00:00Tout pour investir, la masterclass, les signaux faibles.
00:04On commence cette première section avec vraiment un signal faible,
00:08puisqu'on va parler en fait du Coca-Cola, du Coca-Cola zéro.
00:11Alors attention, ça va être plutôt juste pour illustrer un fait majeur au niveau des chaînes d'approvisionnement.
00:17Juste avant, je vais vous présenter notre invité pour répondre à cette question,
00:22notamment Florian Elpo, en charge de la macroéconomie chez Lombard Audier.
00:26Bonjour, je vais juste mettre à plat le scénario.
00:30On a eu notamment des annonces de la part de l'Inde,
00:32l'Inde qui annonce qu'on a une pénurie de Coca-Cola zéro.
00:36Alors attention, en Inde, on est sur des canettes qui sont faites en aluminium.
00:39Pour faire tout le discours concernant cet aspect-là,
00:43bien évidemment, on renoue avec la question du détroit d'Hormuz et de ce fameux blocage.
00:47Quasiment 8% de l'aluminium mondial passe habituellement par le détroit d'Hormuz.
00:53Et bien évidemment, grosso modo, pour vous donner un ordre de grandeur,
00:56on a à peu près 100 millions de canettes Coca-Cola qui sont vendues,
01:00Coca-Cola zéro qui sont vendues au niveau mondial.
01:02Ça veut dire que derrière cela, vous devez avoir à peu près chaque jour 1 400 tonnes d'aluminium.
01:06J'aimerais juste vous faire rebondir concernant ce fait d'hiver
01:10qui est finalement assez symptomatique de la situation actuelle.
01:13Est-ce que par exemple, on peut avoir comme en Inde ce risque de pénurie du côté européen ?
01:18Et puis plus globalement, bien évidemment, derrière cela,
01:20la question c'est où est-ce qu'on en est au niveau des déstabilisations des chaînes d'approvisionnement ?
01:23Est-ce que l'Europe, finalement, l'impact du côté européen est plutôt plus faible
01:28que ce qui a été anticipé il y a encore quelques semaines ou quelques mois de cela ?
01:31Bonjour Christopher, bonjour à tous et merci de me recevoir.
01:35Alors, signal faible, signal faible, j'en suis pas si certain.
01:38C'est-à-dire que ce à quoi on est confronté dans l'exemple que vous citez,
01:41c'est l'une des nombreuses manifestations, en fait,
01:45de ce qu'une économie globalisée peut produire lorsqu'elle se détourne de la globalisation
01:52et se retrouve face à des chocs qui la ramènent vers ce qu'on appelle la régionalisation.
01:56C'est-à-dire le fait qu'on se rend compte progressivement,
01:59qu'on ne peut plus vivre dans une économie où les coûts sont optimisés
02:03et on vit dans une économie où on doit justement maintenir des stocks,
02:06on doit justement avoir des attitudes qui sont, disons, moins optimisatrices,
02:11quelque part, des coûts de production et plus axées sur la résilience,
02:14sur la capacité d'absorption, en fait, de ces chocs,
02:17dont il est difficile d'évaluer la durée.
02:20Alors, on a beaucoup parlé de l'Europe, on a beaucoup parlé de l'Asie dans ce choc.
02:26On a mentionné plusieurs fois que l'Inde, la Chine,
02:29est très exposée justement à cette pénurie, d'abord, de matières énergétiques,
02:33premier élan, et puis là, on le découvre également,
02:36un effet sur la production d'aluminium et l'acheminement de l'aluminium.
02:40Côté Europe, on a là beaucoup mieux diversifié,
02:42vous le savez comme moi, on a autant de bouteilles plastiques
02:44que de canettes aluminium.
02:49Je pense que le maître mot là-dedans, dans les placements de vos auditeurs,
02:53comme dans la gestion finalement des chaînes d'improvisionnement,
02:57c'est la diversification des partenaires, premier élément.
03:00Et le deuxième élément, c'est de comprendre que maintenant,
03:02on est face à une logique de bloc,
03:03et que cette logique de bloc, elle doit ramener justement
03:06une forme d'autodépendance,
03:09de mettre fin aux grandes interdépendances
03:12pour pouvoir justement faire face à ces chocs
03:15de façon locale plutôt que globale.
03:18On voit l'exemple d'aluminium et un exemple parmi tant d'autres,
03:20puisqu'effectivement, on s'est un peu rendu compte tardivement
03:23que le détroit d'Hormuz était essentiel pour une mire de choses
03:25au-delà de l'aspect purement énergétique,
03:27et bien sûr les engrais.
03:28On a quelques annonces qui sont positives du côté énergétique,
03:31puisqu'on voit que notamment l'Arabie Saoudite
03:33arrive à faire circuler une grande partie du pétrole
03:36qui passait habituellement, en tout cas du côté de l'Arabie Saoudite,
03:39au niveau du détroit d'Hormuz,
03:40qui circule via le pipeline Est-Ouest.
03:42On a aussi des signaux des Émirats Arabes Unis.
03:44Donc sur le pétrole, on commence à voir
03:46qu'il y a un tout petit éclairci,
03:48même si bien sûr les prix restent très clairement élevés
03:50au niveau du baril de pétrole.
03:51Sur tout ce qui est métaux, composants industriels,
03:54ou encore engrais,
03:55on a quand même l'impression que le pire du choc reste à venir,
03:58parce que là, il n'y a pas vraiment de route alternative,
04:00notamment bien sûr du côté des engrais.
04:02Donc en termes macroéconomiques,
04:04est-ce que c'est justement un danger
04:07qu'on doit analyser potentiellement,
04:08par exemple à partir de la deuxième partie d'année,
04:10c'est là qu'il y aura le vrai impact,
04:11notamment en termes d'inflation ?
04:13L'idée, c'est vraiment de réfléchir
04:15à ce que l'inflation peut signifier
04:17pour le monde de l'investissement.
04:19C'est un peu le raccourci classique.
04:21C'est-à-dire, est-ce que le choc inflationniste
04:24qui pourrait venir ?
04:25Donc l'inflation, c'est quoi ?
04:26L'inflation, c'est la progression globale
04:27du niveau des prix.
04:28Lorsqu'on parle d'élévation du prix du pétrole,
04:30on ne parle pas encore d'inflation,
04:32puisque c'est une seule des matières premières
04:34qui voit son prix progresser.
04:35Ça, c'est un élément important à garder en tête.
04:37La question, c'est à quel moment
04:38on voit l'ensemble des prix progresser ?
04:40D'abord, quand l'ensemble des matières premières
04:42sont affectées.
04:43Donc une progression des prix des métaux
04:45est justement à craindre,
04:47parce qu'elle va se combiner
04:49avec la progression du prix de l'énergie.
04:51Et dans les zones où l'activité économique
04:53est la plus forte,
04:54elle peut ensuite se muter
04:55en une véritable inflation.
04:56Maintenant, est-ce qu'on est en 2021-2022
05:00à un moment où il a fallu
05:01que les taux d'intérêt en réaction à l'inflation
05:04passent de 0% à 5% pour caricaturer ?
05:07Probablement pas.
05:08Mais néanmoins, ça signifie que si en début d'année
05:11on anticipait nos banques centrales
05:13et nos marchés obligataires
05:15comme profitant de vent favorable,
05:18aujourd'hui la situation a clairement changé.
05:20Il va être difficile d'imaginer
05:21que les taux banques centrales
05:23baissent rapidement.
05:24Il va être difficile d'imaginer
05:25que les taux longs baissent rapidement.
05:27Alors, c'est une mauvaise nouvelle globale,
05:28mais c'est une mauvaise nouvelle
05:30de second rang.
05:31C'est-à-dire que la croissance économique
05:32va plutôt quand même bien
05:33au niveau mondial.
05:34Mais, mais, mais,
05:35on est aujourd'hui très dépendant
05:37de nos conditions de financement.
05:39On veut investir, par exemple,
05:41dans l'intelligence artificielle
05:42et ces investissements-là,
05:44ils vont demander des capitaux
05:45et ces capitaux vont venir
05:46à un coût plus important
05:47qui vont dégrader
05:48la profitabilité de ces projets.
05:50Mais, encore une fois,
05:51ce qui compte dans ces projets,
05:52c'est la demande bien plus
05:53que le coût de financement.
05:54Néanmoins, ça dégrade,
05:57si vous voulez, à la marge,
05:58les perspectives pour le reste de l'année.
06:01C'est une évidence.
06:02Plus les situations perdurent,
06:04plus les taux vont rester élevés
06:05et plus le coût économique
06:07et en termes de profit
06:08va se préciser.
06:09On n'en est pas encore là,
06:11mais progressivement,
06:12ce qui semble se dessiner
06:13de l'inflation
06:14qui amène des taux plus élevés,
06:16qui érode en partie les profits.
06:18Alors, notamment sur les taux courts,
06:19parce que vous évoquiez
06:20les banques centrales,
06:21et je poserai cette question
06:22aussi à mon invité suivant,
06:24Philippe Wechter,
06:25on voit qu'il y a des signaux
06:26de plus en plus limpides,
06:28en tout cas envoyés
06:28par la Banque centrale européenne,
06:29et ce ne serait d'ailleurs
06:30potentiellement pas la seule,
06:32à augmenter les taux directeurs
06:33au mois de juin.
06:34On serait plutôt,
06:35si c'est le cas,
06:35sur une action préventive.
06:37Comment vous jugez cela ?
06:38Est-ce que chez Lombard-Raudier,
06:39aussi, vous anticipez
06:40une hausse de taux,
06:41voire potentiellement plusieurs,
06:43pour lutter contre
06:43les pressions inflationnistes ?
06:46Je pense que le plus important
06:47dans cette question,
06:48c'est finalement de se dire
06:49est-ce que ça doit avoir
06:51une importance
06:51pour le monde de l'investissement ?
06:54Alors ça, on a une,
06:55si la Banque centrale
06:56augmente cette eau,
06:57mine de rien,
06:58elle rend le placement
07:00en investissement monétaire
07:01de court terme
07:02plus attractif,
07:03dans un moment où
07:04le niveau de valorisation
07:06des actions
07:06est quand même assez élevé,
07:07quand vous regardez
07:08les multiples.
07:09Est-ce qu'on s'attend
07:10à un nombre important
07:10de hausses de taux ?
07:11Non.
07:12Est-ce qu'on est encore une fois
07:13en 2021-2022
07:15où les hausses de taux
07:16détruisent tout
07:16sur leur passage ?
07:17Non plus.
07:18Pourquoi ?
07:18Parce que ce sont
07:19des ajustements à la marge
07:21et ce n'est pas un saut
07:22des taux de territoire négatif
07:26aux alentours
07:27de 3 à 4 %
07:28ou pour les États-Unis
07:29de 0 à 5 %.
07:30Donc oui,
07:31quelques hausses de taux
07:32probablement du côté européen,
07:34surtout si la Banque centrale européenne
07:35fait preuve de dogmatisme,
07:37pas de hausses de taux
07:38côté Amérique,
07:40là où on aura plutôt
07:41un principe de réalisme.
07:42Il reste dans cette équation
07:44une inconnue
07:45qu'il est difficile d'évaluer,
07:46c'est l'impact
07:47des gains de productivité.
07:48On parle beaucoup d'IA
07:49en termes d'emplois,
07:51beaucoup d'IA
07:51en termes de profits,
07:52de progression des marchés,
07:53mais il faut se souvenir
07:54que c'est aussi
07:54une source de productivité
07:56et la productivité
07:57est une force
07:59désinflationniste puissante.
08:00Vous la voyez quand même
08:00plutôt du côté américain
08:01aujourd'hui en termes
08:02de mesures
08:03plus que probablement
08:04du côté européen,
08:05j'imagine ?
08:06Alors absolument,
08:08d'après nos calculs,
08:09on pourrait avoir
08:10une contribution
08:11de la productivité
08:13à la croissance américaine
08:14en 2026
08:15de l'ordre de 1%.
08:16Et ça,
08:16historiquement,
08:17ça rogne 0,8%
08:19d'inflation historiquement
08:20également.
08:20Donc vous voyez,
08:21c'est une force puissante
08:22mais qui est entourée
08:23d'incertitudes,
08:25notamment dans sa mesure
08:26et dans sa transmission
08:27à l'économie réelle
08:28puisqu'on parle vraiment
08:29justement de ce mélange
08:32économie réelle
08:33et économie nominale.
08:34Merci beaucoup
08:35Florian Elpau,
08:36vous êtes en charge
08:37de la macroéconomie
08:38chez Lombard-Rodier.
08:39Merci.
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