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  • il y a 10 heures
Avec Fabienne Bérard, présidente du Collectif Familles Collectif Stop à la mort au travail

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##C_EST_QUOI_LE_PROBLEME-2026-05-05##

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Transcription
00:00Mettez-vous d'accord, Valérie Expert.
00:02Bonjour, bonjour à toutes et à tous, bonjour Gilles Gansman,
00:06et bonjour Félix Mathieu.
00:09Oui, le sujet c'est l'audiovisuel public,
00:12ce rapport, le rapport de la commission d'enquête qui est publié aujourd'hui,
00:17on va y revenir à 11h, est-ce qu'il faut faire des économies,
00:21est-ce qu'on doit, comment faire pour avoir un service public ambitieux ?
00:25Ce matin Delphine Ernot répond à ce rapport,
00:28et on va évidemment revenir assez longuement avec vous, 0826 300 300,
00:33dites-nous si vous êtes satisfaits des programmes du service public,
00:36et je vais être trivial, est-ce que vous en avez pour votre argent,
00:39pour cette redevance que vous payez ?
00:42Quoi ?
00:43Il n'y a plus de redevance Valérie.
00:45Elle est inclue dans la taxe d'habitation.
00:49Non, enfin non.
00:51Il n'y a plus de redevance, les impôts quoi.
00:55Ils ont compensé la redevance.
00:58Oui, elle est financée par nos impôts.
01:01Oui, elle a été compensée.
01:04Ils ont eu un budget qui a été augmenté et compensé sur la suppression de la redevance.
01:09La redevance a été supprimée en tant que tel.
01:12En tant que tel, excusez-moi d'être...
01:14Oui, vous avez raison.
01:15Pour une fois, je peux vous corriger, je prends un peu ma ronde.
01:18On aura Frédéric Dhabi,
01:20donc là aussi on vous attend sur toutes ces candidatures à l'élection présidentielle,
01:24déjà à un an de cette élection.
01:28Est-ce que vous trouvez qu'on en fait trop ?
01:29On en parlera avec lui.
01:30Et puis, c'est quoi le problème, Félix Mathieu ?
01:34Eh bien, la France est le pays d'Europe avec le plus fort niveau de mort au travail.
01:38On a entendu parler des stagiaires, des accidents terribles avec des stagiaires,
01:42mais les morts au travail sont extrêmement nombreuses.
01:45Oui, y compris chez les salariés.
01:46Une hécatombe, disent même les syndicats.
01:49L'assurance maladie estime qu'environ 1200 personnes meurent chaque année en France.
01:52C'est une moyenne au travail dans notre pays,
01:55notamment le secteur du BTP1.
01:57Le bâtiment est l'un des plus touchés, évidemment.
02:00Parmi eux, en 2024, on comptabilisait 22 victimes de moins de 25 ans, de jeunes victimes.
02:06La CGT, la FSU, organisait des manifestations sur ce sujet il y a quelques jours,
02:11notamment devant le ministère du Travail.
02:12Ces syndicats qui réclament plus de contrôle de l'inspection du travail.
02:16Vous savez que l'inspection du travail se plaignait il y a quelques années
02:18des coupes drastiques dans ses effectifs,
02:21ce qui ne permet pas toujours d'être très présente sur le terrain,
02:24de faire des contrôles, etc.
02:26Donc, plus de contrôle de l'inspection du travail et de l'URSSAF
02:29réclament ces syndicats qui manifestaient il y a quelques jours.
02:31Ils veulent aussi le rétablissement, vous savez, des CHSCT,
02:34les comités hygiène, sécurité en entreprise
02:37qui avaient été supprimés par Emmanuel Macron à son arrivée au pouvoir en 2017.
02:42Alors, de son côté, le gouvernement promet non pas tout ça.
02:45Il promet de présenter à la fin du mois un plan santé au travail
02:47qui sera plutôt axé sur la prévention.
02:49Il y aura par exemple des guides qui vont être remis aux stagiaires de seconde.
02:53On en avait parlé ici même, effectivement, de ces accidents mortels
02:56lors des stages, que ce soit de troisième, de seconde.
02:59Troisième et seconde aussi, ça ne concerne pas seulement les stagiaires en pré-emploi ?
03:03Alors, là, les guides qui veulent me remettre,
03:06oui, non, ce serait pour les stages d'observation.
03:10D'accord.
03:11Écoutez, à vérifier, mais il me semble...
03:13Et les syndicats sont d'accord avec ça ?
03:14Non, les syndicats, justement, ils reprochent à ce plan
03:18de se focaliser sur la culture du risque des salariés ou des stagiaires,
03:24c'est-à-dire de leur faire porter un petit peu la responsabilité.
03:27Au détriment, disent les syndicats, de la responsabilité du gouvernement et des employeurs.
03:31C'est ce qu'ils dénonçaient aussi lors de cette manif devant le ministère du Travail il y a quelques
03:35jours.
03:35Ce sont des chiffres qu'on connaît peu et qui sont assez vertigineux.
03:41Fabienne Bérard, bonjour.
03:44Bonjour.
03:44Vous êtes la présidente du collectif Famille Stop à la Mort au Travail.
03:51Comment vous êtes vous-même concernée ?
03:54Vous avez été concernée par cette problématique, j'imagine ?
03:59Oui, oui, c'est suite au décès de notre fils Flavien, en 2022,
04:03que nous avons créé cette association avec d'autres familles.
04:07Il est décédé au travail.
04:09Il avait quel âge ?
04:11Il venait juste d'avoir 27 ans.
04:14Et donc, ce sont des chiffres, je disais, qu'on connaît assez peu,
04:19mais qui sont effrayants.
04:21Ça veut dire quoi ?
04:23Où est-ce qu'il y a des défaillances ?
04:25Parce que j'imagine que tous les secteurs ne sont pas concernés de la même manière.
04:29Quel était le secteur dans lequel travaillait votre fils, si on veut ?
04:34C'était un chantier de forage pétrolier.
04:36Milieu du pétrole.
04:38Société de maintenance pétrolière.
04:39Voilà.
04:41De graves dysfonctionnements, de graves négligences,
04:44une sécurité désactivée à l'époque,
04:47une pièce qui était tombée, qui avait été mal réparée,
04:50et ce jour-là, elle a été heurtée par la machine,
04:52elle est tombée sur la tête de mon fils,
04:54avec des blessures irréversibles.
04:56Et nous, à l'époque, on s'est rendu compte que personne ne parlait de la mort au travail.
05:00Voilà.
05:00Et on s'est retrouvés seuls dans notre détresse.
05:02Donc, on a constitué d'abord un groupe,
05:04et puis ensuite une association de familles endeuillées.
05:08Voilà.
05:08Oui.
05:09Et c'est là que vous êtes...
05:10Les jeunes, oui, sont impactés.
05:11Et c'est là que vous vous rendez compte que c'est un phénomène beaucoup plus important
05:17qu'on ne l'imagine ?
05:19En 2022, on découvre les chiffres avec mon mari,
05:22et on se rend compte que ce n'est pas du tout médiatisé,
05:24que c'est un peu comme la poussière qu'on glisse sous le tapis,
05:27personne n'en parle.
05:28Et les accidents mortels au travail, à l'époque,
05:31quand un article est présent dans la presse quotidienne et régionale,
05:36c'est juste un entrefilé.
05:37Ça ne fait jamais la une des journaux, télé ou de la presse.
05:41On se rend compte que le sujet n'est pas débattu.
05:44Il n'est pas connu du grand public.
05:46De quelle façon agit votre association ?
05:49Et qu'est-ce que vous réclamez ?
05:51C'est-à-dire plus de vigilance de la part des employeurs,
05:55moins de légèreté ?
05:56Plus d'inspection du travail ?
05:57Oui, bien sûr.
05:59Alors, on travaille sur trois volets, en fait.
06:00Nous, déjà, évidemment, le volet numéro un,
06:03c'est la prévention des risques,
06:05même si nous, là-dessus, on n'a pas beaucoup de pouvoir pour agir.
06:09Mais il n'empêche qu'on a alerté quand même le ministère du Travail,
06:11d'où la mise en place de spots télé ou radio,
06:15pour sensibiliser un petit peu aux risques graves et mortels
06:18dans le monde du travail.
06:19Donc, il y a quand même eu des avancées,
06:21avec notamment Olivier Dussopt qui a promu un projet de loi
06:27et désormais, après un accident mental au travail,
06:29l'entreprise a 12 heures pour signaler cette accident grave
06:33à l'inspection du travail.
06:34Ce qui n'était pas le cas auparavant.
06:36Tous les accidents n'étaient pas déclarés auprès de l'inspection du travail.
06:39Après, nous, on demande évidemment, sur le plan humain,
06:41c'est très, très, très difficile.
06:43Donc, on demande un accompagnement psychologique de droit
06:47pour les collègues, mais aussi pour les proches.
06:50Voilà.
06:50Et puis, sur le plan de la justice,
06:53on est très en colère parce que ça dure, voilà,
06:57des années, des années, des années.
06:58Le 28 avril, il y avait un rassemblement sur le rond-point
07:00Guillaume Garrido à Villeneuve-sur-Lotte
07:02parce que ce jeune homme, il est décédé sur ce rond-point
07:05en travaillant il y a huit ans.
07:07Et symboliquement, le rassemblement s'est tenu là-bas
07:09parce que huit ans après, il n'y a pas de date de procès
07:12pour la famille de Guillaume, voilà.
07:14Les longueurs de la justice sont très, très douloureuses
07:18et très difficiles à vivre.
07:20Ce qu'il faut dire, c'est que la France est l'un des moins bons
07:24pays d'Europe en matière de nombre de morts au travail
07:28rapportés à la population.
07:29C'est-à-dire que ce n'est pas juste un risque.
07:32On dit toujours, le risque zéro n'existe pas.
07:33Là, vraiment, sur ce sujet, on fait moins bien que les autres.
07:36Comment ça s'explique ?
07:38Je ne sais pas, mais on est clairement mauvais
07:41puisque les chiffres, en plus, dont vous parliez,
07:43ils n'incluent pas tous les secteurs d'activité.
07:46Chaque année, on prend en compte les chiffres de l'assurance maladie.
07:49Or, il faut savoir que bon nombre d'autres personnes
07:52qui décèdent au travail ne dépendent pas de l'assurance maladie.
07:55Il y a d'autres secteurs, comme la MSA,
07:58comme les professions indépendantes,
08:01comme les travailleurs détachés.
08:03En plus, ce sont des chiffres partiels.
08:05Et nous, ça fait quatre ans qu'on demande
08:07que les chiffres soient transmis.
08:09Nous, les Français, ont toute transparence.
08:11Avec une addition, selon les secteurs d'activité.
08:13Ce qui n'est pas le cas.
08:14La fonction publique, non plus, n'en fait pas partie
08:16de ces chiffres de la daraisse qui sont émis tous les ans.
08:19Vous avez évidemment la parole sur Sud Radio 0826 300 300.
08:23Appelez-nous pour témoigner, pour nous raconter
08:25si vous avez des proches qui ont été victimes d'accidents au travail.
08:30Et si vous avez le sentiment que la sécurité est bien assurée.
08:35Effectivement, ces comités d'hygiène, sécurité dont vous parliez,
08:39Félix Mathieu, n'existent plus.
08:40Et ça, c'est bien dommage.
08:42Gilles, vous aviez une question ?
08:43Oui, je voulais savoir, qu'est-ce qui se passe dans les tribunaux ?
08:46J'imagine que c'est le patron qui est attaqué, qui est responsable.
08:50Ou ça peut être des collègues.
08:54Comment dire et comment s'exprimer devant un tribunal
08:57sur la mort de quelqu'un au travail ?
08:59Puisqu'il peut y avoir plusieurs choses qui sont intervenues.
09:03Et puis, en second, est-ce qu'ils sont vraiment condamnés ?
09:07Ou c'est des amendes que peuvent supporter les entreprises condamnées ?
09:11C'est complètement dérisoire.
09:14Nous, personnellement, avec l'association,
09:15nous avons assisté à 13 procès.
09:18C'est dérisoire.
09:19Alors, ils sont représentés par leurs avocats.
09:21Parfois, ils ne sont même pas physiquement présents,
09:23parce qu'ils ont signé des délégations de responsabilité,
09:26de pouvoir à des subalternes.
09:27Ce sont leurs directeurs juridiques pour les grands groupes qui sont présents,
09:31ou c'est un chef de chantier, ou un salarié pour un groupe,
09:34ou pour une entreprise moins importante.
09:35Ils ne daignent même pas physiquement être présents.
09:38Voilà, c'est plus facile aussi d'ignorer les choses.
09:41leurs avocats les représentent fort bien, là-dessus, il n'y a aucun doute.
09:45Et puis, les peines sont vraiment minimes.
09:48Alors, les amendes en moyenne, on a calculé avec le collectif
09:51que la moyenne des amendes en 2023, c'était 35 000 euros.
09:57Pour la personne morale, pour la personne physique,
10:00il y a parfois une petite amende, si c'est un collègue
10:03qui a fait un geste malheureux de 5 000, maximum 10 000 euros.
10:07Quant aux ordonnations de prison, en fait, elles sont toujours...
10:10À partir du moment où elles sont inférieures à deux ans,
10:14il n'y a pas d'emprisonnement, il n'y a pas de peine de prison.
10:17C'est toujours des peines avec sursis.
10:19On n'a jamais vu un chef d'entreprise aller en prison.
10:22Est-ce que la sous-traitance aggrave ça ?
10:24Ça faisait partie de ce qu'ont dit, les syndicats qui manifestaient
10:27devant le ministère du Travail, le côté avec la sous-traitance
10:30à tous les niveaux, personne n'est responsable,
10:32tout le monde s'en lave les mains.
10:34Oui, on dilue complètement les responsabilités, c'est exactement ça.
10:38En fait, on se trouve face à un vide de...
10:42On parlait des jeunes tout à l'heure qui perdent la vie
10:44lors des stages d'observation de troisième et de seconde.
10:48C'est une répercussion, c'est une des conséquences
10:50de ce monde du travail qui dysfonctionne complètement.
10:53Forcément, un jour ou l'autre, ça devait arriver aussi,
10:55simplement sur un chantier, lorsqu'un jeune est en observation.
10:58C'est évident.
10:59Mais là, il y a un vide juridique terrible au niveau des tribunaux
11:01parce que ces jeunes, en fait, ils n'ont pas le statut de salarié.
11:04Ils sont juste en observation.
11:05Donc, ce n'est pas vraiment la responsabilité de l'entreprise,
11:08ce n'est pas celle de l'éducation nationale.
11:10En fait, c'est la faute à personne.
11:11Et nous, dans le collectif, on refuse cette notion de fatalité,
11:15de « il était au mauvais endroit, au mauvais moment ».
11:17Non, derrière chacun de ces accidents, il y a des dysfonctionnements,
11:20il y a des choses qui ne sont pas respectées en matière de prévention des risques.
11:23Ça, c'est sûr et certain.
11:25Là, il y a des gros efforts.
11:27On a Stéphane qui nous dit
11:28« J'étais pompier volontaire dans un CHSCT
11:31et j'en ai vu des soucis,
11:33mais les recommandations que je faisais étaient suivies des faits.
11:37Maintenant, il n'y a plus rien. »
11:39Donc, ça avait quand même une utilité, les CHSCT.
11:44Bien sûr.
11:45Évidemment.
11:46La sécurité, ce n'est pas une option.
11:49C'est la priorité des priorités.
11:51Un bon professionnel sur un chantier,
11:52ce n'est pas celui qui prend des risques.
11:54Le bon professionnel, c'est celui qui rentre chez lui le soir.
11:57Donc, de toute façon, il y a des pays autour de nous
11:59où il n'y a pas d'accident du travail.
12:01C'est le cas notamment du Québec.
12:03Alors, ce n'est pas tout à fait autour de nous,
12:04mais il y a des pays où il y a beaucoup, beaucoup moins d'accidents.
12:07Pourquoi nous, on ne serait pas capable de faire aussi bien que les autres ?
12:10Je rappelle qu'on est les plus mauvais élèves avant l'Albanie, c'est ça ?
12:19Je n'ai pas le classement sous les yeux.
12:20Mais en tout cas, on est rapporté au nombre d'accidents mortels par salarié.
12:31On est tout en haut du classement au niveau européen.
12:34On se retrouve dans un instant.
12:35Évidemment, 0826 300 300.
12:38Vous pouvez nous appeler pour témoigner.
12:40On aura Frédéric dans un instant avec nous.
12:42A tout de suite.
12:47On est avec vous sur Sud Radio.
12:52Et la question, évidemment, que nous nous posons,
12:55et le problème, est de savoir pourquoi la France est aussi mauvaise,
13:01j'ai envie de dire, en termes d'accidentologie au travail.
13:04Félix Mathieu, vous avez les chiffres.
13:07On arrive juste avant deux pays.
13:11Oui, juste devant la Bulgarie et Chypre en matière d'accidents du travail.
13:14C'est-à-dire que la France, concrètement, est à 3,6 accidents du travail mortels
13:20pour 100 000 travailleurs, quand la moyenne européenne, c'est 1,5.
13:24Donc, en termes de taux, vous voyez, d'accidentalité mortelle,
13:27on est à plus du double de la moyenne européenne.
13:29Et on en parle avec vous, Fabienne Bérard, présidente du collectif
13:32Familles Stop à la Mort au Travail.
13:35Gilles Gansman, vous aviez une question.
13:36Oui, je voulais savoir, parce que c'est un dossier très compliqué.
13:40C'est-à-dire que, par exemple, le conducteur de TGV qui va avoir un accident,
13:47est-ce que vous le considérez, parce qu'il rencontre un camion,
13:50est-ce que vous le considérez comme un accident du travail ?
13:52Parce qu'on pourrait dire, la SNCF aurait dû mettre des barrières,
13:57des choses plus sécuritaires.
13:59C'est la même chose, je pense à votre fils, sur quelque chose de pétrolier.
14:08Le patron de Total, de Elf ou quelle compagnie, qui est dans son bureau,
14:13il n'est pas forcément responsable de tout ce qui se passe sur ses puits.
14:17C'est là où c'est délicat, je trouve, et où il y a, en effet, le besoin d'association.
14:24À partir du moment où une personne salariée meurt dans le cadre de son travail,
14:29c'est un accident mortel au travail.
14:31Après que la personne qui soit dans le bureau, tout à fait là-haut,
14:34à la SNCF ou chez Total ou je ne sais où,
14:37il n'empêche qu'en tant que chef d'entreprise et employeur,
14:40c'est sa responsabilité, c'est dans le code du travail,
14:42c'est à lui de veiller à la sécurité et au bien-être de ses employés au travail.
14:47Mais il ne faut pas s'inquiéter pour lui,
14:49parce qu'il a fait signer tellement de délégations de responsabilité
14:52qu'il ne mettra jamais les pieds dans un tribunal.
14:54Vous, pour vous, le patron de la compagnie pétrolière,
14:57pour votre fils, il est responsable,
14:59même s'il est au 15e étage d'une tour ?
15:02Eh bien, malheureusement, c'est comme ça que ça se passe.
15:05C'est le directeur juridique qui est mis en cause.
15:08Alors, on a Frédéric Orlin.
15:10Alors que nous, en tant que famille, on rêve de le voir présent au tribunal.
15:14Vous n'allez quand même pas me dire,
15:16enfin, ces personnes qui sont tout à fait là-haut,
15:18ok, alors elles ne sont pas sur les chantiers,
15:20elles ne peuvent pas tout surveiller,
15:21elles ne peuvent pas être sur chaque ligne de chemin de fer,
15:23si je reprends votre exemple.
15:24Il n'empêche qu'en matière de prévention, il y a des budgets.
15:27La prévention, c'est un coût.
15:29La prévention, ce ne sont pas des décisions
15:30qui se prennent à la va-vite sur un chantier par un subalterne.
15:33Ces décisions-là, elles sont prises tout à fait là-haut,
15:35en haut de la tour, au plus haut niveau,
15:37parce qu'il faut y consacrer des budgets.
15:39Donc, les décisions, elles sont directement liées à ces personnes,
15:42justement, qui sont tout à fait là-haut.
15:43Juste à préciser que j'ai de la compassion, évidemment,
15:46c'est parce qu'on a une discussion,
15:47je veux l'avocat du diable, je veux le préciser,
15:49j'ai évidemment de la compassion pour ce qui vous est arrivé.
15:51On a Frédéric en ligne avec nous.
15:53Bonjour Frédéric.
15:54Oui, bonjour Valérie, bonjour tout le monde.
15:57C'est un sujet qui vous touche ?
16:00Alors moi, je ne suis pas un spécialiste de la sécurité au travail,
16:03mais un spécialiste de la sûreté au travail,
16:05donc c'est un petit peu différent.
16:07Cela étant, moi je suis spécialisé dans la sécurisation
16:11des grands événements sportifs en France,
16:14donc les Jeux Olympiques, l'Euro 2016 de foot,
16:17les Jeux Olympiques à venir en 2030.
16:21Donc, même si mon scope, c'est la sûreté,
16:24ça automatiquement englobe un peu la sécurité,
16:29puisque c'est un ensemble.
16:30Moi, j'ai toujours le même système de travail.
16:33Quand les équipes sont formées plusieurs années en amont de l'événement,
16:38au minimum deux ans à trois ans avant l'événement,
16:41déjà j'identifie l'équipe et ensuite j'identifie les projets
16:45que chacune de ces équipes va mener.
16:48À partir de là, je détermine des processus,
16:52je crée plutôt des processus de sûreté, sécurité, on va dire,
16:57et je forme.
16:57Dès le départ, dès que ces équipes sont formées,
16:59je commence à les former, à leur donner des formations très précises
17:04sur leur sécurité, puisqu'on parle de leur sécurité,
17:13dans l'événement, mais aussi dans la préparation de l'événement.
17:16Quand l'événement a lieu, les Jeux Olympiques,
17:18en fait, ça fait des années avant qu'on le préparait.
17:20Et ces formations vont suivre plusieurs étapes
17:26en fonction de l'avancement dans le projet.
17:29La formation, elle inclut la sécurité de ces gens-là
17:33de la sortie de leur domicile au retour à leur domicile.
17:37Donc j'essaye de scanner la totalité de ce qu'ils vont faire
17:42dans leur travail, dans une journée de travail.
17:44Et je ne me contente pas de préparer des process
17:47et de leur délivrer.
17:49Je vais ensuite sur place, en permanence,
17:52je fais le tour, bon, pour les Jeux Olympiques,
17:53je fais le tour de France, sur tous les sites,
17:55je les regarde travailler, je les regarde préparer,
17:58et j'essaye d'identifier quels sont les points sensibles,
18:04ceux qui pourraient être des risques pour eux.
18:06Et j'essaye d'identifier aussi leurs mauvaises...
18:09Ils ont déjà développé de mauvaises habitudes.
18:12Les mauvaises pratiques.
18:12Pour essayer de les rectifier.
18:14Donc au fur et à mesure, je réadapte la formation
18:17et ça se passe très bien parce qu'ils le comprennent.
18:20Je leur fais comprendre que moi je suis là que pour faire en sorte
18:25que le soir, ils rentrent à la maison et qu'il ne se soit rien passé du tout.
18:29D'ailleurs, pour les Jeux Olympiques 2024, on peut constater qu'il ne s'est rien passé.
18:33Non, non, ça s'est plutôt bien passé.
18:35Mais ce que vous racontez, ce que vous dites,
18:38ce sont des bonnes pratiques et c'est ce qui devrait être fait.
18:42Je vous ai vu Fabienne Bérard hocher la tête.
18:46Sauf que ce n'est pas toujours le cas.
18:48Qu'est-ce que vous avez envie de répondre à ce que disait Frédéric ?
18:53C'est très très bien.
18:54Tout le monde devrait travailler ainsi.
18:55Mais dans la réalité, on sait très bien que ce n'est pas le cas.
18:57Une entreprise, elle ne forme pas les gens deux ans avant de réaliser un chantier.
19:01Souvent, même, ils ne sont pas formés du tout.
19:02C'est le problème notamment des intérimaires.
19:04Des plus jeunes victimes, souvent, ils sont à peine depuis un mois dans l'entreprise.
19:08Mon fils, il a juste fait une semaine sur le chantier de l'entreprise.
19:12Et puis, quand même, il ne faut pas oublier aussi que les Jeux olympiques,
19:15c'est une vitrine pour la France.
19:17Tous les regards extérieurs sont portés sur nous.
19:19Alors, effectivement, il n'y a pas eu d'accident mortel au travail.
19:22Sur les sites de construction des JO, il y avait beaucoup d'inspecteurs du travail.
19:26Peut-être au détriment d'autres chantiers sur le reste du territoire français.
19:30Mais par contre, il y a bien eu des accidents mortels sur les travaux d'extension du métro,
19:36du RER à Paris, dont Maxime Wagner.
19:38Sur le Grand Paris.
19:40La principale cause des accidents du travail, quelle est-elle ?
19:44Est-ce qu'il y a des données précises sur le sujet ?
19:50Moi, je répète toujours dysfonctionnement, non-respect des règles de sécurité,
19:55non-mise à jour du fameux DURP, le diplôme unique d'évaluation des risques professionnels.
20:00Franchement, il y a des entreprises négligentes.
20:03Ce qui est étonnant, c'est qu'on entend toujours dire qu'il y a trop de normes dans notre
20:06pays.
20:07Ça veut dire qu'en l'occurrence, en matière de sécurité au travail,
20:11soit il n'y a pas trop de normes ou soit celles qui existent tombent à côté de la plaque.
20:15Il y a un plan de prévention des accidents graves et mortels
20:18qui est édité par le ministère du Travail régulièrement.
20:22S'il est respecté à la lettre, il n'y a pas d'accident.
20:25Il n'est pas respecté à la lettre.
20:27Le problème, c'est que si vous êtes en voiture et que vous allez trop vite et que vous grillez
20:30un feu rouge,
20:31vous savez très bien qu'il peut y avoir un gendarme,
20:33vous savez très bien qu'il y a des radars,
20:36vous savez très bien que vous allez perdre des points,
20:37vous savez très bien que vous allez être impacté aussitôt, ça peut vous coûter cher.
20:42Nous, avec le système actuel, les gendarmes ne sont pas là,
20:46les points ne sont pas là,
20:48et la justice, quand elle agit, c'est 8 à 10 ans plus tard.
20:52Les gendarmes, c'est l'inspection du travail.
20:54Les amants sont dirigeants.
20:55Les gendarmes, l'inspection du travail.
20:58On a dit Dimitri qui voulait réagir.
21:01Bonjour.
21:02Oui, bonjour.
21:05Ça fait quelques années que j'ai saufs la profession de responsable du Générique de sécurité en environnement.
21:10Je suis assez renseigné sur le domaine
21:13et malheureusement la problématique que madame a rencontrée pour son fils.
21:17En effet, il y a beaucoup de formations,
21:20il y a beaucoup de règlements, notamment par le Code du travail,
21:23qui fixent quand même les règles à suivre
21:24et la responsabilité de l'employeur.
21:26Mais comme ça t'est expliqué,
21:28déjà l'employeur procède régulièrement à des délégations de pouvoir pour se décharger.
21:33Donc en effet, il ira au tribunal s'il y a un événement grave qui se produit.
21:38Mais dans tous les cas, il aura des fusibles en dessous,
21:40notamment le reste de sécurité qui va sauter.
21:43Et moi, c'est notamment des situations que j'ai pu rencontrer dans diverses expériences
21:48où j'ai fini par soit être licencié, soit quitter l'environnement de travail dans lequel j'étais.
21:53Puisque en voulant faire respecter les règles de sécurité basiques,
21:57je me retrouvais confronté à l'employeur qui cherchait plutôt à ce que je l'aide à contourner la loi
22:02pour ne pas que ça applique sur le terrain.
22:03Puisque ça faisait perdre du temps, ça faisait perdre de la production,
22:06donc de l'argent au final.
22:09Et donc, comment ça s'est terminé, entre guillemets, pour vous ?
22:14Il y a du licenciement, ça va au prud'homme.
22:16Il y a également une prise d'acte qui a été faite
22:18parce que l'employeur, quand j'essaie de remonter des situations graves,
22:22n'a pas réagi.
22:24Donc j'ai fini par déclencher l'inspection du travail.
22:27J'ai eu de la chance à ce moment-ci,
22:29elle n'était pas forcément submergée de travail
22:30puisque, si je prends le cas dans mon département,
22:33je crois qu'elle a plus de 800 entreprises à gérer.
22:36Elle était toute seule à l'époque.
22:39Donc c'est très complexe pour eux également.
22:41Ils ne peuvent pas être partout, malheureusement.
22:42Elle est venue, elle a fait quoi, votre inspectrice du travail ?
22:46Elle est venue, elle a enquêté sur le site.
22:49En plus, moi, à cette époque-ci, j'étais entreprise extérieure.
22:52Donc j'avais un plan de prévention.
22:55Donc elle a audité l'entreprise utilisatrice du site,
23:00sur lequel je travaillais,
23:01et également mon ancien employeur.
23:04Mais il a eu une mesure,
23:06il a été condamné par l'inspection du travail ?
23:09Alors il y a eu des conclusions qui ont été rendues.
23:11Oui, il s'est rien passé.
23:13Comment ?
23:14Il s'est rien passé, en fait, dans la réalité.
23:17Directement, non, malheureusement.
23:21Mais les conclusions me servent quand même pour aller au Prud'homme.
23:24Bien sûr.
23:25Vous étiez dans quel secteur ?
23:28Je pense que je n'ai pas trop envie d'en parler.
23:30Est-ce que ça n'est pas capable de passer au Prud'homme ?
23:31D'accord, non, mais c'est plutôt BTP,
23:35plutôt transport ?
23:36J'ai travaillé dans le chimique, dans le consultanat,
23:39et dans tout ce qui était énervé.
23:40D'accord, d'accord.
23:42C'est un témoignage intéressant,
23:43je pense qu'il ne vous étonne pas, Fabienne Bérard ?
23:46Pas du tout, non.
23:48Oui.
23:49Je pense que c'est quelque chose de très commun.
23:52Je pense que...
23:54Je ne réagis pas par rapport à ça.
23:56Vous avez l'impression de vous battre
23:59contre des moulins avant, j'ai envie de dire.
24:01C'est-à-dire que c'est difficile de vous faire entendre.
24:03Là, c'est vrai qu'on a parlé de ces drames,
24:06de ces drames, oui,
24:07que sont la mort au travail suite à la mort d'un élève de seconde
24:12de 15 ans du lycée professionnel Sainte-Marie-de-Bagnole-sur-Seize.
24:16Il est mort le mois dernier
24:17après avoir perdu le contrôle d'un charlie au élévateur.
24:21C'est absolument aberrant déjà d'imaginer
24:24qu'un gamin de 15 ans soit sur un...
24:26Il était en stage d'observation.
24:30Et donc, on a commencé à en parler.
24:31Le Parisien a fait un dossier.
24:33Donc, c'est des sujets dont il faut s'emparer.
24:35Il n'y a pas que les stagiaires.
24:36Ça concerne beaucoup d'employés, de salariés.
24:41Il reste beaucoup de choses à faire.
24:43Mais pour répondre à la première partie de votre question,
24:45en 2022, quand Flavien est décédé,
24:47il n'y avait rien sur Internet concernant la mort au travail.
24:49Rien du tout.
24:50Début 2023, on a organisé une marche blanche.
24:53On était une vingtaine de famille devant le ministère du Travail.
24:55Les médias sont venus vers nous.
24:57Depuis début 2023, il y a quand même une vraie médiatisation.
25:01Il y a le travail formidable que réalise Mathieu Lépine au quotidien
25:05dans son recensement des accidents brutales au travail
25:08sur tout le territoire français.
25:10Il y a l'intérêt de médias très réguliers qui reviennent vers nous.
25:14On a établi des contacts avec le ministère du Travail.
25:16On continue à travailler avec eux en partenariat.
25:19On a même édité un guide d'accompagnement des familles.
25:22On a participé à ces campagnes de prévention.
25:25On a ainsi créé un guide pour accompagner les familles
25:27dans notre situation.
25:29Parce que c'est une situation extrêmement compliquée.
25:31C'est la partie cachée de l'iceberg.
25:34C'est ce qui se passe pour les familles
25:35quand un des proches est mort au travail.
25:37C'est un véritable calvaire.
25:39C'est quoi l'air d'après ?
25:40On est toujours dedans.
25:43On n'a pas de date.
25:44Tout est extrêmement compliqué.
25:46Écoute, écoute.
25:47Si on veut vous contacter...
25:48Dans nos demandes aussi, j'ai oublié de dire que...
25:50Oui, pardon.
25:51Non, non, allez-y.
25:51Dans vos demandes.
25:54Dans nos demandes, il y a aussi une avance des frais d'obstèques
25:58et une avance des frais de justice.
26:00Parce que les familles, elles ont aussi ces freins-là.
26:03Je veux dire, en plus de la douleur, du drame, du traumatisme.
26:06C'est une époque où il faut être hyper impliqué
26:09dans des tas de démarches administratives à non plus finir.
26:13Différents types d'enquêtes.
26:14Et des choses à gérer très douloureuses
26:16et à gérer rapidement et à financer.
26:19Et on rappelle donc que vous êtes la présidente
26:21du collectif Familles Stop à la mort au travail.
26:23Et on vous retrouve sur le site, j'imagine, sur Internet.
26:27Si on tape collectif Familles...
26:29Oui, collectif Familles Stop à la mort au travail.
26:32Au départ, nous étions 5, 6, 10 familles.
26:35À présent, nous sommes 70 familles réunies.
26:38Familles endeuillées, non politisées, non syndicalistes.
26:42Nous partageons juste nos épreuves
26:45et nous demandons une meilleure prise en compte.
26:49Et une reconnaissance aussi du décès de nos enfants.
26:51Ils, finalement, ne sont pas morts en faisant du ski hors piste.
26:55Ils sont bel et bien morts au travail.
26:56Au travail.
26:57En réalisant ce que chacun d'entre nous doit réaliser au quotidien.
27:00Merci, merci à vous.
27:02Merci à vous, Mme Bérard, d'avoir été avec nous ce matin.
27:06Et effectivement, l'Union fait la force,
27:08en particulier dans ces drames et dans ces situations.
27:12Merci à vous.
27:13On se retrouve dans un instant pour commenter l'actualité.
27:16En particulier, on va revenir sur le rapport de la Commission sur l'audiovisuel public.
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