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  • il y a 4 jours
Aujourd'hui, c'est au tour de Stella Rocha, ancienne prostituée transgenre, et Yannis Ezziadi, comédien, auteur de "Allée de la Reine Marguerite", de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.

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Transcription
00:05Et plus précisément, Allée de la Reine Marguerite, puisque c'est là-bas qu'elle travaillait, Stella Rocha, bonjour.
00:11Bonjour, bonjour, bonjour à tous.
00:13Souvenir d'une brésilienne au bois de boulogne, c'est un livre aux éditions Le Cherche Midi, écrit avec Yanis
00:18Eziadi, qui est avec nous.
00:19Bonjour Yanis.
00:19Bonjour.
00:21Qu'est-ce que c'est que cette Allée de la Reine Marguerite, précisément, alors ?
00:25Alors, tout d'abord, je voulais juste vous rétifier quelque chose, parce qu'en fait, j'ai regardé de la
00:29publicité, vous avez dit que mes parents m'ont chassé de chez moi par rapport à ma homosexualité.
00:35Oui, à Belém, vous êtes né à Belém. Vous avez quitté un milieu où vous refusez votre homosexualité au Brésil.
00:42Non, pas du tout, pas du tout. Mes parents, ils n'ont pas accepté mon choix, mais bon, ils ne
00:47m'ont pas expulsé. C'est moi qui ai parti de mon propre choix.
00:50Voilà, mais ça, je vais vous parler d'un autre livre qui va sortir peut-être bientôt.
00:55D'accord. Alors, justement, avant d'aller sur l'allée de la Reine Marguerite, vous aviez 15 ans, c'est
01:01ce que vous dites.
01:02Vous êtes né à Belém, au Brésil.
01:04Je suis né à Belém, au Brésil.
01:04C'est ça, dans une famille où vous étiez 10 au total, avec un père qui était très sévère.
01:10Et lorsque vous avez découvert, il a découvert votre homosexualité, c'était plus possible, en fait.
01:15En fait, mon père était policier. Et voilà, c'est vrai que dans la famille de la police, accepter ce
01:21genre de choses, ce n'est pas évident.
01:22Mais bon, ils ne m'ont pas expulsé. Au contraire, ils m'ont gardé. Mais j'avais des règles à
01:25respecter. Voilà.
01:27Mais bon, ça, c'est mon enfance.
01:28Et pourquoi êtes-vous arrivée à Paris à 20 ans, alors ?
01:30Je suis arrivée à Paris par rapport à ma liberté. J'ai toujours aimé la France.
01:38J'ai toujours eu cette passion pour la France. Et pour moi, la France, c'est un pays de liberté.
01:42C'est là où je pouvais être vraiment qui j'étais, qui je suis. Voilà.
01:45Et vous vouliez devenir femme ?
01:48Ma transition, ça commençait déjà au Brésil.
01:50Ça commençait déjà au Brésil. Et puis, en France, j'ai tout fait. Mes seins, mon corps, et voilà.
01:56Et comment vous êtes tombée dans la prostitution, alors ?
01:58En fait, quand je suis venue à Paris, je suis venue vraiment pour faire du tourisme. Vous voyez ? Pour
02:02faire du tourisme.
02:03Parce qu'à ce moment-là, j'étais en Guyane française avec ma famille.
02:06Et puis, voilà, j'avais plus d'argent. Je me trouvais dans une situation très compliquée, en habitant chez des
02:11personnes qui ont gentiment m'hébergé.
02:15Mais bon, après, ensuite, j'avais plus d'argent. Plus d'argent pour même pas changer mon billet d'avion
02:19pour retourner en Guyane française.
02:21Donc, du coup, voilà, un ami à moi, il m'a dit, voilà, je connais un endroit qui s'appelle
02:25Bas de Boulogne.
02:25Et puis, les gens vont là-bas. Les filles se mettent là-bas.
02:28Et puis, les hommes, tu fais un petit service aux hommes. Et puis, voilà, t'as de l'argent.
02:33Et pourquoi vous avez accepté ?
02:35J'ai accepté parce que j'étais... Déjà, c'était mon choix d'accepter.
02:39Et puis, j'étais dans une situation très compliquée, très difficile.
02:42J'arrive, j'étais toute seule en France, à Paris.
02:44Je connaissais une seule personne. J'avais même pas l'argent pour manger. J'avais rien du tout.
02:49Voilà. Donc, il y a eu cette solution qui est apparue devant moi.
02:51Donc, je l'ai prise.
02:54L'allée Sainte-Marguerite, c'est de la Reine Marguerite ? C'est quoi Sainte-Marguerite ?
02:58L'allée de la Reine Marguerite, c'est le nom de l'avenue
03:00dans laquelle on travaillait au Bas-de-Bologne.
03:03Combien de personnes là-bas ?
03:04Oulah ! C'est pas évident. Moi, je comptais pas.
03:07Non, mais à l'époque de Stella, on a retrouvé, il y avait à peu près 500-600 filles.
03:12Ouais, voilà, c'est ça.
03:12C'est que des transsexuels et travestis.
03:15Ce qu'il faut bien utiliser.
03:16On est dans quelle année, à ce moment-là ?
03:171993.
03:1993, en réalité.
03:20D'accord. Et quel est le...
03:22Comment ça se passe ? C'est le jour ? C'est la nuit ? Comment ça se passe ?
03:26En fait, moi, au début, quand je suis arrivée,
03:30j'avais un visa de trois mois.
03:32Donc, j'ai atterri là.
03:34Et puis, c'était pas du tout évident, déjà, pour avoir sa place.
03:37J'ai dû me battre pour avoir ma place.
03:40Je me suis battu.
03:41Et puis, partout dans le bois, il y a un propriétaire.
03:44La rue avait un propriétaire.
03:45À l'intérieur du bois, même les arbres avaient du propriétaire.
03:48Donc, voilà, moi, je suis arrivée complètement innocente.
03:50Je connaissais pas du tout ce milieu-là, ce monde-là.
03:52C'était pas du tout le mien.
03:53Mais qui vous a guidée là-dedans ?
03:54Justement, c'est mon ami qui m'a accueilli quand je suis arrivé en France,
03:57qui m'a accueilli chez lui, voilà, qui habitait à Torcy, voilà.
04:00Bradley, qui s'appelait à l'époque.
04:02Et puis, c'est lui qui m'a amené, parce que sa famille d'origine colombienne
04:05habitait déjà en France à Torcy depuis des années.
04:08Mais vous connaissez pas le bois de Boulogne du tout ?
04:10Voilà, voilà, voilà, non, non, non, il avait jamais été.
04:12Il a entendu dire, parler de cet endroit-là, auquel les filles étaient là-bas,
04:16et puis les messieurs gentiment lui donnaient de l'argent.
04:18Et quel type de clients, alors, viennent, venez au bois de Boulogne ?
04:22Eh bien, il y a du tout, il y a de tout, il y a de tout, de tout genre,
04:26de tout style, qui vous pouvez imaginer.
04:29Vous avez eu des célébrités déjà ?
04:31Est-ce qu'il y a eu des célébrités ?
04:32Eh bien, écoutez, vous savez, dans ce monde-là, vous savez,
04:37c'est tellement hypocrite, je vois très bien à la télé,
04:41parfois, des politiciens qui parlent mal de la prostitution,
04:43alors que, si vous voulez, je peux vous donner la liste,
04:45des politiciens, des journalistes, des acteurs, des chanteurs,
04:50que j'ai eu comme client, mais ça, je ne dis pas, parce que c'est un secret.
04:53Qui venait régulièrement, j'imagine, en plus.
04:55Voilà.
04:56Alors, moi, votre...
04:57Je ne sais pas une balance.
04:58Ah ben, bien entendu, mais c'est bien de le savoir.
05:00Moi, votre livre m'a bouleversé, pourquoi ?
05:02Parce que je travaille sur la question de la prostitution,
05:05mais la dérive, la prostitution des mineurs.
05:07Et c'est quelque chose que je ne fais jamais.
05:09J'ai écrit une petite note pour vous dire à quel point votre livre m'a intéressé.
05:13Toutes les anecdotes qu'il y a dedans m'ont rappelé ce que je vois au quotidien,
05:17sauf que les filles que j'accompagne, elles ont entre 11 et 15 ans.
05:21Votre livre, bien que très direct,
05:22ce n'est pas un récit caricatural ni un livre pornographique gratuit.
05:26C'est un récit qui parle des marges de la société
05:28et de comment la société abuse des personnes qu'elle abandonne elle-même.
05:34Les abandonnés souffrent et sont livrés à des pouvoirs obscurs,
05:39des pouvoirs qui, des fois, portent l'uniforme de la République,
05:42des pouvoirs qui sont en jogging tout simple
05:44ou des pouvoirs qui trônent dans les hauts palais de l'État.
05:48Quelles sont les choses que j'ai retenues ?
05:50Parce que c'est un ouvrage qui est profondément social.
05:53Déjà, c'est un récit authentique
05:54de quelqu'un qui a vécu les choses de l'intérieur.
05:57C'est un récit hautement humain
06:00parce que l'humanité côtoie la cruauté.
06:03C'est un récit de survie.
06:05Comment exister dans un monde inexistant ?
06:10Et c'est une fresque sociale du Paris nocturne des années 90.
06:13Les années 90, c'est les années fric,
06:16les années sida.
06:19Et ce sont les années de tous les excès.
06:21Alors, je voudrais vous dire bravo, déjà.
06:24Et mes questions très rapidement.
06:26Comment allez-vous aujourd'hui psychologiquement ?
06:29Est-ce que vous faites encore des cauchemars malgré la para ?
06:33On voit que vous êtes quelqu'un,
06:34une personne très forte.
06:35Vous êtes une personne très forte.
06:37Y a-t-il des traumas quand même que vous gérez ?
06:39Écoutez, vous savez, dans mon livre,
06:42ce n'est pas pour me plaindre.
06:43Ce n'est pas pour me plaindre
06:44parce que c'est vrai que c'était mon choix de le faire.
06:47C'est vrai qu'il y a des choses terribles
06:49que ça se passait là-bas.
06:50Il y a des choses vraiment compliquées à vivre et à voir.
06:55Mais bon, la plupart du temps,
06:57moi, de mon côté, ça allait.
06:59Parce que moi, je prenais ça vraiment, vraiment, vraiment pour un travail.
07:02Donc, j'arrivais à 22h.
07:04À 2h du matin, je partais.
07:06J'ai choisi mes clients.
07:07Voilà, moi, j'étais en TDS,
07:09un travailleur de sexe indépendant.
07:10Je n'ai jamais été dans des réseaux.
07:12Il n'y a pas eu de macro ?
07:13Non, jamais.
07:14Au contraire, non, non.
07:15De proxénètes, non.
07:16Non, non, de proxénètes, non, non.
07:17Donc, je n'ai jamais eu de proxénètes.
07:19J'étais une TDS indépendante.
07:22Donc, cette manière de travailler,
07:25pour moi, c'est vraiment un travail
07:26comme si j'allais dans une entreprise.
07:27Pendant combien de temps vous l'avez fait ?
07:29J'ai travaillé de 93 jusqu'à 2002-2003.
07:33Et pourquoi vous avez arrêté ?
07:34J'ai arrêté parce que, en fait,
07:36ce travail-là,
07:38ce n'était vraiment pas fait pour moi.
07:39Même si je l'ai fait,
07:41j'ai du plaisir à le faire.
07:44Mais moi, je ne voulais pas être une de plus.
07:47Vous voyez ?
07:48Je ne voulais pas être une de plus.
07:49Je voulais vraiment avancer
07:51dans le milieu dans lequel j'ai toujours aimé,
07:53que c'est le milieu artistique,
07:54dans le cinéma, dans le théâtre
07:55et dans le spectacle.
07:57Voilà.
07:57C'est ça que je voulais.
07:58Donc, j'ai utilisé cet outil,
08:01j'ai utilisé la prostitution
08:02pour me payer des formations,
08:07des stages, justement,
08:08pour, à la fin,
08:10que j'arrêterai,
08:11pouvoir m'insérer
08:13dans le milieu du spectacle,
08:14dans le théâtre,
08:15dans le cinéma.
08:16C'est ce qui s'est passé, d'ailleurs.
08:18Vous avez commencé à tourner.
08:19Mais vous avez gagné jusqu'à combien ?
08:23Au plus fort de votre carrière,
08:25si je puis dire.
08:25C'est très difficile.
08:27Par nuit, vous pouviez gagner combien ?
08:29Par nuit, je pouvais gagner entre...
08:31Enfin, la nuit où je ne travaillais pas bien,
08:34quand même, j'ai amené la maison
08:36entre 1 500 et 2 000 francs.
08:38Alors, des soirs,
08:39ça marchait très, très, très bien.
08:41Je pouvais partir avec 6 000,
08:426 000 francs, 8 000 francs, voilà.
08:45Mais qui profite, honnêtement,
08:47du silence autour de ce monde invisible ?
08:49Il y a des gens qui profitent, quand même.
08:51C'est-à-dire ?
08:52Parce que dans votre livre,
08:53vous parlez bien du fait qu'il y a un système,
08:56j'utilise mes mots,
08:57mais qui abuse de la vulnérabilité de ces personnes
09:01par la peur, par la pression,
09:04par l'aspect financier aussi.
09:06Mais écoutez, à la période,
09:09cette période-là,
09:11ce qu'ils ne faisaient pas,
09:12c'était la police.
09:13Vous voyez, c'était la police, justement,
09:15parce que...
09:15Qui vous interpellait, qui vous arrêtait.
09:17Alors, il y avait deux tours de la police.
09:20Avant minuit, c'était des policiers,
09:22qui étaient adorables, très gentils.
09:23Ils venaient nous voir.
09:24Est-ce que ça va ?
09:25Est-ce qu'il y a des racailles ?
09:26Est-ce que vous avez des problèmes ?
09:27Est-ce que vous avez été agressés ?
09:28Volés ?
09:29Tout ça, machin.
09:29Ils nous faisaient un contrôle d'identité
09:31et puis un PV pour racolage.
09:33Ok, ça va, ça passe.
09:34Mais après, les policiers,
09:35d'après-minuit, c'était autre chose.
09:36C'était le jour et la nuit.
09:38Eux, ils étaient vraiment très méchants.
09:41Il ne fallait pas courir.
09:43Or que moi, quand j'arrivais,
09:44je ne connaissais pas tous les codes.
09:45Je ne savais pas du tout
09:46comment ça allait se passer.
09:47Donc, du coup, voilà,
09:49on m'a parlé d'un policier
09:51qui était vraiment...
09:52Quand je suis arrivé,
09:53il avait déjà ce surnom.
09:54Je suis désolé,
09:55mais il s'appelait Hitler.
09:56Voilà, c'était le surnom
09:56qu'ils ont donné.
09:57Donc, il était très, très méchant.
10:00Mais vraiment très méchant.
10:01C'est pour ça qu'il avait ce surnom.
10:02Bon, voilà.
10:03Et puis, une fois,
10:05j'ai couru
10:06et puis les policiers m'ont rattrapé,
10:07m'ont ramené jusqu'à lui.
10:08Et puis voilà,
10:09c'était un coup de pied
10:11dans le panier à salade,
10:12comme on veut dire à l'époque.
10:13Voilà.
10:14C'était la violence des policiers.
10:15Mais pourquoi ?
10:16Pourquoi cette violence
10:17dans ces cas-là ?
10:17Eh bien, je n'ai jamais
10:19pu comprendre.
10:19Un jour,
10:20un jour,
10:21ils m'ont chopé.
10:21Une copine à moi,
10:22elle m'a dit
10:22oui, vous êtes jaloux
10:23parce que ce qu'on fait
10:24dans une journée,
10:25vous faites dans un mois.
10:26Et puis là,
10:27c'était des agressions.
10:28C'était...
10:28Voilà.
10:30Donc, je ne comprends pas.
10:31Je comprends pourquoi
10:32il y avait tellement de TDS.
10:35Il y avait tout de cette...
10:36Parce que je suis arrivé
10:36dans une période très compliquée,
10:38non, Yanis ?
10:39Oui, parce que Stella
10:39est arrivé juste après.
10:40Il y a eu une fermeture
10:41du bois de Boulogne.
10:42Et avec un gros coup de filet
10:44de la police
10:44qui avait renvoyé
10:45les prostituées
10:46les plus importantes
10:47du bois de Boulogne.
10:47Et Stella arrive à ce moment-là
10:48dans un bois
10:49qui est en pleine reconstruction
10:50avec plein de nouveaux personnages
10:52et la carte est en train...
10:52Avec une nouvelle répartition
10:53des territoires.
10:54Avec une nouvelle répartition, voilà.
10:55Mais il faut bien comprendre
10:56parce que ce que vous dites,
10:58ça peut être...
10:59Alors, vous avez lu le livre
10:59donc vous avez compris,
11:00mais ça peut être mal compris
11:02par les auditeurs.
11:03C'est-à-dire que le bois de Boulogne,
11:05évidemment,
11:06n'est pas tenu
11:06par une mafia.
11:10Mais il y a une tolérance
11:12de toutes les filles
11:13qui sont là, quoi.
11:13Puisque ça fait combien de temps
11:14maintenant qu'il y a
11:15de la prostitution
11:15dans le bois de Boulogne ?
11:16Le bois de Boulogne,
11:16en tout cas,
11:17ce qu'on appelait à l'époque
11:19les travesties brésiliennes,
11:21elles ont entamé
11:22la colonisation
11:22du bois de Boulogne
11:23au début des années 80.
11:25Elles sont arrivées d'abord
11:26fin des années 70 à Pigalle,
11:27ensuite elles ont colonisé
11:28le bois de Boulogne,
11:29elles ont chassé les femmes,
11:31les femmes biologiques,
11:33et c'est devenu
11:33un endroit de prostitution
11:35travestie et transsexuelle.
11:36Mais ce qu'il faut bien comprendre,
11:38c'est que Stella,
11:38quand elle arrive,
11:40elle tombe sur cette femme
11:42plus âgée qu'elle,
11:44transsexuelle brésilienne
11:45qui s'appelle Vera,
11:45qui est dans le livre,
11:46et Vera est vraiment
11:47ce qu'on appelle
11:48une professionnelle.
11:49C'est-à-dire que Vera,
11:51que j'ai pu fréquenter
11:52pendant six mois,
11:53Vera est une femme transgenre
11:55qui aime la prostitution
11:58et qui encore aujourd'hui,
11:59alors qu'elle est à la retraite,
12:01le dit,
12:01elle dit,
12:02mais moi je ne vais pas rester
12:02à rien faire,
12:03moi je fais une passe
12:03de temps en temps
12:04pour me faire plaisir,
12:05et Isidro aussi
12:06qui est dans le livre.
12:08Il y a une sacrée galerie
12:09de portraits dans le livre aussi.
12:11On croise des personnages,
12:13ça interpelle aussi
12:14sur leur parcours de vie,
12:16ce qu'ils font.
12:17Bien sûr,
12:17c'est une faune de personnages,
12:19le bois de boulogne.
12:20Pour ceux qui comprennent,
12:21ça s'est installé maintenant
12:23la prostitution
12:24dans le bois de boulogne.
12:26Il y a toujours énormément,
12:27énormément,
12:28et c'est des centaines de filles.
12:29Nous on y retourne
12:30avec ça.
12:31C'est impossible
12:31de faire dégager
12:32la prostitution
12:33pour les gens
12:33qui se disent
12:34Mais elle ira ailleurs.
12:35Oui, peut-être.
12:36Si tu veux,
12:36le bois de boulogne,
12:37au départ,
12:37on se dit
12:38c'est un lieu de promenade,
12:39de jogging,
12:39on en voit même
12:40dans la journée.
12:41Le matin,
12:42pour ceux qui vont se promener
12:43dans le bois de boulogne,
12:45t'as des kleenex,
12:46t'as des capotes,
12:46de temps en temps,
12:47tu retrouves une chaussure.
12:49Je le sais,
12:50par expérience,
12:50je vais promener mon chien.
12:51Des fois,
12:51on se dit
12:51merde quand même.
12:53On va dire ça comme ça,
12:54je sais,
12:55je vais avoir droit
12:55à toutes les vannes,
12:56etc.
12:57Allez-y,
12:58c'était là,
12:58dit que vous m'avez croisé
13:00un jour,
13:00Nani,
13:01Nani,
13:01voilà,
13:01on y est.
13:02C'est vrai que
13:05dans ma période,
13:06on avait tous
13:08des petits sachets
13:10là où on jetait
13:11les préservatives
13:12pour vraiment,
13:13dans notre période,
13:14c'était vraiment
13:15un endroit
13:15dans notre coin
13:17parce que le bois
13:17elle est immense
13:18mais nous,
13:19à la rue de la Margarite,
13:20on était très
13:22engueulés justement
13:23quand une autre fille
13:24allait dans notre doigt
13:25où elle amenait les clients,
13:26si elle avait laissé
13:27des préservatives
13:27ou des papilles,
13:28tout ça machin,
13:29on les engueulés,
13:29il faut jeter tout
13:30dans la peaubelle
13:30et puis à la fin,
13:31on a jeté la peaubelle,
13:32voilà.
13:33Donc il y avait
13:33une certaine propreté.
13:34Jean-Loup Bonami.
13:35Non,
13:36alors,
13:36je vais poser une question
13:37mais avant,
13:38j'ai une remarque quand même,
13:39c'est qu'il y a eu
13:40un petit malentendu,
13:41c'est-à-dire que
13:41quand on m'a dit
13:42qu'aujourd'hui
13:43on recevait une personne
13:44qui s'était prostituée
13:45pendant des années,
13:46c'était un peu blasé
13:47parce que j'ai cru
13:48qu'on allait encore
13:48recevoir un politique
13:51mais en fait,
13:52je vois encore un politique,
13:53c'est très intéressant,
13:54ou un journaliste,
13:55parce que,
13:55voilà,
13:56excusez-moi,
13:57excusez-moi,
13:58mais vous êtes quand même
13:59une amatrice
13:59en termes de prostitution
14:01comparée à certains politiques,
14:02par exemple,
14:03ceux qui en 2016
14:05vomissaient leur diatribe,
14:06tous ceux qui en 2016
14:07vomissaient leur diatribe
14:09contre Emmanuel Macron
14:09et qui en 2017
14:11sont devenus
14:11et qui en 2017
14:14sont devenus son ministre,
14:15ça c'est quand même
14:15un autre degré
14:16de prostitution
14:17que ce que vous décrivez là.
14:19Mais,
14:19plus sérieusement,
14:22la question que je voulais
14:22vous poser,
14:24justement,
14:24la question que je voulais
14:25vous poser
14:28sur cette situation,
14:31c'est...
14:32Tu as oublié ta question
14:34avec ta digression.
14:35Avec ma sortie,
14:36j'ai oublié ma question.
14:39Pourquoi autant de personnes
14:41d'Amérique du Sud ?
14:42Pourquoi il y a
14:43une surreprésentation
14:45justement d'origine ?
14:47Ça semble aussi
14:48très lié.
14:49Voilà,
14:49c'est les deux questions
14:50que je vous posais.
14:50C'est un,
14:51ça semble très lié
14:52à l'Amérique du Sud,
14:53à l'immigration brésilienne.
14:54Alors,
14:54pourquoi une telle spécialisation,
14:56une telle surreprésentation ?
14:58Et ensuite,
14:58apparemment,
14:59de ce qu'on lit dans le livre,
15:00c'est...
15:00Il y a eu de vraies
15:01histoires d'amitié,
15:02mais il y a eu aussi
15:02des guerres
15:03entre travailleuses du sexe
15:05dans le bois
15:05pour des emplacements.
15:07Ce n'est pas toujours
15:07un monde de solidarité.
15:08Oui,
15:09bien évidemment.
15:10Moi,
15:10quand je suis arrivé,
15:11je me suis...
15:12J'ai eu dû me battre.
15:13Je me suis battu
15:14avec cinq filles
15:14qui sont venues
15:15complètement me cartoler
15:16à droite,
15:16à gauche,
15:17à droite,
15:17à gauche.
15:18Donc,
15:18et puis justement,
15:19ma maman Dubois,
15:21qui s'est verra,
15:22elle me dit...
15:23Parce que pendant trois jours,
15:24quand je suis arrivé,
15:25pendant trois jours,
15:26on m'a chassé.
15:27Donc,
15:28moi,
15:28j'étais déjà dans une condition
15:29très,
15:29très compliquée.
15:30Donc,
15:31on me chasse pendant trois jours
15:32et puis là,
15:32ma maman Dubois,
15:33elle me trappe.
15:34Elle me dit,
15:34écoute,
15:35aujourd'hui,
15:35tu vas là-bas,
15:36tu vas te battre
15:36parce que si tu ne te bats pas,
15:38c'est moi qui vais te casser la gueule.
15:39Je dis,
15:39mais dis donc,
15:40je suis dans le caca total.
15:41Déjà,
15:41si je vais là-bas,
15:42on va me bagarrer
15:43et là aussi.
15:44Donc,
15:44je me suis dit,
15:44ok,
15:45c'est parti.
15:45Donc,
15:45je suis allé
15:46et puis voilà,
15:47donc,
15:48c'était une bagarre monstreuse.
15:50J'étais obligée
15:50de me foutre à poil.
15:51Je me suis foutu à poil
15:53comme Dieu m'a mis au monde,
15:54voilà,
15:54et puis j'ai tapé dans les voitures,
15:56j'ai carté
15:56parce qu'il fallait faire la folle.
15:58Voilà,
15:58il fallait faire,
15:59il ne fallait pas baisser les bras,
16:00il fallait montrer vraiment
16:03une certaine personnalité
16:05et caractère
16:06parce que sinon,
16:06elle te monte dessus
16:07et puis là,
16:07t'es foutu.
16:08Mais pourquoi autant de prostitution
16:09qui vient de l'Amérique du Sud ?
16:13Oui,
16:14de l'Amérique du Sud,
16:14je pense que c'est quand même
16:16la pauvreté,
16:18l'envie d'une vie meilleure,
16:21une vie d'aider sa famille justement
16:23parce que moi,
16:24j'étais dans une famille très pauvre.
16:26Et vous envoyiez de l'argent
16:27à l'époque
16:28à votre famille au Brésil ?
16:30Bien évidemment,
16:30quand vous êtes dans une famille
16:31de 10 enfants
16:32et que votre père est policier
16:35mais il gagne un salaire
16:36vraiment minable
16:37et votre mère est lavandière
16:38et ça fait mal au cœur
16:41à partir du 15 mois,
16:42il n'a plus rien à manger,
16:43vous avez un petit oeuf
16:45à partager à plusieurs
16:47et voilà,
16:48donc j'ai voyé
16:49beaucoup de souffrance
16:51dans ma famille,
16:52beaucoup de misère justement
16:54et puis un jour,
16:55j'ai dit à ma mère
16:55mais je ne pensais même pas
16:56qu'un jour,
16:57j'allais venir en France
16:57et pour voir ça,
16:58j'ai dit maman,
16:58un jour,
16:59un jour,
16:59je vais avoir tellement d'argent
17:00que je vais t'aider
17:01et je vais te sortir de ça.
17:02Voilà.
17:03Et puis la vie a fait que voilà.
17:04Mais sur la question
17:05de pourquoi les brésiliennes,
17:07on l'aborde très légèrement
17:09dans le livre,
17:10mais il y a une tradition
17:14de transgenres brésiliennes
17:15et d'Amérique latine
17:16qui viennent en France
17:16parce qu'en fait,
17:17ça a commencé dans les années 70
17:19parce qu'on pourrait penser
17:21que pour les trans,
17:23c'est beaucoup plus simple
17:23l'Amérique latine
17:24mais en fait,
17:25nous en France,
17:26depuis les années 60,
17:27on avait des stars
17:28comme Bambi,
17:29Coccinelle
17:29qui était à la télévision,
17:32à la radio,
17:33Coccinelle avait fait
17:34le changement de sexe
17:34et avait pu se marier
17:35avec un homme
17:36et cette Coccinelle
17:37avait fait une tournée
17:40au Brésil
17:40et les brésiliennes
17:41avaient vu
17:42qu'il y avait une star française
17:43qui partait à la télévision.
17:44Elle a cartonné au Brésil.
17:44Ça fait un carton.
17:45Les premières brésiliennes
17:46sont arrivées dans les années 70
17:48pour venir dans les cabarets
17:49en France
17:49et quand elles ont vu
17:50la prostitution à Pigalle,
17:52certaines se sont prostituées,
17:53sont rentrées au Brésil
17:55avec plein d'argent
17:55et les autres,
17:57comme on appelait ça
17:58les travestis,
17:59ont vu ça
18:00et se sont dit
18:00on va venir en France
18:01et là,
18:02dans les années 70,
18:03toutes les brésiliennes trans
18:05sont venues en France
18:06et la tradition
18:07a commencé comme ça
18:08et ça ne l'a jamais arrêté.
18:09Aller de la reine Marguerite
18:11souvenir d'une brésilienne
18:12du Bois de Boulogne,
18:12c'est Stella Rocha
18:13qui est avec nous
18:14avec Yannis Seziadi.
18:15C'est aux éditions du Cherche Midi
18:16Question des Gégés
18:17dans un instant.
18:18Laura Varton-Martinez,
18:19on continue cette discussion
18:20sur les souvenirs
18:22donc de la brésilienne,
18:25d'une des brésiliennes
18:25du Bois de Boulogne.
18:26Il est 11h20,
18:27vous êtes sur RMC
18:27dans les Gégés.
18:39RMC
18:39Alain Marchal,
18:41Olivier Truchot,
18:43Les Grandes Gueules.
18:53Les Gégés,
18:54les Grandes Gueules
18:56avec invité des Gégés,
18:58Stella Rocha,
18:59souvenir d'une brésilienne
19:00au Bois de Boulogne.
19:01C'est un livre
19:01avec Yannis Seziadi,
19:03ça parle de la prostitution
19:04dans le Bois de Boulogne
19:05dans les années 90.
19:07Vous avez raconté
19:08votre parcours du Brésil,
19:09comment vous êtes tombé
19:10dans la prostitution.
19:11Question de Laura Varton-Martinez.
19:12Oui, alors moi déjà,
19:15votre personnage,
19:16je l'ai adoré
19:16parce que vous êtes
19:17un personnage.
19:18Vous représentez un personnage,
19:19vous êtes quelqu'un.
19:20Moi, je dis ça,
19:21des gens.
19:22Vous êtes quelqu'un,
19:23vous êtes réellement quelqu'un.
19:23Vous êtes arrivée candide,
19:25vous en êtes ressortie battante.
19:26Donc déjà,
19:27c'est une preuve de courage.
19:29Et je voudrais,
19:30du fait du respect
19:31que j'ai pour vous
19:32à cet instant,
19:33vous poser une question
19:34très franche.
19:34Moi, je lutte
19:35contre les violences
19:36faites aux femmes
19:36et sur les violences sexuelles.
19:39et je me demande
19:40si la prostitution,
19:41parce que vous êtes
19:42une femme maintenant,
19:43vous nous représentez
19:44d'une certaine manière.
19:45Bien sûr.
19:45Et est-ce que la prostitution
19:48ne continue pas
19:48de mettre une pièce
19:49dans la machine
19:49où on continue encore
19:51d'offrir,
19:51même si c'est avec de l'argent,
19:53mais vous offrez
19:54ce qu'on a de plus précieux.
19:55Vous offrez notre corps.
19:56Est-ce que ça ne continue pas
19:58d'alimenter ça ?
19:58Est-ce que pour vous,
19:59les maisons closes,
20:00bien que ce soit encore
20:00de la prostitution,
20:01serait quelque chose
20:02qui pourrait commencer
20:02à réduire ce champ ?
20:04Moi, je trouve que malheureusement
20:05quand je passe au bois de Boulogne,
20:06parce que j'y passe souvent
20:07en voiture,
20:07j'ai mal au cœur.
20:08J'ai mal au cœur pour vous,
20:09même si je sais que la plupart
20:10le font volontairement
20:11et qu'il n'y a pas
20:12un proxénète derrière,
20:13mais j'ai quand même
20:14mal au cœur pour vous.
20:14Pour moi, je ne vois
20:15que le viol derrière tout ça,
20:17même si c'est contre de l'argent.
20:19Voilà, mais c'est ma vision à moi
20:21et du coup, j'aimerais
20:21que vous m'éclaircissiez
20:22sur le sujet.
20:23Écoutez, comment je pourrais
20:25répondre à tout ça ?
20:26Écoutez, c'est vrai
20:28qu'à partir du moment
20:29qu'on fait ce boulot-là,
20:31on est exposé
20:32à plein de choses.
20:32Moi, je savais très bien
20:33à partir du moment
20:34que j'ai commencé
20:34à faire le travail du sexe,
20:37je savais que ça allait
20:39m'arriver des bricoles.
20:40Comment ça m'est arrivé
20:41des agressions,
20:43vol de sacs,
20:44même de viols.
20:45J'étais violée
20:45par d'autres policiers.
20:47Voilà, j'étais violée
20:47par d'autres policiers.
20:48C'est des choses
20:49que je savais vraiment.
20:52Ils ont été arrêtés
20:53pour ce viol ou pas ?
20:54Non, non.
20:54Évidemment que non.
20:56Vous imaginez ?
20:57Je n'ai pas le droit
20:57de dire ça.
20:58On ne gèle pas
20:59à une prostituée ?
21:00Ce n'était pas du tout.
21:02Déjà, à l'époque,
21:03on était obligés
21:03d'avoir des visas.
21:04Donc, on n'était pas
21:05dans une situation irrégulière,
21:07mais quand même précaire.
21:09Vous avez été rackettés
21:11par les policiers ?
21:12Ça arrivait.
21:13Ça arrivait.
21:14Par des policiers ripoux.
21:15Ça arrivait.
21:15Pas à moi,
21:16mais à des copines à moi.
21:17Mais moi,
21:18ce viol-là,
21:19c'était vraiment
21:19très difficile
21:21et c'était vraiment
21:22quelque chose de terrible
21:23parce que pour moi,
21:24les policiers,
21:25c'est eux qui devaient
21:25nous protéger.
21:26Pas nous agresser
21:27et nous violer.
21:29Voilà.
21:29Bon,
21:29si ils m'avaient demandé
21:30gentiment,
21:31j'aurais fait.
21:34Passer par toute
21:34cette violence,
21:35vous savez.
21:36Et puis,
21:37voilà,
21:38je me suis dit
21:38un peu tu veux
21:38continuer s'il te plaît.
21:40et les maisons closes
21:41n'êtes pas au contraire.
21:42Les maisons closes,
21:42alors moi,
21:43je ne sais pas.
21:43Parce que ça alimente
21:44les réseaux,
21:44ça alimente la prostitution,
21:45ça alimente quelque chose
21:46d'illégal quand même.
21:48Les maisons closes,
21:49je pense à mon avis,
21:50ça va assurer
21:51à d'autres choses aussi.
21:52C'est vrai que ça va être
21:53plus régulier,
21:55ça va être...
21:55Moi, je suis pour
21:56l'interdiction pure et dure.
21:57Mais beaucoup de filles
21:57ne veulent pas de patron.
21:58Oui, mais voilà,
21:59c'est ça.
21:59Il y aura un autre souci
22:01qui va émerger.
22:02Donc,
22:04vous avez vu des étudiantes
22:05là-bas se prostituer
22:06pour gagner leur vie
22:06ou pas aussi ?
22:07Ah non, pas moi.
22:08Pas où j'ai travaillé.
22:09Pas où vous étiez.
22:10Non.
22:10Vous n'avez pas l'impression,
22:11pardon,
22:11mais de continuer
22:12d'alimenter justement
22:13cette culture
22:14de la femme
22:16soumise sexuellement
22:17à l'homme ?
22:17Mais il faut les voir,
22:18elles ne sont pas du tout
22:19soumises à l'homme.
22:19Non, non, mais c'est pour ça
22:21que moi je l'ai lu.
22:22J'ai lu, j'ai vu,
22:23mais il y a plein de gens
22:23qui ne vont peut-être pas le lire
22:25et vous avez un message
22:25aussi à faire passer.
22:26C'est Stella qui décide
22:28les clients qu'elle prend
22:29ou qu'elle ne prend pas.
22:30Elle les fouette,
22:33elles en rient
22:34entre elles aussi.
22:35Alors il y a des moments
22:36que Stella raconte
22:36qui sont compliqués,
22:37mais vous voyez bien
22:38que dans le récit
22:39de Stella
22:39et des filles
22:40qui entourent Stella
22:41qui sont dans le livre,
22:42c'est des filles
22:42qui choisissent de faire ça
22:43et qui décident.
22:45Vous parlez de vos clients
22:46à un moment
22:47et vous dites
22:48mes adorables soumis.
22:50Ah oui.
22:51Qui sont les adorables soumis ?
22:53Mes adorables soumis,
22:54c'est des messieurs
22:56très jungle mine,
22:58BCBG,
22:59voilà,
22:59qui j'ai adoré.
23:00Plutôt haute société.
23:02Voilà, c'est ça.
23:03J'ai adoré les voir
23:05parce que, voilà,
23:06c'est des messieurs
23:07très gentils
23:07qui, en fait,
23:09tout simplement,
23:10ont réalisé
23:11leurs fantasmes
23:12et puis, voilà,
23:13c'est donc à chacun...
23:14C'est quoi comme fantasme ?
23:15Chacun son fantasme.
23:16En fait,
23:17la plupart du temps,
23:17ils venaient habillés
23:19en femme,
23:20style,
23:22comment dire,
23:22tout en vinyle,
23:23tout en queer.
23:24Voilà, en fait,
23:25il y a...
23:25J'adore.
23:26C'est...
23:27Comment je peux vous dire ?
23:28Leur fantasme,
23:29c'est de se faire fouetter,
23:31marcher dessus...
23:32Mais ça se passe
23:33en pleine nature ?
23:34En pleine nature,
23:34à l'intérieur du bois.
23:35Voilà,
23:35donc je les attachais à l'arbre,
23:36je les fouettais...
23:38Je les fouettais et puis...
23:39C'était bien
23:40parce qu'il n'y avait pas
23:40de relations sexuelles,
23:41c'était un petit jeu
23:42entre nous
23:42qui était très,
23:43très, très bien payé.
23:44Et puis...
23:45C'est payé combien ?
23:46Parce qu'à l'époque,
23:47c'était payé 500 euros
23:48à l'époque.
23:49Ah, 500 euros.
23:49Voilà.
23:50Or que 500 euros
23:50dans une voiture,
23:51c'était le prix à l'hôtel.
23:53Pendant quoi ?
23:53Et ça durait combien de temps,
23:54500 euros ?
23:55Oh, après,
23:55c'est nous qui décidons.
23:56D'accord.
23:57Au moment où on avait marre,
23:58on décidait,
23:58puis voilà,
23:59c'est fini.
24:00De toute façon,
24:00c'est insommé,
24:01il n'a pas le droit
24:01à dire rien.
24:02D'accord.
24:02Parce qu'en fait,
24:05sur votre fiche,
24:05il y avait marqué
24:06Stella,
24:06la plus brésilienne de Paris,
24:08active, passive,
24:09sans tabou,
24:1021 centimètres,
24:11solide et épais.
24:12Waouh !
24:12Ça, c'est ce qui est écrit
24:13dans les...
24:14Ça, c'est avant l'opération.
24:15Alors, ça,
24:15c'était mon annonce
24:17après,
24:17parce qu'en fait,
24:18quand j'ai commencé,
24:19il y a eu l'air Internet,
24:20voilà.
24:21Donc, ça,
24:22c'était mon annonce
24:22sur Niermodel,
24:23sur un site d'escorte.
24:25D'accord.
24:25Parce que,
24:26quand je ne travaillais pas,
24:27après,
24:27quand j'ai arrêté le bois,
24:28je faisais l'annonce
24:29sur Internet,
24:30puis quand je ne travaillais
24:30pas à la maison,
24:31je retournais au bois.
24:32Il y avait plus de clients
24:33grâce à Internet
24:34ou au bois ?
24:36Il y avait plus au bois,
24:37bien évidemment.
24:38Mais après,
24:39sur Internet,
24:39on était chez nous.
24:41Mais attention,
24:42même si on était
24:42chez nous par Internet,
24:44ça n'empêchait pas
24:44de se faire agresser
24:46à la maison.
24:47Moi, j'étais
24:48cambriolée
24:49quatre fois.
24:51Quatre fois,
24:52moi,
24:52cambriolée à la maison.
24:53D'ailleurs,
24:53il y a beaucoup de filles
24:54avec qui on est toujours
24:55en contact,
24:56qui travaillent toujours au bois,
24:57qui disent qu'elles préfèrent
24:58travailler au bois
24:58que chez elles,
24:59parce que chez elles,
25:00un mec rentre,
25:01si elles se font agresser,
25:02elles se font agresser,
25:03tandis qu'au bois,
25:03et on le raconte,
25:04au bois,
25:05les filles ont un cri
25:05de guerre.
25:06Elles se protègent.
25:07On a notre cri de guerre
25:08qui s'appelle
25:09Todas.
25:09Et à partir du moment
25:10qu'on dit Todas,
25:11il faut que tu arrêtes
25:12avec un clé,
25:13tu arrêtes de le faire
25:14et tu vas aider
25:15la personne
25:16qui a demandé de l'aide.
25:17Et si tu ne viens pas,
25:18après,
25:18la personne aura
25:19un sale quart d'heure.
25:20Ah oui ?
25:21Ah oui,
25:21parce qu'on est solidaires
25:22entre nous.
25:23Donc si moi,
25:23j'ai un problème,
25:25j'écris Todas,
25:25Todas,
25:26ça veut dire toutes.
25:27Donc il faut que
25:28tout le monde vienne.
25:29Si la fille ne vient pas,
25:30après,
25:31on va les prester.
25:32Et vous êtes déjà battu
25:33avec des clients ?
25:35Oui,
25:35oui,
25:36je me suis battu.
25:37En fait,
25:37une fois,
25:37il y a quelqu'un
25:38qui est sorti de dans le bois
25:39parce que je n'ai pas voulu
25:40le prendre,
25:40je ne voulais pas parler de lui.
25:42Il était très en colère
25:42et du coup,
25:44il m'a sorti un sabre.
25:45Ah d'accord.
25:46Et ça s'est terminé comment ?
25:48Ça s'est terminé
25:49qu'en fait,
25:50nous,
25:51de notre côté,
25:51à chaque fois,
25:52dans notre travail
25:53pour se protéger,
25:54autour de nous,
25:55on cachait des pierres,
25:56on cachait des...
25:58ça pourrait être même
25:59d'armes blanches,
26:00des grosses pierres.
26:01Donc quand j'ai vu
26:02qu'il a sorti le sabre
26:04et qu'il a traîné
26:05par terre comme ça
26:05et qu'il y a le feu
26:06qui est sorti de son sabre,
26:07je me suis dit
26:08oh my gosh,
26:09qu'est-ce que je vais faire ?
26:09Donc du coup,
26:10je suis allé derrière moi,
26:12j'ai pris pas mal des pierres
26:13et puis j'ai commencé
26:14à lancer des pierres.
26:15Il ne faut pas montrer la peur,
26:16si tu montres la peur,
26:17c'est pire.
26:17Donc j'ai parti sur lui.
26:19Ton client audace.
26:20J'ai une question
26:20puisqu'on en a justement
26:21sur la sociologie des clients.
26:23Est-ce que c'est vraiment
26:24un milieu,
26:25la clientèle 100% masculin
26:27sans exception
26:28ou est-ce qu'il y a aussi
26:28des clientes ?
26:30C'est un monde
26:31uniquement masculin.
26:32C'est uniquement masculin
26:34à 100%,
26:35voilà,
26:36mais j'ai eu
26:38deux clientes femmes aussi
26:39mais qui sont venus
26:39avec leur mari,
26:40bien évidemment.
26:41Ça se passe comment
26:42alors dans ce cas-là ?
26:43Très bien,
26:43très très bien.
26:44Alors,
26:44mais attendez.
26:46Ça se passe très très bien.
26:47Non,
26:47il n'y a pas de clientes
26:49seules.
26:49Non,
26:49je comprends.
26:49Une cliente seule,
26:51non.
26:51Il y a des femmes
26:52qui viennent en...
26:53Il y a des femmes
26:53qui aimeraient avoir
26:54une expérience
26:55avec leur mari,
26:56pas avec une vraie femme
26:57biologique,
26:58bien évidemment,
26:58mais une femme transgenre,
27:00voilà.
27:01Ça m'est arrivé
27:01plusieurs fois d'ailleurs.
27:02Mais dans ces cas-là,
27:04c'est quelle est
27:04la prestation demandée ?
27:06Elle regarde,
27:07elle participe.
27:08Alors,
27:08ça m'est arrivé
27:08que la femme
27:09voulait juste regarder,
27:10voilà,
27:11et d'autres fois,
27:12elle a participé aussi.
27:13C'était délicieux.
27:15Est-ce que ça vous dit
27:17que Stella reste encore
27:18avec nous ?
27:18Est-ce qu'il y a encore
27:19des questions à poser ?
27:20Vous pouvez rester
27:21cinq minutes avec nous
27:22parce que du coup,
27:24on a...
27:24Non,
27:25tu vois que c'est plus intéressant
27:27que les politiques.
27:28Je sais bien,
27:29mais c'est...
27:30Du coup,
27:31vous m'avez perturbé.
27:32parce qu'on n'a pas
27:33posé de questions
27:33sur l'interdiction
27:35de la prostitution,
27:36l'interdiction du racolage,
27:37ce que ça a provoqué
27:39justement comme changement.
27:40Et puis,
27:41il y a des questions aussi
27:43peut-être aux 32 16
27:44qui vont arriver
27:44de prostituées
27:45qui écoutent aussi.
27:46Allez,
27:47à tout de suite
27:47avec les GG
27:48avec les Grandes Gueules.
28:07C'est les GG
28:09avec aujourd'hui
28:10le témoignage
28:11de Stella Rocha,
28:12souvenir d'une Brésilienne
28:13au bois de Boulogne
28:14aux éditions du Charge Midi.
28:16Le livre Allée de l'arène Marguerite
28:18écrit,
28:18parce que l'enquête
28:19est aussi faite
28:19par Yannis Eziadi
28:20qui est avec nous.
28:22Il y a la violence,
28:23on le dit dans ce livre,
28:23il y a aussi la drogue.
28:24Vous-même,
28:25vous avez été dans la drogue.
28:26Oui,
28:26moi,
28:27je...
28:27Alors,
28:28pas pendant la période
28:29où j'ai travaillé
28:31au début du bois.
28:32En fait,
28:32la drogue m'a tombé dessus
28:34vraiment à la fin.
28:36c'était vraiment à la fin
28:37par rapport à une déception amoureuse.
28:40Voilà.
28:41C'est le crack ?
28:41J'ai tombé dans le crack,
28:43oui.
28:43Pendant deux ans,
28:44c'était la seule façon,
28:47c'était la seule manière
28:49de ne pas pouvoir
28:51penser à cette personne,
28:53d'un peu libérée.
28:54À partir du moment
28:55que j'ai pris mon premier,
28:58tout de suite,
28:59toute la souffrance,
29:00tout ce désarroi,
29:01toute cette tristesse,
29:06cette...
29:06Voilà.
29:07Ils se sont envolés d'un coup.
29:09Et du coup,
29:09je me suis accrochée à ça
29:10pendant deux ans.
29:11Et puis,
29:12vous parlez des chirurgiens aussi
29:13parce que...
29:15Souvenir d'une Brésilienne
29:16au bois de Boulogne,
29:17mais maintenant,
29:18on ne dit plus transsexuel,
29:19on dit transgenre.
29:20Transgenre, tout à fait.
29:21Et vous passiez le mot
29:22entre les filles
29:23de quels chirurgiens
29:24pouvaient opérer.
29:25Alors,
29:25certains n'avaient pas
29:26de bonne réputation.
29:26Il y en a même un
29:27qui s'est surnommé le boucher.
29:28Tout à fait.
29:28Pour les seins.
29:30Alors,
29:31à ma période,
29:31dans les années 90,
29:32il y avait trois médecins
29:34qui étaient très connus
29:35dans notre milieu.
29:35Il y avait le boucher,
29:37voilà,
29:37que c'était le docteur Leroux
29:38à l'époque.
29:39Sa clinique était
29:40complètement sale.
29:41Le matelas,
29:41le matelas était épais
29:43comme ça.
29:44Donc,
29:45aucune hygiène,
29:46mais il faisait des seins
29:47magnifiques.
29:47Et puis,
29:50les coupures,
29:51les cicatrices
29:52en bas des seins,
29:52c'était vraiment
29:53très grossier,
29:54mais ses seins,
29:55c'était le plus beau.
29:56Ensuite,
29:56après,
29:56il y avait le deuxième,
29:57c'était le docteur Fabry.
29:58Docteur Fabry aussi,
30:00il le faisait aussi
30:01par en dessous de la poitrine,
30:02mais c'était des seins
30:03très jolis.
30:04Donc,
30:04le boucher,
30:05il coûtait 6 000 francs.
30:07Docteur Leroux,
30:08non,
30:08Fabry,
30:08il coûtait 18 000 francs.
30:10Et celui-là,
30:11dans lequel je me suis fait opérer,
30:13il s'appelait Docteur De Lerme,
30:14c'était le plus cher à l'époque,
30:15j'ai payé 25 000 francs,
30:17c'était le meilleur.
30:18Et j'ai fait avec lui
30:19parce que la cicatrice,
30:20il faisait une demi-lune
30:22autour du téton.
30:23C'était une demi-lune,
30:24et là,
30:24il introduisait la prothèse.
30:25Et à l'époque,
30:26c'était interdit le silicone.
30:28Donc,
30:28j'ai mis des prothèses
30:30de sérum physiologique.
30:31D'accord.
30:32Question,
30:33Jean-Nouveau-Namie ?
30:34Comment est-ce que
30:35vous avez changé de vie ?
30:36Puisqu'après,
30:36on a dit,
30:37vous êtes entré
30:38dans le milieu du cinéma.
30:40Et comment est-ce que
30:41ça s'est fait,
30:42à la fois la sortie
30:43et en même temps
30:44l'entrée dans un nouveau milieu,
30:46à savoir le cinéma ?
30:48De toute façon,
30:48depuis le début
30:49que je suis rentré
30:50dans le travail de sexe,
30:51dans la prostitution,
30:52j'ai aussi inclus
30:53des associations.
30:54Parce que moi,
30:54je suis quand même
30:55une personne
30:55qui adore
30:57fréquenter les associations.
30:59J'ai fait un travail
31:01culturel
31:01dans l'association.
31:02Voilà.
31:03Et puis,
31:03à cette période-là,
31:04il y avait
31:05Josiane Balasco
31:06qui a contacté
31:07notre association
31:08parce qu'elle cherchait
31:11une actrice
31:12transgenre
31:13pour son film.
31:14Donc,
31:15du coup,
31:16le docteur Camille Cabral
31:17a dit,
31:18c'était là.
31:18Voilà,
31:18toi qui as toujours
31:19voulu faire du cinéma,
31:20voilà une bonne opportunité.
31:21Et donc,
31:21casting ?
31:22Et donc,
31:22je suis allé passer
31:23le casting
31:24et on était plusieurs
31:25et puis,
31:26j'étais prise
31:27pour le casting.
31:28Et autre chose aussi
31:29que c'était incroyable
31:29de la part de Josiane Balasco
31:31qui était une personne
31:32qui était formidable,
31:33le scénario était
31:35d'une prostituée
31:36de Bas-de-Boulogne.
31:37Et moi,
31:38je suis arrivé,
31:39j'ai demandé
31:40un rendez-vous
31:40avec elle
31:41et je lui ai dit,
31:41Josiane,
31:42est-ce qu'on ne peut pas
31:43changer ?
31:44Pourquoi à chaque fois
31:44que les réalisateurs
31:45pensent à nous,
31:46les femmes transgenres,
31:47c'est toujours
31:48prostituées,
31:48putes,
31:49travailleuses de sexe ?
31:50Pourquoi pas
31:50une artiste du spectacle ?
31:54Tout ça.
31:55Elle m'a dit,
31:55Stella,
31:56tu sais,
31:56tu as raison.
31:56Donc,
31:57elle a changé le scénario
31:58par rapport à la demande.
31:58Et est-ce que votre famille,
32:00vos amis au Brésil
32:01ont vu les films
32:02dans lesquels vous avez joué ?
32:03Ils savent que vous êtes
32:03une actrice en France ?
32:04Écoutez,
32:05j'ai eu la chance,
32:07j'ai eu la chance
32:08que le film que j'ai fait
32:09avec Gaspard Noé
32:10qui s'appelle Love,
32:11de lequel j'ai été
32:12au Festival de Cannes
32:13et qui a fait un carton,
32:14s'est passé chez moi
32:15au Brésil,
32:16dans ma ville.
32:17Mais j'ai dit à mes frères
32:19et soeurs
32:19de ne pas amener ma mère
32:20parce que j'ai une scène
32:21complète nulle là-dedans,
32:22un sexe à trois.
32:24Mais tous mes parents,
32:25toute ma famille
32:26est partivoine,
32:26ils ont adoré.
32:27Mais aujourd'hui,
32:30votre famille qui est au Brésil,
32:31c'est tout de vous,
32:32aujourd'hui,
32:33qui vous êtes devenu.
32:34Il n'y a plus de mystère.
32:35Je n'ai jamais caché.
32:36D'ailleurs,
32:36il y a pas mal de ma famille aussi
32:38qui sont en France,
32:40aujourd'hui.
32:41Voilà.
32:41Je n'ai jamais caché
32:42parce qu'au départ,
32:44au départ,
32:44je n'ai pas dit à mes parents,
32:46voilà,
32:46j'ai fait la prostitution,
32:47je ne voulais pas les décevoir.
32:48Voilà,
32:49parce que c'était quelque chose
32:50qu'ils m'ont dit
32:51quand je suis parti de chez moi.
32:52Voilà,
32:53ne tombe pas dans la prostitution,
32:54ne te drogue pas,
32:55et fais attention
32:56avec qui tu traînes.
32:58Voilà,
32:58c'est trois choses qu'ils m'ont dit,
32:59c'est trois choses que je l'ai fait,
33:01voilà,
33:01malheureusement.
33:02Et puis...
33:03Mais vous en êtes sorti aujourd'hui.
33:05La prostitution,
33:05c'est complètement fini ?
33:07Ou pas ?
33:07Ah oui,
33:08c'est complètement fini.
33:08Et comment ils ont réagi,
33:09justement,
33:09vos parents ?
33:10Depuis des années.
33:11Vous êtes toujours lié
33:13à ce milieu,
33:14vous avez des contacts,
33:15vous avez des amis ?
33:16Ou la page est définitivement tournée ?
33:18La page est définitivement tournée,
33:21mais j'ai gardé
33:21des très bons amis
33:22de cette période-là.
33:23J'ai encore des clients d'aujourd'hui
33:24qui sont des bons amis,
33:25qui me présentent leurs petits-fils,
33:27leurs enfants,
33:28leurs femmes.
33:29Oui,
33:29tout à fait.
33:30Alors là,
33:30il faut expliquer comment ça se passe.
33:32Ah oui,
33:33tout à fait.
33:34Sans dire qu'ils ont été vos clients.
33:35Pardon ?
33:36Sans dire qu'ils ont été vos clients.
33:38Quelques-uns sans dire,
33:38oui,
33:39tout à fait.
33:39Voilà,
33:39sans dire.
33:40Mais d'autres ne se cachent pas du tout,
33:42voilà.
33:43Et d'ailleurs,
33:43leurs femmes,
33:44elles sont très heureuses
33:45de savoir qu'ils ont passé par nos mains,
33:47parce qu'au moins,
33:48comme ça,
33:49elles savent déjà tout,
33:50ils ne sont pas cachés.
33:54Ah,
33:54c'est ça,
33:54vous avez appris.
33:55Dans la prostitution,
33:56nous ne sommes pas qui des travailleurs de sexe.
33:59On est psychologues,
34:00on est psychiatres.
34:02C'est vrai ?
34:02Il y en a qui viennent pleurer chez vous ?
34:04Il y en a pas mal qui nous payent
34:05juste pour une oreille attentive,
34:08pour leur donner des conseils de leur couple.
34:10Ah oui,
34:11il y a de tout.
34:11Mais par rapport au milieu politico-économico-médiatique,
34:14qui était très friande dans les années 90,
34:17est-ce que vous pensez qu'aujourd'hui,
34:19ils consomment toujours autant ?
34:22Est-ce qu'il y a encore des personnalités clients ou pas ?
34:25Bien évidemment,
34:26mais aujourd'hui,
34:26c'est sur Internet,
34:27maintenant,
34:27ils ne vont plus au bois,
34:28je pense,
34:29je ne sais pas.
34:29Depuis l'apparition des téléphones,
34:31il n'y a plus les personnalités politiques ou médiatiques
34:33ne vont plus au bois de l'Ontario.
34:35Mais non seulement,
34:36il n'y a plus les personnalités politiques et médiatiques,
34:38mais il n'y a plus...
34:39Le bois que Stella raconte dans le livre,
34:42c'est le bois des années 90,
34:44où Stella a la chance de bénéficier
34:46de ce qu'elle appelle les bons clients,
34:48des gens bien éduqués,
34:50avec de l'argent qu'ils payent bien.
34:51Aujourd'hui,
34:52ces bons clients ne sont plus tellement au bois de Boulogne.
34:54Qui va au bois de Boulogne ?
34:55C'est beaucoup de jeunes.
34:57La majorité des gens que vous voyez,
34:58c'est entre 18 et 30 ans,
35:00et c'est des gens qui n'ont pas beaucoup de moyens financiers.
35:03Donc,
35:03les filles gagnent moins qu'elles gagnent avant.
35:05Ça,
35:05à cause de quoi ?
35:06C'est depuis,
35:07notamment,
35:07la pénalisation des clients,
35:09et les maris n'ont pas envie d'avoir l'amende.
35:12Qu'est-ce que ça a provoqué,
35:13la pénalisation des clients ?
35:14Pour le bois de Boulogne,
35:15les filles disent que les bons clients sont partis.
35:17puisqu'il n'y a plus de bons clients,
35:20puisqu'ils ont peur de recevoir l'amende à la maison
35:22et que leurs femmes découvrent.
35:23Qu'est-ce que ça fait ?
35:24Ça fait qu'il n'y a plus que des jeunes.
35:26Il y a aussi beaucoup de racailles,
35:27quand même,
35:28qui viennent foutre le bordel
35:29et qui raquettent les derniers bons clients qui viennent.
35:31Justement,
35:32qui sont ces jeunes qui viennent foutre le bordel,
35:35raqueter ?
35:36Alors,
35:36vous savez,
35:37la racaille,
35:37il y a de tout.
35:38On ne peut pas dire,
35:40la racaille,
35:40c'est qui cela ?
35:41Non,
35:41il y a de tout.
35:42Il y a de blanc,
35:42de jaune,
35:43de vert,
35:44il y a de tout.
35:45Il y a de tout.
35:46Et en ce moment,
35:47depuis qu'on a retourné au bois,
35:48justement,
35:49pour que mes souvenirs reviennent,
35:52voilà.
35:53Donc,
35:53j'ai parlé,
35:54j'ai discuté beaucoup avec des filles.
35:55Alors,
35:55aujourd'hui,
35:56c'est complètement différent de mon époque.
35:57À mon époque,
35:58il fallait se cacher,
35:59il fallait être discrète,
36:00il fallait vraiment...
36:01On a ses yeux.
36:02Voilà.
36:03Aujourd'hui,
36:04c'est complètement différent.
36:07Des feux de camp.
36:08Des feux de camp,
36:09des guirlandes dans tous les arbres,
36:10presque,
36:11pour indiquer...
36:11La musique à fond,
36:12pour indiquer qu'elles sont là.
36:14Il y a de sa classique,
36:15accroché à la branche.
36:16Et surtout,
36:17et surtout,
36:17et surtout,
36:18ce qui se passe à ce moment,
36:19c'est des agressions
36:20très, très, très violentes
36:22aux clients.
36:23Voilà,
36:24des jeunes hackailles,
36:25des jeunes qui viennent de Beaulieu,
36:26ils cassent les voitures des clients,
36:27ils volent les clients,
36:28ils hackettent les filles.
36:29Voilà,
36:30ça,
36:30c'est quelque chose
36:30qui se passe à ce moment.
36:32Et toutes les associations...
36:33Les filles sont plus en danger
36:35qu'à votre époque ?
36:36Ou pas ?
36:39Je ne sais pas.
36:40Je ne sais pas vous dire,
36:42parce que...
36:42Je ne sais pas vous dire.
36:43Je sais que le danger,
36:46elle est toujours là.
36:47Le danger,
36:47il est toujours là.
36:48Les agressions sont toujours là.
36:50Les meurtres sont toujours là.
36:51Parce que voilà...
36:52Vous,
36:52vous avez commencé,
36:53il y avait le tueur du bois de Boulogne
36:54quand vous avez commencé.
36:55Tout à fait.
36:56C'était la panique
36:57dans tout le bois de Boulogne.
37:00Il y a des filles
37:01qui ne venaient plus travailler.
37:02Il y a d'autres
37:02qui achetaient des armes
37:03pour se défendre.
37:04Il y a eu plusieurs assassinats
37:06en série.
37:07Et vous vous êtes battu
37:08plusieurs fois,
37:08vous ou pas ?
37:09Moi,
37:09je me suis battu plusieurs fois.
37:11Plusieurs fois.
37:11avec des troncs,
37:12avec des hommes,
37:13avec de la racaille.
37:14Une fois,
37:14je suis arrivé du travail
37:16parce que notre dilemme,
37:17c'est qu'on ne laisse jamais
37:19un ami en galère.
37:20Donc,
37:20une fois,
37:21je suis arrivé du travail
37:22avant deux heures,
37:22comme d'habitude.
37:23Et moi,
37:24j'arrivais toujours
37:24par le côté
37:25Roland-Garros,
37:26par derrière le bois.
37:27Parce que,
37:29comme ça,
37:29je regardais tout ce qui s'est passé.
37:31Voilà.
37:31Et puis,
37:32comme ça,
37:32je pourrais aller tranquille travailler.
37:33Et ce jour-là,
37:35j'arrive,
37:37ils étaient une quinzaine
37:38de racailles
37:39sur une copine à moi,
37:40sur une antillaises.
37:42Je me suis dit,
37:43oh my gosh,
37:44qu'est-ce que je vais faire ?
37:45Donc,
37:45je me suis préparé psychologiquement
37:47et corporellement.
37:48Voilà.
37:49Donc,
37:49j'ai gardé mon sac,
37:50j'ai enlevé mes talons
37:51et j'ai rentré à la bagarre.
37:53Sauf que,
37:54quand je suis rentré à la bagarre,
37:55ils sont tous venus sur moi
37:56et ma copine est partie au courant.
37:57Elle m'allait être au sol.
37:59Et vous avez survécu quand même, quoi ?
38:01J'ai survécu, bien évidemment.
38:03J'ai chopé un avec moi
38:04et celui-là,
38:05il n'est pas parti.
38:06Et avez-vous des regrets
38:08par rapport à cette période ?
38:09Est-ce que s'il fallait recommencer,
38:10vous recommenceriez ?
38:12Écoutez...
38:12Parce qu'on ne tombe pas dedans,
38:13ce n'est pas un rêve d'une vie,
38:15c'est toujours une succession d'accidents
38:17qui fait que malheureusement,
38:18on se retrouve dedans.
38:19Parce que vous parlez justement
38:20de cette survie,
38:21survivre dans un monde inexistant.
38:23C'est ça.
38:24Moi, je pense que ça pourrait le faire,
38:25je le ferais à nouveau.
38:27La même chose,
38:27c'est ça qui m'a fait forger
38:29mon caractère et ma personnalité.
38:31Par contre,
38:32si j'ai des regrets,
38:32oui, j'ai des regrets.
38:34Quoi, par exemple ?
38:35Quand j'ai fait mon corps au silicone,
38:37que j'ai tombé dans un guet-apens,
38:40j'ai tombé sur une personne
38:41qui se disait vraiment médecin
38:43et qui m'a détruit le corps.
38:46J'avais un très, très beau corps.
38:49Très bien.
38:50Voilà.
38:50Et puis,
38:51quand j'ai fait la féminisation du corps,
38:52parce que...
38:54Vous êtes complètement femme,
38:55là, aujourd'hui.
38:55Si tu ne faisais pas
38:58la féminisation du corps,
38:59si tu ne mettais pas
39:00le silicone dans ton corps,
39:01ça voulait dire
39:02que tu n'étais pas une femme
39:03pour notre communauté transgenre.
39:06Donc,
39:06j'étais toujours traité
39:07de...
39:07Tu es toujours un mec
39:08avec des seins,
39:09ton corps de mec,
39:10musclé,
39:11rambaud, machin.
39:12Donc,
39:12j'ai subi cette opération
39:15qui s'était faite
39:16dans une chambre d'hôtel.
39:17Voilà.
39:18Dans des conditions
39:18vraiment déplorables.
39:20Voilà.
39:20Et puis,
39:21la personne
39:21qui m'a mis
39:23le produit
39:24m'a assuré
39:25que c'était
39:26un produit
39:27médicinal,
39:28même si ce n'est pas bon.
39:29Mais en réalité,
39:30elle m'a mis
39:30de l'huile de moteur
39:31d'avion dans le corps.
39:32Parce que c'était
39:32l'injection de silicone
39:33à même les cuisses.
39:34Ce n'était pas
39:35des prothèses,
39:35c'était vraiment
39:36l'injection
39:36et je ne vous raconte pas
39:38comme c'était dolorose.
39:38Mais aujourd'hui,
39:39vous êtes heureuse,
39:39vous avez trouvé l'amour,
39:40vous êtes en couple ?
39:41Je suis célibataire.
39:42J'étais mariée,
39:43j'étais mariée,
39:45bon,
39:46ça dit dans le livre,
39:47mon premier amour,
39:4810 ans.
39:49Ensuite,
39:49je me suis mariée
39:50avec quelqu'un,
39:51ça a duré 8 ans
39:51et depuis,
39:53je suis célibataire.
39:54Ah, mais c'est une annonce
39:55en même temps.
39:55J'ai un mot, Yannick ?
39:56Olivier Truchon regarde l'émission.
39:58Je voulais juste dire aussi
39:59que grâce au témoignage
40:00et au récit de Stella,
40:03en dehors du côté romanesque
40:04et fascinant évidemment
40:05de ce monde bizarre,
40:07ça raconte vraiment
40:0815 ans du bois de boulogne
40:10dans les coulisses,
40:12dans les secrets
40:12et c'est vraiment
40:14quand même
40:14le plus grand bordel de France
40:15et c'est un témoignage
40:17très important
40:18historiquement,
40:19à mon avis,
40:19dans l'histoire
40:20de la prostitution.
40:21Mais attention,
40:22je voulais juste te dire
40:23que la prostitution,
40:24ce n'est pas un monde
40:25beau et merveilleux,
40:26c'est quelque chose
40:26vraiment de terrible
40:27que je ne souhaite
40:28à personne.
40:30Voilà.
40:31C'est dangereux,
40:32c'est vrai qu'on gagne de l'argent,
40:33mais c'est dangereux,
40:35je ne conseille personne
40:36à le faire.
40:36Dans tous les cas,
40:37lisez ce livre,
40:38merci au témoignage
40:39de Stella Rocha
40:40avec Yannis Iziadi
40:41et vous ferez connaissance
40:42avec Suzy,
40:43Suzy qui était radiée
40:44de l'armée de terre chinoise
40:45qui s'est retrouvée
40:46dans le bois de boulogne,
40:48c'est un militaire
40:49de l'armée chinoise.
40:50Ça, je vous laisse découvrir
40:50dans le livre.
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