- il y a 2 jours
Ce mardi 5 mai, l'exploit du 30 ans américain, dépassant notamment les 5%, a été décrypté par Erick Muller, responsable des stratégies obligataires corporate chez Muzinich & Co, dans l'émission Good Morning Market sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.
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00:01Bonjour Eric, Eric Meuler, responsable des stratégies obligataires corporate chez Muzini Kenko.
00:06Pour votre intervention, on tombe à pic, puisque vous avez le 30 ans américain qui a touché les 5%
00:11hier soir,
00:12pour la première fois depuis l'été dernier.
00:14On a un 10 ans américain qui est toujours à la porte des 4,5%,
00:17une prime de risque qui se renforce sur la dette publique américaine.
00:22Qu'est-ce qui fait que là, d'un seul coup, on a ce 30 ans qui retouche les 5
00:25% ?
00:26Le 10 ans aussi a monté, mais l'ensemble de la courbe monte.
00:28Il y a deux phénomènes qui sont aujourd'hui assez frappants, de la semaine dernière essentiellement.
00:35Le premier, c'est la hausse des prix du pétrole sur l'ensemble de la courbe.
00:40Pas seulement les contrats, les premiers contrats, les deux premiers contrats,
00:44qui sont évidemment sous la tension géopolitique actuelle,
00:47mais aussi si on prend le contrat décembre 2026 par exemple, il a pris 10 dollars en quelques jours.
00:53Donc l'ensemble de la courbe du pétrole monte.
00:55La prime d'inflation anticipée, du coup, est en train de progresser,
01:00pas seulement sur les inflations anticipées à un an,
01:04mais aussi sur les anticipations d'inflation à 5 ans ou à 10 ans.
01:08Et donc du coup, ça, ça donne une première poussée, un élément de poussée sur les taux longs américains,
01:13aussi européens, mais plus essentiellement sur les marchés américains.
01:18Car le marché est toujours dans l'anticipation, il faut le rappeler.
01:21Absolument, il s'agit de savoir si, à 10 ans, comment va être la situation de financement des États-Unis,
01:26comment va être l'inflation, et le taux à 10 ans essaye d'anticiper le cumul de taux réels et
01:33d'inflation.
01:34Donc ça, c'est un premier moteur de hausse des taux mondiaux, et aux États-Unis en particulier.
01:39Le deuxième moteur, plus spécifiquement sur les États-Unis, c'est le dérapage budgétaire.
01:44La guerre continue, les dépenses militaires continuent,
01:47et le gouvernement Trump actuel n'a pas le compas sur le déficit budgétaire,
01:53a le compas sur ses objectifs militaires et les objectifs iraniens.
01:57Et du coup, il y a une sorte de prime budgétaire qui se développe aussi,
02:01à un moment donné où la dette totale des États-Unis par rapport au PIB
02:07a touché la semaine dernière 100% du PIB,
02:11et on a, comme vous l'avez rappelé ce matin dans vos différentes émissions,
02:16il y a un trion de dettes, de charges de dettes aujourd'hui à financer.
02:20Et ça, c'est une prime budgétaire qui se développe,
02:24qui ne se développait pas avant parce que le dollar, devise internationale,
02:27parce que la dette T-bonds, dette mondiale,
02:30et aujourd'hui avec un monde beaucoup plus multipolaire,
02:34avec une dette américaine un peu plus isolée,
02:36avec un engagement des investisseurs internationaux
02:41qui peut être moins fort sur la dette américaine,
02:43il y a une prime de risque qu'il faut rajouter.
02:45Et ça, ça touche particulièrement la partie longue de la courbe.
02:48Est-ce que ce n'est pas aussi un changement de paradigme
02:50dans le sens où depuis le début de ce conflit,
02:52ça va quand même faire plus de deux mois,
02:54le marché est dans l'hypothèse, le scénario principal,
02:56c'est un conflit court.
02:57Tout va rentrer dans l'ordre d'ici l'été ou au mois de juin.
03:00Bon, là, on se rend bien compte que ce baril à 110 dollars,
03:02même si la guerre prend fin demain,
03:05il aura des impacts, ce baril à 110 dollars,
03:07sur le troisième trimestre, voire même au-delà.
03:10Donc forcément, ça se modélise tout ça.
03:12Ça a un impact sur le prix des actifs.
03:14Absolument, vous avez parfaitement raison, Étienne.
03:16Si demain, on ouvre le détroit d'Ormouz,
03:19le pétrole ne coule pas à flot le lendemain matin.
03:22Il y a un tas de problèmes de stockage,
03:25de pipeline, de volume, de pression dans les pipelines,
03:28qui fait qu'on ne pourra pas produire autant
03:31que juste avant la guerre du Golfe.
03:33Tout de suite, il faudra un certain temps
03:35pour remettre les capacités de production.
03:37Ensuite, il y a les capacités de raffinage.
03:39Ensuite, il y a les capacités de transport.
03:42Et ensuite, il y a les capacités d'accueil dans les ports
03:44pour prendre les produits raffinés.
03:46Et tout ceci est une chaîne qui est compliquée
03:48et qui ne se remet pas dans l'instant.
03:50Et c'est pour ça que je disais tout à l'heure,
03:52les contrats éloignés commencent eux aussi à pricer.
03:57Un conflit qui dure,
03:58mais une remise à niveau de la production de produits
04:01qui sera beaucoup plus lente que prévue au départ.
04:04Le CAC 40 a perdu 1,7 hier.
04:06L'Eurostox a perdu 2%.
04:08Wall Street est toujours sur un nuage,
04:09grâce à la tech américaine.
04:11Mais est-ce que vous pensez que le marché,
04:13dans son ensemble, a pris conscience
04:14qu'au final, le meilleur des scénarios
04:16est de moins en moins probable ?
04:18– Alors, ce n'est pas tout à fait vrai,
04:21parce que je crois que là, pour l'instant,
04:23les corrections qu'on peut avoir sur le marché actions
04:26me semblent très limitées
04:28par rapport à ce que ça pourrait être
04:30si jamais on prenait vraiment conscience
04:32d'un problème dans la durée
04:34et aussi de banques centrales
04:35qui seraient du coup forcées
04:36de remonter leurs taux
04:38et d'appliquer une contrainte sur l'économie
04:41parce qu'il faut lutter contre l'inflation.
04:43Et ça, ce scénario-là,
04:45il n'est pas encore pressé par le marché.
04:47– Il n'est pas encore pressé par le marché,
04:49d'autant plus que la semaine dernière,
04:50les banquiers centraux sont restés assez évasifs
04:53sur les anticipations de hausse de taux.
04:56Alors si pour la Fed, la semaine dernière,
04:59c'était une réunion très symbolique,
05:00puisque c'était la dernière réunion de Jerome Powell,
05:02du côté de la BCE,
05:04pourquoi pas une hausse de taux au mois de juin ?
05:05En tout cas, pour l'instant,
05:06le marché l'anticipe.
05:08– Exactement.
05:09Et je pense que là,
05:09les indicateurs de la conférence de presse
05:12de Christine Lagarde après la réunion
05:13sont assez clairs.
05:15Aujourd'hui, si rien ne se passe de positif dans le Golfe,
05:19si le prix du pétrole ne baisse pas
05:21d'à peu près 10 à 15%,
05:24il y a une très grande probabilité
05:26de première hausse des taux en juin.
05:28La question est de savoir
05:29si elle sera suivie par une autre hausse des taux.
05:32Et de combien, à ce moment-là,
05:34on aurait une hausse ?
05:35Il est très rare qu'une banque centrale
05:38monte les taux une fois et s'en aille.
05:40C'est arrivé en 2008,
05:41c'est arrivé en 2011.
05:43Ça n'a pas été un moment de gloire.
05:46Mais en même temps,
05:47aujourd'hui, la situation est que
05:49l'impact de la hausse du prix du pétrole
05:52sur la demande finale
05:53peut être assez négative,
05:55non pas seulement par les prix,
05:57mais par l'absence de produits.
05:58Et donc, vous avez des entreprises,
06:00aujourd'hui,
06:00qui ne peuvent plus garantir
06:02la livraison de leurs produits
06:03parce qu'elles ne peuvent pas,
06:04elles-mêmes,
06:05être garanties
06:06de la livraison de pétrole.
06:08Et donc, du coup,
06:09on ne prend pas de risques,
06:09on ne peut pas prendre de risques
06:10de garanties.
06:11Donc, du coup,
06:12on arrête ou on freine la production.
06:13Et ça,
06:14ça a un impact direct
06:16sur le PIB,
06:17ça a un impact direct
06:18sur la demande.
06:19Et en termes de politique monétaire,
06:21ce n'est pas tout à fait
06:21les mêmes termes de décision.
06:23Et comment vous anticipez,
06:24vous, aujourd'hui,
06:25ces hausses de taux
06:26de la BCE
06:27dans un environnement
06:28qui est quand même très mouvant ?
06:29Je pense que la hausse
06:32du prix du pétrole
06:33aujourd'hui est inévitable
06:34encore pour les prochaines semaines
06:35et que par conséquent,
06:36la décision de juin
06:38sera probablement une hausse
06:39et ce sera difficile
06:40d'aller contre
06:41les arguments
06:42qui ont été développés
06:43dans la réunion
06:44de jeudi dernier.
06:45Pour l'instant,
06:46ça a été atténué,
06:47mais ce ne sera pas forcément
06:49contrôlé
06:49lors du prochain meeting.
06:52Ensuite,
06:53pour nous,
06:54nos anticipations,
06:55c'est qu'on a
06:55une hausse des taux
06:56et ensuite,
06:57on voit.
06:57parce que le meeting
06:59par meeting,
07:00ça a une vraie réalité
07:01aujourd'hui.
07:02L'incertitude géopolitique
07:03est telle
07:04qu'on ne peut pas
07:05vraiment tirer des plans
07:06sur la comète.
07:06Mais je ne crois pas
07:07qu'il faille aujourd'hui
07:08imaginer une hausse des taux
07:10à la 2022
07:11qui soit rapide,
07:13qui soit très forte,
07:14qui s'arrête
07:15au bout d'un an seulement.
07:17La Banque Centrale Européenne
07:19dit qu'elle souhaite
07:20être agile
07:20et agile pour moi,
07:22ça veut dire
07:22je peux monter aujourd'hui
07:24parce que j'ai un défi
07:25sur mes anticipations
07:26d'inflation,
07:27mais je peux aussi
07:28baisser relativement
07:29rapidement
07:29si jamais le contexte
07:31s'améliore suffisamment.
07:32Éric Meulard,
07:33vous êtes responsable
07:34des stratégies obligataires
07:35corporates
07:35chez Munich & Co.
07:36Depuis le mois de février,
07:39on a des taux
07:41qui ont
07:41pricé
07:42au final
07:43ce scénario.
07:44Aujourd'hui,
07:44on a des rendements
07:45qui sont supérieurs
07:47à ce début d'année.
07:49Comment aujourd'hui
07:49vous captez du rendement ?
07:50Comment vous arbitrez
07:51un petit peu
07:51les portefeuilles ?
07:53Alors,
07:53nos anticipations,
07:54c'est surtout
07:55que la partie courte
07:56aujourd'hui price
07:56beaucoup de choses
07:57de la part des banques centrales,
07:58qu'elles seront peut-être
07:59délivrées,
08:00mais pas plus que ça.
08:02Et donc,
08:02par conséquent,
08:02la partie courte de courbe
08:04nous semble intéressante.
08:05La partie longue,
08:07on le voit depuis hier
08:08ou avant-hier,
08:09est terriblement volatile.
08:11Et pour un investisseur
08:13particulier
08:14ou un investisseur
08:15de gestion de fortune,
08:17aller aujourd'hui
08:18sur la partie longue
08:19de la courbe,
08:19c'est un peu compliqué.
08:21En revanche,
08:21vous avez des investisseurs
08:23institutionnels
08:23qui vont venir
08:24sur la partie très longue
08:25de courbe.
08:255%,
08:26ça va leur faire quelque chose.
08:28Les assureurs sont contents
08:29de trouver du 5%
08:29sur du 30 ans.
08:31Absolument,
08:32assureurs,
08:32fonds de pension américains
08:33qui ont aujourd'hui
08:34un ratio de financement,
08:37un ratio de funding,
08:38comme on dit,
08:39actif par rapport au passif
08:40qui est aux alentours de 108.
08:42Obtenir aujourd'hui
08:42du 5% sur du T-Bond,
08:44c'est bien à 30 ans.
08:45Et vous avez une prime
08:46sur le crédit.
08:47Donc,
08:47vous avez à peu près
08:4870 points de base,
08:4980 points de base,
08:49en plus que vous pouvez avoir
08:51sur un méta,
08:53Iceberg Scaler,
08:53qui va venir à 30 ans.
08:55Et ça,
08:55ça vous fait des rendements
08:56proches de 6%.
08:57Vous êtes parfaitement
08:58contents avec ça.
08:59Mais quand on est
08:59un investisseur particulier,
09:01on a envie de diversifier
09:02son portefeuille.
09:04On se dit,
09:04bon,
09:04je ne suis pas à l'aise
09:04avec les niveaux de Wall Street,
09:05tout ce qui se passe sur l'IA.
09:07Bon,
09:07le monétaire,
09:08c'est bien,
09:08mais je cherche mieux.
09:09Qu'est-ce qu'on peut trouver
09:10aujourd'hui en termes de rendement ?
09:11Avec quel horizon d'investissement
09:13sur la partie obligataire ?
09:14Vous pouvez avoir
09:15sur des obligations
09:16de l'ordre
09:17de ce qu'on appelle
09:18le haut rendement
09:19avec une duration courte
09:21de l'ordre à 3,50
09:22des taux de l'ordre
09:23de 5,5.
09:24Sur du 3 à 5 ans ?
09:26Sur du 3 à 5 ans.
09:27Et avant commission,
09:29évidemment.
09:30Parce que ça,
09:31c'est un autre débat.
09:32Mais sur le marché,
09:33vous avez à peu près
09:345,5 sur des signatures
09:36que l'on nomme WB
09:38avec des durations
09:39relativement courtes,
09:40donc sans trop de sensibilité,
09:41mais avec un spread de crédit
09:43qui est intéressant.
09:44Merci beaucoup,
09:44Eric Muller,
09:45de vous avoir accompagné
09:46ce matin,
09:46responsable des stratégies
09:47obligataires,
09:48corporate chez
09:48Musini Canco
09:49pour faire un point
09:50sur ce marché obligataire.
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