10 ans, le 30 ans, on est vraiment
03:33à des niveaux critiques.
03:35Et puis, sur certains marchés, comme le marché anglais, non seulement il y a les craintes inflationnistes,
03:41mais il y a aussi les craintes d'un retour de problèmes fiscales.
03:44Donc, ça, ça va être la grande interrogation pour les prochains mois.
03:48Est-ce que l'embellie qu'il y a eu sur les marchés actions portée par les résultats mirabolants
03:54des grandes sociétés technologiques américaines va, à un moment donné,
03:59payer le prix de ce qui se passe du côté d'Hormuz, de ce qui se passe du côté du
04:03prix du pétrole,
04:04avec les conséquences que vous avez mentionnées sur le marché obligataire ?
04:06Parce qu'on le sait, même pour la tech, lorsque les rendements obligataires se sont trop élevés,
04:11à un moment donné, vous avez de la compression sur les multiples.
04:15Donc, ça, ça va être la grande interrogation pour ces prochains mois.
04:18Et vous l'avez souligné, habituellement, quand le marché obligataire, les taux remontent,
04:22les rendements remontent, il y a une pression sur les valeurs de croissance, les valeurs technologiques.
04:27Mais hier, ce n'était pas du tout le cas.
04:28Nvidia a gagné 4% à la clôture.
04:30Désormais, Nvidia frôle avec les 6 000 milliards de dollars de capitalisation boursière.
04:34Cerebra, ça a gagné 68% pour sa première séance.
04:37Enfin bref, en ce moment, tout le monde veut de l'IA.
04:38Et c'est le retour de Tina, « There is not alternative ».
04:41Aujourd'hui, le secteur technologique et les 7 magnifiques sont les seules valeurs
04:45à pouvoir afficher une croissance aussi forte et une telle visibilité.
04:50Oui, mais là, je pense que jusqu'à maintenant, le marché était relativement efficient.
04:55En tout cas, c'est réajusté.
04:56Parce qu'honnêtement, ça fait quand même de très nombreuses années qu'on n'a pas vu ça.
05:00Ces 7 magnifiques, leur croissance agrégée pour les bénéfices par action,
05:06pour le premier trimestre, c'est plus de 50%.
05:10Wall Street a complètement sous-estimé la réaccélération de la croissance
05:16au niveau du chiffre d'affaires, au niveau des bénéfices de ces sociétés.
05:20Et donc, du coup, même si on a eu une envolée de ces titres au cours des 20 semaines,
05:25les multiples, si on prend les 7 magnifiques hors Tesla, sont entre 20 et 30 fois
05:28les PE pour les 12 prochains, sur la base des 12 prochains mois.
05:32Donc, pour l'instant, on n'est pas encore dans une bulle.
05:37La bulle, elle pourrait venir ces prochains mois avec, vous avez mentionné Cerebras,
05:43avec l'arrivée des grandes IPO, des grandes arrivées sur le marché des actions.
05:49Souvenez-vous, la bulle technologique Internet,
05:52la bulle, elle a commencé à se matérialiser quand on voyait chaque jour
05:56une, deux, voire cinq IPO qui arrivaient au niveau Internet.
06:00Pour l'instant, l'IA, on n'a pas vu grand-chose, mais c'est en train d'arriver.
06:03Cerebras, c'est un premier nom, mais d'autres noms vont arriver cette année.
06:07Et donc, si on commence à avoir une augmentation très forte de l'offre de papier
06:11sur la thématique IA, qui jusqu'à maintenant n'a été jouée que par quelques titres,
06:16peut-être qu'on va commencer à rentrer dans une mécanique un peu plus semblable
06:20à ce qu'on avait vécu il y a 25 ans.
06:23Il faudra notamment suivre SpaceX, qui va rentrer en bourse au mois de juin.
06:26Des informations de presse évoquent que ça sera évoqué la semaine prochaine,
06:30à l'occasion notamment de la SEC, le gendarme boursier américain.
06:35Anthropie qui s'apprête à lever 30 milliards de dollars.
06:37La valorisation est passée de 300, 400 milliards en février à quasiment 900 aujourd'hui.
06:41C'est juste impressionnant pour la maison mère de Claude.
06:44Aujourd'hui, vous faites quoi, Charles-Henri Manchot, dans les portefeuilles ?
06:47Vous êtes responsable des investissements de la banque suisse CISE.
06:51Alors, on continue d'être pro-risque parce que notre hypothèse de base,
06:57c'est qu'on est dans une phase de croissance nominale relativement élevée.
07:02Quand la croissance nominale du PIB est élevée, les actions font mieux que les obligations.
07:06C'est historique et c'est quelque chose qu'on constate une nouvelle fois cette année.
07:12Ça, c'est la première chose.
07:13Deuxièmement, l'IA, ça crée beaucoup de gagnants, mais aussi beaucoup de perdants.
07:19Donc, vous devez, un, être relativement sélectif et, deux, privilégier une certaine diversification.
07:26Et on le voit, en ce qui concerne le S&P 500, oui, on a les nouveaux plus hauts,
07:30mais on a une participation à la hausse qui n'est pas si satisfaisante que ça.
07:35Il y a pas mal de titres qui ne participent pas à cet élan.
07:39Donc, vous devez être relativement sélectif en termes de secteur, en termes de style.
07:43On est revenu pas mal sur le style croissance ces dernières semaines,
07:48du fait de cette dynamique de croissance des bénéfices.
07:52Donc, on est relativement exposé à tout ce qui est infrastructure, IA.
07:57On est également exposé aux titres et secteurs qui profitent de l'IA en tant qu'amélioration de leur productivité.
08:04Et on le voit, d'ailleurs, les marges de certaines sociétés du S&P 500 sont en forte progression.
08:10Donc, ça, c'est aussi des secteurs intéressants.
08:12Et puis, il y a également les perdants, ceux qui font face à la disruption,
08:18mais aussi les secteurs qui ne profitent pas suffisamment de l'IA
08:22et qui sont exposés à d'autres facteurs macro.
08:25Ici, je pense, par exemple, au fait que la courbe des taux aux États-Unis est en train de s
08:30'aplatir.
08:31Donc, le secteur financier commence à souffrir.
08:34Vous avez aussi le secteur de la consommation.
08:35On l'a vu la semaine dernière avec une inflation qui est relativement élevée aux États-Unis.
08:42La croissance des salaires ne suit pas.
08:44Donc, les secteurs de consommation sont plutôt en train d'être pénalisés.
08:48Donc, on voit, c'est un marché qui devient relativement sélectif.
08:51Donc, vous devez être exposé aux actions, mais vous devez être beaucoup plus sélectif.
08:55On a aussi joué l'Asie, qui est une région qui bénéficie également de l'IA.
09:01Donc, il y a beaucoup d'opportunités, mais il y a aussi beaucoup de risques à éviter.
09:04Merci beaucoup.
09:05Charles-Henri Manchot nous a raccompagné ce matin depuis Genève.
09:08Vous êtes responsable de la Banque d'Investissement 6.9.
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