00:00Notre invité ce matin, on va continuer à parler de santé puisqu'il combat la dépression.
00:04Bonjour Jérémy Berkhoff.
00:05Bonjour.
00:06Merci d'être avec nous. Vous êtes cofondateur président de Sonomine.
00:09Vous développez une technologie à base d'ultrasons pour cibler les dépressions résistantes aux médicaments.
00:16Exactement. Ça concerne plus de 100 millions de personnes dans le monde.
00:21La dépression, c'est la première cause d'handicap dans le monde.
00:25Et pour un bon tiers des dépressifs chroniques, les traitements actuels ne marchent pas.
00:30Donc c'est l'errance, voire l'impasse thérapeutique.
00:33Et donc nous, on cible ces gens-là avec un dispositif médical qui s'attaque à la dépression résistante avec
00:40des ultrasons.
00:41La technologie. Incroyable.
00:42Vous nous avez apporté, en fait, c'est une lentille, c'est ça, qui envoie des ultrasons.
00:47Vous nous avez apporté quoi là en fait ? Montrez-nous et puis on va le décrire pour ceux qui
00:51nous écoutent à la radio.
00:52Alors le dispositif médical, c'est un vrai dispositif médical sur roulettes avec une sonde qui envoie des ultrasons.
00:57Mais le secret de fabrication, c'est ça.
00:59Et c'est quoi ça ?
01:00Une lentille qui se met entre le front du patient et la sonde qui va envoyer les ultrasons.
01:05Alors lentille, ce n'est pas une lentille de contact, c'est un gros boîtier en plastique.
01:07C'est ce qu'on appelle une lentille acoustique.
01:09D'accord.
01:09Cette lentille, elle va guider les ultrasons vers les structures cérébrales profondes du cerveau qui sont impliquées dans la dépression.
01:16Donc on est capable de viser des zones du cerveau précises et on fait quoi ?
01:21On détruit les zones qui sont responsables de la dépression, on les altère.
01:24Comment ça fonctionne ?
01:25On les masse.
01:26On les masse ?
01:27Voyez ça comme un massage neuronal.
01:29Des ondes avec des ondes.
01:31Les ultrasons sont de petites vibrations.
01:32On masse les neurones.
01:33Les neurones massés, ils communiquent mieux entre eux.
01:36Et donc on reconfigure les circuits cérébraux qui sont altérés par la dépression.
01:40Et donc une personne qui est dépressive, on lui fait ce massage cérébral et quoi ?
01:45Immédiatement, elle se sent mieux ?
01:46Il faut faire plusieurs sessions ?
01:47Comment ça fonctionne ?
01:48Aujourd'hui, le protocole qui est testé, c'est une heure d'ultrasons par jour sur cinq jours.
01:52Ok.
01:53Donc c'est des cures qui sont relativement rapides par rapport à ce que vous avez en standard,
02:00c'est-à-dire avec des prises de médicaments sur une vie entière ou sur plusieurs années.
02:04Donc c'est pas violent, c'est pas invasif, il n'y a pas d'effet secondaire non plus ?
02:08On ne sait pas encore.
02:10C'est un peu trop tôt pour le dire.
02:12On a lancé une première étude clinique qui a été pilotée par le GHU de Saint-Anne
02:17et nos partenaires académiques sur la technologie.
02:19On a des résultats qui sont très prometteurs.
02:21Des patients qui étaient en dépression depuis plus de quatre ans,
02:24on les a ramenés, on a réduit leurs symptômes de dépression de 60% en cinq jours.
02:29Donc c'est très prometteur, mais il faut être prudent.
02:31Mais comment vous en êtes venu à cette innovation ?
02:34Qu'est-ce qui fait que vous arrivez à vous dire, avec les ultrasons on va...
02:38Tiens, je vais faire un massage neuronal.
02:39Je ne me suis pas levé le matin en me disant, tiens,
02:42on s'appuie sur 25 ans de recherche à l'INSERM et au CNRS,
02:46via l'Institut physique pour la médecine,
02:48chercheurs Jean-François Aubry et Michael Tenter,
02:50qui ont travaillé depuis 25 ans sur la neuromodulation par ultrasons
02:53et qui ont inventé ça.
02:55Et donc Sonomine a une licence exclusive de cette invention.
02:58Et notre mission, c'est d'industrialiser cette invention
03:01et de la mettre au bénéfice des patients.
03:02Et c'est un dispositif qu'on pourrait avoir chez nous un jour
03:05ou qui serait accompagné par un suivi médical ?
03:09À ce stade, c'est un dispositif qu'aujourd'hui est destiné pour le psychiatre.
03:13Il est conçu pour être extrêmement facile d'utilisation pour le psychiatre,
03:17extrêmement confortable pour le patient et peu coûteux pour le système de soins.
03:22Il n'est pas du tout exclu qu'à terme,
03:24on développe des choses plus petites, plus miniaturisées pour d'autres applications.
03:28Et comment regarde justement le secteur de la psychiatrie,
03:31ce genre d'innovation qui est complètement différent
03:33de ce qui est utilisé aujourd'hui pour traiter les dépressions ?
03:35À la fois les psychiatres, comment est-ce qu'ils regardent ces technologies
03:38avec enthousiasme ou avec un peu de réticence ?
03:40Et puis les géants aussi du médicament et des antidépresseurs,
03:44parce que c'est un énorme marché.
03:46Alors on ne se met pas en concurrence avec les antidépresseurs.
03:50Il faut bien le comprendre, les antidépresseurs marchent très bien
03:53dans 70% des cas, mais dans 30% des cas, ils ne marchent pas.
03:55Donc on vient proposer une thérapie complémentaire
03:58et donner aux psychiatres un arsenal plus complet thérapeutique.
04:04Et donc ça, c'est une première chose.
04:05Ensuite, les psychiatres regardent ça avec beaucoup d'enthousiasme.
04:08Ils sont très demandeurs de nouvelles technologies
04:11pour pouvoir soigner leurs patients.
04:12La dépression est une maladie complexe.
04:15Donc plus on est nombreux à proposer des choses innovantes, mieux c'est.
04:19Mais aujourd'hui, ils sont aussi prudents parce qu'ils attendent de nous
04:21qu'on ait des preuves cliniques solides.
04:24Et c'est pour ça qu'on vient de boucler une levée de fonds
04:29pour pouvoir arriver sur le marché et avoir des preuves d'efficacité claires.
04:32J'ai cru comprendre que le dispositif, en plus, il était personnalisé.
04:35Qu'est-ce que ça veut dire concrètement ?
04:38Concrètement, ça veut dire que cette lentille que je vous ai montrée,
04:40cette lentille est construite et fabriquée sur mesure pour chaque patient
04:44à partir de l'IRM du crâne du patient.
04:46Parce qu'on va le viser avec une intensité différente de laser en fonction du patient ?
04:50Alors oui, vous avez raison. Le crâne, en fait, est un excellent protecteur du cerveau.
04:54Et donc, si on ne le compense pas, on n'est pas capable d'envoyer des ultrasons
04:58avec précision dans le cerveau.
05:00D'accord.
05:00Donc cette lentille, elle va rendre le crâne transparent aux ultrasons
05:03et elle va permettre de cibler pour chaque patient la bonne zone qu'on veut attendre.
05:07Est-ce que cette lentille, elle pourrait un jour être efficace pour d'autres maladies,
05:10d'autres problèmes, l'anxiété, les addictions, la maladie de Parkinson ?
05:14Absolument. C'est une des forces de notre dispositif,
05:17c'est qu'on l'a conçue en tant que plateforme polyvalente.
05:20Donc aujourd'hui, je vous parle de dépression,
05:22mais beaucoup des psychiatres avec lesquels on discute
05:26sont intéressés par la tester dans d'autres pathologies.
05:29Donc évidemment, les addictions, alcool, cigarettes, drogues, l'anxiété,
05:35des applications neurologiques aussi, comme la douleur chronique.
05:37Vous voyez, les applications sont vraiment multiples
05:39et les perspectives sont très intéressantes.
05:41On a quand même des super French Tech.
05:43C'est incroyable.
05:44On a fait une semaine...
05:45Oui, très bonne semaine French Tech.
05:46Ah oui, vraiment, là c'est impressionnant.
05:48Merci beaucoup, Jérémy Bercoff, cofondateur, président de Sonoma,
05:51et d'être venu nous présenter cette innovation ce matin
05:54dans Good Morning Business.
Commentaires