- il y a 19 heures
Aujourd'hui, c'est au tour d'Aurélie Trouvé, députée LFI de Seine-Saint-Denis, de faire face aux GG. - L’émission de libre expression sans filtre et sans masque social… Dans les Grandes Gueules, les esprits s’ouvrent et les points de vue s’élargissent. 3h de talk, de débats de fond engagés où la liberté d’expression est reine et où l’on en ressort grandi.
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00:00R.M.C. Face aux grandes gueules
00:02C'est la députée Aurélie Trouvé qui est avec nous, députée de la France Insoumise de Saint-Saint-Denis.
00:28Et c'est vous qui êtes à l'origine de la proposition de loi qui vise à nationaliser ArcelorMittal.
00:33Bonjour, bienvenue dans les GG.
00:34J'ai envie de dire chapeau, félicitations.
00:36Parce qu'il faut rappeler dans cette histoire que le gouvernement qui, visiblement, ne contrôle plus grand-chose,
00:41était opposé à cette nationalisation.
00:44Elle a été adoptée en première lecture.
00:46Alors, pas sûr que ça, malheureusement, que ça aille jusqu'au bout parce qu'ensuite il y a le Sénat, etc.
00:50Mais déjà, vous avez marqué le coup.
00:53J'ai entendu Roland Lescure vous répondre.
00:55C'est une mesure nationalisée.
00:57Alors, il a dit qu'effectivement, il y a un problème avec l'acier français, il y a une concurrence forte.
01:01Bon, mais nationaliser, c'est une formule magique, digne des populistes, mais ça ne résout rien.
01:08Déjà, eux, ils ont zéro solution.
01:10Ça fait huit ans qu'ils sont au pouvoir.
01:11Huit ans qu'il y a des suppressions massives d'emplois, particulièrement dans l'industrie et dans la sidérurgie.
01:16Donc, venant d'une équipe qui a mis l'industrie vraiment à un niveau jamais aussi faible de toute l'histoire de la France industrielle,
01:25je veux dire, les leçons, ils peuvent se les garder, quoi.
01:27Et ensuite, je veux dire, ce n'est pas de l'idéologie.
01:29En vérité, c'est pragmatique.
01:31C'est-à-dire que c'est la dernière solution possible, la nationalisation,
01:34pour sauver toutes les usines, c'est-à-dire 15 000 emplois directs,
01:39toutes les usines en France d'ArcelorMittal.
01:41Il n'y a pas d'autre solution.
01:42Combien ça coûte ?
01:433 milliards d'euros.
01:44Alors, 3 milliards d'euros, attention.
01:463 milliards d'euros pour...
01:46C'est beaucoup d'argent.
01:48Derrière, ça évite le coût social de 80 000 emplois au total.
01:52Parce que, vous savez, quand vous supprimez un emploi industriel,
01:55en vérité, vous en supprimez 3 ou 4, il y a les sous-traitants.
01:58Puis même, il y a le boulanger d'un côté, qui, du coup, le salarié, il n'a plus son salaire.
02:02Le boulanger, il ne lui vend plus sa baguette.
02:04Donc, si vous voulez, on dit que quand il y a un emploi dans l'industrie qui disparaît,
02:08il y en a 3 ou 4 qui disparaissent.
02:10Donc, ça fait qu'on sauve 80 000 emplois.
02:13Mais surtout, et ça, ça n'a pas de prix, c'est la souveraineté en matière d'acier.
02:17Regardez sur le studio.
02:18Sur le studio, vous avez de l'acier partout.
02:20Partout.
02:21Mais vous en avez dans la défense, la sécurité.
02:23Là, on parle de la sécurité nationale.
02:25Vous en avez dans les avions, dans les centrales nucléaires, dans les éoliennes.
02:28Partout, partout.
02:29Qu'est-ce que vous faites sans acier ?
02:30Et du point de vue écologique, on n'a pas importé.
02:33On a une souveraineté.
02:34Oui, mais Madame Trouvé...
02:35Et plus que ça, c'est que vous faites bien de parler d'écologie.
02:37C'est qu'en vérité, ce qui se passe, c'est qu'il faut investir, là, maintenant, dans les mois qui viennent,
02:43dans ce qu'on appelle de l'acier vert.
02:45En fait, l'acier brun, des hauts fourneaux, il sera...
02:48Dans 4 ans, l'Europe va taxer à mort.
02:50Et c'est fini.
02:51Et le PDG a dit, dans 4 ans, c'est fini, il sera plus rentable.
02:54Il faut 4 ans pour produire les...
02:55Mais Madame Trouvé, en quoi la nationalisation freine la concurrence chinoise ?
03:00Parce que le problème, c'est ça.
03:01C'est la concurrence étrangère.
03:03En quoi le rachat par l'État d'ArcelorMittal va tout d'un coup...
03:09Et là, c'est là où l'ESCURE a peut-être raison, être la formule magique contre la concurrence chinoise ?
03:13Déjà, je le dis, l'ESCURE, il n'a zéro solution.
03:16On met l'ESCURE de côté.
03:18Mais le terme de formule magique, j'ai l'impression que vous vendez du rêve aux employés d'ArcelorMittal.
03:21C'est très clair, je n'ai jamais dit que c'était la condition suffisante.
03:24J'ai toujours dit que c'est nécessaire et pas suffisant.
03:27L'Europe vient quand même d'annoncer un doublement des droits de douane à 50%.
03:31Certes, ce n'est pas suffisant, mais je vous assure que déjà, c'est déjà beaucoup.
03:35C'est un plomb d'urgence européen qui a été mis en place.
03:38C'est un sauvetage, en fait.
03:39C'est un sauvetage de notre industrie.
03:40Oui, mais ça ne suffit pas.
03:41C'est ça.
03:42Mais ça dépend comment c'est organisé.
03:45C'est ça qui est fou, c'est que l'Europe annonce ce qu'avaient demandé les sidérurgistes.
03:52Ils annoncent le doublement des droits de douane et la famille Mittal ne fait toujours rien.
03:57Il faut bien comprendre qu'il y a 20 ans, en fait, la famille Mittal a mis la main sur la production d'acier français.
04:04La grande famille Mittal, une très grande fortune indienne qui met la main sur tout l'acier français, quasiment.
04:10C'est les deux tiers de l'acier français.
04:12Et depuis 20 ans, ils ont supprimé la moitié des emplois.
04:15Ils ont eu des aides publiques ?
04:16Ah, 300 millions d'euros par an.
04:19Alors moi, je veux bien, 3 milliards d'euros, on dit, ça coûte cher.
04:21Enfin, ça fait des années, des années qu'on verse 300 millions d'euros d'aides publiques à fonds perdus.
04:25D'accord, mais vous n'avez pas répondu à ma question.
04:28Pourquoi l'État serait meilleur que Mittal pour faire face à la concurrence chinoise ?
04:33Pardon, mais l'État, on le voit, ne gère pas quand même très bien notre argent.
04:37Alors, tout d'un coup, pourquoi ça marcherait ?
04:38C'est pas seulement, mais après, je voulais dire, c'est pas seulement meilleur.
04:42C'est qu'en vérité, l'État est le seul à pouvoir injecter les investissements nécessaires.
04:49Donc c'est à fonds perdus ?
04:50Non, en fait, c'est ça que j'expliquais, c'est que dans 4 ans, il faut avoir tout décarboné.
04:54Oui, oui.
04:55D'accord ? Sinon, c'est plus rentable et c'est fini.
04:57Oui.
04:57Il faut 4 ans pour produire les fours électriques, pour les construire et les mettre en marche.
05:01Donc c'est maintenant qu'il faut investir.
05:03Arcelor Mittal ne veut pas le faire parce qu'il continue sans lancer.
05:05Il faut bien comprendre une chose.
05:07Dans 4 ans, est-ce qu'on sera compétitif ?
05:08Pardon ?
05:09On sera compétitif dans 4 ans ?
05:10Alors, on verra, mais ce qui est sûr...
05:13Non, mais ce que je vous dis, c'est que de toute manière, le choix, c'est est-ce qu'on veut produire ou pas de l'acier en France dans 5 ou 10 ans ?
05:20C'est ça, la question.
05:22Si on dit qu'on s'en fiche, alors il ne faut pas nationaliser.
05:26C'est la base de tout.
05:27Gouverner, c'est prévoir.
05:28Or, la sidérurgie, un pays ne peut pas vivre sans sidérurgie.
05:32C'est une industrie stratégique.
05:34Il n'y a pas d'industrie plus stratégique.
05:35C'est aussi important que le médicament.
05:38Et on voit ce qui s'est passé quand on est tout délocalisé pour les médicaments.
05:41On se retrouve avec des pénuries, on se retrouve avec des génériques qui sont faits à perpétrer les oies en Inde et qui arrivent avec des qualités qui ne sont pas...
05:46C'est le mode opérateur.
05:48Donc là, la sidérurgie dans un pays, à un moment de notre histoire, où on ne sait pas si on va basculer du temps de paix au temps de guerre, etc.,
05:57c'est important de ne pas dépendre des autres.
06:00Et donc, on doit l'avoir, et même si c'est à fond perdu, même si ça coûte...
06:03Ah bon, ma fond perdue ?
06:04Non, je te dis que même si ça coûte, la sidérurgie, ça a ça de particulier, que tu ne peux pas produire sans fabrication de métal.
06:14Tu ne peux pas. Donc si tu dépends des autres qui sont en plus la Chine, dont on sait que la Chine a des alliances avec des pays qui sont susceptibles...
06:21L'Inde, le Brésil, les USA...
06:23Donc c'est les BRICS.
06:23Ce qu'il faut bien comprendre, c'est qu'ArcelorMittal, ils sont en train d'investir à mort, parce que c'est une multinationale, ils investissent à mort aux Etats-Unis, en Inde, au Brésil, etc.
06:33Et en France, ils sous-investissent à fond, donc ils suppriment les emplois.
06:38Maintenant, il n'y a plus qu'un fourneau sur deux qui est en marche à Fosse-sur-Mer, donc ils sont en train de détruire progressivement la production pour la faire ailleurs.
06:48Et donc là, il y a un choix de souveraineté.
06:50Et il la détruise exprès, en plus.
06:51Non, mais la nationalisation, ce n'est pas un totem, elle doit avoir du sens.
06:54Bien sûr.
06:54En fait, le sens, c'est quoi ? C'est le pilotage.
06:57C'est ça, c'est ce que dit Olivier, c'est le pilotage.
06:59Vous faites confiance à l'Etat, donc.
07:00Il n'y a pas de choix, en fait.
07:04Je préfère ça que perdre la sidérogie.
07:07Il n'y a pas de choix, c'est ça le truc.
07:09Je préfère ça que perdre la sidérogie.
07:12Alors, personnellement, je suis très content de vous rencontrer, madame Trouvé.
07:15Moi aussi.
07:17Parce que vous avez du charme.
07:20On va les marier, on va les marier.
07:22Vous avez vraiment une personnalité qui sort du lot.
07:26Vous n'êtes pas la seule dans votre partie, mais vous avez, je l'ai dit,
07:30tout à l'heure, un coefficient personnel.
07:33Vous avez de l'abattage.
07:34On aurait presque envie de vous suivre dans vos démonstrations.
07:36Alors, si je reviens au sujet qui nous réunit, en fait, pour éclairer votre propos,
07:40parce que moi, je suis du monde de l'entreprise.
07:42Quand Mittal a racheté Arcelor, a mis la main sur Arcelor, il a voulu racheter principalement
07:47ce qu'on appelle des parts de marché.
07:48Et le marché de l'acier est mondial.
07:52Ce caractère mondial n'a fait que s'accentuer dans les deux dernières décennies.
07:56Et évidemment, les coûts de production sont défavorables pour l'acier français.
08:02Au passage, je vous avais dit tout à l'heure, c'est pas vous qui êtes à l'origine de cette règle,
08:05mais il faut décarboner.
08:06On est obligé de décarboner.
08:07Mais putain, mais pourquoi on décarbone aussi ?
08:09Il faut arrêter tout ça, peut-être de s'embarquer dans tous ces trucs-là.
08:11Parce qu'il y a des écologistes, ou je ne sais quoi, qui font des conférences
08:14Ce sont des boulets qu'on se moquait ?
08:16En descendant des palaces pour emmerder la vie du monde entier.
08:18Ce sont des boulets qu'on se moquait ?
08:19Je ne vois pas pourquoi on décarbone, on fait de l'acier depuis la nuit des temps.
08:23Et c'est évidemment ce type de règle qui nous met dans une grande situation difficile.
08:27Mais nationaliser, c'est une réponse qui est honorable dans l'élan du cœur,
08:32dans le respect des salariés, dans la volonté de rechercher une solution
08:36à un problème insolutionnable.
08:37Parce que les Mittal sont des milliardaires indiens.
08:40Ils n'en ont rien à cirer, des salariés français.
08:42On peut le déplorer, mais c'est un état de fait.
08:45Et votre proposition de nationaliser, ça renvoie à l'URSS.
08:48Alors ça, c'est un petit côté charmant, parce qu'on vit d'espoir, etc.
08:51Mais de toute façon, une entreprise, il faut des clients.
08:54Une entreprise, c'est des recettes et des dépenses.
08:56Il faut des clients.
08:57Si l'entreprise n'est pas rentable, vous avez beau la nationaliser,
09:00vous creusez un trou, l'État n'a plus d'argent.
09:02Par conséquent, votre solution n'est pas viable.
09:05Le seul effort que je peux faire encore pour aller dans votre sens, madame,
09:09trouver, compte tenu de l'amitié que vous m'inspirez,
09:13je l'ai fait, je l'ai fait.
09:14Qu'est-ce que ce serait sinon ?
09:15Je l'ai fait, c'est de mettre une cravate rouge, vous voyez,
09:18pour vraiment essayer.
09:19On a la baie de violette, c'est la choueur de la France à Sénus, parfait.
09:23Attention, la réponse sur le fait que, allez, si c'est nationalisé,
09:27il faudrait rester compétitif quand même, quoi, et trouver des marchés.
09:30Je vais y arriver, mais d'abord, je veux revenir sur les médicaments,
09:33parce que je trouve que la comparaison, elle est très bonne,
09:35c'est-à-dire qu'on a des actifs stratégiques.
09:38C'est vraiment, c'est des produits, on se dit,
09:39si la France ne les maîtrise pas, on est vraiment dans la mouise.
09:42Vous imaginez si demain, on doit acheter l'acier dans des pays tiers,
09:46dont on dépend complètement, donc ils peuvent nous rompre les approvisionnements,
09:50ils peuvent nous faire monter les prix comme ils veulent,
09:51enfin, c'est une catastrophe.
09:52Les médicaments, c'est pareil, on l'a vu pendant le Covid.
09:55Voilà, c'est la même chose.
09:57Et donc, on est sur un actif stratégique.
09:59Ensuite, sur la nationalisation.
10:00D'abord, il faut savoir qu'avant ArcelorMittal,
10:04avant, c'était une entreprise publique,
10:06de 82 à 95.
10:08Ce n'était pas l'URSS.
10:10Et puis, le Royaume-Uni et l'Italie,
10:11ils viennent de nationaliser leur industrie sidérurgique.
10:13Ce n'est pas l'URSS non plus, le Royaume-Uni et l'Italie, voyez-vous ?
10:16Donc, je vous dis, c'est pragmatique.
10:18Et malheureusement, en face de nous,
10:19on a des macronistes qui sont dogmatiques.
10:22C'est-à-dire qu'en fait, c'est vraiment l'impuissance totale de l'État.
10:25Oui, alors eux, ils disent, il faut faire confiance à ce plan d'urgence européen
10:29avec, effectivement, des droits de douane de 50%
10:32qui seront appliqués pour essayer de freiner cette concurrence chinoise.
10:36Est-ce que ce n'est pas ça la bonne solution
10:38avant d'aller vers la nationalisation qui va nous coûter quand même très cher ?
10:41On n'a plus d'argent et là, vous les mettez 3 milliards.
10:43Vous les trouvez où, les 3 milliards, d'ailleurs ?
10:45Alors, par exemple, les 3 milliards, je vais vous donner une idée.
10:50C'est que là, ils vont supprimer 1,5 milliard sur le plan France 2030
10:57qui est justement pour l'investissement et tout ça.
11:00Ils auraient mieux fait de le garder s'ils font une nouvelle coupe budgétaire
11:03pour justement l'utiliser pour des industries comme ArcelorMittal.
11:07Ce que je veux dire, c'est que ce gouvernement,
11:10en fait, c'est un gouvernement de banquiers d'affaires, je vous le dis,
11:14qui est en train de tuer la production française.
11:16Par exemple, en 20 ans, on est passé d'exportateur net d'acier à importateur net d'acier.
11:21On est en train de passer importateur net de produits agricoles,
11:24vous le savez, à la fin de l'année ?
11:25Oui, mais comme le dit Emmanuel, on se met aussi parfois des boulets aux pieds.
11:29Alors, sans doute pour la bonne cause, effectivement, il faut décarboner l'acier.
11:33Et j'ai entendu d'ailleurs Mita le dire que c'était aussi son objectif.
11:37Il avait fait un petit discours là-dessus.
11:38Effectivement, il faut que l'acier soit plus vertueux.
11:41Donc, on se met quand même des règles, des normes
11:43qui nous rendent difficilement concurrentielles, en fait.
11:46C'est ça, le problème.
11:47Mais en fait, si on protégeait...
11:48On a même parlé avec l'agriculture française.
11:50Oui, alors si on protégeait vraiment, je vais vous dire...
11:53Le problème, c'est ça, c'est de faire des normes ambitieuses sur le plan environnemental,
11:56mais de ne pas protéger.
11:58Donc nous, la France Insoumise, on est à la fois pour être ambitieux sur le plan environnemental,
12:03comme le fait la Chine aujourd'hui.
12:05Oui, mais dans ce cas-là, il faut interdire les produits qui ne le sont pas.
12:07Les Chines, ils en nous ont mis, mais 20 ans en arrière.
12:09On a pris un décrochage technologique majeur, justement.
12:11On ne l'a pas vu venir, ils sont devant largement.
12:13La Chine, qu'est-ce qu'elle a su faire ?
12:15À la fois se projeter dans l'avenir, faire la conversion écologique,
12:19en protégeant et en mettant les subventions.
12:21Donc vous voulez un État stratège, quoi, en fait.
12:24Non, mais c'est-à-dire que vous mettez des barrières douanières beaucoup plus fortes.
12:26C'est-à-dire que là où l'Inde et la Chine planifient...
12:29D'ailleurs, c'est De Gaulle qui planifient, ce n'est pas l'URSS.
12:31C'est-à-dire que vous dites qu'il faut que la France prenne exemple sur la Chine et sur l'Inde,
12:35puisque la Chine et l'Inde subventionnent énormément leurs grandes entreprises,
12:39et l'innovation et la recherche. Donc il faut que la France soit pareil,
12:42soit un État stratège à grands coûts de milliards.
12:45Mais on les trouve où ?
12:47La France insoumise, ce qu'on dit, au-delà de toutes les caricatures qui peuvent être faites,
12:51ce qu'on dit, c'est qu'il faut un État stratège planificateur.
12:54Oui, mais dans ce cas-là, il faut être un État bien géré.
12:55Il faut des objectifs sur 5, 10, 20 ans.
12:58Sinon, on est mort. On est en plein décrochage technologique.
13:01L'industrie, maintenant, c'est moins de 10% de l'emploi et de la valeur ajoutée.
13:04On est en train de décrocher là où on était super bon, y compris par exemple dans le spatial.
13:09Donc stop, stop.
13:11Oui, mais sauf que plus personne n'a confiance en l'État pour diriger quelque chose.
13:14Excusez-nous, mais on parlait tout à l'heure de ce sondage qui montre que les Français trouvent qu'ils payent trop d'impôts.
13:21Ils n'ont pas confiance à l'État pour bien utiliser cet argent.
13:23Il est là le problème.
13:24Donc c'est ça le problème.
13:25C'est-à-dire que pourquoi l'État, tout d'un coup, aurait la baguette magique pour arcer leur mittal,
13:30alors qu'ailleurs, l'État gère mal l'hôpital, gère mal l'éducation, gère mal la police,
13:35les prisons, on en parlait à l'instant, les services publics de manière générale.
13:38Ce qu'ils voient les gens, c'est que par exemple, vous avez 211 milliards d'euros d'aides publiques.
13:42On ne sait pas ce que, aux entreprises, sans qu'il y ait de plans, sans qu'il y ait de ciblage.
13:47Les TPE, PME n'en retirent qu'une toute petite partie, alors que c'est eux qui font l'essentiel de l'emploi.
13:51– Non, non, mais ce n'est pas des aides, c'est des allègements d'impôts.
13:55– Il est compris, mais attendez, tout ça, il y a une grosse partie, c'est des aides directes aussi.
14:01Et il y a plein d'aides directes, franchement, il n'y a pas de plan.
14:04– Vous êtes contre ces aides publiques, mais vous êtes pour la nationalisation, pardon, mais c'est le même principe.
14:09– Attendez, moi, je ne suis pas contre les aides publiques du tout.
14:12Je suis pour qu'elles soient ciblées, conditionnées.
14:16Quand une entreprise, une multinationale délocalise, elle rembourse les aides publiques.
14:19– Oui, on est d'accord, mais elle le fait. – Et prioriser les TPE, PME aussi.
14:23– Pour rester sur cette proposition de loi de nationalisation d'ArcelorMittal, qu'est-ce qu'elle va devenir ?
14:27Est-ce que ça va se concrétiser ou pas politiquement ?
14:29– Alors, c'est une bonne question.
14:30D'abord, je veux dire, j'ai pas eu le temps de le dire quand même,
14:32que c'est pas tant notre victoire de la France insoumise et de la gauchière,
14:37c'est surtout une victoire des travailleurs qui portent ça depuis maintenant plus de deux ans.
14:42Moi, je l'aurais pas porté dans l'hémicycle avec mon groupe de la France insoumise
14:45si, en fait, j'avais pas été à Dunkerque, s'ils m'avaient pas convaincu de ça.
14:49D'abord, je le dis, ils sont prêts, eux, à la décarbonation.
14:52Ils ont les savoir-faire, ils ont l'expertise, ils disent « on veut y aller, on sait faire ».
14:55– Il n'y a pas de raison que les Chinois, ça se perd et pas nous.
14:58– Comment vous transformez l'essai maintenant ?
15:00– Voilà, alors donc, du coup, je le dis aussi parce que ça va aider à transformer l'essai.
15:04Quand on a des travailleurs en lutte qui, eux, veulent servir la France et maintenir leurs usines,
15:09pas que pour leurs emplois, mais pour l'avenir de la France, ça va aider.
15:13Ensuite, on va demander à un groupe parlementaire du Sénat de le porter, d'accord ?
15:18Et puis ensuite, ça reviendra à l'Assemblée nationale.
15:21Ce que je veux dire aussi, c'est que…
15:22– Il faut aller essayer de dire que là, c'est un combat historique.
15:23J'entendais Sophie Binet dire que c'est un combat historique,
15:26il faut respecter le Parlement, donc il faut maintenant que ça aille jusqu'au bout.
15:29– Vous savez en quoi c'est historique ?
15:31C'est qu'en fait, il n'y a pas eu de vote de l'Assemblée nationale
15:34pour une nationalisation d'une grande entreprise depuis, vous savez quand ?
15:37– 81 ?
15:38– 82, c'est ça.
15:39– Oui, c'est différent qui nationalisait.
15:40Bon, après, on a tout privatisé.
15:41– Oui, c'est vrai.
15:42– Comme quoi, ce n'était pas un succès.
15:43– Le tournant de la rigueur en 83, et après, ça a été la dégringolade.
15:46– Soit dit en passant, heureusement qu'il avait, je connais bien le dossier,
15:49heureusement qu'il avait, à l'époque, nationalisé Usinor,
15:53qui est l'ancêtre d'ArcelorMittal, parce qu'à l'époque, c'était pareil,
15:56c'était en faillite totale, grosse difficulté, il a réussi,
16:00ils ont, l'État a réussi à remettre sur pied l'acidérurgie
16:03qui a été ensuite reprise par des retreneurs privés.
16:05– C'est très symbolique, parce que dans les ouvriers,
16:07dans la classe ouvrière française, l'acidérurgie,
16:10c'est un des derniers bastions, si tu veux,
16:12où les types, ils ont de l'acier qui coule dans leur veine, quoi.
16:14Ils le vivent, c'est leur maison, c'est leur avenir.
16:17– Vous avez déjà parlé avec eux, franchement.
16:18– C'est central, quoi.
16:20– Vous parlez avec eux, je vous dis.
16:21– Bien sûr, quoi.
16:21– Franchement, leur combat, vous vous dites,
16:23mais c'est un combat tellement juste.
16:25– Oui, merci, Madame Trouvé, d'avoir été avec nous,
16:28d'avoir exposé ce qui s'est passé à l'Assemblée nationale.
16:30– Merci à vous.
16:31– On a retrouvé député de Seine-Saint-Denis.
16:33– Merci.
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